Thanatocène Actua

Mars 2017

**********************http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article34130
Présentez aaaarmes !
jeudi 23 mars 2017
Par Jean-Luc Porquet

Heureusement que de temps à autres il y a de bonnes nouvelles. Le monde est de plus en plus instable, et dangereux, « voyez les
attentats terroristes, la lutte contre l’État islamique, la déstabilisation du Moyen-Orient, les tensions en mer de Chine mais aussi aux frontières pakistano-indiennes et chinoises ». Mais qui bénéficie de cette « situation géopolitique favorable » ?
Qui profite du « réarmement général » en cours ? Nos industriels français. Les chiffres sont tombés récemment : en 2016, les
exportations françaises de matériels militaires ont battu un record historique. L’année d’avant était déjà « un grand millésime »,
notent les spécialistes. On a fait encore mieux : plus de 20 milliards d’euros ! La France était le 5ème pays exportateur d’armes, la
voilà 4ème, derrière les États-Unis, la Russie et la Chine. À l’heure du bilan, Hollande pourra s’en enorgueillir : c’est la plus belle
réussite économique de son quinquennat.
Trente-six Rafale à L’inde ! Douze sous-marins Shortfin Barracuda à l’Australie ! Des hélicoptères de transport Caracal à
Singapour et au Koweït (et en prime 300 véhicules Sherpa pour ce dernier) ! Un satellite de communication (comme on dit quand on est poli) à l’Égypte ! Que du bon matos expédié aux quatre coins du monde… Sans oublier le marché franco-français. La revue critique et sporadique Hors-sol [1] rappelle cette fière affirmation de deux députés fana mili : « La délégation générale de l’armement est le premier acheteur public et constitue l’outil de politique industrielle le plus puissant entre les mains de l’État.

Le programme d’ »équipement des forces » représente à lui seul plus des deux tiers des dépenses d’investissement de l’État français. »
Mine de rien, l’armée est au centre de notre économie.
Mais depuis la fin de la conscription, nous n’avons plus guère de contact avec elle – à part la récente réapparition des parachutistes dans les rues. L’armée a muté, s’est professionnalisée, s’est technologisée. « Cette déshumanisation par la technologie rend l’appréhension et la critique des forces armées plus compliquée », relève Hors-sol, qui, dans un dossier intitulé « Éléments pour un antimilitarisme du XXIème siècle », note que la supériorité militaire se gagnant par une supériorité sur le plan technique (armement, transmission, aéronautique), « le terrain scientifique devient le premier théâtre d’opérations ».
Renseignement électronique, drones d’attaque et de surveillance, combattants « augmentés », armes cybernétiques : ce n’est plus l’adjudant Kronenbourg qui fait la guerre, mais le matheux, le physicien, le chimiste, l’informaticien… Conclusion : « Si Cabu n’est plus là pour chier dans les rangers des généraux, nous lui rendons hommage ici en chiant dans les mocassins des chercheurs du CEA et de Thales, des ingénieurs de DCNS et d’Orange, des hackeurs de la DGSE et du ministère de l’Économie. »
Pas sûr que ce sera suffisant pour « construire un monde sans guerre », mais c’est un début…

Le Canard Enchaîné N° 5028 du 8 mars 2017

[1] Hors-sol, N°4, 3 euros – 14, rue des Tours – 59000 – Lille – hors-sol@herbesfolles.org

 

Octobre 2016

*****************************https://www.letemps.ch/opinions/2016/10/10/une-situation-pire-guerre-froide
«Une situation pire que la guerre froide»
10 octobre 2016
Les déclarations alarmantes du ministre allemand des affaires étrangères le montrent: s’il n’y a pas de mouvement délibéré vers un affrontement militaire, le risque d’un accident international a nettement augmenté, constate notre chroniqueur François Nordmann

«La situation internationale aujourd’hui est pire que durant la guerre froide», a averti M. Frank-Walter Steinmeier, ministre des affaires étrangères d’Allemagne le 8 octobre dernier. Il a par ailleurs déclaré que la session de l’Assemblée Générale des Nations unies à laquelle il a assisté la semaine dernière était «la plus mauvaise» qu’il ait vécue. Sommes-nous à la veille d’une déflagration mondiale?

