Reçu des veines ouvertes ; Et « si c’est une femme »

Posté par elianguesard le 24 décembre 2014

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Prenant en compte le poète affirmant que « la femme est l’avenir de l’homme » et que l’actualité et le passé montrent que la femme est l’ancestrale bouc-émissaire de l’homme. Alors le féminicide actuel et sa progression indiquent que l’homme n’a pas d’avenir ou plus exactement ; le féminicide actuel indique la fin de l’humanité « si rien ne bouge ».
On peut aussi dire voire affirmer avec la phrase du géographe de la Commune de Paris Elisée Reclus « L’homme est la nature prenant conscience d’elle même » que la résolution de notre monde passera par la prise de conscience du féminicide en avant poste ; la femme est effectivement la nature prenant conscience d’elle même et l’avenir de l’homme qui n’a plus de couilles dépend de la révolte des femmes.
Cette situation est aussi la conséquence de la colonisation des peuples autochtones dont les révoltes « homme » ont été brisées de longue date (http://www.legrandsoir.info/l-indien-dans-nos-tetes.html). La colonisation du monde par l’occident et de ses dogmes ; le libéralisme, le christianisme, le scientisme, le capitalisme ou productivisme puisque des pays, des hommes prétendument communistes ou socialistes en ont croqué aussi, doit disparaître comme un mauvais rêve avec les dogmes des autres colonisations dîtes religions.

Quelques textes sélectionnés
1er texte

1er Octobre 2014

Des assassinats de Ciudad Juárez au phénomène des féminicides : de nouvelles formes de violences contre les femmes ?
ciudad

Le texte que Jules Falquet nous propose ici est issu d’un travail sur les recompositions de la violence, et sur la centralité des violences masculines contre les femmes, dans le développement contemporain du mode de production néolibéral — lui-même compris comme la résultante de l’évolution conjointe de rapports sociaux capitalistes, colonio-racistes et hétéro-patriarcaux.

Féministe et activiste « à ses heures libres », Jules Falquet[1] a vécu dans le Chiapas, à Mexico et au Salvador. Elle travaille sur les mouvements sociaux, les résistances à la mondialisation néolibérale, les recompositions de la violence masculine contre les femmes et l’imbrication des rapports sociaux de sexe, « race » et classe.

Préambule

Le choix de revenir sur les assassinats, assortis de viols et de tortures, de centaines de femmes à Ciudad Juárez depuis les années 1990, n’a rien à voir avec une quelconque volonté de victimisation de « pauvres » femmes ou de diabolisation d’hommes particulièrement « machistes » d’un « lointain » pays du sud. Au contraire, la nécessité d’analyser la situation du Mexique s’explique par l’importance de ce pays pour l’avancée du néolibéralisme à l’échelle planétaire, du fait de son rôle-clé dans la construction de l’hégémonie des Etats-Unis —dont il constitue historiquement un réservoir de main-d’œuvre, de matières premières et d’énergie déterminant, à plus forte raison depuis l’entrée en vigueur en 1994 du Traité de libre commerce Etats-Unis-Canada-Mexique[2].

Cette analyse de la violence meurtrière exercée par un ensemble « d’hommes en armes » contre un ensemble de « femmes de service » prolonge également mes travaux précédents[3], en les ancrant dans un contexte historique, géographique et politique spécifique —le Mexique comme « bon élève » du néolibéralisme. On verra que cette violence va bien au-delà de la profonde misogynie que nous connaissons depuis longtemps sous diverses latitudes pour s’inscrire dans des logiques de guerre particulièrement complexes et relativement nouvelles. En effet, elle nous permettra de mettre en évidence une véritable « guerre de basse intensité contre les femmes[4] », qui constituerait la nouveauté de la vieille guerre capitaliste, celle qu’évoquait Rosa Luxembourg (1915), dès la première vague de la mondialisation quand elle soulignait l’alternative à laquelle l’humanité faisait alors face : le socialisme ou la barbarie. Comprendre les logiques de l’actuelle barbarie néolibérale, cent ans plus tard, constitue le début d’un cheminement vers d’autres possibles.

De quoi parle-t-on quand on parle de féminicide ? Il s’agit en réalité d’un ensemble de violences masculines meurtrières contre les femmes, de diverse nature : je rappellerai donc d’abord un certain nombre d’éléments de contexte et de définition, en me centrant sur la ville de Ciudad Juárez et les travaux de différentes activistes et chercheuses féministes. On verra ensuite que le(s) féminicide(s)[5] constituent à la fois une « nouvelle » forme de violence spécifique au néolibéralisme tel qu’il se développe actuellement au Mexique et qui lui est fort utile, et qu’il(s) trouve(nt) leur origine dans l’histoire longue de contrôle politico-militaire particulière à ce pays. Dans un troisième et dernier temps, après avoir souligné certaines ressemblances avec d’autres cas de dictature et d’après-guerre dans le reste du continent, je proposerai plusieurs pistes pour approfondir la réflexion.

Le développement des assassinats de femmes à Ciudad Juárez

Le sexennat de Zedillo (1994-2000) est marqué par le développement, à Ciudad Juárez, de disparitions et de meurtres de femmes, progressivement baptisés « féminicides ». En effet, dans cette ville frontalière, emblématique de la migration vers le Nord, de l’industrialisation et de l’urbanisation spontanée[6], on signale à partir de 1993 une série d’assassinats particulièrement marquants : on retrouve des cadavres de jeunes femmes, parfois à peine sorties de l’adolescence, portant les marques de terribles violences sexuelles, viol et torture. Certains corps sont mutilés, démembrés, ou encore jetés nus, parfois en groupes, dans le désert, au milieu de terrains vagues ou de décharges, projetant une image macabre de barbarie délibérée (González Rodríguez, 2002 ; Washington Valdés, 2005).

Au fil des mois puis des années, disparitions et assassinats se multiplient. Les familles qui cherchent leurs disparues ou viennent reconnaître des corps se heurtent à la négligence, voire au mépris et à l’agressivité de la police. Les dossiers, les pièces à conviction et même les restes des corps sont mélangés ou perdus. Les personnes venues signaler une disparition sont insultées, menacées, parfois elles-mêmes mises en cause. Face à l’attitude des autorités, des groupes de femmes, de mères notamment, mais aussi les familles plus largement et les ami-e-s, se forment pour demander justice[7], organisant marches et campagnes pour attirer l’attention sur le phénomène et exiger des réponses, rapidement relayées par le mouvement féministe et les organisations nationales de droits de la personne. On assiste à quelques arrestations “spectaculaires” de suspects qui ont surtout des caractéristiques de victimes expiatoires idéales – deux conducteurs de bus, un « Égyptien » venu des États-Unis ou encore le frère d’une victime enquêtant d’un peu trop près dans les commissariats. Mais rapidement, les conducteurs de bus confondus montrent à la presse leurs corps couverts de brûlures de cigarettes, leur avocate dénonce être menacée de mort et fait l’objet d’attentats (Washington Valdés, 2005). Surtout, malgré ces arrestations, les assassinats continuent. Pour beaucoup de femmes, la peur s’installe. En effet, sommées de réagir, les plus hautes autorités elles-mêmes blâment les victimes, les accusant d’être des fugueuses, des prostituées, et minimisant les faits. Ainsi, le gouverneur de l’État de Chihuahua à l’époque, Francisco Barrio (1992-1998), affirme que les victimes « sortaient danser avec de nombreux hommes ». Il insinue même à propos d’une fillette de dix ans assassinée, que sa dentition, marquée par les caries, dénotait la « désintégration et la dés-attention familiale » et soutient que les chiffres des assassinats de femmes et de jeunes filles sont « normaux »[8].

Devant la brutalité des crimes et le mystère qui entoure leurs auteurs, les interprétations les plus diverses se font jour (Ravela et Domínguez, 2003). Certain-e-s avancent que disparitions et assassinats pourraient servir à réaliser des « snuff movies »[9] ou à des trafics d’organes. De nombreuses voix soulignent que la violence est permise par la vulnérabilité des femmes pauvres, notamment ces ouvrières des maquilas qui après avoir terminé leur tour de nuit à l’usine, reviennent à quatre heures du matin dans leurs lointains quartiers. Les transports et l’éclairage publics y sont inexistants et les (éventuels) bus des usines les laissent bien loin de leur baraque de tôle, seules dans l’obscurité. D’autres rappellent froidement que les quartiers des bars du centre-ville sont pleins d’hommes peu recommandables et que la vie nocturne est synonyme de multiples dangers : celles qui y travaillent savent qu’elles le font à leurs risques et périls. De manière plus globale, les caractéristiques de Ciudad Juárez sont souvent évoquées pour mettre en avant l’existence d’une sorte de violence urbaine anomique sur fond de crise économique et sociale. La cause de tout serait à chercher dans l’urbanisation chaotique, la délinquance commune et les effets collatéraux du narcotrafic, dont l’implantation commence à se faire évidente depuis la fin des années 1980 et se renforce constamment au cours des années 1990 autour du cartel de Juárez des frères Carrillo Fuentes[10] en particulier. La négligence et la corruption, caractéristiques généralement attribuées à la police, ici portées à leur comble, laissent imaginer différentes formes de concussion. En effet, le modus operandi d’une partie des crimes (qui implique des lieux discrets de séquestration et de meurtre, puis la conservation des corps pendant des durées indéterminées, et plus tard encore leur transport sur des distances importantes), semble indiquer l’existence de bandes bien organisées et disposant de nombreuses complicités.

Au total, au cours du mandat de Francisco Barrio (1992-1998), en plus d’autres meurtres de femmes, ce sont pas moins de 90 femmes qui sont assassinées selon le même schéma de viol puis strangulation ou rupture de la nuque –pour la plupart des ouvrières entre 15 et 19 ans[11]. De fait, les chiffres sont difficiles à obtenir et sujets à caution, puisque ni la police locale, ni les autorités du Chihuahua ni les autorités fédérales ne se montrent capables de fournir des données consolidées et unifiées[12]. Les informations recueillies par les associations, malgré les faibles moyens dont elles disposent et les menaces qu’elles reçoivent, et par les chercheur-e-s, paraissent de loin les plus fiables. Selon sa propre base de données, Julia Estela Monárrez Fragoso, spécialiste des féminicides du Colegio de la frontera norte, comptabilise 382 femmes et fillettes assassinées entre 1993 et 2004 (2006 a). L’anthropologue québecquoise Marie-France Labrecque (2012) recense pour sa part 941 féminicides entre 1993 et 2010[13]. Mais quels assassinats doivent être comptabilisés comme des féminicides, et d’ailleurs, que sont exactement les féminicides ?

Premières définitions et diversité des féminicides

Marcela Lagarde, anthropologue et féministe mexicaine fort reconnue, qui se rend à Ciudad Juárez dès 1996 (Devineau, 2012), sera avec les éditrices de la Triple Jornada[14] l’une des premières à proposer une définition et un cadre d’analyse clairement féministe pour comprendre le phénomène. Elle s’appuie pour ce faire sur le travail de Jill Radford et Diana Russel, dont le travail de 1992 Femicide : the politics of woman killing, constitue la première anthologie sur le meurtre de femmes en raison de leur sexe. Différentes auteures y analysent, dans des pays et des époques très diverses, les liens structurels entre haine misogyne des femmes, violences et meurtres. Lagarde reprend et traduit le terme anglais de femicide proposé par Russel et Radford. Cependant, estimant qu’en espagnol le terme femicidio évoquerait une sorte de symétrique féminin de l’homicide, elle lui préfère le terme de « féminicide » (feminicidio). Lagarde en fait de surcroît un concept spécifique[15] caractérisé par deux dimensions : il s’agit d’un crime de genre, misogyne, de haine contre les femmes qui jouit d’une grande tolérance sociale ; et l’Etat joue un grand rôle dans son impunité, qui constituerait l’une de ses caractéristiques majeures (Devineau, 2012). Bien que l’usage ne soit pas réellement stabilisé, ni en espagnol[16] ni en français[17], je reprendrai ici le terme de féminicide, moins par adhésion stricte à la théorisation de Lagarde – nous allons voir que l’analyse que l’on peut faire du phénomène est complexe—, que parce qu’il me paraît effectivement permettre d’éviter l’écueil de la symétrisation homicide/fémicide.

De son côté, dans un souci de clarification, Monárrez Fragoso, suggère de distinguer différents types de féminicides (2006 b). Elle propose en particulier la catégorie de « féminicides sexuels systémiques » pour les assassinats de Juárez qui ont le plus fortement marqué l’opinion : des femmes jeunes, brunes de peau, ouvrières des zones franches ou étudiantes, retrouvées violées et atrocement torturées dans des mises en scènes sordides. Or selon Labrecque, ces cas ne représenteraient que 20% de l’ensemble des assassinats de femmes recensés, soit 179 femmes et fillettes entre 1993 et 2010. Ce que Monárrez Fragoso qualifie de « féminicides intimes » c’est-à-dire commis par un homme connu de la victime, représenteraient 20% des autres meurtres, 3% correspondraient à des assassinats « pour occupations stigmatisées » (prostitution, métier transgressif) et enfin 58% seraient des assassinats « communs », liés aux simples vols et à la violence générale (Labrecque, 2012 ; Lacombe, 2014).

Des analyses variées, de la brutalité masculine aux effets pervers du néolibéralisme

Labrecque suggère, pour analyser ensemble ces différents types de féminicides[18], de recourir à une perspective féministe globale en termes de système patriarcal, ce dernier faisant le lien entre l’exploitation du travail des femmes, l’impunité fomentée par l’Etat, la tolérance à la misogynie inscrite dans la culture dominante et le pouvoir masculin dans la sphère intime (2012). Si, malgré les critiques qui sont parfois adressées au concept de patriarcat[19], l’analyse de Labrecque s’avère solide, ce n’est pas toujours le cas d’autres explications qui se veulent féministes mais relèvent plutôt d’une lecture superficielle du genre et s’avèrent en réalité victimisantes et naturalistes. Ainsi, certains réflexions qui insistent sur la vulnérabilité des femmes ne font finalement que ratifier ad nauseam l’idée que les femmes sont (toutes, nécessairement) vulnérables et que les hommes sont (tous, sans qu’on sache pourquoi) des prédateurs sexuels et des assassins potentiels. De même, une partie des explications, largement reprises par le « sens commun », qui soulignent que la présence accrue des femmes dans l’espace public et/ou sur le marché du travail ébranlerait les normes de genre ou menacerait la suprématie des hommes, posent problème. En effet, si certaines analyses suggèrent d’observer les effets de la concurrence matérielle concrète entre femmes et hommes sur le marché du travail (Labrècque, 2012 ; Falquet, 2010 a, 2012 a), d’autres se placent, dans une perspective de genre très « micro », sur un terrain psychologisant. Or, en mettant en avant la « frustration » masculine ou une supposée « crise de la masculinité », on a vite fait de glisser la pente douteuse du masculinisme le plus réactionnaire[20], où les victimes deviennent coupables d’avoir (bien involontairement du reste) bousculé la hiérarchie éternelle des sexes.

Plus stimulantes, dans l’impressionnante quantité de travaux sur les féminicides produits depuis une vingtaine d’années, sont les réflexions qui, dans une perspective structurelle et féministe, replacent les féminicides (et tout particulièrement ceux que Monárrez Fragoso qualifie de « féminicides sexuels systémiques ») dans le cadre du développement de la mondialisation néolibérale. L’une des premières à écrire dans ce sens est l’anthropologue argentine Rita Laura Segato (2005). Pour elle, la barbarie faussement incontrôlée exercée sur le corps de certaines femmes, à travers les féminicides, doit être rapprochée du développement de nouvelles logiques économiques, politiques et territoriales qui voient s’affronter différentes bandes narcotrafiquantes qui disputent le pouvoir à l’État. Plus précisément, en s’appuyant sur des travaux antérieurs qu’elle a menés en prison (au Brésil) avec des détenus condamnés pour viol, d’où il ressortait que le principal motif du viol pour eux était de « prouver des choses » aux autres hommes (2003), Segato affirme que les féminicides sont un langage entre hommes de groupes mafieux rivaux, qui s’adressent mutuellement des messages par le moyen de corps torturés de femmes. Pour elle, il s’agit d’un nouveau langage de terreur, de pouvoir et de contrôle sur le territoire, qui prend racine dans les zones frontières emblématiques de la mondialisation. Cette analyse brillante tend cependant à reproduire un grand tropisme de l’anthropologie, qui fait des femmes des objets et des signifiants échangés entre hommes, et non des sujets.

La philosophe, artiste et activiste Sayak Valencia a travaillé pour sa part sur le développement de ce qu’elle nomme le « capitalisme gore » (2010). Elle-même originaire de Tijuana, elle décrit la frontière nord du Mexique comme le « côté obscur » de l’économie globale (mexicaine). Pour elle, la violence, qui caractérise ce capitalisme gore, possède un triple rôle : outil de marché particulièrement efficace, moyen de survie alternatif et pièce-clé de l’auto-affirmation masculine. Valencia applique les analyses de Michel Foucault et d’Achille Mbembe, respectivement sur la biopolitique et la nécropolitique[21], au cas de la frontière mexicaine, pour décrire trois grandes dynamiques. La première est la transformation de l’État-nation en État-marché puis, dans le cas du Mexique, en narco-État où les grandes entreprises qui contrôlent classiquement l’État ont été remplacées par les cartels de la drogue, devenus de véritables entreprises transnationales. La deuxième est un hyperconsumérisme qui se substitue au projet humaniste et à l’éthique, produisant une nouvelle subjectivité portée par ce que Valencia – empruntant à la littérature médiévale espagnole pour caractériser des êtres mi-hommes-mi-monstres –, baptise les sujets endriagos, qui utilisent la violence comme moyen de survie, d’auto-affirmation et outil de travail. Enfin, elle reprend le concept de nécropolitique, en le situant dans le contexte spécifique de la frontière nord du Mexique. Ici, ce sont les corps eux-mêmes qui sont devenus marchandises, dont la protection, la conservation, la liberté, l’intégrité ou la mort constituent autant de sous-produits. Pire : le corps, devenu marchandise ultime, acquiert une valeur supplémentaire s’il est menacé. Et dans la globalisation actuelle, dont les frontières constituent le meilleur exemple, les sujets endriagos disputent à l’État, non plus le pouvoir classique, mais le contrôle de la population, du territoire et de la sécurité.

Si l’essai de Valencia est audacieux et stimulant, son étayage empirique reste mince. Comment se forment les sujets endriagos et qui sont-ils sociologiquement : pourquoi les hommes, pourquoi « tous » les hommes ou pourquoi certains hommes jeunes et pauvres, ou bien âgés et riches, et pas d’autres ? Pourquoi pas les femmes, qui elles aussi, ont besoin d’argent, d’auto-affirmation et rêvent peut-être de rouler armées jusqu’aux dents dans des véhicules tout terrain accompagnées de jeunes éphèbes à leur service ? Il semble que Valencia cède à l’apitoiement créé par la répétition récurrente des discours masculinistes sur la « crise de la masculinité » et finisse par ne considérer les femmes (même si quelques-unes peuvent devenir elles aussi des sujets endriagos) que comme un simple décor des (més)aventures de ces sujets endriagos. Elle n’offre guère d’éléments historiques ou sociologiques qui permettraient de mieux comprendre comment sont produits concrètement ces sujets si problématiques.

L’ancrage historique et politique des assassinats de Ciudad Juárez

Pour trouver des éléments plus précis, c’est vers l’ouvrage de la journaliste états-unienne Diana Washington Valdés (2005), correspondante d’El Paso Times, qu’il faut se tourner[22]. Au vu de l’ensemble des cas qu’elle a elle-même répertoriés, elle établit plusieurs « profils » de meurtres, qui pourraient avoir des coupables différents. Certains crimes pourraient ainsi être le fait d’au moins deux assassins en série toujours en liberté. D’autres, de narcotrafiquants de bas niveau. D’autres encore porteraient les marques de deux bandes extrêmement violentes pour lesquelles les assassinats constitueraient une sorte d’initiation rituelle. Washington Valdés pointe également la responsabilité d’un groupe d’hommes (entrepreneurs, politiciens et/ou narcotraficants) assez puissants pour assassiner impunément, avant de compléter la liste par une série d’imitateurs de toutes sortes, qui profiteraient de la situation pour dissimuler leur forfait dans la masse. Derrière cette diversité de cas, Washington Valdés souligne cependant deux éléments communs. Elle affirme d’abord que le gouvernement connaît les assassins, et ensuite, que l’inaction des autorités cache de troublantes questions politiques.

Dans son chapitre intitulé « Le cartel de la police », Washington Valdés rappelle l’implication de certains policiers fédéraux dans une série de viols à Mexico à la fin des années 1980. Ces officiers faisaient partie de l’escorte du sous-procureur général de la République de l’époque, Javier Coello Trejo [23]. Washington Valdés souligne que différent-e-s expert-e-s estiment que les viols en groupe représentent une sorte de rite de création de fraternité pour certains policiers collaborant avec le crime organisé. Plus précisément, les cartels opérant dans l’État de Chihuahua auraient tissé des liens avec un certain nombre d’ex-policiers ayant appartenu à la Brigada blanca (un groupe paramilitaire formé sur ordre de la présidence dans les années 1970 pour lutter contre la Ligue communiste du 23 septembre [24])– qui auraient mis leur expérience de tortionnaires au service des narcotraficants [25]. Ainsi, en les liant à la réapparition des fantômes de la guerre sale des années 1970, Washington Valdés évite une analyse trop localiste et statique des féminicides pour les replacer dans une perspective nationale et les faire rentrer par la grande porte dans l’histoire politique (et militaire) du pays.

Washington Valdés fait également apparaître des liens troublants entre les féminicides et la vie politique mexicaine des années 1990. En effet, elle souligne l’inaction remarquée, pendant toute la période, de deux hommes particulièrement haut placés : le procureur général de la justice de l’Etat de Chihuahuha, Francisco Molina Ruiz [26], et son gouverneur, Francisco Barrio (dont les propos cités plus haut montrent la claire volonté de minimiser les faits). Or Francisco Barrio est l’un des hommes en vue du PAN [27]. En effet, il est le premier à avoir brisé le monopole électoral du PRI [28] en remportant la mairie de Ciudad Juárez en 1983 [29]. En 1986, ayant échoué à emporter le poste de gouverneur de l’État, il est au centre d’un très fort mouvement de dénonciation de la fraude électorale qui ébranle un peu plus le système PRIiste. Après six ans de retrait de la vie politique, il est finalement élu gouverneur en 1992[30]. Le tandem Barrio (gouverneur) et Molina (procureur) est complété par la nomination par Molina, de Jorge Lopez Molinar, comme sous-procureur de la région nord de l’État, où le narcotrafiquant Amado Carrillo Fuentes, surnommé le “Seigneur du ciel[31]”, est précisément en train d’enraciner son cartel avec l’aide de son frère Vicente (Devineau, 2013).

Avocat issu de l’ultra-droitière université autonome de Guadalajara, et associé à l’organisation Desarrollo Humano Integral (DHIAC), elle-même liée à l’organisation clandestine el Yunque [32], Jorge López Molinar a déclaré à propos des féminicides, que « beaucoup de femmes travaillent dans les maquiladoras, et comme elles ne gagnent pas assez pour vivre, du lundi au vendredi elles exercent leur travail et les week-ends, elles se consacrent à la prostitution. De plus, comme elles sont originaires de différentes régions, si quelque chose leur arrive, personne ne les réclame » [33] et que la meilleure chose serait que les femmes « s’auto-appliquent un couvre-feu » [34]. Il a d’ailleurs été fortement et nommément critiqué par Amnesty International pour son inaction face aux féminicides [35]. Enfin, tout en étant sous-procureur, Jorge Lopez Molinar a été au centre d’un scandale retentissant, car il continuait à exercer comme avocat, ce que la loi de l’Etat de Chihuahua interdit formellement. Il fut alors soutenu contre vents et marées par le procureur, Molina Ruiz, sans que le gouverneur Francisco Barrio Terrazas y trouve rien à redire. Il est donc pour le moins surprenant qu’en 2001, après sa victoire aux élections, le président PANiste de « l’alternance », Vicente Fox, ait fait appel à Barrio comme « tsar anti-corruption », et que ce dernier ait immédiatement engagé Molina comme son chef de sécurité à Mexico [36].

Ainsi, le travail de Washingtón Valdés offre des éléments particulièrement intéressants pour relire la construction et l’ascension du PAN dans le nord du pays, dans la décennie 1990. S’il est de notoriété quasi publique qu’à travers la famille de l’ancien président Salinas (1988-1994) notamment, le sommet du PRI paraît impliqué jusqu’au cou dans le narcotrafic, il n’est pas anodin de constater que des liens semblent également s’être tissés entre certains secteurs du PAN et des groupes narcotrafiquants. Au cours des dernières années, le Mexique a vu se développer en parallèle la rivalité entre le PRI et le PAN d’une part, et les cartels réputés leur être proches d’autre part. Remarquons ici en tout cas que les liens entre certains PANistes et certains narcotrafiquants semblent en partie tissés autour de l’impunité des féminicides sexuels systémiques – dont on ne sait toujours pas officiellement s’ils sont commis par des groupes narcos, des revenants de la guerre sale, de puissants hommes politiques ou affairistes en mal de sensations fortes ou un sinistre mélange de tous ceux-là à la fois.

Les féminicides au-delà de Juarez : perspectives continentales et histoires de dictatures et d’après-guerre

Le volumineux recueil Terrorizing women. Feminicide in the America de Fregoso et Bejarano (2010) [37] se place « à l’intersection des dynamiques de genre, des cruautés du racisme et des injustices économiques dans les contextes locaux et globaux » (p. 5), situant ainsi clairement l’analyse du féminicide dans le cadre de l’économie néolibérale. Terrorizing women propose à la fois des analyses acérées sur le cas mexicain et d’intéressantes comparaisons internationales. Concernant le Mexique, un article de Deborah Weissman montre que l’impunité des féminicides de Juárez n’est pas seulement de la responsabilité de l’État mexicain, mais aussi de l’État étatsunien souvent oublié, et plus encore, d’acteurs capitalistes transnationaux. Weissman souligne en effet le rôle des propriétaires des usines d’assemblage et d’autres secteurs économiques, qui s’organisent depuis de longues décennies, par le renforcement de la frontière, pour abaisser le coût de la main d’œuvre mexicaine – surtout féminine. Lui répond un article remarquable d’Alicia Schmidt Camacho, qui montre comment de nouveaux acteurs politiques et économiques ont dénationalisé l’espace de la frontière et créé une véritable non-citoyenneté pour les femmes. Elle affirme que les féminicides de Juárez « sont le double fantôme d’un projet visant à produire une population sans droits féminisée, directement appropriable pour le travail et le service à la fois sur les marchés légaux et illégaux du travail. La production de ce groupe subalterne a entraîné la sexualisation des corps des femmes mexicaines pauvres comme un moyen de vendre le lugubre et fragile partenariat entre les deux pays. Les usines d’assemblage et l’industrie touristique, qui font si visiblement commerce des capacités physiques des femmes mexicaines, ne sont que les plus évidents des sites qui érotisent l’hyper-exploitation des femmes mexicaines. » (p. 285).

L’ouvrage de Fregoso et Bejarano permet aussi de comparer le phénomène du féminicide dans différents pays du continent, marqués ou non par des dictatures ou des guerres contre-insurrectionnelles – le cas du Guatemala étant particulièrement intéressant. En effet, certains éléments du conflit guatémaltèque des années 1980 rappellent le Mexique des années 1990 : formation d’unité répressives spéciales avec l’appui états-unien (en particuliers les terribles Kaïbiles), création de milices contre-insurrectionnelles au sein même des communautés indiennes, utilisation massive par l’armée du viol contre les femmes indiennes, notamment pour obliger des communautés entières à quitter leur territoire, impunité des anciens groupes répressifs. L’ouvrage permet ainsi de rapprocher la violence du temps de guerre, de la violence d’un temps de paix assez particulier – la paix d’une post-guerre sans réparation sociale, où la vie ne vaut pas grand chose, où beaucoup d’armes circulent encore entre les mains d’hommes habitués à les manier et où la crise économique fait rage. Il souligne aussi les effets sociaux délétères de l’impunité des anciens criminels de guerre et le cocktail explosif que cette impunité produit avec l’augmentation de la misère.

Retour sur les féminicides sexuels systémiques : trois pistes pour approfondir l’analyse
Sur la base de tous ces éléments, je propose pour ma part trois grandes pistes d’interprétation qui synthétisent les réflexions antérieures et suggèrent de nouvelles perspectives, en particulier concernant Ciudad Juárez, mais aussi pour comprendre la dynamique meurtrière et les diverses violences contre les femmes qui se sont multipliées dans l’ensemble du pays et même du continent, tout au long des années 2000 et avec l’approfondissement des logiques néolibérales.

D’abord, je rejoins pleinement les analyses de Weissman et de Schmidt Camacho, qui lisent les violences et les assassinats de femmes dans une perspective d’abaissement du coût de la main d’œuvre. En effet, se focaliser sur la dimension sexuelle des féminicides sexuels systémiques et sur le sexe des personnes assassinées – que ce soit dans un louable souci féministe ou par naturalisme plus ou moins inconscient –, fait oublier que les mortes et les disparues avaient également des positions de classe et de « race ». Plus précisément, la plupart des féminicides sexuels systémiques concernent des prolétaires « brunes », souvent des migrantes rurales et travailleuses pauvres – ouvrières, travailleuses du sexe, épouses, ou encore tout cela à la fois.

Cependant, je propose d’aller au bout de la suggestion de Schmidt Camacho, qui rapproche travail légal et illégal, ou encore dit d’une autre manière, activités liées au tourisme et activités industrielles à Ciudad Juárez. Pour ce faire, le concept d’« amalgame conjugal » de l’anthropologue italienne Paola Tabet (2004) me semble particulièrement utile. L’amalgame conjugal désigne un ensemble de tâches qui peuvent, selon les circonstances historiques et culturelles, être réalisées par des épouses et appropriées en bloc par des époux dans le cadre du mariage, ou vendues séparément par des femmes et achetées sur le marché, généralement par des hommes. Concrètement, selon Tabet, l’amalgame conjugal se compose du travail domestique, du travail émotionnel, du travail sexuel et du travail procréatif. Dans la perspective de l’appropriation individuelle et collective des femmes théorisée par la française Colette Guillaumin (1992) et reprise par les québequoises Juteau et Laurin (1988), j’ai montré qu’une des tendances de la mondialisation néolibérale consistait à glisser d’une appropriation privée des femmes par les hommes, à une appropriation collective (Falquet, à paraître). Cette tendance implique de séparer (dés-amalgamer) les tâches de l’amalgame conjugal et de les faire sortir du cadre du mariage ou de la famille, pour les offrir sur le marché du travail salarié classique, dans le cadre d’activités que j’ai appelées de « femmes de services » [38] (2008) —notamment le travail domestique et le travail sexuel. La monétarisation de ces activités, même si elle implique que leur obtention revient plus cher à beaucoup d’hommes que lorsqu’ils les obtenaient « gratuitement » dans le mariage (grâce aux logiques de l’appropriation individuelle), permet en effet à d’autres personnes, pour la plupart des hommes, de réaliser de belles plus-values dans le cadre de l’exploitation (néolibérale).

Les féminicides visent principalement des femmes qui pour différentes raisons, se trouvent partiellement à l’extérieur de l’institution familiale-matrimoniale et des logiques de l’amalgame conjugal et qui constituent des figures emblématiques de la mondialisation néolibérale. Les féminicides sexuels systémiques touchent tout particulièrment le type de personnes qui réalisent à la fois le plus gros du travail nécessaire à la reproduction sociale anthroponomique (à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur de l’institution familiale) , mais aussi une bonne partie de la production (agro-)industrielle classique, qui sont aussi précisément celles dont le mode de vie est le plus transformé par la nouvelle organisation du travail et sur le travail de qui les plus grosses plus-values sont réalisées. Autrement dit : les assassinats ciblent un segment de la main d’œuvre central pour la réorganisation néolibérale de la production, et l’impunité qui entoure ces meurtres redouble ce ciblage. Comment comprendre ce ciblage, que nous dit-il ?

La deuxième piste est liée à la première. Je propose d’aller plus loin que l’hypothèse de Segato selon laquelle les féminicides de Juárez seraient avant tout un mode de communication entre hommes, et au-delà de celle de Valencia qui suggère que cette violence n’est qu’un moyen d’expression, un mode de vie et parfois et une source de revenus pour des sujets andriagos fondamentalement masculins. Je soutiens que la violence féminicide gagne à être comprise comme s’adressant avant tout aux personnes assassinées, c’est-à-dire aux femmes-travailleuses elles-mêmes. Elle s’adresse également, dans une sorte de deuxième cercle, aux autres personnes qui partagent les principales caractéristiques des cibles attaquées : l’ensemble des femmes, puisque le « message » de mort se double de violences sexuelles, qui dans les termes de la culture dominante concernent tout particulièrement les femmes. Mais la menace concerne aussi, dans ce deuxième cercle élargi, l’ensemble des pauvres et l’ensemble des migrant-e-s brun-e-s. Le message de pouvoir absolu, de mépris total et d’impunité, produit potentiellement une série d’effets sur ses destinataires direct-e-s. D’abord, de la démoralisation voire de la terreur, qui peut les empêcher de réfléchir et d’agir, individuellement et collectivement. L’effet de sidération, démoralisation généralisée et fatalisme qui semble prévaloir au Mexique depuis le début de a guerre contre le narco-trafic de l’ex-président Calderón (2007-2012) l’illustre bien. Ensuite, en les obligeant à lutter sur un autre terrain (retrouver des corps, faire châtier les assassins), la violence féminicide ralentit les luttes que ces personnes pourraient mener en tant que femmes, travailleur-e-s pauvres ou migrant-e-s (monter un syndicat pour réclamer des hausses de salaire, remettre en cause les mécanismes sociaux de la maternité qui rendent les femmes si dépendantes d’un compagnon ou d’un salaire par exemple). La question qui se pose alors est simple : quels sont les secteurs sociaux, politiques et économiques qui ont intérêt à empêcher/détourner/retarder les luttes des femmes, des pauvres, des migrant-e-s, notamment leurs luttes contre la dépendance économique et l’exploitation ?

La troisième piste concerne les effets sociaux globaux des assassinats de Juárez. Le message politico-médiatique qui les entoure mérite qu’on s’y attarde. Le discours politique s’est clairement organisé autour du blâme posé sur les victimes et de la défense de l’impunité —les pouvoirs publics ont parfois même attaqué verbalement les personnes qui dénonçaient les féminicides et se sont souvent abstenues d’agir quand celles-ci ont été menacées, voire assassinées à leur tour. De son côté, le discours médiatique a redoublé et amplifié le message de la mise en scène horripilante, terrifiante et clairement sexiste des cadavres par les assassins. Au fil des mois et des années, l’ensemble de l’opinion publique mexicaine a été matraquée, saturée d’images atroces incluant le démembrement et la mutilation des corps disloqués, méconnaissables et produits comme méprisables, de jeunes travailleuses pauvres. On notera parallèlement, d’une part que le Mexique est l’un des pays où la concentration de la propriété des médias est la plus élevée au monde, les deux gigantesques empires médiatiques [39] étant réputés particulièrement proches du pouvoir, et d’autre part que l’exercice du journalisme indépendant y est particulièrement dangereux. Par exemple, selon le Comité pour la protection des journalistes, entre décembre 2006 (arrivée au pouvoir du président Calderón) et 2010, vingt-deux journalistes et trois employé-e-s de presse ont été assassiné-e-s et sept autres ont disparu [40].

On peut souligner trois effets de ce discours politique et médiatique dominant. D’abord, dans la perspective ouverte par le Combahee River Collective suite à une vague d’assassinats de femmes, presque toutes Noires, à Boston dans les années 1970 (Falquet, 2006), mais aussi dans la ligne des analyses de Judith Walkovitz concernant le traitement du cas anglais de Jack l’éventreur (1982), ou encore dans la perspective contenue dans le titre même de l’ouvrage de Fregoso et Bejarano (2012) : ce discours contribue à “terroriser les femmes” et à “normaliser” leur comportement. Le message est que les femmes devraient se placer sous protection masculine-familiale, restreindre leur mobilité et leurs comportements, non seulement en tant que possibles objets de « désir » sexuel masculin mais aussi en matière d’activité professionnelle. Ensuite, en se focalisant, parfois complaisamment, sur la dimension sexuelle des violences, sur le sexe et la “moralité” des victimes, le discours dominant détourne l’attention des rapports sociaux de classe et de “race” également en jeu dans les meurtres. Enfin, le discours (et les pratiques) de terreur et d’impunité participent d’un processus de désensibilisation sociale qui touche l’ensemble de la population. On sait qu’après un premier seuil de révolte, puis de dégoût, l’horreur tend à anesthésier les consciences et à ôter aux personnes toute envie de rébellion et même d’organisation. Le rapprochement avec les contextes de (post)guerres et de (post)dictatures d’autres pays du continent, où les meurtres de femmes semblent s’être développés depuis les années 2000, rapprochement suggéré par l’ouvrage de Fregoso et Bejarano et les travaux de plus en plus nombreux dans les autres pays de la région, sont riches d’enseignements. En effet, on peut alors s’appuyer sur certains travaux en psychologie sociale de la guerre. Le chercheur jésuite assassiné au Salvador, Martín Baró (1990), avait montré que l’usage public de la violence extrême et son éclatante impunité constituaient de puissants instruments des stratégies de “guerre de basse intensité” enseignées à l’Ecole des Amériques et appliquées dans la région tout au long des années 1970 et 1980. Si l’on veut bien se situer dans cette perspective, les meurtres de femmes se trouvent à nouveau replacés dans une histoire politique et militaire plus vaste que la seule ville de Juárez des années 1990, et potentiellement inscrits dans des stratégies bien plus larges de contrôle social par la terreur.

Bien entendu, il n’existe pas de “cerveau” qui, derrière les féminicides sexuels systémiques de Juárez et plus largement, derrière la violence généralisée déchaînée contre les femmes, aurait planifié une stratégie globale de terreur contre certains segments de la main-d’œuvre mise au travail dans des régions du monde emblématiques (frontières entre le Sud et le Nord et zones potentiellement riches, pays avec de fortes luttes sociales et de ce fait en situation de guerre ou de post-guerre) et des activités particulièrement rentables à l’ère néolibérale. Cependant, concernant le Mexique spécifiquement, il est indéniable que le phénomène des assassinats de Juárez, les discours dominants et les pratiques de pouvoirs publics qui les ont accompagnés, ont clairement contribué à créer un climat de terreur pour certains secteurs sociaux, et à produire dans l’ensemble de la société mexicaine une certaine désensibilisation à la violence meurtrière, à asseoir sa “normalité” et à construire l’idée de l’impunité de ces violences. Cette violence est le fruit d’une histoire politique, économique et militaire tout à fait traçable, avec des acteurs clairement identifiables et des alliances internationales précises avec des pays du Nord comme les Etats-Unis, la France ou Israël (impliquant l’instruction militaire, la vente d’armes et de savoir-faire), et non d’une quelconque barbarie machiste incontrôlée issue de la jeunesse masculine pauvre des pays du Sud. Il ne s’agit pas non plus d’une vulnérabilité naturelle des femmes, même appauvries et racisées.

Ceci n’invalide cependant en rien les analyses féministes de la violence masculine contre les femmes, conjugale ou familiale notamment. Au contraire, les réflexions que je propose ici, au-delà même du Mexique, visent à approfondir les travaux féministes sur la violence en leur ajoutant un ancrage solide dans l’histoire, la géographie et l’économie —afin d’éviter tout naturalisme et toute généralisation abusive (en termes de sexe, mais aussi de « race » et de classe) sur les responsables directs et indirects des violences et les personnes affectées, tant en termes individuels que collectifs.

Enfin, ces éléments d’analyse de la violence masculine et systémique meurtrière contre les femmes, s’inscrivent dans des réflexions plus larges sur la mondialisation. J’ai travaillé par ailleurs sur les aspects « consensuels » de la mondialisation néolibérale, notamment sur la manipulation de discours « pro-femmes » et « de genre » par les institutions internationales et certains Etats, essentiellement membres de l’OCDE (2008). Or, si je continue à affirmer que les femmes comme force de travail (au sens large, incluant la reproduction sociale anthroponomique et la procréation) et le durcissement des rapports sociaux de sexe constituent des éléments centraux du néolibéralisme, j’estime nécessaire d’y ajouter une analyse plus systématique de la contrainte et de la violence, qui s’exerce également selon des lignes de genre si brutales et si claires que parfois, elles aveuglent. Il est grand temps de les ré-introduire dans les réflexions, afin de les combattre et de pouvoir envisager des voies de sortie des logiques mortifères du néolibéralisme.

