Retour sur les actions du 17 novembre 2020

Posté par elianguesard le 27 novembre 2020

domegourbizadparadispoiss

https://agir17.noblogs.org/post/2020/11/17/retour-sur-les-actions-du-17-novembre/

Sur la journée du 17 nov, le retour à la rue et la conjonction des fronts contre les intoxications

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Si les obstacles du moment ont occasionné un report d’un ensemble d’actions contre la réintoxication du monde, des mobilisations aux 4 coins du pays sont parvenues à percer les murs du confinement. Voici un retour sur un 17 novembre malgré tout riche en sorties, croisements et surgissements.
Pour minimiser les risques d’amendes et augmenter la participation, certains collectifs se sont parfois exceptionnellement organisés par le biais de manifestations avec demande d’autorisations préalables. 350 personnes se sont retrouvées en campagne au sud de Nantes pour faire obstacle à l’implantation d’une plate-forme géante Amazon. Sous la banderole : « JO-Paris 2024, intox et pillage de la Seine-Saint-Denis », des manifestant.es ont défilé dans les rues de Saint-Ouen et Saint-Denis jusque devant le chantier du Village olympique. A Sargé-le Mans, un rassemblement a eu lieu pour préserver 8ha de terres agricoles visées par l’agrandissement d’une zone commerciale. A Saint Cadou, Finistère, un chantier d’antenne 5G à été bloqué fiévreusement au petit matin avant une marche contre la réintoxication. A Gap, le collectif “adieu glacier 05” a établi un faux péage pour dénoncer la privatisation des biens communs par Vinci et consorts. A Montpellier, les ami.es de l’Ilot Vergne ex Friche de Mimi se sont retrouvés lors d’un déjeuner pour prendre en main l’avenir du terrain.
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Divers petits groupes se sont concentrés plus furtivement sur des détournements, apparitions, collages et affichages sauvages : un abribus a été rebaptisé “jardins de l’engrenage” puis redécoré devant la parcelle occupée depuis le 17 juin à Dijon, des “épouvantails en colère” se sont installés sur les jardins des Vaîtes à Besançon, des pochoirs “la croissance tue” se sont répandus dans le Maine-et-Loire et des affiches contre l’implantation d’un entrepôt logistiqueà Belin-Bélier en Gironde. Dans la Drôme, les Tulipes Sauvages ont implantés des banderoles contre la bétonisation qui menace les terres agricoles de la plaine de Chamarge. A Vitré c’est le château qui s’est vu recouvert d’un message contre le 2e contournement de la ville. D’autres ont imaginé diverses manières alternatives de faire apparaître leurs points de mire ce jour là : conférences de presse en ligne contre le projet routier RN88 en Haute-Loire, publications d’une cartographie des réalités toxiques et des luttes afférentes à Rouen, demande de moratoire en ligne sur le projet de zone commerciale Oxylane à Saint Clément de Rivière, soutien à une grève du climat en Alsace et à un peuplier noir multicentenaire dans la Marne, lettre ouverte aux aménageurs lillois, création du collectif “Stop EDF Mexique”  contre les projets éoliens coloniaux et destructeurs de l’entreprise EDF dans l’isthme de Tehuantepec, au Mexique…
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Mais le 17 novembre a par ailleurs été rythmé très fortement par toutes les protestations qui ont eu lieu ce même jour contre diverses autres formes d’intoxication sociales et policière, protestations qui ont permis à des milliers de personnes de se retrouver de nouveau ensemble dans la rue. Ce 17 novembre emblématique aura ainsi fait coïncider le second anniversaire du début du mouvement des Gilets Jaunes et le vote de la loi de sécurité globale, illustration brutale du renforcement des logiques répressives et de l’autoritarisme gouvernemental. La journée aura vu la poursuite de contestations étudiantes contre la loi LPR (programmation de la recherche). A Paris, en plus du croisement sur le pavé de ces divers enjeux, une grève illimitée des éboueurs parisiens s’est déclarée le même jour pour lutter contre des conditions de travail déplorables. Ce 17 novembre était aussi le 8e anniversaire de la “manif de réoccupation”, point de renversement face à l’”opération César” sur la zad de Notre-dame-des-Landes et le 37e anniversaire de la naissance de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) au Chiapas. Deux dates qui marquent chacune à leur manière la possibilité de mettre en échec des projets d’aménagement marchands destructeur du vivant et de maintenir des zones d’autonomie sur le long terme.
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Nous espérons bien que ce 17 novembre encore semi-confiné – avec ses relents d’un temps pas si lointain où gilets jaunes et mouvements climats battaient leur plein  – augure de la possibilité de trouver de nouvelles conjonctions à même d’enrayer l’intoxication des milieux vivants – humains ou non. Une nouvelle vague d’actions contre la réintoxication, pleinement déployée cette fois, s’élabore d’ores et déjà. Continuons à nous coordonner dans les rues, sur les zones industrielles, au coeur des bois et des champs !
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Un retour détaillé avec divers liens est  mis à jour sur le site : https://agir17.noblogs.org/
il y aussi divers publis avec d’autres photos sur la page fb : agir 17 novembre
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Le groupe de coordination du 17 novembre contre la réintoxication du monde

 Liste on espére exhaustive de l’ensemble des actions de ce 17 novembre 2020 : suite sur lien

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La pandémie est nucléaire

Posté par elianguesard le 25 novembre 2020

La pandémie est nucléaire rien

Philippe Oberlé, La pandémie est nucléaire

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article164126

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https://sniadecki.wordpress.com/202…

Dans un épisode (3 août 2020) de la série de vidéos « Il est temps » d’Arte, Jean-Marc Jancovici, ingénieur français diplômé de l’École Polytechnique, fondateur et président de The Shift Project – « le think tank de la transition carbone » – et associé fondateur de Carbone 4 – « premier cabinet de conseil spécialisé sur la transition énergétique et l’adaptation au changement climatique » – prétend que le nucléaire est « un amortisseur de la décroissance plus efficace que l’éolien ou le solaire ». Cette déclaration est à classer parmi les nombreuses absurdités défendues avec vigueur par les nuisibles et autres parasites proches du pouvoir cherchant par tous les moyens à maintenir l’ordre socio-économique et technologique dominant, même au prix de la vie sur Terre.

Qu’elle soit issue de l’éolien, du solaire, du nucléaire, du pétrole, du gaz, de la méthanisation, de la géothermie ou du charbon, la production d’énergie poursuit un seul et unique objectif : alimenter des machines et des usines, accélérer la marche et l’expansion du système techno-industriel anéantissant la biosphère. Le nucléaire a parfaitement rempli cette mission – la dévastation socio-écologique planétaire a d’ailleurs progressé au même rythme que le développement du parc nucléaire. Comme tout lobbyiste prenant la défense d’une industrie nuisible, Jean-Marc Jancovici nie l’évidence en affirmant que le nucléaire n’y est pour rien dans l’hécatombe globale.

À la manière des défenseurs de l’énergie dite « propre » (éolien, solaire, etc.), il a pris soin en amont de limiter le cadre du débat à la production énergétique et aux émissions de gaz à effet de serre. À les écouter tous, il est évident qu’aucun des partis ne semble investi d’une mission au service de la biosphère ou du climat. Il s’agit plutôt de préserver par tous les moyens possibles le système techno-industriel en substituant une production énergétique par une autre. Il n’est presque jamais question de la finalité de la production énergétique.

Si cette énergie fait fonctionner des machines ayant arraché 44 milliards de tonnes de minéraux non métalliques (sable, gravier et argile en majorité) à la croûte terrestre en 2017, soit cinq fois plus qu’en 1970, ce n’est pas bien grave. Peu importe que cette production massive d’énergie ait permis d’industrialiser le système de production alimentaire, un système si efficient qu’un tiers de la nourriture (1,3 milliard de tonnes) destinée aux humains est gaspillée chaque année. Peu importe que cette énergie alimente des usines d’où sortent automobiles et camions, porte-conteneurs et tankers, jets privés et avions de ligne, bulldozers et excavatrices, tanks, avions de chasse, porte-avions, blindés, munitions et missiles, sans oublier les emballages plastiques et autres déchets électroniques (smartphones, ordinateurs, objets connectés) déversant partout leurs toxines.

Dans ce cadre, présenter le nucléaire comme indispensable à une politique de décroissance paraît plutôt osé, pour ne pas dire complètement grotesque. Et il suffit de prendre du recul pour s’en rendre compte, par exemple en jetant un œil à l’évolution de l’industrie nucléaire à l’étranger. Conformément aux conseils avisés de Jean-Marc Jancovici, les dirigeants de l’Empire techno-industriel mondial ont prévu « d’amortir la décroissance » en construisant des centaines de réacteurs aux États-Unis, en Chine, en Europe, en Inde, en Arabie Saoudite ou encore en Russie. Plus sérieusement, la quatrième révolution industrielle est attendue comme le Messie par l’oligarchie réunie au sein du Forum Économique Mondial (FEM) tenant sa petite fête annuelle à Davos. Et cette révolution industrielle ne peut avoir lieu sans une augmentation continue de la production énergétique globale.

Selon Klaus Schwab, fondateur et président du FEM, la quatrième révolution industrielle est « la révolution numérique, née au milieu du siècle dernier. Elle se caractérise par une fusion des technologies qui gomme les frontières entre les sphères physique, numérique et biologique. »

Il poursuit :

« Des milliards de gens bénéficient de perspectives illimitées grâce aux appareils mobiles connectés, dont la puissance de traitement, la capacité de stockage et l’accès au savoir sont sans précédent. Ces perspectives sont encore démultipliées par l’émergence de technologies novatrices dans les domaines de l’intelligence artificielle, la robotique, l’Internet des objets, les véhicules autonomes, l’impression 3D, la nanotechnologie, la biotechnologie, la science des matériaux, le stockage de l’énergie et l’informatique quantique. »

Pour déployer partout ces technologies merveilleuses et intensifier leur usage [et la 5G ne peut qu’y contribuer ; NdE], il va bien falloir augmenter la production d’électricité. Heureusement, il y a le nucléaire !

Think-tank

Selon la World Nuclear Association, notre planète compte environ 440 réacteurs nucléaires en fonction dans 30 pays. Au niveau global, plus de 100 réacteurs sont commandés ou planifiés, et au moins 300 réacteurs supplémentaires sont proposés. La Chine et l’Inde devraient contribuer en majorité à cet « effort de guerre ».

D’après les rapports annuels de l’Energy Minerals Division (EMD) appartenant à l’American Association of Petroleum Geologists (AAPG) :

— L’Inde prévoit d’investir massivement dans l’énergie nucléaire pour la porter à 25% de son mix énergétique.

— La Chine exploite 38 réacteurs et en construit 25 en ce moment. D’ici 2030, le pays de l’oncle Xi Jinping ambitionne d’en construire 99 autres et envisage d’atteindre un total de 240 réacteurs à terme.

— La Russie construit 7 réacteurs, en moyenne un nouveau réacteur devrait entrer en service chaque année d’ici à 2028. Le pays construit également des réacteurs flottants sur les côtes de Sibérie et de l’Arctique, dont le premier a été mis en service afin d’alimenter en électricité la course à l’extractivisme dans le cercle arctique. Une technologie que la Russie espère exporter à l’étranger.

— Aux États-Unis, où 20% de la production électrique provient de 98 réacteurs nucléaires, deux nouveaux réacteurs entreront en service peu après 2021, et 24 autres ont été proposés.

— L’Arabie Saoudite prévoit de construire 16 réacteurs d’ici 2030.

— Le Japon améliore et remet en marche sa flotte de réacteurs malgré l’accident de Fukushima. Dans peu de temps, les autorités japonaises devraient commencer à déverser dans l’océan plus d’un million de tonnes d’eau radioactive ayant servi à refroidir les réacteurs de Fukushima.

— Coïncidence intéressante : États-Unis, Chine, Inde, Russie et Arabie Saoudite sont aussi les États qui concentrent 62% des dépenses militaires mondiales d’après L’Usine Nouvelle. Les apôtres de l’atome sont aussi des va-t-en-guerre, ça promet.

Mais ayons confiance, la classe dirigeante a déjà eu l’occasion à maintes reprises par le passé de nous démontrer qu’elle était tout à fait capable de garder le contrôle de la puissance destructrice à sa disposition.

Philippe Oberlé, 9 novembre 2020.

Article publié sur le blog Greenwashing Economy. https://greenwashingeconomy.com/la-…

Bertrand Louart Jean-Marc Jancovici, l’écolocrate nucléariste https://sniadecki.wordpress.com/201… Dans la série “pourritures nucléaristes”… mai 2012

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laFranceNucleaire

Voir aussi  Au revoir Giscard et merci pour les enfants

http://crasputas.canalblog.com/archives/2020/12/07/38694502.html

et Suite à la visite du Président Macron et de sa ministre de l’écologie au Creusot,
le 8 décembre 2020

COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF ARRÊT DU NUCLÉAIRE

http://collectif-adn.fr/2020/macron-au-creusot.html

 

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Le monde est complètement Trump

Posté par elianguesard le 3 novembre 2020

sisyphe

Dans la série (noire) « Le monde est complètement Trump » c’est à dire cinglé, voici trois textes bien marquants du moment

Fukushima, la pandémie nucléaire se répand

Ce n’est pas du Covid, donc l’information est passée quasiment inaperçue : le Japon déchargera en mer plus d’un million de tonnes d’eau radioactive provenant de la centrale nucléaire de Fukushima.

Le catastrophique accident de Fukushima fut amorcé par le tsunami qui, le 11 mars 2011, investit la côte nord-orientale du Japon, submergeant la centrale et provoquant la fusion des noyaux de trois réacteurs nucléaires. La centrale avait été construite sur la côte à seulement 4 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec des digues brise-lames de 5 mètres de haut, dans une zone sujette à des tsunamis avec des vagues de 10-15 mètres de haut. De plus il y avait eu de graves manquements dans le contrôle des installations de la part de Tepco, la société privée de gestion de la centrale : au moment du tsunami, les dispositifs de sécurité n’étaient pas entrés en fonction. Pour refroidir le combustible fondu, de l’eau a été pompée pendant des années à travers les réacteurs.

Cette eau, devenue radioactive, a été stockée à l’intérieur de la centrale dans plus de mille grands réservoirs, en en accumulant 1,23 millions de tonnes. Tepco est en train de construire d’autres réservoirs, mais au milieu de l’année 2022 ceux-là aussi seront pleins. Devant continuer à pomper de l’eau dans les réacteurs fondus, Tepco, en accord avec le gouvernement, a décidé de décharger en mer celle qui a été accumulée jusqu’à présent, après l’avoir filtrée pour la rendre moins radioactive (mais on ne sait pas dans quelle mesure) avec un processus qui durera 30 ans.

Il y a en outre les boues radioactives accumulées dans les filtres du site de décontamination, stockées dans des milliers de containers, et d’énormes quantités de sol et autres matériaux radioactifs.