Non, il n’existe pas de glissement conscient, délibéré, assumé vers une guerre mondiale. Mais comme le relève une récente analyse de l’Institut International d’Etudes Stratégiques de Londres, les affrontements entre pays, la militarisation des conflits, l’affaiblissement de l’ordre international, la marginalisation des institutions créées après la fin de la deuxième guerre mondiale pour en éviter le retour augmentent les risques d’un accident.
Nouvelles tensions à l’Est

La frontière nord-orientale de l’Europe a été renforcée avec le positionnement de quatre brigades de l’OTAN. Des batteries du système de défense antimissiles doivent être déployées l’an prochain en Roumanie et en 2018 en Pologne, ce qui est susceptible de provoquer de nouvelles tensions.

Les pays d’Europe de l’Est et les Etats baltes se sentent menacés par la Russie depuis l’annexion de la Crimée et les troubles fomentés en Ukraine orientale. La Russie s’estime elle-même sous pression du fait de l’élargissement et de la présence accrue de l’Alliance atlantique à ses frontières; elle a réagi en renforçant son District militaire occidental.

Les incursions d’avions ou de sous-marins dans le territoire de pays membres de l’OTAN, en Suède et en Finlande, l’approche à bout touchant d’avions volant dans l’espace aérien international ne sont pas rares et comportent le risque de déclencher un grave incident international.
Il n’y a plus de fil rouge entre Washington et Moscou

Depuis la crise de Cuba, en 1962, le «fil rouge» entre Washington et Moscou facilitait les communications directes au plus haut niveau pour neutraliser les effets de ce genre de crises accidentelles. Mais rien de tel n’existe aujourd’hui.

De plus la Russie évoque plus facilement le recours à l’arme nucléaire tactique, ce qui était tabou pendant la guerre froide, de crainte d’une escalade incontrôlable. Elle projette sa force militaire au Moyen Orient, soulignant à la fois la vulnérabilité et l’impuissance de l’Europe. La démonstration de force devrait s’accompagner d’un dialogue approfondi entre la Russie et ses partenaires occidentaux. Mais après la rupture des pourparlers sur la Syrie entre Russes et Américains, cette perspective est devenue peu probable.

De ce fait la comparaison du ministre allemand n’est pas dépourvue de pertinence. De plus, les opinions publiques étaient à l’unisson de leurs gouvernements jusqu’à la fin des années 1980: il en va différemment aujourd’hui.
Repli nationaliste

La décision du peuple britannique de quitter l’Union européenne n’a pas seulement porté un coup d’arrêt à la mondialisation et à la construction d’un espace de paix et de prospérité doté d’institutions propres. Elle traduit aussi la contestation d’un secteur croissant de l’opinion face à la discipline et aux contraintes imposées par le développement de l’Union, l’insécurité due au chômage, à l’immigration incontrôlée et à la faiblesse des gouvernants. Le repli nationaliste et les difficultés internes compliquent la réponse à apporter aux défis extérieurs alors que la coopération internationale est plus nécessaire que jamais.

Le ministre fédéral allemand met en cause l’effacement américain: qu’ils le veuillent ou ne le puissent, les Américains n’assurent plus la fonction régulatrice qu’ils exerçaient naguère et qui garantissait peu ou prou la stabilité internationale. Ils possèdent encore la capacité de faire la différence s’ils intervenaient vraiment. Mais leur abstention a également des effets importants. Ce facteur n’exonère cependant pas l’Europe de sa responsabilité.

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

http://www.mondialisation.ca/le-carrefour-de-tous-les-dangers-la-russie-et-les-usa-se-preparent-

ils-a-une-guerre-nucleaire/5548819

Le carrefour de tous les dangers : La Russie et les USA se préparent-ils à une guerre nucléaire?
Par Prof Michel Chossudovsky
Mondialisation.ca, 01 octobre 2016
27 septembre 2016
Région : États-Unis, Russie et CEI
Thème: Guerre USA OTAN, Militarisation
Analyses: Nucléaire (guerre et énergie)

Les médias occidentaux en parlent à peine, mais la Russie et les USA sont en train de « réarmer » leurs systèmes d’armes
nucléaires. Pendant que les USA se lancent dans un projet de modernisation coûtant des milliards de dollars, la Russie est
pleinement engagée dans un processus de restructuration « à moindre coût », qui consiste à démanteler certaines parties de
son arsenal de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) terrestres, pour les remplacer par un système plus perfectionné,
le RS24 Yars, mis au point en 2007.