Jules Falquet

source: http://www.contretemps.eu/interventions/assassinats-ciudad-ju%C3%A1rez-ph%C3%A9nom%C3%A8ne-f%C3%A9minicides-nouvelles-formes-violences-contre-femm

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[1] Maîtresse de conférences HDR en sociologie à l’Université Paris Diderot (CEDREF-LCSP). Auteure de De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation. Paris : La Dispute. 214 p (également paru en espagnol), préfacière (“Au-delà des larmes des hommes”) du livre de Pinar Selek, 2014, Devenir homme en rampant. Service militaire en Turquie : construction de la classe de sexe dominante, Paris : L’Harmattan, elle a publié et/ou traduit de nombreux articles et numéros de revue : http://julesfalquet.wordpress.com/

[2] Cet article est extrait d’un travail à paraître qui présente l’histoire politique et économique du Mexique jusqu’aux années 2000, et doit être suivi d’un autre chapitre sur la situation mexicaine depuis 2000, qui inclut bien entendu les transformations liées (1) au basculement du pays des mains du PRI à celles du PAN en 2000 et le développement du narcotrafic (2) au mandat de Calderón et sa très sanglante “guerre au narcotrafic” à partir de 2007 (3) au retour des “dinosaures” du PRI avec la victoire de Peña Nieto en 2012, les transformations de la situation dans le Michoacán notamment, avec l’apparition des Caballeros templarios puis des auto-défenses. Il convient également de discuter des nouvelles stratégies de guerre “de basse intensité” tout au long de la période, et du rôle des programmes actuels contre la pauvreté, dont les femmes sont les principales “cibles”.

[3] Je m’appuie ici sur plusieurs travaux précédents : Falquet 2012 a et b, 2011, 2010 a et b, 2008 et 1997.

[4] Falquet, Jules, 1997. « Guerre de basse intensité contre les femmes ? La violence domestique comme torture, réflexions sur la violence comme système à partir du cas salvadorien », Nouvelles Questions Féministes, 18, 3-4, pp. 129-160. En ligne : http://www.reseau-terra.eu/article541.html

[5] On verra qu’il existe une grande variété d’analyses et différentes conceptualisations du phénomène, au singulier ou au pluriel.

[6] Un tiers de l’emploi dans les maquiladoras au Mexique est concentré à Ciudad Juárez, dont la population a triplé en trente ans (passant de 0,4 à 1,3 millions d’habitant-e-s entre 1970 et 2000).

[7] Une abondante littérature existe sur les nombreux groupes de lutte contre les féminicides qui se sont créés, à Ciudad Juárez et dans le reste du pays, malgré les très fortes menaces, voire les assassinats que subissent les militantes. On pourra consulter les sites de deux des principales organisations :

Casa Amiga (Mexico) http://www.casa-amiga.org/

Nuestras Hijas de Regreso a Casa (Mexico) http://www.mujeresdejuarez.org

[8] http://www.cimacnoticias.com.mx/node/29369

[9] Film, généralement pornographique, qui met en scène la torture et le meurtre d’une ou plusieurs personnes

[10] Historiquement, l’un des premiers cartels du Mexique est celui de Guadalajara. A sa scission en 1989, le futur “chapo” Guzmán fonde le cartel de Sinaloa, tandis que la famille Arellano Felix fonde le cartel de Tijuana. Après le déclin de Tijuana comme couloir de passage de la drogue, Ciudad Juárez devient un enjeu de première importance. A partir de 1993, la ville passe sous le contrôle des sinaloans, autour des frères Carrillo Fuentes, qui forment le cartel de Juárez. Amado Carillo Fuentes, arrêté en 1989 mais relâché faute de preuve, surnommé « le seigneur du ciel » pour sa flotille de 25 avions et devenu l’un des hommes les plus riches du monde, bénéficiait d’un réseau de complicités considérables dans la police et l’armée.

[11] Selon l’ONG mexicaine Elige, membre de la campagne « Ni una muerta más ».

[12] Si les recherches se sont multipliées à partir des années 2000, un véritable suivi officiel et unifié fait toujours défaut.

[13] La violence s’étant poursuivie de plus belle à partir du sexennat de Calderón (2006-2012).

[14] Il s’agit du supplément féministe du quotidien la Jornada.

[15] Elle propose ensuite de créer une typification juridique spécifique du délit. Pour la suite de son action, qui se déroule sous le mandat de Fox, on verra le chapitre suivant.

[16] Au Costa Rica, Montserrat Sagot et Ana Carcedo (2002), qui travaillent depuis longtemps sur les violences contre les femmes, ont préféré pour leur part le concept de femicidio, pour « coller » au choix initial de Russel et Radford, quitte à proposer ensuite des catégories spécifiques : femmes assassinées par leur compagnon/ dans le contexte familial/dans le contexte d’une agression sexuelle/avec des signes de torture, viol, marques sur le corps ou mutilations/retrouvées nues dans un cadre anonyme. Toute une partie des chercheuses et activistes centraméricaines ont elles aussi fait ce choix. Sagot et Carcedo ont également travaillé le concept des « scènes » du féminicide (de couple, familiale…), soulignant l’apparition de nouvelles scènes à la fin des années 2000 : traite et trafic d’êtres humains, assassinat de femmes migrantes, exploitation sexuelle commerciale (Sagot & Carcedo, 2002 ; Devineau, 2012).

[17] En avril 2014, la commission générale de terminologie et de néologie (Délégation générale à la langue française et aux langues de France – ministère de la Culture) réalisait des auditions de spécialistes concernant les violences faites aux femmes, et en particulier la traduction des termes (espagnol et anglais) : feminicidio/feminicide et crimen de genero/gendercide.

[18] On assiste aussi progressivement à une extension de la catégorie de féminicide, qui en vient d’une part à qualifier n’importe quel assassinat de femme, et d’autre part à désigner des phénomènes aussi divers que les avortements sélectifs de fœtus XX, le mauvais accès aux soins de santé entraînant la mort, et diverses formes de violence.

[19] Il relèverait en particulier d’une perspective anhistorique et universalisante. Or précisément, Labrecque consacre son ouvrage à historiciser, contextualiser et déculturaliser les féminicides.

[20] Sur le mouvement et masculiniste et son idéologie : Blais & Dupuis Déry (2008), Collectif stop masculinisme (2013).

[21] Pour le dire très rapidement, le concept de nécropolitique inverse la proposition foucaldienne de la biopolitique : le pouvoir et la souveraineté s’exprimeraient désormais par le fait de décider, non plus qui vit et comment, mais qui meurt et de quelle façon —par une soumission croissante de la vie à la mort.

[22] On consultera également son blog : http://dianawashingtonvaldez.blogspot.fr/

[23] Deux d’entre eux faisaient même partie de sa famille.

[24] Fondée en 1973 à Guadalajara, la Ligue Communiste du 23 septembre a choisi ce nom en mémoire du premier groupe d’inspiration “foquiste” mexicain qui en 1965, dans l’Etat de Chihuahua, tente de prendre d’assaut une caserne. La LC 23 sera la plus importante organisation de guérilla urbaine des années 70. En effet, en lien avec une forte montée de la conflictivité sociale, après le massacre des étudiant-e-s du 2 octobre 1968 à Tlatelolco, puis celui de la manifestation du 10 juin 1971, commencent dix années d’un conflit sourd mais meurtrier. Face à la brutalité assassine du gouvernement de Díaz Ordaz (1964-1970), qui recourt à la formation de groupes de choc comme supplétifs de la police (stratégie aujourd’hui reconnue comme étant celle d’une « guerre sale »), plus d’une vingtaine d’organisations armées urbaines aux tailles et aux positions politiques très variées apparaissent, principalement à Mexico, Guadalajara et dans les villes du nord : Monterrey, Chihuahua et Culiacán.

[25] Quant aux liens entre cartels et groupes délinquants locaux d’une part, et entre cartels et police d’autre part, selon le travail très détaillé de Julie Devineau, en plus du trafic de drogue, le cartel de Juárez “protégeait aussi les autres groupes de Ciudad Juárez en marge de la légalité, au premier rang desquels les petites bandes criminelles opérant dans la ville. Toujours selon Molina Ruiz, “ces bandes fonctionnaient comme une association de syndicats qui travaillaient à l’ombre de Carrillo, lequel leur permettait de travailler et leur offrait protection […]”33. En ce sens, Amado Carrillo, en tant que pourvoyeur de sécurité privée, a vraisemblablement été le précurseur de la dynamique mafieuse à l’oeuvre dans les organisations mexicaines de narcotrafic.” (Devineau, 2013). Il meurt semble-t-il en 1997 des suites d’une opération de chirurgie plastique, ouvrant une guerre de succession sanglante jusque dans les bars et restaurants du centre-ville. Le cartel de Juárez “engage” alors une bande délinquante locale, les Aztecas, formée depuis les années 80 dans une prison au Texas. Toujours selon Devineau, c’est au sein même de la police et du système judiciaire, qu’apparaît “La línea”, un groupe qui devient le “bras armé” du cartel à partir de 2002-2003, et dont le chef (Juan Pablo Ledesma) devient n°2 du cartel (Devineau, 2013).

[26] Francisco Molina Ruiz est nommé en janvier 2007 par Calderón, responsable de la Contraloría Interna de la Procuraduría General de la República.

[27] Parti d’action nationale, classé à droite (nationaliste).

[28] Parti révolutionnaire institutionnalisé, au centre de la vie politique mexicaine depuis la révolution.

[29] Il vient d’entrer cette même année au PAN.

[30] Depuis 2009, Francisco Barrio a été nommé ambassadeur au Canada, et a participé aux “primaires” internes du PAN pour être candidat présidentiel en 2012.

[31] Ainsi nommé pour son contrôle des routes aériennes et son équipement en avionnettes.

[32] El Yunque est une organisation secrète d’extrême-droite fondée en 1955 à Puebla pour défendre la religion catholique contre « le communisme, la franc-maçonnerie et le peuple juif ».

[33] Elizalde, Triunfo ; Muñoz, Alma, 1998. Apatía y sexismo de autoridades en Chihuahua : CNDH ; La Jornada, 25 mai 1998, http://www.jornada.unam.mx/1998/05/25/sexismo.html

[34] Propos rapportés dans le journal Espartaco No. 21, otoño-invierno de 2003 : http://www.icl-fi.org/espanol/oldsite/juarez.htm

[35] La Red Noticia, Edición No. 27 / Año 4, 7 octobre 2009. http://www.larednoticias.com/noticias.cfm?n=3374

[36] http://www.mujeresdejuarez.org/el-gobierno-sabe-quienes-son-los-asesinos…

[37] On pourra consulter le compte-rendu que j’ai proposé de l’ouvrage, sur lequel je m’appuie ici (Falquet, 2011).

[38] Même si elles peuvent parfaitement être réalisées par des membres de la classe des hommes, qui sont alors généralement “féminisés” (en lien avec leur position de “race” et de classe et leur situation migratoire notamment).

[39] Groupes Televisa et TV Azteca.

[40] Comittee to Protect Journalists CPJ (basé à New York), The sound of silence, Rapport du 8 septembre 2010, New York. http://www.cpj.org/americas/mexico/ et par ailleurs http://www.interet-general.info/spip.php?article14493. La nouvelle loi sur les médias (2014), qui restreint considérablement la diffusion des informations sur la guerre interne que vit le Mexique, mérite une analyse à part.

- 2ème texte :

Féminicides et Impunité: Une crise humanitaire en Amérique Centrale, et un problème mondial croissant
15 décembre 2014

« La République du Salvador présente le plus haut taux de féminicides dans le monde, avec 2250 meurtres de femmes entre 2010 et 2013. Le Guatemala se retrouve en troisième position et le Honduras est le septième à présenter le taux le plus élevé. Au Guatemala, seulement 2% des cas de femmes assassinées ont été examinés en 2013 alors qu’au Honduras, moins de 2% des cas ont fait l’objet d’une enquête. Concernant les cas qui d’une manière ou d’une autre sont rendus au tribunal au Guatemala, 90% des prévenus ne sont pas condamnés. Il en est presque de même en République du Salvador. Entre janvier et octobre 2014, plus de 300 corps de jeunes femmes âgées entre 12 et 18 ans ont été trouvés dans des fosses communes anonymes.

Le féminicide se définit comme l’assassinat violent et délibéré d’une femme. Bien qu’il s’agisse d’un crime, de nombreux gouvernements nationaux ne considèrent pas spécifiquement ces meurtres comme un crime dans leur code pénal. De ce fait, il est difficile de poursuivre le féminicide à travers le système judiciaire de nombreux états. Les histoires de milliers de femmes et de filles assassinées et ensuite jetées comme des déchets dans les ruelles, autour de la ville et dans des bennes à ordures continuent à faire les gros titres de la presse. Les victimes de féminicide montrent souvent des signes de torture, de viol, ou encore de mutilations génitales et au niveau de la poitrine, ainsi que des parties du corps démembrées.

L’épidémie aiguë de féminicide en République du Salvador, au Honduras et au Guatemala est liée aux antécédents historiques de violence et d’abus en Amérique centrale, où les escadrons de la mort et les guerres civiles ont laissé en héritage une certaine violence, intimidation et impunité persistante. Mais cela relève également de l’histoire dominante des normes patriarcales présentes depuis des siècles dans presque toutes les sociétés à l’échelle mondiale. Ces normes supposent que les femmes sont la propriété des hommes, et sont vouées à être traitées et éliminées selon les caprices des hommes. En Amérique latine, ces normes patriarcales sont souvent qualifiées de machisme.

Il est difficile de mettre efficacement en œuvre des propositions ou des lois visant à éliminer la violence, l’exploitation et l’abus des filles, adolescentes et femmes. En République du Salvador, une loi sur le féminicide est entrée en vigueur en 2012. Les années de luttes et de mobilisations menées par des femmes ont ainsi conduit à une loi historique pour lutter contre la violence à l’égard des femmes. Cette loi fut adoptée par l’ancien président Mauricio Funes. Selon la loi de la République du Salvador, le féminicide est passible d’une peine de prison de 20 à 50 ans, et les juges doivent établir la preuve que la mort d’une femme ait pour motif la haine ou le mépris basé sur le genre. Mais beaucoup de juges ne prennent pas au sérieux le féminicide et ne veulent pas faire face à ce crime et appliquer la loi correctement.

Les campagnes de sensibilisation du public qui montrent l’évolution graduelle des violences verbales, émotionnelles et physiques auxquelles sont confrontées les femmes avant même que le féminicide ne se produise sont plus que nécessaires. De plus, il est essentiel d’implanter des actions pour exiger le respect des droits fondamentaux des femmes et la fin de l’impunité.

La Campagne Mondiale lancée par La Via Campesina pour mettre fin à toutes formes de violence envers les femmes vise à accroître la sensibilisation du public aux causes premières et à tous les types d’expressions de violence contre les femmes, et exige la fin de l’impunité.

Nous demandons à toutes nos organisations membres de prendre des mesures et d’écrire des pétitions, d’envoyer des lettres, d’organiser des manifestations pour faire pression sur les ministères de la Justice des gouvernements de nos pays en vue de mettre fin à l’impunité, d’envoyer les meurtriers en prison et de faire justice pour ces milliers de femmes.

Assez de violence contre les femmes ! Pas une mort de plus !
Nous luttons contre l’impunité et pour la vie des femmes »

source :http://viacampesina.org/fr/index.php/les-grands-ths-mainmenu-27/femmes-mainmenu-39/1025-feminicides-et-impunite-une-crise-humanitaire-en-amerique-centrale-et-un-probleme-mondial-croissant

- 3ème texte :

Agynies

1er Janvier 2012

Avant-propos – http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/concepts-feminicides.html

Les femmes et les fillettes ne sont pas considérées comme des sujets politiques par les ONG ?
Tous mes respects à celles qui sont censurées à cause de leur lutte contre les féminicides indiens, ces sexicides féminins qui ne trouvent pas leur équivalent en gent masculine… sans rien à voir avec une « inégalité de genres », de même que, par ailleurs, l’extrême sexisme du féminicide excisionnel ne touche uniquement que la gent féminine http://ritabanerjisblog.wordpress.com/2012/07/03/ask-women-under-siege-what-hides-the-dirty-secrets-of-indias-mass-femicide/

http://fr.globalvoicesonline.org/2012/07/25/116663/

Pétition contre le féminicide de masse indien http://www.gopetition.com/petitions/stop-female-genocide-in-india/sign.html
« Chaque heure, 12 indiennes meurent brûlées » – Intervention en 3 parties, suite à la parution dans 2009 – Etude The Lancet « 163 000 jeunes femmes meurent brûlées vives » https://genderbytes.wordpress.com/2011/10/02/video-murder-by-fire-100000-women-a-year/ts
Mais aussi, les féminicides de prétendu honneur des plus déshonorants, « Guerre des dots » fiancées
Et, il n’y a pas que cela comme « féminicides » aux pays où l’on écrase pas la fourmi et ne bouscule pas la vache.

Récemment débusqué au Royaume Uni le phénomène asiatique bien connu des démographes, y est relancé par des médecins en clinique qui falsifient sans ciller les documents. Auraient-ils la même réaction pour des mâles, certainement pas. Ne savent-il pas que l’élimination d’une population est un crime ? Non, semblerait-il, et tout simplement car le féminicide n’est pas reconnu et que les féminicides ne sont nulle part interdits.

http://www.telegraph.co.uk/health/healthnews/9102232/Abortion-investigation-doctor-caught-falsifying-sex-selection-paperwork.html

Rien ne doit être facilité – cela ne doit pas être permis car c’est toujours au détriment du même sexe féminin même si c’est une tolérance à la coutume venue d’Inde, ou au contraire parce que c’est une coutume féminicide venue d’Inde

http://www.avortementivg.com/content/avortement-selectif/le-sexe-d-un-futur-bebe-determine-des-la-4eme-semaine-de-grossesse-

Féminicide majeur du gynécide / gynocide – Des précisions sur l’ »eugynisme » de l’ »agynie »
(m/muse du néologisme « agynie » : http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2010/07/02/phallophores-et-gynecide/)
150 000 000 de féminicides des « femmes manquantes » (Amartya Sen) du XXème siècle. Et au XXIème, en y ajoutant 228 féminicides excisionnels à l’heure, combien seront-elles ?
L’interdiction des féminicides doit englober, bien évidemment, l’interdiction du choix du sexe de l’enfant : Systématiquement et sans exception, toujours au détriment des embryons pris pour féminins. Féminicide du gynocide indoeuropéen et tous les autres féminicides, tabou depuis toujours d’en parler, de l’exposer… ? Alors que ce n’est pas le mot ou le phénomène qui devraient être cachés, mais bien leur perpétration. Féminicides, feminicide, femicide, mot tout autant que maux politiquement incorrects ? Violences contre les femmes et politiquement correct – Idées – France Culture

http://www.franceculture.fr/emission-la-chronique-de-brice-couturier-violences-contre-les-femmes-et-politiquement-correct-2012-0

ASIE - Une affaire qui ne peut être classée ! http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/04/agynie-des-mineures-feminicides.html

EUROPE – Le phénomène ralentit de ci, réapparait et grossit de là, vient lécher les Balkans. http://europe-liberte-securite-justice.org/2011/10/06/le-conseil-de-l%E2%80%99europe-alerte-sur-les-%C2%AB-feminicides-%C2%BB-et-se-prononce-contre-la-selection-prenatale/

AFRIQUE – « je suis très heureux et vous remercie de m’avoir accepté au sein de votre forum. D’autant heureux qu’après mes 2 séjours post-génocide au RWANDA en août/septembre 1994 et en janvier/février 1995, lorsque j’avais proposé au CFFB Conseil des Femmes Francophones de Belgique que le « GYNOCIDE » c’est-à-dire l’intention d’éliminer les femmes TUTSIES soit envisagé et analysé comme une catégorie singulière dans le génocide rwandais de 1994 dès lors que même si l’intention de les éliminer relevait du simple fait d’être TUTSI, les témoignages d’horreurs recueillis indiquaient que le « raffinement » mis en oeuvre pour faire souffrir ou humilier les femmes TUTSIES avant de les exécuter (tôt ou tard) était clairement lié à leur spécificité d’être de sexe féminin… je fus écouté poliment mais dans la détresse et l’immensité de l’urgence des tâches à entreprendre dans le pays dévasté… ma proposition avait pu paraître comme « un luxe » d’attentions ou de précautions. C’est vous dire combien le concept de « FEMINICIDE » pour lequel vous vous battez déjà depuis un certain temps renvoie à celui de GYNOCIDE tel que je l’entrevoyais en 1994/1995 et constitue pour moi un lieu indiqué pour faire reconnaître les vilenies faites aux femmes parce qu’elles sont femmes et non parce qu’elles auraient enfreint un quelconque interdit ou une quelconque règle positive du vivre ensemble. Merci de votre bienveillant accueil. Bon week-end. JMK » 28 septembre, 22:37 http://www.facebook.com/groups/FEMINICIDES/permalink/358283097590277/?comment_id=359062500845670&offset=0&total_comments=8

CHINE – http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/international/news/20120330p2g00m0in065000c.html

La politique de natalité de l’enfant unique a entraîné, tout particulièrement, d’éviter la naissance des filles éliminées massivement par foeticide et néonaticide féminicides. De là des femmes manquantes, et une recrudescence de la traite et trafic des êtres humaines à des fins d’exploitation sexuelle (prostitution et mariages forcés) du fait de leur raréfaction (ratio hommes femmes déséquilibré) –

« Une fille mariée c’est comme de l’eau jetée », « un garçon stupide vaut mieux qu’une fille astucieuse » « ..consiste à ôter la vie directement ou indirectement à l’enfant….Dans les régions de peuplement Han, le phénomène d’infanticide a été aggravé par les politiques natalistes plus restrictives…. Cependant la Chine n’est pas le seul pays à blâmer… le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, le Bangladesh et Taïwan… les travaux des démographes indiquent que l’infanticide aura des répercussions graves sur la démographie. Il y a treize ans Amartya Sen inventait l’expression de « femme manquantes » pour désigner ces filles tuées à la naissance ou avant même d’avoir vu le jour. D’après les travaux de Stefan Klasen, ces « femmes manquantes seraient 100 millions en Asie, dont 41 millions en Chine » cf. Bouanane I. Les conséquences démographiques de l’infanticide en Chine, 2007.

Chine – rapport hommes-femmes
Isabelle Attané, En espérant un fils…, p. 239 – Les cahiers de l’Ined, n°165, 2010

Territoires africains à majorité musulmane
En période anté islamique, « Jahilia » (les ténèbres) env. 1400 ans, les bébés de sexe féminin de mauvais présage, et sa naissance perçue comme un fardeau ; cette pratique …sera interdite par des versets des sourates Nahl (les abeilles) et Takwir (l’obscurcissement). « Et lorsqu’on annonce à l’un d’eux une fille, son visage s’assombrit et une rage profonde [l'envahit]. Il se cache des gens, à cause du malheur qu’on lui a annoncé. Doit-il la garder malgré la honte ou l’enfouira-t-il dans la terre? Combien est mauvais leur jugement!» (Sourate 16/versets 58-59). «Et qu’on demandera (au jour du jugement dernier) à la fillette enterrée vivante, pour quel péché elle a été tuée?» (sourate 81/versets 8 et 9). Etude de cas américaine 2000 – http://www.gendercide.org/case_infanticide.html
Page CHIFFRES des estimations féminicides, dont petites filles abusées et déféminisées, féminicides de pédocriminalité prostitutionnelle et incestueuse… http://susaufeminicides.blogspot.com/p/estimations.html

INDE – http://econpapers.repec.org/paper/wbkwbrwps/5096.htm

http://blog.idrc.ca/medhora/fr/new_posts/missing-women-ii/

Bande annonce d’un documentaire http://susaufeminicides.blogspot.com/2012/01/feminicide-deugynisme-200-000-000.html

A la suite d’Amartya Sen en 1994, Rita Banerji, mobilise et milite pour les »missing women » / « female genocide* ». On peut peut aussi soutenir son combat car à ce rythme où va l’Inde ? Et à ce rythme-là, où va le monde ?
Signons et diffusons sa pétition.

Depuis mars 2007, où la commission enfants d’Amnesty international a émis le rapport, « Les filles manquantes Une élimination sélective » ressources/dossiers_pdf/dossier%20n%B013.pdfhttp://ai405.free.fr/ressources/dossiers_pdf/dossier%20n%B013.pdf

et « Recensement de l’Inde 2011 : la discrimination des petites filles s’intensifie … brève publiée le 17 août 2011″ http://clara-magazine.fr/spip.php?breve38

Qui n’est pas prévenu des 150 000 000 d’êtres humains détruits sélectivement au XXème siècle ? Pourtant, l’affaire continue et reprend même vigueur en Europe. http://www.geopopulation.com/20120117/demographie-mondiale-plus-de-160-millions-de-femmes-sont-portees-manquantes/

Estimation annuelle – seulement pour l’Inde
- Foeticide 1 000 000
- Infanticide 25 000 uniquement dans l’Etat du Kerala
- Mortalité – 1/6 meurt avant 15 jours. La mortalité plus forte de 40 % pour les filles de – 5 ans (du fait des négligences et maltraitances)
- Assassinats des dots 25 000
- Décès pendant la grossesse, à l’accouchement 136 000 (1 par mn)
chiffres tirés de http://intersections.anu.edu.au/issue22/banerji.html

Première des préventions : Interdiction du féminicide du choix du sexe d’enfant, discriminatoire toujours en défaveur d’un seul sexe : Les interruptions de grossesse eugyniques ne peuvent pas devenir courantes, ne doivent pas être même tolérées un seul instant. Pas plus que les autres exactions féminicides.

Autres articles de mention et références aux féminicides eugyniques- http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/agynie.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/04/agynie-des-mineures-feminicides.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/agynie-quand-une-resolution.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2011/10/resolution-1829-la-selection-prenatale.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2011/09/doc-12715-la-selection-prenatale.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2011/10/le-conseil-de-leurope-alerte-sur-les.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2011/11/reconnaissance-du-feminicide-emission.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/feminicide-deugynisme-200-000-000.html

Fondamentaux du blog :
A – Féminicides http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/concepts-feminicides.html

B – Androcides http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/androcides.html

Proportions les féminicides http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/cest-de-la-carte-tentative-darticle.html
Évaluations chiffrées des féminicides http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/combien.html

Source obligatoire – Toute citation de cet article doit être de contexte, précise, avec auteur http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/qui-ecrit-ici.html
, version, date, blog « Thémis – Haro sur les fémincides et androcides dans le monde » http://susaufeminicides.blogspot.fr
le lien exact du document & id. en cas d’usage du logotype montage photographique « Eradication des féminicides – Larmes de sang » CGMD ©Tous droits réservés international 2012

Christine Gamita
Source:http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/agynies.html

et aussi
Féminicides planétaires
source:http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/cest-de-la-carte-tentative-darticle.html

- 4ème texte :

Ces assassinats massifs de femmes amérindiennes que le Canada refuse de voir

15 décembre 2014

C’est un drame quasi ignoré, un angle-mort de la société canadienne. Celui des femmes autochtones, qui meurent ou disparaissent, victimes de la vulnérabilité sociale de leur communauté, de la frustration des hommes et de l’héritage colonial. En 30 ans, elles sont 1181 à avoir disparu. Cette histoire, Emmanuelle Walter, une journaliste française installée au Québec, a décidé de la raconter en retraçant le parcours de deux adolescentes disparues en 2008. Dans son livre Sœurs volées, elle décrit la souffrance, la misère et la vulnérabilité des Amérindiennes, et pointe du doigt les tentatives de « destruction » de la communauté autochtone menées pendant plus de 150 ans.

Basta ! : Pourquoi parlez-vous d’un féminicide des Amérindiennes ?

Emmanuelle Walter : Au Canada, 1181 femmes amérindiennes ont disparu entre 1980 et 2012. On a retrouvé les corps de 90% d’entre elles. Proportionnellement, rapporté à la communauté autochtone (4% de la population canadienne), c’est l’équivalent de 8 000 Québécoises, 34 000 Canadiennes ou 55 000 Françaises [1]. Ces femmes ont été massivement assassinées parce qu’elles sont des femmes. Et le gouvernement ne reconnaît pas l’ampleur du drame. Ce sont les deux conditions qui doivent être réunies pour pouvoir parler de féminicide, comme l’ont établi des chercheuses à partir des disparitions de Ciudad Juarez, au Mexique, où le néologisme a été inventé. Une autre manière de percevoir cette réalité est d’écouter le témoignage de Connie Greyeyes, une femme autochtone, que je rapporte dans mon livre. Elle connait directement 11 femmes qui ont été assassinées ou qui ont disparu. Bien sûr, chacun d’entre nous n’en connait pas autant… Mais surtout, cela donne une idée de l’impact sur la communauté autochtone : chaque famille connait quelqu’un à qui cela est arrivé.

Pour documenter cette tragédie, vous racontez l’histoire de jeunes québecoises amérindiennes, Maisy Odjick et Shannon Alexander, disparues en 2008. Comment en êtes-vous arrivée à vous intéresser à ce sujet, et à ces deux adolescentes ?
En arrivant au Québec, il y a quatre ans, j’ai découvert un article qui expliquait que le Comité des Nations unies pour l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes, souhaitait enquêter sur les assassinats et les disparitions des femmes autochtones, au Canada. Je suis tombée des nues. Je n’imaginais pas cela possible dans ce pays, en avance socialement par rapport aux États-Unis, égalitaire, féministe… Il y avait comme un angle mort, et j’ai essayé d’en savoir plus. J’ai décidé de raconter l’histoire de Maisy et Shannon, deux amies disparues en septembre 2008. J’ai principalement rencontré la famille de Maisy, dont la mère (sur la photo ci-dessous) a tout de suite accepté ma proposition. L’avantage de cette famille, c’est qu’elle appartient à la classe moyenne, a deux salaires qui tombent tous les mois. Les Blancs peuvent facilement s’identifier à elle. Mais malgré cette aisance sociale, elle est frappée par la vulnérabilité sociale autochtone, dont la famille de Shanon est encore plus victime.

Les jeunes femmes autochtones sont parfois victimes de réseaux de prostitution, que certains qualifient de « traite »…

Ce fut un des plus grands chocs de l’enquête. Des jeunes filles quittent les réserves où elles vivent pour aller rejoindre les grandes villes. Isolées, hyper-fragiles, elles sont prises en main par les proxénètes à leur arrivée. Ces derniers les attendent parfois à l’aéroport de Montréal, quand elles débarquent. D’après les enquêtes qui ont été menées, les hommes autochtones participent à ces réseaux en informant les proxénètes de l’arrivée des adolescentes ou des jeunes femmes. Elles sont droguées, ou se droguent parce qu’on les a sans doute amenées à se droguer. C’est un cercle vicieux. La nature même du trafic n’a pas encore été totalement mis à jour, mais ce qui est frappant, c’est la surreprésentation de ces femmes autochtones dans ces populations fragiles. Des recherches expliquent que 90% des prostituées juvéniles, mineures, sont autochtones. Or, elles ne sont que 4% dans la population canadienne.

Pourquoi une telle vulnérabilité sociale des jeunes femmes amérindiennes ?
Les jeunes femmes autochtones sont des boucs-émissaires de la frustration sociale des hommes. Elles sont surreprésentées parmi les femmes fragiles du Canada, sans-abri, toxicomanes, prostituées. Elles sont victimes à la fois de violences intracommunautaires et familiales, qui sont probablement majoritaires, mais aussi de la violence extérieure, des prédateurs, de la rue. Mais elles ne sont pas toutes dans cette situation là : on peut très bien mourir ou disparaître sans être toxico, sans abri, ou prostituée. Maisy et Shannon n’étaient rien de tout ça, mais elles étaient quand même fragiles. Elles vivaient dans la réserve de Kitigan Zibi, un endroit pauvre et violent, comme la grande majorité des femmes autochtones. Cette vulnérabilité sociale s’explique principalement par la colonisation. Ces peuples ont été détruits territorialement, linguistiquement, culturellement et psychiquement. Les hommes meurent aussi beaucoup plus que les non-autochtones, mais pas parce qu’ils sont des hommes (plutôt à cause d’histoires de règlements de compte). C’est la grande différence avec les femmes.

Parmi cette histoire passée qui permet d’expliquer le présent, il y a celle, stupéfiante, des pensionnats. Après de nombreuses années de silence, cet épisode de l’histoire canadienne est en train d’être dévoilée. De quoi s’agit-il ?

J’ai plongé dans cette histoire en me rendant à des rencontres organisées par la Commission Vérité et réconciliation. Depuis plusieurs années, cette commission est chargée de récolter des témoignages, à travers le pays, sur les pensionnats des congrégations catholiques, majoritairement, et protestantes, qui accueillaient les enfants autochtones afin d’ « ôter l’indien en eux ». C’est l’expression qui était utilisée. J’y ai passé deux jours : je ne m’en remettrai jamais. Des intervenants santé sont là parce que les gens s’effondrent, pas seulement ceux qui parlent. Des boîtes à mouchoirs circulent. Dans ces pensionnats, sous couvert d’éducation, les enfants autochtones étaient empêchés de parler leur langue. On leur passait la langue au savon dès qu’ils prononçaient un mot non-français. On les battait, tous les jours. Certains ont subi des violences sexuelles quotidiennes, notamment de la part des religieux. Ces enfants étaient affamés et on menait des expériences médicales nutritionnelles sur eux. Tout petits, ils se suicidaient, fuguaient, mourraient en s’échappant, parce qu’ils se retrouvaient dans le froid. Quand ils rentraient parfois dans leur famille, l’été, ils ne pouvaient même plus communiquer avec leurs parents car ils ne parlaient plus leur langue. Au total, plus de 150 000 enfants autochtones sont passés par les pensionnats, pendant 150 ans.

Quelles sont les répercussions, aujourd’hui ?

Les pensionnats sont un poison dont les communautés ne sont pas remises. Beaucoup de personnes autochtones sont incapables de s’aimer, de s’occuper de soi et des autres. Cette incapacité se perpétue de génération en génération. C’est ce qu’on appelle le syndrome du pensionnat, documenté et établi scientifiquement. Or, cette histoire n’est pas enseignée : à l’école, mes enfants apprennent la spiritualité amérindienne au 17ème siècle, le commerce entre les peuples, etc. Mais la destruction imposée par les Blancs aux Amérindiens n’est pas au programme. La population n’est pas informée et il y a même un fossé d’incompréhension avec la communauté autochtone, qui s’enfonce et n’arrive pas à s’en sortir. Comment a-t-on pu vivre 400 ans avec ces gens et n’être toujours pas capables de les comprendre et les aider ? Certains militants de gauche, présents dans toutes les luttes, vont bloquer sur cette question. Ils défendent les droits des Palestiniens, mais pas ceux des Autochtones.

Le gouvernement canadien actuel, lui aussi, refuse de considérer cette tragédie…

Le Premier ministre, Stephen Harper, ferme les yeux. Cet été, suite à la mort d’une jeune autochtone, Tina Fontaine, il a déclaré : « Nous ne devrions pas considérer ceci comme un phénomène sociologique, mais comme un crime. » Il n’a pas envie d’y voir autre chose, ce qui résume parfaitement la pensée conservatrice ! Il ne veut surtout par remettre en cause la légitimité de la présence blanche en Amérique du Nord. Mais les autorités canadiennes tentent tout de même d’agir. De gros budgets sont dédiés à ces communautés. Le problème, c’est que ces programmes d’aide ne fonctionnent pas.

Quelles mesures politiques fortes pourraient être prises pour s’attaquer à ce féminicide ?

Il faut réétudier complètement les relations avec le monde autochtone. En finir avec ce post-colonialisme qui perdure sans fin. Il est aussi nécessaire de comprendre pourquoi les programmes existants ne fonctionnent pas. Pour moi, ils sont des pansements sur une jambe de bois. Le problème ne vient pas des femmes autochtones, mais de la condition autochtone. La misère des communautés fait que les femmes autochtones sont devenues des proies. Le manque de travail, l’absence de foyer d’accueil pour les femmes battues, expliquent ce féminicide. Comment se fait-il que dans ce pays où il y a un consensus social fort, une intégration facile des immigrés, une volonté d’égalité, on n’arrive pas du tout à faire que les Autochtones prospèrent ? C’est une question très délicate car les Autochtones eux-mêmes ne veulent pas être considérés comme « canadiens ». Ils souhaitent être des nations indépendantes qui s’autogèrent. Pourtant, il faudrait discuter avec l’élite autochtone et ses organisations. Mais cela exige un doigté, une réflexion très profonde, qui n’est pas du tout l’apanage du gouvernement actuel.

Propos recueillis par Simon Gouin

Le site du livre Sœurs volées.http://www.soeurs-volees.com/
(Sœurs volées, Enquête sur un féminicide au Canada, Emmanuelle Walter, Lux)

Notes
[1] Pour donner une échelle de grandeur, c’est comme s’il y avait eu en France, en 32 ans, dix fois plus d’homicides de femmes.
source: http://www.bastamag.net/Au-Canada-la-misere-des

Vos commentaires

2. Le 18 décembre à 14:43, par Pierre-Olivier Combelles
J’ai vécu de longues années en contact avec les Amérindiens de la Côte-Nord du Québec et particulièrement avec ceux de La Romaine (Ulamen Shipit) qui mont accueilli et accompagné dans mes recherches sur la côte et à l’intérieur des terres. J’ai toujours vu que les femmes étaient très bien traitées chez elles et se faisaient aussi respecter. Les problèmes sont venus du contact avec l’extérieur par les changements du mode de vie d’abord au village (la sédentarisation a commencé dans les années 1950) puis et surtout avec les voyages des élus montagnais dans les capitales (Québec, Montréal) où ces « favorisés » du système découvraient le monde de l’argent, de l’industrie, de la drogue, de la prostitution, etc., inconnus chez eux. Et aussi le racisme et la discrimination, car il y a un vieux mépris du Canadien francais blanc à l’égard de l’Indien, comme il y avait (et il y a peut-être encore) un mépris de l’Anglais, de l’Anglo-saxon WASP pour le Canadien francais… Il s’agit là de la population en général, et pas dans sa totalité évidemment. Ce sentiment repose sur une ignorance presque totale de la part du Blanc des personnes, de la culture et de l’histoire des Amérindiens. Ce sont deux mondes qui se côtoient mais qui sont étrangers l’un à l’autre. Un Montagnais est vu aujourd’hui à Montréal comme un immigré, alors que ses ancêtres vivaient en Amérique des milliers d’années avant l’arrivée des Européens. Mais à présent il y a l’attitude du gouvernement et des politiques qui, ici comme ailleurs, est une attitude de mépris total à l’égard de l’Indien, comme de l’homme et du « grand peuple » en général, et de la Nature elle-même. On le constate à travers les monstrueux projets et activités extractivistes au Canada, sur ses territoires et à l’étranger. Il s’agit aujourd’hui de tout commercialiser. L’argent n’a pas de patrie et ne respecte rien. Il n’y a rien de plus contraire à la pensée traditionnelle des Amérindiens et des « Peuples-Racines » comme les nomme si bien Jean Malaurie…
Au Pérou, les Indiens des Andes, agriculteurs et éleveurs, appellent ceux des tribus amazoniennes, chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, les « Ñaupa machu », c’est -à-dire les ancêtres vénérables. Ils leur rendaient hommage dans des fêtes comme celles du Retour des Pléiades (Qoyllur Rit’i), sur les glaciers des sommets dominant l’Amazonie. Il est temps que les hommes, TOUS LES HOMMES, reviennent à la pensée de leurs ancêtres vénérables que sont les Peuples-Racines, avant de disparaître totalement dans une Nature dévastée…
P.-O. Combelles
Naturaliste, ancien membre du Laboratoire d’Ethnobiologie-Biogéographie du Muséum National d’Histoire Naturelle.

