Fin de partie pour Areva-Orano aux USA

Posté par elianguesard le 22 juin 2020

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Mox : Fin de partie pour Areva-Orano aux USA contraint de vendre aux enchères son matériel nucléaire

Par Rédaction le lundi 22 juin 2020

Le projet délirant d’Areva-Orano d’usine états-unienne de combustible MOX c’est fini. Le glas sonne pour le rêve américain de Anne Lauvergeon et de ses successeurs : lancé en 1999 avec des fonds gigantesques de 8 milliards de dollars – déjà dépensés dans la construction de l’usine – le projet initié dans le cadre d’un accord entre les Etats-Unis et la Russie de démantèlement et récupération de 34 tonnes de plutonium militaire avait été arrêté fin 2018. A présent, pour se renflouer, les actionnaires liquident par une vente aux enchères « 450.000 pièces » nucléaires neuves et encore emballées pour la plupart. Du jamais vu qui en dit long sur la piteuse situation de l’atomisme dans le monde. Un nouveau fiasco pour le nucléaire tricolore qui risque de coûter cher aux contribuables français.

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Le projet d’usine américaine de MOX, recyclant le plutonium militaire issu du démantèlement d’une partie des arsenaux atomiques états-uniens et russe, est définitivement mort. Le rêve américain d’Areva-Orano s’envole en fumée une nouvelle fois. Encore des investissements à fond perdu, des milliards de dollars dépensés en pure perte. Au total : 8 milliards de dollars avec son partenaire américain Shaw (racheté par CB&I en 2012). Le nucléariste en est à faire les fonds de tiroirs et à vendre aux enchères des dizaines de milliers d’équipements neufs.

Tout avait bien commencé pourtant en apparence pour Areva. Depuis des années, la dame Lauvergeon puis ses successeurs nommés par les gouvernements français successifs, reniflaient la bonne affaire. Un peu comme avec « Uramin ». Refourguer leur technologie de recyclage de l’uranium et du plutonium usés produits par les réacteurs nucléaires dit civils pour des fins militaires. Certes en France ça ne recycle que 1% des déchets mortels mais comme personne au monde ne veux piloter un tel danger (les Belges et les Anglais ont abandonné très vite cette technologie mortelle) il y aurait p’tête ben un créneau. On va donc s’insinuer dans le « contrat de référence global » conclu en 1999 (1) visant à décrocher la certification et l’obtention d’autorisations d’exploitation. Un truc qui a permis à Areva de prendre pied sur le territoire des Etats-Unis.

Et le délire s’amplifie quand en 2000, les Etats-Unis et la Russie signent un accord pour démanteler, en partie, leur arsenal militaire atomique. Pour 34 tonnes de plutonium chacun. On va donc faire le mouvement inverse : des produits de fission d’origine militaire pour les réacteurs dit civils sur le modèle de l’unité Melox d’Areva dans le Gard. On mélangera le plutonium des têtes nucléaires à de l’uranium pour produire des produits de fission atomique (combustible) utilisable dans les réacteurs civils de production électrique. Et comme aux USA il y a quelques centrales nucléaires, l’avenir s’annonce radieux comme d’habitude. A l’époque ça fanfaronnait ferme : « Grâce à notre technologie, nous allons pouvoir aider les Etats-Unis » pérorait Michael McMurphy, le président d’Areva Inc.

Caroline chérie : esclavagisme, armement, intégrisme, radioactivité et peine de mort par injection

Le dévolu est jeté sur des terres en Caroline du Sud, 55 000 m2, proches d’une rivière car il faut beaucoup d’eau. Non pas une rivière mais un fleuve, le Savannah, l’un des principaux cours d’eau du sud-est des États-Unis d’Amérique dont le bassin versant comprend le sud de la chaîne des Appalaches et qui parcours près de 1000km. Avantage : le fleuve s’élargit en un estuaire et se jette dans l’océan Atlantique. Pratique pour diluer les contaminations. Bon évidemment lorsque le Savannah traverse la ville le fleuve reflue parfois sous l’effet de la marée, mais qu’à cela ne tienne. Le MOX n’avait-il pas été testée dans la centrale nucléaire de Catawba à quelques encâblures de là en Caroline du Sud ?

C’est qu’ici, depuis plus de soixante-dix ans, dès les années 50, les États-Unis y ont manipulé la matière première de leurs armes nucléaires sur le « Savannah River Site » juste en face de la ville d’Augusta. Une bourgade, réputée pour ses champs de coton (esclaves), de tabac et son industrie d’armements (la seule ville de la confédération sudiste qui en possédait lors de la guerre civile de sécession). La Caroline du Sud c’est 4 625 300 habitants et la voisine Caroline du Nord 10 488 000 habitants. Et puis : pas plus de risque que cela car le territoire, longtemps peuplé par de nombreuses tribus amérindiennes dont les Cherokees et les Catobas a été apuré sainement. Le protestantisme baptiste y est implanté fortement, le conservatisme social règne, la peine de mort par injection létale a droit de cité.

Augusta, la ville locale, accueille donc chaque année le « Tournoi des Maîtres du Grand Chelem de golf » sur l’un des parcours les plus exigeants de la planète. Ca change tout. La ville comptait en l’an 2000 plus de 195 000 habitants et son air géographique quelques 520 300 habitants. Un petit côté français aussi car la ville est jumelée à Biarritz depuis 1992.

Bien sûr il y a déjà une sacré dose de radioactivité dans le coin. Dont le tritium, cet isotope radioactif de l’hydrogène particulièrement difficile à confiner car il percole au travers de la plupart des aciers et bétons et tend à contaminer la nappe phréatique et le cours d’eau Savannah. Mais on ne va pas faire les difficiles avec des préoccupations environnementales et sanitaires. Et puis en mélangeant le tout il sera bien difficile aux mauvaises têtes de mener l’enquête et d’identifier quoi que ce soit. En plus c’est joli par ici : un bois de feuillus et de pins y a été planté et les arbres sont irrigués avec l’eau tritiée, histoire de limiter si possible la contamination par le tritium d’un affluent du Savannah River. Certes les arbres évapotranspirent vers l’atmosphère une partie du tritium radioactif et une autre partie est intégrée dans l’écosystème forestier mais c’est le but du jeu. Tout de même le niveau de radioactivité est tel que les rongeurs piégés dans ce boisement contiennent jusqu’à 34,86 Bq/mL. Soit environ 1740 fois plus de radioactivité que les rongeurs d’un site-témoin proche (0,02 Bq/mL). Ca donne une idée de ce que ça crache dans le secteur.

La flambée des prix semble la rare expertise du nucléariste français avec les poursuites judiciaires pour corruption

Au moment de la signature du projet en 2008, le budget avait été évalué au doigt mouillé à hauteur de 2,7 milliards de dollars. Mais en 2014, comme la nucléocratie française en a l’habitude avec tous ses projets délirants, Areva estimait que déjà 4 milliards de dollars avaient été dépensés. Un peu comme l’EPR d’Olkiluoto en Finlande. Et la même somme serait encore nécessaire avec une mise en service reculée à 2020. A ce jour en vérité plus de 7 milliards de dollars auraient été dépensés alors que le chantier n’est réalisé qu’à environ 70 %. Et, à l’époque, selon un porte-parole d’Areva-Orano la mise en service serait repoussée « dans le courant de la prochaine décennie ». Si tout va bien évidemment. Mais onze ans plus tard, le projet n’a toujours pas vu le jour et selon un rapport de l’US Army remis au gouvernement américain, sa facture était passée à… 17,4 milliards de dollars et son ouverture repoussée à 2048 !

Depuis le début de la construction en 2007 et jusqu’en 2015, pourtant, le projet est menacé d’une baisse de crédits car jugé trop élevé, décision ultime de poursuite ou d’arrêt revenant au Congrès. L’envolée des coûts en cinq ans n’a fait que susciter un redoublement des critiques aux Etats-Unis notamment lorsqu’il s’est agit de voter chaque année les crédits à ce projet. D’autant que « Duke Energy », le seul propriétaire de centrales nucléaires local prêt à utiliser le mox, a fait savoir dès 2009 et après une série de tests défaillants qu’il ne choisirait pas cette solution.

Les recommandations budgétaires 2014 du ministère de l’Energie, après une série d’études sur le Mox, proposent aussi de réduire drastiquement les dépenses consacrées à la construction de cette foutue usine en Caroline du Sud. Réduction de l’enveloppe de 420 millions de dollars (300 millions d’euros) pour 2014 puis de 220 millions pour 2015. Les négociations entre le consortium franco-américain et Washington deviennent dures et des plus serrées. Mais habitués à influencer les décisions du pouvoir politique français et à se faire recapitaliser sur fonds publics quand ils en ont envie, les nucléocrates français ne voient rien venir ou croient que, par ce que sortie de l’école militaire Polytechnique et de l’Ecole des Mines, ils vont continuer à faire la pluie et le beau temps. D’ailleurs ils continuent d’envisager un coût d’exploitation à 7 milliards de dollars pour quinze ans. Mais la conjoncture est dégradée dans le nucléaire états-unien et pèse sur le développement d’Areva outre-Atlantique.

Finalement le projet, porté par Orano (ex-Areva) est abandonné fin 2018 sur décision du gouvernement américain.

Mais le délire des fanatiques de la destruction atomique, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, ne désenfle pas : à la place, sur le site de Savannah River, pourrait être implanté une production de nouveaux composants à base de plutonium (« plutonium pits ) pour des armes nucléaires. L’administration états-unienne envisageant en substitution au projet Mox-Areva la dilution chimique du plutonium (impossible à réaliser) et son stockage sur un site nucléaire dans une autre région, le Nouveau-Mexique.

Un dossier qui pourrait embarrasser Anne Lauvergeon mais aussi Edouard Philippe, chez Areva à l’époque des faits. On évoque un pacte de corruption(3)

Lâché par son unique client, Areva s’est donc retrouvé en 2009 sans débouché aux USA pour ses produits de fission atomique à base de plutonium Mox. Mais contre toute attente le groupe de production d’électricité TVA (Teneessy Valley Authority), proche de la famille d’Al Gore le futur vice-président des USA de Clinton (4), fait part de son intention, début 2010, de se fournir en Mox dans un document interne à la société. Plus qu’étonnant voire suspect.

Et le pot au rose se dévoile. Un montage financier qui pourrait passer par le rachat, en février 2010, par le groupe nucléaire français Areva d’une start-up américaine. Son nom : « Ausra », elle s’occupe d’énergie solaire. Al Gore en est actionnaire via des acquisitions de parts du capital (à hauteur de 123,3 millions de dollars au total) à travers deux fonds d’investissements qu’il préside ou conseille (Kleiner Perkins/ex- KPCB et Generation Investment Management).

Areva est pourtant depuis quelques temps en grande difficulté financière et n’a pas, aux dires mêmes de ses cadres et analystes financiers, les moyens d’acquérir quoi que ce soit, une quasi faillite que l’Etat français va d’ailleurs éponger (5). Etonnament, deux mois plus tôt, en décembre 2009 Olivier Fric (le mari d’Anne Lauvergeon, qui n’a pas de lien officiel avec Areva) propose à un haut dirigeant du groupe de monter avec Areva un fonds dont il serait co-actionnaire pour réaliser des acquisitions dans les énergies renouvelables ? Pourquoi Olivier Fric, suite à la vente/achat par Areva d’Ausra, devient lui-même actionnaire d’Ausra en 2011 par le biais d’Agave Partners Holdings, une société constituée avec un homme d’affaires américain ?

Par ailleurs la start-up était à l’époque elle-même dans une situation financière difficile et sa technologie (l’énergie solaire thermique à concentration) est quelque peu désuète datant, pour les premières centrales solaires de ce type, des années 1980. De plus, l’opération a été manifestement surpayée : 243 millions de dollars. C’est ce que révèle le propre rapport annuel 2010 d’Areva et la différence entre la valeur réelle des actifs et le prix de vente se monte à près de165 millions de dollars ! Pour quelles raisons Areva a-t-il accepté de lâcher autant d’argent ?

Le FBI soupçonne un pacte de corruption et travaille discrètement sur cette affaire (6) qui pourrait impliquer d’autres dignitaires milliardaires du Parti démocrate (7). La justice américaine a prévenu les autorités françaises qu’elle pourrait lancer un procès pour corruption contre l’ex-fleuron tricolore de l’atome. En France, la brigade financière en charge des multiples sulfureuses affaires d’Areva a invité le Parquet national financier (PNF) à ouvrir une instruction pour “corruption d’agent public étranger et trafic d’influence”. Le groupe nucléaire pourrait se voir réclamer 24 milliards d’euros d’amende par la justice américaine dans cette potentielle affaire de corruption aux Etats-Unis. L’équivalent d’un tiers des recettes de l’impôt sur le revenu de la France.

Ausra, rebaptisé Areva Solar, n’a jamais généré que des pertes et a été définitivement liquidé en 2015. Visiblement beaucoup d’argent a été investit en pure perte par les grands nucléaristes tricolores. Et en cas de procès pour corruption aux Etats-Unis, le montant de l’amende veut qu’elle couvre la totalité du préjudice financier. Bien au-delà des fameux 243 millions de dollars de l’acquisition d’Ausra. Ainsi le procureur pourrait bien exiger le remboursement de l’ensemble des dépenses que le « fédéral » a engagées : 7,7 milliards de dollars de l’usine de mox qui n’a jamais fonctionné, 19,9 milliards engloutis dans la gestion du plutonium qui n’a pas été transformé soit au total près de 28 milliards de dollars équivalent de 24,1 milliards d’euros. Orano n’ayant pas un centime en poche, c’est l’Etat – et donc les contribuables- qui passeront à la caisse.

Edouard Philippe qui était le directeur des affaires publiques d’Areva (lobying auprès des élu-es) d’octobre 2007 à octobre 2010 sous la présidence de la Pdg Anne Lauvergeon a forcément vu passer l’étrange acquisition de la start-up californienne. D’autant qu’Edouard Philippe a travaillé, durant les trois années précédentes, de 2004 à 2007, pour le cabinet d’avocats américain Debevoise & Plimpton (8) l’un des principaux conseils du ministère américain de l’Energie (Department of Energy/DOE) durant l’administration Obama auprès de qui Areva déposait ses demandes de prêt ou de subvention non remboursable au titre du programme de financement des énergies renouvelables. Etonnament et fabuleux destin d’un pt’it gars français : Edouard Philippe, collaborateur du cabinet d’avocats américain Debevoise & Plimptona, a rejoint ensuite Areva. Il assure ne rien savoir du dossier (9).

Vends équipements nucléaires sous emballages, jamais servi

Le nucléariste français, qui fournit aussi des équipements tels les « boîtes à gants » (enceintes étanches de manipulation des matières radioactives mortelles) dont 90% ont été livrés affirme que l’abandon du projet n’aura pas de conséquence financière sur Orano-Areva. D’autant que, à l’inverse du projet EPR de Finlande, « l’administration américaine a résilié le contrat pour convenance sans imputer de faute (à Areva) ». On se rassure comme on peu quitte à travestir un petit peu la réalité. C’est si rare que Areva ne soit pas pointé du doigt pour une erreur, une faute, un défaut de fabrication, un tripatouillage de dossier. Reste le dépassement de coûts évidemment. Et les personnels jetés au chômage.

Quelque 600 personnes (un tiers des effectifs) avec parmi eux 200 salariés d’Areva ont commencé à quitter la co-entreprise détenue à 30 % par le nucléariste français et par l’américain CB & I à 70 %. Les deux associés en mort violente tentent à présent de récupérer une partie des titanesques fonds déjà dépensés. Et comme les machines et le matériel sont encore dans leur emballage d’origine on se plait à rêver.

Une société américaine de vente aux enchères (AW Properties) est mandatée pour liquider le stock de générateurs de vapeur, les milliers de mètres de câbles en cuivre, les compresseurs, les variateurs de fréquence, les unités de climatisation. 450.000 pièces au total qui devaient équiper la flamboyante première usine de combustible MOX aux Etats-Unis. Que de la haute qualité. Et le vendeur de faire la retape : « Il s’agit d’une rare opportunité d’acquérir du matériel neuf de qualité nucléaire ». Un premier lot de 60.000 pièces est proposé lors de deux séances en juillet prochain. Terroristes et Etats totalitaires n’ont plus qu’à se présenter. L’ardoise sera présentée aux contribuables français.

Jean Revest

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photos : DR

(1) « Cet accord constitue une nouvelle étape du contrat de référence global signé, en 1999, entre le DOE, AREVA et le groupe Shaw » explique dans un communiqué le pseudo- géant français du nucléaire. Il porte principalement sur la construction de l’usine et de l’ensemble des bâtiments annexes, le démarrage des unités de production, et la poursuite du processus de certification et d’obtention des autorisations d’exploitation auprès de l’Autorité de sûreté américaine (Nuclear Regulatory Commission / NRC) ».

(3) https://www.capital.fr/entreprises-…

(4) la presse américaine présentera la TVA comme la “candy store” (la boutique à bonbons) de la famille du candidat démocrate

(5) la société arrache 900 millions d’euros, 600 millions versés par le fonds souverain du Koweït (KIA) et 300 millions par l’Etat. Depuis l’Etat a encore versé près de 9 milliards à Areva et à EDF qui a repris une partie de ses activités

(6) “Quand, au début de l’année, j’ai découvert l’ampleur de cette affaire, j’ai transmis au directeur du FBI l’ensemble des éléments sur lesquels j’avais pu mettre la main”, a dévoilé au magazine Capital Marc Eichinger, un enquêteur privé spécialisé dans la lutte contre la grande criminalité internationale et la corruption est très au fait du dossier : c’est lui qui a rédigé le rapport remis en avril 2010 à la direction de la sécurité d’Areva pour dénoncer la potentielle escroquerie liée au rachat d’Uramin trois ans plus tôt.

(7) Trois autres grands noms du Parti démocrate sont cités dans le dossier : John Kerry (futur secrétaire d’Etat de Barack Obama durant son second mandat). L’ex-candidat à la présidentielle de 2004 est sénateur et président du Comité des affaires étrangères. Fin janvier 2009, au cours d’une audience sénatoriale publique et en présence d’Al Gore, il dresse un long panégyrique d’Ausra, affirmant que cette société représente l’avenir. Coïncidence, John Kerry est aussi actionnaire du fonds qui a investi dans Ausra ! Le deuxième est l’homme d’affaires américain démocrate John Doerr qui codirige « Kleiner Perkins ». Il est l’un des principaux leveurs de fonds du parti démocrates, très proche des Clinton et de l’administration Obama. La Maison-Blanche le nomme d’ailleurs, en février 2009, au « Council on Jobs and Competitiveness », organisme qui conseille le président. « Les nombreux avantages financiers qu’obtiendra John Doerr pendant la présidence Obama généreront autant de scandales (c’est notamment l’affaire Solyndra en 2011), obligeant le ministre de l’Energie, Steven Chu, à abandonner ses fonctions » (capital septembre 2018). Le troisième est le sénateur Harry Reid, chef de la majorité démocrate au Sénat entre 2006 et 2014. Dans son Etat, le Nevada, il a proposé la mise à disposition de terrains pour construire des usines solaires telle qu’Ausra. C’est aussi un soutien d’Areva dont il a ardemment plaidé la cause, en 2010, auprès de Barack Obama. Afin que le gouvernement accorde au groupe français un prêt remboursable de 2 milliards de dollars pour financer un projet d’usine d’enrichissement d’uranium dans l’Idaho (Baptisé “Eagle Rock”, ce projet sera finalement abandonné en 2012). D’ailleurs l’administration Obama va être très généreuse avec Ausra qui, en février 2010 au moment de son acquisition par Areva, reçoit une subvention fédérale non remboursable de 13,9 millions de dollars pour un projet d’usine solaire en Californie dont le coût est évalué à 40 millions.

(8) Un cabinet proche du parti démocrate qui a ses entrées à Washington. Hillary Clinton fut l’une des partenaires et David Rivkin, l’un de ses principaux dirigeants du cabinet est l’un des principaux leveurs de fonds du président Obama.

(9) https://www.capital.fr/economie-pol…

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autre info sur le nucléaire ça boum :

https://savoie-antinucleaire.fr/2020/06/22/lex-agent-secret-qui-en-savait-beaucoup-trop-1-anne-lauvergeon-erreur-atomique/

et

https://apocalypsenobetterworldyes….

Pétition au Président de la République et au Parlement français

puce-8130d Tandis que le monde entier se mobilise contre la pandémie du coronavirus,
puce-8130d Que des millions de citoyens de tous pays réclament, à l’appel du secrétaire général de l’ONU, l’arrêt de toutes les guerres,
puce-8130d Que le changement climatique menace l’équilibre de la planète et la survie de l’humanité,
puce-8130d Que les besoins les plus élémentaires de millions d’êtres humains ne sont pas satisfaits,

La France, 3e marchand d’armes du monde après les Etats-Unis et la Russie, continue à fabriquer, vendre et livrer ses armes à des pays en guerre.

La France et huit autres Etats dotés d’armes atomiques consacrent des sommes faramineuses à préparer une guerre nucléaire qui peut, à tout instant, anéantir l’humanité.

La France a dépensé des centaines de milliards pour fabriquer des bombes et des missiles atomiques, et dépense 14,5 millions d’Euros par jour – 37 milliards d’ici 2025 – pour en fabriquer de nouveaux.

La France, « patrie des droits de l’Homme », estime nécessaire de pouvoir faire un milliard de morts avec ses 300 bombes H.

La France, défenseur du droit international, bafoue depuis 1992 l’article 6 du TNP (Traité de Non-Prolifération nucléaire) qui l’oblige à négocier avec les autres Etats concernés l’élimination de toutes les armes nucléaires.

La France, le 31 mars 2020 en pleine pandémie, simule dans le ciel de Bretagne une frappe atomique, avec un missile 20 fois plus puissant que la bombe qui anéantit Hiroshima le 6 août 1945. Dans cette opération « Poker », un avion « Phénix » qui, quelques jours plus tôt, transportait des malades du coronavirus, a pris part au massacre programmé de millions de personnes.

Nous ne voulons plus de cette France à deux visages, fraternelle d’un côté, criminelle de l’autre.

Nous voulons que sa politique étrangère et sa politique de défense respectent sa devise républicaine, ses valeurs, sa constitution.

D’après un sondage de l’IFOP, 85 % des Français veulent que leur pays participe à l’abolition des armes nucléaires et radioactives. Ils veulent aussi être consultés et entendus sur cette question vitale.

C’est pourquoi nous demandons

puce-8130d Au Président de la République :

o d’interrompre les exportations d’armes de la France o de suspendre jusqu’à nouvel ordre le fonctionnement des usines d’armement o de suspendre les manœuvres militaires liées à l’arme atomique o d’inviter tous les Etats concernés à négocier l’élimination complète et contrôlée des armes nucléaires et radioactives.

puce-8130d Aux députés et sénateurs :

o de cosigner la Proposition de Loi signée par 43 parlementaires, visant à organiser un référendum sur la participation de la France à l’abolition des armes nucléaires et radioactives.

o de lancer un grand débat national sur l’abolition des armes d’extermination (nucléaires, biologiques, chimiques et émergentes) et sur le désarmement dit « conventionnel », comme moyens de bâtir après la crise du coronavirus un nouveau monde, un monde de paix, libre, juste, fraternel.

Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) 31, Rue du Cormier – 17100 – SAINTES Tél : 33 (0)6 73 50 76 61 contact Fah acdn.net www.acdn.net

***** PRECISIONS

Oui, c’est vrai : la France a bien simulé une frappe nucléaire de 300 Kt sur la Bretagne dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2020 (récit du journaliste Jean-Marc Tanguy, spécialiste des questions militaires, sur son blog) : En pleine épidémie, la France montre que sa force de frappe est intacte (article du Télégramme de Brest du 1er avril 2020). Ce n’est pas un poisson d’avril.

Word – 17.6 ko

Oui, c’est vrai, la France estime indispensable pour sa sécurité de conserver et entretenir quelque 300 bombes H d’une puissance nominale de 100 à 300 Kt, capables de faire chacune, à l’aune d’Hiroshima, entre 1,7 et cinq millions de morts. C’est ce qu’elle appelle sa « stricte suffisance ».

Oui, c’est vrai, la France vend des armes à des pays en guerre, contribuant au massacre de civils et d’enfants yéménites, bafouant le traité sur le commerce des armes qu’elle a signé en 2014. Ventes d’armes : le député Sébastien Nadot dénonce un mensonge d’État (6’ 45’’)

Oui, c’est vrai, il existe une Proposition de Loi visant à organiser un référendum pour abolir les armes nucléaires et radioactives (Le Monde, 14 février 2020). Pour être déposée, elle doit recueillir les signatures de 185 parlementaires et en a reçu 43 pour le moment. N’hésitez pas à solliciter vos députés et sénateurs.

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Loïc dans l’univers du procès

Posté par elianguesard le 18 juin 2020

Qui est LoïC https://laneigesurhambourg.noblogs….