Une nouvelle course aux armements « non officielle » est bel et bien lancée. Les USA ont entrepris un processus de
modernisation les trois composantes de sa triade nucléaire que sont les missiles nucléaires terrestres, les missiles aéroportés et
les missiles lancés depuis un sousmarin. Cette modernisation va de pair avec la mise au point de la bombe tactique B6112, qui
sera déployée en Allemagne, en Italie, aux PaysBas, en Belgique et en Turquie.

Mais n’ayez crainte, car la B61-12 n’est somme toute qu’une « mini bombe nucléaire », dont la capacité explosive n’équivaut
qu’à quatre fois celle d’Hiroshima. Elle est considérée comme une arme « défensive » (pour préserver la paix) à utiliser dans
une guerre conventionnelle. Selon des scientifiques qui sont sous contrat auprès du Pentagone, les bombes B6111 et 12
(bombe antibunker munie d’ogives nucléaires) sont « inoffensives pour les civils, car son explosion est souterraine ».

Le projet de modernisation de la triade nucléaire se fait aux frais des contribuables des USA. Il requiert une réorientation des
recettes fédérales en faveur de « l’économie de guerre » plutôt qu’à des fins de financement de différentes catégories de
dépenses civiles (santé, éducation, infrastructure, etc.). Tout ceci pour une bonne cause : « la paix et la sécurité ».

La guerre, « c’est bon pour les affaires »

Ce projet coûtant des milliards de dollars et une véritable manne pour les principaux fournisseurs du secteur de la défense aux
USA comme Boeing, Lockheed Martin et Northrop Grumman, qui sont aussi d’ardents partisans de la position d’Hillary
Clinton à propos d’une première frappe nucléaire possible contre la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord.

Le Defense News rapportait que le secrétaire à la Défense des USA Ash Carter a affirmé le 26 septembre qu’il « faut
moderniser les trois composantes de la triade nucléaire ». Le projet donnerait tout un élan aux dépenses en matière de défense.

Soulignant le « contexte de sécurité instable » qui prévaut, ce projet de plusieurs milliards de dollars est nécessaire, selon
Carter, en raison des menaces provenant principalement de la Russie, de la Chine ainsi que de la Corée du Nord :
Carter a fait ces commentaires lors d’une visite à la base aérienne de Minot, au Dakota du Nord (…). Dans sa demande de
budget pour l’exercice 2017, a indiqué Carter, le département prévoit consacrer 19 milliards de dollars au secteur nucléaire sur
les 108 milliards de dollars prévus au cours des cinq prochaines années. Selon un commentaire déjà préparé du secrétaire à la
Défense, le département a également dépensé environ 10 milliards de dollars ces deux dernières années. La « triade nucléaire
» se rapporte aux trois volets de la position stratégique des USA, à savoir les missiles balistiques intercontinentaux terrestres,
les missiles aéroportés par des bombardiers et les missiles nucléaires lancés à partir de sousmarins. Dans les trois cas, ces
armes sont parvenues à un âge où une modernisation s’impose.

Le Pentagone estime avoir cerné le coût de la modernisation de la triade et de toutes les exigences s’y rapportant, qui serait
de l’ordre de 350 à 450 milliards de dollars pour les 10 prochaines années, dont une bonne partie sera payée au milieu des
années 2020, lorsque les projets de modernisation simultanée des forces aériennes et maritimes devront aller de l’avant.

Les opposants à la stratégie militaire des USA et aux dépenses du Pentagone tentent de trouver des moyens de modifier le
plan de modernisation, comme l’abandon pur et simple d’une des composantes de la triade. Mais Carter a clairement dit dans
son allocution que ce genre de plans mettrait les USA en danger au moment même où la Russie, la Chine et la Corée du Nord,
entre autres, cherchent à moderniser leurs arsenaux. (Defense News, le 26 septembre 2016)

Carter a écarté du revers de la main les dangers d’une guerre mondiale qui ne fera aucun gagnant et qui pourrait évoluer vers
un « holocauste nucléaire » (…). Il a aussi dénoncé les opposants au programme – dont l’ancien secrétaire à la Défense
William Perry, largement perçu [ironiquement] comme le mentor de Carter – qui soutiennent qu’investir davantage dans les
armes nucléaires va accroître le risque de catastrophe atomique dans le futur. (Defense News, le 26 septembre 2016)
Carter a aussi fait part de ses craintes au sujet des « manœuvres d’intimidation nucléaire » de la Russie.