- Dernier message :
invitation au café politique du 15 janvier 2015 à Strasbourg
Nicole Roelens
Au café politique le 15 janvier 2015 à 18h30, Au Café Michel,
20 avenue de la Marseillaise à Strasbourg

Il n’y aura pas d’issue aux désastres écologiques et humains qui frappent la planète sans une décolonisation mondiale de l’humanité femelle.

Si l’humanité aujourd’hui veut sauvegarder l’habitabilité de la planète et l’intégrité de ce qui fait l’essence des êtres humains, il faut que les rapports entre ses deux moitiés sexuées changent fondamentalement. En effet, les rapports d’emprise, d’oppression, d’exploitation et de prédation, que les humains entretiennent avec l’écosphère et entre eux, sont déjà inscrits dans l’unilatéralisation violente des rapports d’interdépendance entre les sexes, c’est-à-dire dans une colonisation du peuple des femmes qui se manifeste par :

- l’annexion de leur corps,

- Le pillage des richesses matérielles et spirituelles ce qu’elles produisent,

- Leur infériorisation systématique et le mépris de ce qu’elles ont à dire,

- Leur réduction à l’état d’objet de convoitise interchangeable

- Leur réclusion dans la sphère domestique quand elles enfantent

- Leur utilisation comme bouc émissaire d’usage courant dans la sphère privée et comme exutoires des spirales de violences collectives

- L’apartheid spirituel qui perdure dans les religions instituées

Cette colonisation de l’humanité femelle est le socle d’une société violente, injuste et oppressive. Le travail d’analyse de ce système réalisé par Nicole Roelens dans les quatre premiers tomes de son Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle lui permet, aujourd’hui, de proposer la mise en œuvre d’une révolution éco-féministe, perspicace, pacifique et autogérée que les femmes doivent prendre en mains, avec le soutien des hommes qui sont prêts à renoncer à leur hégémonie factice pour construire avec elles les conditions de la vie bonne.

Nicole Roelens
58, route de Munster
68380 Breitenbach
Tél. : 03.89.77.53.11 Mail : nicole.roelens(at)wanadoo.fr

http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=8871

ViaCampesinaAgrotoxiq

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Totem Terre et Tuf

Posté par elianguesard le 1 juin 2014

contre total tartuffe

Totemterretuf

La ruche Poubid est la ruche sauvage post-pétrole née d’un bidon et d’une poubelle qui ne servent plus à rien à l’ère après croissance. Sa matière est composée de terre argile limon et broyats végétaux (ici lin ou chanvre ou mélèze)pour faciliter la perspiration. l’intérieur est enduit de suie. la construction sera libre sur barettes, la forme épouse les conditions naturelles millénaires : l’essaim dans l’arbre.
RuchePoubid1

RuchePoubid2

tonneaux de Diogène et Danaïdes
2014BeeNoTav
2014.04.22essaimAp

 

ancoliroseblanbleu

ancolidoublerose

 

 

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Berné par Bernays

Posté par elianguesard le 26 janvier 2014

capté sur http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=21

PRÉFACE. EDWARD BERNAYS ET L’INVENTION DU « GOUVERNEMENT INVISIBLE »

Par Normand Baillargeon
« La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire. »
Noam Chomsky.

Edward L. Bernays, né à Vienne en novembre 1891, est mort plus que centenaire à Cambridge, Massachusetts, en mars 1995. Son nom reste le plus souvent inconnu du grand public, et pourtant Bernays a exercé, sur les États-Unis d’abord, puis notamment sur les démocraties libérales, une influence considérable. En fait, on peut raisonnablement accorder à John Stauber et à Sheldon Rampton qu’il est difficile de complètement saisir les transformations sociales, politiques et économiques du dernier siècle si l’on ignore tout de Bernays et de ce qu’il a accomplinote.

C’est qu’Edward L. Bernays est généralement reconnu comme l’un des principaux créateurs (sinon le principal) de l’industrie des relations publiques et donc comme le père de ce que les Américains nomment le spin, c’est-à-dire la manipulation – des nouvelles, des médias, de l’opinion – ainsi que la pratique systématique et à large échelle de l’interprétation et de la présentation partisanes des faitsnote.

On pourra prendre une mesure de l’influence des idées de Bernays en se rappelant la percutante remarque d’Alex Carey, suggérant que « trois phénomènes d’une considérable importance politique ont défini le XXe siècle ». Le premier, disait-il, est « la progression de la démocratie », notamment par l’extension du droit de vote et le développement du syndicalisme ; le deuxième est « l’augmentation du pouvoir des entreprises » ; et le troisième est « le déploiement massif de la propagande par les entreprises dans le but de maintenir leur pouvoir à l’abri de la démocratienote ». L’importance de Bernays tient précisément au fait qu’il a, de manière prépondérante et peut-être plus que quiconque, contribué à l’articulation et au déploiement de ce troisième phénomène.

Sous le titre revendiqué de Propaganda, l’ouvrage que vous allez lire est paru en 1928 et il peut être considéré comme une manière de « carte de visite » présentée avec assurance, voire avec candeur, aux clients susceptibles de recourir aux services de la déjà florissante industrie créée par Bernays moins de dix ans plus tôt.

Après avoir exposé les fondements, en particulier politiques et psychosociaux, de la pratique des relations publiques qu’il préconise (chapitres 1 à 4), Bernays entreprend de donner des exemples concrets de tâches qu’elles peuvent accomplir ou ont déjà accomplies. Il insiste tout d’abord, comme on pouvait s’y attendre, sur la contribution que les relations publiques peuvent apporter aux institutions économiques et politiques (chapitres 5 et 6) ; mais il évoque aussi ensuite, avec la très nette intuition de l’extraordinaire étendue des domaines d’intervention qui s’ouvrent à la nouvelle forme d’« ingénierie sociale » qu’il met en avant, les services que les relations publiques peuvent rendre à la cause des femmes, aux œuvres sociales, à l’éducation, ainsi qu’à l’art et à la science (chapitres 7 à 10).

Par-delà ces exposés, où il est parfois difficile de ne pas entendre le ton du bonimenteur, cette ambitieuse œuvre de propagande en faveur de la propagande fournit l’occasion, à un personnage au parcours atypique, d’exposer et de défendre sa solution au problème de la démocratie contemporaine tel qu’il le conçoit. Et c’est peut-être justement par les idées qu’il expose à ce sujet, par la transparence avec laquelle il dévoile certaines des convictions les plus intimes qui prévalent au sein d’une large part des élites de nos sociétés et de ses institutions dominantes, que cet ouvrage constitue un incontournable document politique.

Pour le constater, il sera utile de sommairement situer Bernays dans son temps.

LE SINGULIER PARCOURS D’UN NEVEU DE FREUD
Edward L. Bernays est le double neveu de Sigmund Freud (1856-1939) : son père est le frère de la femme du fondateur de la psychanalyse, tandis que la mère de Bernays, Anna Freud, est sa sœur. Bernays utilisera souvent cette prestigieuse filiation pour promouvoir ses services, mais ce qui le lie à son oncle va au-delà de cette simple relation familiale : l’œuvre de Freud comptera en effet dans la conception que Bernays va se faire aussi bien de la tâche que doivent accomplir les relations publiques, que des moyens qu’elles doivent mettre en œuvre.

Scott Cutlip, l’historien des relations publiques, rappelle à ce propos que « lorsqu’une personne rencontrait Bernays pour la première fois, il ne lui fallait pas attendre longtemps avant qu’Oncle Sigmund ne soit introduit dans la conversation. Sa relation avec Freud était constamment au centre de sa pensée et de son travail de conseiller ». Irwin Ross ajoute : « Bernays aimait se concevoir comme un psychanalyste des corporations en détresse. »

En 1892, la famille Bernays quitte Vienne pour les États-Unis (pour New York, plus précisément), où le père devient un prospère marchand de grains. Désireux de voir son fils Edward lui succéder dans cette profession, il l’incite à étudier en agriculture. Et c’est ainsi qu’en février 1912, après un peu plus de trois années d’études, Bernays reçoit son diplôme d’agriculture de la Cornell University. Mais cette expérience académique l’a profondément déçu et il assurera n’avoir appris que peu de choses à Cornell, sinon qu’il n’a aucunement l’intention de continuer sur les traces de son père.

Que faire, alors ? Le journalisme l’attire. Il commence donc à écrire pour le magazine National Nurseryman. Le hasard lui fait rencontrer à New York, en décembre 1912, un ami qui lui propose de collaborer à la publication de deux revues mensuelles de médecine dont il vient d’hériter par son père. Cette rencontre mènera à toute une série d’événements qui vont peu à peu faire de l’obscur journaliste d’abord un publiciste d’un genre nouveau, puis le créateur, le praticien et le chantre des relations publiques.

Tout commence quand, au début de l’année 1913, une des revues dont s’occupent Bernays et son ami (la Medical Review of Reviews) publie une critique très élogieuse d’une pièce d’Eugène Brieux : Damaged Goods note. Cette pièce raconte l’histoire d’un homme qui contracte la syphilis, mais cache ce fait à sa fiancée : il l’épouse et celle-ci met ensuite au monde leur enfant syphilitique. Cette pièce brisait deux puissants tabous : le premier, en parlant ouvertement de maladies sexuellement transmissibles, le deuxième, en discutant des méthodes de santé publique pouvant être utilisées pour les prévenir. C’est évidemment cette audace qui avait séduit l’auteur de la recension et incité Bernays et son ami à la publier dans leur revue, malgré les vives critiques que cette décision allait immanquablement susciter.

Dans les semaines qui suivent, Bernays apprend qu’un acteur célèbre, Richard Bennett (1872-1944), souhaite monter la pièce et que cette décision suscitera certainement une levée de boucliers de personnalités et d’organismes conservateurs. Bernays s’engage alors auprès de Bennett à faire jouer la pièce et même à prendre en charge les coûts de sa production. Pour y parvenir, il va inventer une technique qui reste une des plus courantes et des plus efficaces des relations publiques, une stratégie qui permet de transformer ce qui paraît être un obstacle en une opportunité et de faire d’un objet de controverse un noble cheval de bataille que le public va, de lui-même, s’empresser d’enfourcher. La technique qui permet une telle métamorphose de la perception qu’a le public d’un objet donné consiste à créer un tiers parti, en apparence désintéressé, qui servira d’intermédiaire crédible entre le public et l’objet de la controverse et qui en modifiera la perception.

Misant sur la célébrité de Bennett, sur la respectabilité de la revue et sur sa mission médicale et pédagogique, Bernays va ainsi mettre sur pied le Sociological Fund Committee de la Medical Review of Reviews. Son premier mandat sera bien entendu de soutenir la création de Damaged Goods. Des centaines de personnalités éminentes et respectées vont payer pour faire partie de cet organisme et leurs cotisations vont permettre à Bernays de tenir sa promesse de faire jouer la pièce, désormais perçue comme une méritoire œuvre d’éducation publique sur un sujet de la plus haute importance. Damaged Goods connaîtra un immense succès populaire et les critiques en seront on ne peut plus élogieuses.

Avec l’affaire Damaged Goods, le tout jeune homme qu’est encore Bernays – il n’a que 21 ans – vient de trouver sa voie. Il abandonne le journalisme et devient une sorte de publiciste et d’intermédiaire entre le public et divers clients.

Les premiers qu’il aura proviennent du milieu du spectacle : il s’occupe par exemple de promouvoir le ténor Enrico Caruso (1873-1921), le danseur Nijinsky (1890-1950) ainsi que les Ballets russes. Ces efforts donnent à Bernays l’occasion de raffiner ses stratégies et de déployer de nouvelles techniques par lesquelles la publicité emprunte des voies restées jusque-là largement inexplorées. En particulier, au lieu de simplement décrire en les vantant les caractéristiques d’un produit, d’une cause, ou d’une personne, cette nouvelle forme de publicité – qu’on est tenté de décrire comme étant d’inspiration freudienne – les associe à quelque chose d’autre, que le public, croit Bernays, ne peut manquer de désirer. Le travail qu’il accomplit en 1915 en faveur des Ballets russes en tournée aux États-Unis donnera une idée de l’habileté de Bernays à cet exercice.

La vaste majorité des Américains ne s’intéresse alors guère au ballet et a plutôt un préjugé défavorable à son endroit. Pour le transformer en attitude positive, Bernays va s’efforcer de relier cet art à des choses que les gens aiment et comprennent. Dès lors, l’énorme campagne de publicité qu’il met en œuvre ne se contente pas de transmettre aux journalistes des communiqués de presse, des images ou des dossiers sur les artistes : elle vante dans les pages des magazines féminins les styles, les couleurs et les tissus des costumes qu’ils portent ; elle suggère aux manufacturiers de vêtements de s’en inspirer ; elle veille à la publication d’articles où est posée la question de savoir si l’homme américain aurait honte d’être gracieux ; et ainsi de suite, avec le résultat que la tournée des Ballets russes connaîtra un extraordinaire succès et qu’elle ne sera pas terminée qu’on en annoncera une deuxième – tandis que de nombreuses petites Américaines rêvent de devenir ballerines. De telles techniques nous sont certes devenues familières : mais elles étaient alors en train d’être inventées et Bernays a énormément contribué à leur création.

Il n’en reste pas moins que le publiciste qui connaît ces succès est bien loin du « conseiller en relations publiques » qui, en 1919, fera son apparition sur la scène de l’histoire pour y occuper une si grande place. Que s’est-il donc passé entre 1915 et 1919 pour rendre possible cette mutation ? Celle-ci s’explique essentiellement par le succès remporté par Bernays et de très nombreux autres journalistes, intellectuels et publicistes au sein d’un organisme mis sur pied par le gouvernement américain en 1917, la Commission Creel : c’est ce succès qui va profondément transformer la perception que le milieu des affaires et le gouvernement se font des publicistes, des journalistes et de la communication sociale en général, et qui va donc rendre possible l’apparition des relations publiques au sens où nous les connaissons aujourd’hui.

Pour comprendre, remontons à la fin de la guerre civile américaine, en 1865, alors que se prépare ce moment historique troublé, difficile et violent connu par dérision sous le nom de Gilded Age ou Âge doré – selon le titre d’un roman de Mark Twain (1835-1910) et de Charles Dudley Warner (1829-1900).

DE L’ÂGE DORÉ À LA COMMISSION CREEL
On assiste durant ces années à l’avènement des trusts et des firmes (ou corporations), entités immensément puissantes et bientôt dotées d’une reconnaissance légale comme personnes morales immortelles. À leur tête se retrouvent souvent ces mercenaires que l’histoire appellera les « barons voleurs » (robber barons note), comme Andrew Carnegie (1835-1918) et la Carnegie Steel, John D. Rockefeller (1839-1934) et la Standard Oil, Cornelius (1794-1877) et William (1821-1885) Vanderbilt et leurs chemins de fer.

Leur recherche d’efficacité et de rentabilité produit des phénomènes profondément inquiétants de concentration de capitaux, de formation de monopoles (ou du moins de quasi-monopoles), en plus de générer des crises économiques à répétition – il y en eut en 1873, en 1893 ; il y en aura de nouvelles, en 1907, en 1919 et en 1929. Celles-ci apportent « le froid, la faim et la mort aux gens du peuple, tandis que les Astor, les Vanderbilt, les Rockefeller et les Morgan poursuivent leur ascension, en temps de paix comme en temps de guerre, en temps de crise comme en temps de croissance ».

C’est dans un contexte d’extrême concentration de la richesse mais aussi de fraudes financières et de scandales politiques mis au jour par ceux que l’on appellera les muckrackers (ou « déterreurs de scandales ») que s’ouvre le XXe siècle. Grèves et conflits se succèdent à un rythme effréné et, devant la puissance, l’intransigeance et l’arrogance des institutions dominantes (la phrase de William Vanderbilt est restée célèbre : « The public be damned ! »), ouvriers, travailleurs et agriculteurs s’organisent. Bientôt, les corporations sentent qu’elles ne peuvent plus opérer en secret comme elles en ont l’habitude, mais sans savoir non plus comment réagir à la nouvelle donne ou comment s’adresser au public.

Leur premier mouvement sera de s’en remettre à leurs conseillers juridiques. Mais cette manière de faire se révélant inefficace, elles se tournent ensuite vers les journalistes : puisqu’ils écrivent dans les journaux et les magazines, ceux-ci, pense-t-on, connaissent le public et sauront communiquer avec lui. L’un de ces journalistes est Ivy Ledbetter Lee (1877-1934) : il est une des rares personnes qui pourraient, avec quelque légitimité, contester à Bernays sa place au premier rang des créateurs de l’industrie des relations publiques.

Dès 1906, cet ancien journaliste était devenu « représentant de presse » pour la Pennsylvania Railroad et avait substantiellement amélioré la perception (très négative) que le public avait de cette compagnie – comme des compagnies ferroviaires en général, où les accidents étaient fréquents. Lee prône, avec succès, de faire face aux situations de crise en entretenant des relations ouvertes avec la presse, notamment en émettant des communiqués et en rencontrant les journalistes. Cette approche s’avère efficace et lui vaudra plusieurs clients, dont John D. Rockefeller, pour le compte duquel il gère une crise majeure occasionnée par la brutale répression d’une grève par la milice du Colorado et des gardes de la Colorado Fuel and Iron Company. L’événement, connu sous le nom de Ludlow Massacre, est survenu le 20 avril 1914 : les miliciens et les gardes tirent ce jour-là à la mitraillette sur le campement de tentes des mineurs grévistes et font plusieurs morts, parmi lesquels des femmes et des enfants. Pour calmer la colère du public, Lee adressa à la presse et à des leaders d’opinion de nombreux bulletins contenant des informations biaisées, partielles ou fausses.

Malgré tout, globalement, ces publicistes et journalistes ont un impact relativement mineur sur les problèmes d’image et de communication des corporations, notamment parce que celles-ci ne les prennent pas très au sérieux, jugeant le plus souvent que le service offert n’est pas à la hauteur du prix demandé. La Commission Creel va changer tout cela en faisant la démonstration qu’il est possible de mener à bien et sur une grande échelle un projet de façonnement de l’opinion publique.

Lorsque le gouvernement des États-Unis décide d’entrer en guerre, le 6 avril 1917, la population est en effet largement opposée à cette décision : et c’est avec le mandat explicite de la faire changer d’avis qu’est créée par le président Thomas Woodrow Wilson (1856-1924), le 13 avril 1917, la Commission on Public Information (CPI) – souvent appelée « Commission Creel », du nom du journaliste qui l’a dirigée, George Creel (1876-1953).

Cette commission, qui accueille une foule de journalistes, d’intellectuels et de publicistes, sera un véritable laboratoire de la propagande moderne, ayant recours à tous les moyens alors connus de diffusion d’idées (presse, brochures, films, posters, caricatures notamment) et en inventant d’autres. Elle était composée d’une Section étrangère (Foreign Section), qui possédait des bureaux dans plus de trente pays, et d’une Section intérieure (Domestic Section) : elles émettront des milliers de communiqués de presse, feront paraître des millions de posters (le plus célèbre étant sans doute celui où on lit : I want you for US Army, clamé par Uncle Sam) et éditeront un nombre incalculable de tracts, d’images et de documents sonores.

La commission inventera notamment les fameux « four minute men » : il s’agit de ces dizaines de milliers de volontaires – le plus souvent des personnalités bien en vue dans leur communauté – qui se lèvent soudain pour prendre la parole dans des lieux publics (salles de théâtre ou de cinéma, églises, synagogues, locaux de réunions syndicales, et ainsi de suite) afin de prononcer un discours ou réciter un poème qui fait valoir le point de vue gouvernemental sur la guerre, incite à la mobilisation, rappelle les raisons qui justifient l’entrée en guerre des États-Unis ou incite à la méfiance – voire à la haine – de l’ennemi.

Sitôt la guerre terminée, le considérable succès obtenu par la commission inspirera, notamment à certains de ses membres, l’idée d’offrir la nouvelle expertise d’ingénierie sociale développée en temps de guerre aux clients susceptibles de se la payer en temps de paix – et donc d’abord aux entreprises, puis aux pouvoirs politiques. C’est justement le cas de Bernays, qui s’était très tôt joint à la Commission Creel : « C’est bien sûr, écrit-il ici, l’étonnant succès qu’elle a rencontré pendant la guerre qui a ouvert les yeux d’une minorité d’individus intelligents sur les possibilités de mobiliser l’opinion, pour quelque cause que ce soit. »

BERNAYS, PRATICIEN ET THÉORICIEN DES RELATIONS PUBLIQUES
En janvier 1919, Bernays participe en tant que membre de l’équipe de presse de la Commission Creel à la Conférence de paix de Paris. De retour aux États-Unis, il ouvre à New York un bureau qu’il nomme d’abord de « Direction publicitaire » avant de se désigner lui-même, dès 1920, « conseiller en relations publiques », sur le modèle de l’expression « conseiller juridique », et de renommer son bureau « Bureau de relations publiques ».

Entre 1919 et octobre 1929, alors qu’éclate la crise économique, les relations publiques vont susciter aux États-Unis un attrait immense et sans cesse grandissant.

Bernays n’est sans doute pas le seul à pratiquer ce nouveau métier durant les booming twenties. Mais il se distingue nettement de ses confrères par trois aspects. Le premier est l’énorme et souvent spectaculaire succès qu’il remporte dans les diverses campagnes qu’il mène pour ses nombreux clients. Le deuxième tient au souci qu’il a d’appuyer sa pratique des relations publiques à la fois sur les sciences sociales (psychologie, sociologie, psychologie sociale et psychanalyse, notamment) et sur diverses techniques issues de ces sciences (sondages, interrogation d’experts ou de groupes de consultation thématique, et ainsi de suite). Le troisième est son ambition de fournir un fondement philosophique et politique aux relations publiques et des balises éthiques à leur pratique. C’est par cette double visée que Bernays reste le plus original des théoriciens et praticiens des relations publiques.

J’aborderai tour à tour chacun de ces trois aspects qui singularisent Bernays, mais en insistant surtout sur le dernier, de loin le plus important.

Entre sa sortie de la Commission Creel et la publication de Propaganda, Bernays a réalisé un très grand nombre de campagnes de relations publiques qui ont contribué à définir le domaine et à fixer les grands axes de sa pratique. On trouvera un indice de cette activité bouillonnante dans le fait que presque toutes les campagnes de relations publiques menées avec succès qu’il évoque dans ce livre, souvent en les décrivant sur un mode passif, ont en fait été réalisées par lui.

C’est notamment le cas du concours de sculptures sur barres de savon Ivory, conçu pour Proctor & Gamble, qui consommera un million de barres chaque année pendant ses 37 ans d’existence ; de la promotion du petit déjeuner aux œufs et au bacon vanté comme étant la forme typiquement américaine du petit déjeuner copieux et que de nombreux médecins (consultés par Bernays, bien entendu) ont recommandé ; de la promotion de la vente de pianos par la défense de l’idée que l’on devait absolument avoir chez soi une salle de musique ; de l’organisation de la très suivie conférence de 1920 de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) ; de l’organisation à la Maison-Blanche et pour le président Coolidge de déjeuners en présence de vedettes de la chanson et du cinéma afin de transformer la perception du public du président comme d’un homme froid et distant ; et de très nombreuses autres campagnes dont un bon nombre sont évoquées dans le texte.

Après la publication de Propaganda, Bernays réalisera un grand nombre d’autres campagnes, dont plusieurs restent légendaires – telles que l’organisation en 1929, pour General Electric, d’un anniversaire prenant prétexte de l’invention de la lampe à incandescence par Thomas Edison (1847-1931), événement que certains tiennent toujours pour un des plus spectaculaires exemples de propagande accomplis en temps de paix.

Mais on peut soutenir que le succès le plus retentissant de Bernays sera d’avoir amené les femmes américaines à fumer. Cet épisode, si éclairant sur sa manière de penser et de travailler, mérite d’être raconté en détail.

Nous sommes toujours en 1929 et, cette année-là, George Washington Hill (1884-1946), président de l’American Tobacco Co., décide de s’attaquer au tabou qui interdit à une femme de fumer en public, un tabou qui, théoriquement, faisait perdre à sa compagnie la moitié de ses profits. Hill embauche Bernays, qui, de son côté, consulte aussitôt le psychanalyste Abraham Arden Brill (1874-1948), une des premières personnes à exercer cette profession aux États-Unis. Brill explique à Bernays que la cigarette est un symbole phallique représentant le pouvoir sexuel du mâle : s’il était possible de lier la cigarette à une forme de contestation de ce pouvoir, assure Brill, alors les femmes, en possession de leurs propres pénis, fumeraient.

La ville de New York tient chaque année, à Pâques, une célèbre et très courue parade. Lors de celle de 1929, un groupe de jeunes femmes avaient caché des cigarettes sous leurs vêtements et, à un signal donné, elles les sortirent et les allumèrent devant des journalistes et des photographes qui avaient été prévenus que des suffragettes allaient faire un coup d’éclat. Dans les jours qui suivirent, l’événement était dans tous les journaux et sur toutes les lèvres. Les jeunes femmes expliquèrent que ce qu’elles allumaient ainsi, c’était des « flambeaux de la liberté » (torches of freedom). On devine sans mal qui avait donné le signal de cet allumage collectif de cigarettes et qui avait inventé ce slogan ; comme on devine aussi qu’il s’était agi à chaque fois de la même personne et que c’est encore elle qui avait alerté les médias.

Le symbolisme ainsi créé rendait hautement probable que toute personne adhérant à la cause des suffragettes serait également, dans la controverse qui ne manquerait pas de s’ensuivre sur la question du droit des femmes de fumer en public, du côté de ceux et de celles qui le défendaient – cette position étant justement celle que les cigarettiers souhaitaient voir se répandre. Fumer étant devenu socialement acceptable pour les femmes, les ventes de cigarettes à cette nouvelle clientèle allaient exploser.

On peut le constater avec cet exemple : Bernays aspire à fonder sur des savoirs (ici, la psychanalyse) sa pratique des relations publiques. Cette ambition, on l’a dit, est le deuxième trait qui le distingue de ses collègues. Bernays, et là réside en grande partie l’originalité de sa démarche, est en effet convaincu que les sciences sociales peuvent apporter une contribution importante à la résolution de divers problèmes sociaux et donc, a fortiori, aux relations publiques. Il consulte donc ces disciplines et leurs praticiens, s’en inspire, et leur demande des données, des techniques, des stratégies, des concepts et des théories.

Un de ses maîtres à penser sur ce plan – et revendiqué comme tel – est le très influent Walter Lippmann (1889-1974) – en dialogue avec lequel certains ouvrages de Bernays semblent avoir été écrits. En 1922, dans Public Opinion, Lippmann rappelait que « la fabrication des consentements […] fera l’objet de substantiels raffinements » et que « sa technique, qui repose désormais sur l’analyse et non plus sur un savoir-faire intuitif, est à présent grandement améliorée [par] la recherche en psychologie et [les] moyens de communication de masse ». Comme en écho, Bernays écrit ici : « L’étude systématique de la psychologie des foules a mis au jour le potentiel qu’offre au gouvernement invisible de la société la manipulation des mobiles qui guident l’action humaine dans un groupe. Trotter et Le Bon d’abord, qui ont abordé le sujet sous un angle scientifique, Graham Wallas, Walter Lippmann et d’autres à leur suite, qui ont poursuivi les recherches sur la mentalité collective, ont démontré, d’une part, que le groupe n’avait pas les mêmes caractéristiques psychiques que l’individu, d’autre part, qu’il était motivé par des impulsions et des émotions que les connaissances en psychologie individuelle ne permettaient pas d’expliquer. D’où, naturellement, la question suivante : si l’on parvenait à comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective, ne pourrait-on pas contrôler les masses et les mobiliser à volonté sans qu’elles s’en rendent compte ? »

Mais Bernays cherche également dans les sciences sociales, comme on le pressent dans le passage précédent, une justification (à prétention) scientifique de la finalité politique du travail accompli par le conseiller en relations publiques. Il la trouve dans l’adhésion d’une part importante des théoriciens des sciences sociales naissantes qu’il consulte et respecte à l’idée que la masse est incapable de juger correctement des affaires publiques et que les individus qui la composent sont inaptes à exercer le rôle de citoyen en puissance qu’une démocratie exige de chacun d’eux : bref, que le public, au fond, constitue pour la gouvernance de la société un obstacle à contourner et une menace à écarter.

Cette thèse, à des degrés divers, est celle de Walter Lippmann, de Graham Wallas (1858-1932) ou de Gustave Le Bon (1841-1931), dont Bernays ne cessera de se réclamer, et elle rejoint un important courant antidémocratique présent dans la pensée politique américaine et selon lequel que la « grande bête doit être domptée » – pour reprendre l’expression d’Alexander Hamilton (1755-1804). Cette perspective était déjà celle de James Madison (1752-1836), qui assurait que « le véritable pouvoir, celui que procure la richesse de la nation », doit demeurer entre les mains des « êtres les plus capables » et que la première et principale responsabilité du gouvernement est de « maintenir la minorité fortunée à l’abri de la majorité ». Bernays se fait l’écho de ces idées quand il écrit qu’avec « le suffrage universel et la généralisation de l’instruction » on en est arrivé au point où « la bourgeoisie se mit à craindre le petit peuple, les masses qui, de fait, se promettaient de régner ».

Se profile alors un projet politique que Bernays va assumer et s’efforcer de réaliser. Il s’agit, selon les termes de Lippmann, de faire en sorte que la masse se contente de choisir, parmi les membres des « classes spécialisées », les « hommes responsables », auxquels il reviendra de protéger la richesse de la nation. Pour que la masse se contente de jouer ce rôle, il sera nécessaire d’opérer ce que Lippmann décrit comme une « révolution dans la pratique de la démocratie », à savoir la manipulation de l’opinion et la « fabrication des consentements », indispensables moyens de gouvernement du peuple. « Le public doit être mis à sa place, écrit Lippmann, afin que les hommes responsables puissent vivre sans craindre d’être piétinés ou encornés par le troupeau de bêtes sauvages. »

Bernays veut lui aussi « organiser le chaos » et il aspire à être celui qui réalise en pratique le projet théorique formulé par Lippmann et les autres : c’est que les nouvelles techniques scientifiques et les médias de masse rendent justement possible de « cristalliser l’opinion publique », selon le titre d’un livre de Bernays datant de 1923, et de « façonner les consentements », selon le titre d’un ouvrage de 1955. Dans Propaganda, il écrit : « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. »

Cette idée que cette forme de « gouvernement invisible » est tout à la fois souhaitable, possible et nécessaire est et restera omniprésente dans les idées de Bernays et au fondement même de sa conception des relations publiques : « La minorité a découvert qu’elle pouvait influencer la majorité dans le sens de ses intérêts. Il est désormais possible de modeler l’opinion des masses pour les convaincre d’engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. Étant donné la structure actuelle de la société, cette pratique est inévitable. De nos jours la propagande intervient nécessairement dans tout ce qui a un peu d’importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la finance, de l’industrie, de l’agriculture, de la charité ou de l’enseignement. La propagande est l’organe exécutif du gouvernement invisible. »

LA PROPAGANDE ET LE GOUVERNEMENT INVISIBLE CONTRE LA DÉMOCRATIE
Après la parution en 1928 du présent ouvrage, Bernays connaîtra la longue et riche carrière de conseiller en relations publiques que laissaient présager ses succès antérieurs et que confirmeraient ceux qu’il allait obtenir en 1929 lors des campagnes pour General Electric et l’American Tobacco Company. Les années passant, il deviendra une sorte d’icône au sein de l’industrie qu’il aura largement contribué à fonder, tandis que celle-ci devenait de plus en plus omniprésente et exerçait un rôle économique et politique de plus en plus prépondérant.

Le terme de « propagande » dont Bernays souhaitait réhabiliter l’acception neutre qu’il avait eue avant que ne soient connus les mensonges propagés par la Commission Creel ne sera cependant pas repris par l’industrie des relations publiques et il conserve, aujourd’hui encore, la connotation absolument négative qu’il a acquise après 1918. En revanche, son idée que les relations publiques peuvent être au service de tous, bénéfiques à tous, notamment parce qu’elles constituent une sorte de « route à deux voies », permettant, via le conseiller en relations publiques, à un client de communiquer avec son public et à ce public de communiquer avec son client, cette idée-là a fini par être reprise par l’industrie pour décrire ses activités.

Il est crucial de rappeler combien ce qui est proposé ici contredit l’idéal démocratique moderne, celui que les Lumières nous ont légué, de rappeler à quel point Bernays, comme l’industrie qu’il a façonnée, doit faire preuve d’une étonnante aptitude à la duplicité mentale pour simultanément proclamer son souci de la vérité et de la libre discussion et accepter que la vérité sera énoncée par un client au début d’une campagne, laquelle devra mettre tout en œuvre – y compris, s’il le faut absolument, la vérité elle-même – pour susciter une adhésion à une thèse ou des comportements chez des gens dont on a postulé par avance qu’ils sont incapables de comprendre réellement ce qui est en jeu et auxquels on se sent donc en droit de servir ce que Platon appelait de « pieux mensonges ».

C’est ainsi qu’on ne compte plus aujourd’hui le nombre d’organismes qui sont créés pour servir d’intermédiaire entre une cause et le public mais dont les noms mêmes, bien souvent, occultent voire contredisent la véritable nature. Voici par exemple les Oregonians for Food and Shelter : qui pourrait objecter à la défense des sans-abri et à ce que soit satisfait le besoin primaire de manger à sa faim ? Mais cet organisme est surtout préoccupé par les limitations qu’on veut apporter à l’utilisation de produits chimiques en agriculture. Ce sont d’ailleurs des entreprises fabriquant de tels produits qui financent ce groupe (Chevron Chemical, DuPont, Western Agricultural Chemicals Association, et ainsi de suite).

On multiplierait sans mal les exemples des agissements de ce gouvernement invisible. Pour en rester à l’actualité immédiate, considérons l’hypothèse d’un retour du tramway dont il est périodiquement question dans les villes nord-américaines. On est en droit de se demander comment et pourquoi le tramway, qui est un moyen de transport commode, sûr et infiniment plus écologique que la voiture et le moteur à combustion, a disparu des grandes villes américaines au milieu des années 1950, alors qu’il y était solidement et depuis longtemps implanté. La réponse tient en un mot : l’automobile. On a en effet délaissé le tramway afin de faire la promotion de la voiture individuelle à laquelle certains voulaient ouvrir les villes. Qui donc ? Dès les années 1920, General Motors, Firestone et la Standard Oil de Californie se sont attelés à la tâche de convaincre l’opinion publique d’opter, en matière de transport urbain, pour une solution polluante, inefficace et extrêmement coûteuse. L’intermédiaire était alors une entreprise écran, la National City Lines qui, progressivement, acheta et contrôla les compagnies qui possédaient les tramways dans des dizaines de villes (New York, Los Angeles, Philadelphie, Saint Louis, etc.) ; on procéda ensuite à leur démantèlement progressif, au profit d’autobus achetés par un fournisseur appartenant au trio GM, Firestone et Standard Oil ; enfin, et en parallèle, on mènera une action politique par le National Highway Users Conference afin de promouvoir, avec succès, la construction d’autoroutes.

Le programme durera trois décennies au terme desquelles les tramways des villes seront remplacés par les voitures individuelles et les autobus. En 1959, découvertes, les compagnies impliquées seront traduites en justice. Reconnues coupables de conspiration criminelle, elles devront acquitter une amende de… 5 000 dollars.

À l’éthique de la discussion et de la persuasion rationnelle, que présuppose la démocratie, s’opposent alors une persuasion a-rationnelle et une intention arrêtée de convaincre, fût-ce en manipulant ; à l’exigence de pratiquer des vertus épistémiques comme l’honnêteté intellectuelle, le débat, l’écoute, la modestie, l’exhaustivité de l’information, s’opposent le mensonge, la partialité et l’occultation de données pertinentes. À l’idée que toute décision collective prise sur chacune de ces innombrables questions difficiles que pose la vie en commun ne s’obtient que dans la transparence de la participation du plus grand nombre et dans le partage d’intérêts communs, s’oppose l’idée que la vérité est ou bien ce que décident, dans l’opacité de leurs intérêts privés, ceux qui peuvent se payer les coûteux services des firmes de relations publiques ou ce que veulent les membres de la « minorité intelligente ».

Ce qu’à chaque fois on retrouve ainsi, dans la pratique des firmes de relations publiques telle que Bernays la conçoit, est au fond, aussi bien sur le plan épistémologique que sur les plans éthique ou politique, l’exacte antithèse de ce qu’exige une démocratie. Et les exhortations de Bernays pour que l’industrie se dote d’un code d’éthique, pour qu’elle se refuse « à apporter ses services à un client qu’[elle] estime malhonnête, à un produit qui lui paraît frauduleux, à une cause qu’[elle] juge antisociale » ne convainquent pas puisque la pratique les contredit. De même, ses encouragements adressés au conseiller en relations publiques à avoir « la sincérité [pour] règle d’or » ne peuvent qu’apparaître comme de dérisoires efforts pour justifier l’injustifiable et défendre l’indéfendable.

À défaut de reconnaître que ce qu’il préconisait était incompatible avec l’idée de démocratie correctement comprise, Bernays aurait au moins dû reconnaître que l’outil qu’il proposait pouvait être utilisé à des fins que lui-même ne pouvait tenir pour acceptables. Parmi les nombreuses occasions qu’il aura eues durant sa vie de revenir sur sa conception des relations publiques, contentons-nous d’en rappeler deux.

La première est évoquée dans ses Mémoires, alors que Bernays raconte sa stupéfaction d’apprendre, en 1933, de Karl von Weigand, journaliste américain basé en Allemagne, que Joseph Goebbels (1897-1945), lui ayant montré dans sa bibliothèque les ouvrages consacrés à la propagande, il y vit Crystallizing Public Opinion : « Goebbels, me dit Weigand, se servait de mon livre […] pour élaborer sa destructive campagne contre les Juifs d’Allemagne. J’en fus scandalisé. […] À l’évidence, les attaques contre les Juifs d’Allemagne n’étaient en rien un emballement émotif des Nazis, mais s’inscrivaient dans le cadre d’une campagne délibérée et planifiée. »

La deuxième surviendra durant les années 1950. En 1951, après une élection libre et démocratique, Jacobo Arbenz (1913-1971) est élu président du Guatemala sur la base d’un ambitieux programme qui promet de moderniser l’économie du pays. Un de ses premiers gestes sera la réappropriation, avec compensation, de terres appartenant à la United Fruit Company mais qu’elle n’utilisait pas. La compagnie entreprend alors aux États-unis une vaste campagne de relations publiques pour les besoins de laquelle elle embauche Bernays. Mensonges et désinformations conduiront en 1954 à une vaste opération de la CIA au Guatemala qui mettra au pouvoir l’homme qu’ils ont choisi, le général Castillo Armas (1914-1957). Ce coup d’État marque le début d’un bain de sang qui fit plus de 100 000 morts dans ce pays au cours des cinq décennies qui suivirent.

En 1990, Stuart Ewen a l’occasion de discuter avec son voisin du projet d’une histoire des relations publiques sur lequel il travaille alors depuis peu. On imagine sans mal sa stupeur quand ce voisin, lui-même actif dans le petit monde des relations publiques, lui assure qu’il devrait parler de son projet à Edward. Edward, demande Ewen ? Bernays, répond l’autre.

Ewen avait tout naturellement présumé que Bernays, dont il connaissait fort bien le parcours et dont il savait qu’il était né en 1891, était mort depuis longtemps déjà en 1990. Mais voilà qu’il avait l’occasion de rencontrer l’homme dont la vie et les actes étaient au cœur du livre qu’il projetait et que cet homme était toujours, il allait le vérifier, en grande forme physique et intellectuelle. Un rendez-vous fut donc pris et sa rencontre avec Bernays à son domicile de Cambridge, Massachusetts, ouvre le livre qu’Ewen fera paraître en 1996.

C’est une lecture fascinante. On y assiste à la mise en scène de lui-même réalisée par un vieux maître ès manipulations qui n’a rien perdu de son efficacité : à preuve, Ewen, durant cet entretien, n’obtient guère de réponse pleinement satisfaisante aux questions précises qu’il était venu poser.

Pourtant, vers la fin de la rencontre, un incident fera tomber sa garde à Bernays, un incident dont Ewen nous dit qu’il l’aida à mettre de la chair humaine sur l’os de l’histoire des institutions qu’il s’apprête à conter. On me permettra de raconter cette anecdote pour conclure ce texte.