Comme l’a admis Tepco même, particulièrement grave est la fusion advenue dans le réacteur 3 chargé avec du Mox, un mélange d’oxydes d’uranium et plutonium, beaucoup plus instable et radioactif. Le Mox, pour ce réacteur et d’autres aussi dans le pays a été produit en France (site Orano de Beaumont-Hague en Normandie, NDT), en utilisant des déchets nucléaires envoyés par le Japon.

Greenpeace a dénoncé les dangers dérivant du transport de ce combustible au plutonium sur des dizaines de milliers de kilomètres (voir note en fin de texte, NDT). Elle a dénoncé en outre le fait que le Mox favorise la prolifération des armes nucléaires, parce qu’on peut en extraire plus facilement du plutonium et, dans le cycle d’exploitation de l’uranium, il n’existe pas de ligne de démarcation nette entre usage civil et usage militaire du matériau fissible.

Jusqu’à présent dans le monde se sont accumulées (selon des estimations de 2015) environ 240 tonnes de plutonium à usage militaire direct et 2.400 tonnes à usage civil, avec lesquelles on peut cependant produire des armes nucléaires, plus environ 1.400 tonnes d’uranium hautement enrichi à usage militaire.

Quelques centaines de kilogrammes de plutonium suffiraient pour provoquer le cancer des poumons aux 7,7 milliards d’habitants de la planète, et le plutonium reste létal pendant une période correspondant à presque  dix-mille générations humaines.

Ainsi a-t-on accumulé un potentiel destructeur en mesure, pour la première fois dans l’histoire, de faire disparaître l’espèce humaine de la surface de la Terre.

Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ; les plus de 2.000 explosions nucléaires expérimentales dans l’atmosphère, en mer et sous terre ; la fabrication de têtes nucléaires  avec une puissance équivalente à plus d’un million de bombes d’Hiroshima ; les nombreux accidents avec des armes nucléaires et ceux dans les sites nucléaires civils et militaires, tout cela a provoqué une contamination radioactive qui a touché des centaines de millions de personnes.

Une partie des environ 10 millions annuels de morts du cancer dans le monde -documentés par l’OMS- est attribuable aux effets à long terme des radiations. En dix mois, toujours selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, le Covid-19 a provoqué dans le monde environ 1,2 millions de morts. Danger à ne pas sous-évaluer, mais qui ne justifie pas le fait que les mass media, notamment télévisées, n’aient pas informé que plus d’un million de tonnes d’eau radioactive sera déchargée en mer depuis la centrale nucléaire de Fukushima, avec comme résultat le fait que, entrant dans la chaîne alimentaire, elle fera ultérieurement augmenter les morts du cancer.

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Fukushima, dilaga la pandemia nucleare

Édition de mardi 3 novembre 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/fukushima-dilaga-la-pandemia-nucleare/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Photo en vedette : Une partie des plus de mille réservoirs d’eau radioactive, dans la centrale nucléaire de Fukushima

 

Note pour la version française.

“Le Mox pour les réacteurs japonais est produit en France, en utilisant des déchets nucléaires envoyés du Japon. Du site de retraitement Orano (ex-Areva) de Beaumont-Hague, en Normandie, le combustible au plutonium est transporté sur un millier de kilomètres par autocars au site Melox de Marcoule (Gard), où sont fabriquées les barres de combustible. Celles-ci sont de nouveau transportées au site de Beaumont-Hague pour organiser l’expédition. Les conteneurs sont ensuite transportés au port de Cherbourg et embarqués sur des navires qui, ayant à bord des hommes armés sur le pied de guerre, appareillent vers le Japon.

Greenpeace dénonce les dangers dérivant du transport de ce combustible au plutonium sur terre et par mer sur des dizaines de milliers de kilomètres, car personne ne peut prévoir ce qui se passerait en cas d’accident. Elle dénonce en outre le fait que le Mox favorise la prolifération des armes nucléaires, puisqu’on peut en extraire plus facilement du plutonium. Quasiment aucun gouvernement ne prête attention à l’alarme lancée par Greenpeace. Le gouvernement irlandais avait essayé en vain, en s’adressant en 2003 à la Cour d’arbitrage de La Haye, de faire fermer le site de retraitement de Sellafield en Angleterre : le site, dont se sert aussi le Japon, est source d’une dangereuse pollution radioactive de la Mer d’Irlande et de l’Atlantique Nord.

On n’a pas prêté non plus une grande attention à l’alerte, lancée en 2017 en France, par l’Autorité sur la sécurité nucléaire (ASN) concernant le site Areva (aujourd’hui Orano) de Beaumont-Hague. Selon l’ASN, la protection du site contre le risque d’explosion s’avère insuffisante. Le site concentre la plus haute quantité de plutonium et autre matériau radioactif en Europe. Un accident provoquerait des conséquences catastrophiques pour toute la région européenne”.

Extrait de :

Guerre nucléaire. Le jour d’avant. Qui nous conduit à la catastrophe et comment,

Manlio Dinucci (Zambon Editore), traduction M-A Patrizio, postface de B. Genet (Comité Comprendre et agir contre la guerre) à paraître aux Éditions Delga (Paris).

 

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

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sciencA

https://reporterre.net/Le-monde-d-apres-s-appelle-Revolte

Le monde d’après s’appelle Révolte

16 novembre 2020 / Hervé Kempf (Reporterre)

Qu’ils sont loin, les rêves du « monde d’après ». Aujourd’hui, tout est redevenu comme avant, en pire. Ecologie et justice sont oubliées, alors que le pouvoir réprime de plus en plus durement la jeunesse, tout en bouchant son avenir. Sous le couvercle du confinement, la colère bouillonne.

Qu’il est loin, ce premier confinement. Il nous avait pris par surprise, c’était une situation jamais vue, cette mise en suspens d’une partie du monde pendant quelques semaines. La crainte du virus était là, le boulot était pénible pour les travailleurs les plus précaires et ceux assurant les fonctions vitales de la société. L’anxiété du chômage surgissait pour d’autres. Mais il y a eu aussi pour beaucoup, la découverte du silence, du renouveau de la nature, un moment de respiration dans le grand chambardement du monde. Une certaine euphorie se faisait jour, dans l’espoir que de cette crise pourrait surgir un monde meilleur. On a rêvé du « monde d’après » : transports, agriculture, santé, économie — on allait tout reprendre dans le bon sens, tandis qu’associations, syndicats, personnalités multipliaient les appels et les listes d’idées pour « le jour d’après ».

Six mois plus tard, nous sommes « après » : en pleine deuxième vague de la pandémie, en confinement, sous la férule d’un gouvernement à la fois peu compétent et autoritaire, et observant en silence les nouveaux maîtres du monde se gaver, tel Jeff Bezos, le patron d’Amazon encore enrichi en centaines de milliards, ou le patron de Pfizer qui, dès l’annonce d’un potentiel vaccin, a vendu 60 % de ses actions pour profiter de son cours qui venait de bondir.

Force est de constater que rien ne bouge. Le vide des politiques sur la biodiversité et le climat est sidéral, alors que ce sont les domaines clés si l’on veut éviter que se répètent sans cesse de nouvelles pandémies et que l’on endure du fait du réchauffement des situations intolérables. Toute l’attention politique est focalisée sur la gestion à court terme de la pandémie, attendant un miracle d’un vaccin à venir — dont l’idée qu’il pourrait être mis à disposition comme un bien commun est abandonnée — et trépignant dans l’espoir de faire repartir la croissance. La question de l’écologie globale ? Celle des inégalités ? « On verra plus tard. » Et en attendant, on continue à détruire la biodiversité en multipliant les projets inutiles, et sans rien entreprendre ni pour limiter l’élevage industriel ni pour limiter la déforestation tropicale, les deux sources des zoonoses.

Le mépris de la jeunesse

Quant au climat, un sujet crucial permet de comprendre combien il pèse peu en France : celui de la rénovation énergétique. Nous lançons aujourd’hui une grande enquête à propos de cette politique aux bénéfices collectifs évidents : sa mise en œuvre permettrait d’économiser des milliards d’euros sur nos importations de pétrole ou de gaz tout en réduisant les émissions de CO2. Elle créerait des emplois pour des dizaines de milliers d’artisans, elle contribuerait à réduire la pauvreté. Mais alors que l’urgence est reconnue depuis des années (Grenelle 2007), on est toujours encalminés. Ses financements sont confus et dispersés, les artisans ne sont pas formés, les procédures administratives compliquées, le lobby nucléaire pèse pour freiner. Alors que la rénovation énergétique est un axe essentiel d’une vraie politique climatique, elle continue à patauger depuis plus de dix ans.

L’explication de cette paralysie — qu’il s’agisse de biodiversité ou de climat —, est la résistance obstinée de pouvoirs oligarchiques à tout changement réel. Ils préservent leurs intérêts et promeuvent leur vision du monde : croissance, productivisme, numérique — point !

Le plus grave est que leur inconséquence égoïste prépare un avenir noir aux jeunes générations, qui subiront de plein fouet les catastrophes écologiques si nous n’agissons pas urgemment. Cette inconséquence, d’ailleurs, témoigne d’un mépris pour la jeunesse, d’un monde de vieux riches qui veulent préserver leur confort moisi. Elle se traduit par une attitude incroyablement brutale à l’égard des enfants et des adolescents : on oblige les enfants à porter dès six ans des masques qui les étouffent, on matraque et gaze des lycéens qui demandent qu’un protocole sanitaire sérieux soit appliqué, on garde à vue des enfants de dix ans pour « apologie du terrorisme », on lance une enquête sur la Fédération des centres sociaux parce que les propos des jeunes n’ont pas eu l’heur de plaire à une secrétaire d’État. Et l’on prépare une loi de « sécurité globale » (discutée jour pour jour deux ans après la naissance du mouvement des Gilets jaunes) pour pouvoir réprimer encore plus brutalement et à l’abri des regards celles et ceux qui oseraient protester.

Ce pouvoir est ivre d’autoritarisme et dangereux. En mai, on expliquait ici que le monde d’après serait un champ de bataille. Le champ est encore vide, parce que le confinement pèse comme un couvercle de plomb sur l’énervement, l’anxiété, la colère qui bouillonnent contre l’impéritie des gouvernants, contre le désastre écologique et contre l’injustice insupportable. Contre l’asphyxie et l’avenir sinistre que préparent les dominants. Quand ce couvercle se lèvera enfin, il y a fort à parier que la colère se transformera en révolte. Elle sera légitime.

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https://www.partage-le.com/2020/11/16/hold-up-comme-dhabitude-complotisme-et-anticomplisme-passent-a-cote-de-lessentiel-par-nicolas-casaux/

Hold Up : Comme d’habitude, complotisme et anticomplotisme passent à côté de l’essentiel

Quelques remarques griffonnées à la va-vite au sujet de ce documentaire qui aura au moins eu le mérite de provoquer des discussions — avec l’aide de Simone Weil, et aussi de Jaime Semprun (L’Abîme se repeuple, 1996) :

« La domestication par la peur ne manque pas de réalités effrayantes à mettre en images ; ni d’images effrayantes dont fabriquer la réalité. Ainsi s’installe, jour après jour, d’épidémies mystérieuses en régressions meurtrières, un monde imprévisible où la vérité est sans valeur, inutile à quoi que ce soit. Dégoûtés de toute croyance, et finalement de leur incrédulité même, les hommes harcelés par la peur et qui ne s’éprouvent plus que comme les objets de processus opaques se jettent, pour satisfaire leur besoin de croire à l’existence d’une explication cohérente à ce monde incompréhensible, sur les interprétations les plus bizarres et les plus détraquées : révisionnismes en tout genre, fictions paranoïaques et révélations apocalyptiques. […] Le soupçon de manipulation générale est alors un ultime refuge, une façon commode de ne pas faire face à l’irrationalité totale de la décadence, en lui prêtant une rationalité secrète. »

Le complot, ça marche ; c’est apparemment un nouveau filon capitaliste. C’est rassurant de se dire qu’on tient l’explication, qu’on comprend, qu’on sait, que tout ce qui se passe relève d’un plan, qu’on n’est pas juste perdus, égarés dans les flots tempétueux, incontrôlés, incontrôlables, dépourvus de sens, d’une civilisation qui, depuis longtemps déjà, n’est plus qu’un insondable maelstrom. Même chose, donc, en ce qui concerne l’anticomplotisme.

Le documentaire Hold Up de Pierre Barnerias pose autant problème dans le fond que dans la forme — la musique dramatique, par exemple, permet à peu de frais de passer des banalités ou des fabulations pour d’incroyables révélations. On pourrait passer un certain temps à lister les erreurs factuelles et les mensonges qu’il colporte. Divers médias grand public ont déjà commencé à le faire (liens ci-après). Rappelons-en deux :

  1. Le documentaire suggère qu’étant donné que Bill Gates et les Rockefeller prévoyaient l’avènement d’une pandémie depuis plusieurs années, alors ils sont sans doute coupables de l’avoir provoquée. Mais d’innombrables scientifiques et aussi des écrivains et toutes sortes de gens nous avertissent à ce sujet depuis déjà des années ! Pas seulement Bill Gates et les Rockefeller, loin de là. Les pandémies accompagnent depuis déjà des siècles le développement de la civilisation. Ainsi que le souligne un article récemment publié sur le site de la célèbre chaîne états-unienne History : « Plus les humains devinrent civilisés, construisant des villes, établissant des routes commerciales entre elles, et menant des guerres les uns contre les autres, plus des pandémies devinrent probables. » Dans un récent article intitulé « Ce qu’il faut savoir sur les principales épidémies et pandémies », René Noto, président d’honneur de la SFMC (Société Française de Médecine de Catastrophe), explique : « L’histoire des civilisations connues par les fouilles archéologiques montre à l’évidence l’existence de maladies infectieuses et cette histoire est jalonnée par ces risques infectieux sans pour autant que l’on puisse avoir des informations précises sur le contexte épidémique de l’époque. » Il y en a déjà eu de nombreuses au cours de l’histoire de la civilisation, il y en aura d’autres. Rien d’étonnant. D’autant plus que la civilisation de notre temps est mondialisée, dotée de transports à grande vitesse, bien plus populeuse que celles du passé, etc.
  2. Il affirme que les zoonoses sont rares, ce qui est évidemment faux. « Les estimations varient, mais sur les mille quatre cents organismes pathogènes connus affectant l’être humain, entre huit cents et neuf cents sont des “zoonoses”, c’est-à-dire des infections issues d’hôtes non humains. » (James C. Scott, Homo Domesticus). Choléra, variole, oreillons, rougeole, grippe, varicelle et peut-être aussi paludisme, sont, entre autres, des zoonoses.

Outre des erreurs factuelles et des mensonges purs et durs, le documentaire affirme des choses discutables, sinon douteuses, par exemple en évoquant divers complots et/ou phénomènes de corruption dans plusieurs secteurs industriels (le secteur pharmaceutique, notamment). Le problème étant qu’il ne s’agit pas tant de corruption ou de complots que du fonctionnement normal et logique du système capitaliste — impératif du profit et règne de l’intérêt financier. Lequel s’apparente, de bien des manières, à « une élite qui comploterait contre les citoyens et notamment contre les pauvres », quoi qu’en pense France Culture (d’où ces magnats de la Silicon Valley plaçant leurs enfants dans des écoles sans technologie tandis qu’ils encouragent l’État à fournir des tablettes à tous les autres enfants, à rendre l’école toujours plus numérique, virtuelle). Cette incompréhension du fonctionnement élémentaire du capitalisme amène les anticomplotistes à nier la réalité — des intérêts divergents, voire opposés, entre classes sociales — autant que les complotistes à la méconnaître.