Carter a-t-il fait ses déclarations en réponse au redéploiement et à la restructuration du système de missiles balistiques
intercontinentaux de la Russie à sa frontière occidentale, annnoncés le 20 septembre?

La semaine dernière, l’agence de presse russe Tass a confirmé que « la division de la force de missiles stratégiques la plus à
l’ouest, dans la région de Tver, commencera bientôt à être réarmée du système de missiles Yars. »

« Il s’agira de la sixième division de missiles stratégiques à être munie des plus récents systèmes de missiles terrestres qui
soient, qui remplaceront les missiles balistiques intercontinentaux Topol », selon le service de presse de la force des missiles
stratégiques, qui citait son commandant, Sergeï Karakayev.

D’après le responsable, les régiments des divisions d’Irkoutsk et de IochkarOla ont commencé à être réarmés. Le
réarmement des divisions de Novossibirsk et de Taguil est pratiquement terminé. Plus tôt, la division de Teykovo a été
complètement réarmée.

La décision définitive de réarmer la division des missiles stratégiques de la région de Tver sera prise à l’issue d’exercices
du personnel de commandement qui s’y dérouleront. Le service de presse a indiqué que ces exercices consisteront en des
manœuvres le long de routes où des patrouilles de combat sont présentes.

Dans un proche avenir, les ICBM RS-24 Yars, ainsi que les missiles balistiques monoblocs dotés d’ogives nucléaires RS12M2
Topol, commandés antérieurement, constitueront l’épine dorsale de la force de missiles stratégiques de la Russie.

Les missiles ICBM RS-24 Yars ont été mis au point en 2007, en réponse au bouclier antimissile des USA. Il ne s’agit pas d’un
nouvel élément à l’arsenal militaire de la Russie. C’est un système très perfectionné qui a des capacités thermonucléaires.

Ce que ce rapport fait ressortir, c’est que la Russie procède à une restructuration de sa force de missiles stratégiques et au
remplacement de son système Topol (que Moscou considère comme obsolète) par le système ICBM RS-24 Yars.

Michel Chossudovsky

 

Aout 2016

https://www.legrandsoir.info/la-provocation-d-une-guerre-nucleaire-par-les-medias
25 août 2016
Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité.

La provocation d’une guerre nucléaire par les médias

John PILGER

La disculpation d’un homme accusé du pire des crimes, le génocide, n’a pas fait les manchettes. Ni la BBC ni CNN n’en ont parlé. The Guardian s’est permis un bref commentaire. Un tel aveu officiel et rare fut, sans surprise, enterré ou occulté. Cela révélerait trop de choses sur les dirigeants du monde.

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a discrètement blanchi le feu président serbe, Slobodan Milosevic, de crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie de 1992 à 1995, y compris du massacre de Srebrenica.

Loin d’avoir conspiré avec le leader des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, qui a été condamné, Milosevic avait en réalité « condamné le nettoyage ethnique », s’était opposé à Karadzic et a tenté d’arrêter la guerre qui a démembré la Yougoslavie. Enterré vers la fin d’un arrêt de 2,590 pages sur Karadzic, publié au mois de Février dernier, cette vérité démolit un peu plus la propagande qui justifia l’assaut illégal de l’OTAN sur la Serbie en 1999.

Milosevic est mort d’une crise cardiaque en 2006, seul dans sa cellule à La Haye, au cours de ce qui équivaut à un procès bidon par un « tribunal international » inventé par les Etats-Unis. Une intervention chirurgicale, qui aurait pu lui sauver la vie, lui fut refusé et son état s’est empiré et il fut surveillée et maintenu au secret par les autorités US, comme WikiLeaks l’a révélé depuis.

Milosevic a été victime de la propagande de guerre qui aujourd’hui coule à flots sur nos écrans et journaux et signale un grand danger pour nous tous. Il était l’archétype du démon, vilipendé par les médias occidentaux comme le « boucher des Balkans » qui était responsable de « génocide », en particulier dans la province yougoslave sécessionniste du Kosovo. Le Premier ministre Tony Blair l’a dit, a invoqué l’Holocauste et a demandé des mesures contre « ce nouveau Hitler ».