Ewen, sur le point de quitter son hôte, attend un taxi qu’il a commandé et Bernays lui suggère qu’il aurait mieux fait, compte tenu du prix excessif des taxis, de prendre les transports en commun. Il n’a lui-même, ajoute-t-il, jamais appris à conduire une voiture. C’est que, parmi les nombreux serviteurs qui travaillaient chez lui, il y avait toujours un chauffeur. Et Bernays de commencer à raconter l’histoire de l’un d’eux, Dumb Jack. Levé à cinq heures, Dumb Jack véhiculait toute la journée et jusqu’au soir Bernays, son épouse et leurs enfants. Il s’endormait souvent la tête entre les mains à la table du repas du soir, avant de manger et d’aller se coucher. Dumb Jack touchait 25 dollars par semaine et avait droit à un demi-jeudi toutes les deux semaines. « Pas une mauvaise affaire du tout », dit Bernays, avant de conclure, un brin de nostalgie dans la voix : « Mais c’était avant que les gens n’acquièrent une conscience sociale. »

La vie et l’œuvre de Bernays constituent un très précieux témoignage des immenses efforts accomplis par une certaine élite pour contraindre et limiter le développement de cette conscience sociale, des importants moyens qu’ils ont mis en œuvre pour ce faire et des raisons pour lesquelles ces efforts ont été – et restent toujours – indispensables aux yeux de cette élite.

Qu’une certaine conscience sociale se soit néanmoins développée depuis un siècle est un indice que les luttes économiques et politiques qui ont été menées ne l’ont pas été en vain. Par contre, le fait que les institutions que ces élites ont imaginées et mises en place soient toujours et même plus que jamais présentes et actives au sein de nos sociétés, où leurs agissements restent trop largement dans l’ombre, tout cela donne une mesure du travail qu’il reste à accomplir à ceux et à celles qui pensent que la démocratie doit être vécue au grand jour par des participants lucides et informés.

Normand Baillargeon

Saint-Antoine-sur-Richelieu,

Québec (Canada), été 2007

Normand Baillargeon enseigne les fondements de l’éducation à l’université du Québec à Montréal. Il écrit régulièrement dans diverses publications québécoises indépendantes, notamment Le Couac, À Bâbord et Québec sceptique. Il a également publié de nombreux ouvrages, dont L’Ordre moins le pouvoir et Petit Cours d’autodéfense intellectuelle, parus chez Lux.

BIBLIOGRAPHIE
Quelques ouvrages majeurs de Bernays

Crystallizing Public Opinion, Boni and Liverlight, New York, 1923.

Propaganda, Horace Liveright, New York, 1928.

Speak Up for Democracy, Viking Press, New York, 1940.

Public Relations, University of Oklahoma Press, Norman, 1952.

The Engineering of Consent, University of Oklahoma Press, Norman, 1955.

Your Future in Public Relations, Richards Rosen Press, New York, 1961.

Biography of an Idea : Memoirs of a Public Relations Counsel, Simon and Schuster, New York, 1965.

The Later Years : Public Relations Insights, 1956-1986, H & M Publishers, Rhinebeck, New York, 1986.

Rappelons enfin que de nombreux documents jalonnant sa longue carrière ont été laissés par Bernays à la Library of Congress de Washington, où ils peuvent être consultés sous le titre : Bernays Papers.

Écrits sur Bernays, sur l’idée de propagande et sur l’industrie des relations publiques

Cunningham, Stanley B., The Idea of Propaganda : A Reconstruction, Praeger, Westport, 2002.

Cutlip, Scott, The Unseen Power : Public Relations, a History, Lawrence Erlbaum Associates, Hillsdale, 1994.

Duffy, Margaret, « There’s no Two-way Symmetric About It : A Postmodern Examination of Public Relations Textbooks », Critical Studies in Media Communication, vol. 17, n° 3, 2000.

Ellul, Jacques, Histoire de la propagande, PUF, « Que sais-je ? », Paris, 1976.

Ewen, Stuart, PR ! A Social History of Spin, Basic Books, New York, 1996.

Hazan, Éric, LQR : La propagande du quotidien, Liber, « Raisons d’agir », Paris, 2006.

Jonas, Susanne, The Battle for Guatemala : Rebels, Death Squads and U.S. Power, Westview Press, Boulder, 1991.

Jowett, Garth S. et O’Donnell, Victoria, Propaganda and Persuasion, Sage Publications, Londres, 4e édition, 2006.

Laswell, Harold D., Propaganda and Promotional activities. An Annotated Bibliography, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1935.

Le Bon, Gustave, Psychologie des foules (1895), rééd. PUF, « Quadrige », Paris, 2002.

Lippmann, Walter, Public Opinion, Harcourt, Brace, New York, 1922.

– The Phantom Public, MacMillan, New York, 1927.

Moloney, Kevin, Rethinking Public Relations. The Spin and the Substance, Routledge, Londres et New York, 2000.

Olasky, Marvin N., Corporate Public Relations : A New Historical Perspective, Lawrence Erlbaum Associates, Hillsdale, NJ, 1987.

Pratkanis, Anthony et Aronson, Elliot, Age of Propaganda. The Everyday Use and Abuse of Persuasion, W.H. Freeman and Company, New York, 1991.

Sproule, Michael J., Propaganda and Democracy. The American Experience of Media and Mass Persuasion, Cambridge University Press, Cambridge, 1997.

Stauber, John, et Rampton, Sheldon, Toxic Sludge is Good for You !, Common Courge Press, Monroe, Maine, 1995.

– L’Industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias, préfacé et complété par Roger Lenglet, traduit par Yves Coleman, Agone, Marseille, 2004.

– Une arme de persuasion massive. De la propagande dans la guerre de Bush en Irak, Le Pré-aux-Clercs, Paris, 2004.

Tchakhotine, Serge, Le Viol des foules par la propagande politique, Gallimard, « Tel », Paris, 1992.

Tye, Larry, The Father of Spin. Edward L. Bernays and the Birth of Public Relations, Henry Holt and Co., New York, 1998.

Public Relations Review. A Global Journal of Research and Comment est une publication consacrée au domaine des relations publiques. Elle est disponible sur Internet à : [http://www.elsevier.com/wps/find/journaldescription.cws_home/620188/description#description]

Internetographie

Un documentaire portant sur la campagne Torches of Freedom et comprenant une entrevue avec Bernays peut être visionné sur : [http://www.infectiousvideos.com/index.php ?p=showvid & sid = 1117 & fil = 0000000056 & o = 0 & idx = 6 & sb = daily & a = playvid & r = Torches_of_Freedom].

De nombreuses pages sont consacrés à Bernays par The Museum of Public Relations. [http://www.prmuseum.com/bernays/bernays_1915.html].

On consultera enfin, et avec grand profit, le site PR Watch, du Center for Media and Democracy : [http://www.prwatch.org/]

Tous ces liens ont été vérifiés le 27 juin 2007.

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Le Très Grand Crime

Posté par elianguesard le 4 janvier 2014

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Et Rat Homme – ère atome – Erratum

Posté par elianguesard le 4 janvier 2014

Et Rat Homme – ère atome – Erratum : Chercher l’erreur au delà de la recherche

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Conférence du guide de haute montagne Guy Demenge

Posté par elianguesard le 25 octobre 2013

COLLOQUE DE SAINT-MARTIN VESUBIE
DU 21 FÉVRIER 2009

Présentation du guide: (Melchior, cité dans le livre « Les conquérants de l’inutile »)
Conférence du guide de haute montagne Guy Demenge  tournereve-300x259

Conférence ou plus exactement, dialogue espéré entre un ancien du bureau des guides du Mercantour et les Vésubiens qui ont la gentillesse d’être ici présent.
Et ce : à propos du Changement climatique, qui semble maintenant avéré, et des conduites que nous avons, que nous aurons à tenir sans tarder – tant au niveau collectif, qu’individuel – pour tenter, autant que faire se peut, de parer à cette menace.
La motivation, car il va en falloir, ne peut venir que du souhait qui habite, j’en suis persuadé, tout adulte, tout parent, de vouloir profondément pour ses propres enfants et petits-enfants et pour tous les enfants du monde, une vie digne, avec un réel niveau de sécurité et d’agrément, même si cela implique pour nous une nouvelle recherche et démarche de sobriété.
Guy Demenge, dit Melchior le guide, me charge de vous faire part du bonheur qu’il éprouve du fait de cette visite à Saint-Martin – d’abord pour l’accueil sans défaillance de ses résidents depuis 54 ans ; ensuite pour le plaisir de retrouver le charme des vieilles pierres de ce bourg si bien préservé, dans un écrin de nature qui a conservé sa parure, et bien entendu de ces ‘cayres’ et montagnes qui,  pendant des décennies ont captivé son âme.
Il vous remercie, du profond de son cœur, d’être venu nombreux, participer à un dialogue – qui, il n’en doute point, sera constructif.
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Chers amis,
pardonnez-moi d’employer comme premier mot MENACE ! Car, ce Changement climatique, maintenant avéré, en est UNE, tous azimuts, proches, et non plus à long terme. Des cassandres – dont le plus emblématique fut en France le commandant Cousteau, maintenant oublié de la jeunesse – ont en vain crié dans le désert. Quand nous l’avions prié à l’automne 1980, d’être le candidat de l’écologie aux présidentielles – à la suite de René Dumont – ce qu’il refusa, il nous fit part, lors d’une amicale soirée, de ses sentiments quant à l’avenir de notre espèce : « Il ne devrait pas rester plus de 500 millions d’habitants à la fin du XXIe siècle… quant aux autres mammifères, bien avant 2100, la moitié des espèces aura disparu ». Son assistant Yves Paccalet, dont tous, nous avons goûté les ouvrages illustrés consignés avec Cousteau comme : A la recherche de l’Atlantide, ou la Planète des baleines… et des B.D. pour grands et petits comme : l’Île au requin (avec Sérafini)… était encore plus pessimiste. Récemment, il a produit, dans un style voltairien, un court essai : L’humanité disparaîtra, bon débarras ! (2006, Arthaud)
Ce boute-en-train, montagnard de la vallée du Vénéon, qui goûta de tant de beautés de la planète, dont la vie fut si riche… se retrouve aujourd’hui désespéré de notre aveuglement volontaire, il a donc voulu nous réveiller, nous secouer un bon coup. Je vais essayer de prendre sa suite d’une manière moins abrupte.
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La crise économique que nous commençons à peine à subir, ne peut, à ce qu’il me semble, être entièrement comparée celle de 1929. Bien que j’ai subi cette première, je n’en n’ai pas gardé un net souvenir directement, vu qu’elle m’a touché à l’âge de neuf mois. Cependant, j’ose avancer cette hypothèse pour les raisons suivantes :
Le capitalisme de 29 était avant tout industriel et la capitalisation boursière correspondait presque entièrement à des avoirs réels. Il s’agissait donc, avant tout d’une crise cyclique et classique de surproduction, mais particulièrement brutale celle-là, avec écroulement des ventes et de la production industrielle (près de 50 % aux États-Unis), forte contraction du commerce international (environ 30 %) et repli protectionniste généralisé et dans le désordre. Toujours aux États-Unis, le taux de chômage explosa (de 3 % à 25 %) alors que la protection sociale était presque inexistante. La réponse fut une réduction drastique des quotas d’immigration concernant particulièrement les minorités de l’Europe orientale qui vont dix/quinze ans plus tard le payer très cher.
Sur notre continent, la dépression, un peu moins caractérisée était doublée d’une crise morale liée au démembrement de l’Europe centrale et à l’injuste traitement infligé à l’Italie (amputée de ses provinces de l’Est). IL en était résulté un fort sentiment de frustration et une explosion des nationalismes dans les nations qui allaient constituer les forces de l’Axe. Tandis que les démocraties « occidentales » avaient basculé dans le pacifisme et devenaient des proies tentantes. D’autre part, l’Allemagne subissait une crise monétaire record avec des taux d’inflation astronomiques.
Mais l’énorme différence était que tout cela se passait dans un monde… troublé certes – pensons à l’horrible guerre sino-japonaise ou aux exactions italiennes en Ethiopie – mais dont la pérennité ne pouvait au grand jamais être remise en question. A part quelques poètes visionnaires comme Paul Valéry, personne n’envisageait la venue des raretés des richesses naturelles, personne ne soupçonnait l’explosion démographique et encore plus citadine, et personne, non plus, n’envisageait une prise en compte du réchauffement du climat. Le drame, c’est qu’en 2009, les économistes enfermés dans leur pseudo-science à prétention mathématique, ne sont toujours pas capables de prendre en compte ce changement de paradigme.
Après bien des atermoiements, la nouvelle administration américaine de Roosevelt avait crû trouver la recette de la relance avec une politique keynésienne : mettre les gens au travail, avec des travaux sur fonds avancés par l’État, et même si les grands chantiers mis en route n’étaient pas d’une utilité immédiate ou évidente. Il faut noter, que les futures forces de l’Axe avaient mis en route la même politique avec plus de succès, mais en fabriquant des armements… et que les États-Unis ne retrouveront le plein emploi qu’après leur entrée en guerre fin 1941… en reconvertissant en trois mois leur industrie dans l’armement et en mobilisant deux millions d’hommes. La recette miraculeuse d’une ‘bonne’ guerre mondiale ne peut plus fonctionner puisque « l’humanité » (plus exactement une coalition de physiciens, de généraux et d’industriels) a acquis la faculté de s’autodétruire (de nous détruire), et qu’elle ne peut plus la perdre.
Citons Albert Einstein : « Je ne sais si la troisième guerre mondiale aura lieu ? Mais je puis vous assurer que si tel est le cas, la quatrième se déroulera avec des massues. »
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Celle de septembre 2008 (la crise), correspond d’abord à l’implosion d’une bulle spéculative. Une bulle liée à un capitalisme principalement financier et dont les entreprises, souvent transnationales, échappent à tout contrôle, parfois en localisant leur siège (comme Boeing par exemple) dans un paradis fiscal. Leur but ultime et imposé par les fonds de pension et autres (résultat de politiques sociales néo-libérales ayant détruit les régimes de retraite par répartition) était de procurer des retours sur investissements de l’ordre de 15 à 20 % l’an ! Pourcentages qui, physiquement et socialement ne peuvent être soutenus.
Pour réaliser de tels retours – il n’était plus question d’une gestion assurant la pérennité de l’entreprise, ni de réserver une part décente des gains de productivité aux salariés (part déterminant la solvabilité des classes moyennes et populaires ; et donc la bonne marche de l’économie) – mais de se livrer à d’acrobatiques fusions-acquisitions-ventes, orchestrées par une presse spécialisée mais stipendiée… et cela dans le but de faire grimper les cours des actions à des hauteurs stratosphériques. Depuis quinze ans les analystes les plus compétents ne cessaient de clamer que la valeur réelle des actifs ne représentait que 5 % de la capitalisation boursière. Tout le monde le savait parfaitement… mais cela arrangeait tout le monde de la finance, comme des politiciens qui percevaient une plus modeste part de la prébende… de faire semblant d’ignorer cette réalité. C’est donc malheureusement, pour les petits et moyens pensionnés et rentiers, le risque de voir s’évaporer, au final, près de 95 % de leurs avoirs !

A cette crise, s’ajoute celle des ‘sur-crédits’, pour parler français, qui combinés à la généralisation du travail temporaire et à l’extension de la classe des travailleurs pauvres, fait que de plus en plus de gens ne peuvent honorer les traites correspondant à leurs achats à crédit (principalement de logements). Les banquiers… leurs placiers ne se fiaient qu‘à la valeur vénale des biens immobiliers en hausse constante, pour accorder des prêts à des conditions avantageuses – compte tenu des faibles taux hypothécaires – et sans trop se soucier de la solvabilité réelle de leurs clients. Ils escomptaient étourdiment une forte reprise de l’économie (par manque de culture généralisée et de connaissance de sciences comme la thermodynamique et l’écologie, qui conditionnent de manière absolue les limites physiques de toute activité humaine)… alors que, crise du pétrole aidant, c’est tout le contraire qui se passa.
De plus, en une sorte de jeu de mistigri, les banques entre elles, essayèrent de se refiler les créances les plus pourries, quitte à consentir des primes supérieures. Tout cela prenant l’allure d’un clash mondial. C’est alors que les grands États, pour rassurer le pékin, pour éviter la ruée vers les guichets, promirent des montants de garantie titanesques (au total, des 1000 milliards de dollar) dont ils n’auraient en caisse (France 0) que 5 % ou un peu plus. A terme, ces États vont faire tourner la planche à billets… et alors, bonjour les taxes additionnelles (additionnées), les prélèvements renforcés ou l’inflation… qu’il ne faut pas confondre avec la hausse des prix… car ce sera, selon la tradition « au manant de payer »

La troisième crise, dont vous venez de vous faire une idée, est celle de la quasi fin ou tout au moins raréfaction des ressources non renouvelables : minéraux, métaux, fertilisants, combustibles solides, liquides et gazeux… et aussi l’uranium dont on a même plus pour deux générations !
Mais aussi des autres ; les renouvelables, comme le bois de chauffe, qui manquant cruellement en Himalaya par exemple, fait que les pentes s’effondrent dans les torrents et qu’en aval les crues dévastent tout ; qui fait que plus de huit cents millions de personnes [nouveaux nés compris] n’ont pas accès à l’eau potable, quand ce n’est pas à l’eau tout court ; dans ce cas, des centaines de millions de fillettes (car le genre féminin est préposé à cela) usent leur jeunesse, quand ce n’est pas leur vie, à porter sur de trop longues distances des outres trop pesantes. Des forêts, surtout les boréales, converties en pub-papier, dont il ne reste que deux étroits rideaux – le long de la trans-canadienne par exemple, afin que les touristes puissent prendre des photos – et encore plus des forêts tropicales, véritable fabriques de milliardaires, en euro comme en dollar, qui les achètent pour rien, y prélèvent les bois de valeur, puis les font brûler criminellement pour y planter des palmiers à huile (de moteur) OGM. Ainsi de T. Blikseth, cité par le Wall Street Journal, qui pèse deux milliards en dollar, a pris sa retraite à quarante ans et qui exhibe sa vulgaire nullité debout sur le pont d’un de ses trois yachts géants. Sciences humaines, mars 2008, N° 191, p. 44

Mais la quatrième crise est la plus grave parce qu’elle est double : c’est celle de la dégradation presque totale de la fertilité des sols. C’est à dire des quelques décimètres d’humus, qui recouvrent toutes surfaces fertiles, et qui, sur les continents conditionnent toute vie. Cette crise est à mettre en regard de ce que les Américains appellent la bombe ‘P’ (pour population). Pour faire face à la marée démographique (population multipliée par 3.5 pendant le court temps que j’ai passé sur cette planète), l’on a cherché d’une manière forcenée à multiplier, d’un facteur encore plus élevé le rendement à l’hectare.
Il fallait que les ingénieurs agronomes – qui vulgarisèrent le labour profond avec charrue retournant le sol – soient des citadins ignares pour ne pas réaliser le crime qu’ils commettaient. Il fallait, en leur époque, ne rien comprendre à ce qu’est la vie intense de la complexe ‘usine’ biochimique, stratifiée demi-décimètre par demi-décimètre et où chaque groupe vivant (vers, nématocyste, bactéries, en tout plus de dix millions d’espèces), chacune à son niveau et à son tour assurant le relais de la fertilité. Que diriez-vous d’une pelle géante vous mettant une fois l’an votre maison sur le toit ? Cela ne manqua pas de produire des catastrophes : dès 1880, les jours de bourrasque, une partie des sols des Middle-Est et Ouest américain s’envolèrent en poussière !
C’est sur ce gâchis initial, occulté depuis plus d’un siècle, que va prospérer l’agroalimentaire avec comme seul critère de rendement : le quintal/hectare. Critère qui n’a pas plus de pertinence que le PIB… où par exemple, les gains maffieux issus des trafics de drogue… avec les dégâts médicaux et psychiques à soigner ; comme les dépenses liées aux accidents de la circulation : ambulance, hôpital, rééducation, garage, morgue – … tout cela, gains illicites comme frais – comptabilisés en positif dans le bilan économique !

L’agriculture moderne, dite scientifique se garde bien de décompter les « intrants » énergétiques, rendus obligatoires du fait du dépérissement de la fertilité. Ces intrants se font sous la forme d’engrais issus : des mines (potasse et phosphate, perdus pour toujours puisqu’il vont filer au fond des océans)… ou de la synthèse industrielle comme l’azote ; ainsi que des pesticides, rebaptisés pour les rendre plus présentables : phytosanitaires… alors que le terme phytodélétère serait plus en rapport avec l’empoisonnement de la biosphère et donc de l’humanité qu’ils provoquent. D’autres intrants énergétiques sont liés à l’hyper mécanisation – dont le corollaire, nous venons de le voir, est le dépérissement de la vie dans l’humus ; à l’hyper irrigation, 70 % de l’eau douce consommée sur la planète ; à l’étuvage rapide (au pétrole) au lieu du séchage naturel… et encore plus à l’explosion des transports liés à la délocalisation de la production et de la consommation (le trajet moyen d’un pot de yaourt, goût bulgare, est de 3 200 km). Les transports liés à l’agroalimentaire représentent déjà 30 % du transport de fret routier !
L’on peut dire sans exagérer que ce n’est plus de la vie biologique, issue de l’humus et du miracle de la photosynthèse : don du soleil, que nous consommons… mais du pétrole diversifié. Le symbole de cette aberration étant les cultures hors-sol et sous-plastique qui recouvrent maintenant l’Andalousie entière, qui de fait, à coup de masses de clandestins, ont rétabli l’esclavage en Europe ; dont les besoins en irrigation sont tels que l’on envisage de détourner le Rhône, qui génèrent des transports européens insensés et de plus empoisonner nos assiettes… ce que nous savons si bien faire par nous-même (France, champion mondial des pesticides par tête) ; toute cette ruine pour le profit immédiat !
Il n’y a pas de manière plus fruste que de compter la valeur des aliments en calories, et pourtant nous allons le faire. Il y a un peu plus d’un siècle – et cela existe encore dans certaines régions non touchées par les différentes révolutions, dites Vertes ou autres des OGM : pour dix calorie dans l’assiette, sept étaient un don solaire et trois représentaient les intrants : le travail de l’homme, de son cheval, les outils, la charrette pour vendre au marché. De nos jours, en nos contrées, pour ces mêmes dix calories dans l’assiette, les intrants en représentent, tenez-vous bien, quatre-vingt-dix calories, et dont la majeure partie provient des énergies fossiles. Ce n’est plus de la vie saine (sans jeu de mot) qui nous nourrit, c’est du pétrole que nous absorbons, et comme les dérivés de l’or noir sont tous cancérigènes, c’est avant tout, du cancer que nous cultivons : un kilo et demi de toxiques par an, passe dans le corps de chacun de nous ! Cette explosion des cancers et des maladies cardiaques (selon l’ONU 2005 : 75 % des 59 millions de décès annuels sur la planète sont dues à la dégradation de l’environnement) est au même titre que les disettes localisée qui se multiplient et tendent à se transformer en famines… sont avant tout, avant même l’explosion démographique, la conséquence de nos erreurs comportementales… de nos erreurs à nous des pays, dits développés dans notre façon de nous alimenter, de nous déplacer, de chauffer nos maisons, et de courir après la mode et le dernier gadget. Le clash climatique et celui de notre civilisation hyper matérielle, seraient donc, pour simplifier, au bout des pistolets de stations-service !

La cinquième crise ne l’est peut-être pas moins (grave), c’est celle de la perte accélérée de la bio-diversité. Par résorption, voire disparition de leurs milieux naturels, chaque jour, nous précisons chaque jour, des espèces disparaissent à une cadence qui n’a pas de précédent historique. Pour faire bref, concentrons-nous sur les abeilles qui depuis une quinzaine d’années donnent des signes de dépérissement. L’on a d’abord accusé les Gaucho et Régent , fort utilisés en Beauce, Brie et dans le Perche, là où les abeilles avaient quasiment disparu. L’interdiction provisoire en France (les apiculteurs viennent de perdre leur procès en appel) de ces pesticides n’a pas suffi à leur redonner santé. Les abeilles ouvrières semblent souffrir de deux maux : elles ne savent plus s’orienter et leur « rayon d’action » s’est tellement réduit qu’elles n’arrivent plus à ramener suffisamment de pollen, si bien que les ruches dépérissent. Aux États-Unis, tous les apiculteurs louent aux agriculteurs le service de leurs ruchers pour la fécondation des plantes nourricières et des arbres fruitiers ; cela assure même les deux-tiers de leurs revenus. Ils passent donc une partie de l’année à transporter nuitamment leurs ruchers… avec, pour eux, le risque de s’installer dans une zone où les épandages de phytosanitaires n’ont pas été suffisamment lessivés par les pluies. Avec la perte de leur sens d’orientation, l’on en vient à mettre en cause les ondes des relais de la téléphonie mobile. Quoi qu’il en soit : les abeilles sont menacées de disparition ! Albert Einstein, qui n’avait pas l’habitude de parler pour ne rien dire, nous avait prévenu il y a déjà un demi-siècle : Si les abeilles disparaissent, l’humanité, tous les mammifères herbivores comme carnivores, tous les oiseaux et leur nourriture, les insectes…  disparaîtront en moins de quatre ans !
L’énorme puissance scientifique, technique, industrielle – qui fait notre fierté, qui nous fait croire au progrès automatique à perpétuité et dont nous mesurons ces jours la fragilité économique – ne nous met nullement à l’abri d’une catastrophe irréversible, qu’au fond de nous même, nous pressentons très, très vaguement, mais que nous refusons absolument d’envisager comme possible.
De là : La perte de foi en la vie, le délabrement moral d’une partie des jeunes générations ; et les taux de suicide direct ou par la drogue et l’alcool… qui, dans les pays se prétendant développés, s’accroissent à une allure sans précédent !
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Énumérons brièvement les treize raisons qui – selon Yves Paccalet, déjà nommé – menaceraient soit l’humanité, soit la biosphère en son entier. Les quatre premières ne sont pas liées à nos activités humaines et, sans prévenir, elles peuvent se manifester à chaque instant. Ce qui me fait dire que les Gaulois n’avaient pas tout à fait tort de craindre que le ciel leur tombe sur la tête. Il s’agit donc de la chute d’une météorite géante et qui vient percuter la planète à cent mille kilomètres par heure… comme c’est déjà arrivé à Chicxulub au Yucatan (déflagration équivalente à vingt millions d’Hiroshima). Cela à déterminé un changement d’époque avec la fin des dinosaures et de 90 % des espèces qui les accompagnaient.
Sur le bras dénommé Orion, de notre galaxie dénommée Le chemin de Saint-Jacques, le soleil avec son cortège de planète voyage sans cesse à la vitesse non négligeable de huit cent mille kilomètres par heure. Parfois cela l’amène à traverser des nuages de poussières interstellaires. Comme aveuglée dans une colonne de fumée, la terre en perd son soleil. La température dégringole et notre planète devient une magnifique boule de givre. Cela s’est déjà produit.
De même les éruptions volcaniques géantes, comme en Inde sur le plateau du Deccan. En plus d’un million d’années les volcans y ont épandu, tenez-vous bien : un million de milliards de mètres cube de basalte et laves et lors des explosions, projeté vers la stratosphère, peut-être l’équivalent en poids de cendres légères. Ces nuages acides interceptant pendant des siècles tout rayon solaire. Sur la dorsale atlantique, l’Islande est le prochain candidat. Il arriva près de cette terre, il n’y a guère, que du fond des eaux, un volcan s’épandant soudainement, créé une île-montagne… qui quelques mois plus tard s’effondra dans l’Océan ! Une activité aussi intense peut tout laisser présager.
Avec la montée du niveau de la mer de plus en plus sensible – à ce propos, les nouvelles provenant de l’Antarctique sont inquiétantes – un Tsunami de première grandeur – alors que les « marina » en bord de plage se suivent à se toucher – pourrait multiplier le nombre de victimes de 2004 par dix ou vingt. Et l’on continuera à parler d’imprévisible et de fatalité !
La bombe ‘P’ comme à l’île de Pâques. Les rats sont des animaux sociables et vous pouvez dans le calme, les mettre en nombre dans un parc grillagé de laboratoire avec tout ce qu’il leur faut pour vivre. La population s’accroît et vous augmentez les rations en conséquence. Mais, passé un certain seuil, le comportement social se dérègle et la férocité s’installe. C’est ce qui s’est passé en cette île au milieu du Pacifique, avec la circonstance aggravante, qu’ayant coupé tous les arbres en partie pour transporter et lever les statues géantes, ils durent renoncer à la pêche, n’en ayant plus pour creuser leurs pirogues. Des clans se firent la guerre, une guerre totale, une guerre de famine, une guerre cannibale.
L’holocauste nucléaire : L’impact de la météorite du Yucatan correspondait à l’explosion de 400 milliards de tonnes de TNT (l’explosif chimique le plus brisant, bravo Nobel). La puissance totale des arsenaux nucléaires n’en représente que le centième ; mais dans un cas, c’était des poussières de roche qui étaient projetées, dans le second, si une guerre nucléaire devait arriver, ce serait des particules radioactives au moins un million de fois plus dangereuses, et dont pour certaines, l’action persistera pendant des centaines de milliers d’années. Ce qui a fait dire au philosophe Günther Anders : que notre époque, même si elle persiste, est la dernière… puisque sa fin correspondra à une terre définitivement inhabitable… et donc qu’elle ne pourra passer dans une autre.
Ce scénario est-il impossible ? Le principe de dissuasion nucléaire, tel qu’il fut élaboré dans les années soixante, consiste à faire croire à l’adversaire, qu’en cas d’attaque grave (vitale), l’on est près à déclencher vers son territoire l’apocalypse… quelle que soit les conséquences de la riposte. L’intangible doctrine stratégique Carter, précise, en toutes lettres, que priver les États-Unis (dépendance de 70%) de ses approvisionnements énergétiques, c’est s’en prendre à ses besoins vitaux ; et que pour les maintenir, elle est prête à utiliser sans restriction les armes les plus puissantes dont elle dispose. Nul doute, que la Russie soit dans les mêmes dispositions. Quant à la Chine, elle multiplie ses centrales nucléaires électriques, afin d’avoir les tonnes de plutonium qualité militaire pour se mettre à niveau d’holocauste. Il est utile de savoir : que contrairement à ce que prétend la propagande française, toute centrale nucléaire, dite civile, sert d’abord à faire du plutonium, et que pour l’extraire chimiquement, il faut des appareils en inoxydable, que l’on pourrait presque confondre avec ceux d’une fromagerie industrielle !
Et ce n’est pas tout, il y a les armes chimiques, bactériologiques, les nouvelles pandémies que l’on nous prépare, les épizooties que l’on nous mitonne, telles ces bactéries ou parasites de la lutte biologique intégrée qui détruisent l’appareil digestif des insectes nuisibles… mais dont des variantes pourraient concerner les abeilles (pourraient ?), afin de rendre les paysans dépendants des semences stériles fabriquées industriellement. Le meilleur des mondes, Huxley et 1984, Orwell, ces anticipations de mondes ultra techniques et totalitaires semblent dépassées, comme reléguées au rang d’antiquités ?
Notre jardin la Terre défiguré : Quel est le premier agent d’érosion, de transformation du relief, de surgissement ou d’aplanissement des montagnes ? Les éléments atmosphériques, les crues des torrents et fleuves, les tempêtes, raz de marée qui rongent les rives, les plaques continentales qui se chevauchent et tressautent lors des séismes… vous n’y êtes pas, le premier agent est un gros rongeur à deux pattes. D’après les calcul des géologues, l’homme aurait en cinq mille ans, déplacé, excavé, rongé, un volume de roches représentant une grosse butte de cent kilomètres de longueur, quarante de largeur et quatre mille mètres de hauteur ! L’équivalent des Alpes qui, moins hautes en moyenne et heureusement moins massives, s’étendent sur une toute autre longueur. L’homme avec ses tours, autoroutes, barres d’HLM, aéroports, abattoirs, supermarchés… semblables sur les cinq continents est le fléau de la planète.
L’imbécillité technicienne (spécialisée) destructrice : Khrouchtchev, s’était donné quinze ans pour dépasser les États-Unis. Sur le plan de l’expansion agricole, l’arme agricole en était le maïs et le coton ; tout devait leur être subordonné. On détourna les Syr Daria et Amou Daria pour l’irrigation ; la mer d’Aral en a fait les frais. Adieu rêve d’Orient, rives fleuries et ombragées des peupliers de Sibérie à la peau argentée. Adieu esturgeons qui s’ébattaient à l’aube… il ne reste plus qu’un énorme anthrax pestilentiel au milieu d’un désert poubelle. Quant aux champs : maïs, coton, l’excès d’irrigation et de pesticides en a fait d’arides et toxiques plaques de sels!

En avons-nous dit assez ? Yves Paccalet nous décrit les cinq dernières plaies dont je me borne à lister les titres : Le sida des dauphins. L’effondrement de la biodiversité. Les nouvelles épidémies. Les moissons d’OGM. Les trous dans la couche d’ozones, bonjour les cancers. Enfin, les climats en folie.
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Ce dernier point va nous permettre d’en venir au local. Si la Bretagne va peut-être bientôt grelotter, le Gulf Stream se mettant aux abonnés absents ; le tour de la Méditerranée est promis à la désertification et ses forêts partent en fumée. Nous autres gens des vallées, que pouvons-nous faire pour stopper cette gangrène (pour ne pas parler de progression).
Que pouvons-nous faire pour « ré-harmoniser » notre économie… avec des journées neige qui vont aller décroissant ; une pratique alpine qui maintenant tient du folklore ; des itinéraires de randonnée trop souvent à l’abandon ; des petits réseaux d’irrigation oubliés, envahis par les pierres folles et les ronces et qui n’alimentent plus les potagers. Toute cette « aridification » rampante prépare des catastrophes. Le mitage irréversible des terres de pâture d’hiver a chassé l’élevage. Que faire, dans ce qui reste de « lambeaux » libres pour redonner à ces vallées un minimum d’autonomie alimentaire ? Que faire pour réduire les énormes charges liées aux trop longs trajets en voiture individuelle ? A ceux qui ne pouvant se loger sur le littoral, sont astreints à ces trajets pendulaires qui leur mangent presque un quart de leur salaire.
Toutes ces questions risquent de rester dans le vide, si d’abord nous ne prenons pas conscience, clairement conscience, de l’impasse dans laquelle par étourderie, inconscience, veulerie, ou en choisissant des bergers aveugles… nous nous sommes fourvoyés… et plus grave encore, nous engageons nos enfants.
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Nous devons prendre conscience que l’indispensable réforme ne viendra jamais, d’abord d’en haut. Elle ne peut venir que de nous, de chacun de nous et sans attendre que le voisin fasse le premier pas. Les délais qui nous restent à ce jour pour tenter de sortir de la nasse sont devenus, de par notre faute, extrêmement courts.
Voici un exemple de notre possibilité d’action dans un secteur dont on parle peu et qui s’avère pourtant primordial pour notre conservation en tant qu’espèce et pour celle de la biosphère qui nous supporte de plus en plus mal. C’est le problème de la surconsommation de produits (protides et lipides) d’origine animale. Nous n’élisons un président ou un parlement que tous les cinq ans… Avec ce que nous mettons ou ne mettons pas dans notre assiette… nous votons trois fois par jour. Nous votons, pour être plus précis, pour que la famine s’étende sur la planète entière, avec son cortège de désordre, d’émeutes, d’immigration massive, voire de guerres de la faim, de l’eau, de l’énergie… et encore plus, de pandémies – qui l’avion aidant, se propageront comme traînée de poudre – ou nous votons pour un monde vivable… plus juste et calme et pour que notre ultime époque, dont j’ai dit un mot, puisse se perpétrer dans l’harmonie et dans la justice.
Voter avec son assiette ? La partie fertile (terres arables, prairies et pâturages, forêts) qui va s’amenuisant par désertification et bétonnage ne représentait plus en 2005 que 65.8 % des continents hors glaces De cet espace – les terres cultivées : 1 541 millions d’hectares n’en font que 11.5 %. Sur le total des productions agricoles, un tiers du tonnage est réservé à l’alimentation animale et près de 6 % aux textiles (coques et fibres) et aux agrocarburants ; si bien, qu’il n’en reste que 61 % pour l’alimentation humaine végétale (céréales, légumineuses, légumes, fruits…).
Les pacages, quant à eux, 3 433 millions d’hectares représentaient en 2005, 69 % de l’espace nourricier. Au total (terres de labour et de pâtures), 78 % de cet espace nourricier sont réservés à l’engraissement des animaux… alors que huit cent millions d’humains sont en disette chronique !

La croissance démographique (+1.3 % /l’an) nécessite des espaces accrus au détriment des cultures vivrières dont chaque année la place se réduit : du fait de l’épuisement des sols (1.3 % l’an), de la désertification (0.39 %), de la salinisation (0.1 %) et du déclassement des terres arables (résidentiel, tertiaire, industrie, réseaux 0.11 %), ce dernier phénomène est amplifié par le mécanisme de la rente foncière : le changement d’affectation se faisant immanquablement vers la valeur de sol la plus élevée.

Et de plus nous devons évoquer, non plus « la fonte progressives des glaces mais une débâcle des calottes glaciaires entraînant une hausse rapide et beaucoup plus importante des eaux. Un seul mètre de hausse mettrait en danger pas loin de cent millions de personnes dont dix d’Egyptiens, trente de Bangladais, le quart des habitants du Vietnam »… Nous sommes incapables de vous donner les chiffres de terres perdues, car il n’existe pas d’évaluation géographique globale des surfaces fertiles par mètre de montée des eaux.

A cette perte de 1.9 % / l’an évoquée plus haut ; il faut pour évaluer l’involution de l’espace de culture par habitant ; y adjoindre l’impact annuel de la démographie : de 1.1 à 1.3 % / l’an. Ce total de 3 à 3.2 % laisse prévoir une division par deux de l’espace des cultures vivrières : (de 0.146 à 0.073 hectare/habitant) d’ici 2030-2031 et de ce fait, peut-être avant cette date : l’épuisement irréversible de la terre par surexploitation, de notre mère nourricière : l’humus.

Le seul moyen personnel et immédiatement efficace, de tenter de prévenir cette catastrophe est, non pas de supprimer, mais seulement de réduire une certaine surconsommation de produits animaux, telle que présentée ici dans ce tableau.
Il est manifeste que le gros des 33 % du tonnage des récoltes réservées aux animaux d’élevage relève principalement de la colonne de gauche des nantis. Cela signifie, que la réforme diététique qui doit être engagée sans tarder, doit l’être en priorité dans le groupe des nations favorisées. Le code la constituant devrait être inculqué – à l’aide d’un matériel pédagogique adapté – dès l’âge le plus tendre. Un âge, disons huit ans voire plus tôt, où l’on est encore sensible au caractère sacré de toute vie, à la souffrance imposée aux animaux « domestiqués » tout au long de leur triste parcours « d’élevés » industriellement et se terminant dans l’horreur de l’abattage en série.

C’est dire que la diététique – qui dans les circonstances présentes et du proche futur va devenir l’art primordial de survivre – doit être enseignée sans tarder aux différents corps professoraux. Et que cet enseignement devra être totalement dégagé des idéologies consuméristes qui servent si bien les intérêts des nombreux lobbies déjà évoqués.

Cela est d’autant plus urgent que ce groupe, des classes populaires dans les pays riches, est menacé par une catastrophe sanitaire… dont l’obésité galopante serait la prémisse ! Laissons la parole à l’ingénieur agronome Claude Aubert, pionnier de l’agriculture biologique:

L’Ecologiste N° 23 septembre 2007, L’élevage une menace pour l’environnement.