L’absence d’une démocratie véritable et l’existence de classes, d’une structure sociale hiérarchique, implique depuis des siècles l’existence de maîtres et d’esclaves, et ainsi « l’état perpétuel de guerre dans lequel tout maître est vis-à-vis de ses esclaves » (Pierre Samuel du Pont de Nemours en 1771, qui en savait quelque chose, dont le fils créera par la suite la société DuPont, aujourd’hui l’un des plus grands groupes industriels de chimie du monde).

Complotistes et anticomplotistes ont également en commun — outre de prétendre détenir la Vérité scientifique — de ne jamais souligner une des seules choses dont nous sommes à peu près sûrs, à savoir, comme le formulait Simone Weil (Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale), que :

« L’obstacle qui apparaît le premier est constitué par la complexité et l’étendue de ce monde auquel nous avons affaire, complexité et étendue qui dépassent infiniment la portée de notre esprit. Les difficultés de la vie réelle ne constituent pas des problèmes à notre mesure ; […] [l]es termes d’oppresseurs et d’opprimés, la notion de classes, tout cela est bien près de perdre toute signification, tant sont évidentes l’impuissance et l’angoisse de tous les hommes devant la machine sociale, devenue une machine à briser les cœurs, à écraser les esprits, une machine à fabriquer de l’inconscience, de la sottise, de la corruption, de la veulerie, et surtout du vertige. La cause de ce douloureux état de choses est bien claire. Nous vivons dans un monde où rien n’est à la mesure de l’homme ; il y a une disproportion monstrueuse entre le corps de l’homme, l’esprit de l’homme et les choses qui constituent actuellement les éléments de la vie humaine ; tout est déséquilibre. »

Ainsi, l’étendue de la division du travail et de la spécialisation qui sont au fondement de la civilisation industrielle font de « la science […] un monopole, non pas à cause d’une mauvaise organisation de l’instruction publique, mais par sa nature même ; les profanes n’ont accès qu’aux résultats, non aux méthodes, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent que croire et non assimiler. »

Par exemple :

« Les mathématiques constituent à elles seules un ensemble trop vaste et trop complexe pour pouvoir être embrassé par un esprit ; à plus forte raison le tout formé par les mathématiques et les sciences de la nature ; à plus forte raison le tout formé par la science et ses applications ; et d’autre part tout est trop étroitement lié pour que la pensée puisse véritablement saisir des notions partielles. Or tout ce que l’individu devient impuissant à dominer, la collectivité s’en empare. »

Dans une telle configuration sociale, la démocratie est inexistante et impossible, les antagonismes de classe sont inéluctables, le pouvoir est entre les mains de l’inertie de la machine technocapitaliste, qui ne peut être ni contrôlée ni réformée. Les dominants ne peuvent que faire la guerre aux pauvres. Et le système la guerre au monde entier. Il est absurde d’espérer contrôler (qui plus est, démocratiquement) ce qui n’est plus depuis longtemps déjà à la mesure de l’être humain — des mégalopoles gigantesques, des États-nations pires encore, de vastes et même internationales divisions et spécialisations du travail nécessaires aux techniques/technologies les plus élémentaires sur lesquelles repose toute la société industrielle, l’existence technologique moderne.

Dans l’ensemble, ce documentaire, qui mélange des réactions et remarques légitimes (hostilité envers certaines nouvelles technologies déployées de manière parfaitement antidémocratique, à l’image de tout le reste) à des affirmations ou croyances ridicules (« on a trouvé le coupable de la covid19 »), envoie son audience sur une fausse piste, à la recherche d’un complot ourdi par quelques terribles méchants (Gates, Rockeffeller, Schwab). Il n’examine en rien ni ne remet en question la technologie et ses implications, le capitalisme et ses implications, la civilisation et ses implications, l’armature du système sociotechnique mondialisé. Suite à son visionnage, est-on mieux armés pour affronter le désastre en cours ? Pas vraiment. Au contraire, on risque de se perdre dans diverses impasses à chercher pourquoi certains sont méchants, comment changer de dirigeants pour en avoir de bons qui respectent les démocraties présentes, etc., toujours les mêmes espérances absurdes et réformistes. Le complotisme, en effet, loin de mettre en lumière les problèmes que posent les structures sociales existantes, l’organisation générale de nos sociétés, les principes fondamentaux qui les régissent, se contente de blâmer — parfois à plus ou moins juste titre, parfois non — diverses conjurations de personnes jugées malfaisantes.

Il est aussi regrettable que les anticomplotistes s’empressent de conchier tous ceux qu’ils qualifient de « complotistes », de les traiter de tous les noms, de les dénigrer avec parfois un mépris de classe abject (je ne sais plus quel article mass-médiatique renvoie à un thread Twitter d’une personne affirmant que les complotistes sont des gens « moyens » (ne possédant pas de diplôme supérieur d’éducation, etc.) frustrés et idiots).

***

Je ne sais pas d’où sort le SARS-COV‑2, je ne sais pas si l’hydroxychloroquine fonctionne ou non pour le guérir, je ne sais pas si le port du masque est dans l’ensemble une bonne chose ou non, je ne sais pas s’il est utile ou non, et je m’en fous un peu. Ce « monde incompréhensible », avec ses « processus opaques », son « irrationalité totale », dont « les difficultés […] ne constituent pas des problèmes à notre mesure », ce « chaos planétaire qui, littéralement, défie la description » (Jaime Semprun), est inhumain, ne peut être qu’inhumain. Il est absurde autant qu’inutile d’essayer de le réformer, de le contrôler.

Pour l’essentiel, il est à détruire — au plus vite, afin d’endiguer sa destruction du monde naturel et son écrasement de l’humanité, afin d’éviter qu’il ne finisse par nous détruire.

« Toute cette évolution, par l’invraisemblable dépendance qu’elle organise, est venue renforcer la cohésion de la mégamachine, ce qui la rend encore plus irréformable que naguère et fait plus que jamais apparaître l’option révolutionnaire comme la seule raisonnable. » (La Lampe hors de l’horloge).

Il se pourrait que le seul moyen de retrouver la mesure — des sociétés à taille humaine, des technologies contrôlables par de telles sociétés, « des formes d’organisation techniques et sociales plus simples, plus à la portée de la maîtrise et compréhension de chacun » (Bertrand Louart) — soit de précipiter l’effondrement de la machine, malgré tout ce que cela implique.

***

QUELQUES ARTICLES QUI LISTENT DIVERS MENSONGES DU DOCUMENTAIRE (je hais les médias de masse ; de plein de manières, ils font partie des entités les plus nuisibles du moment, les plus responsables du désastre, de sa continuation, leurs critiques du documentaire sont toujours teintées d’un anticomplotisme qui correspond à une défense du statu quo, et/ou à une négation de problèmes bien réels, et souvent aussi d’un insupportable mépris des imbéciles qui font le peuple d’en bas qui ne comprend rien à la Réalité Vraie, à la Science et à la Civilisation ; cela étant, ils relèvent pertinemment certains mensonges flagrants du documentaire Hold Up ; pour autant, je ne considère pas que toutes leurs remarques sont exactes, certaines sont sans doute discutables) :

https://factuel.afp.com/non-la-famille-rothschild-na-pas-brevete-des-tests-de-depistage-du-covid-19-en-2015

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/covid-19–4‑fake-news-majeures-presentes-dans-le-documentaire-complotiste-hold-up_149107

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/12/covid-19-les-contre-verites-de-hold-up-le-documentaire-a-succes-qui-pretend-devoiler-la-face-cachee-de-l-epidemie_6059526_4355770.html

https://www.liberation.fr/france/2020/11/12/dix-contre-verites-vehiculees-par-hold-up_1805434

https://www.leparisien.fr/societe/covid-19-labos-masques-et-domination-du-monde-on-decrypte-hold-up-le-docu-qui-agite-les-complotistes-12–11-2020–8408046.php

Nicolas Casaux

 

 

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La honte du français actua

Posté par elianguesard le 24 octobre 2020

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Il y a la haine de l’occident parce qu’il y a la honte de l’occident

Il y a la haine du français parce qu’il y a la honte du français

https://www.mondialisation.ca/la-france-a-trouve-son-nouveau-dreyfus-il-sappelle-mohammed/5650494

La France a trouvé son nouveau Dreyfus, il s’appelle ‘Mohammed’

Le tapage et la surenchère médiatiques habituels suscités par l’assassinat du professeur Paty par un jeune tchétchène est révélateur de plusieurs choses qu’il faut rappeler :

1. l’esprit colonial – et donc raciste (n’ayons pas peur des mots) – d’une majorité des intervenants, tant au niveau politico-médiatique qu’au niveau de la population, est aussi affligeant qu’instructif ;

2. la dérive vers une fascisation de l’appareil d’Etat français se confirme par la prise de décisions toujours plus liberticides, répondant en cela à la demande d’une part de la population toutes tendances confondues ;

3. en-dehors de ce qui est publié sur lui, d’où sort ce jeune Tchétchène ? Qui est-ilvraiment ? ‘Décapiter’ un individu n’est pas simple, comment y parvenir sans entraînement ? Est-il un électron libre ou finira-t-on par apprendre qu’il était en lien avec quelque réseau comme celui des armes utilisées par A. Coulibaly lors de la fusillade à l’Hyper Cacher qui lui ont été délivrées par Cl. Hermant, ex-membre de la sécurité du FN, et ‘indic’ des douanes et de la gendarmerie ? Et, comme d’autres avant lui, que savait-il de gênant pour qu’il soit tué et non blessé – comme cela est pratiqué dans d’autres pays – afin de pouvoir mener une enquête avec le principal intéressé ?

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/02/au-proces-des-attentats-de-janvier-2015-l-indic-les-armes-et-le-chainon-manquant_6054462_3224.html)

Loin de plumes anonymes, petit relevé – très incomplet – de ce florilège nauséabond de la part de personnes en vue :

« Ils décapitent nos professeurs, nous on va enseigner l’arabe », écrit R. Ménard, maire de Béziers, ancien responsable de ‘Reporters Sans Frontières’, qui organise dans sa commune des campagnes publicitaires ignobles avec l’argent du contribuable, et dont le racisme cache mal de piètres notions de géographie : en Tchétchénie on ne parle pas arabe !

« Les femmes musulmanes qui portent le voile portent en réalité une arme sur la tête, il faut donc leur retirer le port d’arme ! », déclare l’aspirant ‘Reichführer’ Eric Ciotti, sur la chaîne Cnews où E. Zemmour condamné à plusieurs reprises pour propos racistes gardait son rond de serviette et où l’infatué G.W. Goldnadel appelle à la ‘vengeance’ sans aucune réaction de la part de la chaîne… ni du CSA ;

« Quand mon pays est attaqué, je suis là ! », annonce l’inénarrable M. Valls sur BFMtv… mais de quel pays parle-t-il, ce camé-léon qui tend la sébile pour se trouver une planque tant en Espagne qu’en France et bouffe à tous les râteliers !?

« Il faut immédiatement reproduire massivement toutes les caricatures de Charlie, les placarder sur tous nos murs pour faire taire les assassins. Ils peuvent tuer une personne, ils ne nous tueront pas tous », assène P. Bruckner, sioniste bien à l’abri du pays dans lequel il pérore, mais que tous ceux qui sont la cible des guerres de nos Etats – comme en Palestine – ne peuvent hélas reprendre en chœur, dès lors qu’eux, on les tue TOUS avec notre technologie mortifère et nos ventes d’armes aux pires régimes !

« Suite au drame des Yvelines, et pour maintenir la paix civile en France, Macron doit consulter les Français par référendum sur la politique migratoire qu’ils veulent », ose Fr. Asselineau qui réagit comme le troupeau en profitant de la sidération de la population. Politique de bas étage, comme les autres, finalement !

– « Moi, je pense qu’il y a un problème avec la communauté tchétchène en France », lâchera J-L. Mélenchon avant de rétropédaler, sauf que la sentence est lâchée, trahissant de la sorte le même fond de pensée que les autres.

« ’Aux armes citoyens… ils viennent jusque dans vos bras égorger vos fils et vos compagnes’… non, ce n’est plus virtuel, hélas ! Samuel Paty décapité. Colère. Réveillons-nous ! C’est presque trop tard. Stop à l’angélisme !! 100% des 267 victimes en France sont dues aux islamistes !! », tweete M. Habib, député, dont la déclaration est une incitation à la violence punissable par la loi… Mais, parlerait-il de ce qui se fait tous les jours en Palestine occupée et qu’il soutient au nom de son appartenance à la criminelle idéologie sioniste ?

– Je passe sur les ‘idiots utiles’ (Barbier, Pécresse, Bertrand, Lévy, Cazeveuve, Le Pen, Fillon, Val, Castex et autres hyènes attirées par l’odeur du sang pour nous livrer leur mantra fourre-tout d’‘islamo-gauchisme’ aussi vide de sens que ce qui leur reste d’un cerveau putréfié par le sionisme) pour reprendre le clou de l’affaire, signé par l’inculte Ministre de l’Intérieur : « Je vais proposer la dissolution du CCIF et de BarakaCity, des associations ennemies de la République. Il faut arrêter d’être naïfs et voir la vérité en face : il n’y a aucun accommodement possible avec l’islamisme radical. Tout compromis est une compromission ». Sauf que ce faisant, ce responsable politique semble passer outre les procédures démocratiques qui nécessitent au minimum un débat avant toute prise de décision dans ce qui prend l’allure d’une grave dérive autoritaire, s’ajoutant à toutes celles prises dans le cadre de la crise sanitaire.

Laissé en roue libre par ses supérieurs, il lui a fallu ajouter le lendemain sur un plateau : « Moi ça m’a toujours choqué de rentrer dans un hypermarché et de voir un rayon de telle cuisine communautaire »… Pas difficile de deviner de quelle cuisine il parle. Question subsidiaire : comment fait-il quand il a envie d’une pizza, d’un riz cantonnais, d’un couscous ou d’une paella ?…

Les amalgames sont à leur comble. Et comme figurait sur un panonceau : ‘Moquez les juifs, vous serez accusé d’antisémitisme ; moquez les femmes, vous serez accusé de sexisme ; moquez les musulmans, vous serez protégé par la Liberté  d’expression !’

Si les gouvernements successifs de la France avaient réellement le souci de protéger leurs concitoyens de l’islamisme, ils ne vendraient pas des armes aux régimes pourris que l’on sait, ni n’armeraient et ne financeraient les groupes djihadistes divers selon les terrains d’opérations.