Loic a été arrêté le 17 août 2018 alors qu’il tentait de rendre visite à ses parents. Sous le coup d’un mandat d’arrêt européen émis en mai par l’Allemagne dans le cadre des poursuites contre les opposants au G20, il avait choisi de ne pas se soumettre. D’abord enfermé à la prison de Nancy-Maxéville, il a été transféré le 6 octobre 2018 dans une maison d’arrêt à Hambourg en Allemagne, pays dont il ne parlait pas la langue (il l’apprend depuis) et situé à 750 km de ses proches.

Bien que présumé innocent, il restera encore de longs mois en détention provisoire jusqu’à la fin de son procès qui s’est ouvert le 18 décembre 2018 et devait durer six mois mais a déjà été rallongé de quatre mois supplémentaires. Lui et 4 autres jeunes hommes âgés de 17 à 22 ans au moment des journées émeutières de juillet 2017, risquent plusieurs années de prison ferme pour leur participation supposée à une manifestation durant laquelle des voitures et des vitrines ont été « dégradées ».

Au printemps 2019, Loïc est le dernier prisonnier international détenu pour des suites du G20 de Hambourg.

Vous trouverez dans cet article un résumé des enjeux du procès.https://laneigesurhambourg.noblogs….

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https://laneigesurhambourg.noblogs….

Ce mercredi 17 juin 2020, pour la première fois depuis l’ouverture du procès de l’Elbchaussee à Hambourg, notre ami Loïc a pu s’exprimer au tribunal. Sa déclaration a duré environ une heure. L’événement était d’autant plus attendu qu’il marquait également la réouverture de ce procès au public après 18 mois de huis clos. L’heure n’était pourtant pas, hier, aux grands rassemblements. Crise sanitaire oblige, seules 15 personnes ont en effet été autorisées à s’asseoir sur les bancs de la salle d’audience. Les autres sont restées à l’extérieur et c’est avec des masques de protection que la déclaration a été lue et entendue. En voici la retranscription complète.

Mesdames et messieurs les jurés,

Enfin, nous arrivons vers la fin de ce procès qui a débuté en décembre 2018. Je ne savais pas qu’un procès pouvait durer aussi longtemps.

J’ai été arrêté quelques jours après l’anniversaire de mes 22 ans, en août 2018, les policiers ont défoncé la porte de la maison de mes parents en criant, ma petite sœur a dû se mettre à genoux les mains sur la tête. En entendant la porte se faire fracasser, j’ai eu dans mon esprit des images de violence policière lors d’interpellations, de comment les policiers se lâchent et frappent les personnes. J’ai pris peur et je suis passé par le toit en finissant dans le jardin des voisins et j’ai rejoint l’autre côté du lotissement. Mais la police avait bouclé l’ensemble du quartier, et une personne qui marche en chaussettes sur la route est très vite suspectée. Un policier en civil se met à courir après moi en me criant : « Viens ici petit merdeux ». Ayant ressenti dans sa voix une certaine animosité, je juge préférable de ne pas répondre à son invitation qui, si c’était moi qui lui avais dit « merdeux », relèverait de l’outrage.

Je me retrouve alors dans le jardin puis le garage d’un voisin, pris au piège. Étant contre le mur, contraint d’attendre que le policier arrive, ce dernier me saute dessus et me tord le poignet droit alors que je me laisse faire. Je lui fais la remarque de sa violence inutile et il me réplique : « Estime toi heureux que je ne t’ai pas tiré dessus ». Vu sous cet angle, je m’estime effectivement heureux d’être encore en vie. Il est vrai que de nombreuses interpellations policières ont comme fâcheuse tendance de se transformer en peine de mort. Mais ce triste sort est d’avantage réservé aux personnes racisées habitants dans les quartiers populaires. En France, il ne passe pas un mois sans décès lors d’interpellation. La porte du garage finit par s’ouvrir, des policiers, gendarmes, bacqueux et civils cagoulés apparaissent, arme automatique à la main. Peut-être trente membres des « forces de l’ordre ».

Le voisin, à qui appartient le garage, sort de sa maison et découvrant la scène me dit spontanément : « Ça va Loïc ? Tu veux un verre d’eau ? ». Cette remarque a fait un blanc dans le sérieux et la lourdeur de l’interpellation, j’ai fait de mon mieux pour étouffer un rire et j’ai refusé le verre d’eau car mes mains étaient attachées. De retour à la maison de mes parents afin de mettre mes chaussures, je n’arrive pas à faire mes lacets et demande aux gendarmes d’enlever mes menottes : « Nan, c’est possible d’y arriver avec », répond l’un. J’ai toujours aimé les défis alors j’essaye, mais vu que mes mains sont attachées dans le dos – et même avec beaucoup de volonté – c’est tout bonnement impossible. Les gendarmes rigolent et se moquent de moi. Ma petite sœur se tient juste à côté avec une sérénité mélangée d’émotions comme je n’en avais jamais vu sur son visage, son regard est puissant. Elle lance spontanément avec force aux gendarmes : « Mais enlevez-lui les menottes pour qu’il mette ses chaussures ! » Sa voix contient une puissance divine, la moquerie s’est transformée en gène. J’ai vu les regards des gendarmes se perdre vers le sol et l’un s’est empressé d’enlever les menottes. Ma petite sœur aurait dit : « Mais enlevez-lui les menottes et laissez-le libre ! », les gendarmes seraient peut-être partis et j’aurais pu faire un câlin à ma petite sœur. Parce que viendront ensuite 1 an et 4 mois d’emprisonnement, 1 an et 4 mois où même au parloir, les gardiens empêchent les câlins.

Lorsque j’arrive à la prison en France, un gardien de 2 mètres de haut me dit : « Si tu brûles ma voiture, je te découpe en deux ». Entre le policier qui est prêt à me tirer dessus et ce gardien qui veut me découper, je crois que je préfère encore me faire tirer dessus que de finir en deux morceaux. Mais ce qui est inquiétant, outre la menace de mort, c’est que ce gardien pense que j’ai brûlé une voiture. Je réalise à ce moment-là combien le procès à venir est une supercherie monstrueuse. En accusant quelqu’un de toutes les violences qui peuvent se passer dans une manifestation, vous générez un flou dans l’esprit simpliste des gardiens et policiers. Par l’accusation disproportionnée, vous suscitez un traitement disproportionné.

Ce gardien enchaîne avec une vitesse douteuse : « Ça ne sert à rien ce que tu as fait, regarde maintenant où tu es, ils sont où tes amis ? Maintenant tu es ici… » Je lui fais remarquer que lui aussi est ici mais il enchaîne : « … Tu es seul, tu as échoué dans ta vie. Tu n’as rien changé et tu ne sers à rien, etc. » Je n’ai même pas l’opportunité d’en placer une, ou d’avoir un échange, il me coupe la parole. Il ne transpire pourtant pas ce qu’il dit, j’ai l’impression qu’il a la mission de me démoraliser. Je me fais ensuite fouiller à nu lors de l’entrée à la prison, puis également lors de ma sortie de prison vers le tribunal pour juger sur la légalité du mandat d’arrêt. Je suis transféré par les Eris. Les Eris sont des mastodontes, cagoulés et armés de mitrailleuses, ils sont huit dans deux 4×4 blindés aux vitres teintées. Arrivé à la cour d’appel de Nancy, dans une pièce d’attente avant l’audience, un Eris, après m’avoir enchaîné mains et pieds, tente de gagner sur le terrain des idées : « Tu sais que tu coûtes cher ? », dit-il. Je lui réponds : « Vous savez qu’il y a 40 millions d’euros qui sont déversés chaque année en Meuse pour faire accepter le projet d’enfouissement des déchets nucléaire à Bure ? » Lui : « Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? ». Moi : « Oh rien, je voulais simplement préciser ce qui coûte cher. » Fin du dialogue.

Pendant l’audience, je m’avance devant la juge avec deux agents Eris cagoulés, l’un à ma droite, et l’autre à ma gauche. La situation est totalement surréaliste, je suis menotté. Ma famille et des amies sont là pour me soutenir. Mon grand frère pasteur me lance alors un petit bout de papier avec quelques mots d’encouragement, je le rattrape malgré les menottes mais je me fais plaquer au sol par un agent Eris. Les juges se retirent immédiatement et mon frère est évacué de la salle. Alors que je suis toujours au sol, je tente de garder de toutes mes forces le papier dans le creux de ma main. L’agent exerce alors une pression sur mon cou et je hurle de douleur en lâchant prise. L’audience reprend. L’acte d’accusation est traduit d’une manière qui laisse sous-entendre que c’est moi personnellement qui ait brûlé dix-neuf voitures et blessé une personne dans un bâtiment.

Dans cette prison française, je me suis retrouvé bloqué au « quartier arrivant » pendant un mois en attente d’être transféré en Allemagne. Ce qui m’a traumatisé, c’est le passage d’un gardien toutes les deux heures, même en pleine nuit, qui vérifie si je suis toujours en vie en faisant glisser le cache de la porte avec beaucoup de bruit avant d’allumer la lumière. Je n’ai jamais pu dormir plus de deux heures d’affilées. J’ai eu l’occasion de rencontrer un ramasseur de ferraille d’origine roumaine. Son crime était de ne pas avoir déclaré combien d’argent il avait gagné en ramassant ce qu’il trouvait sur les trottoirs. Il avait pris quatre mois ferme pour un manque de 400 euros d’impôts à l’État. Il y a des évasions fiscales, des paradis fiscaux, des blanchiments d’argents, des « panama papers », des « luxleaks », des milliards et des milliards d’euros qui disparaissent entre les mains des riches. Mais je n’ai pas vu de riches ou de banquiers en prison, tout le monde n’a pas les moyens de s’échapper dans une malle de contrebasse. Les 500 personnes les plus riches de France ont multiplié par 3 leur fortune depuis la crise financière de 2008, pour atteindre 650 milliards d’euros.

L’égalité, c’est avoir la possibilité de jouir de la même capacité matérielle, or, une femme de ménage ne peut pas habiter une villa de l’Elbschaussee. Et la gentrification à Hambourg, qui continue actuellement, ne devrait pas arranger les choses. Les inégalités se creusent. Le jeune italien Fabio, un ancien prisonnier du G20 de Hambourg, avait déclaré au tribunal (en 2017) que les 85 personnes les plus riches du monde possédaient la même richesse que 50% de la population la plus pauvre. La situation s’est aggravée depuis. Un appel des gilets jaunes précisait en janvier 2019 qu’il s’agit désormais de 26 milliardaires qui possèdent autant que la moitié de l’humanité. L’éducation qu’offre l’institution judiciaire sur ce point est qu’il est immoral de ne pas payer ses impôts lorsque l’on est pauvre mais que c’est chose acceptable lorsque la classe aisée se le permet. C’est ce que l’on appelle une justice de classe. Et je n’ai rien appris dans vos institutions qui embellisse l’âme humaine, tout la déprave.

Voici une citation de Michel Foucault :

L’illégalisme des biens a été séparé de celui des droits. Partage qui recouvre une opposition de classes, puisque, d’un côté, l’illégalisme qui sera le plus accessible aux classes populaires sera celui des biens — transfert violent des propriétés ; que d’un autre la bourgeoisie se réservera, elle, l’illégalisme des droits : la possibilité de tourner ses propres règlements et ses propres lois ; de faire assurer tout un immense secteur de la circulation économique par un jeu qui se déploie dans les marges de la législation — marges prévues par ses silences, ou libérées par une tolérance de fait. Et cette grande redistribution des illégalismes se traduira même par une spécialisation des circuits judiciaires : pour les illégalismes de biens — pour le vol —, les tribunaux ordinaires et châtiments ; pour les illégalismes de droits — fraudes, évasions fiscales, opérations commerciales irrégulières —, des juridictions spéciales avec transactions, accommodements, amendes atténuées, etc. La bourgeoisie s’est réservée le domaine fécond de l’illégalisme des droits.

Michel Foucault – Surveiller et Punir, S. 172, édition française

Lorsque j’ai été transféré à Hambourg dans une voiture de police allemande, le conducteur a mis quelques musiques puis a monté le son lorsque c’était L’Internationale, les agents de la « Soko SchwarzBlock » voulait certainement voir ma réaction. Je n’ai pu m’empêcher de leur dire que je préfère La Makhnovtchina. J’ai trouvé intéressant de pouvoir parler de permaculture avec une policière même si, entre deux légumes, elle tentait de me poser des questions pour savoir si j’étais allé au G20 et ce que j’avais pu y faire. Je crois que j’ai finalement réussi à éveiller en elle un intérêt plus grand pour les légumes. Arrivé à Hambourg, j’ai été transféré par un autre camion et d’autres policiers vers le centre de détention UHA. Nous avons fait plusieurs escales dans la soirée où venait s’ajouter dans ma petite cellule d’autres interpellés pour diverses raisons. Il n’y a pas de ceinture de sécurité donc on se cogne parfois au mur. Nous nous sommes retrouvés un peu serrés à quatre et deux hommes étaient complètement saouls. L’un d’eux a tapé sur le mur pour demander à pouvoir aller aux toilettes à plusieurs reprises, même lorsqu’il y a eu un arrêt pour rajouter un interpellé dans la deuxième cellule, en vain. Il n’a finalement pas pu se retenir et a fait pipi par terre. Je suis donc resté en équilibre sur le banc avec mes deux pieds levés, un autre a tenté la même tactique. Celui qui a pissé et le dernier qui était aussi bourré ne semblaient pas prendre conscience de la situation et laissaient leurs chaussures sur le sol. La flaque de pisse, en suivant les mouvements du camion, a fini par se balader sur l’ensemble de la surface en s’échappant parfois sous la porte où se trouvait juste derrière mes cartons d’affaires qui venait de la prison de France. Une partie d’un carton a absorbé un peu d’urine, mais c’est un gardien qui les a transportés sans le remarquer. D’une certaine manière, on peut dire que justice est faite. Car il n’est pas bon d’empêcher quelqu’un d’uriner.

Après quelques jours d’observation dans une cellule où la lumière restait toujours allumée, j’ai retrouvé ce rituel du gardien qui regarde à l’intérieur toutes les deux heures. L’avantage est qu’il n’y avait pas ici de cache à faire glisser car la porte contenait un petit hublot. Dans une cellule vide où rien ne se passe, je voyais toutes les deux heures le visage d’un gardien pendant quelques secondes. Si je me mettais un instant à la place de ce gardien qui doit regarder chaque détenu, je crois que je fondrais en larme de voir autant de détresse. Je pense que la plupart des gardiens apprennent à ne plus avoir d’émotions. Ce sont presque des automates ou des robots. Et je crois aussi que la plupart ne rêve pas de faire ce métier, mais que le choix de devenir gardien se fait souvent car il n’y avait aucune autre alternative visible. Je dis alternative visible parce qu’il y a pleins de débouchés dans des collectifs paysans ou de maraîchages. Semer des graines ou semer le désespoir dans les cœurs de celles et ceux qu’on enferme. Tant que cette planète n’est pas complètement bousillée, je pense que nous avons le choix. Je suis resté les quatre premiers mois dans le petit bâtiment A qui est parallèle au palais de justice où nous nous trouvons à présent. Je parle également de ce bâtiment dans mon témoignage de sortie de prison à travers le texte : Briser le mur de la prison qui sépare de la zone du dehors dont je vais reprendre quelques passages :

Ce bâtiment, c’est celui des arrivants. Là, on doit rester 23h sur 24 en cellule, 7 jours sur 7. C’est un endroit sombre où des détenus craquent, crient et tapent sur les murs. J’y suis resté quatre mois. Pendant le premier, je n’avais que les habits que je portais sur moi en arrivant. Impossible de récupérer mes affaires pourtant arrivées en même temps.

Dans ce bâtiment, c’est deux douches collectives par semaine, à 6h45 du matin. J’y lavais alors mon caleçon puis je me rhabillais sans car il fallait d’abord le faire sécher sur le radiateur de ma cellule. Dans ce bâtiment, c’est des gardiens qui vous gueulent dessus et vous poussent si vous dépassez la ligne invisible entre votre cellule et le couloir lors de la distribution du repas. L’unique instant de respiration dans une cellule de moins de deux mètres de large sur quatre mètres de long : c’est une heure de promenade par jour.

Dans ce bâtiment, il y avait essentiellement des étrangers dont le crime est d’être contrôlé sans papiers, des petits dealers ou des accusés de vols. J’ai vu des regards haineux de gardiens se porter longuement sur des détenus racisés. La plupart des étrangers que j’ai croisés en promenade dans ce bâtiment A définissent les gardiens comme des nazis. Cela m’a fait bizarre d’entendre ça aujourd’hui, sachant que, dans cette même prison, il y a moins d’un siècle, des nazis ont tué plusieurs centaines de personnes. Après un mois d’attente, j’ai enfin pu avoir mes affaires de rechange. Avec désormais une bonne dizaine de caleçons, en sachant que les autres détenus n’en ont qu’un seul, j’ai commencé à faire des distributions durant l’heure de promenade. Ma famille m’a envoyé une cinquantaine de caleçons. Cela m’a donné beaucoup d’énergie de pouvoir aider d’autres personnes en prison en les distribuant, il y avait cette phrase écrite au stylo sur un mur d’une cellule « When you help someone, you help yourself ». C’est dans ce bâtiment A que j’ai été mis en isolement pour la première fois car un gardien m’a surpris en train de donner du pain aux pigeons sur le rebord de ma fenêtre. Je n’ai rien compris à ce qu’il m’a dit en entrant dans ma cellule et c’est seulement en sortant de la pièce d’isolement après 1 heure que j’ai pu avoir un petit morceau de papier en guise d’explication sur lequel il est écrit en français : « Ne pas nourrir les oiseaux. »

Après quatre mois dans ce bâtiment A, j’ai pu aller dans un autre bâtiment où il y avait plus d’heures de cellules ouvertes en journée. Un détenu a acheté le jeu de société Risk, mais comme il n’était possible que de jouer à 6 joueurs maximum et que nous étions 12 à l’étage, j’ai commencé à construire des cartes d’extension sur des boîtes de Kellog’s que les autres détenus pouvaient acheter chez le commerçant et à faire des figurines avec de la farine, du sel et de l’eau. Pour pouvoir les colorier, j’avais acheté un kit de crayon de couleur que je réduisais en poudre en prenant soin de retirer les morceaux de bois avant de rajouter de l’eau afin d’obtenir une peinture liquide. Il est possible d’imaginer beaucoup de jeux de société avec de la farine, de l’eau et un peu de sel. Un autre détenu a même commencé à calquer les territoires que j’avais imaginé afin de faire le plateau de jeu en 3D. Je pense que j’ai dû faire au moins 50 parties de Risk en prison. Une partie pouvait s’étaler sur plusieurs semaines comme nous étions jusqu’à dix joueurs. Pour vous donner une idée il y a 42 territoires sur le jeu de base, le plus grand des plateaux de jeu que j’ai créé faisait 189 territoires. J’étais souvent la première personne qui se faisait éliminer de la partie car j’essayais constamment de combattre le plus fort et de motiver les autres à équilibrer la partie en l’attaquant. J’ai remarqué qu’en prison il y a souvent un prisonnier qui se prend un peu pour le chef et comme tout le monde le craint, personne n’ose le combattre dans le jeu afin de ne pas créer de tension, c’est donc toujours lui qui gagne. J’ai aussi écrit une cinquantaine de page de règle alternatives du Risk afin de le rendre plus collaboratif et moins compétitif. Malheureusement, en sortant de prison, j’ai seulement pu récupérer les plateaux de jeu, les cartes et figurines sont restées dans ma cellule et n’ont pas été prises avec mes affaires.

Ce que je n’oublierai jamais, c’est chaque matin à 6h45 le gardien qui ouvre ma porte et me dit : « Morgen ». Au début, je répondais et je trouvais ça intéressant que l’on prenne la peine de me dire bonjour le matin, c’est vous accorder un peu de considération, d’humanité. Mais voilà, un matin, de mauvaise humeur, je n’avais pas envie de répondre, le gardien s’est alors mis à insister « MORGEN ! MORGEN ! », j’ai mis ma tête sous mon oreiller et il est parti. Pourtant je n’avais rien dit, je n’avais pas répondu à la salutation. Le lendemain, quand un autre gardien m’a dit « Morgen », j’ai fait un test en levant simplement mon pied, il est également parti. J’ai alors saisi avec effroi que chaque matin, « morgen » n’incarnait pas une salutation matinale, mais une question : « Êtes-vous toujours en vie ? ». Et que n’importe quel geste ou réponse signifie pour le gardien : « Tout va bien, je ne me suis pas encore suicidé ». Ce mot continue encore aujourd’hui à me glacer le sang.

Il y a d’autres textes que j’ai écrit expliquant plus en détails mes péripéties carcérales. Par exemple, comment je me suis retrouvé en isolement à deux autres reprises sur des accusations mensongères d’avoir crié par ma fenêtre lors de deux manifestations de soutien. Quand c’est arrivé pour la deuxième fois, les autres détenus ont chacun signé une pétition écrite à la main affirmant que je n’avais pas crié par ma fenêtre. Lorsque j’ai appris cela, j’en ai eu des frissons. J’ai pu connaître des moments très forts en prison. Souvent, nous nous laissons aller à l’ironie dans notre existence et nos échanges avec les autres. En prison, il y a des échanges et des personnes que j’ai pu rencontrées avec une intensité que je n’oublierai jamais. Un autre texte « Escalade de l’arbitraire, procédure disciplinaire et libération d’un oiseau » explique aussi comment j’ai découvert un bébé oiseau mort dans une cellule d’attente lors des pauses du procès. Je l’avais ramené au tribunal car je savais que personne ne me croirait si je le racontais sans preuve. C’est un de ces petits cachots qui se trouve à côté de chaque salle d’audience. Il régnait dans celui-ci une odeur de cadavre fermenté. J’y raconte également comment une gardienne m’a laissé attraper un pigeon tout maigre dans un couloir d’accès au tribunal réservé aux prisonniers. J’ai pu le laisser s’envoler par la fenêtre de la salle d’audience.

Je continue encore aujourd’hui à rêver deux ou trois fois par semaine que je me fais arrêter par la police dans différentes situations ou lieux. Une fois par mois je rêve qu’un policier me tire dessus pendant l’interpellation. J’ai du mal à prendre des initiatives parce qu’en prison on ne vous laisse rien faire de votre propre volonté, vous devez constamment vous soumettre à une volonté extérieure. Je remarque que je me laisse désormais plus facilement emporter par les autres et que c’est difficile de m’affirmer ou simplement être moi-même. Je ne sais même plus qui je suis. Je n’ai plus d’identité et tous les gens que je rencontre me connaisse à travers le procès : « Ah, c’est lui qui est en procès ». Ce procès devient ma nouvelle identité. Et même lorsque l’on me pose une question sur ce que je fais à Hambourg, j’en viens forcément à devoir parler du procès parce qu’autrement je ne serais pas ici mais près de mes proches en France. Je ne vois pas de sens dans cette ville et elle me semble bien triste. J’ai toujours détesté les villes. Je crois qu’il faut les démanteler en offrant gratuitement et sans taxe des lopins de terre à qui le souhaite. Les villes ne sont pas des lieux sains, il n’y a aucune autonomie en nourritures ou énergies. Elles vont s’effondrer un jour ou l’autre. Ma famille et mes ami.e.s me manquent. Parce qu’un des principes de l’incarcération est de vous séparer de vos proches et de votre lieu de vie, j’ai l’impression que malgré ma sortie de prison en décembre, je suis encore enfermé. Je suis allé seulement une fois voir ma famille en France, trouvant un moment entre les journées d’audiences et de travail. Et depuis le coronavirus, c’est impossible de traverser la frontière. Une amie qui s’appelle Monique Tatala était très gravement malade en février, et lorsque j’ai enfin pu débloquer un week-end pour aller la voir à l’hôpital, j’ai appris qu’elle était décédée quelques jours avant mon départ.

Je suis né à Nancy, ville du nord-est de la France, située à 80 km du village de Bure où se trouve un projet d’enfouissement à 500 mètres sous terre des déchets nucléaires les plus radioactifs. Avant de commencer des études de droit pour exercer le métier d’avocat en droit à l’environnement, j’ai réalisé de grands voyages solitaires à vélo où j’ai commencé à lire l’ensemble des livres de prédilections de Christopher McCandless, ce jeune dont la vie a inspiré le film Into The Wild. J’ai pu découvrir Tolstoï, Jack London et Henri David Thoreau, mon auteur préféré. Ce dernier a vécu deux ans seul dans les bois en refusant de payer son impôt à l’État américain pratiquant l’esclavage des noirs. Il a mené une vie autonome construisant une petite cabane en forêt bien que certains témoignages racontent que sa mère continuait à lui faire son linge et que des tartes posées sur le rebord des fenêtres du village de Concord disparaissaient. Il s’est également opposé à la guerre menée contre le Mexique qui a finalement été une guerre colonisatrice des USA où le Mexique a perdu énormément de territoires. Sans cette guerre, le Texas par exemple, ne ferait pas partie des États-Unis. Le mur qui sépare le Mexique et les USA est un mur à abattre.