« Curieusement, la croyance que la viande rend fort, qu’elle est indispensable à notre santé reste profondément ancrée, alors qu’on sait aujourd’hui qu’une consommation importante de produits animaux, et en particulier de viande rouge, a de nombreux impacts négatifs sur notre santé. Elle favorise notamment le cancer du côlon, les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’hypertension. A l’inverse, les principales sources de protéines végétales – céréales et légumineuses – jouent un rôle protecteur vis-à-vis de ces maladies.
Aux risques de maladies non transmissibles liés à la surconsommation de produits animaux viennent s’ajouter les problèmes de contaminations microbiennes, sans oublier les pathologies imprévisibles comme la maladie de la vache folle. »

L’institut de veille sanitaire (INVS) a rendu publiques, mardi 21 octobre 2003, plusieurs études épidémiologiques afin de donner la photographie la plus précise possible du cancer en France et dans les autres pays européens. Ce document fait apparaître, en ce qui concerne la France, une augmentation de 63 % du nombre de nouveaux cancers en vingt ans, (…) L’une des études met en relief le mauvais classement de la France au sein des pays européens : chez les hommes, la mortalité est y la plus élevée du continent…
Le Monde, p.10, 22/10/2003

Enfin, selon un rapport de l’OMS (2005). « Les maladies liées à l’environnement et aux modes de vie et d’alimentation sont responsables de 75 % des 49 millions de décès recensés chaque année sur Terre…
Sans réelle prise de conscience, sans ‘désir et vouloir’ personnel de réforme, sans volonté de transmettre l’information… surtout par l’exemple ; il risque de ne plus y avoir de futur !

Ce phénomène global du changement climatique ne va pas se traduire par un réchauffement uniforme : si par exemple, la Bretagne va peut-être bientôt grelotter, le Gulf Stream se mettant aux abonnés absents. Le tour de la Méditerranée, par contre, est promis à une désertification généralisée et déjà bien visible. Dans notre région, nous savons tous que nos forêts partent en fumée. Ainsi de celles de l’Estérel dès 1961… ouvrant un chemin libre au mistral dont l’effet d’aridification est maintenant ressenti jusqu’à Antibes. De proche en proche, les collines de l’arrière-pays ont perdu leur parure forestière, et plus grave encore le gros de la couche d’humus. Le pouvoir de rétention des eaux fluviales s’en trouve affaibli et les eaux de ruissellement entraîne les ‘terres mortes’. Ne reste que de maigres garrigues, proies faciles pour les incendies de plus en plus fréquents.
Dans la seconde moitié du 19e siècle un phénomène analogue mais localisé s’était déjà produit dans le haut pays Niçois. Problème en partie lié à l’introduction de la pomme de terre dans les vallées. La meilleure productivité de cette plante s’était traduite par une forte croissance démographique… et les surfaces affectées aux nouvelles cultures et au développement de l’élevage, avaient été gagnées, en bonne partie sur les forêts. Les pentes exposées ayant perdu leur pouvoir de rétention des eaux, l’érosion par endroit devint menaçante – en témoignent les roubines, comme autant de balafres sur certains versants. Dans les fonds de vallée des villages et des hameaux furent menacés. Tout le monde ici a gardé le souvenir de la catastrophe de Roquebillière et des menaces qui persistent en aval de Saint-Etienne de Tinée.
De nos jours, les vallées de l’arrière pays sont menacées à leur tour… et pas seulement par l’incendie. L’ozone – provenant de la décomposition des oxydes d’azote liés à l’intense trafic routier (principalement côtier) – attaque les feuillages dans la zone des 800 à 1200 mètres d’altitude et, vous avez dû le constater, les conifères en sont les premières victimes. Nous autres gens des vallées, que pouvons-nous faire pour ralentir cette gangrène de l’aridification, voire reconquérir une certaine fertilité des sols cultivables et forestiers. Car, d’ici peu, la valeur la plus sûre résidera en un certain degré d’autonomie… alimentaire particulièrement. Cela devrait impliquer une action forte en faveur de la conservation et de la régénération des sols fertiles et donc une mise en veilleuse de la promotion immobilière. Les activités du bâtiment devant se réorienter vers la réhabilitation thermique de l’existant.
Que pouvons-nous faire pour « ré-harmoniser » notre économie… avec des journées neige qui vont aller décroissant ; une pratique alpine qui maintenant tient du folklore ; des itinéraires de randonnée trop souvent à l’abandon ; des petits réseaux d’irrigation oubliés, envahis par les pierres folles et les ronces et qui n’alimentent plus les potagers individuels. Toute cette aridification rampante prépare des catastrophes. Le mitage irréversible des terres de pâture hivernales a réduit l’élevage à presque rien. De ce fait, les prés d’altitude ne sont plus pâturés ou fauchés. Les épais matelas d’herbes mortes couchées sont devenus de parfaites glissières pour les avalanches dévastatrices, emportant même les forêts au passage. Les villages sont en partie devenus des villages dortoirs. Que faire pour réduire les charges liées au transport en voiture individuelle ? Pour ceux qui sont astreints à ces trajets , pendulaires journaliers, ces charges peuvent manger le quart du salaire.
Toute la région doit repenser un système de transport moins polluant, donc collectif : Réseau côtier électrique plus cadencé. Dans le transversal, tramway et doublement-électrification de la voie ferrée Nice-Digne jusqu’à Annot. Le niveau de la voie devant être relevé dès Nice à la cote 16 mètres. Depuis l’entrée des vallées, dessertes bus, cadencées en fonction des besoins locaux journaliers et des pointes touristiques.
Ces questions risquent de rester dans le vide, si d’abord nous ne prenons pas conscience, de l’impasse dans laquelle par étourderie, aveuglement volontaire ou non… nous nous sommes fourvoyés… et plus grave encore, fourvoyons nos enfants.
Va s’ajouter à moyen terme et comme déjà évoqué ; l’insoluble problème de la montée du niveau des mers. Cela va affecter tout le littoral et la partie basse des plaines côtières. Le premier signe en a été l’accélération inattendue de la montée du niveau marin. Pour la période 1990-2006, la prévision était de 2 mm/an ; la réalité est de 3.3mm soit + 60 % par rapport à la projection du GIEC. L’écart pourrait découler de la difficile modélisation du comportement des glaciers. Cette montée tient d’abord à la dilatation des eaux océaniques qui se réchauffent. Ensuite, en zones subpolaire et même polaire la vitesse de translation des glaciers s’accroît ainsi que le débit des torrents ou fleuves émissaires. En témoigne les fiords et baies glaciaires du Groenland encombrés d’iceberg géants dont pour certains la hauteur aérienne frise les 500m ; alors qu’il y a un demi siècle un iceberg de 40m était perçu comme un mastodonte.
Mais il y a infiniment plus grave. Les eaux de l’Atlantique qui ‘lèchent’ le continent antarctique se réchauffent plus vite que nulle part ailleurs (+ 3.6°), ce qui fait que l’ouest de la calotte glaciaire du continent antarctique – et qui repose sur une pente régulière s’enfonçant progressivement dans l’océan – risque de perdre son encrage sous-marin… et l’on pourrait assister à une vraie débâcle.
Ce différentiel de 60 % suffit déjà à amener le curseur de hausse prévue : entre 0.4-1.4 mètres dans plusieurs siècles à 0.6-2.2 mètres, et dans des délais bien plus courts – chiffres d’ailleurs probablement sous-estimés, la désintégration des calottes, Groenland comme polaire, n’étant pas linéaire. La fonte des parties les plus menacées : Groenland au nord, au sud, péninsule ouest et mer de Weddell ; se traduirait par seize mètres de montée des eaux océaniques !
Source GIEC, Poznan, 1er au 12 décembre 2008 et Monde diplomatique, décembre 2008
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Les propositions qui vont maintenant être évoquées et discutées demandent toutes des moyens importants. Or nos petites communes sont pauvres, pauvres parce que très petites. Récemment, lors d’un périple en Scandinavie, j’ai découvert qu’en Suède, le nombre des communes n’atteignait pas 300 et que plus de 40 % de la totalité des recettes fiscales leur étaient attribuées. L’unité d’intervention dans le haut pays niçois est à l’évidence le bassin versant des quatre principales vallées : Var, Tinée, Vésubie et Roya. La première exigeant une coopération interdépartementale, la dernière franco-italienne. Il reste, sans attendre de souhaitables mais hypothétiques regroupements, à trouver les structures syndicales ou associatives qui faciliteront la collecte des fonds et le travail en commun.

Objectif n° 1 : Préservation des forêts et régénération de leurs sols.
L’Australie est d’abord un désert. Au sud-est, endroit le plus frais, on y fait même du ski, se trouvent d’immenses forêts, d’eucalyptus principalement… se trouvaient car elles sont parties en fumée. Les Australiens, les meilleurs ‘supporter’ du président Bush, niaient le changement climatique et pour eux : « Leur façons de vivre et niveau de vie n’étaient pas négociables ». Or tout au Sud et plus qu’ailleurs, l’océan se réchauffe et les pluies se font rares. L’eau est rationnée à Melbourne et Sidney, les puits sont vides, les nappes phréatiques au plus bas. L’Australie a simplement dix ans d’avance sur PACA.
La mise hors feu de nos forêts… tout le monde le souhaite (sauf les incendiaires !) Mais pour cela – conjointement aux mesures de prévention comme le débroussaillage tous les trois ans et sur cinquante mètres de part et d’autre des routes – il faut régénérer les sols forestiers… avec précisément les composts et broyas tirés du débroussaillage et de tous les déchets végétaux de la vie journalière. Il faut également choisir les espèces d’arbres dont ‘l’évapo-transpiration’ diurne la plus intense peut aider à rétablir localement un régime de pluies plus réguliers. Nous avons eu, dans le Var ; œuvrant avec efficacité et démontrant toutes sortes de procédés (comme les cultures de fruits et légumes sans irrigation sur terrain calcaire) ; dans les années 60/70, un certain Jean Pain disparu précocement… et qui dans le monde entier est considéré comme le pape des composts et de la régénération des sols forestiers. La méthode existe, expérimentée avec succès, la documentation est accessible. A nous de savoir ce que nous voulons pour notre région… Le désert d’une Australie bis ou pas ?

Objectif n°2 : Réintroduire l’élevage dans les montagnettes des Préalpes, en vallée et en altitude. Moyen de lutte contre l’incendie.
Cet élevage semble être le moyen efficace, voire économique de lutter en basse et moyenne altitude contre l’embroussaillement des pentes, et plus haut, dans la prairie alpine, de faire régresser les ‘matelas’ d’herbes mortes couchées, et partant les avalanches. Le quadrilatère Sospel, Saorge, Puget-Théniers (voir Annot)-Cagnes offre des dizaines de milliers d’hectares à la pâture du mouton Préalpe. L’été, avec une courte transhumance, une partie de ces troupeaux pourrait être affectée à l’entretien des prairies d’altitude, là où la pente forte l’interdit à la pâture des bovins. A ces derniers, génisses et jeunes bœufs, seraient réservées en été une partie des prairies d’altitude à faible pente. La dernière partie, la plus accessible étant fauchée mécaniquement puis stockée dans les fenils des vallées. En complément de fourrage, les lambeaux de prairie qui subsistent en dépit du ‘mitage’ généralisé devraient sans tarder être impérativement réservés à la nourriture des bestiaux.
La commercialisation de la viande : Le label « Haut pays niçois » avec qualité biologique garantie, peu de transports, un abattoir de taille modeste spécialement affecté à cet usage et situé à proximité du coude du Var. Enfin un circuit court de distribution devrait assurer, aux éleveurs, tout au long de la chaîne commerciale, une rétribution correcte ; et pour le « Haut pays » une nouvelle notoriété… sans parler des conséquences bénéfiques sur la santé des consommateurs.
Complément de ressources des éleveurs. En plus des pâturages de vallée, là où les anciens réseaux d’irrigation seraient réhabilités, l’on devrait promouvoir une horticulture à haute valeur ajoutée : légumes et petits fruits adaptés aux microclimats locaux. Ces productions de qualité biologique, bien entendu, profiteraient du même circuit court de distribution de la viande… et de volailles également. Les terres affectées à cet usage seraient enrichies par les litières provenant de la stabulation hivernale.

Objectif n° 3 : Réhabiliter, on devrait même dire, remettre à la mode, les jardins potagers municipaux à usage privatif et réservés aux résidents. En principe, les lopins facilement irrigables par gravité devraient être répertoriés et avec intervention des mairies, concédés par bail aux demandeurs. Psychologiquement, c’est là le premier pas pour sortir de la ‘monoculture’ de l’exploitation touristique et pour reconquérir un peu d’autonomie. Cela mériterait d’être développé plus longuement.

Objectif n° 4 : Réorienter les activités du bâtiment vers la réhabilitation thermique des logements ; en priorité, de ceux occupés en permanence. Au niveau de chaque vallée, à moins que cela se fasse en coopération avec l’université, il serait souhaitable d’organiser de courtes cessions de présentation du matériel existant et de produire des fiches ou notices de mise en œuvre, et de bonne exécution des travaux. Dans chaque mairie, cela pourrait être mis à la disposition des entrepreneurs. Enfin, les mairies pourraient participer à l’exécution d’un cahier des charges type qui faciliteraient les demandes de crédit des particuliers auprès des banques locales. Par réhabilitation thermique, nous entendons également toute utilisation de captage d’énergie renouvelable.

Objectif n° 5 : Développer dès l’enfance et avec participation de ‘l’école’ une culture active écologique. Se servir d’un incinérateur dans chaque vallée, sans distinguer : A – ce qui balance de la dioxine (les sacs plastiques particulièrement). B – ce qui est facilement recyclable (carton, papier, verre). C – ce qui est vivant (épluchures, déchets de légumes et fruits) et qui devrait retourner à la vie… est tout à fait condamnable ! A propos du point C, nous pouvons proposer un scénario : chaque classe d’école primaire dispose à proximité d’un lopin potager. Les élèves participent à la culture avec le maître, maîtresse. Un accord est trouvé sur ce qui doit être planté. Chaque lopin à ses deux treillis circulaires à compost. Il est remis à chaque élève un petit seau portant la mention : compost, école… classe… L’enfant le ramène à la maison et doit veiller à ce que rien de ce qui est vivant ne parte à la poubelle. Une à deux fois la semaine le seau est soigneusement déversé sur le compost. Les enfants (d’abord sous surveillance) veillent eux-mêmes à le retourner, l’aérer et maintenir le bon taux d’humidité… et quand le temps est venu : de l’incorporer à la terre. La veille du jour de fête de l’école (ou tout autre jour) légumes et petits fruits servent à confectionner des tartes ou autres plats, et les parents sont invités à goûter les productions biologiques de leurs enfants. Ajoutons que cela se pratique à l’école Freinet de Vence depuis trente ans et que le professeur principal m’avait permis d’être l’instigateur de cette pratique.
De petits gestes ou pratiques pour le sauvetage de notre écosphère font plus que les discours grandioses (La maison brûle) jamais suivis de réalisation. Quant aux enfants sagement assis sur les bancs d’école, ils me font penser à ces oies en batterie du Périgord, et que l’on gave.
L’apprentissage de la vie sociale ne se fait réellement 1 – qu’en famille, si les parents ne démissionnent pas… 2 – en équipe, 3 – et, au-delà des ‘humanités’ si nécessaires, en imitant le geste de celui qui connaît le métier… et qui le transmet avec le moins de paroles possible. Si les bureaucrates qui la contrôle, ouvraient l’école à tous les gens de métier (des métiers qui méritent ce nom et non pas des occupations), le monde pourrait changer très rapidement ; c’est à dire redevenir vivable.
Quant aux inévitables transformations des métiers de la montagne et au métier de guide en particulier, notre syndicat est en train de faire tardivement sa révolution écologique… et nous pourrons dans quelques temps en reparler utilement… si vous me tolérez encore.

Merci de votre accueil et de votre coopération.

Guy Demenge

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Déjà paru en 2009 pour independenWHO :

Ce bon-homme semble aussi sortir d’un livre; rien qu’en l’écoutant parler sans discontinuer. Ce petit homme souriant aux yeux couleur d’un fond de sérac pourrait sortir en effet directement de nos livres de chevet: « les conquérants de l’inutile » de Lionel Terray dont il a été le compagnon de cordée (c’est lui Melchior le guide) et « L’amateur d’abîmes » de Samivel dont il est lié non seulement par sa même passion dont il a fait son métier mais aussi par sa naissance, (Samivel est le cousin germain de sa mère).

Guy Demenge dit Melchior a lui aussi plus de 80 ans, et rien que 60ans d’alpinisme dans ces crampons; guide de haute montagne (Chamonix-Nice, CAF Lyon etc), il a fait des expéditions en Himalaya (3), dans les Andes, au Groenland etc.

C’est avec Terray qu’il a fait plusieurs expéditions dans les Andes, il a été aussi compagnon de Rébuffat, Lachenal, Frison Roche, Bonatti, Cassen, etc… et a connu d’autres pionniers avant qu’ils donnent leur nom à du matériel ou des voies; Frendo, etc…

Ainsi il existe un « éperon Demenge » par exemple sur

http://alpessudnet.free.fr/cougourd2.html mais il en a fait d’autres, pas toutes répertoriées, et pas une de droite…il n’aime pas cela, il préfère les courbes.

Lorsqu’il parle, on a envie de l’enregistrer car cela se déroule comme un film sans fin mais aussi parce ce que l’on manque de connaissance pour tout saisir… Quand je lui demande d’écrire ces histoires, il croit que son histoire est banale de nos jours, le modeste personnage ne se rend pas bien compte qu’il est un témoin de l’Histoire et pas seulement de l’épopée de l’alpinisme moderne pour beaucoup de générations; on a besoin de ces témoignages.

Il écrit depuis peu pourtant, pas sur sa vie mais sur l’homme: son histoire, sa culture, son environnement et ses déviances historiques toujours d’actualité.

Il a une écriture unique comme son parler, on se perd dans ces chronologies, il jongle avec l’espace et le temps et il le fait exprès; il est libre comme en montagne où il faisait des premières sans le dire. L’ordre et la vanité ne l’intéressent pas. Sans comprendre tout, on le suit volontiers, intarissable, le chemin est agréable et il assure puisqu’il est guide… altruiste.

Il souffre d’une dégénérescence de la macula, et attend une prochaine opération de la cataracte. Il était en excursion dans les montagnes quelque part au delà de la Turquie, il pleuvait la-bas les jours qui ont suivi le 26 avril 1986.

Durant sa longue période dans les alpes du sud, il a collaboré (conférences, éditions) avec Jean Pain sur ce qu’on appelle maintenant le BRF (bois raméal fragmenté (Jean Pain était le précurseur et n’as pas été reconnu comme tel au départ…) Sur les hauteurs de Nice, il faisait pousser des tomates sur des broyas végétaux et a mis au point des broyeurs adaptés (voir son neveu Mr Bonvallet http://www.jean-pain.com/). Car la zone méditerranéenne est promise à la désertification si les « locaux » ne prennent pas en main leur destin (voir notes sur conférence à Vésubie)

NB: (Jean Pain, Claude Aubert aussi est cité, tout cela avec Rabhi, Réseau semences Paysannes, Solagro, PROMMATA, Soltner, Steiner, Maria Thun etc… on a vu ça dans les 4 saisons…)

Amateur d’art, il a été décorateur, architecte. Il collabore à des revues d’art et d’archéologie. Adorant la Turquie, l’histoire des Kilims entre autres le passionne, ces tapis orientaux anciens dont certains en lambeaux ornent son appartement où il s’assoit, dort et mange à l’orientale.

A la question adressée à un vieux montagnard sur le meilleur moyen de lutter contre cette bêtise humaine, il répond qu’il n’y a que le message de deux bonshommes à retenir, c’est celui d’un certain Dalaï Lama et l’autre se prénomme Thomas; il y est question entre autres d’arbres 1er,2, 3, 4 voire de cinquième arbre…(voir les écritures…)

Ensuite, il a cité un autre personnage qui s’appelait Héraclite qui aurait dit quelque chose du genre: « entreprendre l’impossible » puis il a fouillé dans ses notes pour ressortir la phrase exacte: « Si tu ne cherches pas l’inespéré, tu ne trouveras pas » mais cela veut dire la même chose, non ?

Une autre réponse est dans sa conférence « en Vésubie »:agir localement donc « humainement ».

Il recherche toujours des éditeurs pour ses ouvrages très instructifs:

- Quid de l’énergie, Voyage au royaume de l’intox

- le baril serait-il devenu le maitre du monde ?

- L’idéologie chrétienne à origine de la technique moderne

- Esquisse d’une explication du Fordisme

- Kilims, Origine Présumée des Tapisseries d’Anatolie en Fibres Animales

(Ajout : En 2018 Jonathan son deuxième fils a publié les écrits de Guy Demenge sur:
http://guydemenge.blogspot.com/ )

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&& 11 avril 2014

Le guide de haute montagne Guy Demenge dit « Melchior » a déroché de l’humanité.

Le conte africain dit que lorsqu’un ancien meurt c’est une bibliothèque qui brûle, celui-ci était un guide qui avait aussi parcouru le Kilimandjaro, alors le conte africain devrait préciser que non seulement c’est une bibliothèque qui brûle mais c’est aussi un pan entier de montagne qui s’effondre.

Il était guide de haute montagne à Chamonix puis à Nice et St Martin Vésubie, né en 1929, il avait été compagnon de cordée de Lionel Terray et bien connu quelques autres comme Rébuffat, Lachenal, Frison Roche, Bonatti…

Il faisait aussi des conférences avec Jean Pain qui développait déjà les utilisations de broyats végétaux pour améliorer les terres arides avec le réchauffement climatique qui prend de l’ampleur.

Il était membre de Contratom Genève.http://www.contratom.ch/spip/

C’était lui qui m’avait donné la corde de Fritz Wiessner

http://crasputas.canalblog.com/archives/2012/11/30/25705753.html

A Creys Malville avec ses collègues (LeBreton, Bernard, Fournier etc ils faisaient des petites démonstrations aux paysans des alentours en « jetant des morceaux de sodium dans l’eau » pour montrer l’effet dévastateur que le surgénérateur pouvait engendrer…

Il faisait parti des vétérans des vigies devant l’OMS. www.independentwho.org

Nous y sommes toujours depuis le 26 Avril 2007 à cette chaîne humaine.

Comme Samivel a œuvré pour le parc de la Vanoise, lui a œuvré pour le parc du Mercantour et pour limiter la casse sur le mont Blanc (projet de téléphériques et autres pestilences immobilières) (etc)

Érudit, ce cousin de Samivel et de la femme de Tom Morel, m’avait passé quelques bouquins; je me souviens des deux premiers « la menace nucléaire » de Gunther Anders et « Comment ne pas penser » de Bernard Charbonneau, puis « Ecologica » « L’adieu au prolétariat » d’André Gorz etc
Son père s’appelait André, cette période a bien sûr marqué sa vie, il a continué la résistance de son père à sa façon.

Il laisse un grand vide, mais ce petit homme a fait parti de ceux qui nous ont ouvert la voie…

Il incarnait avec d’autres que l’on croise sur ces chemins cette volonté de non puissance décrite par Ellul. J’ai pu voir ainsi un Albert Jacquard ou d’autres moins connus comme Jean-Baptiste Libouban, Paul Roullaud. On en croise toujours dans sa vie de ces personnes rares paraissant fragiles mais qui durent le plus longtemps car ils ont l’art ou la science ou cette sagesse inscrite en eux. Un bon montagnard est un vieux montagnard.

C’était lui  l’écologiste  candidat aux législatives à Nice en 1978, Samivel lui avait fait son affiche.

ecotopie

Le dernier adieu lui a été rendu ce jeudi 10 Avril 2014 au crématorium de Bonneville en Haute Savoie juste au bord de l’Arve impétueuse. Ses cendres remonteront le courant et s’éparpilleront là-haut avec les « amateurs d’abîmes », ceux de « Hommes, cimes et dieux » et autres « fous d’Edenberg », « conquérants de l’inutile ».

Le dernier bouquin qu’il m’avait prêté a été rendu à ses enfants, il y a une dédicace dessus; c’était lui, « l’œil émerveillé ».

Cette prise de conscience par la beauté naturelle décrite par Samivel, il l’avait développée toute sa vie.

Adieu compagnon

La lutte continue.

Quincy 11 Avril 2014

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 p9 «  on n’oublie jamais ce genre de découverte. Elles en suscitent d’autres, développent certaines capacités d’attention, confèrent à l’imagination une tournure heureuse, indiscutablement, puisqu’elle rend heureux. Un sorte de grâce tombée du ciel, le don des curiosités et des émerveillements . C’est l’apanage  naturel de l’enfance, l’héritage de quelques rares adultes, et le secret le plus profond des existences bien remplies.
Il faut remarquer  le caractère  libre et gratuit de ces expériences initiales. Plus tard et dans la majorité des cas, divers préjugés viennent perturber le contact, ou bien la notion d’intérêt intervient […] L’esprit sélectionne les informations et n’en retient que les rentables.
Un chêne digne du Poussin, ou de Chateaubriand devient un arbre en boule pour un pauvre diable de militaire, ou X tonnes de bonnes planches au sentiment d’un patron de scierie. Il s’agit d’une cécité mentale acquise et elle entraîne la disparition de nombreuses sources de joie.
Le privilège associé aux premières années réside dans une vision pure et cristalline, antérieure à tout jugement conditionné, où chaque objet est traité avec un respect instinctif, apprécié pour lui même, et indépendamment de  toute hiérarchie utilitaire,[…]

p12-13  Les manuels de savoir-vivre de la « belle époque » assuraient avec ensemble que la curiosité est un vilain défaut. C’est aussi une qualité rare, tout dépend évidemment de l’objet et des intentions. Au seul sens qui importe ici, elle exige au départ une attitude à l’opposé de l’égocentrisme .
Ou bien, sous la pression d’un milieu, d’un métier, l’individu se résigne peu à peu à évoluer en circuit fermé, tournant en rond dans les mêmes décors, piétinant ses propres traces, confronté à des situations analogues, et ruminant les mêmes cogitations…. L’expérience prouve hélas que cette manière d’être , ou ne pas être, reste à la fois la plus inconsciente et la plus répandue. Elle  évoque péniblement l’image  d’une coquille  durcie, pétrifiée, dont nulle spirale n’amorce l’évasion.
Ou il parvient à éviter cet encerclement  et demeure ouvert à tout ce qui est autre, situation plus aventureuse car elle comporte inévitablement des chocs et des erreurs, mais aussi seule favorable aux accomplissements personnels . La curiosité ajoute encore à cet état de vacance et d’attente […] C’est un mouvement vers les choses qui exige en premier lieu une distribution claire de  ses propres limites.. A partir de cet inventaire naissent des vides qu’il faut remplir, des énigmes qu’il faut résoudre, d’où cet élan interrogatif qui ne peut surgir qu’à un certain niveau de conscience. La médiocrité n’est pas curieuse. Elle fait toujours preuve de narcissisme, projette son ombre sur le vaste monde, et s’en trouve comblée.
L’émerveillement est un second cadeau des fées qui s’ajoute souvent au premier quand  l’objet en vaut la peine et que les circonstances sont propices. On pourrait le définir comme une sorte de stupeur admirative immédiatement  suivie  d’un heureuse envolée, car toute merveille invite peu ou  prou à entrer dans la danse , à participer à la fête. Une attitude initiale de modestie est une chance à mettre de son côté. Elle est naturelle à l’enfant qui pénètre  dans un espace où tout est encore à inventorier, à acquérir.  Il regarde, il écoute, il interroge, il enregistre. Mais l’homme  fait est bien loin d’une telle simplicité.  Il lui faut la redécouvrir  au-delà des brumes de toutes sortes  d’illusions  concernant sa propre importance en tant que poussière de poussière  dans un univers de milliards d’astres  et d’années. L’effort implique une perception déjà raffinée , des  mises au point parfois déchirantes, une philosophie de granit, en outre un mépris total des snobismes, test éloquent, comme on sait, d’intelligence. Car pour se déclencher, produire son plein effet, l’émerveillement doit en quelque sorte fulgurer sur un sol vierge, dans un mental nettoyé de toute accoutumance, en état provisoire de candeur et de naïveté . Voici le mot lâché et c’est pour faire naître  quelque part l’admirable sourire de supériorité intellectuelle dont nous connaissons vous et moi le dessin et qui, parant justement le visage d’un sot au moment précis où il en administre la  preuve, demeure l’un des spectacles réjouissants de l’existence.
Cette perte de mémoire systématique, cette remise au point mort de facultés d’enthousiasme, désormais en état de disponibilité totale, ressemble fort à une entreprise désespérée chez un homme  marqué et enseigné par toutes sortes d’expériences. Et pourtant il arrive plus d’une fois que l’ardoise se trouve effacée , et que le miracle se produise. Mais on peut douter que  la volonté y soit pour quelque chose car ici justement réside le don. Et Faust en quête de jeunesse perdue, n’a jamais deviné que c’est celui-là et nul autre qu’il fallait solliciter de Dieu. Ou du diable.  […]
p16 [l’œil] L’intuition l’a   décrit comme un miroir de L’âme […] bien avant que les explorateurs de ce nouveau labyrinthe n’en soient venus à soupçonner qu’il pouvait aussi s’agir d’un miroir du corps. […] p20 Les yeux sont autant faits pour voir que pour être vus.
[…] p23-24 Des images à vrai dire, il s’en présente par myriades. Même on en fabrique tant à notre époque qu’elle est apparemment saturée. Mais celles auxquelles je pense ne doivent rien aux arts ni aux techniques : ce sont des visions brutes, fondamentales, données sans intermédiaires ni retouches par la Nature, et savourées naïvement comme telles, parfois jusqu’à l’extase.
[…]  C’est le signe, je suppose, grâce auquel on a pu de tout temps discerner les vraies richesses, celles qui suscitent l’homme au lieu de l’étouffer. Sa conquête n’exige aucun moyen matériel, aucune opulence préalable, au contraire. Elle n’en est pas pour autant à la portée de tout le monde, car elle dépend en premier lieu d’un état d’esprit qui rejette la plupart des jugements de valeur auxquels souscrivent des foules passives et conditionnées.
Au fond ce que je tente de suggérer c’est une méthode de joie. Pour qui sait voir, et tout est là en l’occurrence, le mondes des formes, des reliefs, des couleurs, de la vie, demeure une source intarissable d’émerveillements. Les vieux mythes décrivent des paradis perdus, et ne  manquent jamais de préciser qu’ils le furent par un faute, une distorsion de la conscience , une erreur d’attitude. Il suffit peut-être de la rectifier pour que chacun d’entre nous retrouve sa Toison d’or. En fait la résurgence procède  d’un certain regard sur les choses ;  très neuf ou très ancien , comme on voudra. Alors certaines voiles se déchirent et l’on fait une bizarre découverte : au niveau des éblouissements  désintéressés, le paradis terrestre, c’est simplement notre terre, notre  admirable planète, le grand jardin des hommes, l’aîné des héritages, que des malfaiteurs publics  s’appliquent à dilapider. Et s’ils se livrent sans complexe à  leur vilaine besogne, c’est d’abord  parce qu’ils ont cessé de percevoir la beauté du monde, que les ponts  sont coupés, qu’eux-mêmes sont devenus littéralement des aveugles, ce genre d’aveugles que les dieux veulent perdre.
[…]p27  [Cf Musso ] Encore, parler à présent d’une « courte minute » est un effet des montres, ces micro-machines, programmées, sournoises, dont la présence implante n’importe où « l’esprit » et les techniques de l’Europe. L’instant au contraire échappait aux mesures [propre de  l’occident de vouloir tout mesurer, classer, cartésianisme]. c’est pourquoi j’ai gardé sa mémoire, vive, intacte, imminent[…].

p30   [Groenland] Je n’en savais rien ni les autres, et j’ignorais également si ce lichen « savait », de quelque façon, qu’il était orange. L’indiscutable, c’est qu’un paysage aussi bien équilibré, à sa place exacte dans l’univers, éveillait en nous l’espèce de bien-être physique et mental que suscite toute perception.[…]

p31 Les bêtes longtemps camouflées s’ébrouaient, s’accouplaient. N’ayant jamais vu d’hommes, elles ne manifestaient aucune crainte, tout au plus une réserve polie. Des perdrix naissaient sous les pas, s’écartaient sans la moindre hâte. Des lièvres à l’orée de leurs pertuis, examinaient l’étranger d’un œil rond, impavide. Ce retour aux vieilles courtoisies de l’éden constituait une expérience assez bouleversante pour un « civilisé » du 20ème siècle. Il avait tout loisir d’évaluer avec regret, avec honte, la dégradation d’un univers qui s’était assombri par la seule faute du prétendu seigneur de la terre, la tristesse de la prison de craintes, d’incompréhensions, d’hostilités où il s’était lui-même enfermé.
Ici régnait encore une innocence primordiale. Elle n’excluait nullement les prédations habituelles entre les espèces ; et les renards pillaient les couvées quand ils parvenaient à les découvrir ; mais la cruauté était absente de ces meurtres. C’est l’homme qui l’avait inventée, et c’est elle qui faussait le jeu. […]

p38     Alors apparut, ballottée par les vagues, une épave blanchâtre qui voguait à notre rencontre. De plus près, nous vîmes qu’il s’agissait d’un glaçon de dimension modeste, tellement rongé par le sel qu’il ressemblait à un bloc de tuf, à une éponge . L’objet en lui même n’avait rien de remarquable mais il annonçait l’approche d’étranges frontières. L’homme est ainsi fait qu’il lui faut voir ou toucher avant de croire aux choses . Il sait qu’elles existent mais elles demeurent sans vertu tant qu’il n’a pas reçu le témoignage de ses propres sens. Puisque cet unique glaçon errait en plein océan, il fallait admettre que le reste était vrai, en sorte que l’univers s’enrichissait de perspectives infinies, et que les heures devenaient précieuses. »

(Samivel  « l’œil émerveillé, la nature comme spectacle » 1976)

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« Le dés-abrutissement » en hommage à « L’enracinement »

Posté par elianguesard le 1 avril 2013

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Des citations

Posté par elianguesard le 1 avril 2013

Des citations 2001.10.du1au20nepal.ghat-029_26

- Le pouvoir de l’engagement
« Tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, la possibilité de se rétracter demeure et l’inefficacité prévaut toujours. En ce qui concerne tous les actes d’initiatives et de créativité, il est une vérité élémentaire – dont l’ignorance a des incidences innombrables et fait avorter des projets splendides.
Dès le moment où l’on s’engage pleinement, la providence se met également en marche.
Pour nous aider, se mettent en oeuvre toutes sortes de choses qui sinon n’auraient jamais eu lieu.
Tout un enchaînement d’événements, de situations et de décisions crée en notre faveur toutes sortes d’incidents imprévus, des rencontres, des aides matérielles que nous n’aurions jamais rêvé de rencontrer sur notre chemin…
Tout ce que tu peux faire ou rêver de faire, tu peux l’entreprendre. L’audace renferme en soi génie, pouvoir et magie. »
Goethe

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- Une citation datant de 2400 ans :
« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent pas compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux, l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie » Platon (la république)

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- Dans la vie, il y a toujours les gens qui sont plutôt progressistes et les autres, qui sont plutôt conservateurs.
Les premiers bousculent et prennent des risques alors que les seconds ont pour première préoccupation la stabilité des choses.
Les deux sont nécessaires (dualité?), à doses variables selon les situations. Pierre Bouch dans Question de société

- rejoint la déclaration d’interdépendance: « Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. soyons européens.
Ne soyons plus européens, soyons hommes- soyons l’humanité.
Il nous reste à abdiquer un dernier égoisme: la patrie. » Victor Hugo

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-  » Je suis citoyen du monde et chevalier au service de la vérité «  Pierre Bayle

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-  » C’est n’être bon à rien de n’être bon qu’à soi «  Voltaire

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*******************http://sanurezo.org/spip.php?article216

 

LA PLUS BELLE PAGE DE L’HISTOIRE DE FRANCE

 

Il s’agit d’un fait historique qui a eu lieu au XV ème siècle, au temps du règne de Louis XI. Il fut relaté par le chroniqueur du roi Philippe de Commines. En voici l’essentiel : ayant appris qu’une puissante armée anglaise allait débarquer en France, le roi ordonna que toutes les populations du Nord soient désarmées complètement. Elles devront recevoir les soldats anglais en amis, mettre partout, dans toutes les villes, dans tous les bourgs, des tables dressées sur tréteaux, y placer d’abondantes victuailles et des outres de vin. Il disait notamment à ses sujets :

 

« Vous recevrez ces soldats anglais avec de grandes démonstrations de fraternité. Invitez-les aux banquets, vous chanterez, vous danserez ».

 

Les soldats anglais arrivant dans ces bourgs où on les recevait si gentiment se sont posé des questions :

 

« Mais voyons, notre roi nous a menti, il nous a dit qu’il fallait combattre les français qui étaient très méchants envers nous et nous nous apercevons que, partout où nous allons, nous sommes reçus avec beaucoup d’affection ET TOUT CELA SANS ARME ! ».

 

Ces propos vinrent, bien entendu, aux oreilles du Roi d’Angleterre, Edouard IV qui, bien contrarié, ne savait comment se sortir de cette situation dans laquelle ces dégoûtants de Français l’avait mis en refusant de se battre.

 

C’est alors que Louis XI a fait dire à Edouard IV :

 

« Ne vaudrait-il pas mieux traiter ? »

 

Le Roi d’Angleterre fut bien soulagé. Il accepta cette solution qu’on lui offrait et il dut signer le traité de Picquigny en 1475, traité de paix et de réconciliation.

 

Un baiser fut échangé entre le Roi de France et le Roi d’Angleterre.

 

Et la guerre qui durait depuis 136 ans fut impossible de reprendre étant donné sa fin. Le Roi d’Angleterre craignait que, s’il recommençait, les Français ne reçoivent de nouveau ses troupes à coups de victuailles et non pas à coups de boulets de canons.

 

Oui ce que n’avait pas obtenu ni Du guesclin, ni Jeanne d’Arc par leurs armées victorieuses, Louis XI, lui, l’a obtenu par son peuple désarmé.

 

VOILA POURQUOI NOS MANUELS D’HISTOIRE N’EN PARLENT PAS !

 

C’est l’occasion de citer une belle phrase, pleine de bon sens, de Bertrand Russel :

« Pas un seul des maux que l’on veut éviter par la guerre n’est un mal aussi grand que la guerre elle-même ».

 

DÉSARMEMENT = SÉCURITÉ + PROSPÉRITÉ

 

Georges Krassovsky.

« Celles et ceux qui discutent sans fin des coûts et des « mérites » comparés des différentes technologies nucléaires ne sont pas mes héros, ni même mes ami(e)s. »

 

«  … Les occasions de nous émouvoir ne manquent pas et pourtant rien ne nous a vraiment touchés. Ni les mises en garde répétées des hommes de science, des intellectuels, des militants de toute conviction à propos de la situation jugée préoccupante où nous ont jetés nos sociétés de consommation et de profit – ces monstres froids que nous servons avec tant de zèle ! – ; ni les mauvaises nouvelles dont se délectent nos quotidiens et qui sont le temps fort du journal de 20 heures, lorsque nous partageons ensemble ce grand festin de souffrance et de morts ; ni les menaces qui se rapprochent de nos cités ; de nos maisons et bientôt de nos vies et qui nous laissent poursuivre, imperturbables, le même sillon, la même ornière comme les aveugles de Breughel ; ni même le témoignage de ceux qui ont marché sur la terre, aventuriers d’un monde bientôt perdu, et qui répètent à l’envi notre devoir de protéger cette incroyable oasis échappée des ténèbres ; ni cette accumulation de faits, de preuves, d’images, de livres qui ajoutent encore et encore au poids de notre indifférence.

 

Comme un manteau de plomb sur nos épaules.

 

Pourquoi ne pas tendre la main, donner ce que nous avons en excès, marcher ensemble dans la rue, demander des comptes aux gouvernants, prendre les armes ? Pourquoi laissons nous faire ? Et pourquoi l’espèce humaine disparaîtra-t-elle demain peut-être sans avoir quitté sa chaise, son lit, son ordinateur alors que les Cassandres maculaient partout l’horizon d’un noir épais, poisseux, sans étoiles ? N’y a-t-il rien à faire et faut-il se résoudre à penser que les Français, que les terriens dans l’ensemble, pour reprendre le mot de De Gaulle, sont des veaux ? Des veaux qui répéteraient après Hiroshima, après Tchernobyl : « Après nous le déluge ! »

 

A cette conclusion ce petit livre n’arrivera pas. Avec une lenteur exaspérante, l’homo sapiens s’hominise et gagne en conscience ce qu’il est censé perdre en barbarie. Au sortir de la nuit ancestrale, ce primate doué de raison découvre effaré l’étendue des dégâts qu’il a causé, la liste des crimes dont il s’est rendu responsable, la gravité des décisions qu’il a prises et qui hypothèquent son avenir. Et ce spectacle d’un jardin dévasté le bouleverse. Qu’un traitement semblable ait été infligé à cette planète errante autour de son étoile lui semble relever de la plus absolue méprise. Comment avons-nous pu salir ainsi l’avenir ? Comment me suis-je rendu à mon tour complice de tout cela ? Et cette prise de conscience qui intervient si tard, au moment où nos sociétés sont déjà otages du nucléaire pour les dizaines de milliers d’années prochains, appelle pourtant notre reconnaissance et nos espoirs.