Et je m’associe avec Mona Cholet quand elle souligne via Twitter : « Tous ces gens qui n’existent médiatiquement ou politiquement que grâce à la haine, au sang et au meurtre, qui s’y épanouissent, et qui voudraient nous faire croire qu’ils sont la solution face au terrorisme, alors qu’ils accélèrent seulement notre course vers l’enfer. »

Mais, relevons le défi de ce minable Ministre, et regardons donc la ‘vérité en face’, analysons le fond de ce qui est annoncé comme combat, ramené selon l’habituelle rengaine à la sacro-sainte ‘liberté d’expression’ reprise en chœur par les bien-pensants de tous bords en hymne à un professeur dont on peut se demander s’il n’y a pas d’autre approche possible pour aborder un tel sujet avec des enfants. Le pays est tombé si bas que cette ‘liberté d’expression’ en est réduite à des caricatures d’une publication d’un goût plus que douteux. La ‘liberté d’expression’ à la française y est résumée à de piètres dessins, qui eussent été classés ‘pornos’ s’il c’était agit de photos, représentant – désolé pour la vulgarité – des trous de culs, des couilles, des bites, des vagins, et j’en passe… qui n’ont pour autre objectif que de choquer, d’insulter, d’humilier certains compatriotes. Voilà ce que sont devenues les ‘Lumières’ dont la France se gargarise tant, et qu’elle voudrait désormais imposer comme étendard. Il y a vraiment de quoi être fiers !

Et quand on lit que ce genre de torchon devrait être placardé partout et proposé aux collégiens âgés pour certains de 12 ans ‘dès la rentrée’, on peut se poser de sérieuses questions sur ce qui anime l’esprit de tous ceux qui pensent ainsi – y compris au Ministère de l’Education nationale – sauf à rappeler le nombre incroyable d’abus sexuels sur mineurs (dont certains protagonistes sont régulièrement invités dans les médias) et aussi que le Ministre en cause fait l’objet de deux enquêtes pour viols – accusé dans la foulée de ‘trafic d’influence’ et de ‘conflit d’intérêts’. Et qu’on ne peut oublier les frasques des Mitterand, Chirac, Sarkozy, Hollande et plus récemment, de celle qui est devenue la 1è Dame de France après avoir initié une relation avec un mineur devenu Président de l’Etat. Sans passer sous silence le projet de loi que certains élus ressortent régulièrement pour abaisser la majorité sexuelle des jeunes… afin de pouvoir sans doute s’adonner à leurs fantasmes sans risque de poursuites ! D’un coup, on perçoit mieux l’image de cette France que d’aucuns veulent imposer à ceux qui à juste titre y résistent, et ne veulent pas que leurs enfants y adhèrent.

Suite aux attentats de 2015, dans la ‘Charte de la Laïcité à l’Ecole’ publiée avec tout le decorum que l’État y a mis, est stipulé en son point 3 : « La laïcité permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d’autrui et dans les limites de l’ordre public ». Force est de constater qu’on en est loin.  https://www.education.gouv.fr/bo/13/Hebdo33/MENE1322761C.htm

En réalité, les projets de ce cercle politico-médiatique pervers sont de plus en plus clairs : distraire tous les frustrés – et ils semblent être nombreux sous la ceinture  – de la Nation qui ainsi peuvent se lâcher dans une parole désormais ‘décomplexée’. En vérité, la France ne défend pas la ‘liberté d’expression’ d’ailleurs régulièrement censurée quand elle ne convient pas au gotha, elle promeut le droit à la pornographie dès le plus jeune âge, nuance !

Pendant ce temps, le gouvernement peut poursuivre ses plans sordides de privatisations généralisées jetant de plus en plus de citoyens dans la précarité. La stratégie est toujours la même : distraire la plèbe qui survit dans des conditions de plus en plus dures de par les choix politiques désastreux de ces gouvernements soumis aux financiers, en lui jetant à la tête un bouc émissaire lui servant d’exutoire. En son temps, ce fut Dreyfus. Aujourd’hui, ce sont les ‘Mohammed’ !

Pour tenter d’élever le débat sur ce tragique évènement, lisez plutôt :  https://blogs.mediapart.fr/jamel-dean/blog/181020/qui-tue-samuel-paty

Daniel Vanhove

23.10.20

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voir autres articles

https://acta.zone/loccident-et-les-djihadistes/

https://reporterre.net/Islamo-gauchisme-et-capitalo-fascisme

https://www.legrandsoir.info/l-amour-fou-de-la-france-et-du-djihad-sanglant-boomerang.html

https://www.legrandsoir.info/samuel-paty-et-l-arabie-saoudite.html

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parmi ceux du type exemplaire de l’homme Massimo Bonfatti

Posté par elianguesard le 5 octobre 2020

https://aipri.blogspot.com/2020/09/hommage-massimo-bonfatti-mondo-in.html

Hommage à Massimo Bonfatti. (Mondo in cammino)

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Notre noble et chaleureux ami Massimo Bonfatti, fondateur et président de l’association anti-nucléaire «Mondo in Cammino»https://www.mondoincammino.org/,

s’est éteint. Son cœur affaibli, par le césium respiré ici sous retombées et là-bas sous re-suspensions nous lança-t-il un jour, l’a abandonné ce 1 septembre 2020 alors qu’il se trouvait en Sardaigne pour une courte vacance avec sa famille avant de repartir en Biélorussie aux alentours de Chernobyl, « For children, for the future. Per un mondo nuke free e di pace».  Fondée sous ses auspices en 1998 avec le nom de «Progetto Humus»  pour porter une aide agro-alimentaire qui garantisse une nourriture saine aux villageois laissés pour compte des territoires « ex soviétiques » contaminés suite à la catastrophe de Tchernobyl,  son association solidaire a peu à peu étendu son camp d’action à la didactique de la radioprotection, au social, à l’instruction, à la santé et au respect des droits de l’homme.

Massimo Bonfatti est né en l’année atomique 1953 où 723 kt de radiotoxiques réduits en poussières fines respirables furent éparpillés dans l’atmosphère par 18 bombes atomiques. Originaire de l’Emilie, il résidait depuis longtemps à Carmagnola dans le Piémont où il avait fonction d’infirmier en chef à l’hôpital San Lorenzo jusqu’à sa toute récente retraite. Engagé dans le volontariat dès son plus jeune âge, adulte il s’est concentré sur les conséquences des retombées radioactives de Tchernobyl jusqu’à devenir une voix de la société civile en la matière et faire de son site une référence documentaire unique en Italie. En 15 ans d’incessante activité, conscient du défi pour sa propre santé mais fort de son indéfectible conviction humaniste et de sa connaissance du russe et de l’ukrainien, il a effectué de très nombreuses missions d’assistance dans les zones passablement contaminées d’Ukraine et de Biélorussie constatant chaque fois de visu la douloureuse ampleur de ce désastre sanitaire sans fin laissé en héritage par les retombées radiotoxiques de 1986 que l’on s’empresse depuis de nier à tout prix. Il a en outre mis en oeuvre des projets intercommunautaires dans un Caucase déchiré par les conflits interethniques ce qui lui a récemment valu avec son équipe de paix d’injustifiables menaces de mort au Donbass.
Personnalité internationale de la société civile engagée tant sur le plan atomique que des droits de l’homme, Massimo Bonfatti avait tissé une amitié  personnelle avec Yuri Bandazhevsky, Vera Politkovskaya, Akhmed Gisaev (militant tchétchène des droits de l’homme victime de la torture), Shakhman Akbulatov (directeur du Mémorial Grozny, exilé en France), Arkadi Babchenko (écrivain), Dmitri Florin (journaliste russe exhilé en Finlande), Ella Keseva (association des victimes de Beslan), Svetlana Gannuskina (présidente de l’association de Grosny « Sauvons notre génération » assassinée en 2009).
         Massimo Bonfatti n’est plus. Mais sur la voie qu’il a contribué à tracer d’autres cheminent déjà et d’autres chemineront encore remplis de sa débordante humanité.

 

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Vous reprendrez bien un verre d’uranium appauvri

Posté par elianguesard le 3 octobre 2020

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2020/09/10/radioactivite-larmee-francaise-a-merde-le-4-septembre-2020-thierry-lamireau/

RADIOACTIVITÉ: L’ARMÉE FRANÇAISE A « MERDÉ »

LE 4 SEPTEMBRE 2020

 

 

poisonedpower

 

 

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2020/08/15/explosions-a-beyrouth-analyse-dun-rien-plouc-provincial-francais-lamireau-thierry/

EXPLOSIONS Á BEYROUTH: ANALYSE D’UN RIEN PLOUC PROVINCIAL FRANÇAIS (LAMIREAU Thierry)

 

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Le néocolonialisme d’ENGIE au Brésil

Posté par elianguesard le 19 septembre 2020

Le néocolonialisme d’ENGIE au Brésil rienanticolo2018pp

https://mrmondialisation.org/engie-…

Engie pourra bientôt détruire les dernières forêts d’Araucarias au Brésil

C’est un cri d’alerte lancé par l’association brésilienne OJC (l’Observatoire de Justice et Préservation) https://www.justicaeco.com.br/en/ que Mr Mondialisation relaie pour éviter un écocide : la destruction de la dernière Forêt d’Araucarias au Brésil. Une forêt menacée par Engie qui, après avoir remporté un douteux appel d’offre, envisage d’y installer plus de 1 000 km de lignes de transmission d’énergie supportées par de gigantesques tours. Si le projet devait aboutir, la faune et la flore de la région seraient dévastées.

Des chercheurs qui évaluent les procédés d’installation d’Engie affirment que depuis 20 ans de travail, ils n’ont jamais fait face à un processus d’appel d’offre si fallacieux, remporté de façon si rapide. L’appel d’offre remporté en temps record éveille des soupçons.

La multinationale franco-belge Engie est prête à commettre un crime environnemental odieux au Brésil. L’entreprise compte installer une énorme ligne de transmission d’énergie, produisant des effets catastrophiques dans un milieu de nature rare au Brésil. Le terrain affecté comprend des zones préservées et classées, présentant une grande diversité de faune, de flore et de sites archéologiques.

La construction envisagée par Engie passerait par plus de 500 kilomètres, dans 27 municipalités du Sud du Brésil, atteignant plus de deux mille propriétés. L’impact prévu peut compromettre 655 hectares de milieu naturel, qui comprennent des Sites Préservés, des Unités de Conservation et Zones Classées – de Préservation Permanente, « A.P.P. » Contrairement à d’autres biomes brésiliens comme la forêt amazonienne, où il y a encore une grande superficie préservée, ce méga projet affecterait les dernières forêts d’Araucarias et les derniers champs naturels du Brésil. La région d’extraordinaire valeur, du point de vue de la biodiversité, du paysage et du tourisme, fut appelée « le paradis sur Terre « , par le botaniste et naturaliste français Auguste de Saint Hilaire.

Au total, 1069 tours de transmission d’énergie électrique pourront être installées par Engie, ce qui provoquera la destruction de la rare végétation naturelle, la mort des animaux, la dégradation du sol et la perte des richesses archéologiques. L’implantation des tours sera un risque énorme pour les petits producteurs ruraux, qui perdront leurs terres, seront soumis à des risques de santé et risques dus aux incendies. La forêt d’Araucarias et les champs naturels sont deux écosystèmes associés au biome “forêt atlantique”, de riche diversité, et qui est très menacé. Il ne reste qu’un pour cent de ces zones en bon état de préservation. Il est également important de rappeler que ces tours de transmission d’énergie auraient des dimensions inédites au Brésil, quelques unes pouvant atteindre 78 mètres de hauteur. Le coût du projet est estimé à 400 millions de dollars et compte sur le financement d’une banque publique brésilienne, la B.N.D.S. – Banque Nationale de Développement Économique et Social.

Des Araucarias centenaires ont été abattus par Engie, en pleine période de reproduction, en mai dernier, près de Curitiba, la capitale de l’État du Paraná. Cette espèce d’arbre, ainsi que la forêt où elle vit, sont protégées par la loi depuis 1976, car elles sont menacées. D’après la loi, « il est strictement interdit de couper les Araucarias adultes, pendant la saison de chute des semences, c’est à dire durant les mois d’avril, mai et juin ». Engie n’a pas respecté la loi. L’entreprise a réussi à avoir une Autorisation d’Installation, Implantation du projet – » A.I. ».

Des préjudices écologiques incalculables

L’installation des tours géantes détruira le paysage et l’environnement de plusieurs localités, spécialement de la Zone de Protection Environnementale ( » A.P.A. ») de l’Escarpement Dévonien. Une superficie où se trouvent les champs naturels, la forêt d’Araucarias et de grands murs rocheux. Le nom « Escarpement Dévonien » est dû aux roches formées à la période dévonienne, il y a 400 millions d’années, qui composent le paysage,. Un patrimoine géologique de valeur inestimable.

La région de l’Escarpement Dévonien comprend 392 mille hectares de trésors archéologiques, de faune et de flore uniques. C’est une région encore préservée, utilisée de manière limitée, qui permet une gestion durable de l’environnement. C’est aussi là où se trouve le magnifique parc de l’état de Vila Velha, qui abrite des formations rocheuses d’une beauté inouïe et qui accueille 70 000 visiteurs par an. L’installation des tours de l’entreprise Engie compromettra la beauté locale et aura un impact extrêmement néfaste sur l’identité et le tourisme de la région.

L’installation des tours compromettra la vie d’approximativement 30 communautés traditionnelles indigènes et afro-descendantes qui ont toujours habité la région.

Les chercheurs ont pu vérifier que le processus d’appel d’offre a été fait de manière très superficielle et ne tient pas compte des aspects généraux, tels que le nombre de familles qui y habitent, leur situation socio-économique et les voies d’accès. Le diagnostic réalisé par Engie ne présente pas les conditions nécessaires pour évaluer l’impact que ces tours auront sur le mode de vie des communautés. De plus, l’appel d’offre ne tient pas compte d’approximativement 400 kilomètres de route d’accès aux tours et leur impact sur la région et ses habitants. L’installation

Les autorisations environnementales pour l’installation des tours ont été délivrées en octobre 2019 et en février 2020, par l’actuel Secrétaire au Tourisme au Développement Durable de l’Etat M. Marcio Nunes, qui a été dénoncé par des procès pour menace au patrimoine naturel. Des chercheurs qui réévaluent le projet Engie ont affirmé n’avoir jamais vu, depuis 20 ans de travail, un processus d’appel d’offre aussi trompeur et obtenu de manière si rapide.

La procédure de concession de licences à la multinationale Engie est marquée par des authentiques traits de colonialisme en plein 21ème siècle, par le manque de transparence, par des actes antidémocratiques qui ont précédé les licences et les autorisations et la connivence totale du gouvernement local.

L’Observatoire de Justice et Préservation a demandé une étude à une équipe de neuf chercheurs, professeurs et spécialistes d’impact environnemental au Brésil, l’analyse a révélé les risques du projet. L’Observatoire de Justice et Préservation agit pour la protection de la biodiversité du Sud du Brésil, contre le manque de transparence et les pratiques de corruption qui fragilisent la nature.