Voici une citation de son journal (Henri David Thoreau), écrite après son séjour d’une nuit en prison en juillet 1846, 174 ans avant le G20 de Hambourg :

Dans ma brève expérience de la vie humaine, j’ai découvert que les obstacles qui se dressaient sur mon chemin n’étaient pas des hommes vivants, mais des institutions mortes. Les hommes sont aussi innocents que le matin pour celui qui se lève tôt, pour le pèlerin confiant ou pour les voyageurs matinaux qu’il a croisé sur son chemin vers la poésie. Alors que les institutions comme l’Église, l’État, l’école, la propriété, sont des spectres sinistres et fantomatiques en raison du respect aveugle qu’on leur témoigne. Quand je me suis abandonné au rêve poétique d’un paradis terrestre, je n’ai pas envisagé d’être dérangé par un Indien Chippewa, mais j’ai pensé qu’il serait vraisemblablement englouti par une monstrueuse institution. Le seul bandit de grand chemin que j’aie jamais rencontré était l’État en personne. Quand j’ai refusé de payer la taxe qu’il réclamait pour cette protection dont je ne voulais pas, il m’a lui-même volé. Quand j’ai affirmé la liberté qu’il proclame, il m’a emprisonné. J’aime l’humanité, je hais les institutions de ses aïeux. Ni des voleurs, ni des bandits de grand chemin mais des gendarmes et des juges ; non pas des pêcheurs mais des prêtres ; non pas des ignorants mais des pédants et des pédagogues ; non pas des ennemis étrangers mais des armées en ordre de marche ; non pas des pirates mais des navires de guerre. Non pas une malveillance gratuite mais une bienveillance organisée. Par exemple, le geôlier ou gendarme simplement considéré en tant qu’homme et voisin – avec pour ce dernier 70 années à vivre – peut s’avérer être un homme droit et digne, doté d’un cerveau capable de réfléchir ; mais en tant qu’officier et instrument de l’État, il n’a pas plus d’entendement ou de cœur que la clef de sa prison ou que son gourdin.

Le plus attristant, c’est que les hommes adoptent volontairement le caractère et la fonction d’une nature brutale. Il existe assurément bien assez de moyens qui permettent à un homme de se procurer du pain sans que cela le rende nuisible en tant que voisin et compagnon. Il y a bien assez de pierres sur le chemin du voyageur sans qu’un homme ne vienne y ajouter son propre corps. Pour prendre un seul exemple : il n’y a sans aucun doute jamais eu de pire crime commis depuis le commencement des temps que l’actuelle guerre mexicaine [au terme de laquelle le Mexique s’est vu contraint de céder aux États-Unis le Texas, la Californie, l’Utah, le Nevada, le Colorado, Wyoming, le Nouveau Mexique et l’Arizona]. Tel est le commandement implacable : bouge et tu seras délogé ; sois le maître de tes actes ou tu deviendras l’instrument de l’esclave le plus insignifiant sans même t’en rendre compte. N’importe qui peut gouverner celui qui ne se gouverne pas lui-même. Tous les hommes sont plus ou moins ensevelis dans la tombe des coutumes, et pour certains, seuls les quelques cheveux au sommet de leur crâne émergent du sol. Ceux qui sont physiquement morts valent mieux, car au moins, il y a de la vie dans leur décomposition. Ceux qui ont un domaine à défendre qu’ils ont usurpé par acte de propriété, des esclaves à garder à leur service, ceux qui aimeraient retenir leur dernière inspiration pour la conserver perpétuellement, ceux-là exigent l’aide des institutions, de ce testament stéréotypé et pétrifié du passé. Mais ceux qui sont, en eux-mêmes, quelque chose à défendre, qui ne sont pas asservis, qui sont en accord avec leur temps, ne veulent pas de ce genre de sujétion.

La première chose qui m’a attristé en lisant son journal est de savoir qu’il n’existe quasiment plus d’espace sauvage aujourd’hui. J’en suis arrivé à la conclusion qu’il deviendrait même criminel de mener une vie de contemplation comme il l’a fait, car actuellement notre civilisation industrielle détruit chaque jour 200 espèces animales et végétales. Ce serait être contemplateur du désastre. Le 7 juillet 2020, cela fera 219 000 espèces végétales et animales exterminées par notre civilisation industrielle et capitaliste depuis le G20 de Hambourg. Les manifestations n’ont fait à ma connaissance disparaître aucune espèce, pas même une seule entreprise de marque de luxe. Je n’ai pas envie de lister ici l’ampleur de la catastrophe, de l’effondrement en cours, je pense que chacun en a entendu parler et peut se renseigner en faisant quelques recherches. Dans les débats qui ont pu agiter ce tribunal, j’ai entendu dire qu’il pouvait être compréhensible de lutter avec violence sous le nazisme mais que cela n’est pas convenable dans une démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui. Le problème, c’est que nous ne sommes pas en démocratie, mais dans un régime représentatif.

Emmanuel-Joseph Sieyès, juste après la révolution française, dans son discours du 7 septembre 1789, a déclaré :

La France ne doit pas être une démocratie, mais un régime représentatif. Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi, n’est pas douteux parmi nous. D’abord, la très grande pluralité de nos concitoyens n’a ni assez d’instruction, ni assez de loisir, pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; ils doivent donc se borner à se nommer des représentants. […] Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.

Cette personne qui a participé activement à l’élaboration du système politique après la révolution française a l’honnêteté intellectuelle de reconnaître qu’un régime représentatif n’est pas une démocratie. Aujourd’hui, la classe dirigeante, afin de ne pas perdre ses intérêts et risquer de disparaître sous un nouveau mécontentement populaire, nous berce dès l’école et rabâche à la télévision que nous sommes dans une « démocratie avancée ». Cette formulation prétentieuse veut nous faire croire que nous serions allés au-delà même de la démocratie alors qu’en réalité nous n’avons jamais atteint cette étape mais sommes encore aujourd’hui sous un régime représentatif.

J’ai décidé d’agir plutôt que d’abandonner mon pouvoir à un représentant.

« Vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus »,

écrivait Élisée Reclus dans son texte Ne votez pas, agissez. Les parlements sont infestés par les lobbys, les intérêts des grosses entreprises et de la finance.

J’ai donc commencé par rejoindre la mouvance Anonymous on me bornant à écrire des textes et faire des vidéos à travers une opération contre les grands projets inutiles et imposés. Il s’agissait de cibler les sites internet des grosses industries ou de l’État français impliqués dans la réalisation de différents projets comme le barrage de Sivens, la poubelle nucléaire à Bure ou l’aéroport de Notre Dame des Landes, par exemple. Dans le même temps, je me suis rendu à la manifestation d’octobre 2014 à Sivens où Rémi Fraisse fut tué par une grenade policière à une centaine de mètres de moi. C’était une de mes premières manifestations et j’ai été traumatisé par la violence policière, les 400 grenades explosives lancées aveuglément dans la nuit, le mensonge d’État qui masqua les circonstances de sa mort, la propagande médiatique de criminalisation, et l’indifférence de la justice qui a prononcé un non-lieu malgré les demandes de la famille de Rémi d’obtenir une condamnation symbolique. Le lendemain matin j’ai directement appelé ma petite sœur au téléphone, et j’ai pleuré, réalisant que j’aurais pu y passer également avec toutes ces grenades qui explosaient autour de moi. J’ai aussi depuis des problèmes d’auditions qui se sont aggravés et des acouphènes aigus continuel dans mon oreille. Mais le plus grave pour moi c’est qu’aujourd’hui je peux dire devant vous qu’un jeune homme de mon âge est mort presque à côté de moi dans une manifestation, que je peux le dire avec sang-froid. Quelque chose s’est éteint en moi pendant l’incarcération, j’ai perdu une partie de mes émotions en prison.

Afin que vous saisissiez un peu mieux, je tiens à dire quelques éléments concernant cette journée de mobilisation qui s’est tenue en pleine nature dans la vallée du Tescou (sud-ouest de la France). La préfecture avait promis de ne pas déployer de gendarmes afin de ne pas générer de tensions en retirant même, au cas où, les engins de chantiers. Le barrage de Sivens fut porté par la CACG, un organisme public-privé, ce qui lui permettait de réaliser une déclaration d’utilité publique et ainsi de mettre la main sur l’argent du contribuable : près de 4 millions d’euros de fonds publics pour construire ce barrage afin de soutenir une agriculture intensive. Mais le comble, c’est que le barrage de Fourrogue, construit juste avant ce projet de barrage de Sivens, a été déclaré illégal et inadapté par le tribunal administratif après sa construction. C’est-à-dire qu’il ne pouvait même pas remplir la mission pour laquelle il a été construit, à savoir l’irrigation des cultures. Cela démontre que l’intérêt derrière ces projets est essentiellement le détournement d’argent public. Les porteurs de ce projet veulent construire une cinquantaine de barrage dans la région et ils réfléchissent actuellement à refaire un projet de barrage non loin de l’endroit où Rémi, jeune homme de 21 ans, a été tué par la police. Une rivière doit pouvoir s’écouler librement jusqu’à l’océan. Est-il plus sain de s’adapter à la nature ou d’adapter la nature au capitalisme ?

J’aimerai que l’on m’explique où est le progrès lorsque des grands groupes comme Bayer/Monsanto brevettent le vivant et réalisent des mutations sur les plantes de telle sorte qu’il soit impossible de réutiliser les graines chaque année sans devoir les racheter. Il est démontré aujourd’hui que dans les anciennes variétés de graines un code génétique se transmet de génération en génération à travers les semences, la plante s’adapte à son milieu, elle a une intelligence, elle s’améliore et se renforce d’année en année. Bayer et Monsanto sont responsables de la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes par maladie ou suicide, notamment en interdisant l’utilisation de certaines semences et en imposant des graines génétiquement modifiées. En Inde par exemple, des paysans s’endettent à devoir les racheter chaque année, mais vous ne verrez jamais les dirigeants de ces entreprises faire 1 an et 4 mois de prison ferme pour ces raisons.

Pour revenir à la mouvance Anonymous, j’ai découvert sur internet l’existence du projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, à quelques pas de chez moi. Je n’en avais pas entendu parler à l’école, aux JT ou dans les journaux. J’ai donc fait des recherches et découvert que depuis plus de 20 ans, des personnes luttent et se mobilisent contre ce projet. Il y a même eu une pétition signée à la main par plus de 50 000 personnes demandant l’organisation d’un référendum local pour savoir si la population était d’accord avec ce projet. Cette pétition a été ignorée. Il serait en effet dommage pour les autorités locales de perdre les 80 millions d’euros distribués chaque année afin « d’accompagner économiquement » le projet d’enfouissement. Jusque dans les écoles, l’argent nucléaire coule à flot et des balades scolaires sont organisées dans les tunnels souterrains où déjà deux ouvriers sont décédés dans un effondrement des galeries.

Lorsqu’il a été rappelé à l’Agence Nationale pour la Gestion des déchets Radioactifs (Andra) qu’il y aura à terme un écroulement des tunnels, la réponse donnée par un responsable fut : « C’est prévu, Cigéo va s’écrouler, mais nous préférons parler de convergences des roches. » Je crois plutôt qu’une convergence des luttes empêchera la folie de ce projet. De la même manière que l’écrivain italien Erri de Luca l’a affirmé à propos du projet de ligne TGV Lyon-Turin en Italie, je crois que le projet d’enfouissement de déchets nucléaires doit être freiné, entravé et donc saboté pour la légitime défense de la santé, du sol, de l’air et de l’eau.

L’Allemagne a théoriquement arrêté le nucléaire après Fukushima mais les déchets nucléaires restent un problème. En France, alors que nous ne savons également pas quoi faire des déchets, nous allons renouveler le parc des centrales et lancer une nouvelle génération de réacteurs (EPR), essentiellement pour pouvoir les vendre à l’étranger.

Au regard de la gestion laborieuse que la filiale nucléaire a réalisé en Somalie, puis en balançant les fûts de déchets nucléaires dans l’océan et dans divers sites d’enfouissement aux multiples accidents (au Nouveau Mexique comme en Allemagne), il semble évident qu’il ne faut pas laisser la gestion des déchets nucléaires à ces individus irresponsables.

« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés », a dit Albert Einstein.

Il est important de reconnaître avec honnêteté que nous ne savons pas quoi faire et nous n’avons jamais su quoi faire des déchets nucléaires. Dès lors, l’arrêt immédiat de la production de ses déchets est une évidence. Cette question de la gestion devrait être prise en compte par la société toute entière, en finançant des recherches indépendantes. Où trouver l’argent ? Il y a, chaque année, 80 millions d’euros déversés dans les départements de la Meuse et de la Haute-Marne afin d’acheter le consentement de celles et ceux qui demain seront irradiés. Dans la langue de l’époque, on n’appelle plus cela « corrompre » mais « travailler à l’acceptabilité sociale d’un projet ». Redirigeons cette somme dans la recherche d’alternatives. Pour les déchets existants, tentons de trouver des solutions par la science, plutôt que par l’achat des consciences. Il y a les PDG du nucléaire, nucléocrates et autres personnes qui se sont fait des millions, voir des milliards de bénéfices sur le dos de notre vie, il faudra également qu’ils rendent l’argent, pour la survie de l’humanité.

Je tiens à rappeler que l’Allemagne sera probablement plus impactée par ce projet d’enfouissement, car Bure se situe dans le Nord-Est de la France sous les vents dominants de l’ouest.

C’est cet engagement sur le terrain informatique contre Bure et le Barrage de Sivens qui m’a conduit à une première condamnation en justice après la visite de sept agents de la DGSI au domicile de mes parents. Les 48 heures de garde-à-vue qui ont suivi était une horreur. Refusant de collaborer, les agents sont aller jusqu’à menacer de mettre en garde-à-vue mon meilleur ami car il apparaissait sur le rush d’un montage vidéo. Ils ont réussi à me faire craquer en faisant pression sur cet ami proche qui ne partage pas mes opinions politiques. Je tiens à insister sur cette bassesse monstrueuse de l’élite de la police Française. J’étais jeune, je ne pensais pas alors qu’il était possible d’aller jusque-là. Faire pression sur des proches, je pensais que c’était seulement dans les films ou sous des dictatures. J’ai écopé de quatre mois de prison avec sursis ainsi que d’une interdiction de passer des concours dans certains métiers du domaine public pendant cinq ans. Étant en première année d’étude de droit à ce moment-là, j’ai décidé de faire appel afin de demander que cette interdiction de métier soit enlevée pour que je puisse continuer mes études et tenter de devenir avocats en droit à l’environnement. Malheureusement, la cour d’appel a confirmé l’interdiction qui est en plus redevenue active pour 5 ans à ce moment-là. C’est à ce moment-là que j’ai dû oublier ce projet professionnel et que je me suis tourné vers la permaculture. Terrain dans lequel l’État ne m’a pas encore mis d’entrave.

En France, les policiers allemands sont perçus comme les rois de la désescalade, j’ai cependant vu, à Hambourg, des milliers de manifestants escalader un mur afin d’échapper à la police qui matraquaient les crânes. C’était le premier jour des manifestations contre le G20 de Hambourg, le positionnement des canons à eau qui étaient dès le début presque au contact du cortège et les charges policières de tous les côtés ne laissaient même pas l’opportunité de s’échapper. Il y a eu plusieurs dizaines de blessées très graves à la tête. Pourquoi donc les palais de justices restent-ils silencieux vis à vis de la violence policière ? Où sont les photos des policiers matraquant les crânes dans les médias et leurs colonnes d’appel à délation post-G20 ?

J’accuse le pouvoir judiciaire de participer à un groupement fermé de personnes pratiquant la violence sur la base d’un partage des tâches entre les policiers qui passent à l’acte et les tribunaux qui cautionnent et encouragent les délits par leurs laxismes. Les palais de justice en général, appartenant à ce groupe, sont complices de toutes les violences policières du G20 car aucun ne s’est distancié à l’égard de ces violences. Il n’y a eu aucune condamnation de policiers depuis le G20 et ce, malgré les nombreuses vidéos et documentations citoyennes. Mais c’est également un problème structurel de l’institution policière : la police ne fait pas remonter les enquêtes contre elle-même.

Bertolt Brecht disait : « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent.  »

Faut-il accueillir le G20 ou l’empêcher en protestant ?

Nous retrouvons dans ce sommet les cinq plus gros marchands d’armes au monde qui sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne, tous également membres permanents du conseil de sécurité des Nations Unies. « Quand on est pour la paix, on ne vend pas des armes », ce sont les mots d’un sans-papier Guinéen prononcé dans la cour de promenade du bâtiment A. Il m’a beaucoup parlé de la Guinée et de l’Afrique en général, continent très riche en ressources mais pauvre à cause du pillage exercé par le système capitaliste. Si les Thomas Sankara ou Patrice Lumumba ne finissaient pas chaque fois assassinés par des armes construites dans les pays du Nord, l’Afrique aurait aujourd’hui un autre visage.

Pendant le G20 de Hambourg, la France et l’Allemagne vendaient des armes à la Turquie. Des armes qui ont probablement étaient utilisées lors de l’offensive turque contre les kurdes aux Rojava dans le nord de la Syrie. Des journalistes turcs sont encore emprisonnés pour avoir dévoilé que Erdogan avait livré des armes à Daesh. Si une personne donne une pierre a un manifestant, elle peut être accusée de complicité d’un acte d’une extrême violence et risque de finir en prison. Mais vendre des armes est un acte légal. Le problème vient peut-être du fait que c’est un don et qu’il serait à vos yeux plus juste de devenir marchand de pierres. Ou bien cela n’a rien à voir avec l’intérêt financier et il s’agirait d’une question morale : il est bon de vendre des armes car elles servent à faire la guerre pour la paix, incohérence déjà décrite par George Orwell dans son œuvre 1984. Des anarchistes ont récemment été torturé en Russie. Torture que l’on retrouve en Turquie ou en Arabie Saoudite. Avez-vous simplement idée de l’extrême violence qu’incarne votre sommet, cette réunion des vingt États les plus riches de la planète ?

Il y a quelque chose de particulièrement grave dans cette affaire, cinq personnes doivent répondre de l’ensemble des dégâts d’une manifestation. 99 % des faits reprochés ne visent pas personnellement les accusés. L’accusation s’étend à plus d’un million d’euros de dégâts. Le procureur tente de construire et d’imposer une vision très large de la complicité, au point qu’il désire même l’étendre au-delà de la présupposée présence des accusés. Concrètement, imaginez-vous dans une manifestation : quelqu’un brûle une voiture à 50 mètres de vous, vous êtes considéré comme responsable des dégâts. Mais ce n’est rien ! Imaginez-vous maintenant quittant une manifestation, dix minutes plus tard, un cocktail molotov est lancé : bien que vous n’êtes plus présent, vous êtes aussi considéré comme responsable.

Il y a beaucoup de problème dans ce procès, dans la prison, dans la police, dans le capitalisme, dans l’État et son monde. Ces différents thèmes ont, entre autres, comme pourritures communes : la soif de gestion, la globalisation, la classification. La personnalité de l’individu, son identité, sa créativité, son unicité, doivent rentrer dans une case, un groupe.

Voici une autre citation de Thoreau :

Le caractère unique d’un homme se manifeste dans chaque trait de son visage et dans chacune de ses actions. Confondre un homme avec un autre et toujours les considérer globalement est une marque de stupidité. Les esprits obtus ne distinguent que des races, des nations ou des clans, quand l’homme sage distingue des individus.

Journal de Thoreau – juillet 1848

Je ne vais pas pouvoir expliquer ce que je n’ai pas fait et si vous me demandez ce que j’en pense, cela pourrait tenir dans cette autre citation d’Élisée Reclus :

Quels que soient mes jugements sur tel ou tel acte ou tel ou tel individu, je ne mêlerai jamais ma voix aux cris de haine d’hommes qui mettent armées, police, magistrature, prêtres et lois en branle pour le maintien de leurs privilèges.

Il vous reste encore un peu de temps avant la fin de ce procès afin de limiter l’acte d’accusation seulement à ce que j’ai pu faire, tant que cela ne sera pas le cas, je refuse de m’exprimer à propos de l’accusation me concernant sur la manifestation de l’Elbchaussee. À savoir : si j’étais bel et bien présent, si vous m’avez confondu avec d’autres personnes ou si je n’étais tout simplement pas là, preuve à l’appui.

En France, j’ai été accusé d’avoir découpé un grillage autour d’un projet d’enfouissement de déchets nucléaire, j’ai revendiqué devant le tribunal ce geste afin de l’expliquer. La retranscription de ce procès est disponible dans une brochure intitulée « Sachez que je n’attends rien de votre institution » , également traduite en allemand. D’autres procès contre des anarchistes, comme celui d’Alexandre Marius Jacob, contiennent également une revendication et explication des actes réalisés devant le tribunal. Il s’agit d’une stratégie de rupture. Je comprends l’attitude de ne pas vouloir s’exprimer et de garder le silence et je veux rester solidaire envers les personnes qui choisissent de ne pas s’exprimer lors des procès. Cependant, je déteste les narrations mensongères des procureurs ou de la police. Et c’est dans les tribunaux que leurs versions s’établissent et sont reprisent par les juges puis les médias. Si je m’exprime aujourd’hui, c’est pour vous relater une réalité que j’ai vécu dans les rues de Hambourg.

Dans l’après-midi du 7 juillet 2017, la police allemande a fait une autre démonstration de sa désescalade, dans un ballet incessant de policiers qui chargeaient en passant à répétition tout autour du Rote Flora. J’ai vu à plusieurs reprises la police matraquer sans raison des personnes sur les trottoirs ainsi que des personnes assisses aux terrasses des bars, buvant un verre. Peut-être que dans un esprit policier, le fait d’être simplement présent autour du Rote Flora est une culpabilité suffisante. Dans le petit parc juste derrière, quatre policiers ont couru vers une personne qui était dans un coin près d’un buisson, elle s’est fait tabasser à l’abri des regards et des caméras. J’ai vu un journaliste se faire frapper par la police. Et alors qu’une énième personne se faisait sévèrement matraquer devant le Rote Flora, je me suis avancé spontanément avec d’autres personnes, criant d’indignation. Un policier m’a gazé au visage. J’ai alors posé mon sac à dos par terre et lancé 2 bouteilles de bières qui se trouvaient devant moi vers la police. Il y a des violences policières qui sont à l’origine de ce geste, je ne veux pas m’en excuser. D’autant plus que je n’ai pas réussi à atteindre la police et les bouteilles ont atterri à côté (comme on peut le voir sur une vidéo). Certes, à vos yeux, que le projectile touche ou non un policier, cela reste illégal, tout comme votre loi interdit de matraquer à hauteur de tête ou de mettre du gaz lacrymogène au visage. A-t-on pour autant déjà fait un procès à l’encontre d’un policier qui a donné des coups de matraque dans le vent, à côté d’une tête, sans la toucher ? Non. Il n’y a même pas eu un seul procès contre un policier qui a matraqué un crâne au G20. Dès lors, faut-il venir casqué en manifestation ?

Un peu plus tard, sur une vidéo policière, on me voit courir vers une dame d’un certain âge qui pousse son vélo. Elle s’était arrêtée au milieu de la route alors qu’un canon à eau avançait vers elle. Je l’ai aidé à rejoindre le trottoir et une fois atteint, nous nous sommes pris un jet du canon à eau clairement dirigé contre nous deux. Vous faites toujours preuve d’une imagination débordante et d’une sensibilité extrême lorsque vous écrivez dans vos actes d’accusation que tel projectile a été lancé vers la police en rajoutant « acceptant que cela aurait pu blesser gravement les policiers ». Car avant d’imaginer cela, il faudrait peut-être déjà démontrer que le projectile atteint en effet un policier. Une fois que c’est chose faite, il faut reconnaître qu’il est difficile de blesser gravement un policier quand il porte des protections contrairement aux manifestants qui n’en portent aucune. En attendant, le puissant jet d’eau nous a clairement atteint et personne ne reproche au policier qui a tiré d’avoir accepté que cela aurait pu blesser gravement cette dame âgée. Après avoir vérifié que cette dernière se portait bien, j’ai ramassé deux pierres et je les ai jetées en direction du canon à eau. Les policiers étaient en position derrière le canon à eau.

Ne me retrouvant pas dans vos définitions de bon ou de mauvais manifestant, sachez que je reste solidaire à l’égard de n’importe quelle personne se retrouvant face à la justice suite aux manifestations : que ce soit celles du G20 ou des gilets jaunes, de Minneapolis ou des quartiers populaire, du Chili ou de Hong-Kong. Car encore une fois, quels que soient mes jugements sur tel ou tel acte ou tel ou tel individu, je ne mêlerai jamais ma voix à celles et ceux qui mettent armées, polices, magistratures, prêtres et lois en branle pour le maintien de leurs privilèges.

Il y a eu de nombreuses tentatives afin de bloquer le G20 avec des sittings non-violent. J’ai également pris part à cette stratégie et une personne qui se trouvait à côté de moi s’est retrouvée avec un œil au beurre noir pendant qu’un autre policier m’a donné des coups de pieds alors que nous étions assis. J’ai remarqué qu’il était moins dangereux d’utiliser cette tactique si il y a la présence de caméras qui filment la scène. La police semble très sensible à son image et se retient de montrer sous les projecteurs sa violence mais elle n’hésite pas, une fois qu’un peu d’ombre se présente, à déployer son obscurité.