 

Ces entretiens posent la question de l’engagement face aux grands périls qui, Quasimodos échappés du cerveau d’un créateur fou, dressent leur silhouette maléfique sur l’horizon. Comment s’éveille-t-on aux beautés incomparables de ce jardin bordé de nuit ? Comment éprouve-t-on l’urgence d’agir pour ceux qui souffrent ? Pouvons être touchés ? Avons-nous le don des larmes ? »

 

Théodore Monod et Jean Philippe de Tonnac

« Révérence à la vie » (conversations de Théodore Monod avec Jean-Philippe de Tonnac)

 

Criminaliser les différences, voilà tous les racismes !

 

Après l’antisémitisme institutionnel, voici l’islamophobie institutionnelle, et son affligeant cortège médiatique de sanguinaires propagandes guerrières.

 

… Connaissez-vous cette histoire du soufi qui arrive à la porte du Paradis, tout étonné de se trouver là ?

_« Pourquoi serais-je convié à fouler l’herbe de ce jardin ? », se demande-t-il.

Il avise le portier auquel il demande de lui dire ce qu’il fait là. Est-il là parce qu’il a beaucoup prié ?

_« Non, ce n’est pas pour cela », répond le portier.

Est-il là parce qu’il a beaucoup jeûné ?

_« Mais non, il n’est pas question de ça. »

_« Alors, pourquoi est-ce que je suis là ? », insiste le soufi.

_« Une nuit d’hiver, à Bagdad, il faisait très froid, tu as recueilli une petite chatte perdue, et tu l’as réchauffée dans ton manteau. »

 

Vous comprenez que cette histoire me touche. L’islam ne se réduit pas à cela, mais c’est aussi cela.

 

Théodore Monod et Jean Philippe de Tonnac

« Révérence à la vie » (conversations de Théodore Monod avec Jean-Philippe de Tonnac)

 

 

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RESTER JEUNE ( vue sur porte Ophtalmologie HUG Genève 4/09/2008)

La jeunesse n’est pas une période de la vie,
elle est un état d’esprit, un effet de la volonté,
une qualité de l’imagination,
une intensité émotive,

une victoire du courage sur la timidité,
du goût de l’aventure sur l’amour du confort.
On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années : on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal.
Les années rident la peau; renoncer à son idéal ride l’âme.
Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort.
Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille.
Il demande, comme l’enfant insatiable : Et après ?
Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi.
Aussi vieux que votre doute.
Aussi jeune que votre confiance en vous-même.
Aussi jeune que votre espoir.
Aussi vieux que votre abattement.
Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif.
Réceptif à ce qui est beau, bon et grand.
Réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini.
Si un jour, votre coeur est mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard.

:le pessimisme se condamne à n’être qu’un spectateur
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« Nous entendons par autonomie celle que les populations assurent par elles-mêmes et sur leur territoire, et non la dépendance vis-à-vis d’une charité aléatoire, contraire à la dignité d’être humain, debout et responsable. » Pierre Rabhi
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« Le monde est menacé davantage par ceux qui tolèrent le mal que par ceux qui s’emploient activement à le faire. » Albert Einstein
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François Fresnaux: « c’est la fonction qui fait l’organe »
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D’une grande actualité :

«  Il nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait ; la force d’inventer au lieu de suivre ; la force d’inventer notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiés qui l’obstruent. »
Aimé Césaire
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«Je me mêle»: c’est ainsi que Germaine Tillion définissait sa façon d’être
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: Pensee du jour !

On  a demandé au Dalai Lama :

« Qu’est ce qui vous surprend le plus dans l’humanité ? ».

Il  a répondu :    —>  Les hommes…

Parce qu’ils perdent la santé pour accumuler  de l’argent, ensuite ils perdent de l’argent pour retrouver la santé.

Et à penser anxieusement au futur, ils oublient le présent, de telle sorte qu’ils finissent par ne vivre ni le présent ni le futur.

Ils vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir… et meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu. »
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« Regarder l’essentiel » JYP
« ami, si tu te cherches, tu te verras dans le regard des autres »  Jyp
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« il faut savoir déconstruire pour reconstruire » Jean Klépal
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« La mort attrape d’abord ceux qui courent. » Lao-Tseu
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« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »  Rabelais
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dans Via info 02/2008
A la question de la salle : Que pouvons nous faire pour vous aider ?

Les femmes zapatistes répondent que toute forme de solidarité est bienvenue mais que le plus important est que chacun (ne) organise la résistance à sa façon dans son pays respectif et que nos luttes convergent pour que nous nous débarrassions des «  mauvais gouvernements » et du neo libéralisme.

« Nous ne pouvons rien attendre des partis politiques ni du gouvernement, ils n’ont de cesse de nous trahir Ya basta ! C’est nous seuls les gens d’en bas qui pourrons faire bouger tout ça »
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« C’est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas. » Victor hugo.
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 » Il n’y a de permanent que le changement  » Extrait du TAO.
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« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge »
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Sur Espace2:
face à l’apesanteur: la grace.
Et pour expliquer (ou exprimer) la grace: la musique.
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dans Edito d’ »Ici & Maintenant » Nov2007: …Etienne de la Boétie, expliquait dans son fameux texte: »Discours sur la servitude volontaire » que plutôt qu’aller affronter le système (ou ici la société de consommation) « il suffit de ne pas faire;ne pas éteindre le feu avec de l’eau, cesser de l’alimenter en bois ».Et sa grande idée était: »soyez résolu de ne servir plus, et vous voilà libre ». Arrêtons de servir notre ignorance ou notre avidité et nous serons libre d’apprécier le moment présent. Cite Gandhi: »Nous devons être le changement que nous voulons voir dans ce monde »
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« Ce qui est important arrive sur des pattes de colombe » Nietsche
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dans ENERGIA 11/2007 cite psychologue USA Abraham Maslow: « une personne qui manque de nourriture, de sécurité, d’amour et du respect des autres cherche habituellement à satisfaire son besoin de nourriture en premier » les besoins humains s’organisent selon une hiérarchie où ,à la base, se retrouvent les besoins physiologiques et, au sommet, les besoins d’accomplissement personnel. L’histoire montre que les priorités en politique énergétique s’organisent également (et je note:malheureusement) selon ce modèle. A la base de la hiérarchie figure l’accès à l’énergie et, au sommet, les questions environnementales et sociétales; A partir du moment où la sécurité de l’approvisionnement est remise en cause, les considérations environnementales sont balayées. » (c’est bien ce paradigme que l’on doit changer!)
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« résister, c’est créer » Lucie Aubrac
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« il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité » Gandhi
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Charles Péguy écrit au début du 20e siècle sur l’argent: « pour la première fois dans l’histoire du monde, les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles, mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent »
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« il y a un autre monde et il est dans celui-ci » Paul Eluard
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« La reforestation sera le signe et l’œuvre de  l’authentique  civilisation. » Jean PAIN
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« les idées ne sont pas faites pour être pensées, mais pour être vécues »  André Malraux
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Guillaumet est sauvé. Quelques jours plus tard, à Antoine de Saint-Exupéry accouru à son secours, il décrit d’une phrase son retour halluciné, sans nourriture, dans un froid intense :
« Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. »

Citations de St Ex:

La terre nous en apprend plus long sur nous que les livres. Parce qu’elle nous résiste.
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L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle.
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Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu’il dégage est universelle.
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Un spectacle n’a point de sens, sinon à travers une culture, une civilisation, un métier.
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« Répandez la confiance comme une lampe répand la lumière…  »
[Sur Guillaumet : Il répandait la confiance comme une lampe répand la lumière.]
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Ce que d’autres ont réussi, on peut toujours le réussir.
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Au cœur du danger on conserve des soucis d’homme, – soif et faim.
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Il faut que l’on nous parle un simple langage pour se faire entendre de nous.
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S’engager dans des combats sans rien connaître de l’adversaire, c’est sans savoir si l’on sort en vie de telles étreintes.
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La destinée a prononcé son jugement, et, contre ce jugement, il n’est plus d’appel… Mais le verdict n’est pas signifié à ceux qui attendent.
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Se retrancher derrière son ouvrage, pareil au moissonneur qui, ayant bien lié sa gerbe, se couche dans son champ.
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La terre est à la fois déserte et riche. Riche de ces jardins secrets, cachés, difficiles à atteindre, mais auxquels le métier nous ramène toujours, un jour ou l’autre.
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On ne se crée point de vieux camarades.
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Il est vain, si l’on plante un chêne, d’espérer s’abriter bientôt sous son feuillage.
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La grandeur d’un métier est avant tout, d’unir des hommes.
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En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison.
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On n’achète pas l’amitié… d’un compagnon que les épreuves vécues ensemble ont lié à nous pour toujours.
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En plein désert, sur l’écorce nue de la planète, dans un isolement des premières années du monde, nous avons bâti un village d’hommes.
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Il est une qualité qui n’a point de nom. – C’est la qualité même du charpentier qui s’installe d’égal à égal en face de sa pièce de bois, la palpe, la mesure et, loin de la traiter à la légère, rassemble à son propos toutes ses vertus.
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En face d’un mauvais orage, tu juges : « Voici un mauvais orage. » Tu l’acceptes et tu le mesures.
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Tu étais semblable au boxeur qui, vidé d’un coup de toute passion, entend les secondes tomber une à une dans un univers étranger, jusqu’à la dixième qui est sans appel.
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« Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence… »  ——————————————————————————–

Une fois pris dans l’événement, les hommes ne s’effraient plus. Seul l’inconnu épouvante les hommes.
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La grandeur de l’homme, c’est de se sentir responsable.
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Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.
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Je me moque bien du mépris de la mort. S’il ne tire pas ses racines d’une responsabilité acceptée, il n’est que signe de pauvreté ou d’excès de jeunesse.
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Quiconque lutte dans l’unique espoir de biens matériels, ne récolte rien qui vaille de vivre
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Pour saisir le monde aujourd’hui, nous usons d’un langage qui fut établi pour le monde d’hier. Et la vie du passé nous semble mieux répondre à notre nature, pour la seule raison qu’elle répond mieux à notre langage.
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La vérité, pour l’un, fut de bâtir, elle est, pour l’autre, d’habiter.
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Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher.
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Notre vue s’est aiguisée, et nous avons fait un progrès cruel. Avec l’avion, nous avons appris la ligne droite.
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« Les hommes seuls bâtissent leur solitude. » Dans un monde où la vie rejoint si bien la vie, où les fleurs dans le lit même du vent se mêlent aux fleurs, où le cygne connaît tous les cygnes, les hommes seuls bâtissent leur solitude.
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Trouver un sens à ce silence fait de mille silences.
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Ce n’est pas la distance qui mesure l’éloignement.
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Le mur d’un jardin de chez nous peut enfermer plus de secrets que le mur de Chine.
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L’empire de l’homme est intérieur.
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Le Sahara, c’est en nous qu’il se montre. L’aborder ce n’est point visiter l’oasis, c’est faire notre religion d’une fontaine.
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Les seules richesses véritables, il les a possédées ici, dans le désert : ce prestige du sable, la nuit, ce silence, cette patrie de vent et d’étoiles.
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L’esclave fait son orgueil de la braise du maître.
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Il est des tempêtes de Dieu qui ravagent ainsi, en une heure, les moissons d’un homme.
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Nul n’échappe dans la solitude à ces retours. L’autre se réveillait en lui, sans prévenir.
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L’homme libre peut posséder les biens essentiels : le droit de se faire aimer, de marcher vers le nord ou le sud et de gagner son pain par son travail.
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Eprouvez une faim profonde, le besoin d’être un homme parmi les hommes, lié aux hommes.
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Etre libre, infiniment, jusqu’à ne plus se sentir peser sur terre.
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La vraie vie du désert n’est pas faite d’exodes de tribus à la recherche d’une herbe à paître, mais du jeu qui s’y joue encore.
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La réalité perd du terrain devant le rêve…
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Faute d’aucune indication… j’ai choisi cette direction pour la seule raison qu’elle avait sauvé mon ami Guillaumet dans les Andes, où je l’ai tant cherché. Elle était devenue, pour moi, confusément, la direction de la vie.
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La chaleur monte, et, avec elle, naissent les mirages.
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Il nous faut revenir pour vivre.
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Chaque seconde de silence assassine un peu ceux que j’aime.
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Il n’y a que le social qui soit pathétique.
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La vie s’évapore comme une vapeur.
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« Les hommes ne savent pas ce qu’est une orange… »
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« Le monde dans l’ordre duquel nous vivons, on ne peut pas le deviner si l’on n’y est pas enfermé soi-même. »
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Il faut changer de perspective et faire de la dernière heure, une vie humaine.
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Encore une fois nous découvrons que nous ne sommes pas les naufragés. Les naufragés, ce sont ceux qui attendent !Ceux que menace notre silence… Ceci est une vérité universelle.
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Dans le désert, il n’est point de refuge… Le désert est lisse comme un marbre. Il ne forme point d’ombre pendant le jour, et la nuit il vous livre tout nu au vent.
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On croit que l’homme peut s’en aller droit devant soi. On croit que l’homme est libre… On ne voit pas la corde qui le rattache au puits, qui le rattache, comme un cordon ombilical, au ventre de la terre.  ——————————————————————————–

L’avion, ce n’est pas une fin, c’est un moyen. Ce n’est pas pour l’avion que l’on risque sa vie. Ce n’est pas non plus pour sa charrue que le paysan laboure. Mais, par l’avion, on quitte les villes et leurs comptables, et l’on retrouve une vérité paysanne.
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On fait un travail d’homme et l’on connaît des soucis d’homme.
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On attend l’aube comme le jardinier attend le printemps.
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Ce n’est pas le danger que j’aime. Je sais ce que j’aime. C’est la vie.
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Il n’y a plus ici, ni races, ni langages, ni division ! … Il y a ce nomade pauvre qui a posé sur nos épaules des mains d’archange.
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L’eau ! « Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte, sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie tu es la vie. Tu nous pénètres d’un plaisir qui ne s’explique point par les sens. Avec toi rentrent en nous tous les pouvoirs auxquels nous avions renoncé. Par ta grâce, s’ouvrent en nous toutes les sources taries de notre cœur. Tu es la plus grande richesse qui soit au monde, et tu es aussi la plus délicate, toi si pure au ventre de la terre. On peut mourir sur une source d’eau magnésienne. On peut mourir à deux pas d’un lac d’eau salée. On peut mourir malgré deux litres de rosée qui retiennent en suspens quelques sels. Tu n’acceptes point de mélange, tu ne supportes point d’altération, tu es une ombrageuse divinité… Mais tu répands en nous un bonheur infiniment simple. »
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Je me suis cru perdu, j’ai cru toucher le fond du désespoir et, une fois le renoncement accepté, j’ai connu la paix.
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Que nous importent les doctrines politiques qui prétendent épanouir les hommes, si nous ne connaissons d’abord quel type d’homme elles épanouiront
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L’essentiel, nous ne savons pas le prévoir.
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Il est des conditions inconnues qui nous fertilisent.
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Les vocations aident l’homme à se délivrer mais il est également nécessaire de délivrer les vocations.
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La nostalgie, c’est le désir d’on ne sait quoi… Il existe, l’objet du désir, mais il n’est point de mots pour le dire.
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Il existe une altitude des relations où la reconnaissance comme la pitié perdent leur sens. C’est là que l’on respire comme un prisonnier délivré.
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Ce sont les terres qui savent reconnaître le blé.
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Aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction.
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Il n’est de camarades que s’ils s’unissent dans la même cordée, vers le même sommet en quoi ils se retrouvent.
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Tous, sous les mots contradictoires, nous exprimons les mêmes élans. Nous nous divisons sur des méthodes qui sont les fruits de nos raisonnements, non sur les buts : ils sont les mêmes.
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Si vous voulez convaincre de l’horreur de la guerre celui qui ne refuse pas la guerre, ne le traitez point de barbare, cherchez à le comprendre avant de le juger.
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La vérité pour l’homme, c’est ce qui fait de lui un homme.
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Pour comprendre l’homme et ses besoins, pour le connaître dans ce qu’il a d’essentiel, il ne faut pas opposer l’une à l’autre l’évidence de vos vérités. Oui, vous avez raison. Vous avez tous raison.
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Mais la vérité, vous le savez, c’est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos. La vérité, c’est le langage qui dégage l’universel.
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La vérité, ce n’est point ce qui se démontre, c’est ce qui simplifie.
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À quoi bon discuter les idéologies ? Si toutes se démontrent, toutes aussi s’opposent, et de telles discussions font désespérer du salut de l’homme. Alors que l’homme, partout, autour de nous, expose les mêmes besoins.
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Celui qui donne un coup de pioche veut connaître un sens à son coup de pioche.
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Il est deux cents millions d’hommes, en Europe, qui n’ont point de sens et voudraient naître. L’industrie les a arrachés au langage des lignées paysannes…
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Si on instruit bien les hommes, on ne les cultive plus.
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Un mauvais élève du cours de Spéciales en sait plus long sur la nature et sur ses lois que Descartes et Pascal. Est-il capable des mêmes démarches de l’esprit ?
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Celui qui meurt pour le progrès des connaissances ou la guérison des maladies, celui-là sert la vie, en même temps qu’il meurt.
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Il est peut-être beau de mourir pour l’expansion d’un territoire, mais la guerre d’aujourd’hui détruit ce qu’elle prétend favoriser.  ——————————————————————————–

Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même navire.
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Il est bon que des civilisations s’opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, mais il est monstrueux qu’elles s’entredévorent.
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Prendre conscience d’un but qui nous relie les uns aux autres, c’est le chercher là où il nous unit tous.
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Celui-là qui veille modestement quelques moutons sous les étoiles, s’il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu’un serviteur. Il est une sentinelle. Et chaque sentinelle est responsable de tout l’Empire.
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Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix et mourir en paix, car ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort.
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On ne meurt qu’à demi dans une lignée paysanne. Chaque existence craque à son tour comme une cosse et livre ses graines.
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Ce que nous sentons quand nous avons faim, … c’est que la genèse n’est point achevée et qu’il nous faut prendre conscience de nous-mêmes et de l’univers.
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Il nous faut, dans la nuit, lancer des passerelles. Seuls l’ignorent ceux qui font leur sagesse d’une indifférence qu’ils croient égoïste ; mais tout dément cette sagesse-là !
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Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n’est point de jardinier pour les hommes
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… Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.
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Seul l’Esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme
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« Lorsqu’un problème nous résiste malgré d’énormes efforts de recherche,

nous devons mettre en doute ses données premières.

L’imagination est alors plus importante que la connaissance. »

A. Einstein

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Le problème qui résiste, c’est celui de la faim
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RAKU                                                     CUISSON ENFUMÉE

Dans le Japon du 16ème siècle, Chojiro, potier d’origine coréenne, fabrique des tuiles selon une technique traditionnelle consistant à sortir celles-ci du four au rouge et à les refroidir en les isolant de l’air sous un matériau inflammable, tel que paille ou sciure. Ceci provoque un dépôt de carbone dans le corps de l’objet, nuançant sa surface de plusieurs qualités de noir.

Au même moment le maître de thé Sen-no-Rikiu élabore les règles selon la cérémonie du thé. Il trouve dans la production de Chojiro l’aspect modeste, la sobriété, la simplicité et le raffinement qui sont profondément liés à l’esprit Zen, essence du Cha-no-Yu . Il lui commande alors un bol à thé qu’il a lui-même dessiné.

Les familles Sen-no-Rikiu et Chojiro se lient par un mariage et Hideyosi, chogun, dictateur militaire sensible à l’art du thé, accorde à Chojiro un sceau d’or porteur de l’idéogramme  chinois « Raku » qui signifie aise, joie et bonheur.  Grâce à ce patronage, la dynastie Chojiro Raku se perpétue jusqu’à la 14ème génération qui travaille actuellement à Kyoto.

Le terme « Raku » est ainsi lié originellement plus à un état d’esprit et à une famille qu’à une technique de cuisson. Jusqu’au début du 20ème siècle, des potiers amateurs peintres, poètes ou calligraphes vont utiliser le Raku ; parmi eux le grand calligraphe Koetsu. Une autre lignée de potiers, les Kenzan, développe des couleurs variées utilisées dans le décor du Raku. Bernard Leach approche le Raku auprès du dernier Kenzan et dépose ses connaissances dans un livre qui est largement lu dans le monde des potiers.

La diffusion de cet ouvrage amènera plusieurs de ceux-ci tant en Amérique du Nord qu’en Europe, à développer l’aspect technique du Raku. Cette technique nous amène à considérer nôtre héritage culturel, car plusieurs civilisations ont utilisé des procédés voisins de l’enfumage des tuiles japonaises, que ce soit les terres sigillées noires, les « Black-top » égyptiens ou les poteries Navajo, exemples parmi d’autres…

Si parfois le terme raku est utilisé pour dénommer une technique de cuisson, Paul Soldner le dit très explicitement : « Je ne fais pas du raku, je tente d’être raku, c’est-à-dire une harmonie entre ce que je vis, je pense et ce que je fais. »

L’expérience que nous venons de vivre ensemble met en lumière la difficulté d’utiliser le mot « Raku » et, pour parler de la technique, il est peut-être préférable de dire « cuisson enfumée » sans user à tort d’un terme qui ne nous appartient pas.

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• Le chant des partisans

Musique de Anna MARLY, paroles de Maurice DRUON et de Joseph KESSEL. 1943.
Publié clandestinement à l’automne 1943 dans le numéro 1 des cahiers de la libération.

Anna Marly est née le 30 octobre 1917 à Saint-Pétersbourg, de son vrai nom Betoulinsky. Elle arrive à Londres en 1941, inconnue. D’abord projectionniste, puis cantinière au sein des volontaires de la France libre, elle entre à l’E.N.S.A, théâtre aux armées.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu le bruit sourd du pays qu’on enchaîne ?
Ohé partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.
Montez de la mine, descendez des collines, camarades,
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades ;
Ohé Francs tireurs, à la balle et au couteau tirez vite !
Ohé saboteur, attention à ton fardeau dynamite !
C’est nous qui brisons les barreaux des prisons, pour nos frères,
La haine à nos trousses, et la faim qui nous pousse, la misère.
Il est des pays où les gens aux creux des lits font des rêves
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue nous on crève
Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe ;
Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes
Sifflez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute.

• Le Dormeur du val
Arthur Rimbaud

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil de la montagne fière,
Luit ; C’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pale dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font plus frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au coté droit

Le Temps des cerises, 1866
Paroles: Jean-Baptiste Clément / Musique: Antoine Renard

« Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête …
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Mais il est bien court le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreille …
Cerises d’amour aux robes pareilles
Tombant sur la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court le temps des cerises
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant

Quand nous en serons au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d’amour
Evitez les belles …
Moi qui ne craint pas les peines cruelles
Je ne vivrais point sans souffrir un jour
Quand nous en serons au temps des cerises
Vous aurez aussi vos peines d’amour

J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps là que je garde au cœur
Une plaies ouverte …
Et Dame Fortune, en m’étant offerte
Ne pourra jamais fermer ma douleur
J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur. »

La semaine sanglante

Paroles: Jean-Baptiste Clément (1871). Musique: Pierre Dupont (1849)
autres interprètes: Germaine Montero, Marc Ogeret, Serge Kerval, Francesca Solleville, Michel Grange, Rosalie Dubois, Adrienne Chaumont, Zap
note: Sur l’air du « Chant des paysans », ce chant est dédié aux « fusillés de 71″

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Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblant.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tous sanglants.

{Refrain:}
Oui mais!
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare! à la revanche,
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront.

Les journaux de l’ex-préfecture,
Les flibustiers, les gens tarés,
Les parvenus par l’aventure,
Les complaisants, les décorés
Gens de Bourse et de coin de rues,
Amants de filles au rebut,
Grouillent comme un tas de verrues,
Sur les cadavres des vaincus.

{au Refrain}

On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ceux qu’on ramasse au hasard.
La mère à côté de sa fille,
L’enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la terreur
De tous les chenapans de bouges,
Valets de rois et d’empereurs.

{au Refrain}

Nous voilà rendus aux jésuites
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup.
Il va pleuvoir des eaux bénites,
Les troncs vont faire un argent fou.
Dès demain, en réjouissance
Et Saint Eustache et l’Opéra
Vont se refaire concurrence,
Et le bagne se peuplera.

{au Refrain}

Demain les manons, les lorettes
Et les dames des beaux faubourgs
Porteront sur leurs collerettes
Des chassepots et des tambours
On mettra tout au tricolore,
Les plats du jour et les rubans,
Pendant que le héros Pandore
Fera fusiller nos enfants.

{au Refrain}

Demain les gens de la police
Refleuriront sur le trottoir,
Fiers de leurs états de service,
Et le pistolet en sautoir.
Sans pain, sans travail et sans armes,
Nous allons être gouvernés
Par des mouchards et des gendarmes,
Des sabre-peuple et des curés.

{au Refrain}

Le peuple au collier de misère
Sera-t-il donc toujours rivé?
Jusque à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé?
Jusque à quand la Sainte Clique
Nous croira-t-elle un vil bétail?
À quand enfin la République
De la Justice et du Travail?

LA CHANSON DE CRAONNE

L’auteur des paroles de cette chanson est toujours demeuré anonyme. Lorsqu’en 1917, elle a commencé à circuler dans les tranchées, la légende veut que les autorités militaires aient offert la démobilisation immédiate et 1 million de franc-or à qui le dénoncerait, mais en vain.

La musique de Charles Sablon a été composée avant la guerre pour une chanson d’amour  enregistrée par Emma Liebel en 1911, et qui s’intitule « Bonsoir m’amour ». J’en ai mis un couplet et un refrain ainsi qu’un extrait musical, en bas de page, pour que vous puissiez mieux comprendre l’origine de cette chanson exceptionnelle.

Quand au bout d’huit jours le r’pos terminé
On va reprendr’ les tranchées
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c’est bien fini on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le coeur bien gros comm’ dans un sanglot
On dit adieu aux civ’lots
Même sans tambour même sans trompette
On s’en va là haut en baissant la tête

REFRAIN
Adieu la vie adieu l’amour
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini c’est pour toujours
De cette guerre infâme
C’est à Craonne sur le plateau
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchées huit jours de souffrance
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r’lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu’un qui s’avance
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

REFRAIN

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’est pas la mêm’ chose
Au lieu de s’cacher tous ces embusqués
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens car nous n’avons rien
Nous autr’s les pauvr’s purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là

DERNIER REFRAIN
Ceux qu’ont l’pognon ceux-là r’viendront
Car c’est pour eux qu’on crève
Mais c’est fini car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s’ra votre tour messieurs les gros
D’monter sur le plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

BONSOIR M’AMOUR

Paroles : Raoul LE PELTIER
Musique : Charles SABLON

Un joli teint frais de rose en bouton,
Les cheveux du plus beau blond,
Ouvrière humble et jolie,
Ell’ suivait tout droit sa vie,
Lorsqu’un jeune homm’ vint, comm’ dans un roman,
Qui l’avait vue en passant,
Et qui, s’efforçant de la rencontrer,
S’était mis à l’adorer.
Et, timide, un soir que la nuit tombait,
Avec un sourire il lui murmurait :

REFRAIN

«Bonsoir m’amour, bonsoir ma fleur,
Bonsoir toute mon âme !
O toi qui tient tout mon bonheur
Dans ton regard de femme !
De ta beauté, de ton amour,
Si ma route est fleurie,
Je veux te jurer, ma jolie,
De t’aimer toujours !»

LILI MARLEEN: Hans Leip 1915:

1. Vor der Kaserne Vor dem großen Tor
Stand eine Laterne Und steht sie noch davor
So woll’n wir uns da wieder seh’n
Bei der Laterne wollen wir steh’n
|: Wie einst Lili Marleen. :

2. Unsere beide Schatten Sah’n wie einer aus
Daß wir so lieb uns hatten Das sah man gleich daraus
Und alle Leute soll’n es seh’n
Wenn wir bei der Laterne steh’n
|: Wie einst Lili Marleen. :

3. Schon rief der Posten, Sie blasen Zapfenstreich
Das kann drei Tage kosten Kam’rad, ich komm sogleich
Da sagten wir auf Wiedersehen
Wie gerne wollt ich mit dir geh’n
|: Mit dir Lili Marleen. :

4. Deine Schritte kennt sie, Deinen zieren Gang
Alle Abend brennt sie, Doch mich vergaß sie lang
Und sollte mir ein Leids gescheh’n
Wer wird bei der Laterne stehen
|: Mit dir Lili Marleen? :

5. Aus dem stillen Raume, Aus der Erde Grund Hebt mich
wie im Traume Dein verliebter Mund Wenn sich
die späten Nebel drehn
Werd’ ich bei der Laterne steh’n
|: Wie einst Lili Marleen. :

tr. Henry Lemarchand, 1940: Devant la caserne Quand le jour s’enfuit, La vieille lanterne Soudain s’allume et luit. C’est dans ce coin là que le soir On s’attendait remplis d’espoir |: Tous deux, Lily Marlène. :| Et dans la nuit sombre Nos corps enlacés Ne faisaient qu’une ombre Lorsque je t’embrassais. Nous échangions ingénûment Joue contre joue bien des serments |: Tous deux, Lily Marlène. :| Le temps passe vite Lorsque l’on est deux! Hélas on se quitte Voici le couvre-feu… Te souviens-tu de nos regrets Lorsqu’il fallait nous séparer? |: Dis-moi, Lily Marlène? :| La vieille lanterne S’allume toujours Devant la caserne Lorsque finit le jour Mais tout me paraît étrange Aurais-je donc beaucoup changé? |: Dis-moi, Lily Marlène. :| Cette tendre histoire De nos chers vingt ans Chante en ma mémoire Malgré les jours, les ans. Il me semble entendre ton pas Et je te serre entre mes bras |: Lily…Lily Marlène :| Tommie Connor: 1944 Underneath the lantern, By the barrack gate Darling I remember The way you used to wait T’was there that you whispered tenderly, That you loved me, You’d always be, My Lilli of the Lamplight, My own Lilli Marlene Time would come for roll call, Time for us to part, Darling I’d caress you And press you to my heart, And there ‘neath that far-off lantern light, I’d hold you tight , We’d kiss good night, My Lilli of the Lamplight, My own Lilli Marlene Orders came for sailing, Somewhere over there All confined to barracks was more than I could bear I knew you were waiting in the street I heard your feet, But could not meet, My Lilly of the Lamplight, my own Lilly Marlene Resting in our billets, Just behind the lines Even tho’ we’re parted, Your lips are close to mine You wait where that lantern softly gleams, Your sweet face seems To haunt my dreams My Lilly of the Lamplight, My own Lilly Marlene.

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Le vicomte

Personne ?
Attendez ! Je vais lui lancer un de ces traits !…

(il s’avance vers Cyrano qui l’observe, et se campant devant lui d’un air fat.)

Vous…, vous avez un nez… heu… un nez…, très grand.

Cyrano, gravement.

Très.

Le vicomte, riant.

Ha !

Cyrano, imperturbable.

C’est tout ?…

Le vicomte

Mais…

Cyrano

Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !.., bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez
Agressif :  » Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse !  »
Amical :  » Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !  »
Descriptif :  » C’est un roc !… c’est un pic !… c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule !  »
Curieux :  » De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîtes à ciseaux ?  »
Gracieux :  » Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?  »
Truculent :  » Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ?  »
Prévenant :  » Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !  »
Tendre :  » Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane !  »
Pédant :  » L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os !  »
Cavalier :  » Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode !  »
Emphatique :  » Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral !  »
Dramatique :  » C’est la Mer Rouge quand il saigne !  »
Admiratif :  » Pour un parfumeur, quelle enseigne !  »
Lyrique :  » Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?  »
Naïf A  » Ce monument, quand le visite-t-on ?  »
Respectueux :  » Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue !  »
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain !  »
Militaire :  » Pointez contre cavalerie !  »
Pratique :  » Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !  »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
 » Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître !  »
- Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

DE GUICHE, voulant emmener le vicomte pétrifié Valvert, laissez donc !

LE VICOMTE, suffoqué Ces grands airs arrogants ! Un hobereau qui… qui… n’a même pas de gants ! Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses !

CYRANO Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances. Je ne m’attife pas ainsi qu’un freluquet, Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ; Je ne sortirais pas avec, par négligence, Un affront pas très bien lavé, la conscience Jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil, Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil. Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise, Empanaché d’indépendance et de franchise ; Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset, Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache, Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache, Je fais, en traversant les groupes et les ronds, Sonner les vérités comme des éperons.

LE VICOMTE Mais, monsieur…

CYRANO Je n’est pas de gants ?… La belle affaire ! Il m’en restait un seul d’une très vieille paire ! -Lequel m’était d’ailleurs encor fort importun Je l’ai laissé dans la figure de quelqu’un.

LE VICOMTE Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule.

CYRANO, ôtant son chapeau et saluant comme si le vicomte venait de se présenter Ah ?… Et moi, Cyrano-Savinien-Hercule De Bergerac. Rires.

LE VICOMTE, exaspéré Bouffon !

CYRANO, poussant un cri comme lorsqu’on est saisi d’une crampe Ay !…

LE VICOMTE, qui remontait, se retournant Qu’est-ce encor qu’il dit ?

CYRANO, avec des grimaces de douleur Il faut la remuer car elle s’engourdit… – Ce que c’est que de la laisser inoccupée ! – Ay !…

LE VICOMTE Qu’avez-vous ?

CYRANO J’ai des fourmis dans mon épée !

LE VICOMTE, tirant la sienne Soit !

CYRANO Je vais vous donnez un petit coup charmant.

LE VICOMTE, méprisant Poète !…

CYRANO Oui, monsieur, poète ! et tellement, Qu’en ferraillant je vais- hop ! – à l’improvisade, Vous composez une ballade.

LE VICOMTE Une ballade ?

CYRANO Vous ne vous doutez pas de ce que c’est, je crois ?

LE VICOMTE Mais…

CYRANO, récitant comme une leçon La ballade, donc, se compose de trois Couplets de huit vers…

LE VICOMTE, piétinant Oh !

CYRANO, continuant Et d’un envoi de quatre…

LE VICOMTE Vous… CYRANO Je vais tout ensemble en faire une et me battre, Et vous touchez, monsieur, au dernier vers.

LE VICOMTE Non !

CYRANO Non ? Déclamant « Ballade du duel qu’en l’hôtel bourguignon Monsieur de Bergerac eut avec un bélître ! »

LE VICOMTE Qu’est-ce que ça, s’il vous plaît ?

CYRANO C’est le titre.

LA SALLE, surexcitée au plus haut point Place ! -Très amusant ! -Rangez-vous ! -Pas de bruits ! Tableau. Cercle de curieux au parterre, les marquis et les officiers mêlés aux bourgeois et aux gens du peuple ; les pages grimpés sur des épaules pour mieux voir. Toutes les femmes debout dans les loges. A droite, De Guiche et ses gentilshommes. A gauche, Le Bret, Ragueneau, Cuigy, etc.

CYRANO, fermant une seconde les yeux Attendez !… je choisis mes rimes… Là, j’y suis. Il fait ce qu’il dit, à mesure. Je jette avec grâce mon feutre, Je fais lentement l’abandon Du grand manteau qui me calfeutre, Et je tire mon espadon ; Elégant comme Céladon, Agile comme Scaramouche, Je vous préviens, cher Mirmydon, Qu’à la fin de l’envoi je touche ! Premiers engagements de fer. Vous auriez bien dû rester neutre ; Où vais-je vous larder, dindon ?… Dans le flanc, sous votre maheutre ?… Au coeur, sous votre bleu cordon ?… -Les coquilles tintent, ding-don ! Ma pointe voltige : une mouche ! Décidément… c’est au bedon, Qu’à la fin de l’envoi je touche. Il me manque une rime en eutre… Vous rompez, plus blanc qu’amidon ? C’est pour me fournir le mot pleutre ! – Tac ! je pare la pointe dont Vous espériez me faire dont : – J’ouvre la ligne,- je la bouche… Tiens bien ta broche, Laridon ! A la fin de l’envoi, je touche Il annonce solennellement

ENVOI Prince, demande à Dieu pardon ! Je quarte du pied, j’escarmouche, je coupe, je feinte… Se fendant. Hé ! là donc Le vicomte chancelle ; Cyrano salue. A la fin de l’envoi, je touche. Acclamations. Applaudissements dans les loges. Des fleurs et des mouchoirs tombent. Les officiers entourent et félicitent Cyrano. Ragueneau danse d’enthousiasme. Le Bret est heureux et navré. Les amis du vicomte le soutiennent et l’emmènent.

LA FOULE, en un long cri Ah !…

UN CHEVAU-LEGER Superbe !

UNE FEMME Joli !

RAGUENEAU Pharamineux !

UN MARQUIS Nouveau !…

LE BRET Insensé ! Bousculade autour de Cyrano. On entend … Compliments… Félicite… bravo…

VOIX DE FEMME C’est un héros !…

UN MOUSQUETAIRE, s’avançant vivement vers Cyrano, la main tendue Monsieur, voulez-vous me permettre ?… C’est tout à fait très bien, et je crois m’y connaître ; J’ai du reste exprimé ma joie en trépignant !… Il s’éloigne.

CYRANO, à Cuigy Comment s’appelle donc ce monsieur ?

CUIGY D’Artagnan.

LE BRET, à Cyrano, lui prenant le bras Cà, causons !…

CYRANO Laisse un peu sortir cette cohue… A Bellerose. Je peux rester ?

BELLEROSE, respectueusement Mais oui !… On entend des cris au dehors.

JODELET, qui a regardé C’est Montfleury qu’on hue !

BELLEROSE, solennellement Sic transit !… Changeant de ton, au portier et au moucheur de chandelles. Balayer. Fermer. N’éteignez pas. Nous allons revenir après notre repas. Répéter pour demain une nouvelle farce. Jodelet et Bellerose sortent, après de grands saluts à Cyrano.

LE PORTIER, à Cyrano Vous ne dînez donc pas ?

CYRANO Moi ?… Non. Le portier se retire.

LE BRET, à Cyrano Parce que ?

CYRANO, fièrement Parce… Changeant de ton, en voyant que le portier est loin. Que je n’ai pas d’argent !…

LE BRET, faisant le geste de lancer un sac Comment ! le sac d’écus ?…

CYRANO Pension paternelle, en un jour, tu vécus !

LE BRET Pour vivre tout un mois, alors ?…

CYRANO Rien ne me reste.

LE BRET Jeter ce sac, quelle sottise !

CYRANO Mais quel geste !…

LA DISTRIBUTRICE, toussant derrière son petit comptoir Hum !… Cyrano et le Bret se retournent. Elle s’avance intimidée. Monsieur… Vous savoir jeûner… le coeur me fend… Montrant le buffet. J’ai là tout ce qu’il faut… Avec élan. Prenez !

CYRANO, se découvrant Ma chère enfant, Encor que mon orgueil de Gascon m’interdise D’accepter de vos doigts la moindre friandise, J’ai trop peur qu’un refus ne vous soit un chagrin, Et j’accepterais donc… Il va au buffet et choisis. Oh ! peu de chose ! – Un grain de ce raisin… Elle veut lui donner la grappe, il cueille un grain. Un seul !… Ce verre d’eau… Elle veut y verser du vin, il l’arrête. Limpide ! -Et la moitié d’un macaron ! Il rend l’autre moitié.

LE BRET Mais c’est stupide !

LA DISTRIBUTRICE Oh ! quelque chose encor !

CYRANO La main à baiser. Il baise, comme la main d’une princesse, la main qu’elle lui tend.

LA DISTRIBUTRICE Merci, monsieur. Révérence. Bonsoir. Elle sort.

ROSTAND, Edmond, Cyrano de Bergerac, LGF, 1990.
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Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient leur courage!
Pierre Corneille – Le Cid, IV, 3, v.1257-1329 (1637)

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Le secret du bonheur (Conte africain)

Un enfant demande à son père :
- Dis papa, quel est le secret pour être heureux ?
Alors le père demande à son fils de le suivre ; ils sortent de la maison, le père sur leur
vieil âne et le fils suivant à pied.
Et les gens du village de dire :
- Mais quel mauvais père qui oblige ainsi son fils d’aller à pied !
-Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison, dit le père.