David Scheffer, l’ambassadeur itinérant des crimes de guerre [sic], a déclaré que jusqu’à « 225.000 hommes albanais ethniques âgés de 14 à 59 ans » ont pu être assassinés par les forces de Milocevic.

Ce fut la justification des bombardements de l’OTAN, dirigés par Bill Clinton et Blair, qui tuèrent des centaines de civils dans des hôpitaux, des écoles, des églises, des parcs et des studios de télévision et détruisirent l’infrastructure économique de la Serbie. Ce fut un geste manifestement idéologique ; à une fameuse « conférence de paix » à Rambouillet, en France, Milosevic a été confronté par Madeleine Albright, la secrétaire d’Etat US, qui allait entrer dans les annales de l’infamie avec sa remarque sur la mort d’un demi-million d’enfants irakiens qui « en valait la peine ».

Albright a communiqué une « offre » à Milosevic qu’aucun leader national ne pouvait accepter. À moins de convenir d’une occupation militaire étrangère de son pays, avec des forces d’occupation « en dehors d’un processus juridique », et de l’imposition d’un « marché libre » néo-libéral, la Serbie serait bombardée. C’était contenu dans une « Annexe B », que les médias n’ont pas lue ou ont censurée. L’objectif était d’écraser le dernier Etat « socialiste » indépendant de l’Europe.

Une fois que l’OTAN a commencé à bombarder, il y eut une ruée de réfugiés kosovars « fuyant un holocauste ». Quand tout fut terminé, les équipes internationales de police se sont rendues au Kosovo pour exhumer les victimes. Le FBI n’a pas réussi à trouver une seule fosse commune et ils rentrèrent chez eux. L’équipe médico-légale espagnole a fait de même, son chef dénonçant avec colère « une pirouette sémantique par les machines de propagande de guerre ». Le décompte final des morts au Kosovo est 2788. Cela inclut les combattants des deux côtés et les Serbes et les Roms assassinés par le pro-OTAN Front de libération du Kosovo. Il n’y a pas eu de génocide. L’attaque de l’OTAN fut à la fois une fraude et un crime de guerre.

Tous sauf une fraction des tant vantés missiles à « précision guidée » des Etats-Unis ont touché non pas des cibles militaires mais des civils, y compris les studios de la Radio Télévision de Serbie à Belgrade. Seize personnes ont été tuées, dont des cameramen, des producteurs et une maquilleuse. Blair qualifia les morts, de manière profane, comme « le commandement et le contrôle » de la Serbie.

En 2008, le procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte, a révélé qu’elle avait subi des pressions pour ne pas enquêter sur les crimes de l’OTAN.

Ceci devint le modèle pour les invasions futures par Washington de l’Afghanistan, l’Irak, la Libye et, de manière furtive, la Syrie. Toutes ces invasions pouvaient êtres qualifiées de « crimes suprêmes » selon la norme établie à Nuremberg ; toutes dépendaient de la propagande des médias. Alors que le journalisme à sensation a joué son rôle habituel, c’était le journalisme sérieux, crédible, souvent progressiste qui a fut le plus efficace – la promotion évangélique de Blair et de ses guerres par le Guardian, les mensonges incessants sur les armes de destruction massive inexistantes de Saddam Hussein dans The Observer et le New York Times, et les battements de tambours ininterrompus de la propagande du gouvernement par la BBC dans le silence de ses omissions.

Au plus fort des bombardements, Kirsty Wark de la BBC a interviewé le général Wesley Clark, le commandant de l’OTAN. La ville serbe de Nis venait d’être pulvérisé par des bombes à sous-munitions états-uniennes, tuant femmes, personnes âgées et enfants dans un marché ouvert et un hôpital. Wark n’a pas posé une seule question sur ce sujet, ni sur tous les autres morts civils.

D’autres furent plus effrontés. En Février 2003, au lendemain de l’écrasement de l’Irak par Blair et Bush, le rédacteur en chef politique de la BBC, Andrew Marr, se trouvait à Downing Street [Bureaux du Premier Ministre Britannique – NdT] et prononça ce qui équivaut à un discours de victoire. Il déclara avec enthousiasme à ses téléspectateurs que Blair avait « dit qu’ils seraient en mesure de prendre Bagdad sans bain de sang, et qu’en fin de compte les Irakiens allient célébrer. Et sur ces deux points, il a eu totalement raison ». Aujourd’hui, avec un million de morts et une société en ruines, les interviews de Marr à la BBC sont recommandées par l’ambassade des Etats-Unis à Londres.