L’analyse a été coordonnée par des scientifiques de l’Université Fédérale du Paraná, qui ont évalué les Études d’Impact Environnemental de l’installation des lignes de transmission. L’équipe scientifique a conclu que les études présentent divers problèmes concernant le respect de la législation en vigueur.

Les Termes de Référence, les documents qui informent les lignes directrices suivies pour élaborer l’Étude d’Impact sur l’Environnement, ne font pas partie de la procédure d’autorisation environnementale. Ces Termes ce sont des documents publics et doivent être accessibles à tous.

En outre, l’étude présentée par Engie aux autorités compétentes ne présente pas non plus une cartographie des sources des rivières ni des aires inondables. L’écosystème de ces régions est extrêmement fragile et dynamique, l’étude d’Engie n’évalue pas la dynamique des zones humides, qui disposent de faune et flore spécifiques.

Les scientifiques, chercheurs et experts qui ont travaillé pour l’Observatoire de Justice et Préservation ont mis en évidence que les diagnostics environnementaux dans l’Étude de l’Impact sur l’Environnement présentée par Engie sont superficiels et n’établissent pas de relations entre les divers éléments du milieu entre eux ni avec l’entreprise.

Archéologie menacée

Dans la région où doivent être installées les lignes de transmission d’Engie, on a identifié 46 Sites Archéologiques, 32 Occurrences Archéologiques Isolées et 4 Sites Historiques d’Intérêt Archéologique. En plus du travail accompli par les experts de l’Université Fédérale du Paraná, un groupe de chercheurs de l’Université de l’État de Ponta Grossa a réalisé des travaux de chantier de prospection spéléologique dans le site du projet. Le groupe a identifié récemment 10 nouvelles cavernes souterraines qui possèdent une faune et une flore spécifiques. D’autres cavernes doivent être identifiées, la région présente un immense potentiel archéologique.

Le groupe de chercheurs de l’Université de Ponta Grossa alerte sur le fait que les lignes de transmission représentent un haut risque sur les cavités naturelles existantes et que l’entrepreneur n’a pas considéré cet aspect pourtant très important du patrimoine naturel mondial dans son Étude d’Impact sur l’Environnement. Au total, 31 nouvelles cavités naturelles souterraines ont été identifiées, dans la zone d’influence directe des Lignes de Transmission. Les cavernes ont des trésors archéologiques extraordinaires, elles doivent être étudiées et préservées. Engie devrait suivre les recommandations de préservation et respecter les communautés locales

Les Études d’Impact sur l’Environnement réalisés par Engie affirmaient que les fonds pour l’implantation du projet viendraient de l’investissement de l’entreprise elle-même. Pourtant, la multinationale négociait en même temps le financement du projet avec la Banque Nationale de Développement Économique et Social – B.N.D.S. Le contrat 202006311 a été établi le 30/03/2020 ayant la valeur de R$ 1.480.641.000,00 – presque un milliard et demi de Reals (231779906,08 Euros).

La Banque BNDES est signataire des Normes de Performance en Matière de Durabilité Environnementale et Sociale de l’I.F.C. – International Finance Corporation, de la Banque Mondiale, qui a établi les lignes directrices de risque et d’impact environnemental et social au responsable de l’implantation et de l’opération du projet – ce qui doit être fait pendant la période de l’investissement fait par I.F.C. Les actions d’Engie devraient donc respecter les recommandations de la Banque Mondiale, ce qui n’est pas fait. Le groupe Engie

Engie est une multinationale française présente au Brésil depuis 20 ans. L’opération de l’entreprise au Brésil représente la deuxième plus grande recette de la multinationale. Engie s’appelait antérieurement Tractebel Énergie et a construit l’Usine Hydroélectrique de Jirau sur la rivière Madeira, dans l’Etat de Rondônia, dans le Nord du Brésil. En 2010, Engie a été candidate à avoir le « Public Eye Award », un anti-prix attribué à l’entreprise ou à l’organisation la plus irresponsable dans les domaines des droits humains et de l’environnement dans le monde. En effet, Engie a été accusée par des organisations environnementales de ne pas respecter les normes de protection environnementale et ignorer les droits humains des populations indigènes, menacées par la construction de l’usine hydroélectrique.

En 2002, Engie a retiré US$ 1 milliard d’une usine australienne avant l’installation de la taxe carbone en Australie. L’entreprise française a transféré ce montant en dividendes d’Australie et l’a transféré de nouveau aux entreprises de contrôle au Royaume Uni. Le schéma a reçu le nom de » Projet Saumon » en référence à la capacité de ce poisson de revenir sur son lieu de naissance, exactement comme ces intérêts étaient prêts à le faire.

Des détails complexes de ces transactions figuraient dans les « Paradise Papers » en 2017, une fuite de plus de 13,4 millions de documents confidentiels au journal allemand « Suddeutsche Zeitung », investigués par l’équipe de « Four Corners » de l’A.B.C. en partenariat avec le Consortium International de Journalistes d’Investigation.

En 2015, l’agence de nouvelles Reuters a diffusé l’ouverture d’une investigation pour vérifier la possible violation des lois anticorruption des Etats-Unis et du Brésil, par l’entreprise publique Eletrobrás et la construction de l’Usine Hydroélectrique de Jirau, dont Engie était responsable.

Aidez-nous à arrêter l’écocide d’Engie / Help us stop Engie´s eco

https://www.youtube.com/watch?v=sKn…

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De l’inégalité

Posté par elianguesard le 7 septembre 2020

soleil

https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/de-linegalite-des-vies-lecon-inaugurale-de-didier-fassin

Pourquoi la vie n’a-t-elle pas la même valeur partout et pour tous? Comment rendre sa dignité à une vie? Que représentent les inégalités sociales de santé? s’interroge Didier Fassin, qui analyse comment les maladies sont « un puissant déterminant et un impitoyable révélateur des inégalités des vies ».

Quand a-t-on découvert que la durée de vie moyenne, dépendait des circonstances sociales et que la disparité entre pauvres et riches coïncidait avec l’accroissement des inégalités devant la vie ? demande Didier Fassin dans sa leçon inaugurale.

La question fondamentale de l’inégalité des vies

 

 

En s’appuyant sur des expériences et des conditions de vie diverses, comme celles des femmes, des Noirs aux Etats-Unis, des migrants, Didier Fassin analyse sur trois continents, en France, au Sénégal, en Afrique du Sud, en Équateur ou encore aux États-Unis, la valeur biologique, éthique et politique accordée à la vie dans les sociétés contemporaines.

 

 

« Je me rendais compte que l’outil médical était insuffisant parce que la médecine donne un accès pauvre à la relation humaine et ne permet pas de réfléchir politiquement aux inégalités constatées sur le terrain, racontait-il en 2010. »

« L’inégalité d’espérance de vie est avant tout la conséquence du cumul des inégalités dans la société. L’exemple le plus probant en est certainement les Etats-Unis, dont les dépenses de santé par habitant sont de loin les plus élevées de la planète. Plus du double de celle de la France. Mais dont l’espérance de vie des habitants les placent seulement au 34e rang mondial, derrière Cuba et le Chili ».

 

 

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L’hommage de Djamila Boupacha à Gisèle Halimi

Posté par elianguesard le 1 août 2020

https://www.elwatan.com/edition/actualite/lhommage-de-djamila-boupacha-a-gisele-halimi-ce-netait-pas-seulement-mon-avocate-cetait-ma-soeur-30-07-2020

L’hommage de Djamila Boupacha à Gisèle Halimi : «Ce n’était pas seulement mon avocate, c’était ma sœur !»

C’est une femme chaleureuse, avec ses coups de cœur et ses priorités, portées sur sa famille. Efficace et charismatique, Djamila Boupacha, qui vient tout juste de sortir de l’hôpital, pour cause de Covid-19, a été profondément touchée par la disparition de sa sœur, Gisèle, à laquelle elle voue respect et reconnaissance. Oubliant son confinement auquel elle est astreinte, elle ne pouvait pas ne pas, en ces moments douloureux, intervenir, pour dire l’affection qu’elle porte à sa vieille amie disparue.

«C’est un grand pan de ma vie qui s’en est allé. Gisèle a été non seulement mon avocate, mais une grande sœur, sur qui je pouvais compter. Elle m’a assistée dans les moments les plus difficiles, surtout dans les prisons de France où je n’avais personne sur qui compter. Gisèle a risqué sa vie pour me défendre et défendre l’Algérie.Aujourd’hui, je perds cette grande sœur, qui restera à jamais dans mon cœur. Je présente à ses enfants Jean-Yves et Serge Halimi, ainsi qu’à leur frère Emmanuel Faux, que j’ai connus bébés, ainsi qu’à toute la famille de Gisèle mes condoléances les plus attristées. A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.»

L’injustice, Gisèle l’a découverte toute enfant, à 10 ans, quand elle a su ce que veut dire souffrir pour ses jeunes camarades tunisiens, marqués par la faim et la misère. «Ce sont des séquences affreuses que j’ai gardées dans ma mémoire pour l’éternité», répétait-elle souvent. De ces blessures et des vicissitudes de la vie, elle ne perdra ni ses convictions tranchées de justice et d’égalité, enracinées dans le terreau familial, ni cette forme de candeur dont elle ne se départira jamais, entretenue, dans son exercice ardu d’avocate et surtout de militante politique.

Pour avoir vécu la politique, (elle a été députée) de si près, et en avoir souffert, Gisèle avait choisi le terrain, plutôt que les ors de la République. Aux airs grandiloquents, elle avait préféré les gens défavorisés, ceux laissés sur les bas-côtés et les opprimés.

Avec ses joutes oratoires et ses élans de cœur, Gisèle a su bousculer les conformismes. Bien sûr, elle en a agacé plus d’un avec ses certitudes et cette bonne conscience, qui n’a jamais été effleurée par le doute.

C’est pourquoi on ne saurait mettre en cause ni sa sincérité, ni son indignation, ni son courage qui sont «tout autant loués qu’enviés, par les hommes, parmi ses confrères des barreaux», confesse son ami le grand poète Aragon.

 

-Qu’est-ce qui explique votre longue absence ?

Comme vous le savez, je suis de nature discrète. Seulement, ces derniers temps, je n’ai pas échappé à la contamination. J’ai été victime de ce maudit virus, ce qui m’a valu plusieurs jours d’hospitalisation. El hamdoullah, j’en suis sortie et je suis astreinte actuellement à un confinement strict. Ce qui explique ma réaction tardive à la disparition de Gisèle.

-C’était votre avocate et votre amie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je l’ai connue lorsque elle a pris en charge mes dossiers. Mais elle ne pouvait pas assister à mes procès, car on m’isolait toujours la veille de ma comparution. Elle déléguait ses adjoints. Ainsi en était-il de Me Guarigue. Lorsque les ultras ont su que c’était lui mon défenseur, ils l’ont assassiné à Alger. Alors que j’étais détenue à la prison Barberousse, il y avait un autre avocat, Me Matarac, qui devait plaider ma cause. Les irréductibles de l’OAS l’ont cueilli à l’hôtel Aletti, l’ont mise dans un petit avion pour la France. C’est ainsi que je me suis retrouvée seule au tribunal militaire de Cavaignac. Après cela, Gisèle, hors d’elle, a fait tout un boucan en France, avec Jean-Paul Sartre et Simone Veil, notamment. Ils sont allés voir le président de la Commission de sauvegarde pour lui parler de la torture et des multiples exactions commises. Il y avait des tracts qui dénonçaient les dépassements commis en dehors de la loi. C’est ainsi que le jour de mon procès, un télégramme circulait parmi les magistrats, qui ont in fine reporté le procès, invoquant un complément d’informations.
Une autre fois, Gisèle m’a informée de ses inquiétudes à propos de documents qui avaient disparu de mon dossier. Je prenais toujours la précaution d’en faire des doubles.

-Parlez-nous de votre incarcération. N’y avait-il pas des dépassements ? Et comment ?

Normalement, il n’y avait que le juge d’instruction habilité à nous interroger. Or, il y avait des gardes mobiles à l’intérieur de la prison, dans le bureau du directeur, qui se permettaient d’interroger les incarcérés. Ce qui n’était pas normal ! Gisèle m’avait dit : «De la sorte, ils veulent te faire sortir hors de prison pour t’exécuter selon le procédé corvée de bois.» A Paris, Gisèle s’est attelée à constituer un comité pour ma défense et a demandé à ce que je sois transférée en France. Ici, le garde des Sceaux a dit : «Si vous le voulez, vous devez payer les frais du voyage.» Le comité s’est mobilisé avec beaucoup de personnes pour collecter l’argent. Au bout de quelques jours, il manquait une certaine somme. C’est le maire de Fort de France, le célèbre poète martiniquais Aimé Césaire qui a complété la somme restante pour que je puisse voyager en France. C’est comme ça que j’ai été transférée, dans un petit avion militaire, jusqu’au Bourget, et de là, on m’a mise à la prison de Fresnes pendant quelque temps. Ensuite, j’ai été transférée à Pau avec d’autres sœurs, Djamla Bouazza, Allah yerhemha, Djamila Bouhired, Zhor Zerrari, Nadia Seghir, Zhor Bitat, Bahia Kheloui, Jacqueline Guerroudj, Danielle Mine, Yemma Zoulikha…

-Comment avez-vous vécu la libération, la fin du calvaire ?

Quand je suis sortie de prison, je ne savais pas où aller. Je suis partie chez Gisèle, qui habitait au 11 rue de Belsunce dans le 11e arrondissement, près de Barbès. Des Algériennes progressistes, les Maureuil, m’avaient invitée chez elles et m’ont même demandé de m’inscrire à l’Ecole internationale de Genève. Je ne pouvais y aller, car le combat n’était pas terminé et l’OAS sévissait toujours
De là, on est partis avec Gisèle chez nos frères du FLN à Paris, précisément à la Frimade, leur lieu de rencontre. Les frères n’ont pas voulu me laisser partir, m’intimant l’ordre de rester avec eux, tout en me rassurant de récupérer mes affaires chez Gisèle, jusqu’à l’indépendance.

-Pouvez-vous nous tracer les grands traits de Gisèle et qu’est-ce qui la différenciait des autres ?

A mon égard, Gisèle était très attentionnée. Elle venait souvent me voir. Même avec le directeur de la prison de Fresnes, elle s’est débrouillée pour que ma famille et mes proches puissent venir me voir. Sans compter les facilitations pour les colis. Ainsi,
Mouloud Feraoun m’avait envoyé des cadeaux.

J’ai reçu les visites de Germaine Tillion, la célèbre anthropologue des Aurès, Amar Ouzeggane, dirigeant communiste. Pour revenir à Gisèle, tout le monde sait qu’elle était une défenseuse acharnée, qui a défendu la cause jusqu’au bout. D’ailleurs, j’ai assisté, personnellement, lorsque Gisèle a réuni des militantes pour débattre du cas de la fille violée, qui était l’étincelle qui allait susciter un brasier. Et la criminalisation de cet acte abject c’était la première victoire de notre téméraire avocate. Et il y a eu le droit à l’avortement qu’elle a arraché après des batailles épiques.