Le lendemain ils sortent de nouveau, le père ayant installé son fils sur âne et lui
marchant à côté. Les gens du village dirent alors :
- Quel fils indigne, qui ne respecte pas son vieux père et le laisse aller à pied !
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.
Le jour suivant ils s’installent tous les deux sur l’âne avant de quitter la maison.
Les villageois commentèrent en disant :
- Ils ne respectent pas leur bête à la surcharger ainsi !
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.
Le jour suivant, ils partirent en portant eux-mêmes leurs affaires, l’âne trottinant
derrière eux. Cette fois les gens du village y trouvèrent encore à redire :
- Voilà qu’ils portent eux-mêmes leurs bagages maintenant ! C’est le monde à l’envers !
- Tu as entendu mon fils ? Rentrons à la maison.

Arrivés à la maison, le père dit à son fils :
- Tu me demandais l’autre jour le secret du bonheur.
Peu importe ce que tu fais, il y aura toujours quelqu’un pour y trouver à redire.
Fais ce qui te plaît et tu seras heureux !
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«  »Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve »" (Saint-Exupéry)
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Quelques conseils du Dalaï Lama pour commencer cette journée…
CONSEILS POUR MENER VOTRE VIE :
1. Tenez compte du fait que le grand amour et les grandes réussites
2. Lorsque vous perdez, ne perdez pas la leçon.
3. Suivez les trois R : Respect de soi-même, Respect des autres,
Responsabilité de tous vos actes.
4. Souvenez vous que ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois
un merveilleux coup de chance.
5. Apprenez les règles pour savoir comment les transgresser
correctement.
6. Ne laissez pas une petite dispute meurtrir une grande amitié.
7. Lorsque vous réalisez que vous avez commis une erreur, prenez
immédiatement des mesures pour la corriger.
8. Passez un peu de temps seul chaquejour.
9. Ouvrez vos bras au changement, mais ne laissez pas s’envoler vos
valeurs.
10. Rappelez vous que le silence est parfois la meilleure des
réponses.
11. Vivez votre vie d’une façon bonne et honorable. Ainsi, lorsque
vous vieillirez et que vous regarderez en arrière, vous en
profiterez une deuxième fois.
12. Un foyer aimant est la fondation de votre vie.
13. Dans les désaccords que vous avez avec ceux que vous aimez, ne
vous occupez que de la situation actuelle. Ne réveillez pas le
passé.
14. Partagez votre savoir. C’est une manière d’atteindre
l’immortalité.
15. Soyez tendre avec la terre.
16. Une fois par an, allez quelque part où vous n’êtes jamais allé
auparavant.
17. Souvenez-vous que la meilleure des relations est celle dans
laquelle l’amour que chacun porte à l’autre dépasse le besoin que
vous avez de l’autre.
18. Jugez vos succès d’après ce que vous avez dû sacrifier pour les
obtenir.
19. Approchez l’amour et la cuisine avec un abandon insouciant.
Salutations Dalaï lama. »
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Nombres et figures géométriques
Le nombre UN
C’est le premier des nombres. Avant lui: le néant. Après lui: toute la série des nombres.
Il est l’origine, le créateur: tout nombre se déduit du précédent en ajoutant 1.
Un est l’essence primordiale, l’unique, l’indifférencié, le symbole du Dieu des religions monothéistes,
la racine de toutes choses, le Big Bang.

UN est dans TOUT et tout est dans UN

Le cercle qui n’a ni commencement ni fin est la figure symbolique du UN. Le cercle et son centre, un point,
le ‘centre du monde’, le lieu de focalisation qui unifie toutes les parties et les rend égalitaires, depuis
lequel est perçue la globalité. Le rond, la sphère, la graine, le nid symbolisent l’unité, l’éternité.

‘Sans le Un la terre n’aurait pas sa tranquilité
ni le ciel sa sérénité.’ (Lao Tseu)

Le nombre DEUX
Le UN est statique, immobile. Le dédoublement du UN, sa duplication, lui et son image créent le DEUX, la dualité,
la différenciation.
Ainsi la lumière est séparée des ténèbres, les Eaux d’en Haut des Eaux d’en Bas, le Yin du Yang, les deux pôles entre
lesquels va s’écouler l’énergie créatrice, le dynamisme de la multiplication.

Les alchimistes représentaient ce passage du UN au DEUX par le double carré, le rectangle de côtés 1:2, carré long
argenté ou rectangle de la genèse.

Le nombre TROIS
Le nombre TROIS (3=2+1), symbolisé par le triangle équilatéral, première figure à s’inscrire dans un cercle,
est la conscience de la dualité, symbole du temps et de l’espace.
Il réalise l’unité de la trinité que l’on retrouve dans le Père, Fils et St Esprit ou encore dans Brahma, Vishnou, Shiva.
Premier des nombres impairs (UN est unique, en dehors), il est nécessaire à la création.
Trois dimensions créent l’espace, et avec ce nombre commence la série des zomes.

Le nombre QUATRE
Avec le QUATRE la création s’est manifestée dans la matière. QUATRE est le symbole du stable, de la terre dans de
nombreuses civilisations.
Le carré dans le plan (4 côtés, 4 sommets) ou bien le tétraèdre dans l’espace (4 sommets, 4 faces triangulaires)
représentent bien ce nombre.

Ou encore les quatre directions auxquelles l’être humain se repère aisément, le QUATRE comme structure mentale
(les 4 vents, la bande des 4,…).

Le nombre CINQ
La matière inerte, le monde minéral s’organise en structures cristallines avec des symétries et des rythmes où se
reconnaissent les nombres 3, 4 ou 6 mais jamais 5. Au contraire ce nombre apparaît en abondance dans la vie organique,
depuis les premiers organismes marins jusque dans les doigts de nos mains. Et dans le monde végétal où nombreuses sont
les familles de plantes avec des fleurs présentant leurs 5 pétales et leurs étamines rayonnant en une figure régulière.
Le nombre CINQ est donc associé aux phénomènes biologiques.
Important en Occident depuis l’école de Pythagore, cinq est un nombre fondamental dans des civilisations aussi diverses
que chinoise, islamique ou maya pour laquelle, sous la représentation d’une main ouverte, il est le symbole du dieu Mais,
la base de l’alimentation, de la vie.
L’étoile à cinq branches est la figure symbolique qui représente le mieux ce nombre. Très répandue comme symbole,
elle se retrouve sur les drapeaux de multiples nations.
‘La psychanalyse et la tradition Maya se rencontrent ici, ainsi que les traditions orientales, pour faire de Cinq
le signe de la vie manifestée. Etant un nombre impair, il exprime non un état mais un acte. Le quinaire est le nombre
de la créature et de l’individualité.’( Dr. R. Allendy : Le symbolisme des nombres)

Le triangle de Pythagore
Le triangle de Pythagore, associant les nombre successifs TROIS, QUATRE et CINQ se trouve chargé d’une symbolique
fondamentale.
Et c’est le seul triangle rectangle où les côtés s’expriment par des nombres entiers. Il est probable que les anciens
Egyptiens utilisaient la corde à 13 noeuds et donc ce triangle avant Pythagore qui le premier en a établi la démonstration.
Et cette découverte a paru si importante que 100 boeufs furent sacrifiés à cette occasion.

Le NOMBRE d’OR
Au nombre 5 l’on peut associer le nombre d’or tant dans son expression algébrique que dans sa réalité géométrique:
il apparait dans les figures d’ordre 5, les pentagones et décagones convexes et étoilés.
souvent désignée comme noyau du nombre d’or, est un nombre irrationnel, incommensurable, et plus qu’un nombre:
une fonction. Comme diagonale du rectangle 1:2, il est à la base de la construction classique du nombre d’or
(ou plutôt de la proportion dorée, la Divine Proportion ainsi nommée par Fra Luca Paccioli).
Nombre aux propriétés mathématiques uniques (par exemple il se multiplie par lui-même lorsqu’on lui ajoute 1,
et qui s’inverse lui même lorsqu’on lui enlève 1), nombre d’harmonie, proportion esthétique et agréable à l’oeil,
on le retrouve dans les rythmes de croissance des êtres vivants, l’organisation des branches autour d’un tronc,
la répartition des feuilles sur un rameau, etc… La pyramide de Kéops, la seule des 7 merveilles du monde antique
encore visible, est une matérialisation grandiose du nombre d’or.
Nombre de perpétuation et d’économie, il est une fréquence cosmique fondamentale sur laquelle est accordŽe la vie.

Autres NOMBRES
Voilà une base que l’on pourrait poursuivre, parler du nombre SEPT nombre mystique qui a donné les jours de la semaine,
du nombre HUIT, symbole universel de régénération (une étoile à 8 branches guidait les rois mages, la 8ème note de la
gamme réalise l’octave et entame une gamme supérieure), du nombre DIX si important ou du DOUZE, à la fois multiple du
TROIS et du QUATRE, union du temps et de l’espace, découpage de l’anné en 4 saisons de 3 mois chaque. Il y avait 12 apôtres
dont un traître, 12 imams dont un caché, et 12 tribus d’Israel dont une perdue

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« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants » repris par Antoine de Saint-Exupéry
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Donner au monde l’énergie d’être durable »" !(société Solstis.ch)  »
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« Si vous pensez que vous êtes trop petit pour faire la difference, essayez de dormir avec un moustique » (Le Dalai Lama)
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« Oeuvre pour le monde ici-bas comme si tu devais vivre éternellement, oeuvre pour l’éternité comme si tu devais mourir demain »" (Mohamet, rapporté par Ali ben Abi Taleb)
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«  »Le présent est appelé ainsi car c’est un cadeau de la vie »" (attribué à Bouddha)
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«  »VIVRE SIMPLEMENT POUR QUE D’AUTRES PUISSENT SIMPLEMENT VIVRE ».
(Gandhi)
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«  »Quand un homme rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve. Quand beaucoup
d’hommes rêvent la même chose, c’est le début d’une réalité »"
(Hundertwasser)
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«  »Le scientifique pense la science comme probleme pour l’humanite »"
(J-J. Salomon)
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«  »"Leve-toi, tu as toute l’eternite pour dormir »", Omar Khayyam.
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«  » Eclaire ce que tu aimes sans toucher a son ombre »" (Christian Bobin)
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«  » La plus grande tragédie de l’existence n’est pas que l’homme soit
mortel, mais qu’il soit meurtrier »" (J-M. Muller)
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«Ecrire, c’est faire un bond hors du rang des meurtriers» (F.Kafka)
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«  »On n’est pas seulement responsable de ce que l’on fait mais aussi de
ce qu’on laisse faire »"
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«  »La politique ce n’est pas seulement comment on vote mais comment on
vit »" (J. Rubin)
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«  »Si on laisse vendre des armes on n’ira pas en prison mais nos enfants
mourront a la guerre »"
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«  »La certitude d’avoir raison est le signe infaillible de l’erreur »"
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« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée,
le dernier poisson capturé,
alors seulement vous vous apercevrez que l’argent ne se mange pas. »
(prophétie d’un indien cree)
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a écrit en 2000:
« Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l’accord tacite d’une sorte de contrat passé avec chacun d’entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu :
1) J’accepte la compétition comme base de notre système, même si j’ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l’immense majorité des perdants,
2) J’accepte d’être humilié ou exploité a condition qu’on me permette à mon tour d’humilier ou d’exploiter quelqu’un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale,
3) J’accepte l’exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que le prise en charge de la société a ses limites,
4) J’accepte de rémunérer les banques pour qu’elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu’elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits (qui serviront a dévaliser les pays pauvres, ce que j’accepte implicitement). J’accepte aussi qu’elle prélèvent une forte commission pour me prêter de l’argent qui n’est autre que celui des autres clients,
5) J’accepte que l’on congèle et que l’on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s’écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et de permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année,
6) J’accepte qu’il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère qu’on le fasse lentement en inhalant ou ingérant des substances toxiques autorisées par les états,
7) J’accepte que l’on fasse la guerre pour faire régner la paix. J’accepte qu’au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la défense. J’accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d’armes et faire tourner l’économie mondiale,
8) J’accepte l’hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu’il s’agisse d’une énergie coûteuse et polluante, et je suis d’accord pour empêcher toute tentative de substitution, s’il s’avérait que l’on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l’énergie, ce qui serait notre perte,
9) J’accepte que l’on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états décrètent qu’il s’agit d’un ennemi et nous encouragent à le tuer,
10) J’accepte que l’on divise l’opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l’impression de faire avancer le système. j’accepte d’ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu’elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux,
11) J’accepte que le pouvoir de façonner l’opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd’hui aux mains d’affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis convaincu du bon usage qu’ils en feront,
12) J’accepte l’idée que le bonheur se résume au confort, l’amour au sexe, et la liberté à l’assouvissement de tous les désirs, car c’est ce que la publicité me rabâche toute la journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai : je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie,
13) J’accepte que la valeur d’une personne se mesure à la taille de son compte bancaire, qu’on apprécie son utilité en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu’on l’exclue du système si elle n’est plus assez productive,
14) J’accepte que l’on paie grassement les joueurs de football ou des acteurs, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l’éducation et de la santé des générations futures, 15) J’accepte que l’on mette au banc de la société les personnes agées dont l’expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète (et sans doute de l’univers) nous savons que l’expérience ne se partage ni ne se transmet,
16) J’accepte que l’on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et combien j’ai de la chance de vivre en occident. je sais qu’entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous,
17) J’accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent l’avenir de la vie et de la planète,
18) J’accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu’on me le signale explicitement. J’accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l’agroalimentaire de breveter le vivant, d’engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l’agriculture mondiale,
19) J’accepte que les banques internationales prêtent de l’argent aux pays souhaitant s’armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu’il vaut mieux financer les deux bords afin d’être sûr de gagner de l’argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s’ils ne peuvent pas rembourser les emprunts,
20) J’accepte que les multinationales s’abstiennent d’appliquer les progrès sociaux de l’occident dans les pays défavorisés. Considérant que c’est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu’on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de l’homme et du citoyen, nous n’avons pas le droit de faire de l’ingérence,
21) J’accepte que les hommes politiques puissent être d’une honneteté douteuse et parfois même corrompus. je pense d’ailleurs que c’est normal au vu des fortes pressions qu’ils subissent. Pour la majorité par contre, la tolérance zéro doit être de mise,
22) J’accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l’agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances cancérigènes interdites en occident,
23) J’accepte que le reste de la planète, c’est-à-dire quatre milliards d’individus, puisse penser différemment à condition qu’il ne vienne pas exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d’expliquer notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives.
24) J’accepte l’idée qu’il n’existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé. Et si nous sommes doués d’une conscience et d’un langage, ce n’est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte,
25) J’accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu’aujourd’hui tout ceci n’existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous l’entendons sans cesse dans nos discours politiques,
26) J’accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées pour l’explication du mystère de nos origines. Et j’accepte que la nature ait pu mettre des millions d’années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants,
27) J’accepte la recherche du profit comme but suprême de l’Humanité, et l’accumulation des richesses comme l’accomplissement de la vie humaine,
28) J’accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de nos océans. J’accepte l’augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de poisons chimiques et d’éléments radioactifs dans la nature. J’accepte l’utilisation de toutes sortes d’additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c’est qu’ils sont utiles et sans danger,
29) J’accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu’elle nous mène vers une catastrophe sans précédent,
30) j’accepte cette situation, et j’admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l’améliorer,
31) J’accepte d’être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux pas mieux,
32) J’accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes soucis. J’accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez,
33) J’accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste matrice que vous placez devant mes yeux pour m’empêcher de voir la réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie.
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Rester optimiste:  » La meilleur façon de prévoir l’avenir, c’est de l’inventer  » J.De Rosnay
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« Je pense depuis longtemps que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles et la vengeance qu’elle s’attire… mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister, ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais plutôt qu’il y a de plus en plus d’hommes obéissants et dociles. » Georges Bernanos
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« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que du vent. » George Orwell
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« En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire » Gorges Orwell
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La culture, ce n’est pas ce qui reste quand on a tout oublié, mais au contraire, ce qui reste à connaître quand on ne vous a rien enseigné. Jean Vilar
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L’Etat est notre serviteur et nous n’avons pas à en être les esclaves. Albert Einstein
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La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. Karl Marx
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Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement. Albert Einstein
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Quand une société se corrompt, c’est le langage qui se gangrène en premier. en conséquence, la critique de la société commence par la grammaire et le rétablissement du sens.
Octavio Paz
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Quand le désordre atteint le langage, tout tourne au désastre. Karl Jaspers
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La loi de la majorité n’a rien à dire là où la conscience doit se prononcer. Mahatma Gandhi
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Louis Lecoin :
« S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »
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Albert CAMUS, nous nous souvenons qu’il écrivit l’éditorial du journal Combat du 8 août 1945 :
« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. (…) Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. »
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« Quand la loi redevient celle de la jungle, c’est un honneur que d’être
déclaré hors la loi » – Hervé Bazin
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La guerre n’est rien que le produit de l’ignorance des uns, de la crapulerie des autres et de la férocité de tous.
Choses dites (1997) Citations de Louis Calaferte
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23 octobre 2010
Mais pourquoi toujours demander aux autres de « faire » ?
Pourquoi ne la ferions-nous pas cette Ecole de « Sagesse » sans nous sentir supérieur ?
Tu veux un monde meilleur,
plus fraternel, plus juste ?
Et bien, commence à le faire !
Qui t’en empêche ?
Fais-le en petit et il grandira !
Fais-le en toi et autour de toi !
Fais-le avec ceux qui le veulent !
(C.G. Jung)
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Ana Sailland a dit…
Une école de sagesse ?!? Il m’est très difficile à moi, prof de math, d’être sage. Comment oserais-je enseigner la sagesse à l’apprenti hiérarque. Ce serait prétentieux, voire dangereux, car porteur en germe de la dictature de mes idées.
C’est pour cela que le travail en équipe est nécessaire.
C’est pour cela que la démocratie balbutiante doit être tout à la fois défendue et promue.

Car pour être universelle, la sagesse doit être inventée par tous, en commun. En outre elle ne peut qu’être évolutive et non figée. Il est impossible de la codifier et de l’enfermer dans un manuel scolaire, rire.

Cependant, l’idée n’est pas que mauvaise. Je verrais bien pour les candidats au pouvoir un stage de trois ans en cellule monastique,peu importe en quelle obédience, pour qu’ils apprennent, mais seuls, à exhumer leur conscience. Mais peut être y aurait il pénurie de candidats.

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Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. Albert Schweitzer

Chaque fois que je suis sur le point d’abîmer une vie quelconque, il faut que je me pose clairement la question de savoir si c’est nécessaire. Jamais je ne devrai m’autoriser à aller au-delà de l’indispensable, même dans des cas apparemment insignifiants. ibid

James Cameron, un journaliste britannique qui vécut un temps avec lui afin d’écrire une série d’ articles pour le « News Chronicles » le décrit ainsi : « Le docteur ne mange que fruits et légumes, mais en grandes quantités : avocats, mangues et soja, ainsi que particulièrement une très grande variété de bananes bouillies. Le Docteur n’a que peu d’illusions quant à la civilisation moderne et c’est pourquoi il en défend une nouvelle basée sur le Respect de la Vie. Il pense que la civilisation moderne basée sur l’arme atomique est faussement basée sur la destruction de la vie. »[2]

Plutôt que supporter du colonialisme, Schweitzer en fut l’un des plus rudes critiques. Dans un sermon prêché le 6 Janvier 1905, avant qu’il n’ ait annoncé à quiconque ses plans humanitaires il discourait ainsi :

« Notre culture divise les gens en deux classes : les hommes civilisés, un titre accordé à ceux qui effectuent le classement; et les autres, qui ont seulement forme humaine, et qui pourraient périr ou être jetés aux chiens pour ce que les « hommes civilisés » en ont à faire.
Oh cette « noble » culture qui est la nôtre ! Elle parle si pieusement de dignité humaine et de droits humains, puis faillit à respecter cette dignité et ces droits d’innombrables millions avant de les fouler à ses pieds, au prétexte qu’ils vivent outre-mer ou que leurs peaux sont de différentes couleurs, ou qu’ils ne peuvent pas « s’aider eux-mêmes ». Cette culture ne sait pas combien elle est creuse et misérable et pleine de désinvoltes parlottes, combien banale elle paraît pour ceux qui la suivent par delà les mers et voient ce qu’elle a commis là-bas [...] Je ne vais pas énumérer tous les crimes perpétrés au nom de la justice. Des gens ont volé les indigènes de leurs terres, en ont fait des esclaves, libérant sur eux la vermine de l’humanité. Pensez aux atrocités commises sur ces populations rendues serviles [...] et tout ce que nous avons fait… Nous les décimons, puis par un trait de stylo, prenons leurs terres si bien qu’ils n’ont plus rien du tout… Si toute cette oppression et tout ce péché et honte sont perpétrés sous l’œil du Dieu Germain, ou du Dieu Américain, ou du Dieu Britannique, et si nos états ne se sentent pas obligés premièrement de laisser de coté leur affirmation d’être « Chrétien » — alors le nom de Jésus est blasphémé et tourné en dérision. Et la Chrétienté de nos états est blasphémée et tournée en dérision devant ces pauvres gens. Le nom de Jésus devient imprécation, et notre Chrétienté -votre et mienne- devient contre-vérité et disgrâce, si les crimes ne sont pas suivis de réconciliations là-même où ils furent commis. Car pour toute personne ayant commis au nom de Jésus un crime, quelqu’un doit s’avancer pour aider au nom de Jésus; pour toute personne qui vole, quelqu’un doit apporter compensation; pour chaque personne qui maudit, une autre doit bénir.

Et dorénavant, lorsque vous parlez de missions, laissez ceci être votre message : Nous devons restaurer l’harmonie pour tous ces crimes lus dans les journaux. Nous devons recréer l’harmonie pour ces crimes, encore pires, à propos desquels nous ne lisons rien dans les magazines, ces crimes étouffés dans le silence nocturne de la jungle… » »

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Les fruits sont à tous, et la terre n’est à personne. Jean-Jacques Rousseau

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« Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Kenneth Boulding (1910-1993), président de l’American Economic Association.
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« La politique est un acte de foi, il faut démontrer une confiance dans les capacités intellectuelles et morales du public »
George Mc Govern

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…quel philosophe disait : « Je suis un humain. Par conséquent, je me sens concerné par tout ce qui touche à l’humain. »…
Souvenez-vous de cette phrase de Gandhi que je répétais l’an dernier, pendant la crise de la grippe H1N1 : « un individu conscient, éveillé et debout est plus dangereux pour le pouvoir en place que 10.000 individus endormis et apeurés. » (crevecoeur)

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« La couardise demande : est-ce sûr ?
L’efficacité demande : est-ce politique ?
La vanité demande : est-ce populaire ?

Mais la conscience demande : est-ce juste ?
Et il vient un temps où l’on doit prendre une position
Qui n’est ni sûre, ni politique, ni populaire –
Mais on doit la prendre simplement parce qu’elle est juste. »
– Dr. Martin Luther King Jr.
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« Quand il pleut, quand il y a de faux nuages sur Paris, n’oubliez jamais que c’est la faute du gouvernement. La production industrielle aliénée fait la pluie. La révolution fait le beau temps. » Guy Debord

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“Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire”
Albert Einstein

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« Quiconque trouve du plaisir à marcher en rangs serrés, au son de la musique est, pour moi, d’emblée, un objet de mépris. Il n’a reçu son cerveau que par mégarde puisque la moelle épinière lui aurait amplement suffi. Cette honte de la civilisation devrait être supprimée aussi vite que possible. Héroïsme sur commande, violence insensée, chauvinisme pénible, comme je le hais ardemment ; comme la guerre me paraît basse et méprisable, je préférerais me laisser couper en morceaux plutôt que de participer à des agissements aussi misérables. »

« Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité. »
Albert Einstein

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(Jeannine Naudinet) Je te cite la conclusion d’un poète, mort en 1961, tu vois tu n’es pas le seul, et il n’avait pas vu le pire :

« Courage partout il faut vivre encore
Sous un ciel qui n’a plus mémoire de l’aurore »
(Jules Supervielle)

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Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.
Jean JAURES

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« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » Jean Jaurès

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« Déposer son bulletin dans l’urne, cette expression nous paraît aujourd’hui du dernier grotesque ; elle a été préparée par un siècle d’héroïsme (…) Les élections sont dérisoires (…) Des hommes ont souffert, des hommes sont morts, tout un peuple a vécu pour que le dernier des imbéciles aujourd’hui ait le droit d’accomplir cette formalité truquée (…) Quand nous étudierons le dépérissement du parlementarisme en France nous serons conduits à constater sans doute que le parlementarisme est un parasitisme au moins aussi onéreux que le capitalisme. Car le capitalisme écrase le travail d’en dessus, mais le parlementarisme introduit au cœur même du travail la corruption, l’asservissement qu’il exige ».
Charles Péguy (1913)

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Tolstoï : « Le faux rôle que jouent dans notre société les sciences et les arts provient de ce que les gens soi-disant civilisés ayant à leur tête les savants et les artistes sont une caste privilégiée comme les prêtres ».

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PROBE
La vertu de la provocation est qu’elle donne la possibilité d’« anticiper », en rendant immédiatement visible ce que seules l’intuition ou la connaissance permettent de pressentir

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Lise London  : « La valeur de la vie ne se mesure pas au nombre d’années vécues, mais à sa richesse et à la profondeur de l’empreinte que nous laissons derrière nous sur Terre ».

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L’Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche :
« Moi, l’Etat, je suis le Peuple ». Mensonge : ce sont les créateurs qui ont formé les peuples et servi la vie. L’Etat, lui, ne sert qu’à l’enrichissement des inutiles.
Ainsi parlait Zarathoustra -NIETZSCHE
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La différence entre la dictature et la démocratie ? La dictature c’est « fermez vos gueules » et la démocratie c’est « cause toujours ».
Selon Woody ALLEN
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Du pain et des jeux
et le peuple sera content,
il suivra aveuglément
les lois des saigneurs dieux.
JUVENAL
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C’est avec des hochets que l’on mène les hommes
NAPOLEON

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Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté. J.J. Rousseau

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« C’est quand je me suis arrêté de travailler que j’ai réellement commencé à comprendre les choses. Le drame c’est que, quand on travaille, on n’a pas le temps de penser. »
François Partant (Roche)

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« Il n’est pas nécessaire d’esperer pour entreprendre, ni de réussir pour perseverer »
Guillaume d’Orange

*********************************https://fr.wikipedia.org/wiki/Bushido_%28code_de_vie%29

Sources du bushido

Ce code de vie a emprunté au Bouddhisme l’endurance stoïque, le respect du danger et de la mort; au Shintoïsme, le culte religieux de la Patrie et de l’Empereur ; au Confucianisme, une certaine culture littéraire et artistique ainsi que la morale sociale des « relations » : parents-enfants, maître et serviteur, époux, frères, amis. Mencius fut également une grande source d’inspiration pour le bushido. Notons que le Bushido n’est pas le premier « code de chevalerie » du japon médiéval. En effet, largement avant le bushido existait le « code de l’arc et du cheval ». Le Bushido, écrit au XVIIe siècle avec la mentalité de l’époque, c’est-à-dire pacifiste et politiquement correcte (au point d’en devenir aberrant parfois, mettant en place jusqu’à une sorte de culte de la mort chez les samouraï qui, ne vivant plus en période de guerre, souhaitaient tous mourir au champ d’honneur par tous les moyens possibles et imaginables et le plus jeune possible pour compenser), était largement critiqués par de nombreux samouraï de l’ancienne école. Le Hagakure, recueil de pensées d’un de ces hommes, vante les mérites des préceptes du code de l’arc et du cheval et critique ouvertement le nouveau code du guerrier (sans le nommer puisqu’à cette époque le terme de bushido n’existait pas. Il ne fut officialisé qu’au milieu du XVIIe siècle).
Un code très strict

La plupart des samouraïs vouaient leur vie au bushido, un code strict qui exigeait loyauté et honneur jusqu’à la mort. Si un samouraï échouait à garder son honneur il pouvait le regagner en commettant le seppuku (suicide rituel), que l’on connaît mieux en occident sous le terme de « hara-kiri » ou « l’action de s’ouvrir le ventre » (hara : le « ventre », siège du ki (puissance, énergie) et kiri : « coupe »). Cependant, il faut noter une différence non négligeable entre seppuku et hara-kiri. Le seppuku permettait à un guerrier vaincu de se donner la mort et de pouvoir ainsi mourir avec son honneur (le vainqueur abrégeait ensuite ses souffrances). Le hara-kiri était une façon de se donner la mort où la personne « perdait » tout honneur suite à ce geste. Dans le Japon féodal, on parlera de hara-kiri pour une personne se donnant la mort suite par exemple à une humiliation (adultère par exemple) et de seppuku pour une personne assumant une défaite et se donnant la mort (guerrier perdant une bataille). Cette nuance est sensible mais importante dans la compréhension du bushido.

Sous sa forme la plus pure, le bushido exige de ses pratiquants qu’ils jugent efficacement le moment présent par rapport à leur propre mort, comme s’ils n’étaient déjà plus de ce monde. C’est particulièrement vrai pour les formes initiales de bushido ou de budo. D’ailleurs, les traditionalistes critiquent les formes plus tardives : « ils raisonnent clairement avec l’idée de rester en vie dans l’esprit. »
Citations

Voici un aperçu de la loi du bushido telle qu’elle est exprimée vers la fin du XVIIe siècle3 :

« Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)

« Un homme qui ne cesse de calculer est un poltron. Je dis cela parce que les supputations ont toujours un lien avec les idées de profit et de perte; l’individu qui les fait est tout le temps préoccupé par des notions de gain ou de perte. Mourir est une perte, vivre est un gain et c’est ainsi que l’on décide souvent de ne pas mourir. C’est de la lâcheté. De même, un homme qui a reçu une bonne éducation peut camoufler, avec son intelligence et son éloquence, sa poltronnerie ou sa cupidité qui sont sa véritable nature. Bien des gens ne s’en rendent pas compte. » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)

« Ne jamais rechercher les mets les plus fins dans le but de contenter son corps. » (La Voie à Suivre Seul, Miyamoto Musashi)

« Un samouraï se conduira en fils et en sujet fidèle. Il ne quittera pas son souverain, quand bien même le nombre de ses sujets passerait de cent à dix, de dix à un » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)

« … Quant aux samouraïs, ils inventent toutes sortes d’armes. Ils doivent connaître les caractéristiques de chaque espèce d’arme. C’est la façon de vivre d’un bushi. Si un samouraï n’est pas familier avec les armes ou ignore les caractéristiques propres à chacune, cela ne serait-il pas insensé ? » (Le Traité des Cinq Eléments, Chapitre de la Terre, Miyamoto Musashi)

« En temps de guerre, le témoignage de sa loyauté consistera à se porter s’il le faut au-devant des flèches ennemies sans faire cas de sa vie »(Hagakure, Yamamoto Jôchô)

« Se consacrer entièrement à la Voie, sans même craindre la Mort. » (La Voie à Suivre Seul, Miyamoto Musashi)

« …s’il perd le combat et s’il est obligé de livrer sa tête (…) il mourra en souriant, sans aucune vile allure » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)

« … Il est dit aussi que l’usage des armes pour tuer – du moins quand c’est inévitable – fait aussi partie de la Voie de la Nature. Qu’est-ce que cela veut dire ? Les fleurs s’épanouissent et la verdure prolifère quand souffle la brise printanière ; mais à l’apparition des gelées d’automne, invariablement, les feuilles tombent et les arbres s’étiolent. Cela aussi est la loi de la Nature. Il peut donc se présenter un moment où il faut abattre ce qui doit l’être : certains profitent des évènements pour commettre le Mal. Quand ce mal se manifeste, il faut le combattre. C’est pourquoi il est dit aussi que l’usage des armes fait également partie de la Voie de la Nature. » (Satsujinken, Yagyu Munenori)

« … Ne jamais se relâcher à aucun moment de la journée. » (Le Traité des Cinq Eléments, le Chapitre du Vide, Miyamoto Musashi)

« Bushido signifie la volonté déterminée de mourir. Quand tu te retrouveras au carrefour des voies et que tu devras choisir la route, n’hésite pas : choisis la voie de la mort. Ne pose pour cela aucune raison particulière et que ton esprit soit ferme et prêt. Quelqu’un pourra dire que si tu meurs sans avoir atteint aucun objectif, ta mort n’aura pas de sens : ce sera comme la mort d’un chien. Mais quand tu te trouves au carrefour, tu ne dois pas penser à atteindre un objectif : ce n’est pas le moment de faire des plans. Tous préfèrent la vie à la mort et si nous nous raisonnons ou si nous faisons des projets nous choisirons la route de la vie. Mais si tu manques le but et si tu restes en vie, en réalité tu seras un couard. Ceci est une considération importante. Si tu meurs sans atteindre un objectif, ta mort pourra être la mort d’un chien, la mort de la folie, mais il n’y aura aucune tache sur ton honneur. Dans le Bushido, l’honneur vient en premier. Par conséquent, que l’idée de la mort soit imprimée dans ton esprit chaque matin et chaque soir. Quand ta détermination de mourir en quelque moment que ce soit aura trouvé une demeure stable dans ton âme, tu auras atteint le sommet de l’instruction du bushido. » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)
Les sept vertus du bushido

Il existe sept grandes vertus confucéennes associées au bushido :

Droiture (?, Gi?, parfois aussi traduit par rectitude ou rigueur)
Courage (?, Yu?)
Bienveillance (?, Jin?, parfois aussi traduit par grandeur d’âme, compassion ou générosité)
Politesse (?, Rei?, correspondant à l’étiquette apparue en France à la même époque ou d’une manière plus générale, le respect)4)
Sincérité (?, Makoto?, ou honnêteté)
Honneur (??, Meiyo?)
Loyauté (??, Chugi?)

*********************************https://fr.wikipedia.org/wiki/Musashi_Miyamoto
Dokkodo

À 60 ans, Musashi écrivit en quelque sorte son testament au travers du Traité des Cinq Roues. Deux ans plus tard, sentant sa fin approcher, il écrivait le Dokkodo, La Voie à suivre seul :

Ne pas contrevenir à la Voie immuable à travers les temps.
Éviter de rechercher les plaisirs du corps.
Être impartial en tout.
N’être jamais cupide durant toute la vie.
N’avoir aucun regret dans les affaires.
Ne jamais jalouser autrui en bien ou en mal.
Ne jamais être attristé par toutes séparations.
N’éprouver aucune rancune ou animosité vis-à-vis de soi ou des autres.
N’avoir aucun désir d’amour.
N’avoir aucune préférence en toutes choses.
Ne jamais rechercher son confort.
Ne jamais rechercher les mets les plus fins afin de contenter son corps.
Ne jamais s’entourer, à aucun moment de la vie, d’objets précieux.
Ne pas reculer pour de fausses croyances.
Ne jamais être tenté par aucun objet autre que les armes.
Se consacrer entièrement à la Voie sans même craindre la mort.
Même vieux n’avoir aucun désir de posséder ou d’utiliser des biens.
Vénérer les bouddhas et divinités mais ne pas compter sur eux.
Ne jamais abandonner la Voie de la tactique.

Enseignant
Stèle dédiée à Miyamoto Musashi, fondateur de la Hyoho Niten Ichi Ryu. Elle est érigée au pied du château de Kokura sur le lieu où vécut Musashi. Est inscrite sur la pierre la devise : « Seishin Chokudo », Cœur sincère, Voie droite. Kokura est le lieu où se trouve le Hombu dojo de la Hyoho Niten Ichi Ryu.

Il fonda l’école Niten Ichi Ryu dont la branche maîtresse est la Hyoho Niten Ichi Ryu.
Hyoho Niten Ichi ryu est traduit par “l’École de la stratégie des deux Ciels comme une Terre”. Aujourd’hui, une lignée de maîtres descend directement des disciples de Musashi.
Cette école de sabre, une koryu de kenjutsu, fut nommée tout d’abord École des Deux Sabres (Niken ryu), puis École des Deux Cieux (Niten ryu). Elle reste renommée pour son style hors du commun : utilisation simultanée de deux sabres, l’un court, l’autre long. Le hyoho, de Hyoho Niten Ichi Ryu, signifie stratégie et constitue un enseignement capital dans l’école.

On retrouve également plusieurs écoles dans le monde au suffixe Niten Ichiryu mais elles n’entretiennent officiellement aucune sorte de lien d’héritage avec Hyoho Niten Ichiryu2. Certaines écoles descendent authentiquement de Miyamoto Musashi sans être pour autant la branche « mère » et sont considérées comme des koryu. Elles transmettent leur enseignement sur autorisation du soke et doivent expressément démontrer leur lignée de transmission et l’accord formel d’enseigner de la part du soke de cette branche. Toute imprécision ou rétention d’une telle information est un indice d’un enseignement abusif dans sa référence à l’école de Musashi.
L’école de Musashi transmet son expérience à travers sa technique et son esprit. Ne transmettre que la technique est une amputation grave de l’enseignement du fondateur qui dénature le sens profond d’une koryu : « En Hyoho Niten Ichi Ryu, celui qui succède doit se vouer à l’entraînement et prouver à ses contemporains, par son exemple, que l’enseignement et le kokoro du fondateur sont absolus et authentiques. C’est ma mission en tant que soke »3. Ainsi, le soke est seul en mesure d’explorer les nombreux sens de cet enseignement car il possède seul la transmission de l’esprit qui authentifie le geste. Le but de l’élève est alors de s’approcher de l’expérience de Musashi avec la garantie que lui offre la connaissance héritée par le soke. Pour cette raison, tout enseignant de la Hyoho Niten ichi Ryu ou de toute branche authentique de la Niten Ichi Ryu doit cultiver un lien d’apprentissage avec le grand-maître de sa branche.
Principes

L’enseignement de Musashi peut se ramener à neuf principes :

Éviter toutes pensées perverses
Se forger dans la voie en pratiquant soi-même
Embrasser tous les arts et non se borner à un seul
Connaître la Voie de chaque métier, et non se borner à celui que l’on exerce soi-même
Savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque chose
En toute choses, s’habituer au jugement intuitif
Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas
Prêter attention au moindre détail
Ne rien faire d’inutile

Les principes sont à étudier le bokken en main auprès d’un maître. La particularité de l’enseignement des koryu est qu’il est attendu du soke qu’il incarne et prouve sa maîtrise à chaque génération.