La résistance passive non-violente est efficace tant que votre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace.

Nelson Mandela

Une étude avait démontré qu’une personne sera plus disposée à être agressive si elle porte un uniforme. C’est pourquoi je n’en veux pas particulièrement aux individus, mais à la situation que génère le métier de policier. Il est probable que bientôt, tout comme à Minneapolis, il devienne nécessaire pour de plus en plus de monde de démanteler la police.

En dernier point, la presse allemande met souvent en avant l’impact économique des manifestations. Je crois que pour l’ensemble du G20 de Hambourg, j’avais entendu qu’il s’agissait de 10 millions d’euros de dégâts. Je vais vous démontrer qu’une personne qui mange sainement et fait quelques dégâts en manifestation coûte moins cher à la société qu’un habitué du McDo. Un article du journal « Libération » de l’année 2019 a estimé que le coût de la malbouffe pour la santé en France est de 55 milliards d’euros par an. Il faudrait qu’il y ait chaque année 5 500 fois des manifestations avec 10 millions d’euros de dégâts pour égaler l’impact économique de la malbouffe. Sachant que les mobilisations se sont étalées sur quatre journées, il n’est pas possible d’en réaliser plus de 92 dans l’année. À moins que l’on s’autorise à imaginer plusieurs manifestations en même temps. Il faudrait donc que se déroule de manière simultanée 59 manifestations comme celles du G20 de Hambourg en se répétant continuellement pendant un an afin que les dégâts économiques égalent ceux de la malbouffe en France. Je n’ai pas trouvé de chiffre concernant l’Allemagne mais je pense que c’est sensiblement identique. En arrondissant, on peut dire que la malbouffe coûte 100 milliards d’euros par an en Allemagne et en France. Donc 300 milliards d’euros depuis le G20 de Hambourg. N’est-il pas plus sage de faire des procès contre les géants de l’agroalimentaire qui empoisonnent notre nourriture et nos vies ?

Voici quelques paroles de Ravachol :

En créant les articles du Code, les législateurs ont oublié qu’ils n’attaquaient pas les causes mais simplement les effets, et qu’alors ils ne détruisaient aucunement le crime ; en vérité, les causes existant, toujours les effets en découleront. Oui, je le répète : c’est la société qui fait les criminels, et vous jurés, au lieu de les frapper, vous devriez employer votre intelligence et vos forces à transformer la société. Du coup, vous supprimeriez tous les crimes ; et votre œuvre, en s’attaquant aux causes, serait plus grande et plus féconde que n’est votre justice qui s’amoindrit à punir les effets.

J’ai entendu que le tribunal se souciait de savoir si la peine était suffisante pour l’éducation des accusés. J’ai été surpris de découvrir cette forme d’éducation. Vous estimez que punir par l’enfermement permet de contraindre à ne plus recommencer. Il existe, en Norvège, des prisons ouvertes où le taux de récidive est de 20 %. L’endroit où je suis resté enfermé 1 an et 4 mois a un taux de 70 % de récidive. Dans cette prison norvégienne les gardiens chantent parfois une chanson aux nouveaux arrivants, il y a de l’écoute, de l’amour et de la considération. Quand je suis arrivé dans votre prison, je suis resté un mois avec le même caleçon enfermé 23h/24 en croisant les regards sévères de gardiens qui vous méprisent. Mais au risque de ne pas avoir été clair, parce que l’on pourrait croire que je me satisfais d’une prison norvégienne. Tout comme Ravachol disant « c’est la société qui fait les criminels » et le criminologue Alexandre Lassange affirmant « la société a les criminels qu’elle mérite ». Je pense que c’est en transformant la société que nous pouvons supprimer tous les crimes. Et je crois qu’il y a dans ce procès 0% de chance de récidive, car la cause a disparu : il n’y aura plus jamais de G20 à Hambourg.

Ma prochaine déclaration contiendra un texte imaginant un G20 sans police, ce que je considère comme étant des alternatives à votre sommet ainsi qu’une critique de la civilisation industrielle et des énergies renouvelables du capitalisme vert. Je déposerai également à votre tribunal une BD patate que j’ai réalisée en prison expliquant comment tous les États du monde pourrait se débarrasser de leurs bombes atomiques.

Loïc, Hambourg, le 17 juin 2020.

La semaine prochaine, le procureur fera ses réquisitions. Loïc devrait normalement être autorisé à s’exprimer une seconde fois le 9 juillet. Le jugement est attendu avant la mi-juillet.

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Racisme d’Etat et nucléaire, les deux font la paire

Posté par elianguesard le 17 juin 2020

carteReseauVulcanus

https://bouamamas.wordpress.com/2018/05/08/quest-ce-que-le-racisme-detat/

 

Entre les métropolitains et les territoires non décolonisés, ce n’est pas le même traitement; il y a le chlordécone aux Antilles, le césium 137 en Polynésie et en métropole, il y a le traitement de faveur pour les nucléocrates.

https://blogs.mediapart.fr/delaunay-matthieu/blog/090620/oscar-temaru-comme-george-floyd-i-can-t-breathe

https://reporterre.net/En-Polynesie-l-Etat-francais-refuse-d-abandonner-sa-politique-coloniale

 

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Détruire les écosystèmes et récolter les virus

Posté par elianguesard le 14 juin 2020

BirdyHealth

Virus Actua fichier odt VirusActua.

 

https://blogs.mediapart.fr/nicholas-bell/blog/260420/detruire-les-ecosystemes-et-recolter-les-virus-revue-de-presse-sous-confinement

Détruire les écosystèmes et récolter les virus, revue de presse sous confinement

 

Ce sera peut-être l’une des rares conséquences positives de cette crise sanitaire planétaire, celle de prêter enfin plus d’attention aux voix qui depuis longtemps nous avertissent que notre comportement destructeur envers les écosystèmes, envers ce qu’on appelle communément la nature, risque de nous mener à des catastrophes sanitaires d’une ampleur inédite.

 

« Aujourd’hui nous savons qu’il ne s’agit pas que d’un problème médical. L’émergence de ces maladies infectieuses correspond à notre emprise grandissante sur les milieux naturels. On déforeste, on met en contact des animaux sauvages chassés de leur habitat naturel avec des élevages domestiques dans des écosystèmes déséquilibrés, proches de zones périurbaines. On offre ainsi à des agents infectieux de nouvelles chaînes de transmission et de recomposition possibles. (…) Le silence sur ce point est assourdissant. » (Philippe Grandcolas1)

Tout d’un coup le commun des mortels découvre des termes comme « zoonose », qui signifie « une maladie produite par la transmission d’un agent pathogène entre animaux et humains ». Et on se rend compte que cela fait des années que des chercheurs et des écologues tirent la sonnette d’alarme. Kate Jones, professeure d’écologie et de biodiversité à l’University College à Londres, a identifié 335 maladies infectieuses émergentes apparues entre 1940 et 2004, dont 60 % sont des zoonoses2. En 2018, l’Organisation Mondiale de la Santé a inscrit une « maladie X » dans la liste des pathologies pouvant provoquer un « danger international ». « La maladie X se propagerait rapidement et silencieusement ; exploitant des réseaux de voyage et de commerce humains, elle atteindrait plusieurs pays et serait difficile à contenir. »

Parmi la multitude de voix lançant des alertes dans le désert, citons encore la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les risques écosystémiques (IPBES)3 qui rappelle que l’érosion de la biodiversité entraîne de manière quasi systématique une augmentation de ces maladies. Ou encore l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture : « Selon la FAO, l’augmentation des maladies infectieuses émergentes coïncide avec la croissance accélérée des taux de déforestation tropicale enregistrés ces dernières décennies. Plus de 250 millions d’hectares ont disparu en quarante ans. Les forêts tropicales, parce qu’elles sont particulièrement riches en biodiversité, sont aussi très riches en micro-organismes ».

Selon Philippe Grandcolas, l’étude des écosystèmes est le parent pauvre de la science et de la biologie, n’attirant que 0.6 % des crédits pour la recherche en Europe4.

L’article du Monde du 8 avril donne un exemple éclairant de comment ce processus de zoonoses fonctionne. Il s’agit du virus Nipah qui a émergé en Malaisie en 1998. «  Ce virus était hébergé par des chauves-souris frugivores du nord du pays. A cette époque, des élevages porcins industriels sont établis dans la région. Les éleveurs plantent également des manguiers et d’autres arbres fruitiers pour s’assurer une seconde source de revenus. Chassées des forêts où elles vivaient, en raison notamment de l’exploitation de l’huile de palme, les chauves-souris s’installent sur ces arbres. Les fruits à demi consommés, leur salive ou leurs excréments tombent dans les enclos, et les porcs mangent tout. Le virus se propage d’un cochon à l’autre, d’un élevage à l’autre, puis infecte l’homme. Plus d’un million de porcs sont abattus ».

Un article de Katarina Zimmer publié par National Geographic le 22 novembre 2019, donc avant la crise sanitaire actuelle, précise ce qui a pu déclencher le virus Nipah : « En 1997, des nuages de fumée planaient au-dessus des forêts tropicales d’Indonésie, où une zone de la taille de la Pennsylvanie, environ, avait été brûlée pour faire place à l’agriculture, et où les incendies avaient été exacerbés par la sécheresse. Etouffés par la brume, les arbres n’ont pas pu produire de fruits, laissant les chauve-souris frugivores sans autre choix que de voler ailleurs à la recherche de nourriture, emportant avec elles une maladie mortelle ».

Rappelons que « les chauves-souris sont les seuls mammifères pouvant voler, ce qui leur permet de se répandre en grand nombre, depuis une communauté spécifique, sur une vaste zone » (Nick Paton Walsh et Vasco Cotovio, sur le site de CNN, 19 mars).

Et ce ne sont pas les seuls à s’envoler vers d’autres cieux… « De nos jours, avec les transports motorisés et les avions, on peut se retrouver dans une forêt d’Afrique centrale un jour, et au centre de Londres le lendemain. » (Walsh et Cotovio)

Selon Katarina Zimmer, une maladie bien plus connue et plus meutrière, le paludisme, « qui tue plus d’un million de personnes chaque année en raison de l’infection par des parasites transmis par les moustiques est depuis longtemps soupçonné d’aller de pair avec la déforestation. (…) Au Brésil, au début du siècle, il y avait plus de 600.000 cas par an dans le bassin amazonien. (…) Le défrichement de parcelles de forêt semble créer un habitat idéal, en bordure de forêt, pour la reproduction du moustique Anopheles darlingi, le plus important vecteur du paludisme en Amazonie. (…) En un an d’étude, par exemple, 1600 km² de forêt défrichée – l’équivalent de 300.000 terrains de football – ont été liés à 10.000 cas supplémentaires de paludisme ». On ne peut que craindre l’impact des incendies qui ont encore ravagé l’Amazonie ces douze derniers mois.

Autre exemple : « Au Liberia, les coupes de forêts pour l’installation de plantations de palmiers à huile attirent des hordes de souris typiquement forestières, alléchées par l’abondance des fruits de palmiers autour des plantations et des habitations » (Katarina Zimmer). Résultat : les hommes contractent le virus Lassa qui au Liberia a tué 36 % des personnes infectées. « De tels processus ne se limitent pas aux maladies tropicales. Certaines des recherches de MacDonald5 ont révélé une curieuse association entre la déforestation et la maladie de Lyme dans le nord-est des Etats-Unis. »

Selon Serge Morand, écologue de la santé et chercheur au CNRS-Cirad basé en Thaïlande, «  on est en train de modifier en profondeur les interactions entre la faune sauvage et ses propres pathogènes et de détruire l’autorégulation des écosystèmes qui maintenait la circulation des virus à bas bruit. » Pour Kate Jones, « dans les écosystèmes riches, de nombreuses espèces, quand elles sont confrontées à un virus, peuvent le détruire ou ne pas le reproduire. Elles jouent un rôle de cul-de-sac épidémiologique, de rempart ».

Katarina Zimmer : « De nombreux virus existent de manière inoffensive, avec leurs animaux hôtes, dans les forêts, ayant co-évolué avec eux. Mais les humains peuvent devenir des hôtes involontaires d’agents pathogènes lorsqu’ils s’aventurent dans les forêts ou lorsqu’ils altèrent les milieux forestiers ».

L’élevage industriel entraîne une simplification génétique et une uniformisation des espèces à de vastes échelles. Dans un communiqué publié le 2 avril 2020, l’association Grain explique que « de nouvelles recherches suggèrent que l’élevage industriel, et non les marchés de produits frais, pourrait être à l’origine du Covid-19. (…) La région autour de Wuhan est un épicentre des élevages industriels de porcs et elle est toujours en train de se débattre face à la mort massive de porcs suite à l’apparition d’un autre virus létal, il y a tout juste une année.  »6

« A mesure que la production industrielle – porcine, avicole et autres – s’étend à la forêt primaire, elle fait pression sur les exploitants d’aliments sauvages pour qu’ils s’enfoncent davantage dans la forêt à la recherche de populations sources, augmentant ainsi l’interface avec de nouveaux agents pathogènes et par là leur propagation ».7 C’est l’une des sources probables du Covid-19 : « celles-ci comprennent un dangereux commerce d’animaux sauvages pour la nourriture, avec des chaînes d’approvisionnement s’étendant à travers l’Asie, l’Afrique et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis et ailleurs. Ce commerce a maintenant été interdit en Chine, à titre temporaire ; mais il a également été interdit pendant le SRAS, puis a pu reprendre » (David Quammen, New York Times, 18 mars).

Comme le rappelle Philippe Grandcolas, la déstabilisation d’écosystèmes n’est pas un phénomène cantonné aux pays tropicaux et lointains. « En France nous tuons des centaines de milliers de renards par an. Or, ce sont des prédateurs de rongeurs porteurs d’acariens qui peuvent transmettre la maladie de Lyme par leurs piqûres.

Selon Hélène Soubelet, « tout notre système économique est orienté vers la destruction de cette biodiversité que nous devons aujourd’hui préserver ». Pour l’historien Jérôme Baschet, « le Covid-19 est une ‘maladie de l’Anthropocène’  », ou pour lui donner « son véritable nom : Capitalocène. Car il est le fait, non de l’espèce humaine en général, mais d’un système historique spécifique. (…) Le virus qui nous afflige est l’envoyé du vivant, venu nous présenter la facture de la tourmente que nous avons nous-mêmes provoquée ».8

« Malheureusement, la période dramatique que nous traversons pourrait exacerber le manichéisme humain, pousser certains à vouloir se débarasser de toute la biodiversité. (…) Nous ne pouvons pas nettoyer au Kärcher tous les micro-organismes qui nous entourent, on en a absolument besoin » (Philippe Grandcolas).

« Il n’y a pas d’ange ni de démon dans la nature, les espèces peuvent être les deux à la fois. La chauve-souris n’est pas qu’un réservoir de virus, elle est aussi un prédateur d’insectes en même temps qu’une pollinisatrice de certaines plantes » (Philippe Grandcolas). « Leur système immunitaire est mal compris et pourrait nous fournir des indices importants. Comprendre comment les chauves-souris font face à ces agents pathogènes peut nous apprendre comment les combattre, s’ils se répandent chez les gens » (Walsh et Cotovio).

L’attitude qui consiste à évaluer la nature sous l’unique angle de ce que nous considérons comme utile est fortement ancrée. Dans une chronique du Monde du 2 février, Stéphane Foucart, nous donne un exemple éclairant. Il explique que des experts allaient se réunir début février à Bruxelles afin de discuter un nouveau cadre réglementaire de protection de l’environnement. Il s’agit « d’une approche définissant des ‘objectifs spécifiques de protection’, et fondée sur la préservation des services rendus par la nature, non sur la protection de la nature elle-même. De tels principes pourraient permettre la destruction de certaines espèces si d’autres, remplissant peu ou prou le même rôle dans l’écosystème (la pollinisation des cultures, par exemple), sont susceptibles de leur survivre. (…) L’environnement est-il réductible à la somme des services qu’il rend aux hommes ? » Peut-on « déclarer surnuméraire une espèce vivante ? Sa destruction, non comme conséquence accidentelle d’une activité, mais comme résultat prévisible et opérationnel d’un règlement, est-elle acceptable ? Est-ce à des experts de répondre à ces questions, derrière les portes closes d’une salle de réunion bruxelloise ? »

« En plus des maladies connues, les scientifiques craignent qu’un certain nombre de maladies mortelles encore inconnues se cachent dans les forêts, qui pourraient être dispersées massivement, au fur et mesure de leur destruction. Carlos Zambrana-Torrelio9 remarque que la probabilité de retombées sur les populations pourrait augmenter avec le réchauffement climatique, qui pousse les animaux, ainsi que les virus qu’ils transportent, à migrer vers les régions où ils ne vivaient pas auparavant » (Katarina Zimmer). Est-ce que la crise sanitaire actuelle provoquera enfin une véritable prise de conscience plus large ? Ou verra-t-on un retour au « business as usual ?

La bataille sera rude. « Quiconque cherche à comprendre pourquoi les virus deviennent plus dangereux doit étudier le modèle industriel de l’agriculture et, plus particulièrement de l’élevage animal. A l’heure actuelle, peu de gouvernements et scientifiques sont prêts à le faire. Bien au contraire. (…) Le capital est le fer de lance de l’accaparement des dernières forêts primaires et des terres agricoles détenues par les petits exploitants dans le monde. (…) Les responsables étatsuniens de la santé publique ont couvert l’agrobusiness lors des épidémies de H1N1 (2009) et de H5N2. (…) Les dommages sont si importants que si nous devions réintégrer ces coûts dans les bilans des entreprises, l’agribusiness tel que nous le connaissons serait définitivement arrêté. Aucune entreprise ne pourrait supporter les coûts des dommages qu’elle impose. » (Rob Wallace, acta.zone)

« Le Green Deal n’est plus la priorité numéro un de la Commission européenne. (…) Plusieurs chantiers – pour la biodiversité, pour une agriculture plus écologique, ou contre la déforestation – sont retardés. (…) Une chose est sûre, la mise à l’arrêt de l’économie mondiale a redonné de la voix aux contempteurs du Green Deal»10. Les lobbies s’activent : « Le 8 avril, European Plastic Converters, qui représente les intérêts de l’industrie du plastique, plaidait pour l’abandon de la directive qui interdit les produits en plastique à usage unique. » L’article du Monde cite aussi l’Association des constructeurs européens d’automobiles, les compagnies aériennes… Aux Etats-Unis, sous l’impulsion de l’administration Trump, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a suspendu son application des lois environnementales pendant l’épidémie de coronavirus en cours, signalant aux entreprises qu’elles ne feront face à aucune sanction pour avoir pollué l’air ou l’eau.

« A Paris, le gouvernement a rejeté l’initiative de 45 députés qui portaient un ‘grand plan de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité, de la solidarité et de la justice sociale » (Lorène Lavocat, Reporterre, 28 mars).

SelonJean-François Guégan, directeur de recherche à l’Inra, « nous avons atteint un point de non-retour. » Serge Morand : « cette fois-ci, ce ne sont plus des poulets ou des canards qui sont touchés, mais des milliards d’humains qui sont confinés. Il faut faire une vraie transition écologique, remettre l’agriculture au centre des terroirs. Agir localement, travailler avec les communautés ». Dépasserons-nous l’attitude de laisser venir les maladies, en se disant que l’on trouvera bien un vaccin ? Rappelons qu’il n’ y a toujours pas de vaccins contre le sida, le SARS ou le Zika.

Hélène Soubelet : « il est trop tard pour les mesurettes. Ce qu’il faut, c’est une transformation de notre société dans sa façon d’occuper la planète. (…) Cependant, j’ai peur que l’on retombe après coup dans une forme d’amnésie. C’est de sagesse dont nous avons besoin. Cette idée que je ne vais pas privilégier mon confort personnel sur le court terme, mais me soucier sur le long terme du bien-être d’un plus grand nombre. »

«  Les chercheurs de l’Ecohealth Alliance ont proposé que le confinement des maladies puisse être considéré comme un nouveau service écosystémique, c’est-à-dire un avantage que les humains tirent gratuitement des écosystèmes naturels, tout comme le stockage du carbone et la pollinisation. Pour étayer cette thèse, leur équipe a travaillé à Bornéo, en Malaisie, pour déterminer le coût exact du paludisme, jusqu’à chaque lit d’hôpital et à la seringue utilisée par les médecins. En moyenne, ils ont découvert que le gouvernement malaisien dépense environ 5000 dollars pour traiter chaque nouveau patient atteint de paludisme. (…) Avec le temps, cela s’accumule, et dépasse les profits qui pourraient être réalisés en abattant les forêts en place. » (Katarina Zimmer)

« Cunningham et Jones11 s’accordent à dire que modifier la trajectoire de la société industrielle serait plus simple que de développer un vaccin très coûteux pour chaque nouveau virus. Le coronavirus est peut-être le premier signe clair et incontestable du fait que les dommages environnementaux que cause la société industrielle pourraient très rapidement éradiquer les humains. (…)  » (Walsh et Cotovio).

La philosophe Virginie Maris prone « une métamorphose sociale, fondée sur des systèmes plus petits et plus résilients. Organiser, à l’échelle des territoires, une forme d’autonomie alimentaire et énergétique, tout en inventant des façons de faire société qui soient plus solidaires et plus justes. Il faudrait aussi cultiver le plaisir d’être là où nous sommes, afin que nos conditions d’existence soient suffisamment épanouissantes, désirables, pour ne pas avoir besoin de partir se vider la tête à l’autre bout du pays ou du monde ni de courir sans cesse après des biens de consommation qui nous échappent » (Reporterre, 28 mars).

Laissons le dernier mot à Jérôme Baschet : « la véritable guerre qui va se jouer n’a pas le coronavirus pour ennemi, mais verra s’affronter deux options opposées : d’un côté, la poursuite d’un monde où le fanatisme de la marchandise règne en maître et où le productivisme compulsif ne peut que mener à l’approfondissement de la dévastation en cours ; de l’autre, l’invention, qui déjà tâtonne en mille lieux, de nouvelles manières d’exister qui rompraient avec l’impératif catégorique de l’économie, afin de privilégier une vie bonne pour toutes et tous. Préférant l’intensité joyeuse du qualitatif aux fausses promesses d’une impossible illimitation, celle-ci conjoindrait le souci attentif du commun, l’entraide et la solidarité, ou encore la capacité collective d’auto-organisation et d’auto-gouvernement. »

1Ecologue, chercheur CNRS, directeur de laboratoire au Muséum national d’histoire naturelle, Paris. Les citations proviennent d’un entretien avec lui publié par Le Monde le 8 avril 2020.

2« Les maladies émergentes favorisées par la dégradation de la biodiversité », Le Monde, 8 avril 2020. Parmi ces maladies on peut citer l’Ebola, le SARS, Marburg, SIDA, Mers-Cov…

3L’IPBES est l’équivalent du GIEC pour le climat et la biodiversité. Elle regroupe des scientifiques d’environ 130 pays. Voir « Il faut laisser la place à la nature », entretien avec Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, dans Mediapart, 6 avril 2020.

4Entretien accordé à Radio Zinzine le 17 avril 2020.

5Ecologiste spécialisé dans les maladies à l’Institut de recherche sur la terre de l’Université de Californie à Santa Barbara.

6www.grain.org

7Rob Wallace, biologiste, auteur de « Big farms make big flu ». Entretien publié par acta.zone, 13 mars.

8« Le XXIe siécle commence maintenant », un long texte publié sur le site de lundi matin : lundi.am. Une version plus courte a été publiée par Le Monde le 2 avril.

9Ecologiste spécialiste des maladies à l’Ecohealth Alliance, une ONG basée à New York qui étudie les maladies infectieuses à l’échelle mondiale.

10Le Monde, 17 avril 2020

11Andrew Cunningham, professeur d’épidémiologie de la faune sauvage à la Société zoologique de Londres, et Kate Jones (voir plus haut).

 

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https://www.grain.org/fr/article/6447-les-profits-avant-tout-la-plus-grande-entreprise-porcine-du-monde-propage-les-pandemies

Les profits avant tout : la plus grande entreprise porcine du monde propage les pandémies

17 Avr 2020

 

https://www.grain.org/fr/article/6441-de-nouvelles-recherches-suggerent-que-l-elevage-industriel-et-non-les-marches-de-produits-frais-pourrait-etre-a-l-origine-du-covid-19

De nouvelles recherches suggèrent que l’élevage industriel, et non les marchés de produits frais, pourrait être à l’origine du Covid-19

1 Avr 2020

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Appel du 17 juin « Agir contre la réintoxication du monde »

Posté par elianguesard le 9 juin 2020

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2020/05/22/Appel-du-17-juin-%C2%AB-Agir-contre-la-r%C3%A9intoxication-du-monde-%C2%BB

Nous avons aperçu pour la première fois dans nos existences ce qui serait encore possible si la machine infernale s’arrêtait enfin, in extremis. Nous devons maintenant agir concrètement pour qu’elle ne se relance pas. Chacun-e est appelé à rejoindre et déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques à mettre à l’arrêt, dont le nucléaire évidemment.