Ce qui n’a pas été mis en évidence dans son parcours à cause d’une presse partiale et pro-sioniste, c’est son combat ininterrompu pour la cause palestinienne qu’elle a épousé au départ. Elle en a été une farouche défenseuse, convaincue de la justesse de cette cause. D’ailleurs, elle a défendu le célèbre prisonnier palestinien El Barghouti. Quand elle allait lui rendre visite en Palestine, elle était conspuée et traitée de tous les noms d’oiseaux, et parfois prise à partie par des hordes hystériques. Elle était juive, mais antisioniste…

 

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Voir aussi https://www.mondialisation.ca/gisele-halimi-un-sacerdoce-de-bonnes-causes/5647935

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Les temps difficiles, choisir son camp

Posté par elianguesard le 20 juillet 2020

 

Si Macron nous emmerde; https://www.frustrationmagazine.fr/avec-ce-remaniement-macron-a-un-message-pour-vous-je-vous-emmerde/

Police, Armée souviens-toi; https://rebellyon.info/16-juillet-1942-la-police-francaise-livre
Ceux qui résistent et ceux qui trahissent; ceux qui trahissent.

Malgré votre surarmement de répression https://paris-luttes.info/petite-revue-des-armes-de-la-14187

 

Comme il est écrit dans le livre de Karl Polanyi « La grande transformation »; il avait bien étudié la situation depuis l’Ère industrielle en prenant l’exemple de l’Angleterre depuis au moins les « Enclosures ». En gros, à la fin des années 1930, le bluff de la société de Marché arrivait à son terme, il écrivit cette phrase dans son livre que je me souviendrai toujours: « La situation était mûre pour la solution fasciste ».

Il faut lire encore l’anticolonialisme;

https://www.contretemps.eu/pensee-revolutionnaire-fanon-mahdi-amel/

La pensée révolutionnaire de Frantz Fanon – Hassan Hamdan (Mahdi Amel)

Révolution africaine, N° 71 ‐ 6 juin 1964 et N°72 – 13 juin 1964

Dans sa division du monde en deux catégories fondamentales, les hommes et les sous‐hommes, l’histoire de l’humanité porte la marque de l’Occident. Son mouvement est celui même de cette dualité, qui est apparue comme son ultime forme, surtout dans les dernières décades du XIXe siècle. Sous quelque vocable qu’on les désigne : arriérés, barbares, indigènes ou sous-développés, ces sous-hommes restent, à travers même leur évolution, les sous-produits de l’humanité, et leur détermination en tant que tels constitue le fondement même de l’histoire de l’Occident comme histoire dominante de l’humanité. Les hommes faisaient l’histoire, les sous-hommes la subissaient. C’était le règne de l’Occident. L’univers était sa demeure. Tout se passait harmonieusement dans le cadre de cette structure dualiste – mais simple – du monde.

Or, les sous-hommes commencent à se réveiller de leur sommeil séculaire, et, en revendiquant leur appartenance à l’humanité, ils s’efforcent de s’intégrer à l’histoire, semant par là les premiers germes d’un trouble profond qui menace le développement harmonieux de l’ordre occidental. Mais ils se réveillent sur une misère dans laquelle ils se trouvent installés et dont ils saisissent la raison qui, pour eux, réside dans cette même structure dualiste du monde qui oppose la misère révoltante des uns à l’opulence scandaleuse des autres par un mouvement antagoniste dont le fondement n’est autre que l’histoire dominante et colonialiste de l’Occident.

Isolée de son sens, cette misère était inefficace. Elle ne constituait aucune menace, aucun danger. Elle était absurde dans sa nudité, assumée comme un destin. Mais c’est à partir du moment où elle a trouvé son sens dans la conscience des sous-hommes qui la vivaient, qu’elle est devenue une force menaçante s’opposant à l’histoire dominante qui l’a engendrée. En la refusant, ces sous-hommes entendent forger leur propre histoire. Mais ce refus, qui ne peut que prendre nécessairement la forme de la violence, l’Occident colonialiste le perçoit comme une menace contre sa propre domination de l’histoire, comme une arme qui l’ébranle dans son être. Pour maintenir sa domination, il entend maintenir cette division qu’il a installée au coeur du monde, au coeur de l’homme. Entre lui et les autres que nous sommes, un combat, apparemment inégal, se déroule et donne aux temps modernes leur sens historique.

C’est sur cette réalité inhumaine de l’humanité actuelle que se fixe le regard pénétrant de Fanon dont la pensée, de par son jaillissement chaud et brûlant, est l’expression profonde, à la fois poétique et rationnelle, de cette réalité. Poétique, parce que, subissant comme tant d’autres l’univers écrasant de l’oppression coloniale, elle se forgea dans la lutte au coeur même du combat épique libérateur. Elle ne put être qu’un cri, celui de la colère, mais aussi de l’espoir. Rationnelle, parce qu’elle sut dégager du mouvement tumultueux et ambigu des actes quotidiens les lignes fondamentales de l’histoire. Mettant en perspective l’événement, elle nous mit en devenir la révolution et nous révéla de ce fait le sens de l’avenir révolutionnaire et son orientation. En liant le passé au présent dans son seul et même acte intelligible, elle nous dévoila le possible dans la nécessité même de sa réalisation. Chant, mais pour mieux comprendre et faire comprendre, parole mais en vue de l’acte, poésie, mais qui s’adresse à la raison et raison qui s’adresse au coeur, telle est la pensée de Fanon. Pour l’entendre, il faut la saisir dans son unité. Y séparer l’image du concept, ou le rythme de l’idée, ou le cri de son sens, c’est non seulement la trahir, mais c’est surtout la trahir pour la désamorcer, pour étouffer en elle le souffle révolutionnaire, bref, pour la rendre silencieuse.

 

Un dialogue permanent

De telles tentatives ont été faites par ceux-là mêmes qui ressentent son dire comme une morsure et qui se voient directement visés par ses condamnations menaçantes. Mais de telles tentatives sont vaines. Car la pensée de Fanon, dans son articulation et le déploiement des possibilités de développement qui lui sont inhérentes, s’identifie pratiquement, en tant qu’expression, à l’histoire des peuples dits sous-développés. On ne saurait mystifier une pensée avec laquelle des millions d’hommes entretiennent, dans leur pratique sociale, un dialogue quotidien qui l’enrichit et la rend perpétuellement vivante et actuelle. Cela est d’autant plus vrai que ceux qui établissent ce dialogue pratique avec la pensée fanonienne appartiennent, surtout, à cette terre d’Algérie qui constitue l’espace à l’intérieur duquel se meut et se développe cette pensée.

Ainsi, s’il se veut constructeur et authentique, le regard qui vise cette dernière doit être interrogation. Mais toute question est une mise en question. La pensée humaine est ainsi faite que, pour se consolider dans son unité, respecter sa continuité et rester fidèle à elle-même, elle doit se mettre à l’épreuve et risquer l’éclatement dans l’acte même par lequel elle se constitue et se structure. C’est l’aventure de toute pensée qui se veut universelle : si elle s’interroge, elle en sort plus grande et plus solide et se fonde dans et par la critique de son fondement. Pour embrasser la réalité dont elle est issue, la pensée doit se soumettre à son mouvement, et saisir, non le fait, mais son devenir, non l’acte isolé, mais son sens historique.

C’est à la lumière de cette forme de compréhension que nous voudrions continuer un dialogue qui, malheureusement, ne peut être que théorique, mais qui espère trouver dans la pratique un prolongement efficace, un dialogue avec certains aspects de la pensée fanonienne, non avec sa totalité, ce qui dépasse à la fois le cadre de cette étude et les limites de nos possibilités. Mais, par fidélité scrupuleuse à cette pensée, nous tâcherons de dégager les aspects qui en constituent d’une manière d’ailleurs apparente, non la périphérie secondaire et accessoire, mais le noyau originaire et l’intention fondamentale. Pour ce faire, la méthode qui paraît la plus adéquate à notre recherche, c’est de suivre le mouvement même de l’effort d’investigation de la pensée fanonienne, tout en le liant, comme à un arrière-fond indispensable dont il tire le sens, au mouvement même de cette réalité sur laquelle il portait.

 

Le commencement d’une autre histoire

Dès son premier jet, la pensée de Fanon s’installe au coeur du problème colonial qu’elle nous définit en termes nouveaux qui peuvent scandaliser certains esprits raffinés. Dès les premières lignes des « Damnés de la terre », une vérité, celle de notre histoire, est énoncée, dans un langage saccadé et brutal qui est à la mesure de la violence réelle de la vérité qu’il exprime :

« La décolonisation est toujours un phénomène violent…(elle) est tout simplement le remplacement d’une « espèce » d’hommes par une autre « espèce » d’hommes. Sans transition, il y a substitution totale, complète, absolue… cette sorte de table rase définit au départ la décolonisation. Son importance inhabituelle est qu’elle constitue, dès le premier jour, la revendication minimum du colonisé…(elle est) un programme de désordre absolu. » (p. 29).

Par ce langage, effectivement inhabituel, la raison colonisée exprime son univers. Violence pure dans sa présence, l’univers colonial trahit son secret dans la pure immédiateté de son existence, tout en lui est apparence, ou, plus précisément, tout son être devient apparence. Car il est, dans sa rationalité même, ainsi fait que, pour réaliser sa dialectique, il doit nécessairement paralyser dans son devenir, la dialectique même de son devenir. Et quand son évolution interne tire à sa fin, tout en lui se dévoile. C’est l’arrêt de l’histoire. C’est le commencement d’une autre histoire.

Il n’est donc pas étrange que le premier moment de la pensée fanonienne soit un moment descriptif. Une description presque phénoménologique sartrienne, qui tire sa légitimité, non de cette méthode philosophique, mais plutôt de ce moment privilégié de l’histoire de l’univers colonial où se nie cette histoire et où le monde s’arrache à son fond pour ne faire qu’un avec sa figure faisant par là même disparaître toute dimension temporelle. En effet, l’univers colonial est, nous dit Fanon, un univers manichéiste. D’un côté tout le mal et de l’autre tout le bien. D’un côté le colon, et de l’autre, le colonisé. D’un côté toute la force du monde, et toute son humiliation de l’autre. Une structure insolente dans sa simplicité : les deux moments de cette structure de l’univers colonial s’opposent absolument dans une pure extériorité. Ou plutôt l’intériorité du rapport colonial est faite par pure extériorité.

Les deux termes de cette fausse unité s’excluent d’une manière absolue. Sans médiation, toute dialectique historique est impossible. Cette rupture radicale qui s’est opérée à l’intérieur de la réalité coloniale rend alors impossible toute possibilité d’un devenir colonial. Ce blocage absolu de tout devenir historique, à la fois individuel et collectif, est tragiquement ressenti par le colonisé à tous les niveaux de sa vie quotidienne. Face au colon dans les champs, face au patron dans les usines, face à ses juges dans les tribunaux, face au gendarme ou au légionnaire horrible et méprisant à chaque pas dans la rue, le colonisé se heurte, dans les plus petits détails de sa vie, à cet univers clos et étouffant, comme à un immense mur infranchissable. Il vit son devenir, dans sa chair et ses entrailles, comme une pure impossibilité de devenir. Il est figé dans un monde immobile dont l’espace est plénitude, vécue comme un écrasement. Se trouvant dans l’impuissance totale de se mouvoir librement, le colonisé rêve d’action, de saut, d’agression. Ne pouvant se libérer réellement, il se libère sur le plan de l’imaginaire. Mais cette libération imaginaire ne fait qu’aiguiser son oppression réelle que trouve dans un premier moment un défoulement dévié dans la révolte contre le frère. Cette libération aliénée se détermine donc comme une destruction imaginaire, voire magique, de l’ordre colonial, et qui en fait exprime une véritable autodestruction collective.

 

Le rôle de la violence

Ainsi donc, le dépassement sur le plan de l’imaginaire de la contradiction de l’univers colonial (colon colonisé), loin de résoudre cette contradiction, ne fait que l’aiguiser et la rendre encore plus insoutenable. C’est là un moment décisif de l’histoire de la décolonisation, ou, ce qui revient au même de l’histoire de la destruction du colonialisme. Cette violence imaginaire qui se retournait contre le colonisé était une violence aliénée et aliénante. En effet dans l’absence de toute intentionnalité et de tout sens, la violence se réduit à un pur acte absurde en même temps inefficace. Sans le sens qui l’intègre à l’histoire, elle devient effectivement un culte et une mystique.

Mais la pensée de Fanon est absolument étrangère à cette conception fausse et même fasciste de la violence. C’est là un des aspects fondamentaux de la pensée fanonienne qui a été mystifié à dessein, surtout par certains critiques occidentaux, dont Claude Julien, si je ne me trompe. Certes, la violence joue, chez Fanon, un rôle primordial dans la construction de sa propre histoire par le peuple colonisé. Car, dans l’univers colonial, c’est le colon qui fait l’histoire. Mais celle-ci n’est en vérité que le prolongement naturel, logique et nécessaire de l’histoire de la métropole. En d’autres termes, c’est le développement interne de l’histoire de l’Occident capitaliste qui, dans son stade colonialiste, détermine nécessairement l’espace même du développement historique des pays colonisés.

Alors que le colonisé réalisait l’histoire imaginairement en la subissant réellement, le colon, ce représentant suprême de l’Occident capitaliste, faisait la véritable histoire qui n’était, dans son essence même, que la négation radicale de l’histoire du colonisé. Mais cette même contradiction de l’Univers colonial, que nous retrouvons ici situé au niveau de l’histoire, va trouver son dépassement réel et non plus imaginaire dans la violence du colonisé, réellement destructrice de l’ordre colonial, parce que consciemment orientée et dirigée, parce qu’elle a un sens ou plutôt parce qu’elle devient le sens de l’histoire colonisée. C’est par elle seule que s’opère la résolution pratique de la contradiction coloniale.

C’est le colon qui impose au colonisé l’arme du combat, son niveau et sa nature. Ces deux violences se développent sur le même plan et dans une seule unité antagoniste qui, pour se résoudre, implique l’anéantissement radical de la violence colonialiste.

« Pour le colonisé, la vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colon (et inversement). Telle est la correspondance terme à terme des deux raisonnements » (p.69).

C’est donc seulement par la violence que le colonisé détruit le système colonial et commence par là même le premier acte de la constitution de sa propre histoire. Jusque là nous n’avons considéré la violence que du point de vue de l’histoire. Or il faut la considérer maintenant du point de vue de la vie quotidienne et voir les changements qu’elle opère dans la personnalité même de l’individu colonisé.

 

Naissance de la différenciation

Nous avons vu que l’homme colonisé, cet esclave des temps modernes, selon l’expression de Fanon, se présente avant tout comme un homme radicalement aliéné, même dans ses rêves, même dans son imagination, et à plus forte raison dans sa vie quotidienne, familiale ou tribale. Car il subissait la vie, il ne la faisait pas. Or, avec le règne de la violence, destructrice parce que libératrice, tout se transforme. Le colonisé ne rêve plus d’action ou d’agression, il a réalisé son rêve. Il agit, et dans la pratique quotidienne de sa violence, il se libère de ses obsessions, produits de l’univers colonial qu’il détruit par son acte constructeur.