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Jaurès disait « Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots. » … ou ils les oublient …

*********************************roland essayan colmar
Dans la même lignée, je pensais citer au procès Einstein (« on ne résoud pas un problème avec le même état d’esprit que celui qui l’a généré ») et Lévy-Strauss (« aujourd’hui la science et la technologie servent surtout à réparer les conséquences et erreurs provoquées par ces mêmes sciences et technologies »)

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Jean Jacques Rousseau :
« Le premier qui, ayant enclos du terrain, s’avisa de dire : « Ceci est à moi » et trouva des gens assez simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile… Gardez-vous d’écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne…Quand les héritages se furent accrus en nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s’agrandir qu’aux dépens des autres… De là commencèrent à naître la domination et la servitude »

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« l’école est l’agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est. » Ivan Illich

***********************http://www.linternaute.com/citation/3997/l-homme-est-un-loup-pour-l-homme——-thomas-hobbes/
Sur « L’homme est un loup pour l’homme. »
Thomas Hobbes et Plaute
Source La Comédie des ânes

Vos avis    51 avis | DONNEZ VOTRE AVIS

L’avis de Haja Andriambololona (Paris)
L’hypocrisie
« Derrière une fortune, il y a toujours un crime … L’homme en soit ne cherche que la protection de sa sphère intime (propriété privée, garde en boxe, périmètre dans le travail ou d’un projet etc…) et fait tout en sa possession pour la protéger, mais cherche à tout prix aussi à l’élargir; le présent dicton explique ce phénomène. » (05 novembre 2012)

L’avis de Dominique  (Marseille)

« Un grand classique le pire ennemi de l’homme c’est lui , et les autres hommes. » (03 septembre 2012)

L’avis de Gigi Babou (Laval)

« comment donner un avis hors du systeme de la pensée philosophique de l’auteur » (20 juin 2012)

L’avis de Mike  (Brest)
Si seulement
« Si seulement ça pouvait être vrai, la vie serait moins dure. » (23 novembre 2011)

L’avis de Erwan  (Rennes)

« c’est une insulte aux loups » (12 septembre 2011)

L’avis de Noelle Mazzone (Marseille)
Peur du loup!
« c est la panique en montagne,!NON NON les loups ont fait un massacre il faut tuer ces sales sauvages ! sur les pauvres brebis! c est l horreur ! peur du loup ! » (20 juillet 2011)

L’avis de Michaël (de L’hébreu Mikayehu : Semblable à Dieu)  (Brebières)

« L’Homme est un loup pour l’Homme. L’argent est son os. Les actionnaires les enterrent au fond de leur jardin et font leurs réserves. Les autres se battent pour les cartilages restants. Chacun est d’accord mais il sortira les  crocs si l’on s’approche de son os. » (13 juillet 2011)

L’avis de Jean Marc Lozano (Saint Peray)

« A l’état de nature, l’homme est, ou serait un danger pour ses congénères.Laissant entendre que l’éducation viendra en adoucir ses pulsions.Qu’en est il de notre vertueuse  éducation, de notre morale et attitudes de notre société.Il y chez Hobbes une prédiction de ce que nous devenons dans des climats qui se dégradent.Méfions  nous du loup, méfions nous de nous. » (10 juin 2011)

L’avis de Lauriane Cissé (Nîmes)

« La citation exacte c’est : « A l’état de nature l’homme est un loup pour l’homme, à l’état social l’homme est un dieu pour l’homme”. » (04 janvier 2011)

L’avis de Christian  (Montpellier)

« Je ne cherche pas à retrouver le contexte, la signification qu’a voulu donné l’auteur de ces mots en son temps. Au contraire j’ai l’humilité de penser que l’on ne peut que l’interpréter à notre sauce, ce qui prévaut d’ailleurs pour tout écrit en commençant pas les plus anciens comme les livres religieux. Quelle prétention de croire même le plus érudit d’entre nous que l’on peut affirmer ce qu’a voulu dire exactement un auteur ancien car il faut le replacer dans son contexte ancien, se mettre dans la tête de l’auteur, parfois traduire son texte original dans une langue différente et j’en passe et des meilleurs de toutes les interprétations à faire. J’entends pour ma part ces mots comme : l’homme est un descendant de l’animal (loup ou autre) et que de se fait il faut prendre conscience que nous avons gardé génétiquement des restes de cette bestialité qu’on le veuille ou non. Faut-il y souscrire bien évidemment non,  mais l’admettre, en prendre conscience pour mieux l’apprivoiser, voilà ma position. » (12 octobre 2010)

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« Vous n’avez pas participé à la bataille vous devrez partager la défaite » (Aragon)

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« Si vous ne changez pas en vous-même, ne demandez pas que le monde change »

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Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens réfléchis et engagés puisse changer le monde. En fait, c’est toujours comme cela que ça s’est passé.?
Margaret Mead (1901 – 1978) – Anthropologue.

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« La désobéissance civile est le droit imprescriptible de tout citoyen. Il ne saurait y renoncer sans cesser d’être un homme. » GANDHI. Tous les hommes sont frères, 1969, p. 235 Mais il y a des coups de pied au cul qui se perdent, en haut lieu.

*****************VanDoorne
Un nul qui marche va plus loin qu’un « naintellectuel » qui reste assis  » :-)   x

« Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité. »
Antoine de Saint-Exupéry

Agriculteur est composé du mot cultiver. Cultiver vient du mot latin « cultura », qui veut dire « honorer ».
Alors allons cultiver la terre au sens noble du terme.

Un champ si fertile soit-il ne peut être productif sans culture, et c’est la même chose pour l’humain sans enseignement. (Tusculanes, II, 13) Ciceron.

Le temps est précieux. A chaque instant participons à créer un paradis sur terre.

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« La science permet de savoir comment faire fonctionner un train, l’histoire de savoir qu’il peut parfois aller à Auschwitz. »
Jean-Christophe Defraigne, professeur, Université de Louvin

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« Étudie les livres et observe la nature. Lorsque les deux ne sont pas en accord, jette le livre. »
William A Albrecht

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 » Un conflit entre nations nous horrifie. Mais la guerre économique ne vaut pas mieux qu’un conflit armé. Ce dernier est comme une intervention chirurgicale. Une guerre économique est une torture prolongée. Et ses ravages ne sont pas moins cruels que ceux que décrivent si bien les ouvrages sur la guerre.Nous nous préoccupons moins de la guerre économique parce que nous sommes habitués à ses effets mortels. Le mouvement contre la guerre est juste. Je crains pourtant qu’il ne soit voué à l’échec s’il ne s’en prend à la racine du mal : l’avidité humaine.  »
GANDHI
 » Non – violence – The Greatest Force – 1926  »

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 » Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.  »
René Char ( 1907-1988 )

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« Il faut connaître le mal que l’on veut combattre »
Simone Weil (1909-1943)

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Ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait possible n’ont jamais avancé d’un seul pas.
Mikhaïl Bakounine

******************** poëme de Martin Niemöller

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester

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« Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n’auront plus que des crédulités scientifiques. » (Anatole France)

********************
« Vient un temps où le silence est trahison- Je n’ai pas peur des mots des gens violents, mais le silence des gens honnêtes. » Martin Luther King

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« La seule façon de te sauver toi-même, c’est de lutter pour sauver tous les autres. » Nikos KAZANTZAKIS www.jeluttedoncjesuis.net

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« Qui donc répondrait à la terrible obstination du crime si ce n’est l’obstination du témoignage ». Albert camus cité par W.Tchertkoff pour www.independentwho.org

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« La science s’oppose absolument à l’opinion. S’il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l’opinion, c’est pour d’autres raisons que celles qui fondent l’opinion ; de sorte que l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal ; elle ne pense pas ; elle traduit des besoins en connaissances. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. » Gaston Bachelard.

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« (…) seuls des prêtres peuvent prétendre mesurer la valeur d’une idée à la quantité de sang qu’elle a fait répandre. » Simone Weil. Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale.

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« Mais l’impuissance où l’on se trouve à un moment donné, impuissance qui ne doit jamais être regardée comme définitive, ne peut dispenser de rester fidèle à soi-même, ni excuser la capitulation devant l’ennemi, quelque masque qu’il prenne. Et, sous tous les noms dont il peut se parer, fascisme, démocratie ou dictature du prolétariat, l’ennemi capital reste l’appareil administratif, policier et militaire […] qui se dit notre défenseur et fait de nous ses esclaves. »
Simone Weil, Réflexions sur la guerre.

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« On ne combat pas un mal avec les moyens qui ont permis son émergence. L’insensibilité, la fausse objectivité, la fausse respectabilité, le faux contrôle des nerfs, la mascarade de la responsabilité, l’inhibition du sens moral… ont permis l’émergence du nucléaire. L’arrêter c’est redonner aux mots leur sens, au jugement sa cohérence, à la santé sa place… dans la chaleur de l »émotion. » Françoise Chanial (2016) à propos Transpary watch

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C’est quand ça devient difficile que la non-violence prend tout son sens…Oui c’est dure, c’est impossible de rester « zen », mais nous avons tous individuellement des ressources insoupçonnées.

J’ai du mal à comprendre les dernières décisions de justice, je veux dire j’ai du mal à comprendre comment des gens peuvent prendre de telles positions?

Et je me dis que nous avons de la chance de penser comme on pense, d’avoir le courage d’agir, de ne pas subir tout ce système. Parce que ces décisions de justice, qui ne dénonce pas la violation de la terre dans notre affaire de Colmar, qui se dédouane de l’urgence d’appliquer le principe de précaution pour les VRTH au conseil d’Etat en faisant traîner les choses (même si je suis consciente que c’est important d’avoir l’avis de la cour européenne de justice), ces décisions elles sont violentes.

Et nous, on a autre chose à proposer, parce que nous on souhaite un monde ou un criminel multirécidiviste (je parle de Monsanto) ne s’achète pas 66 milliards de dollars! nous si on avait cet argent je crois qu’on ferait de belles choses …je ne sais pas comme accueillir dignement des réfugiés qui fuient des pays en guerre … Franchement quand on se pause deux seconde pour  penser à tout ça, ça parait complètement dingue, mais ça donne pas envie de devenir comme eux!

Plein de courage à tous

Bises
béné
Béné Bonzi Proces Colmar septembre 2016

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« Le  capitalisme  est  cette  croyance  étonnante  que  les  plus  mauvais  des  hommes  feront  les  pires  des  choses  pour  le  bien  de  tous. »      Keynes (economiste)

nucléaire, OGM, brevets sur le vivant, boursicotage sur l’alimentation, agro industrie, bidonvillisation…..

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Noam Chomsky : « La façon la plus intelligente de maintenir la passivité des gens, c’est de limiter strictement l’éventail des opinions acceptables, mais en permettant un débat vif à l’intérieur de cet éventail et même d’encourager des opinions plus critiques et dissidentes. Cela donne aux gens l’impression d’être libres de leurs pensées, alors qu’en fait, à tout instant, les présuppositions du système sont renforcées par les limites posées au débat ».
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« Si nous assistons muet au mal, nous assistons le mal ».(Victor Hugo)

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« Si l’ on veut aller très loin, il faut d’ abord commencer au plus près, répétait Krishnamurti. »
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« Le riche (…) est toujours vendu à l’ institution qui fait sa richesse -
1849 La désobéissance civile ».
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« La guerre va clopin clopant
Dans la défaite ou la victoire, tout un chacun reste perdant » (Bertold Brecht « Mère courage »)
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« Frapper d’impôts le nécessaire, c’est voler ; frapper d’impôts le superflu, c’est restituer. »
« Toute révolution est un progrès ».
1870″ »Quand on songe que l’Hôtel de ville n’a jamais cru une minute au succès possible de la résistance, qu’il a fait deux mois de cette horrible guerre sans nul espoir, uniquement pour conserver l’autorité, pour rester au gouvernement ! Et quand on on songe encore que cette certitude préconçue de la défaite en a été la seule cause, que des préparatifs sérieux, faits à temps, nous assuraient la victoire,…comment ne pas rester anéanti de douleur et de rage devant la patrie qui s’abîme par l’ineptie, l’égoïsme et la plate ambition de quelques hommes ? ». « Ni Dieu ni maître »
Dans son journal, Le Libérateur, fondé en 1834, dont la devise est « Unité, égalité, fraternité, il écrit dans le 1er n° (2 février 1834): « Si, en effet, nous nous disons républicains, c’est que nous espérons de la république une refonte sociale que la France réclame impérieusement et qui est dans ses destinées. Si la république devait tromper cette espérance, nous cesserions d’être républicains, car à nos yeux une forme de gouvernement n’est point un but, mais un moyen et nous ne désirons une réforme politique que comme acheminement à une réforme sociale ». Il faut signaler que, plus tard, il montrera l’idée d’une sorte de dictature du prolétariat ; dans la société des saisons dont il est le fondateur, il est dit durant le serment d’intronisation: « L’état social étant gangrené, pour passer à un état sain, il faut des remèdes héroïques ; le peuple aura besoin pendant quelque temps d’un pouvoir révolutionnaire »
Il se montre intransigeant. Il ne veut pas de réformes progressives marquées par les concessions. Il a une formule: « on doit épouser sans dot ». Il ne veut alors pas rallier la gauche plus modérée de Ledru-Rollin ou du socialiste Louis Blanc. Il est fermement révolutionnaire, écrivant à certains de ses partisans alors qu’il est emprisonné en 1851 : « Qui a du fer a du pain… La France hérissée de travailleurs en armes, voilà l’avènement du socialisme. En présence des prolétaires armés, obstacles, résistances, impossibilités, tout disparaîtra. Mais pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d’arbres de la liberté, par des phrases sonores d’avocats, il y aura de l’eau bénite d’abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, enfin de la mitraille, de la misère toujours. Que le peuple choisisse  »

Œuvre:
Blanqui s’apparente au socialisme dit « métaphysique ». Dans son ouvrage L’Éternité par les astres (1872), élaboré, il est vrai, sur la fin de sa vie, alors qu’il subit une fois de plus la prison, il expose que la combinaison d’atomes dont nous résultons se reproduit un nombre infini de fois (dans l’infinité de l’espace et du temps), de sorte que chacun de nous a une infinité de sosies. Toutefois, les derniers écrits de Blanqui sont minimes en comparaison de ce qu’il fut avant tout : un stratège de l’insurrection n’hésitant pas à payer de sa personne.

Dans son recueil de textes intitulé La critique sociale, paru en 1886, Blanqui expose trois thèses :

- la société civile dépend entièrement du mécanisme des échanges ;
- l’histoire se développe tout entière autour du combat économique destiné à accroître la richesse ;
- la société humaine évolue vers le communisme et sa marche est accélérée par les abus du capitalisme.

Principales publications
Défense du citoyen Louis-Auguste Blanqui devant la cour d’assises, 1832.
Instruction pour une prise d’arme, 1866.
La Patrie en danger, 1871.
L’Éternité par les astres, 1872.
La Critique sociale, 1885.

Auguste Blanqui « patriote mais non nationaliste »

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« Créer une entreprise artistique dans une société libérale, c’est avant tout rendre un système économiquement déficitaire pérenne. » Bruno Boussagol Janvier2017Bulletin d’information n°40 Voeux de Bonne Année: « Vivent les vieilles et vivent les vieux » / Bruno Boussagol / Brut de béton production

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Elisée Reclus

Sur la morale
« Celui qui commande se déprave, celui qui obéit se rapetisse. Des deux côtés. comme tyran ou comme esclave, comme préposé ou comme subordonné, l’homme s’amoindrit. La morale qui naît de la conception actuelle de l’État, de la hiérarchie sociale, est forcément corrompue. « La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse », nous ont enseigné les religions, elle est le commencement de toute servitude et de toute dépravation, nous dit l’histoire. » 18 juillet 1892, Correspondance.

« Pour que l’anarchie triomphe, il faut qu’elle soit déjà une réalité concrète avant les grands jours qui viendront. » Aux compagnons rédacteurs des Entretiens, Les Entretiens politiques et littéraires, juillet 1892, p. 3-6.

Sur la révolution
« [...] l’équilibre rompu d’individu à individu, de classe à classe, se balance constamment autour de son axe de repos : le viol de la justice crie toujours vengeance. De là, d’incessantes oscillations. Ceux qui commandent cherchent à rester les maîtres, tandis que les asservis font effort pour reconquérir la liberté, puis, entraînés par l’énergie de leur élan, tentent de reconstituer le pouvoir à leur profit. Ainsi des guerres civiles, compliquées de guerres étrangères, d’écrasements et de destructions, se succèdent en un enchevêtrement continu, aboutissant diversement, suivant la poussée respective des éléments en lutte.Ou bien les opprimés se soumettent, ayant épuisé leur force de résistance : ils meurent lentement et s’éteignent, n’ayant plus l’initiative qui fait la vie ; ou bien c’est la revendication des hommes libres qui l’emporte, et, dans le chaos des événements, on peut discerner de véritables révolutions, c’est-à-dire des changements de régime politique, économique et social, dus à la compréhension plus nette des conditions du milieu et à l’énergie des initiatives individuelles. » L’Homme et la Terre, préface du tome I, Paris, La Librairie universelle, 1905.

« Il est cependant des esprits timorés qui croient honnêtement à l’évolution des idées, qui espèrent vaguement dans une transformation correspondante des choses, et qui néanmoins, par un sentiment de peur instinctive, presque physique, veulent, au moins de leur vivant, éviter toute révolution. Ils l’évoquent et la conjurent en même temps : ils critiquent la société présente et rêvent de la société future comme si elle devait apparaître soudain, par une sorte de miracle, sans que le moindre craquement de rupture se produise entre le monde passé et le monde futur. Êtres incomplets, ils n’ont que le désir, sans avoir la pensée ; ils imaginent, mais ils ne savent point vouloir. » L’Évolution, la révolution et l’idéal anarchique, Paris, Stock, 1902.

Sur le vote
« Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n’est ni votant, ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l’exercice du droit de suffrage. [...] Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir. Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement. » Le Révolté, octobre 1885.

Sur le progrès
« De quels chants de triomphe en l’honneur du progrès n’ont pas été accompagnées les inaugurations de toutes les usines industrielles avec leurs annexes de cabarets et d’hôpitaux ! Certes, l’industrie amena de réels progrès dans son cortège, mais avec quel scrupule il importe de critiquer les détails de cette grande évolution ! Les misérables populations du Lancashire et de la Silésie nous montrent que tout n’a pas été progrès sans mélange dans leur histoire ! Il ne suffit pas de changer d’état et d’entrer dans une classe nouvelle pour qu’on acquière une plus grande somme de bonheur. » L’Homme et la Terre, t. VI, Paris, La Librairie universelle, 1908.

« [...] prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès. » L’Homme et la Terre, tome VI, 1908.

Sur l’écologie
« La question de savoir ce qui dans l’œuvre de l’homme sert à embellir ou bien contribue à dégrader la nature extérieure peut sembler futile à des esprits soi-disant positifs : elle n’en a pas moins une importance de premier ordre. Les développements de l’humanité se lient de la manière la plus intime avec la nature environnante. Une harmonie secrète s’établit entre la terre et les peuples qu’elle nourrit, et quand les sociétés imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beauté de leur domaine, elles finissent toujours par s’en repentir. Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort. Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre nourricière. Ils abattaient les forêts, laissaient tarir les sources et déborder les fleuves, détérioraient les climats, entouraient les cités de zones marécageuses et pestilentielles ; puis, quand la nature, profanée par eux, leur était devenue hostile, ils la prenaient en haine, et, ne pouvant se retremper comme le sauvage dans la vie des forêts, ils se laissaient de plus en plus abrutir par le despotisme des prêtres et des rois. » Du Sentiment de la nature dans les sociétés modernes, La Revue des deux Mondes, no 63, 15 mai 1866.

************************
« Chaque fois qu’un homme a fait triompher la diginité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte »
(Peau noire, masques blancs) Frantz Fanon

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Scribouillard présentation d’Elian Guésard

Posté par elianguesard le 31 mars 2013

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Scribouillard

Réel : C’est à cause de mauvais résultats en français (bulle, claquot, camembert, comment dit-on maintenant?) que je fus conduit en passage obligé dans la maison de la presse de Brienne. __(autoritaire): « bon cela suffit maintenant, on est prêt à t’acheter quelques livres de ton choix mais tu dois absolument lire si tu veux progresser en français »

__ (faisant la moue) : « Bon bon d’accord. »

Imaginé : L’hiver avec ceux du collège nous allions à la rencontre de ceux de l’école militaire, les collégiens d’autres villes environnantes venaient aussi avec chacun leur chef de bande; Gaston de Bar sur Aube, Charles de Colombey et Danton d’Arcis. S’ensuivait une grande bataille de boules de neige, mais c’était toujours l’école militaire qui logiquement nous mettait la pâtée, leur meneur, un petit corse teigneux était redoutable pour cela.

Réel :Depuis, à Brienne le Château, il y a une dizaine de Bonaparte, trois reines d’Angleterre et une quinzaine de Charles De Gaulle…; c’est devenu un hôpital psychiatrique …

Les seuls auteurs que je connaissais alors étaient ceux que nous avions étudié au collège.

Et il n’y avait que deux livres qui avaient marqué toute mon attention au point que je commençai ici de lire une bonne parti de leur œuvre. Ces deux livres s’appelaient « Le Lion » et « La Condition Humaine »

Ensuite mes choix de lecture se sont fait sur les affinités de ces personnages, des citations, des rencontres et des actions diverses, ou sur les ondes radio ou autres média, des expositions temporaires aux musées Dauphinois, résistance etc, l’attrait des titres et autres choses subjectives, le hasard de la vie mais y a-t-il un hasard? Dans ces lectures il y avait d’autres sources qui invitaient à les lire aussi et ainsi de suite comme un fil directeur. Le destin qui fait que chaque homme est unique mais reste un maillon d’une chaîne qui n’est pas qu’humaine mais vivante.

Commença « le désabrutissement » en référence au titre de l’ouvrage de Simone Weil « L’enracinement » qui est le plus fort, le plus « parlant » .

Et en commençant de prendre quelques notes qui me parlaient pour s’en pénétrer le sens et la mémoire.

Simone Weil avait écrit dans « mémoire sur Descartes »: « n’importe quel être humain, même si ses facultés naturelles sont presque nulles, pénètre dans ce royaume de la vérité réservé au génie, si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort d’attention pour l’atteindre »

Dans « L’impasse citoyenniste » on lit: « Le mouvement d’accumulation et de production pour l’accumulation passe par dessus toute idée de « besoin » et donc également du besoin vital qu’est pour l’humanité la préservation de son environnement. Le capital ne suit que ses propres fins, il ne peut être un projet humain ».

Ou bien Jean Baudrillard écrit dans « Power inferno »: « Ce qui peut faire échec au système, ce ne sont pas des alternatives positives, ce sont des singularités…Elles font échec à toute pensée unique et dominante, mais elles ne sont pas une contre pensée unique – elles inventent leur jeu et leurs propres règles du jeu ».

Entrons donc dans cette société du spectacle comme un cheval de Troie, interpellons directement, physiquement les responsables et conjuguons la parole à l’action.

Car nous sommes vraiment dans cette « marque des offenses » dont reparle Hannah Arendt dans « condition de l’homme moderne » : « que l’on nomme depuis Kant « radicalement mauvaise » à savoir: « des hommes incapables de pardonner ce qu’ils ne peuvent punir et incapables de punir ce qui se révèle impardonnable ».

Et « se lancer dans la bagarre » (Ellul) en conjuguant ces notes, ces actions et ces témoignages.

Enfant des rivières – Chercheur en humanité

Avoir grandi au bord de la rivière, être dirigé par elle et pour elle.

Au fil de l’eau, Verseau.

« le stylo comme arme écologique » c’est le titre de l’article du N°66 de Février 1991 d’une petite revue nommée « les quatre saisons du jardinage  » éditée par le centre écologique « Terre Vivante » à Mens en Isère.

C’est juste un oxymore; « une arme pacifique » qui fonctionne correctement.

Il est à mettre en mettre en parallèle avec une citation de Kafka transmise par Yves Renaud :

« écrire, c’est faire un bond hors du rang des meurtriers »

« C’est quand je me suis arrêté de travailler que j’ai réellement commencé à comprendre les choses. Le drame c’est que, quand on travaille, on n’a pas le temps de penser. » (François Partant)

Il suffit d’ouvrir les yeux, pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

Au fur et à mesure des rencontres, on voit l’évolution, le changement, la construction, mais on voit toujours ce sentiment de trahison qui prédomine; essayer de contenir la révolte qu’elle sous-tend pour ne pas qu’elle engendre la violence. Est-ce si difficile? Il faut essayer. Reprenant cette phrase de Vincent Cheynet : « Nous ne sommes pas naïfs; nous ne sauverons pas le monde. Au moins puissions nous concourir à sauvegarder la liberté » .  Je rajoute que l’important est d’être en accord avec soi-même, et aimant la spontanéité et la « naïveté saine » je pense au contraire que nous sauverons le monde car tant qu’il y aura des hommes nous essaierons toujours. Parce que nous croyons aux hommes et aux femmes de bonnes volonté, si rares soient-ils. La vie nous pousse à agir ainsi autour de nous et en nous. « Nous sommes », « je ne suis rien, nous sommes ». L’homme est un animal social et contradictoire.

On doit regarder l’essentiel, et avancer pas à pas selon quelques mots clef des grands acteurs de l’expérience humaine, par exemple ceux de Louise Michel: «  le pouvoir est maudit ».

« Les hommes ? On ne sait jamais où les trouver . Le vent les promène, il manquent de racines, ça les gêne beaucoup. » St Exupery

Nous cherchons des racines, si nous avons besoin de mythes, il faut qu’ils rassemblent. Nous cherchons des héros ? Les héros sont partout et en nous, ils seront à même dessein puisqu’ils sont issus de la société civile, ce terme devenu peut-être trop pompeux alors qu’il désigne tout simplement la population qui refuse l’abrutissement, le mensonge, et recherche l’émancipation, le bien vivre.

Car il faut rappeler que le héros est ce qu’en dit Hannah Arendt dans « Condition de l’homme moderne » d’après les Grecs: «  Le héros que dévoile l’histoire n’a pas besoin de qualités héroïques; le mot héros à l’origine c’est à dire dans Homère n’était qu’un nom donné à chacun des hommes libres qui avaient pris part à l’épopée troyenne et de qui l’on pouvait conter une histoire. L’idée de courage etc, se trouve déjà en fait dans le consentement à agir et à parler, à s’insérer dans le monde et commencer une histoire à soi» ou page 217:« en d’autre terme cette société n’est plus « humaine » qu’en apparence ».

En s’engageant et témoignant de toutes ces actions et ces véritable rencontres, en essayant de ne pas être trop dans le jugement. Voilà que l’on recolle des morceaux du grand puzzle qu’on nous a caché, bout à bout, dans l’ordre ou le désordre. La conspiration du silence et d’autres descriptions de Tolstoï il y a plus d’un siècle sont toujours aussi actuelles et lumineusement simples. On nous a caché ces choses dites et redites, écrites et réécrites, mais pas seulement par la tradition orale ou l’écriture ; le langage, mais par tous les moyens de transmission d’un certain savoir, d’une certaine sagesse depuis les millénaires.

Le jour se lève, avance.

On commence par Henri Laborit, cet homme qui faisait lire ses textes à sa concierge pour être le plus didactique possible, c’est déjà une preuve d’altruisme ; se mettre à la place de l’autre pour mieux transmettre:

« Nous sommes les autres, c’est-à-dire que nous sommes devenus avec le temps ce que les autres – nos parents, les membres de notre famille, nos éducateurs – ont fait de nous, consciemment ou non. Nous sommes donc toujours influencés, le plus souvent à notre insu, par les divers systèmes dont nous faisons partie. »

[...]

« Quand l’action [Ndlr :pour résoudre un conflit] est impossible, l’inhibition de l’action permet encore la survie puisqu’elle évite parfois la destruction, le nivellement entropique avec l’environnement. C’est en ce sens que la « maladie » sous toutes ses formes peut être considérée comme un moindre mal, comme un sursis donné à l’organisme avant de disparaître. »

[...]

« Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je ne suis pas opposé à ce que l’on considère cette réaction d’ inhibition comportementale comme une réaction « adaptative » elle-même, bien qu’elle me parasse être la source de la pathologie réactionnelle. En effet, elle constitue un moindre mal puisqu’elle évite la destruction pure et simple de l’agressé par l’agresseur. Elle permet à l’agressé de se faire oublier, elle évite la confrontation. Ce qui fait son danger, c’est qu’elle est capable de durer si les conditions environnementales se prolongent sans changement. Capable d’assurer immédiatement la survie, elle sera capable aussi de mettre celle-ci en danger, si la solution qu’elle fournit, l’inaction, n’apporte pas une solution rapide au problème posé par l’environnement. »

Et voici que l’on enchaîne avec un autre et c’est parti, on ne pourra plus s’arrêter avant la mort ou l’éveil selon certains:

p98 « Que nous le voulions ou non, tout homme même le plus médiocre, même le plus préservé, vit un destin inouï, et non cette comédie bourgeoise qu’un décor chaque jour rapiécé protège du vide et du ciel. Ceci, c’est le bon sens le plus élémentaire qui nous l’enseigne. »  [...]

p105«  Comment faire de la liberté le principe de la vie sociale ? »[...] « Nous tenons notre liberté pour naturelle et rationnelle, quand tout homme libre s’étonne d’en être un et sait qu’au fond du cœur il souhaite être débarrassé de ce fardeau. La liberté n’apporte pas la paix mais l’épée, non la certitude mais l’inquiétude, non l’accord avec soi-même et autrui mais le débat et la lutte. Elle mène exactement par le doute à la bataille, alors qu’en la niant nous obtenons la paix avec les hommes et l’univers par celle du cœur. Qui hésiterait ? La liberté n’est pas à la taille de l’imagination, de la volonté ou de l’amour d’un homme, il faudrait sans doute être un dieu pour être pleinement libre en soutenant l’épreuve jusqu’au bout.

La liberté est un drame dont l’agent est la contradiction et le conflit, la conclusion finale la mort et la folie : il est normal que l’acteur ne soit pas à la hauteur de son rôle. Et pourtant il faut bien qu’un homme le joue, car il n’y a pas de plus grand, ni de plus lourd de sens. »

(Bernard Charbonneau « Je fus – essai sur la liberté »)

- Un philosophe disait : « Je suis un humain. Par conséquent, je me sens concerné par tout ce qui touche à l’humain. »

Sur Wikipédia on voit que Warren Buffett aurait déclaré en 2005 :

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. »

Je crois que Buffett a peut-être de la haine pour la jeunesse et a aussi dit cela pour la provoquer. Il se trompe, car il est un homme du siècle passé, il est en fin de vie et a du ressentiment…jalousie…peur de la mort ? etc.

Il y a une guerre, c’est un fait, mais c’est une guerre contre la conscience qu’ils mènent depuis si longtemps, et Buffett et ceux qui « pensent » comme lui sont en train de la perdre.

Le buffet est froid mais la résistance est chaude et fertile,

et nous avons le choix entre Kropotkine ou George ou Gandhi ou les trois à la fois :

- p120 « Ce n’est pas des cris et des bruyantes manifestations, ce n’est pas par des plaintes et des dénonciations, ce n’est pas en formant des partis ou en faisant des révolutions , que l’on arrive à réaliser des réformes sociales, écrit Henry George, c’est en éveillant les esprits et en faisant progresser les idées . Tant que l’esprit ne pensera pas juste, il ne pourra y avoir d’actions justes, et les actes justes suivront les pensées justes. » Léon Tolstoï (Le grand crime)

- « Dans l’Esprit de Révolte, Kropotkine s’interroge sur le moyen de faire passer un peuple d’une situation d’indignation générale à celle d’une insurrection. En effet, même si le recul historique donne le sentiment d’un soulèvement déterminé à partir de causes évidentes (pauvreté, rejet du système politique en place…), l’élan général est déclenché par un acte solitaire et incertain. Il nomme leurs auteurs les Sentinelles perdues :

« Au milieu des plaintes, des causeries, des discussions théoriques, un acte de révolte, individuel ou collectif, se produit, résumant les aspirations dominantes. » » (source wiki)

- « Un individu conscient, éveillé et debout est plus dangereux pour le pouvoir en place que 10.000 individus endormis et apeurés. »Gandhi.

« Mais pourquoi toujours demander aux autres de « faire » ? Pourquoi ne la ferions-nous pas cette Ecole de « Sagesse » sans nous sentir supérieur ? Tu veux un monde meilleur, plus fraternel, plus juste ? Et bien, commence à le faire ! Qui t’en empêche ? Fais-le en petit et il grandira !

Fais-le en toi et autour de toi ! Fais-le avec ceux qui le veulent. »

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Chercheur en humanité

Posté par elianguesard le 25 mars 2013

Chercheur en humanité  2001.10.du1au20nepal.ecole013_10a
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Une citation de Kafka :
« écrire, c’est bondir hors du rang des meurtriers »

est à mettre en parallèle avec:

« le stylo comme arme écologique » c’est le titre de l’article du N°66 de Février 1991 d’une petite revue nommée « les quatre saisons du jardin bio » éditée par le centre écologique « Terre Vivante » à Mens en Isère.
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C’est juste un oxymore; « une arme pacifique » qui fonctionne correctement.

« C’est quand je me suis arrêté de travailler que j’ai réellement commencé à comprendre les choses. Le drame c’est que, quand on travaille, on n’a pas le temps de penser. » (François Partant)

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Il suffit d’ouvrir les yeux, pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

Au fur et à mesure des rencontres, on voit l’évolution, le changement, la construction, mais on voit toujours ce sentiment de trahison qui prédomine; essayer de contenir la révolte qu’elle sous-tend pour ne pas qu’elle engendre la violence. Est-ce si difficile? Il faut essayer. Reprenant cette phrase de Vincent Cheynet : « Nous ne sommes pas naïfs; nous ne sauverons pas le monde. Au moins puissions nous concourir à sauvegarder la liberté »
je rajoute que l’important est d’être en accord avec soi-même, et aimant la spontanéité et la « naïveté saine » je pense au contraire que nous sauverons le monde car tant qu’il y aura des hommes nous essaierons toujours. Parce que nous croyons aux hommes et aux femmes de bonnes volonté, si rares soient-ils. La vie nous pousse à agir ainsi autour de nous et en nous. Nous sommes, je ne suis rien, nous sommes. L’homme est un animal social et contradictoire.

On doit regarder l’essentiel, et avancer pas à pas selon quelques mots clef des grands acteurs de l’expérience humaine, par exemple ceux de Louise Michel: « le pouvoir est maudit ».

« Les hommes ? On ne sait jamais où les trouver . Le vent les promène, il manquent de racines, ça les gêne beaucoup. » St Exupery.

Nous cherchons des racines, nous cherchons des héros. Les héros sont partout et en nous, ils seront à même dessein puisqu’ils sont issus de la société civile, ce terme devenu peut-être trop pompeux alors qu’il désigne tout simplement la population qui refuse l’abrutissement.

Il faut rappeler que le héros est ce qu’en dit Hannah Arendt dans « Condition de l’homme moderne » d’après les Grecs: « Le héros que dévoile l’histoire n’a pas besoin de qualités héroïques; le mot héros à l’origine c’est à dire dans Homère n’était qu’un nom donné à chacun des hommes libres qui avaient pris part à l’épopée troyenne et de qui l’on pouvait conter une histoire. L’idée de courage etc, se trouve déjà en fait dans le consentement à agir et à parler, à s’insérer dans le monde et commencer une histoire à soi» ou page 217:« en d’autre terme cette société n’est plus « humaine » qu’en apparence ».

En s’engageant et témoignant de toutes ces actions et ces véritable rencontres, en essayant de ne pas être trop dans le jugement. Voilà que l’on recolle des morceaux du grand puzzle qu’on nous a caché, bout à bout, dans l’ordre ou le désordre. La conspiration du silence et d’autres descriptions de Tolstoï il y a plus d’un siècle sont toujours aussi actuelles et lumineusement simples. On nous a caché ces choses dites et redites, écrites et réécrites, mais pas seulement par la tradition orale ou l’écriture ; le langage, mais par tous les moyens de transmission d’un certain savoir, d’une certaine sagesse depuis les millénaires.

2001.10.du1au20nepalpangboche-036_33a

Le jour se lève, avance.

On commence par Henri Laborit, cet homme qui faisait lire ces textes à sa concierge pour être le plus didactique possible, c’est déjà une preuve d’altruisme ; se mettre à la place de l’autre pour mieux transmettre:
« Nous sommes les autres, c’est-à-dire que nous sommes devenus avec le temps ce que les autres – nos parents, les membres de notre famille, nos éducateurs – ont fait de nous, consciemment ou non. Nous sommes donc toujours influencés, le plus souvent à notre insu, par les divers systèmes dont nous faisons partie. »
[...]
« Quand l’action [Ndlr :pour résoudre un conflit] est impossible, l’inhibition de l’action permet encore la survie puisqu’elle évite parfois la destruction, le nivellement entropique avec l’environnement. C’est en ce sens que la « maladie » sous toutes ses formes peut être considérée comme un moindre mal, comme un sursis donné à l’organisme avant de disparaître. »
[...]
« Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je ne suis pas opposé à ce que l’on considère cette réaction d’ inhibition comportementale comme une réaction « adaptative » elle-même, bien qu’elle me parasse être la source de la pathologie réactionnelle. En effet, elle constitue un moindre mal puisqu’elle évite la destruction pure et simple de l’agressé par l’agresseur. Elle permet à l’agressé de se faire oublier, elle évite la confrontation. Ce qui fait son danger, c’est qu’elle est capable de durer si les conditions environnementales se prolongent sans changement. Capable d’assurer immédiatement la survie, elle sera capable aussi de mettre celle-ci en danger, si la solution qu’elle fournit, l’inaction, n’apporte pas une solution rapide au problème posé par l’environnement. »

Et voici que l’on enchaîne avec un autre et c’est parti, on ne pourra plus s’arrêter avant la mort ou l’éveil selon certains:
p98 « Que nous le voulions ou non, tout homme même le plus médiocre, même le plus préservé, vit un destin inouï, et non cette comédie bourgeoise qu’un décor chaque jour rapiécé protège du vide et du ciel. Ceci, c’est le bon sens le plus élémentaire qui nous l’enseigne. » [...]
p105« Comment faire de la liberté le principe de la vie sociale ? »[...] « Nous tenons notre liberté pour naturelle et rationnelle, quand tout homme libre s’étonne d’en être un et sait qu’au fond du cœur il souhaite être débarrassé de ce fardeau. La liberté n’apporte pas la paix mais l’épée, non la certitude mais l’inquiétude, non l’accord avec soi-même et autrui mais le débat et la lutte. Elle mène exactement par le doute à la bataille, alors qu’en la niant nous obtenons la paix avec les hommes et l’univers par celle du cœur. Qui hésiterait ? La liberté n’est pas à la taille de l’imagination, de la volonté ou de l’amour d’un homme, il faudrait sans doute être un dieu pour être pleinement libre en soutenant l’épreuve jusqu’au bout.
La liberté est un drame dont l’agent est la contradiction et le conflit, la conclusion finale la mort et la folie : il est normal que l’acteur ne soit pas à la hauteur de son rôle. Et pourtant il faut bien qu’un homme le joue, car il n’y a pas de plus grand, ni de plus lourd de sens. »
(Bernard Charbonneau « Je fus – essai sur la liberté »)

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- un philosophe disait : « Je suis un humain. Par conséquent, je me sens concerné par tout ce qui touche à l’humain. »
Souvenez-vous de cette phrase de Gandhi : « un individu conscient, éveillé et debout est plus dangereux pour le pouvoir en place que 10.000 individus endormis et apeurés. »

et Sur Wikipédia on voit que Warren Buffett aurait déclarer en 2005 :
« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. »
Je crois que Buffett a peut-être de la haine pour la jeunesse et a aussi dit cela pour la provoquer. Il se trompe, car il est un homme du siècle passé, il est en fin de vie et a du ressentiment…jalousie…peur de la mort ? etc.
Il y a une guerre, c’est un fait, mais c’est une guerre contre la conscience qu’ils mènent depuis si longtemps, et Buffett et ceux qui « pensent » comme lui sont en train de la perdre.

Le buffet est froid mais la résistance est chaude et fertile,

et nous avons le choix entre Kropotkine ou George ou Gandhi ou les trois à la fois :

- p120 « Ce n’est pas des cris et des bruyantes manifestations, ce n’est pas par des plaintes et des dénonciations, ce n’est pas en formant des partis ou en faisant des révolutions , que l’on arrive à réaliser des réformes sociales, écrit Henry George, c’est en éveillant les esprits et en faisant progresser les idées . Tant que l’esprit ne pensera pas juste, il ne pourra y avoir d’actions justes, et les actes justes suivront les pensées justes. » Léon Tolstoï (Le grand crime)

- « Dans l’Esprit de Révolte, Kropotkine s’interroge sur le moyen de faire passer un peuple d’une situation d’indignation générale à celle d’une insurrection. En effet, même si le recul historique donne le sentiment d’un soulèvement déterminé à partir de causes évidentes (pauvreté, rejet du système politique en place…), l’élan général est déclenché par un acte solitaire et incertain. Il nomme leurs auteurs les Sentinelles perdues :
« Au milieu des plaintes, des causeries, des discussions théoriques, un acte de révolte, individuel ou collectif, se produit, résumant les aspirations dominantes. » » (source wiki)

- « Un individu conscient, éveillé et debout est plus dangereux pour le pouvoir en place que 10.000 individus endormis et apeurés. »Gandhi.

« Mais pourquoi toujours demander aux autres de « faire » ? Pourquoi ne la ferions-nous pas cette Ecole de « Sagesse » sans nous sentir supérieur ? Tu veux un monde meilleur, plus fraternel, plus juste ? Et bien, commence à le faire ! Qui t’en empêche ? Fais-le en petit et il grandira !
Fais-le en toi et autour de toi ! Fais-le avec ceux qui le veulent. »

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