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Nous(*) appelons les habitant.e.s des villes et des campagnes à déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques – cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction de plateformes amazon sur des terres arables, unités d’élevage intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters développant la numérisation de l’existence et un monde sans contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en cours, installations  nucléaires,

Ce qui ne doit pas redémarrer : décidons et organisons en autonomie, les actions

Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit immédiatement cesser autour d’eux, en s’appuyant sur les cartes et luttes existantes (1). Puis nous appelons le 17 juin à une première série d’actions, blocages, rassemblements, occupations… Viser sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand, c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et sociale plonge dans une situation de précarité aggravée. Nous appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes covid-entraide et « bas les masques », à des occupations de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi qu’à des réquisitions de lieux pour des centres de soins et redistributions.

nature-manif.jpgCertes, nous ne reviendrons pas sur les espèces disparues, les millions d’hectares de terres ravagées, de forêts détruites, sur les océans de plastique et sur le réchauffement planétaire. Mais de manière inédite dans le capitalocène, les gaz à effet de serre ont diminué partout ou à peu près. Des pans de mers, de terres ont commencé doucement à se désintoxiquer, tout comme l’air des villes suffoquées de pollution. Les oiseaux sont revenus chanter. Alors, pour qui se soucie des formes de vie qui peuplent cette planète plutôt que d’achever de la rendre inhabitable, la pandémie mondiale dans laquelle nous sommes plongé.es, en dépit de tous les drames qu’elle charrie, pourrait aussi représenter un espoir historique. Nous avons paradoxalement vu se dessiner le tournant que l’humanité aurait dû prendre depuis bien longtemps : faire chuter drastiquement la nocivité globale de ses activités. Ce tournant, même les incendies de territoires immenses, les sécheresses consécutives ou les déflagrations à la Lubrizol des mois derniers n’avaient pas réussi à nous le faire prendre.

Cependant, ce tournant que nous désirions tant, nous n’avons généralement pas pu l’éprouver dans nos chairs parce que nous étions enfermé.es. Car mis à part dans certains territoires ruraux et espaces urbains solidaires où existent déjà un autre rapport au collectif, à la production ou au soin du vivant, le confinement a été pour la majorité de la population le début d’un cauchemar. Une période qui renforce encore brutalement les inégalités sociales, sous pression policière. Et le drame absolu c’est que, malgré tout ce que la situation a de bouleversant, nos gouvernants n’en étaient pas moins déterminés à relancer dès que possible tout ce qui empoisonne ce monde et nos vies – tout en nous maintenant par ailleurs isolé.es et contrôlé.es dans des cellules numériques, coupé.es de ce qui fait le sel et la matérialité de l’existence.

Rien ne les fera bifurquer, si on ne les y contraint pas maintenant

Au cours des deux derniers mois, les exposés et tribunes se sont accumulés sur nos écrans à une rapidité inversement proportionnelle à notre capacité à se projeter sur des actions concrètes. Les analyses nécessaires ont été faites sur le lien entre cette épidémie et les flux économiques mondialisés et leurs dizaines de milliers d’avions, la déforestation et l’artificialisation des milieux naturels qui réduisent les habitats des animaux sauvages ou encore l’élevage intensif. Tout a été dit sur la dimension annonciatrice de la pandémie, sur la suite de confinements et de désastres à venir si nous n’en tirons pas les leçons. D’autant que la marche courante de l’économie et des productions sur lesquelles reposent notre mode de vie, va continuer à tuer dans les décennies à venir bien davantage et plus durablement que le covid-19 (2). Mais pour l’État et pour les lobbys agro-industriels, aéronautiques, chimiques ou nucléaires qui guident ses politiques, les conséquences à tirer de la crise sanitaire sont visiblement toutes autres. Ils en ont tout simplement profité pour faire sauter quelques lois environnementales et déverser des pesticides encore plus près des maisons, pour relancer la construction d’avions ou l’extraction minière en Guyane… Il est donc maintenant avéré qu’aucune crise, aussi grave soit-elle, ne les fera dévier du nihilisme absolu de leur obsession économique. Nous avons eu deux longs mois pour nous en rendre compte. A nous maintenant d’agir et d’y mettre fin.

Face à la remise en marche de l’économie et de la destruction du vivant : agir concrètement pour l’arrêt des secteurs de productions les plus empoisonnants

Le gouvernement parle du mois de juin comme d’une “nouvelle marche” dans un déconfinement qui n’est pour lui qu’une remise en marche de l’économie et de la destruction du vivant. La seule “marche” sensée c’est au contraire d’agir concrètement pour l’arrêt des secteurs de productions les plus empoisonnants. Nous appelons donc à une première série de mobilisations simultanées le mercredi 17 juin.

Comment agir ?

Le déconfinement en cours doit être un élan historique de reprise en main sur nos territoires, sur ce qui est construit et produit sur notre planète. Il doit permettre de dessiner ce qui est désirable pour nos existences et ce dont nous avons réellement besoin. C’est une question de survie, davantage que toutes les mesures et tous les nouveaux types de confinements que l’on nous fera accepter à l’avenir. Cela signifie construire de nouvelles manières d’habiter le monde, chacun de nos territoires, mais aussi accepter de rentrer en conflit direct avec ce qui les empoisonne.

Il y a des industries qui ne se sont pas arrêtées pendant le confinement et qui doivent aujourd’hui cesser (telle la construction de ITER ou de l’EPR) . Il y en a d’autres qui ont été interrompues et dont l’activité ne doit pas reprendre. Cela ne pourra se faire sans constituer chemin faisant des liens avec les travailleurs qui en dépendent économiquement. L’urgence sociale c’est de penser avec elles et eux les mutations possibles des activités et les réappropriations nécessaires des lieux de travail. C’est aussi de contribuer à maintenir un rapport de force permettant de garantir les revenus pendant les périodes de transition et les besoins fondamentaux de ceux dont la crise aggrave encore la précarité. Nous n’atteindrons pas immédiatement toutes les productions qui devraient l’être. Mais il faut commencer, en stopper un certain nombre aujourd’hui pour continuer avec d’autres demain.

Nous appelons en ce sens, les habitant.e.s des villes et campagnes à déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques – cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction de plates-formes amazon sur des terres arables, unité d’élevage intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters développant la numérisation de l’existence et un monde sans contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en cours, installations nucléaires

Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit immédiatement cesser autour d’eux, en s’appuyant sur les cartes et luttes existantes (1). Puis nous appelons le 17 juin à une première série d’actions, blocages, rassemblements… occupations…Viser sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand, c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et sociale plonge dans une situation de précarité aggravée. Nous appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes covid-entraide et « bas les masques », à des occupations de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi qu’à de réquisitions de lieux pour des centres de soins et redistributions.

Nous devons trouver des formes de mobilisations adéquates à la situation. Nous traversons une période où chacune d’entre elle peut avoir une portée décuplée. On peut initier beaucoup à peu (3) mais on doit aussi se donner les moyens d’être nombreux-ses. Nous nous appuierons sur la ténacité des zads, la fougue des gilets jaunes, l’inclusivité et l’inventivité des grèves et occupations climatiques d’une jeunesse qui n’en peut plus de grandir dans un monde condamné. Nous agirons en occupant l’espace adéquat entre chaque personne et pourquoi pas masqués.es quand cela s’avère nécessaire pour se protéger les un.es les autres, mais nous agirons !

Merci pour tout relais !

Vous trouverez ci-dessous une liste des premiers collectifs, syndicats, associations, territoires en lutte co-signataires et engagés sur cet appel. Si vous souhaitez le signer aussi, nous envoyer un appel à mobilisation locale ou un texte d’analyse complémentaire, vous pouvez écrire à 17juin@riseup.net. Ils seront mis à jour et apparaîtront entre autres sur le site https://17juin.noblogs.org/ et la page facebook https://www.facebook.com/Agir17juin-101907081540247/

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* Premiers signataires : Youth For climate Paris, Génération Climat, Notre-Dame-des-Landes Poursuivre Ensemble, Revue Parade, Extinction Rebellion Pepps, Union Syndicale Solidaires, Solidaires 44, Sud Rail, le Front de mères, Partager C’est sympa !, des habitant.e.s de la zad de Notre-Dame-des-Landes, Youth for Climate Lyon, Espace autogéré des tanneries, la Cagette des terres, Assemblée des écologistes en lutte, Attac 44, la commune de Chantenay, Collectif pour le Triangle de Gonesse, la Dérive social club, Longo Mai Grange Neuve, Pour une Ecologie Populaire et Sociale, RISOMES (Réseau d’Initiatives Solidaires Mutuelles et Ecologiques), des opposant.es aux projets de Center Parcs en Isère, Jura et Saône-et-Loire, collect’IF paille, Exctinction Rebellion Nantes, groupe Marcuse, La Mine collectif Cévenol membre du réseau HALEM, Attac Flandre, Cinémas Utopia, Coordination antinucléaire du sud-est/CAN-SE, Collectif antinucléaire de Vaucluse/CAN84, ABC’éditions Ah Bienvenue Clandestins !

(1) on peut aller chercher pas mal d’infos dans la carte superlocalhttps://superlocal.team/

(2) multiplication des cancers dus aux pesticides et aux substances toxiques, surpoids, diabète et hypertension tous trois liés à l’alimentation industrialisée (qui touche un tiers de l’humanité et se trouve être aussi la principale co-morbidité des malades atteints du covid-19), morts prématurés de la pollution atmosphérique, résistance bactérienne liée à la surconsommation d’antibiotiques, et à une échelle autre qu’humaine, effondrement de la biodiversité, sixième extinction de masse, un milliard d’animaux tués dans les incendies australiens sans fin l’été dernier.

(3) voir par exemple le lien vidéo sur l’occupation d’une cimenterie Lafarge par « partagez c’est sympa » peu de temps le début du confinement : https://blogs.mediapart.fr/partager-cest-sympa/blog/110320/fin-de-chantier-lafarge-est-bloque et d’autres

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Pas de révolution sans régler la question du fantôme de l’esclavage et du colonialisme

Posté par elianguesard le 3 juin 2020

anticolo2018pp
« Il ne peut y avoir de révolution tant que nous ne réglerons pas la question du fantôme de l’esclavage et du colonialisme. » [Angela Davis]
https://www.revue-ballast.fr/angela-davis-et-assa-traore-regards-croises/
Angela Davis et Assa Traoré : regards croisés

Nous avions organisé cette rencontre à l’occasion de notre septième numéro papier, paru début 2019. Hier, mardi 26 mai 2020, un homme répondant au nom de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, a été tué, étouffé, par un policier dans les rues de Minneapolis — sous le regard complice de son collègue et les protestations des passants. En mémoire de la victime, et tandis que la question des violences policières occupe actuellement le débat public français, nous publions ici la version écrite de l’échange entre les deux femmes : Angela Davis, âgée de 76 ans, est l’une des voix étasuniennes de l’antiracisme, du féminisme et de l’anticapitalisme ; Assa Traoré, 35 ans, milite collectivement pour que justice soit faite depuis la mort de son frère, Adama, tué par des gendarmes en 2016.


  Angela, durant la Marche des femmes, organisée en janvier 2017 en réaction à l’investiture de Trump, vous avez appelé à « la résistance ». Assa en appelle, quant à elle, à « une révolution ». Vous avez connu l’espoir révolutionnaire des années 1970 : que serait une révolution du XXIe siècle ?

Angela Davis : Je ferais une distinction entre la définition que nous avions de la « révolution » dans les années 1960 et celle à laquelle nous sommes parvenus au XXIe siècle. Lorsque j’étais une jeune activiste, nous étions littéralement entourés de moments révolutionnaires : il y avait la révolution cubaine et tous les mouvements de libération africains. Nous pensions vraiment que nous prenions part à une révolution antiraciste qui allait renverser le capitalisme. À ce stade, nous n’avions pas encore bien saisi le facteur « genre ». Cette révolution n’a pas eu lieu, mais notre activisme a débouché sur de nombreuses évolutions. Aujourd’hui, je parlerais du besoin de révolutions au pluriel, en reconnaissant qu’une révolution n’est pas à circonscrire dans un moment unique. Il ne s’agit pas simplement de renverser l’État ni d’en finir avec le capitalisme — bien que je souhaite que nous parvenions à faire les deux ! Nous avons compris qu’il était aussi question de renverser un capitalisme qui est un capitalisme racial, et qu’il ne peut y avoir de révolution tant que nous ne réglerons pas la question du fantôme de l’esclavage et du colonialisme. Le genre est également apparu comme un élément central dans le cadre d’un changement social radical. Il n’y aura aucun changement tant que nous ne reconnaîtrons pas que la violence la plus répandue dans le monde est la violence genrée. Je pense que les objectifs d’une révolution sont beaucoup plus complexes qu’ils ne l’étaient dans nos conceptions d’alors. Cela inclut évidemment l’appareil répressif d’État — et je suis honorée de participer à cet échange aux côtés d’Assa Traoré. La lutte dans laquelle elle est engagée dénonce de façon claire la violence policière et le racisme structurel comme éléments à part entière de la société française, comme la violence policière et sa généalogie avec l’esclavagisme aux États-Unis d’Amérique.

« Il ne peut y avoir de révolution tant que nous ne réglerons pas la question du fantôme de l’esclavage et du colonialisme. » [Angela Davis]

Assa Traoré : Quand nous parlons de « révolution » dans le combat pour mon frère, nous faisons toujours référence à l’esclavagisme et au colonialisme. C’est important aujourd’hui que les gens prennent conscience que la France, ainsi que d’autres pays, ont tué tout un peuple : ce qu’on nous fait subir actuellement, on peut le comprendre en référence à ça. On parle de mai 1967, dont la France ne parle pas : en Guadeloupe, la population noire a été massacrée1. C’est une continuité. Des personnes se sont battues avant nous, sont mortes avant nous, sont parties en prison avant nous ; on ne peut laisser ce combat vain. Ce qu’on a aujourd’hui, on ne l’a pas eu gratuitement — on doit être dans cette continuité. La révolution, ça signifie renverser le système. Quand on a tué mon frère le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise, ils n’ont pas eu une liste de noms dans leur gendarmerie disant « On va aller tuer Adama Traoré », « Demain, on va aller violer Théo2 », « On va aller tuer Gaye Camara3 d’une balle dans la tête ». C’est le système. Toute la violence que ces gendarmes et ces policiers exercent dans nos quartiers, c’est sous couvert de ce système répressif, violent et raciste envers nos jeunes frères. On les déshumanise, on leur crache dessus, on les tutoie, on les tue. Mes grands-pères se sont battus pour cette France, ils ont fait la guerre de 1939–1945 pour qu’elle récupère sa liberté : la République a enlevé un de leurs petits-fils. Nous, on se lève pour dire qu’on ne veut plus de ça. Une jeunesse arrive derrière, des enfants vont grandir. La France va très mal ; nous sommes tous face à ce système très puissant et nous ne pourrons avancer, tous, qu’après l’avoir renversé. Prendre exemple sur des personnes comme Angela ne peut que nous donner que de la force. (elles sourient)

En 1999, vous avez parlé, Angela, de l’importance d’œuvrer à une « unité » de type politique qui ne se fonde pas sur les seuls critères de race ou de genre. Assa, vous convoquez très régulièrement la notion d’« alliance », en lieu et place de la fameuse « convergence des luttes ». Comment dépasser les contradictions qui existent entre toutes les luttes à fédérer ?

Assa Traoré : Depuis le début, on ne veut pas être récupérés. C’est très important : garder notre ligne, celle qu’on a tracée. J’entends le mot « convergence » depuis la mort de mon frère ; il revient très fréquemment, mais j’ai surtout l’impression que c’est un mot pour se dédommager d’une conduite ou d’un comportement qu’on a pu avoir envers nous. Sur le terrain, ce n’est pas vrai : beaucoup de personnes emploient ce mot mais n’y sont pas. On ne les voit pas ; elles sont dans la théorie, ou viennent écouter une intervention publique du Comité Adama, et estiment ensuite avoir « convergé ». Ce n’est pas ça. Ces personnes doivent être à nos côtés pour combattre. Ce mot, je n’en veux pas. Mais je parle d’« alliance ». Chaque lutte a sa façon de penser et sa ligne politique qu’il faut respecter, qu’on soit d’accord ou non, mais nous avons tous le même système et le même État face à nous. Faisons des alliances, donc, pour les faire plier. On ne veut pas de mots : on a besoin de lutter sur le terrain.

Angela Davis : Il est utile d’avoir une approche féministe pour comprendre les rapports interrelationnels au sein des mouvements qui luttent pour la justice sociale et un changement radical. Il n’est pas possible de revendiquer la justice dans une sphère, sans la réclamer partout. La lutte pour la justice pour Adama en France est une lutte contre l’appareil répressif d’État et contre le racisme. C’est un appel pour l’égalité et la justice dans tous les domaines. Cela doit être la base d’une conscience des rapports interrelationnels dans les luttes — j’entends par là ce qu’on appelle communément l’intersectionnalité des luttes. Il n’est pas possible de penser le racisme isolément des luttes ayant trait à la violence genrée. La violence policière est également liée à la violence intime. Si on veut comprendre pourquoi les femmes sont la cible de la pire violence, et la plus répandue à travers le monde, on doit penser l’usage de la violence fait par l’État et le message que cela envoie aux individus. Si une personne ne peut, à l’évidence, pas résoudre tous ces problèmes simultanément, elle peut cependant avoir conscience de leur coexistence.

« À travers ma voix de femme, de femme noire et de sœur, je veux dire que nos frères ont aussi le droit de parler. » [Assa Traoré]

J’ai été active pendant des décennies dans la campagne pour la libération de Mumia Abu-Jamal4, mais on peut également citer Leonard Peltier5, le prisonnier politique détenu le plus longtemps dans l’histoire des États-Unis, ou encore Assata Shakur6, en exil à Cuba et désignée par le gouvernement des États-Unis comme l’une des dix plus dangereux terroristes au monde. Quand quelqu’un réclame justice pour les prisonniers politiques et se trouve engagé dans ces luttes, il prend conscience du lien qui existe avec celles pour l’accès aux soins de santé, à l’éducation, bref, avec toutes celles qui visent à changer la société. La prise de conscience de la violence de l’occupation israélienne en Palestine est un autre indicateur de la conscience de l’indivisibilité de la justice. Ainsi, un grand nombre des jeunes engagés dans Black Lives Matter et dans les mouvements en faveur des Noirs aux États-Unis sont très engagés en faveur de la Palestine. Ils comprennent combien cette lutte est devenue un repère pour tous les mouvements demandant justice : qu’il s’agisse de ceux contre l’appareil répressif d’État, contre la violence liée au genre, contre l’exploitation économique, pour les droits des personnes trans… Le plus enthousiasmant dans les nouveaux mouvements étasuniens aujourd’hui, c’est ce haut degré de conscience de la jeunesse. Voilà qui nous rapproche plus encore d’un engagement révolutionnaire dans des actions en faveur de la justice sociale.

De plus en plus de femmes occupent le devant de la scène des luttes antiracistes. Comment l’expliquez-vous ?

Angela Davis : Il était temps que les femmes prennent la tête des mouvements de lutte, parce qu’elles en ont toujours été la colonne vertébrale. J’insiste sans cesse sur le fait que nous n’aurions pu avoir de mouvement pour les droits civiques aux États-Unis sans l’effort crucial d’organisation dont les femmes ont fait preuve. Trop souvent, nous ne tenons pas compte du travail des personnes dont les noms ne sont pas connus et qui n’ont pas de représentation à titre individuel, comme les femmes noires pauvres aux États-Unis — travail qui a pourtant permis des avancées contre le racisme. C’est, enfin, un domaine où les femmes s’élèvent à travers le monde ! Il y a des slogans disant que le futur du monde est féminin. Cela ne veut pas dire qu’il s’agit uniquement des femmes — il faut d’ailleurs employer le terme « femme » dans son acception la plus large possible, incluant toutes les femmes quelles que soient leurs origines ethniques, nationales, sociales, ainsi que les femmes trans. Lorsque les femmes s’élèvent, c’est le monde entier qui s’élève avec elles. C’est la différence fondamentale entre le type de leadership qu’on a connu dans le passé et celui, collectif et conçu selon une approche féministe, que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui.

Assa Traoré : Si je peux prendre la parole publiquement et dire ce que je veux librement en tant que femme noire, c’est parce que de nombreuses femmes se sont battues auparavant. C’était un droit que nous n’avions pas. La femme a aujourd’hui une place très importante ; elle porte beaucoup de luttes. Mais nos frères ne peuvent pas participer à la construction de ce monde, de cette France et de leur propre vie. Ces garçons, détruits intérieurement, vont être isolés, enfermés. Adama est devenu un symbole : on veut que son nom soit porteur de beaucoup de choses. À travers ma voix de femme, de femme noire et de sœur, je veux dire que nos frères ont aussi le droit de parler. Un jour, on m’a demandé ce que je pensais de la Journée de la femme7, le 8 mars : c’est une belle journée, c’est une lutte qu’il faut continuer pour que toutes les femmes du monde puissent avoir les droits qu’elles méritent mais n’ont pas, ou n’ont jamais eus. Mais j’ai retourné la question : « Face à quels hommes devons-nous nous battre ? » Nos frères ne sont pas considérés face aux hommes qui ont le pouvoir. Ils sont sous-catégorisés. Je dis en tant que femme : « Vous avez tué mon frère et ses rêves, vous avez enlevé sa voix, mais on va continuer à les faire vivre à travers d’autres noms, d’autres garçons à qui vous n’enlèverez pas la voix et qui pourront participer à la construction de leur vie. » La femme noire est un fantasme sexuel de l’homme blanc depuis bien longtemps : elle a toujours été considérée comme étant moins nuisible que l’homme noir ; elle est exotique ; elle est moins attaquée — du moins, pas de la même façon.

Angela, alors que vous étiez incarcérée, un journaliste vous a demandé de vous justifier sur « la violence ». Cela vous avait agacée. Vous avez répondu que la première des violences est celle du système. Assa, vous faites savoir qu’il faut éviter le piège que l’État tend, à savoir répondre violemment à sa violence. Comment canaliser, organiser la colère populaire ?

« Ce ne sont pas seulement les individus qui devraient être poursuivis en justice : la violence continuera à faire partie intégrante de la structure du système policier. » [Angela Davis]

Angela Davis : Des luttes radicales émergent, en particulier contre les violences d’État, et la question de la violence se voit posée à ceux qui résistent. Dans cette vidéo qui date d’un demi-siècle, je réagissais à la question de ce journaliste qui voulait que ce soit moi qui parle de l’usage de la violence — sans avoir considéré que c’est l’État et ses représentants qui ont le monopole de la violence. C’est toujours d’actualité. La violence policière — ces attaques contre les communautés noires et arabes dont vous faites l’expérience ici, en France — s’exerce sans relâche depuis le colonialisme. Notre analyse de la violence est devenue hautement plus complexe et difficile. C’est pourquoi j’apprécie vraiment ce que les jeunes font aujourd’hui dans les campagnes contre les violences policières, ou contre le complexe industrialo-carcéral. Pendant des décennies et des décennies, nous n’avons cessé de demander que des individus responsables de violences policières (ou de la violence des agents de sécurité, comme ce fut cas avec Trayvon Martin8 et George Zimmerman, qui l’a tué) soient poursuivis.

Le mouvement récent reconnaît que ce ne sont pas seulement les individus qui devraient être poursuivis en justice, car on pourrait poursuivre chaque agent un par un : la violence continuera à faire partie intégrante de la structure du système policier. Ce que j’estime vraiment nécessaire, c’est l’analyse structurelle, le fait d’envisager les personnes dans un contexte plus large. On doit, plutôt, envisager la démilitarisation de la police. Aux États-Unis, nous militons pour l’abolition du maintien de l’ordre public tel que nous l’avons connu jusqu’à présent ; cela, bien sûr, en nous fondant sur le modèle utilisé pour exiger l’abolition de l’emprisonnement comme modèle punitif dominant. Ce dont il s’agit, c’est de l’abolition de la police en tant que mode de sécurité. C’est en cela que je pense que l’analyse structurelle peut déboucher sur une voie bien plus radicale que de continuer à réclamer la poursuite d’individus, encore et encore. Car la violence reste toujours intégrée dans la structure policière : l’abolition du maintien de l’ordre et l’abolition de l’emprisonnement sont des demandes radicales, car elles impliquent que nous réfléchissions à toute une gamme de nouvelles connexions, en sachant que l’éducation, la santé, l’habitat et le travail sont autant de questions qui pourront être réglées si on essaie d’éradiquer de nos sociétés la violence structurelle inhérente à la police et aux prisons. Et ceci est une approche féministe, qui plus est.