Les collègues de Marr s’alignèrent pour qualifier les actions de Blair de « justifiées ». Le correspondant à Washington de la BBC, Matt Frei, déclara : « Il ne fait aucun doute que la volonté d’apporter le bien, les valeurs américaines au reste du monde, et en particulier au Moyen-Orient … est désormais de plus en plus liée au pouvoir militaire. »

Cette prosternation devant les États-Unis et leurs collaborateurs comme une force bienveillante qui « apportent le bien » est profondément ancrée dans le journalisme occidental moderne. Il veille à ce que la catastrophe actuelle en Syrie soit exclusivement de la faute de Bachar al-Assad, contre qui l’Occident et Israël conspirent depuis longtemps, non pas pour des considérations humanitaires, mais pour consolider le pouvoir agressif d’Israël dans la région. Les forces jihadistes déchaînées et armées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Turquie et leurs mandataires de la « coalition » sont là pour ça. Ce sont eux qui dispensent la propagande et les vidéos qui deviennent des informations aux États-Unis et en Europe, et qui fournissent un accès aux journalistes et garantissent une « couverture » partisane de la Syrie.

Aux informations, on parle de la ville d’Alep. La plupart des lecteurs et téléspectateurs ne seront pas au courant que la majorité de la population d’Alep vit dans la partie occidentale contrôlée par le gouvernement. Le fait qu’ils souffrent quotidiennement des bombardements d’artillerie d’al-Qaida parrainé par l’Occident n’est pas mentionné. Le 21 Juillet, les bombardiers français et américains ont attaqué un village du gouvernement dans la province d’Alep, tuant jusqu’à 125 civils. Cela a été rapporté en page 22 du Guardian ; il n’y a pas eu de photos.

Après avoir créé et soutenu le djihadisme en Afghanistan dans les années 1980 dans le cadre de l’Opération Cyclone – une arme qui visait à détruire l’Union soviétique – les États-Unis sont en train de faire quelque chose de similaire en Syrie. Comme les moudjahidin afghans, les « rebelles » syriens sont les fantassins de l’Amérique et de la Grande-Bretagne. Beaucoup combattent pour al-Qaida et ses variantes ; certains, comme le Front Nosra, se sont rebaptisés pour se conformer aux sensibilités américaines post-11 Septembre. La CIA les dirige, avec difficulté, comme elle dirige des djihadistes partout dans le monde.

L’objectif immédiat est de détruire le gouvernement de Damas qui, selon le sondage le plus crédible (YouGov Siraj), est soutenu par la majorité des Syriens, ou tout au moins qui se retournent vers lui pour sa protection, quelle que soit la barbarie qui peut régner en coulisses. L’objectif à long terme est de nier à la Russie un allié clé du Moyen-Orient dans le cadre d’une guerre d’usure de l’Otan contre la Fédération de Russie qui finirait éventuellement par détruire cette dernière.

Le risque nucléaire est évident, bien qu’occulté par les médias du « monde libre ». Les éditorialistes du Washington Post, ayant promu le mensonge sur les Armes de destruction massive en Irak, demandent à Obama d’attaquer la Syrie. Hillary Clinton, qui se réjouissait publiquement de son rôle de bourreau lors de la destruction de la Libye, a indiqué à plusieurs reprises que, en tant que présidente, elle « ira plus loin » qu’Obama.

Gareth Porter, un journaliste basé à Washington, a récemment révélé les noms de ceux qui sont susceptibles de faire partie du cabinet Clinton, qui planifient une attaque sur la Syrie. Tous ont des passés de belligérants de la guerre froide ; l’ancien directeur de la CIA, Leon Panetta, a déclaré que « le prochain président devra envisager d’envoyer des forces spéciales supplémentaires sur le terrain ».

Le plus remarquable dans la propagande de guerre qui bat actuellement son plein est son côté absurde et familier. J’ai visionné des films d’archives des années 1950 à Washington, à l’époque où des diplomates, des fonctionnaires et des journalistes étaient traqués et ruinés par la chasse aux sorcières déclenchée par le sénateur Joe McCarthy contre ceux qui contestaient les mensonges et la paranoïa au sujet de l’Union Soviétique et de la Chine. Comme une tumeur renaissante, le culte anti-Russe est de retour.