« Le colonisé, nous dit Fanon, découvre le réel et le transforme dans le mouvement de sa praxis, dans l’exercice de sa violence, dans son projet de libération » (p.45).

Ainsi, la violence se détermine comme la conscience au niveau de l’acte. Elle est conscience devenue acte, et cet acte quotidien, libérateur, prend effectivement aux yeux du colonisé, et pour la première fois dans son histoire, une signification universelle. Car, dans sa violence constitutive d’un univers nouveau, le colonisé vit le quotidien à l’échelle de l’histoire. Il y a disparition de la quotidienneté et fusion du quotidien et de l’historique dans un seul et même acte.

Au niveau de l’individu, la violence est démystification et désaliénation. D’autre part, au niveau du peuple, la violence libératrice constitue la praxis révolutionnaire du peuple colonisé. Elle est essentiellement totalisante et unificatrice. Elle fait du peuple une seule totalité, sans fissures, et dissout le tribalisme, le régionalisme, sécrétés et entretenus par l’univers colonial. Elle unifie le peuple en unifiant le sens de son combat, la direction de sa lutte. Elle est donc totalisante, mais non différenciative, car elle vise à dissoudre les différenciations engendrées par le colonialisme.

Mais cet aspect non différenciatif de la violence constitue uniquement un premier moment de son développement. Tant que l’objectif, qui est la destruction de l’ordre colonial, était clair et précis, la violence était simple et indifférenciée. Mais à partir du moment où l’on aborde la deuxième phase de constitution historique qui est celle de l’édification d’une société libre dans son devenir, la violence change alors de forme, de direction et de sens, et devient, dans le prolongement même de son mouvement libérateur, essentiellement différenciatrice. Elle ne perd aucunement son dynamisme unificateur et totalisant, mais au contraire ce dynamisme s’approfondit, devient plus complexe, moins immédiat et moins direct. Elle devient un mouvement d’unification par différenciation. Elle différencie le peuple pour mieux l’unifier, et distingue en lui entre, d’une part, les masses révolutionnaires constituées par la paysannerie et le prolétariat et une partie des intellectuels, et, d’autre part, la bourgeoisie nationale qui refuse de s’engager dans le sens nouveau du devenir historique.

 

La lutte de la paysannerie

D’ailleurs la violence amorce déjà ce mouvement de différenciation pendant même la première phase de la lutte de libération. Dès sa genèse sociale, ce mouvement de différenciation s’y trouve amorcé. Et Fanon nous fait une analyse admirable de ce processus d’approfondissement du sens et de la nature de la violence dans la deuxième et troisième parties des « Damnés de la terre », intitulées respectivement « Grandeur et faiblesses de la spontanéité », « Mésaventures de la conscience nationale ». Fanon y souligne un trait spécifique de l’histoire des pays dits sous-développés, à savoir : le rôle éminemment révolutionnaire que joue la paysannerie dans la constitution de l’histoire de ces pays.

Ce même trait a d’ailleurs été souligné, à propos de la révolution cubaine, par Ernesto « Che » Guevara, dans sa « Guerre des guérilleros ». Justifiant cette spécificité du devenir des pays colonisés, Fanon constate que :

« L’histoire des révolutions bourgeoises et l’histoire des révolutions prolétariennes ont montré que les masses paysannes constituent souvent un frein à la révolution. Les masses paysannes dans les pays industrialisés sont généralement les éléments les moins conscients, les moins organisés et aussi les plus anarchistes. Elles présentent tout un ensemble de traits… définissant un comportement objectivement réactionnaire » (p.85). Alors que les masses paysannes « constituent les seules forces spontanément révolutionnaires, du pays colonisé » (p.93).

Mais pourquoi l’histoire privilégie-t-elle la paysannerie colonisée ? Parce que, nous dit Fanon :

« Tout est simple (pour la paysannerie)… : les masses rurales n’ont jamais cessé de poser le problème de leur libération en termes de violence, de terre à reprendre aux étrangers, de lutte nationale, d’insurrection armée » (p.96).

Donc, pour la paysannerie, seule la lutte armée peut résoudre le problème. Elle est parfaitement consciente, à l’opposé de la bourgeoisie nationale, que le changement ne se fera pas par une réforme lente et progressive de la structure coloniale. Pour se libérer, il faut briser cette structure, la détruire. Cela, elle l’affirme contre la bourgeoisie nationale qui, nous dit Fanon, de par sa nature même, est tournée vers les solutions de compromis avec le colonialisme, avant comme après l’indépendance.

Tout est simple pour la paysannerie. Mais pour la bourgeoisie nationale ? Ecoutons Fanon : « L’insurrection désoriente les partis politiques. Leur doctrine, en effet, a toujours affirmé l’inefficacité de toute épreuve de force et leur existence même est une constante condamnation de toute insurrection » (p.96). Ce refus, par la bourgeoisie nationale, de la violence populaire comme seul moyen possible de la réalisation de soi-même, est d’ailleurs légitime si l’on se place dans l’optique de cette bourgeoisie. Car, ce qui détermine le comportement social de cette dernière, c’est, nous dit Fanon (p.47), qu’elle « craint en réalité d’être balayée par ce formidable flux révolutionnaire ». Elle est, au fond, prudente et sournoise. Elle prévoit l’avenir que le présent annonce déjà. Elle prend ses distances et retrouve, en reculant, la bourgeoisie colonialiste à laquelle elle va tendre la main. Nous y reviendrons. Ou plutôt Fanon y reviendra par la suite.

Ainsi, dans l’exercice de sa violence, même libératrice, le peuple se différencie. Mais, en premier moment, spontanément. Et c’est parce que les partis nationalistes, noyau de l’organisation populaire dans les villes, n’inscrivent pas dans leur programme la nécessité de la lutte armée, que la spontanéité des masses se trouve privilégiée par l’histoire.

C’est à ce niveau de la spontanéité, comme premier moment du développement de la conscience révolutionnaire, sa forme immédiate et non réfléchie, qu’il faut situer le jugement de Fanon concernant le statut social et le rôle historique du prolétariat et du lumpen-prolétariat colonisés. Prise à l’intérieur du mouvement de formation historique de la conscience révolutionnaire, la pensée fanonienne ne présente, sur ce point, aucune contradiction avec le devenir de cette réalité sociale. Car elle correspond, sur ce point précis, à l’immédiateté du mouvement historique de celle-ci, dont elle est la formulation conceptuelle, et non à la totalité de son mouvement, à son devenir en marche. Ainsi, dans un premier moment, Fanon nie, dans le prolétariat du pays colonisé, toute possibilité révolutionnaire. Car, relativement à la paysannerie, le prolétariat des villes est privilégié. Il est, dit Fanon,

« celui qui, éventuellement, aurait tout à perdre… Il est le noyau du peuple colonisé le plus choyé par le régime colonial… Il représente en effet la fraction du peuple colonisé nécessaire et irremplaçable pour la bonne marche de la machine coloniale : conducteurs de tramways et de taxis, mineurs, dockers, interprètes, infirmiers, etc. Ce sont ces éléments qui constituent… la fraction ”bourgeoise” du peuple colonisé » (p.84).

Ce jugement constitue, apparemment, une condamnation historique du prolétariat des pays colonisés. Car, nous dit Fanon, p.46 : « Dans les pays coloniaux, seule la paysannerie est révolutionnaire » et c’est la spontanéité (p.93) qui caractérise essentiellement cette réalité révolutionnaire de la paysannerie. L’affirmation du caractère fondamentalement paysan de la révolution n’est légitime qu’en vertu de cette spontanéité qui définit, en un premier moment, le niveau sur lequel se meut le devenir révolutionnaire des pays colonisés. Mais celui-ci comme totalité ne peut se réaliser effectivement que s’il englobe, dans son développement, les villes en même temps que les campagnes, la paysannerie et le prolétariat. Dans son mouvement il tend nécessairement à ce dernier comme au terme de son accomplissement. D’ailleurs Fanon en était pleinement conscient et l’affirme explicitement :

« Les dirigeants de l’insurrection prennent conscience… de la nécessité d’étendre cette insurrection aux villes. Cette prise de conscience… consacre la dialectique qui préside au développement d’une lutte armée de libération nationale » (p.96).

Ainsi, dans la démarche caractéristique de son devenir, la révolution dans les pays colonisés, pour aboutir à son terme, implique nécessairement le dépassement de son caractère purement paysan et son élévation à un niveau supérieur, rendu plus complexe par l’unification du sens historique du combat de la paysannerie et du prolétariat. Il est instructif de constater ici la rencontre de deux pensées, celle de Fanon et celle de « Che » Guevara, qui réfléchissant le mouvement historique de deux réalités révolutionnaires semblables, en dégagent une même vérité, à savoir : dans les pays colonisés, la révolution part des campagnes pour rejoindre ensuite les villes, de la paysannerie qui intègre après le prolétariat et non inversement, comme c’est le cas dans les pays capitalistes et même dans les pays socialistes européens.

C’est le lumpen-prolétariat, concentré dans les bidonvilles, et non le prolétariat, nous dit Fanon, qui va porter la révolution au coeur des villes. Car « le lumpen-prolétariat, cette cohorte d’affamés détribalisés, déclanisés, constitue l’une des forces les plus spontanément et les plus radicalement révolutionnaires d’un pays colonisé » (p. 97). Mais il constitue aussi la base la plus solide de la pire réaction. Car rien ne lie solidement à l’histoire cette masse de déclassés qui n’a aucune attache avec le circuit de production ou avec la structure sociale. C’est Fanon lui-même qui nous dit que :

« le colonialisme va trouver (…) dans le lumpen-prolétariat une masse de manoeuvre considérable… Cette réserve humaine disponible, si elle n’est pas immédiatement organisée par l’insurrection, se retrouvera comme mercenaires aux côtés des troupes colonialistes. En Algérie, c’est le lumpen-prolétariat qui a fourni les harkis et les messalistes » (p. 102).

Or, cette dernière phrase est en contradiction apparente avec la phrase précédente. Comment peut-on affirmer que le lumpen-prolétariat est, à la fois la force « la plus spontanément et la plus radicalement révolutionnaire d’un peuple colonisé », et la force la plus réactionnaire, la plus inconsciente et la plus ignorante de ce peuple ? La contradiction est ici beaucoup plus réelle que logique. Elle est inhérente à cette réalité sociale, non à la pensée de Fanon. D’ailleurs, elle n’apparaît comme réelle que dans la mesure où on la sépare de son devenir qui opérera son dépassement, sa résolution. Car, on ne peut considérer le lumpen-prolétariat aussi bien que la paysannerie comme les seules forces authentiquement révolutionnaires dans un pays colonisé que si l’on détermine préalablement la réalité révolutionnaire d’une classe sociale essentiellement par son caractère spontané. Or, la spontanéité correspond avant tout à l’immédiateté du mouvement de l’histoire, non à sa totalité. Le lumpen-prolétariat en même temps que la paysannerie ne sont pas révolutionnaires parce qu’ils le sont spontanément, mais parce qu’ils le deviennent historiquement.

Le devenir prime l’être et en constitue le fondement. En privilégier un moment en le portant à l’absolu, c’est le réduire à un pur statisme plat et perdre de vue la dynamique interne de sa dialectique qui, parce que réelle, résorbe ses contradictions, à l’intérieur même du mouvement historique de la formation de la conscience révolutionnaire. Il y a donc une genèse et un développement de la conscience révolutionnaire qui ne saurait aucunement se réduire à son moment de spontanéité. Vue sous cet éclairage, la pensée de Fanon se situe au coeur même du devenir historique du pays colonisé, en l’occurrence l’Algérie, dont elle pénètre admirablement la structure. Ainsi donc, si le prolétariat des pays sous-développés ne se présente effectivement pas, au niveau de l’immédiateté de l’histoire, comme spontanément révolutionnaire, cela ne permet nullement de conclure à sa réalité non-révolutionnaire. Le prolétariat sous-développé devient révolutionnaire, et ne peut pas ne pas le devenir, car son devenir même est celui de la révolution. Ce problème se pose à la fois en termes de réalité et de conscience. C’est le prolétariat des villes, malgré son statut social relativement privilégié et qui détermine apparemment son comportement révolutionnaire, et non seulement le lumpen-prolétariat, c’est ce prolétariat qui a fait les manifestations de décembre 1960 et d’octobre 1961. C’est lui et la paysannerie qui, en fondant les comités d’autogestion, ont ouvert la voie au socialisme. La révolution ne se fait jamais spontanément. À la réalité révolutionnaire, dont la structure temporelle intègre le possible comme une de ses dimensions, s’unit la conscience révolutionnaire qui, elle, dans sa formation historique, rend nécessaire la réalisation même de ce possible. Le devenir historique, même et surtout de la révolution, ne saurait être un processus dont s’exclut la conscience, car celle-ci en est le sens sans lequel toute histoire est aventure où se nie la raison. Réalité dont la structure se révèle par le projet révolutionnaire qui la transperce, et conscience qui, en tant qu’acte à la fois pratique et théorique, s’identifie justement à ce projet ; tels sont les deux termes du mouvement dialectique de l’histoire dont la médiation est la violence. C’est à ce niveau qu’il faut saisir le noyau même de la pensée fanonienne. La violence, en tant que négation absolue, se déterminait au début du mouvement révolutionnaire, comme idéologie en acte, comme pure conscience pratique, uniquement parce qu’elle était violence spontanée, unité indifférenciée de tout le peuple colonisé. Mais avec le développement de la lutte libératrice, l’approfondissement de la violence en tant que praxis révolutionnaire est devenue une nécessité impérieuse. C’était là un signe du dépassement du stade de la spontanéité. En tant qu’acte constitutif de l’histoire, la violence exigeait désormais un sens qu’elle ne pouvait se donner qu’en se situant à l’intérieur d’une perspective idéologique nette et précise. Alors qu’elle se contentait d’être, au premier moment de sa genèse, pure conscience pratique, elle tend, maintenant, pour devenir réellement opératoire, à trouver dans la conscience théorique un fondement indispensable. C’est ainsi que « ce volontarisme spectaculaire qui entendait mener d’un seul coup le peuple colonisé à la souveraineté absolue… se révèle être à l’expérience une très grande faiblesse… Tant qu’il se prenait au mirage de l’immédiateté de ses muscles, le colonisé ne réalisait pas de véritables progrès dans la voie de la connaissance. Sa conscience restait rudimentaire » (p. 103). Une conscience dépolitisée et purement pratique, ou, plutôt, empirique, n’est aucunement révolutionnaire. « …Cette grande passion des premières heures se disloque si elle entend se nourrir de sa propre substance… la haine ne saurait constituer un programme » (p. 104). Donc, la force de la violence, son rôle primordial dans la constitution de l’histoire, résident essentiellement dans son sens idéologique. Ceux qui croient trouver chez Fanon une mystique de la violence n’ont rien compris à son oeuvre. Ou plutôt ils ont trop bien compris. Car, en privilégiant à dessein la spontanéité des masses et en sous-estimant la nécessité historique d’une idéologie révolutionnaire, ils mystifient la pensée de Fanon afin de détruire en elle le ferment puissamment révolutionnaire. C’est en vue de ce but politique qu’a été opérée cette grande et savante mystification de la pensée fanonienne.