Assa Traoré : Dès qu’on me parle de violence, je dis que la première des violences est celle que mon frère a subie. Il a subi un placage ventral — cette technique d’immobilisation est interdite dans plusieurs États aux États-Unis ainsi que dans des pays européens frontaliers, mais elle continue d’être pratiquée en France. C’est cette violence qu’il faut dénoncer. Mon frère leur a dit qu’il n’arrivait plus à respirer et ils ont continué à le compresser, sans l’emmener à l’hôpital. On va le laisser mort comme un chien sans lui apporter aucun soin. Ces gendarmes sont des militaires, ils sont censés sauver toutes les personnes humaines ; ce jour-là, ils auront pourtant un droit de mort. La violence appelle la violence. Ce sont eux qui appellent donc à la violence. À leurs yeux, la justice n’était pas un de nos droits. Mais nous leur disons qu’on ne le quémande pas, qu’il nous est dû. On subit des violences et de la répression : mes cinq frères sont actuellement en prison. Mais pourquoi les gendarmes ne sont-ils toujours pas mis en examen ? Notre système est celui d’une justice à deux vitesses. Les frères Traoré sont condamnés sur-le-champ, mais les gendarmes, après deux ans, sont toujours en liberté : ils n’ont ni été inquiétés, ni mis en examen, ni condamnés. Il faut des personnes pour remplir les prisons ; il faut des coupables idéaux : ceux qui n’ont pas la bonne couleur ou la bonne religion. Quand on met des sous dans le système répressif mais qu’on n’en met pas dans les soins ou dans l’éducation, ça justifie le fait de remplir ces prisons. Aux États-Unis, on parle de système « racial » ; en France, on parle uniquement de « social », on masque. D’ailleurs, ce système social n’est pas le même partout, que ce soit dans nos quartiers ou dans les villes très pauvres de France. On met des quartiers en souffrance quand on ne leur donne pas de moyens, une souffrance ciblée. Maintenant, quand on organise un évènement sportif avec des enfants en hommage à Adama, le système nous envoie l’armée : des militaires, les armes à la main.

Angela, dans une conférence avec Judith Butler, vous avez parlé des attaques et des divisions qui minent et blessent, de l’intérieur, les espaces en lutte. Face à cela, vous revendiquez la nécessité de se guérir collectivement : qu’entendez-vous par là ?

« Aux États-Unis, on parle de système racial ; en France, on parle uniquement de social, on masque. » [Assa Traoré]

Angela Davis : L’une des contributions majeures des jeunes activistes aujourd’hui, particulièrement ceux qui s’impliquent contre la violence — policière, à l’encontre des femmes trans de couleur qui subissent des violences institutionnelles, domestiques —, c’est d’avoir compris l’importance qu’il y a, dans l’engagement concret, à prendre soin de soi. Car militer peut être très dommageable. Cela n’a aucun sens de se détruire et de s’user dans un processus visant à se battre pour un monde meilleur. J’apprécie de voir comment les personnes de Black Lives Matter, qui ont souvent des féministes noires à leur tête, ont incorporé des rituels de soin de soi dans leur organisation. Elles considèrent que la personne dans son intégralité doit être impliquée dans le mouvement. Nous pensions, en tant que militants révolutionnaires, que nous laissions tous nos problèmes de côté lorsque nous rejoignions un collectif, tous les traumas dont nous avions fait l’expérience. Cela ne marche pas : ceux-ci émergent et peuvent entraver ou détruire le mouvement. Nombre d’entre nous font appel à des pratiques plus ou moins individuelles d’attention à soi.

Personnellement, quand j’étais en prison il y a plusieurs dizaines d’années, j’ai appris à pratiquer le yoga et la méditation — deux pratiques qui, au fil des ans, ont continué de m’accompagner. Mais cela ne devraient pas être limité à des pratiques individuelles : il nous faut apprendre à développer des approches collectives. Je n’ai pas de réponse. Je me souviens parfaitement quand, encore jeune militante, nous avions organisé des campagnes contre les violences policières et les meurtres de jeunes hommes noirs par la police dans notre communauté : certains leaders de sexe masculin étaient eux-mêmes violents au sein de leur couple. Ils frappaient leur compagne. Nous n’avions ni les mots, ni le contexte pour comprendre la connexion entre les deux. Aujourd’hui, nous les avons.

Assa Traoré : Depuis la mort de mon frère, on subit des pressions, des répressions, des menaces de mort. Ils ont mis mes frères en prison à une vitesse éclair, sans investigations poussées. On est face à un État et une justice qui nous ont déclaré la guerre : les deux systèmes les plus puissants du monde… Ils ont fait de nous, malgré nous, des soldats. Mes mamans vivent dans toute cette souffrance. Une vingtaine de jeunes de notre quartier a été mise en prison. Comment as-tu géré tous ces problèmes ? Comment continuer à lutter quand on veut détruire la cellule familiale ? C’est l’amour qu’il y a entre nous qui fait bloc ; ils n’arrivent pas à le casser, donc ils nous mettent en prison. Comment, par ton expérience, nous donner de la force ?

Angela Davis : C’est une grande question, merci. (en français) J’apprécie beaucoup la manière dont tu l’as formulée. Nous devons penser dans un contexte plus large. Ce qui a caractérisé les luttes noires pour la liberté, où que ce soit sur la planète, n’a pas tant été la violence ou les blessures, qui se sont succédé continuellement, que la capacité à survivre. Il est crucial d’insister sur ce point. Nous avons une histoire commune de développement de stratégies, pas seulement pour la survie mais également pour imaginer la liberté et des mondes nouveaux. Cela concerne pour une grande part le domaine de la culture, et c’est pour ça que la musique a été si importante dans les luttes noires de par le monde. Aujourd’hui en particulier, il faut prendre au sérieux ce que l’on pourrait appeler la dimension esthétique de nos luttes. Il est important de reconnaître que les gens créatifs — qui créent de la musique, de la poésie ou d’autres formes d’art — y jouent un véritable rôle. Ils sont la capacité d’imaginer un monde nouveau, un monde meilleur. Et l’imaginer ensemble, c’est ce qui est au cœur de la production culturelle issue des histoires des personnes de descendance africaine. J’y ai trouvé beaucoup d’espoir, de réconfort et d’inspiration sur le plan pratique. Je travaille beaucoup sur le jazz. Je ne suis pas musicienne mais je réfléchis sur les relations qui existent entre le jazz et la justice sociale, sur le fait que les musiciens de jazz ont une très longue histoire, encore méconnue, de contestation du racisme. La musique nous permet d’entrevoir de nouvelles communautés imaginaires qui nous aideront à faire face aux formes de violence quotidienne destructrice, comme celle qui a été exercée sur ta famille. Ce n’est pas une réponse, ce n’est qu’un début… (elle sourit)


REBONDS

☰ Lire notre entretien avec Fatima Ouassak : « Banlieues et gilets jaunes partagent des questions de vie ou de mort », juillet 2019
☰ Lire notre entretien avec Omar Slaouti : « Nous organiser », novembre 2018
☰ Lire notre entretien avec le Comité Adama : « On va se battre ensemble », mai 2018
☰ Lire notre entretien avec Angela Davis : « S’engager dans une démarche d’intersectionnalité », décembre 2017
☰ Lire notre traduction « Anarchisme et révolution noire », Lorenzo Kom’boa Ervin, décembre 2017

  1. Le 26 mai 1967, à Pointe-à-Pitre, les ouvriers du bâtiment se mettent en grève pour une augmentation de salaire : le refus patronal entraîne une émeute. La répression fera officiellement huit morts. Le secrétaire d’État chargé des DOM-TOM, Georges Lemoine, évoquera 87 morts et Christiana Taubira fera état de 100 morts.
  2. En février 2017, Théo Luhaka, 22 ans, est contrôlé par des agents de police à Aulnay-sous-Bois : une plaie longitudinale de 10 centimètres du canal anal et une section du muscle sphinctérien, causés par l’insertion d’un bâton télescopique, vaudront à l’un des policiers d’être mis en examen pour « viol ». Une expertise médicale avancera cependant que le geste « n’est pas contraire aux règles de l’art ».
  3. Le 17 janvier 2018, à Epinay-sur-Seine, un jeune homme de 26 ans est abattu : la police l’accuse d’avoir tenté de lui échapper au volant d’une voiture signalée volée..
  4. Membre du Black Panther Party, il est condamné en 1982 à la peine de mort pour le meurtre d’un policier de Philadelphie ; en 2008, une cour d’appel fédérale annule sa condamnation à mort pour vice de procédure mais confirme l’accusation. Mumia Abu-Jamal a quant à lui toujours plaidé son innocence. Amnesty International appelle à la tenue d’un nouveau procès.
  5. Membre de l’American Indian Movement, il est incarcéré depuis 1976 et condamné à deux peines à perpétuité pour la mort deux agents du FBI. Faits qu’il continue de contester.
  6. Membre du Black Panther Party et de la Black Libération Army, elle est condamnée à perpétuité pour le meurtre d’un policier lors d’une fusillade ; après s’être évadée en 1979, elle a obtenu l’asile politique à Cuba. Elle a toujours clamé son innocence.
  7. Journée internationale des droits des femmes.
  8. Ce jeune homme de 17 ans, afro-américain, a été tué, non armé, par un agent de sécurité le 26 février 2012 en Floride : le soupçonnant de préparer un « mauvais coup », ce dernier s’avança vers Martin ; une altercation s’ensuivit et l’agent ouvrit le feu, invoquant la légitime défense. En juillet 2013, le jury déclara Zimmerman non coupable des charges retenues contre lui.
Publié le 27 mai 2020
AuNomdupeupleF

Publié dans littéradure | Pas de Commentaire »

Face au capitalisme, se fédérer pour le « salut commun »

Posté par elianguesard le 29 mai 2020

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article163552

Face au capitalisme, se fédérer pour le « salut commun » rien
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Reçu de la coordination : Voici les premières publications de l’appel « Se fédérer » qui paraît simultanément ce jour dans une dizaine de médias :

Politis : https://www.politis.fr/articles/202…

Contretemps : http://www.contretemps.eu/se-federer/

L’Humanité : https://la-bas.org/la-bas-magazine/…

Là-bas si j’y suis : https://la-bas.org/la-bas-magazine/…

La Mule du Pape : https://www.lamuledupape.com/2020/0…

Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/les-invi…

QG :https://qg.media/2020/05/29/se-fede…

Regards : http://www.regards.fr/idees-culture…

Reporterre : https://reporterre.net/Face-au-capi…

Le site est ici : http://sefederer.mystrikingly.com

Pour comprendre le sens de la démarche on peut consulter la rubrique Et après ? Et il est toujours possible de signer, individuellement ou collectivement.

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Alors qu’ont lieu les premières escarmouches de la guerre sociale, des personnes et des collectifs lancent un appel à « se fédérer ». Se fédérer pour combattre le système capitaliste dans lequel « nos vies vaudront toujours moins que leurs profits » ; se fédérer pour mettre en commun « des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines » ; se fédérer pour organiser « une force collective » prête à « la nécessité de l’affrontement ».

La liste des premiers et premières signataires de cet appel se trouve en bas de la page.

Nous sommes nombreuses, nous sommes nombreux : nous sommes tant et tant à penser et éprouver que ce système a fait son temps. Mais nos voix sont dispersées, nos appels cloisonnés, nos pratiques émiettées. Au point que quelquefois nous doutons de nos forces, nous succombons à la détresse de l’impuissance. Certes, parfois cette diffraction a du bon, loin des centralisations et, évidemment, loin des alignements. Il n’empêche : nous avons besoin de nous fédérer. Sans doute plus que jamais au moment où une crise économique, sociale et politique commence à verser sa violence sans faux-semblant : gigantesque et brutale. Si « nous sommes en guerre », c’est bien en guerre sociale. D’ores et déjà les attaques s’abattent, implacables : le chantage à l’emploi, la mise en cause des libertés et des droits, les mensonges et la violence d’État, les intimidations, la répression policière, en particulier dans les quartiers populaires, la surveillance généralisée, la condescendance de classe, les discriminations racistes, les pires indignités faites aux pauvres, aux plus fragiles, aux exilé-es. Pour une partie croissante de la population, les conditions de logement, de santé, d’alimentation, parfois tout simplement de subsistance, sont catastrophiques. Il est plus que temps de retourner le stigmate contre tous les mauvais classements. Ce qui est « extrême », ce sont bien les inégalités vertigineuses, que la crise creuse encore davantage. Ce qui est « extrême », c’est cette violence. Dans ce système, nos vies vaudront toujours moins que leurs profits.

Nous n’avons plus peur des mots pour désigner la réalité de ce qui opprime nos sociétés. Pendant des décennies, « capitalisme » était devenu un mot tabou, renvoyé à une injonction sans alternative, aussi évident que l’air respiré — un air lui-même de plus en plus infecté. Nous mesurons désormais que le Capitalocène est bien une ère, destructrice et mortifère, une ère d’atteintes mortelles faites à la Terre et au vivant. L’enjeu ne se loge pas seulement dans un néolibéralisme qu’il faudrait combattre tout en revenant à un capitalisme plus « acceptable », « vert », « social » ou « réformé ». Féroce, le capitalisme ne peut pas être maîtrisé, amendé ou bonifié. Tels un vampire ou un trou noir, il peut tout aspirer. Il n’a pas de morale ; il ne connaît que l’égoïsme et l’autorité ; il n’a pas d’autre principe que celui du profit. Cette logique dévoratrice est cynique et meurtrière, comme l’est tout productivisme effréné. Se fédérer, c’est répondre à cette logique par le collectif, en faire la démonstration par le nombre et assumer une opposition au capitalisme, sans imaginer un seul instant qu’on pourrait passer avec lui des compromis. Nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, celles et ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris

Mais nous ne sommes pas seulement, et pas d’abord, des « anti ». Si nous n’avons pas de projet clé en main, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à théoriser, penser mais aussi pratiquer des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines. Nous avons besoin de les mettre en commun. C’est là d’ailleurs ce qui unit ces expériences et ces espérances : les biens communs fondés non sur la possession, mais sur l’usage, la justice sociale et l’égale dignité. Les communs sont des ressources et des biens, des actions collectives et des formes de vie. Ils permettent d’aspirer à une vie bonne, en changeant les critères de référence : non plus le marché, mais le partage ; non plus la concurrence, mais la solidarité ; non plus la compétition, mais le commun. Ces propositions sont solides. Elles offrent de concevoir un monde différent, débarrassé de la course au profit, du temps rentable et des rapports marchands. Il est plus que jamais nécessaire et précieux de les partager, les discuter et les diffuser.

Nous savons encore que cela ne suffira pas : nous avons conscience que la puissance du capital ne laissera jamais s’organiser paisiblement une force collective qui lui est contraire. Nous connaissons la nécessité de l’affrontement. Il est d’autant plus impérieux de nous organiser, de tisser des liens et des solidarités tout aussi bien locales qu’internationales, et de faire de l’auto-organisation comme de l’autonomie de nos actions un principe actif, une patiente et tenace collecte de forces. Cela suppose de populariser toutes les formes de démocratie vraie : brigades de solidarité telles qu’elles se sont multipliées dans les quartiers populaires, assemblées, coopératives intégrales, comités d’action et de décision sur nos lieux de travail et de vie, zones à défendre, communes libres et communaux, communautés critiques, socialisation des moyens de production, des services et des biens… Aujourd’hui les personnels soignants appellent à un mouvement populaire. La perspective est aussi puissante qu’élémentaire : celles et ceux qui travaillent quotidiennement à soigner sont les mieux à même d’établir, avec les collectifs d’usagers et les malades, les besoins quant à la santé publique, sans les managers et experts autoproclamés. L’idée est généralisable. Nous avons légitimité et capacité à décider de nos vies — à décider de ce dont nous avons besoin : l’auto-organisation comme manière de prendre nos affaires en mains. Et la fédération comme contre-pouvoir.

Nous n’avons pas le fétichisme du passé. Mais nous nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, celles et ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris. Leurs mouvements, leurs cultures, leurs convictions étaient divers, républicains, marxistes, libertaires et parfois tout cela à la fois. Mais leur courage était le même — et leur « salut commun ». Comme elles et comme eux, nous avons des divergences. Mais comme elles et comme eux, face à l’urgence et à sa gravité, nous pouvons les dépasser, ne pas reconduire d’éternels clivages et faire commune. Une coopérative d’élaborations, d’initiatives et d’actions donnerait plus de puissance à nos pratiques mises en partage. Coordination informelle ou force structurée ? Ce sera à nous d’en décider. Face au discours dominant, aussi insidieux que tentaculaire, nous avons besoin de nous allier, sinon pour le faire taire, du moins pour le contrer. Besoin de nous fédérer pour mettre en pratique une alternative concrète et qui donne à espérer.

Dès que nous aurons rassemblé de premières forces, nous organiserons une rencontre dont nous déciderons évidemment ensemble les modalités.

Pour rejoindre cet appel : appelsefederer aqL riseup.net

Qui sommes-nous ?

Nous sommes infirmière, cheminot, charpentier, monteuse, postier, ingénieur, professeur, ébéniste, travailleur précaire, assistant sociale, animatrice, éducateur, écrivain public, poète, enseignant, universitaire, cinéaste, retraité, interprète, photographe, journaliste, intermittent du spectacle, technicien dans l’aéronautique, astrophysicien, travailleur sous contrat de l’État, directeur de théâtre, metteuse en scène, anthropologue, ouvrier dans la conception mécanique, éditeur, organisateur de communautés, plasticienne, psychiatre, documentaliste, formatrice, conseillère syndicale, comédienne, responsable d’association, designer, pasteur et théologien, cadre associatif, enseignant-chercheur, environnementaliste, professeure des écoles, statisticien, pilote de ligne, graphiste, informaticienne, médecin, formateur, conseillère syndicale, producteur de films, artiste précaire, linguiste, travailleur social, essayiste, ingénieur de recherche, contractuel, philosophe, téléconseiller, socioéconomiste, architecte, chef de projet multimédias, étudiante, compositeur, psychologue, pédagogue, gestionnaire de contrats, réalisatrice radio…

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Nous nous engageons dans des associations, collectifs, organisations et syndicats divers : parmi bien d’autres, Agir pour l’Environnement, Amnesty International, ATTAC, L’aventure citoyenne, Bas les masques, Big Bang, Bloquons Blanquer, Cerises la coopérative, CGT, Collectif contre les Grands Projets Inutiles, Collectif Gilets jaunes enseignement recherche, Collect’IF Paille, Collectif Lettres Vives, Collectif universitaire contre les violences policières, Collectifs AESH, Commune Thomas Münzer du Mouvement du Christianisme social, Comité National de Résistance et de Reconquête, Comité Place des Fêtes, DécidonsParis, Éducation populaire & transformation sociale, Ensemble !, Europe solidaire sans frontière, Extinction Rébellion, Faire commune, Fondation Copernic, France Amérique Latine, France Insoumise, ICEM-Pédagogie Freinet, Ifaw, Gilets jaunes enseignement recherche, Le Monde d’Après, Le Paria, Ligue des Droits de l’Homme, Marche Mondiale des Femmes Mouvement de la Paix MRAP, Nature&Progrès, Ni guerres ni état de guerre, Nouveau Parti Anticapitaliste NPA, PEPS, Pontoise à Gauche Vraiment, Questions de classe(s), REC-Reporters en colère, Réseau féministe RUPTURES, SNESUP-FSU, SNJ-CGT, SNUipp-FSU, Solidaires étudiant-e-s, Sous-marins jaunes, SOS Villages d’Enfants, Stop nucléaire, Les stylos rouges, SUD Aérien, SUD Éducation, SUD Industrie, SUD PTT, SUD Rail, S’unir à Saint-Pierre Décidons tous de notre ville, Union communiste libertaire, Union syndicale Solidaires, Unité Communiste Lyon, Union juive française pour la paix, Union pacifiste, … (et tout cela n’est pas exhaustif !)

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le 21 Mai 1871

Posté par elianguesard le 21 mai 2020

https://rebellyon.info/Le-21-mai-1871-debutait-la-Semaine-18833

Le 21 mai 1871 débutait la Semaine sanglante

Publié le 21 mai 2020

Retour de l’ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l’un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Pas moins de 30.000 communard.es seront tué.es dans les combats et 46.835 seront fait prisonnier.es. En une semaine Adolphe Thiers et ces sabre-peuple décapitent Paris la Rouge. Mais si la Commune tombe, sa mémoire perdure.


Index :
- Déroulement de la Semaine Sanglante
- Répressions et conséquences de la Commune
- Une mémoire musicale de la Commune
- Se souvenir, c’est déjà lutter !


Retour de l’ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l’un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Environ 30.000 communard.es seront tué.es dans les combats et 46.835 seront fait prisonnier.es. Ils et elles seront ensuite 95 à être condamné.es à mort, 4586 seront déporté.es, pour beaucoup en Nouvelle Calédonie, 1 247 seront condamné.es à la réclusion perpétuelle et 3 359 à des peines de prison variables. Si elle avait débuté dans la liesse populaire et l’union entre le peuple de Paris et les bataillons de l’armée [1], la Commune finit dans le sang. L’espoir suscité par l’expérience révolutionnaire régnant sur Paris depuis déjà deux mois était une défiance impardonnable pour le vieux monde. La réponse d’Adolphe Thiers fut sans pareil dans l’Histoire de Paris. En une semaine, du dimanche 21 mai au dimanche 28 mai, l’armée versaillaise reprend Paris dans ce qui reste l’évènement le plus meurtrier de l’Histoire de la ville.

Déroulement de la Semaine Sanglante

Dimanche 21 mai

Le dimanche 21 mai, entre 14 et 15 heures, Jules Ducatel, piqueur des Ponts et Chausées et indicateur de l’armée versaillaise, découvre que la porte de Saint-Cloud et ses environs ne sont plus gardés. Il alerte les lignes versaillaises positionnées dans des tranchées creusées en contrebas, du côté du parc des Princes. Informé par le capitaine de frégate Auguste Trève, le général Douay en réfère à Adolphe Thiers, qui ordonne à l’armée régulière de pénétrer dans Paris. Libéré sur ordre de Douay après avoir été brièvement arrêté par les soldats qui craignaient une ruse des fédérés, Ducatel guide ensuite la division Vergé, alors commandée par le colonel Piquemal, vers le Trocadéro.
Le Conseil de la Commune, qui est en train de juger Cluseret, ancien délégué à la guerre tombé en disgrâce pour incompétence ; n’envoie aucun renfort, malgré la demande qu’avait formulée le général Dombrowski, qui commande le secteur.
Le Comité de Salut Public dépêche un observateur qui est fait prisonnier par les versaillais. L’armée de la République occupe Auteuil et Passy. Ils fouillent systématiquement les maisons, procèdent sur dénonciation à des arrestations et commencent à fusiller les gardes nationaux du secteur, qui seront ensuite conduits au cimetière de Longchamp. Au même moment se déroule la dernière réunion du Conseil de la Commune.

Lundi 22 mai

Au matin, les versaillais occupent les 15e et 16e arrondissements. Le reste de Paris apprend enfin la nouvelle par une affiche signée de Charles Delescluze, délégué à la Guerre. À la suite de cette proclamation, une grande partie des combattants de la Commune se replie dans leurs quartiers pour les défendre, abandonnant toute lutte coordonnée et rendant impossible toute contre-attaque pour repousser les versaillais. Des barricades s’érigent un peu partout dans Paris dans une ultime volonté défensive. L’armée de Thiers prend dans la journée le 7e, 8e et 17e arrondissement, durant leur offensive, les troupes versaillaises procèdent à de très nombreuses exécutions sommaires. Tout communard combattant est abattu.

Mardi 23 mai

Implacablement les forces versaillaises continuent à envahir Paris. Sur leur route les exécutions sommaires sont nombreuses. Face aux chaos et à la débandades des forces communardes, le Comité de Salut Public publie, en vain, un appel à la fraternisation entre les troupes versaillaises et le peuple. Durant les combats le général Jaroslaw Dombrowski est tué rue Myrha. Cet ancien général de l’armée russe avait offert ces compétences à la Commune de Paris et avait commandé la 11e légion de la Garde nationale. Il était, avec son compatriote polonais Walery Wroblewski, en exil à Paris après avoir participé aux insurections polonaises de 1861-1864. Il y réclamait déjà la démocratie, la fin du servage et l’indépendance polonaise face à l’Empire Russe.
Dans la soirée débute les premiers incendies de grands bâtiments parisiens.

Mercredi 24 mai

Les incendies, qui débutèrent la veille, continuent et s’amplifient. Les dirigeants communards évacuent et font incendier volontairement l’Hôtel de Ville, la Préfecture de police et le Palais de justice. À la prison de la Roquette, les Communards exécutent l’archevêque de Paris Georges Darboy et cinq autres otages, dont le président Bonjean. Face à l’implacable répression, l’espoir de changer le vieux monde s’est transformé en politique de la terre brûlée.

Jeudi 25 mai

Des combats acharnés à la Butte-aux-Cailles (sud-est de Paris) font rage. Le général Wroblewski résiste tant bien que mal face aux forces versaillaises. Place du Château d’Eau (au nord de Paris) Charles Delescluze, délégué à la Guerre de la Commune, est tué. Wroblewski est proposé pour le poste de commandement en chef des forces de la Commune. Il le refuse, arguant du peu d’hommes restants sont capables de se battre de manière disciplinée et coordonnée, et terminera la Semaine sanglante en se battant comme simple soldat.