En Grande-Bretagne, Luke Harding du Guardian entraîne ses lecteurs qui détestent la Russie dans un flot de parodies journalistiques qui attribuent à Vladimir Poutine tous les malheurs de la terre. Lorsque la fuite des Panama Papers fut publiée, la première page du quotidien mentionna M. Poutine, et il y avait une image de Poutine ; peu importe si le nom de Poutine n’était mentionné nulle part dans les documents.

Comme Milosevic, Poutine est le Diable en chef. C’est Poutine qui a abattu un avion de ligne Malaisienne au-dessus de l’Ukraine. Le titre auquel on a eu droit est le suivant : « En ce qui me concerne, Poutine a tué mon fils. » Pas besoin de preuves. C’est Poutine qui est responsable du renversement du gouvernement élu à Kiev en 2014, organisé (et financé) par – documents à l’appui – Washington. La campagne de terreur qui a suivi, déclenchée par les milices fascistes contre la population russophone de l’Ukraine était le résultat de « l’agression » de Poutine. Prévenir que la Crimée de devienne une base de missiles de l’OTAN et protéger la population majoritairement russe qui s’était prononcée par référendum pour son intégration à la Russie – à la suite de quoi la Crimée fut annexée – étaient autant d’exemples de « l’agression » de Poutine. La calomnie par les médias devient inévitablement une guerre par les médias. Si la guerre avec la Russie éclate, à dessein ou par accident, les journalistes en porteront une grande part de responsabilité.

Aux Etats-Unis, la campagne anti-Russe s’assimile à la réalité virtuelle. Paul Krugman du New York Times, un économiste lauréat du prix Nobel, a appelé Donald Trump le « candidat Sibérien » parce que Trump est l’homme de Poutine, dit-il. Trump a osé suggérer, dans un moment rare de lucidité, qu’une guerre avec la Russie pourrait être une mauvaise idée. En fait, il est allé plus loin et a retiré les livraisons d’armes US à l’Ukraine de son programme. « Ne serait-ce pas merveilleux si nous nous entendions avec la Russie, » a-t-il dit.

C’est pourquoi l’establishment libéral belliciste des Etats-Unis le déteste. Son racisme, sa démagogie et ses rodomontades n’ont rien à voir avec ça. En matière de racisme et d’extrémisme, Bill et Hillary Clinton n’ont rien à envier à Trump. (Cette semaine marque le 20e anniversaire de la « réforme de la protection sociale » de Clinton qui a été une guerre contre les Afro-Américains). Quant à Obama : tandis que les armes de la police US abattent ses frères afro-américains, le grand espoir de la Maison Blanche n’a rien fait pour les protéger, rien fait pour soulager leur misère, tout en menant quatre guerres rapaces et une campagne d’assassinat sans précédent.

La CIA a demandé que Trump ne soit pas élu. Des généraux du Pentagone ont demandé qu’il ne soit pas élu. Le pro-guerre du New York Times – pendant les pauses de leur campagnes anti-Poutine – demandent qu’il ne soit pas élu. Il y a quelque chose qui se mijote. Ces tribuns de la « guerre perpétuelle » sont terrifiés que le business de plusieurs milliards de dollars de la guerre par laquelle les Etats-Unis maintiennent leur domination serait compromis si Trump trouvait un accord avec Poutine, puis avec Xi Jinping de la Chine. Leur panique devant la possibilité d’une grande puissance parlant de paix dans le monde – ce qui est peu probable – serait une farce macabre si l’avenir n’était pas aussi sombre.

« Trump aurait aimé Staline ! » hurla le vice-président Joe Biden lors d’un rassemblement de soutien à Hillary Clinton. Avec Clinton hochant la tête, il a crié : « Nous ne nous inclinons jamais. Nous ne plions jamais. Nous ne nous agenouillons jamais. Nous ne cédons jamais. La victoire est à nous. Voilà qui nous sommes. Nous sommes l’Amérique ! »

En Grande-Bretagne, Jeremy Corbyn a également provoqué l’hystérie des faiseurs de guerre du Parti travailliste et d’un média qui se consacre à lui rentrer dedans. Lord West, ancien amiral et ministre du Travail, l’a bien formulé. Corbyn prenait une position anti-guerre « scandaleuse » « parce que cela lui attire le vote des masses irréfléchies ».