Vendredi 26 mai

Durant la journée du 26 mai, toutes les forces communardes sur la rive gauche de la Seine sont tuées, arrêtées ou mises en déroute. Seul le nord-est de la ville continue le combat autour des Buttes-Chaumont et du cimetière du Père Lachaise. Les exécutions sommaires sont nombreuses dans les deux camps. Au Panthéon de nombreux communard.es sont massacrés et 52 prisonniers de la Roquette soupçonnés de sympathie pour Thiers sont exécutés au 85 de la rue Haxo.

Samedi 27 mai

Large offensive versaillaise au cimetière du Père-Lachaise où l’on combat à l’arme blanche entre les tombes. 147 Fédérés, combattants de la Commune, sont fusillés et jetés dans une fosse ouverte au pied du mur des fédérés. Ce mur deviendra le lieu habituel de la commémoration de la Commune. Les Buttes-Chaumont tombe aussi sous la coupe des troupes versaillaises. Le soir même il ne reste plus que le quartier de Belleville aux main des Communards.

Dimanche 28 mai

Dans une ultime bataille, les dernier.es Communard.es tombent à Belleville. Si le lieu de la dernière barricade est incertaine, une plaque commémorative des derniers combats se trouve rue de la Fontaine-au-Roi, dans le 11e arrondissement de Paris. Face aux 130.000 soldats versaillais déployés pour l’opération de reprise de la ville, entre 25.000 et 30.000 communard.es combattant.es auront résistés tant bien que mal. Il ne reste plus que le fort de Vincennes encerclé par les Allemands, il se rendra sans combattre le lundi 29 mai.

Répressions et conséquences de la Commune

Le bilan officiel, rapporté par le général Appert devant l’Assemblée nationale en 1875, fait état de 43 522 arrestations, dont 819 femmes et 538 enfants. 7 700 qui avaient été arrêtés par erreur sont relâchés. Mais au camp de Satory où sont parqués beaucoup des arrétés, le calvaire continue : aucune hygiène, peu de soins pour les blessés, les épidémies se développent. On abat 300 prisonniers pour tentative de fuite dans la nuit du 27 au 28 mai. Des prisonniers fédérés furent transférés dans les pontons et ports de l’ouest de la France ; à Brest, Lorient, Cherbourg et Rochefort ces transferts eurent lieu dans des wagons à bestiaux dans des conditions sanitaires volontairement déplorables. Environ 20 000 y furent détenu.es pendant plusieurs mois, au moins 1 000 y moururent.
Aucun bilan officiel ne vient par contre établir le nombre exact de mort durant la Semaine sanglante. Il est vrai qu’entre les exécutions sommaires et les morts des combats, il a longtemps été compliqué d’établir un nombre qui fasse consensus. Ainsi le nombre de morts a été longtemps gonflé artificiellement pour rendre le massacre encore plus sanglant qu’il ne l’était, ou alors minimisé par les autorités responsables du massacre. Choisir un chiffre dans la large fourchette entre 10.000 et 100.000 morts était alors un choix politique de ralliement ; au même titre qu’aujourd’hui, choisir de retenir les chiffres de la préfectures ou les chiffres de la CGT pour une manifestation n’est pas politiquement neutre. Avec les années et le recul, on considère généralement qu’il y aurait eu environ 30.000 morts. Un tiers serait mort au combat, les deux tiers restants étant tués lors d’éxécutions sommaires.
Car c’est là que la Semaine sanglante fut la plus horrible. Car à l’arrière des combats et après avoir reconquis chaque quartier, l’armée versailaise a systématiquement fait appel à des mouchards pour débusquer les sympathisants de la Commune. La reconquête militaire s’accompagnant d’une purge politique de tous les opposants au régime de Thiers. Le tout dans l’urgence la plus totale. Car le gouvernement souhaitait restaurer l’Etat de droit une fois la ville reprise. Il fallait donc exécuter le plus rapidement possible le maximum de Communard.es pour éviter que la justice puisse être indulgente avec les insurgés. Ainsi sur les 46.835 communard.es fait.es prisonnier.es, « seulement » 95 seront condamné.es à mort quand il y aurait eu environ 20.000 exécutions sommaires. Cette même « justice » préfèrera au final déporter massivement les communard.es vers la Nouvelle Calédonie afin de s’assurer qu’ils ne « contamineraient » plus la société.

La répression des différentes insurrections de 1870-1871 durèrent année après année. Empêcher toute résurgence insurectionnelle devient le leitmotiv du gouvernement de Thiers. Si Paris est purgée des révolutionnaires tués, déportés, emprisonnés ou en exil, le gouvernement cherche à affaiblir tout mouvement révolutionnaire, et criminalise ainsi l’appartenance à l’Internationale le 14 mars 1782 [2]], provoquant un fort recul de l’organisation. Adolphe Thiers se souvient que la Commune de Paris fut précédée par la Commune de Lyon ; où Mikhail Bakounine et d’autres membres de l’A.I.T. avaient proclamés la Commune de Lyon au balcon de l’Hôtel de Ville. La répression exacerbe les débats déjà houleux entre bakouninien et marxiste au sein de l’organisation. Mikhail Bakounine en sera exclus durant le congrès de La Haye (du 2 au 9 septembre 1872) et la Première Internationale finira par disparaitre en 1876. Marquant une scission définitive du mouvement socialiste entre anti-autoritaire et autoritaire.

Mais si la Commune et ses aspirations sont écrasées, ses idées ne craignent pas la mitraille. La IIIe République, devenue républicaine après la fin du gouvernement de Thiers, s’inspirera des réalisations de la Commune de Paris pour mettre en place ce qui reste encore de ces plus grandes réformes démocratiques. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, la scolarité gratuite pour tous, le droit d’association ou encore la loi Waldeck-Rousseau autorisant les syndicats, la réaffirmation de la liberté de la presse, etc ; mais tout en renforçant les dispositifs légaux et policiers de répression contre toute contestation politique radicale. Ainsi les lois scélérates de 1893-1894 modifient la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui ne punissait que la provocation directe ; désormais la provocation indirecte est condamnable, la fameuse « apologie » qui permet encore aujourd’hui la répression à tout va de tout discours non conforme à la normalité républicaine. Le tout sans compter toutes les boucheries orchestrées, organisées et perpétrées par cette fameuse République civisatrice durant sa vaste campagne de colonisation en Afrique, en Asie et dans le Pacifique ; ou durant les deux guerres mondiales.
La Semaine sanglante fut ainsi une expérience concentrée de ce que fut la Troisième République dans son ensemble, entre réalisation démocratique, répression et bain de sang.

Une mémoire musicale de la Commune

La Semaine sanglante fut un évènement qui marqua profondément le monde ouvrier et révolutionnaire, mais derrière la grande Histoire, l’événement marqua aussi les poètes et auteurs qui y participèrent. Eugène Pottier et Jean Batiste Clément furent deux d’entre eux. Rapidement après la fin de la Commune, ils écrivirent chacun un poème, qui fut ensuite mis en chanson : l’Internationale d’Eugène Pottier, qui devint célèbre dès le congrès d’Amsterdam de la IIe internationale en 1904, avant de devenir l’hymne de l’URSS en 1922 ; et la Semaine sanglante de Jean Baptiste Clément, qui dénonce les horreurs et crimes des versaillais durant la période éponyme.

Avant d’être l’hymne officiel de l’Union Soviétique de 1922 à 1944, et d’être charcuté par de nombreux gouvernements et groupes pour mieux coller aux doctrines et régimes qui la récupérèrent, l’Internationale fut bien écrite dans le sillage de la Commune. Eugène Pottier, membre de la Garde nationale durant le siège de Paris de 1870, rejoint la Commune et siège à la Comission des Services Publics dans le deuxième arrondissement où il est élu. Il participe aux combats durant la Semaine Sanglante contre les troupes versaillaises. C’est suite à ces évènements qu’il devra se cacher dans Paris pour éviter la répression qui s’abat sur la ville. C’est durant cet exil intérieur qu’il écrira l’Internationale. Il fuit ensuite en Angleterre, mais, condamné à mort par contumace le 17 mai 1873, il décide de s’exiler aux Etats-Unis et rejoint le Parti ouvrier socialiste d’Amérique. Il ne rentrera en France qu’en 1880, suite à loi d’amnistie du 11 juillet 1880 qui aministie les Communard.es et permet le retour de nombreux d’entre eux en France. En 1888, un an après la première édition imprimée des paroles du poème, la chorale lilloise du Parti ouvrier, demande à un de ses membres, Pierre Degeyter, de composer une musique originale pour L’Internationale. Le 23 juillet 1888, pour la première fois, la chorale de la Lyre des Travailleurs interprète le chant sur l’air nouveau. Sa partition est publiée en 1889.

Ecrite juste après les évènements et chantés sur l’air du Chant des Paysans de Pierre Dupont, le premier complet de La Semaine sanglante s’ouvre avec le froid constat des évènements :

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblants.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants. »

Mais si Jean Baptiste Clément dépeint la triste situation de Paris après la Semaine sanglante, ville reconquise dans le sang par tous les représentants du vieux monde : militaires, politiciens, religieux, bourgeois, capitalistes, vendus et autres mouchards ; il exprime aussi le futur retour de l’ordre dans une fête morbide des décorations militaires et des bénédictions de curetons. Si chacun de ces couplets, à l’exception du dernier, est une triste description de la situation, il ponctue chacun d’entre eux par un refrain qui appelle encore et toujours à la révolution.

Oui mais !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront. »

La chanson, écrite ainsi juste après les évènements, ne se contente pas d’une amère description d’une défaite, mais vise bien à exhorter à continuer le combat, comme si des dizaines de milliers de morts et d’arrestations ne suffiraient jamais à stopper l’enthousiasme du poète qui se demande « à quand enfin la République de la Justice et du Travail ? »

Si la chanson La Semaine sanglante fut une réponse immédiate et explicite au massacre, une autre chanson de Jean Batiste Clément rentrera dans l’Histoire comme un hommage à la Commune et plus particulièrement à tous les épisodes révolutionnaires qui finirent dans les larmes et le sang. Car avant d’être jouée par les choeurs de l’armée française en 2016, place de la République, en l’honneur des victimes des derniers attentats ; le Temps des cerises fut avant tout dédicacé « à la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871 », communarde rencontrée aux hasards des rues par le poète, alors tenancier d’une barricade comme tant d’autres cette semaine là. De simple chanson d’amour perdu, écrite en 1866 et chantée sur un air mélancolique, le Temps des cerises devint un symbole pour tous ceux et celles qui vécurent intensément la lutte contre la république bourgeoise, contre le capitalisme sauvage et contre le fascisme. Elle devint alors un classique pour toute les familles du socialisme, de l’anarchisme et du communisme, traversant le temps et les clivages politiques. L’appropriation populaire et collective de la chanson en fera un classique reprise autant par Coluche, la jouant au violon avec des gants de boxe, que dans Porco Rosso, film d’animation japonais de Hayao Miazaki de 1922, se déroulant dans l’Italie fasciste des années 20’.

Se souvenir, c’est déjà lutter !

Si la Commune de Paris reste aujourd’hui une référence commune de toutes les familles de gauche, toujours critiquée, revisitée, ré-interprétée, mais bien partagée [3], c’est autant par l’espoir suscité par ses réalisations que par la répression sans pareille dont elle fut la victime. A une époque où le « Roman National » fait son grand retour et où chaque évènement de l’Histoire française est ré-inséré dans un roman à visée normalisatrice d’une pseudo « Identité nationale », il faut rappeler qu’encore aujourd’hui, presque 150 ans après les faits, la Commune reste une oubliée des programmes scolaires et de l’Histoire française. Aujourd’hui, le nouveau discours au centre, à droite et même à l’extrême droite essaye de refaire de la Troisième République la référence idéologique par excellence et continuant ainsi à faire de la Commune une oubliée volontaire. Surtout quand la laïcité de 1905 sert à l’extrême droite pour stigmatiser toute population non-catholique, et que les débats sur les « bienfaits » de la colonisation sont ré-ouverts. Il serait dommage de perturber cette foire à la saucisse idéologico-historique en rappelant que la Troisième République est née dans un bain de sang.
Face à l’oubli volontaire des politicards et de l’Etat, comme symptôme d’une ultime répression, la mémoire de la Commune, une mémoire révolutionnaire et internationaliste, est donc une arme pour rappeler que de tous temps le vieux monde peut vasciller, mais que plus il vascille, plus ces chiens montrent les crocs et mordent au sang. Que toute action révolutionnaire entraine une action contre-révolutionnaire et que la violence de l’Etat est toujours liée à son désir de maintenir une société d’exploitation et de contrôle. Quelque que soit le régime ou quelque soit le numéro de la République en place, la lutte des classes perdure à tous les niveaux de la vie.

P.-S.

Sur la Commune de 1871 :
• le web officiel des Amis de la Commune : Association qui cherche à faire vivre l’Histoire et la mémoire de la Commune en proposant de nombreux textes, images, photographies, chansons, bibliographies, filmographies sur leur site.

Notes

[2] Article Rebellyon sur la criminalisation de l’appartenance à l’A.I.T. : https://rebellyon.info/L-appartenance-a-l-A-I-T-devient

[3] Sur la Commune de l’Internationale Situationiste : https://infokiosques.net/lire.php ?id_article=15

 

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création du CNNR : Conseil National de la Nouvelle Résistance

Posté par elianguesard le 14 mai 2020

pavotvol

Reçu du CRHA

 

https://www.youtube.com/watch?v=Gh_RFwLAreA&t=17s

Vidéo d’annonce de la création du Conseil National de la Nouvelle Résistance par les cinq membres de son secrétariat : Gérard Mordillat (cinéaste, écrivain), Gilles Perret (réalisateur, co-fondateur de Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui), Denis Robert (journaliste, écrivain), Florent Massot (éditeur), Katell Gouëllo (Le Média TV), Bertrand Rothé (agrégé d’économie, professeur d’université). N’hésitez pas à partager pour qu’adviennent Les Jours Heureux !

 

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Trois femmes en Mai en France

Posté par elianguesard le 13 mai 2020

Aunom

https://librinfo74.fr/ariane-mnouchkine-je-ressens-de-la-colere-devant-la-mediocrite-les-mensonges-et-larrogance-de-nos-dirigeants/

 

ARIANE MNOUCHKINE : « Je ressens de la colère devant la médiocrité, les mensonges et l’arrogance de nos dirigeants »

le 12 Mai 2020

Nous relayons l’interview d’Ariane Mnouchkine parue dans Télérama

On ne peut pas déclarer la guerre sans appeler, dans le même temps, à la mobilisation générale. Or cette mobilisation, même abondamment formulée, n’a jamais été réellement souhaitée. On nous a immédiatement bâillonnés, enfermés. Et certains plus que d’autres : je pense aux personnes âgées et à la façon dont elles ont été traitées. J’entends s’exprimer dans les médias des obsédés anti-vieux, qui affirment qu’il faut tous nous enfermer, nous, les vieux, les obèses, les diabétiques jusqu’en février, sinon, disent-ils, ces gens-là encombreront les hôpitaux. Ces gens-là ? Est-ce ainsi qu’on parle de vieilles personnes et de malades ? Les hôpitaux ne seraient donc faits que pour les gens productifs en bonne santé ? Donc, dans la France de 2020, nous devrions travailler jusqu’à 65 ans et une fois cet âge révolu, nous n’aurions plus le droit d’aller à l’hôpital pour ne pas encombrer les couloirs ? Si ce n’est pas un projet préfasciste ou prénazi, ça y ressemble. Cela me fait enrager.

 

TÉLÉRAMA  : Comment se vit le confinement au Théâtre du Soleil  ?

Comme nous pouvons. Comme tout le monde. Nous organisons des réunions par vidéo avec les soixante-dix membres du théâtre et parfois leurs enfants. Retrouver la troupe fait du bien à tous. Surtout à moi. Nous réfléchissons : après le déconfinement, comment faire ? Comment reprendre le théâtre, qui ne se nourrit pas que de mots mais surtout de corps ? Quelles conditions sanitaires mettre en œuvre sans qu’elles deviennent une censure insupportable ? Masques, évidemment, distanciations physiques dans les activités quotidiennes telles que les repas, les réunions, mais en répétition ? Se demander comment faire, c’est déjà être, un peu, dans l’action. Il se trouve que, le 16 mars, nous allions commencer à répéter un spectacle étrangement prophétique. Le sujet, que je ne peux ni ne veux évoquer ici, sous peine de le voir s’évanouir à tout jamais, ne varie pas. Mais sa forme va bouger sous les coups du cataclysme qui ébranle tout, individus, États, sociétés, convictions. Alors nous nous documentons, nous menons nos recherches dans tous les domaines nécessaires. Nous devons reprendre l’initiative, cette initiative qui, depuis deux mois, nous a été interdite, même dans des domaines où des initiatives citoyennes auraient apporté, sinon les solutions, du moins des améliorations notables sur le plan humain.

Quel est votre état d’esprit ?

J’ai du chagrin. Car derrière les chiffres qu’un type égrène chaque soir à la télévision, en se félicitant de l’action formidable du gouvernement, je ne peux m’empêcher d’imaginer la souffrance et la solitude dans lesquelles sont morts ces femmes et ces hommes. La souffrance et l’incompréhension de ceux qui les aimaient, à qui on a interdit les manifestations de tendresse et d’amour, et les rites, quels qu’ils soient, indispensables au deuil. Indispensables à toute civilisation. Alors qu’un peu d’écoute, de respect, de compassion de la part des dirigeants et de leurs moliéresques conseillers scientifiques aurait permis d’atténuer ces réglementations émises à la hâte, dont certaines sont compréhensibles mais appliquées avec une rigidité et un aveuglement sidérants.

Parlons-nous du théâtre ?

Mais je vous parle de théâtre ! Quand je vous parle de la société, je vous parle de théâtre ! C’est ça le théâtre ! Regarder, écouter, deviner ce qui n’est jamais dit. Révéler les dieux et les démons qui se cachent au fond de nos âmes. Ensuite, transformer, pour que la Beauté transfigurante nous aide à connaître et à supporter la condition humaine. Supporter ne veut pas dire subir ni se résigner. C’est aussi ça le théâtre !

Vous êtes en colère ?

Ah ! ça oui ! Je ressens de la colère, une terrible colère et, j’ajouterai, de l’humiliation en tant que citoyenne française devant la médiocrité, l’autocélébration permanente, les mensonges désinformateurs et l’arrogance obstinée de nos dirigeants. Pendant une partie du confinement, j’étais plongée dans une semi-inconscience due à la maladie. Au réveil, j’ai fait la bêtise de regarder les représentants-perroquets du gouvernement sur les médias tout aussi perroquets. J’avais respecté la rapidité de réaction d’Emmanuel Macron sur le plan économique et son fameux « quoi qu’il en coûte » pour éviter les licenciements. Mais lorsque, dans mon petit monde convalescent, sont entrés en piste ceux que je surnomme les quatre clowns, le directeur de la Santé, le ministre de la Santé, la porte-parole du gouvernement, avec, en prime, le père Fouettard en chef, le ministre de l’Intérieur, la rage m’a prise. Je voudrais ne plus jamais les revoir.

Que leur reprochez-vous ?

Un crime. Les masques. Je ne parle pas de la pénurie. Ce scandale a commencé sous les quinquennats précédents de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Mais appartenant au gouvernement qui, depuis trois ans, n’a fait qu’aggraver la situation du système de santé de notre pays, ils en partagent la responsabilité. En nous répétant, soir après soir, contre tout bon sens, que les masques étaient inutiles voire dangereux, ils nous ont, soir après soir, désinformés et, littéralement, désarmés. Alors qu’il eût fallu, et cela dès que l’épidémie était déclarée en Chine, suivre l’exemple de la plupart des pays asiatiques et nous appeler à porter systématiquement le masque, quitte, puisqu’il n’y en avait pas, à en fabriquer nous-mêmes. Or nous avons dû subir les mensonges réitérés des quatre clowns, dont les propos inoubliables de la porte-parole du gouvernement qui nous a expliqué que, puisque elle-même — la prétention de cet « elle-même » — ne savait pas les utiliser, alors personne n’y parviendrait ! Selon de nombreux médecins qui le savent depuis longtemps mais dont la parole ne passait pas dans les médias-perroquets au début de la catastrophe, nous allons tous devoir nous éduquer aux masques car nous aurons à les porter plusieurs fois dans notre vie. Je dis cela car dans le clip qui nous recommande les gestes barrières, le masque ne figure toujours pas. Je suis de celles et ceux qui pensent que son usage systématique, dès les premières alertes, aurait, au minimum, raccourci le confinement mortifère que nous subissons.

Subir est-il le pire ?

Nous devons cesser de subir la désinformation de ce gouvernement. Je ne conteste pas le fameux « Restez chez vou ». Mais, si l’on est (soi-disant) en guerre, ce slogan ne suffit pas. On ne peut pas déclarer la guerre sans appeler, dans le même temps, à la mobilisation générale. Or cette mobilisation, même abondamment formulée, n’a jamais été réellement souhaitée. On nous a immédiatement bâillonnés, enfermés. Et certains plus que d’autres : je pense aux personnes âgées et à la façon dont elles ont été traitées. J’entends s’exprimer dans les médias des obsédés anti-vieux, qui affirment qu’il faut tous nous enfermer, nous, les vieux, les obèses, les diabétiques jusqu’en février, sinon, disent-ils, ces gens-là encombreront les hôpitaux. Ces gens-là ? Est-ce ainsi qu’on parle de vieilles personnes et de malades ? Les hôpitaux ne seraient donc faits que pour les gens productifs en bonne santé ? Donc, dans la France de 2020, nous devrions travailler jusqu’à 65 ans et une fois cet âge révolu, nous n’aurions plus le droit d’aller à l’hôpital pour ne pas encombrer les couloirs ? Si ce n’est pas un projet préfasciste ou prénazi, ça y ressemble. Cela me fait enrager.

Que faire de cette rage ?

Cette rage est mon ennemie parce qu’elle vise de très médiocres personnages. Or le théâtre ne doit pas se laisser aveugler par de très médiocres personnages. Dans notre travail, nous devons comprendre la grandeur des tragédies humaines qui sont en train d’advenir. Si nous, artistes, nous restons dans cette rage, nous n’arriverons pas à traduire dans des œuvres éclairantes pour nos enfants ce qui se vit aujourd’hui. Une œuvre qui fera la lumière sur le passé pour que l’on comprenne comment une telle bêtise, un tel aveuglement ont pu advenir, comment ce capitalisme débridé a pu engendrer de tels technocrates, ces petits esprits méprisants vis-à-vis des citoyens. Pendant un an, ils restent sourds aux cris d’alarme des soignantes et soignants qui défilent dans la rue. Aujourd’hui, ils leur disent  : vous êtes des héros. Dans le même temps, ils nous grondent de ne pas respecter le confinement alors que 90 % des gens le respectent et que ceux qui ne le font pas vivent souvent dans des conditions inhumaines. Et que le plan Banlieue de Jean-Louis Borloo a été rejeté du revers de la main, il y a à peine deux ans, sans même avoir été sérieusement examiné ni discuté. Tout ce qui se passe aujourd’hui est le résultat d’une longue liste de mauvais choix.

Cette catastrophe n’est-elle pas aussi une opportunité ?

Oh ! une opportunité ? ! Des centaines de milliers de morts dans le monde  ? Des gens qui meurent de faim, en Inde ou au Brésil, ou qui le risquent dans certaines de nos banlieues ? Une aggravation accélérée des inégalités, même dans des démocraties riches, comme la nôtre ? Certains pensent que nos bonnes vieilles guerres mondiales aussi ont été des opportunités… Je ne peux pas répondre à une telle question, ne serait-ce que par respect pour tous ceux qui en Inde, en Équateur ou ailleurs ramassent chaque grain de riz ou de maïs tombé à terre.

 

Les Français sont-ils infantilisés ?

Pire. Les enfants ont, la plupart du temps, de très bons profs, dévoués et compétents, qui savent les préparer au monde. Nous, on nous a désarmés psychologiquement. Une histoire m’a bouleversée : dans un Ehpad de Beauvais, des soignantes décident de se confiner avec les résidentes. Elles s’organisent, mettent des matelas par terre et restent dormir près de leurs vieilles protégées pendant un mois. Il n’y a eu aucune contamination. Aucune. Elles décrivent toutes ce moment comme extraordinaire. Mais arrive un inspecteur du travail pour qui ces conditions ne sont pas dignes de travailleurs. Des lits par terre, cela ne se fait pas. Il ordonne l’arrêt de l’expérience. Les soignantes repartent chez elles, au risque de contaminer leurs familles, avant de revenir à l’Ehpad, au risque de contaminer les résidentes. En Angleterre, c’est 20 % du personnel qui se confine avec les résidents. Mais non, ici, on interdit la poursuite de cette expérience fondée sur une réelle générosité et le volontariat, par rigidité réglementaire ou par position idéologique. Ou les deux.

 

Cette mise à l’écart des personnes âgées révèle-t-elle un problème de civilisation ?

Absolument. Lorsque la présidente de la Commission européenne suggère que les gens âgés restent confinés pendant huit mois, se rend-elle compte de la cruauté de ses mots ? Se rend-elle compte de son ignorance de la place des vieux dans la société ? Se rend-elle compte qu’il y a bien pire que la mort ? Se rend-elle compte que parmi ces vieux, dont je suis, beaucoup, comme moi, travaillent, agissent, ou sont utiles à leurs familles ? Sait-elle que nous, les vieux, nous acceptons la mort comme inéluctable et que nous sommes innombrables à réclamer le droit de l’obtenir en temps voulu, droit qui nous est encore obstinément refusé en France, contrairement à de nombreux autres pays. Quelle hypocrisie ! Vouloir nous rendre invisibles plutôt que de laisser ceux d’entre nous qui le veulent choisir le moment de mourir en paix et avec dignité. Lorsque Emmanuel Macron susurre : « Nous allons protéger nos aînés », j’ai envie de lui crier : je ne vous demande pas de me protéger, je vous demande juste de ne pas m’enlever les moyens de le faire. Un masque, du gel, des tests sérologiques ! À croire qu’ils rêvent d’un Ehpad généralisé où cacher et oublier tous les vieux. Jeunes, tremblez, nous sommes votre avenir !

 

Qu’est-ce que cela dit sur notre société ?

Sur la société, je ne sais pas, mais cela en dit beaucoup sur la gouvernance. Dans tout corps, une mauvaise gouvernance révèle le plus mauvais. Il y a 10 % de génies dans l’humanité et 10 % de salopards. Dans la police, il y a 10 % de gens qui ne sont pas là pour être gardiens de la paix mais pour être forces de l’ordre. Je respecte la police, mais lorsqu’on donne des directives imprécises, laissées à la seule interprétation d’un agent, cet agent, homme ou femme, se révélera un être humain, bon, compréhensif et compétent, ou bien il agira comme un petit Eichmann investi d’un pouvoir sans limite, qui, parce que son heure est enfin venue, pourra pratiquer sa malfaisance. Donc il fera faire demi-tour à un homme qui se rend à l’île de Ré pour voir son père mourant. Ou il fouillera dans le cabas d’une dame pour vérifier qu’elle n’a vraiment acheté que des produits de première nécessité. Et s’il trouve des bonbons, il l’humiliera. Quand je pense qu’ont été dénoncées, oui, vous avez bien entendu, dénoncées, et verbalisées des familles qui venaient sous les fenêtres pour parler à leurs proches reclus en Ehpad… Se rend-on compte de ce qui est là, sous-jacent ?

 

Redoutez-vous un État liberticide ?

Il y a, indubitablement, un risque. La démocratie est malade. Il va falloir la soigner. Je sais bien que nous ne sommes pas en Chine où, pendant le confinement de Wuhan, on soudait les portes des gens pour les empêcher de sortir. Mais, toute proportion gardée, oui, en France, la démocratie est menacée. Vous connaissez, bien sûr, l’histoire de la grenouille ? Si on la plonge dans l’eau bouillante, elle saute immédiatement hors de l’eau. Si on la plonge dans l’eau froide et qu’on chauffe très doucement cette eau, elle ne saute pas, elle meurt, cuite. C’est l’eau fraîche de la démocratie que, petit à petit, on tiédit. Je ne dis pas que c’est ce que les gouvernants veulent faire. Mais je pense qu’ils sont assez bêtes pour ne pas le voir venir. Oui, je découvre avec horreur que ces gens, si intelligents, sont bêtes. Il leur manque l’empathie. Ils n’ont aucune considération pour le peuple français. Pourquoi ne lui dit-on pas simplement la vérité ?

Avez-vous encore espoir en nos dirigeants politiques  ?

Lorsque le 12 mars Emmanuel Macron dit : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour… La santé… notre État-providence ne sont pas des coûts… mais des biens précieux », nous nous regardons, ahuris. Et cela me rappelle l’histoire de l’empereur Ashoka qui, en 280 av. J.-C., pour conquérir le royaume de Kalinga, livra une bataille qui se termina par un tel massacre que la rivière Daya ne charriait plus de l’eau mais du sang. Face à cette vision, Ashoka eut une révélation et se convertit au bouddhisme et à la non-violence. Nous espérons parfois de nos gouvernants cette prise de conscience du mal qu’ils commettent. J’avoue que, ce soir-là, j’ai espéré cette conversion d’Emmanuel Macron. J’ai souhaité que, constatant son impuissance face à un minuscule monstre qui attaque le corps et l’esprit des peuples, il remonte avec nous la chaîne des causalités, comprenne de quelle manière l’Histoire, les choix et les actes des dirigeants, de ses alliés politiques, ont mené à notre désarmement face à cette catastrophe. J’aurais aimé qu’il comprenne à quel point il est, lui-même, gouverné par des valeurs qui n’en sont pas. Ça aurait été extraordinaire. J’aimerais avoir de l’estime pour ce gouvernement. Cela me soulagerait. Je ne demanderais que ça. Au lieu de quoi je ne leur fais aucune confiance. On ne peut pas faire confiance à des gens qui, pas une seconde, ne nous ont fait confiance. Quand, permises ou pas, les manifestations vont reprendre le pavé, seront-elles de haine et de rage, n’aboutissant qu’à des violences et des répressions, avec en embuscade Marine Le Pen qui attend, impavide, ou seront-elles constructives, avec de vrais mouvements qui font des propositions ? Certains matins je pense que ça va être constructif. Et certains soirs, je pense l’inverse. Ce dont j’ai peur surtout, c’est de la haine. Parce que la haine ne choisit pas, elle arrose tout le monde.

 

Vous avez peur d’un déconfinement de la haine ?

Exactement ! Peur du déconfinement de la haine coléreuse. Est-ce que le peuple français va réussir à guérir, ou au moins à orienter sa rage, donc ses haines, vers des propositions et des actions novatrices et unificatrices ? Il serait temps. Car le pire est encore possible. Le pire, c’est-à-dire le Brésil, les États-Unis, etc. Nous n’en sommes pas là mais nous y parviendrons, à force de privatisations, à force d’exiger des directeurs d’hôpitaux qu’ils se comportent en chefs d’entreprises rentables. Heureusement Emmanuel Macron a eu la sagesse d’immédiatement mettre en œuvre un filet de sécurité — le chômage partiel — pour que la France ne laisse pas sur la paille treize millions de ses citoyens. C’était la seule chose à faire. Il l’a faite. Cela doit être salué. Mais cette sagesse n’a rien à voir avec une pseudo « générosité » du gouvernement, comme semble le penser un certain ministre. Elle est l’expression même de la fraternité qui est inscrite sur nos frontons. C’est la vraie France, celle qui fait encore parfois l’admiration et l’envie des pays qui nous entourent. Pour une fois, on a laissé l’économie derrière afin de protéger les gens. Encore heureux !

 

Qu’attendez-vous pour les artistes, les intermittents  ?

Je viens d’entendre qu’Emmanuel Macron accède, heureusement, à la revendication des intermittents qui demandent une année blanche afin que tous ceux qui ne pourront pas travailler dans les mois qui viennent puissent tenir le coup. C’est déjà ça. Ici, au Soleil, nous pouvons travailler, nous avons une subvention, un lieu, un projet et des outils de travail. À nous de retrouver la force et l’élan nécessaires. Ce n’est pas le cas des intermittents et artistes qui, pour trouver du travail, dépendent d’entreprises elles-mêmes en difficulté. Même si, en attendant, certains vont réussir à répéter, il va falloir, pour jouer, attendre que les salles puissent ouvrir à plein régime. Cela peut durer de longs mois, jusqu’à l’arrivée d’un médicament. Ceux-là ne doivent pas être abandonnés, l’avenir de la création théâtrale française, riche entre toutes, peut-être unique au monde, dépend d’eux. Personne ne pardonnerait, ni artistes ni public, qu’on laisse revenir le désert. Lors d’une inondation, on envoie les pompiers et les hélicoptères pour hélitreuiller les gens réfugiés sur leurs toits. Quoi qu’il en coûte. Le virus nous assiège tous, mais, de fait, les arts vivants vont subir le plus long blocus. Donc, comme pendant le blocus de Berlin, il faut un pont aérien qui dure tant que le siège n’est pas levé, tant que le public ne peut pas revenir, rassuré et actif, avec enthousiasme. Avec masque, s’il est encore nécessaire. Mais la distance physique ne sera pas tenable au théâtre. Ni sur la scène, ni même dans la salle. C’est impossible. Pas seulement pour des raisons financières, mais parce que c’est le contraire de la joie.

 

N’est-il pas temps d’appeler à un nouveau pacte pour l’art et la culture  ?

Pas seulement pour l’art et la culture. Nous faisons partie d’un tout.

Propos recueillis par Joëlle Gayot.

 

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https://reporterre.net/Ces-hommes-qui-aspirent-a-la-croissance-infinie-et-au-controle-total-sont-des-monstres-purs

Ces hommes qui aspirent à la croissance infinie et au contrôle total sont des monstres purs

 

13 mai 2020 / Nancy Huston

Pour l’écrivaine Nancy Huston, « nous avons tendance à innocenter les responsables en raison de leur puissance ». Les responsables des crises que nous vivons, ce sont ceux qui refusent la fragilité de la vie et veulent dominer la « Nature » — « une forme de mégalomanie spécifiquement masculine ».

Nancy Huston est une romancière franco-canadienne. Elle a écrit de nombreux romans dont Cantique des plaines (Actes Sud, 1993), Lignes de faille, (Actes Sud, 2009) et Rien d’autre que cette félicité (Parole, 2019).

Lentigny (Loire), le 24 avril 2020 — Je suis en train de lire Le Dernier Homme [1] de Mary Shelley, roman d’anticipation qui, paru en 1826, raconte un épisode de la peste qui efface purement et simplement l’espèce humaine en l’an… 2100 !

Cette écrivaine britannique, que nous connaissons surtout comme l’auteure de Frankenstein [2], doit sans doute son imagination débridée au fait que sa vie a baigné dans la mort dès le jour de sa naissance. Sa propre mère, la penseuse féministe Mary Wollstonecraft, meurt de fièvre puerpérale dix jours après l’avoir mise au monde. Quand Mary [alors Wollstonecraft Godwin] n’a que dix-sept ans, mais vit déjà [hors mariage] avec le poète Percy Bysshe Shelley, elle donne le jour à sa première enfant, une fille qui meurt dix jours plus tard. Sa demi-sœur meurt ensuite d’une overdose de somnifères. Puis l’épouse de Shelley, Harriet, se noie par désespoir alors qu’elle est enceinte de cinq mois [vingt jours après la mort de Harriet, fin 1816, Percy Bysshe Shelley épouse Mary, qui prend alors son patronyme]. Frankenstein paraît en 1818 quand Mary a vingt ans ; ses deux autres enfants mourront dans les deux années qui suivent, et, peu après, le poète lui-même se noiera accidentellement. Après cette série presque invraisemblable de deuils précoces, la jeune femme n’a sans doute le choix qu’entre dépression et résilience — elle choisit la résilience.

Son célèbre roman a un sous-titre : « le Prométhée moderne ». Son protagoniste, le Dr Frankenstein, a en commun avec le héros du mythe grec non d’avoir dérobé aux dieux le divin secret du feu, mais d’avoir réussi à animer la matière inanimée. Alors que Prométhée, pour créer les humains, se sert de restes de boue transformés en roche, le savant suisse, lui, travaille à partir de tissus prélevés sur des cadavres.

Nous avons tendance à innocenter les responsables en raison de leur puissance

Le résultat, on s’en souvient, est un être horrible à voir et profondément malheureux — car, à la différence de tous ceux qui l’entourent, il est seul : « Aucun père [n’a] surveillé les jours de mon enfance, se plaint-il, aucune mère ne [m’a] béni de ses sourires et ses caresses. » Il supplie le Dr Frankenstein de lui créer au moins une compagne, une femelle de la même espèce et avec les mêmes défauts que lui. Dans un premier temps, le savant acquiesce, mais à la dernière minute il décide de détruire sa deuxième créature. Et l’autre de rugir : « Alors chaque homme trouvera une femme pour son cœur, chaque animal aura son conjoint, et moi, je serai seul ? » — et de se venger en tuant d’abord le meilleur ami du docteur, ensuite sa nouvelle épouse.

(Je peux affirmer, de même, qu’aucun des meurtriers, violeurs et autres auteurs de crimes violents avec qui j’ai pu discuter dans les prisons françaises n’a eu une enfance même vaguement normale et tranquille. La créature de Frankenstein le sait : la punition précède le crime.)

Il faudrait rendre obligatoire la lecture de ce roman de Mary Shelley, non seulement par les élèves de toutes les écoles mais aussi par tous les hommes et femmes d’État, tous les juges, directeurs et gardiens de prison, policiers et policières… Tout comme la mémoire populaire a fait glisser le nom Frankenstein du créateur à sa créature, nous avons tendance à innocenter les responsables en raison de leur puissance. Mais le vrai monstre est bel et bien le scientifique fou : celui qui bafoue la mort, nie le passage du temps, refuse le caractère fragile, éphémère et interdépendant de la vie, se rêve solitaire, héroïque et tout-puissant, aspire à la domination totale de la « Nature » par l’homme.

Je dis bien par l’homme et non par l’être humain, car il me semble qu’il s’agit là d’une forme de mégalomanie spécifiquement masculine. Aucune femme ne figure parmi les spécialistes de l’anthropométrie judiciaire au XIXe siècle, ni parmi les médecins et officiers supérieurs nazis dans les années 1930-40, ni, à l’époque contemporaine, parmi les spécialistes de reconnaissance faciale, que ceux-ci soient employés par Facebook ou le Pentagone, Google ou le Mossad ; qu’ils développent leurs vertigineux projets de surveillance high-tech en Chine, aux États-Unis ou en Europe. Non pas que les hommes soient plus « immoraux » que les femmes, bien sûr ! Mais, plus seuls dans leur corps (corps qui n’est que ponctuellement, voire distraitement impliqué dans la reproduction alors que le corps féminin, lui, y est existentiellement impliqué), peut-être sont-ils plus angoissés par la mort que les femmes donc plus portés sur le fantasme de l’immortalité. Il n’y a pas de Doctoresse Frankenstein.

Ceci dit, il n’y a pas non plus de Frankenstein pauvre ou noir ; dans ce domaine les différences de classe, d’ethnie et de pays d’origine comptent au moins autant que les différences de sexe. Pour chaque milliardaire à peau claire qui se rêve vivant sur Mars, d’une vie indéfiniment prolongée et « augmentée » par la technologie de pointe, il y a des milliers d’hommes et de femmes à peau sombre qui continueront, tout au long de leur courte vie, à trimer, à saigner, à suer et à haleter dans les champs, les mines et les usines de la pauvre planète Terre.

En clair, les plus grands criminels ne sont pas derrière les barreaux mais à la barre : ce sont ces monstres purs, ces hommes qui aspirent à la croissance infinie, à la puissance absolue, au contrôle total, à la vie éternelle et à la richesse folle, qui nous précipitent vers l’Apocalypse imaginée par Mary Shelley dans Le Dernier Homme.

 

 


[1Le Dernier Homme, (Trad. Paul Couturiau), Monaco, Éd. du Rocher, 1988, 420 p. / Paris, Gallimard, coll. Folio, 1998, 672 p.

[2] Dernière traduction en 2015 aux éditions Gallimard.

 

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https://www.bastamag.net/France-insoumise-deputee-caroline-Fiat-aide-soignante-Ehpad-assemblee-nationale-CHU-Nancy

« Pourquoi le gouvernement ne veut-il pas de mon aide ? Parce que je ne suis qu’une aide-soignante ? »

par Rachel Knaebel 5 mai 2020

 

Caroline Fiat est députée de la France insoumise. Aide-soignante de profession, elle est, comme certains autres élus, retournée exercer dans un service de réanimation Covid à Nancy. Quelle est sa perception de la gestion de la crise par le gouvernement ? Comment voit-elle la sortie du confinement ? Entretien.

Basta ! : Vous êtes retournée travailler comme aide-soignante au CHU de Nancy lors du pic de l’épidémie. Cette mission est aujourd’hui terminée. La situation s’est-elle normalisée ?

CC Jean-Luc Hauser via Wikimedia Commons.

Caroline Fiat [1] : Deux services de réanimation dédiés à des cas de Covid-19 vont être fermés à Nancy, donc ils n’avaient plus besoin de moi. C’est une bonne nouvelle. Je m’étais engagée pour un mois renouvelable si besoin, et il n’y a pas eu besoin. Cela veut dire que les choses vont mieux. Quand vous prenez en charge un patient, c’est difficile de le quitter, on veut connaître la suite. Alors, je demande des nouvelles aux collègues. Dans notre service, nous avons eu beaucoup de patients d’Alsace, des Vosges, peu d’habitants de Meurthe-et-Moselle, donc le confinement a l’air d’avoir bien fonctionné dans notre département.

 

Comment jugez-vous la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement ? Pensez-vous que le confinement a été décidé trop tard ?

Bien malin celui qui dit qu’il aurait déclaré le confinement plus tôt, car cette épidémie nous est tombée dessus d’une manière que nous n’attendions pas. Ce que je regrette, ce sont les mensonges. On n’avait pas de masques, il fallait l’assumer. On entendait tous les jours des responsables du gouvernement dire « les masques arrivent, les masques arrivent ». Non, ils n’arrivaient pas. Quel était l’intérêt de mentir ? Il fallait trouver d’autres solutions. En Meurthe-et-Moselle, le préfet a fait appel aux dons des entreprises. Nous avons trouvé de cette manière 90 000 masques FFP2 qu’on a fait distribuer. Heureusement que nous n’avons pas écouté Olivier Véran qui nous disait que les masques arrivaient le lendemain !

Je pense que s’il y avait eu plus d’honnêteté, on aurait trouvé des solutions par la solidarité. La communication n’était pas la bonne. En crise sanitaire, cela ne sert à rien de mentir, il faut assumer et dire, on n’a pas de masques, on va peut-être manquer de réanimateurs là, de places en réa ici, il va falloir monter un hôpital de campagne… L’honnêteté est bien moins anxiogène ! Quand vous mentez, les gens n’ont pas confiance et cela crée encore plus d’angoisse.

Lire aussi : Le CHU de Nancy, symbole de la désorganisation managériale de l’hôpital public

Je reprends ici ma blouse de soignante : quand on explique à une personne malade son traitement, qu’elle a tant de chances de s’en sortir, tant de risques, quand vous expliquez tout sans mentir, 50 % du soin est déjà réalisé. J’en veux à Olivier Véran car il est médecin, il sait cela. Je ne comprends pas sa gestion. Je l’ai alerté à plusieurs reprises par des questions écrites et par SMS. Quand je trouvais que c’était vraiment urgent, je me suis permise de l’alerter en direct. Je lui ai proposé mon aide, il n’a pas saisi cette main tendue.

Dès le départ, quand Emmanuel Macron a parlé d’unité nationale, j’ai pensé qu’effectivement, on ne fait pas de la politique sur une crise sanitaire. J’ai changé mon fusil d’épaule. J’ai l’impression que, pour eux, « unité nationale » signifie bâillonner l’opposition et faire en sorte qu’on les admire. Non, l’unité nationale, c’est de ne pas laisser le gouvernement aller dans le mur. Pourquoi ne veulent-ils pas de mon aide ? Parce que je ne suis qu’une aide-soignante ? Parce que je suis une insoumise ? Je trouve leur façon de faire très méprisante.

 

Dans cette crise, les infirmières, les aides-soignantes, les agents de nettoyage des hôpitaux, sont mis en avant, leur travail est reconnu. Pensez-vous que cela va changer la perception à long terme de ce travail de terrain, indispensable mais mal payé ?

J’attends les actes. Il faut donner les moyens financiers, matériels et humains de travailler. Là, on est en pleine crise, donc, c’est « quoi qu’il en coûte », toutes les vannes sont ouvertes. Je trouve cependant que Gérald Darmanin [ministre des Comptes publics] répète bien trop souvent que la Sécurité sociale va atteindre 41 milliards d’euros de déficit. Il est donc à craindre que ce soit pour nous dire, dans quelques semaines, qu’il va falloir faire des économies.

 

Dans votre travail d’aide-soignante, avant de devenir députée, avez-vous constaté la dégradation des conditions de travail et de soins ?

Oui, j’étais en Ehpad. Nous n’avions pas assez de matériel, pas assez de personnel. Je me suis battue pour que ça change. J’ai travaillé dans des Ehpad publics et en privé lucratif, où c’est encore pire.

 

Cette crise révèle la situation très difficile dans les Ehpad, où l’épidémie a fait des milliers de morts. Comment changer les choses ?

Suivre les préconisations du rapport parlementaire Fiat-Iborra rendu en mars 2018 ! [2]. Nous y disions qu’il fallait donner les moyens humains et matériels pour traiter dignement nos résidents, avec un ratio minimal de soignants, et qu’il faut trouver des solutions pour stopper cette maltraitance, qui n’est même plus institutionnelle, mais gouvernementale. Cela fait trois ans que je leur dis la réalité dans les Ehpad, cela fait deux ans qu’on leur a rendu ce rapport. Rien n’est arrivé. Aujourd’hui, c’est l’hécatombe. Je suis très en colère. Quand vous faites des erreurs sur un autre sujet, vous perdez peut-être de l’argent, ici, ça se compte en morts.

 

Sur la question des médicaments, des masques, des respirateurs, le projet d’une industrie publique du médicament et de la santé, et de sa relocalisation, est-il porté par la France insoumise ?

On le porte depuis la présidentielle. Pour avoir de quoi subvenir nous-mêmes à nos besoins. Dire que nous n’avons pas besoin de fabriquer nous-mêmes parce qu’ils le font très bien en Chine, on voit bien que cela ne marche pas. Nous ne sommes même plus capables d’être autonomes en médicaments, malgré tous les labos pharmaceutiques dont nous disposons. Beaucoup de gens, je pense, auront pris conscience dans cette crise que nous avions des usines qui fabriquaient des masques, qu’on les a fermées pour faire des économies parce que cela coûtait moins cher à fabriquer ailleurs. La crise sanitaire montre au contraire que ces économies coûtent cher en vies humaines. Peut-être qu’à l’avenir, nous ne serons plus regardés de la même façon quand on parlera de nationalisations, de produire local, de circuits courts.

 

Êtes-vous sceptique sur la perspective de déconfiner à partir du 11 mai ?

Je pense que le gouvernement fait encore une fois tout à l’envers. Le gouvernement dit « on déconfine » mais il n’a rien préparé. Cela met tout le monde en danger. Le gouvernement et le président sont entourés de plein de gens compétents qui, avec les parents d’élèves, les enseignants, les personnels soignants, les infirmières scolaires, peuvent travailler à l’organisation nécessaire, à ce qu’il faut mettre en place. Donner une date et ensuite réfléchir à comment faire, cela n’a pas de sens. Cela revient à la question de la confiance. Il faut dire la vérité. C’est aussi de la responsabilité politique d’assumer quand on ne sait pas. Ça ne sert à rien de faire de la langue de bois.

 

Au niveau politique, le travail continue pour les député.es ?

Au sein de la commission des affaires sociales, j’ai été nommée à nouveau co-rapporteure avec Monique Iborra [députée LREM] sur la gestion de la crise sanitaire dans le médico-social. Cela signifie beaucoup d’auditions, de visioconférences, avec les enfants à la maison [Les enfants de Caroline Fiat parlent et jouent en fond tout au long de notre entretien.]. Télétravailler avec des enfants, ce n’est pas simple, et jouer le rôle de l’enseignante en plus entre deux visioconférences non plus. Je le vis au quotidien. Je félicite les parents qui réussissent à faire cela.

 

(video https://www.youtube.com/watch?v=OVgEZ2tjZBk

Caroline Fiat, en septembre 2019 à l’Assemblée nationale, sur les mouvements des soignants dans l’hôpital public. )

 

Cette période où l’on réfléchit à ce qu’il faudrait construire pour le « monde d’après » semblerait propice à faire se rassembler les gauches, mais on voit des conflits, sur les réseaux sociaux, entre la France insoumise et EELV…

Je n’aime pas trop les expressions « union de la gauche », « rapprochement des gauches ». Souvent, dans l’hémicycle, nous défendons les mêmes amendements, les groupes, PC, PS et FI [Il n’y a plus de députés EELV à l’Assemblée nationale depuis 2017]. Je me dis il n’y a pas besoin de rapprochement, nous sommes sur les mêmes positions dans le travail parlementaire. Après une crise comme celle que nous vivons, ce serait bien de voir que beaucoup d’amendements nous rapprochent plus qu’ils ne nous divisent, mais ce n’est pas à mon niveau que cela se décide…

Au Parlement, nous nous trouvons face à un mur. La majorité est vraiment sectaire. Tant qu’une demande ne vient pas d’eux, elle ne passe pas. J’ai souvent alerté les élus de la majorité dans l’hémicycle sur la situation dans les établissements de santé, hormis se moquer parfois, ils n’ont rien fait. Je me suis énervée, il y a des vidéos que des militants ressortent aujourd’hui de mon quotidien dans l’hémicycle qui résonnent différemment avec la crise. De retour à l’Assemblée nationale, je ne sais pas si je serai plus écoutée, mais je serai plus combattante.

Recueilli par Rachel Knaebel

 

 

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