Lors d’un débat avec son challenger à la direction du parti, Owen Smith, le modérateur a demandé à Corbyn : « Comment réagiriez-vous en cas de violation par Vladimir Poutine d’un Etat-membre de l’Otan ? »

Corbyn a répondu : « Vous voudriez d’abord éviter que cela n’arrive. Vous établiriez un bon dialogue avec la Russie … Nous pourrions tenter une démilitarisation des frontières entre la Russie, l’Ukraine et les autres pays frontaliers de la Russie en l’Europe de l’Est. Ce que nous ne pouvons pas faire c’est de laisser une série d’accumulations de troupes calamiteuses de chaque côté, ce qui nous conduit inéluctablement vers un grand danger »

Pressé de dire s’il autoriserait la guerre contre la Russie « s’il le fallait », Corbyn a répondu : « Je ne veux pas faire la guerre – ce que je veux c’est parvenir à un monde où on n’aurait pas à faire la guerre ».

Poser une telle série de questions doit beaucoup à la montée des libéraux bellicistes en Grande-Bretagne. Depuis longtemps, le Parti travailliste et les médias leur ont offert des opportunités de carrière. Pendant un certain temps, le tsunami moral du grand crime commis contre l’Irak a provoqué un flottement, leurs contre-vérités flagrantes sont devenues un fardeau embarrassant mais passager. Indépendamment du rapport Chilcot et de la montagne de faits qui l’incriminent, Blair est toujours leur source d’inspiration, parce qu’il est un « gagnant ».

Le journalisme et enseignements dissidents ont depuis été systématiquement bannis ou accaparés, et les idées démocratiques vidées pour être remplacées par la « politique identitaire » qui confond genre et féminisme, l’angoisse de la société et libération, et qui ignore volontairement la violence d’Etat et le mercantilisme des armes qui détruisent d’innombrables vies dans des pays lointains, comme le Yémen et la Syrie, et qui invitent la guerre nucléaire en Europe et à travers le monde.

La mobilisation de personnes de tous âges autour de la montée spectaculaire de Jeremy Corbyn peut constituer une certaine résistance. Il a passé sa vie à dénoncer les horreurs de la guerre. Le problème pour Corbyn et ses partisans est le Parti Travailliste. Aux Etats-Unis, le problème pour les milliers d’adeptes de Bernie Sanders est le Parti Démocrate, sans parler de l’ultime trahison de leur grand espoir [son ralliement en rase-campagne à H. Clinton - NdT].

Aux Etats-Unis, pays des grands mouvements pour les droits civiques et contre la guerre, ce sont les mouvements comme Black Lives Matter et CODEPINK qui constituent les graines d’une version moderne.

Seul un mouvement qui grossirait à chaque coin de rue, qui déborderait des frontières et qui n’abandonnerait pas pourrait arrêter les fauteurs de guerre. L’année prochaine, cela fera un siècle que Wilfred Owen a écrit ce qui suit. Chaque journaliste devrait le lire et le retenir.

Si vous entendiez, à chaque cahot, le sang
Qui gargouille et s’écoule de ces poumons empoisonnés,
Cancer obscène, tel le reflux amer de plaies
Infectes et incurables sur des langues innocentes,
Mon ami, vous mettriez moins de zèle à répéter
À des enfants en mal de gloire désespérée,
Le vieux mensonge : Dulce et decorum est
Pro patria mori.

(Traduction française par Georges Gernot)

John Pilger

Traduction « quand organiserons-nous un nouveau Nuremberg ? » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Journaliste, cinéaste et auteur, John Pilger est l’un des deux journalistes à avoir remporté deux fois la plus haute distinction du journalisme britannique. Pour ses documentaires, il a remporté un Emmy, un British Academy Award, un BAFTA. Parmi de nombreux autres prix, il a remporté un Prix du meilleur documentaire du Royal Television Society. Son épopée de 1979 ,Cambodge année zéro, est classé par le British Film Institute comme l’un des dix documentaires les plus importants du 20e siècle.

Laisser un commentaire

 

Paruremaupassant |
Lalibrairiedunet |
Latelierdeshistoiresfilantes |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Lloydvlcf
| Matircrite
| Monsieurkafka