 

Pourquoi la bourgeoisie nationale ?

Dans son combat quotidien, avant et surtout après l’indépendance, le peuple colonisé se différencie. Son unité s’approfondit, se développe sur de nouvelles bases solides. Parallèlement, sa violence, qui est sa praxis révolutionnaire, se différencie, se hiérarchise, se relativise. Elle change de sens et de direction. Elle s’enrichit en enrichissant sa conscience. Elle se développe sur de multiples niveaux et revêt de multiples formes. Alors qu’elle était avant l’indépendance essentiellement une lutte nationale, elle devient après l’indépendance une véritable lutte de classes. Nous avons vu que, dans l’exercice de sa violence, le peuple découvre la réalité sociale et en dévoile la structure. Il théorise sa conscience en donnant un sens à son activité quotidienne. Et c’est justement la pratique sociale qui lui indique son nouvel ennemi de classe : la bourgeoisie nationale. Mais pourquoi la bourgeoisie nationale ? La réponse est esquissée dans le chapitre 3 des « Damnés de la terre », intitulé : « Mésaventures de la conscience nationale ». Fanon y dégage un des aspects fondamentaux de la spécificité du devenir des pays sous-développés, à savoir : la différence radicale du rôle historique de la bourgeoisie capitaliste et de la bourgeoisie sous-développée. Sa position sur ce problème est une condamnation absolument catégorique de cette bourgeoisie nationale, qui en tant que classe, ne contribue à la constitution de l’histoire des pays sous-développés que pour freiner le développement de cette histoire et en paralyser le mouvement. La légitimité de cette condamnation réside dans une analyse pénétrante de la genèse et de la structure de cette classe embryonnaire et nuisible. Ce qui caractérise essentiellement la bourgeoisie nationale, c’est, nous dit Fanon « son incapacité à rationaliser la praxis populaire, c’est-à-dire en extraire la raison » (p.113). En effet, la bourgeoisie nationale apparaît historiquement comme un sous-produit du régime colonial dont elle dépend génétiquement. Engendrée involontairement par le développement propre de la bourgeoisie colonialiste, mais entretenue par la suite volontairement par celle-ci, la bourgeoisie nationale se trouve, dès sa genèse, préalablement déterminée, dans sa structure et son comportement, par cette bourgeoisie-mère de la collaboration de laquelle elle tend nécessairement. L’espace interne de son développement apparaît comme une excroissance de celui du développement du capitalisme métropolitain et non comme une partie constitutive de l’histoire du peuple colonisé. C’est pour cette raison qu’elle s’opposait farouchement à la lutte armée comme méthode de résolution du problème national. Tant que ce problème se posait en termes de réformes à l’intérieur du cadre colonial, la bourgeoisie sous-développée s’affirmait naturellement comme la classe dirigeante du mouvement national. Mais à partir du moment où le problème se posait en termes révolutionnaires de rupture radicale et violente avec le cadre colonial, l’initiative historique s’est déplacée vers les masses paysannes et prolétariennes, et la bourgeoisie nationale s’est trouvée exclue du mouvement de l’histoire qui se fait et se fonde par la praxis populaire. Ainsi, le sens du devenir se dessine sans ambiguïté et s’engage nécessairement dans une perspective anti-bourgeoise. Incapable de rompre le cordon ombilical qui la lie à la bourgeoisie colonialiste, incapable de comprendre le sens de l’histoire qui se libère et se constitue, la bourgeoisie nationale, par son comportement mou et indécis, assume la responsabilité de sa propre condamnation par l’histoire. Sa genèse autant que sa structure la vouent nécessairement à disparaître en tant que classe. A l’opposé de la bourgeoisie occidentale, elle ne joue et ne peut jouer aucun rôle dans l’histoire des pays sous-développés. Car, nous dit Fanon, la bourgeoisie dans ces pays est essentiellement une bourgeoisie occidentale avant l’indépendance. Pendant la lutte et après l’indépendance, la bourgeoisie se réduit à une caste, sans assises économiques solides, de commerçants et d’intellectuels, ou plutôt de faux intellectuels qui se définissent essentiellement par une volonté permanente d’identification à la bourgeoisie occidentale. C’est le mimétisme bête et vide qui détermine leur manière d’être, leur comportement social. On ne peut parler d’une véritable classe à propos de cette fameuse bourgeoisie nationale, car tout lui fait défaut pour devenir réellement une classe jouant un rôle historique. Ce qui lui manque, c’est surtout le capital, ce qui constitue la base même de toute bourgeoisie véritable. Faute de capital productif, la bourgeoisie nationale s’oriente vers des activités de type intermédiaire. Elle est donc essentiellement de structure parasitaire. Ne jouant aucun rôle dans le processus de production du capital, mais seulement dans le processus de circulation du capital, elle aspire, nous dit Fanon, à

« prendre la place de l’ancien peuplement européen : médecins, avocats, commerçants… transitaires, etc. (et se complaît) sans complexe en toute dignité dans le rôle d’agent d’affaires de la bourgeoisie occidentale » (p.116).

Son idéal est à la mesure de sa structure économicosociale. Elle ne saurait donc prétendre, comme la bourgeoisie-mère, à aucune mission historique. Exclue de l’histoire, sa vocation historique, nous dit Fanon,

« c’est de se nier en tant que bourgeoisie, de se nier en tant qu’instrument du capital, et de se faire totalement esclave du capital révolutionnaire que constitue le peuple… elle doit se faire un devoir impérieux de se mettre à l’école du peuple, et de mettre à la disposition du peuple le capital intellectuel et technique qu’elle a arraché lors de son passage dans les universités coloniales. Or, la bourgeoisie nationale, poursuit Fanon, se désintéresse souvent de cette voie héroïque… pour s’enfoncer, l’âme en paix, dans la voie horrible, parce qu’anti-nationale, d’une bourgeoisie classique, d’une bourgeoisie, platement, bêtement, cyniquement bourgeoise » (p. 114).

Le pouvoir étatique de la bourgeoisie occidentale se justifie historiquement par le fait que c’est elle qui, certes par son exploitation violente du prolétariat, réalisa l’accumulation primitive du capital, nécessaire à tout démarrage économique et donna au développement des forces productives un véritable coup de fouet. Or, du fait même de sa genèse et de sa structure, la bourgeoisie nationale se trouve dans l’impossibilité de réaliser une telle tâche économique. En effet, étant de nature essentiellement commerciale, et tournée avant tout vers l’exportation, son capital s’intègre beaucoup plus à la logique interne du capital occidental dont il dépend qu’à celle du capital national dont il se trouve isolé. Ainsi, il augmente démesurément ses profits, non par investissement industriel, mais d’une manière artificielle par des opérations spéculatives qui ne correspondent aucunement à une véritable augmentation de la production. Le profit du capital de la bourgeoisie nationale provient non d’un circuit productif réel, mais d’un circuit improductif parasitaire parce que purement commercial. Mais comme le commerce de la bourgeoisie nationale se détermine essentiellement comme un commerce d’import-export qui n’influe que négativement sur l’ensemble du mouvement de l’économie nationale, le profit qu’elle en tire apparaît donc comme une infime parcelle d’une plus-value qu’elle partage d’une manière très inégale avec le capital colonial. Sa vie est une perpétuelle survie qu’elle doit uniquement à la générosité bien calculée et malveillante de la bourgeoisie-mère occidentale. Atteinte, dès sa naissance, de rachitisme congénital, ‐ Fanon dit « de sénilité précoce » ‐ à quoi bon lui imposer une vie qui n’est possible que par de fortes injections de capital qu’au lieu d’investir productivement, elle dépense dans un luxe exhibitionniste, afin de s’identifier dans l’apparence et dans l’imaginaire à la bourgeoisie occidentale ?

« Dans les pays sous-développés, nous dit Fanon, la phase bourgeoise est impossible… La bourgeoisie ne doit pas trouver de conditions à son existence et à son épanouissement. Autrement dit, l’effort des masses encadrées dans un parti et des intellectuels hautement conscients et armés de principes révolutionnaires doit barrer la route à cette bourgeoisie inutile et novice… Il faut s’opposer résolument à elle parce qu’à la lettre elle ne sert à rien… Il est d’autant plus facile de neutraliser cette classe bourgeoise qu’elle est numériquement, intellectuellement, économiquement, faible… lui barrer la route, c’est le seul moyen d’avancer » (pp. 130, 131, 132 ).

Entendons-nous bien sur les paroles de Fanon. Il ne s’agit aucunement de brûler les étapes ou de faire violence à l’histoire. Cette manière de comprendre identifie le devenir des pays sous-développés à celui des pays capitalistes, et perd de vue l’originalité du mouvement historique d’une réalité apparemment ambiguë. Si le devenir de l’Occident passe nécessairement par le capitalisme comme forme historique de son développement, cela n’implique point, bien au contraire, le passage nécessaire du devenir des pays sous-développés par cette même forme de développement. Comprendre, ce n’est pas identifier, et pour saisir le mouvement interne de l’histoire de ces pays, la meilleure méthode n’est pas de l’aborder de l’extérieur avec des schèmes préétablis qui ne sauraient trouver en lui une résonance adéquate, précisément parce qu’ils sont issus précisément de la réalité historique de l’Occident. Sans une mise en question méthodique de ces schèmes spatio-temporels, on ne découvre dans le réel historique qu’on prétend analyser que les formes vides de notre pensée et non la structure originale de ce réel qui nous échappe. Par la critique de ces schèmes d’explication historique, on ne prétend pas en nier l’universalité, mais au contraire en enrichir le contenu par leur confrontation, sans préjugés, avec un devenir qui se fait, une histoire qui se structure. Les redécouvrir dans la réalité qu’on étudie, et non les appliquer de l’extérieur à cette réalité, c’est là la seule méthode d’analyse historique féconde. C’est ainsi que dans les pays sous-développés, à l’inverse des pays capitalistes et des pays socialistes européens, la révolution part de la paysannerie pour gagner ensuite le prolétariat ; de même que c’est la socialisation de l’agriculture qui détermine nécessairement la socialisation de l’industrie et par là-même de toute la production sociale. Alors que dans les pays de l’Occident, c’est la classe bourgeoise qui réalise l’accumulation du capital par une capitalisation de toute l’économie, dans les pays sous-développés, la bourgeoisie nationale étant génétiquement et structurellement en-deçà de cette tâche, ce sont la paysannerie et le prolétariat qui réalisent l’accumulation du capital, condition principale du dépassement du sous-développement, mais par la voie de la socialisation de la production et non de sa capitalisation. Ainsi donc, le jugement de Fanon sur la bourgeoisie nationale des pays sous-développés ne se situe pas sur le plan moral d’une haine subjective de cette classe, mais sur le plan de l’analyse rationnelle du devenir historique de ces pays. L’attitude de Fanon n’est pas l’attitude romantique ou lyrique d’un poète, mais l’attitude scientifique d’un historien et d’un sociologue. Il n’y a pas chez lui une mystique de la violence, mais une violence nettement consciente de ses objectifs et qui se détermine comme un mouvement révolutionnaire perpétuel qui approfondit la lutte et la différencie en passant du niveau strictement national à un niveau économico-social de lutte de classe. À la conscience nationale, que Fanon caractérise comme « comme forme sans contenu, fragile et grossière » (p. 113), se substitue la conscience politique et sociale. Le nationalisme n’est pas une doctrine politique, n’est pas un programme.

« Il faut rapidement passer de la conscience nationale à la conscience politique et sociale. La nation n’existe nulle part si ce n’est dans un programme élaboré par une direction révolutionnaire et repris lucidement et avec enthousiasme par les masses » (p. 150).

Avec le dépassement de la conscience nationale, le combat révolutionnaire s’approfondit, se différencie et se situe au niveau supérieur de la conscience politique, économique et sociale. Et c’est sur ce niveau que Fanon pose le problème de la culture nationale.

 

Le problème de la culture nationale

C’est un problème difficile et complexe, qui mérite d’être traité à part. Nous ne pourrons pas l’aborder d’une manière sérieuse dans le cadre de cette étude déjà longue en elle-même. Nous nous contenterons donc de l’esquisser très rapidement et d’en tracer schématiquement la perspective telle qu’elle a été définie par Fanon.

Pour le situer dans son contexte et montrer comment il s’insère dans l’oeuvre centrale de Fanon qui est « Les Damnés de la terre », il faut remarquer d’abord que cette oeuvre ne constitue pas un ensemble de problèmes traités indépendamment les uns des autres et qui trouvent leur unité dans leur groupement artificiel et externe dans un seul livre. Au contraire, la pensée fanonienne présente dans cette oeuvre une unité de structure qui se développe progressivement dans un seul et même mouvement de réflexion. La diversité des problèmes qu’elle aborde, loin de briser son unité, ne fait que la consolider dans la mesure où les problèmes apparaissent comme les multiples figures d’une seule et même réalité historique. Ainsi donc le problème de la culture s’inscrit nécessairement dans le cadre de cette même épopée de la conquête de l’identité entreprise par le peuple colonisé sur tous les plans de son existence. C’est en termes existentiels qu’il se pose réellement. Car la culture se définit avant tout comme le mode d’être fondamental au monde, comme la forme concrète de la présence de l’homme au monde. L’univers humain, même dans ses aspects matériels, techniques, économiques, est essentiellement un univers culturel. Ou plutôt il baigne dans la culture, même dans son mode d’être matériel. Vu sous cet angle, le problème de la culture apparaît comme le problème fondamental de l’existence de l’homme, et sa résolution, dans la réalité, se détermine comme le terme ou l’aboutissement du mouvement de libération des peuples colonisés. Or, vouloir ouvrir un débat sur les perspectives dans lesquelles doit s’engager la constitution d’une culture nationale est une prétention bien ridicule. Car le débat est ouvert depuis que l’homme colonisé a cessé d’être en tant que tel en libérant par la violence sa pensée et son être. En faisant nôtre la pensée de Fanon, nous nous efforcerons uniquement de poser le problème, sans prétendre aucunement le résoudre, ce qui est une tâche historique du peuple dans sa totalité.

C’est un double problème qui se pose à la constitution d’une culture nationale. C’est en premier lieu l’effort douloureux d’arrachement de soi à l’aliénation radicale dans laquelle l’univers colonial a installé, voire arrêté, la culture nationale. Mais cette tentative de récupération de soi dans le présent implique inévitablement le second aspect du problème, celui de la récupération d’un passé culturel qu’on veut vivant. Ce sont en réalité deux aspects d’un seul et même problème.

Une réconciliation authentique avec soi-même en s’efforçant de retrouver cette unité historique de la culture nationale, ou, ce qui revient au même, du mode d’être culturel de la nation, qui doit prolonger son passé dans un présent qui commence à peine à se guérir de sa névrose et de son traumatisme. Or, la nature du rapport que doit établir la culture nationale avec son passé se trouve

nécessairement déterminée par la nature de son rapport à la culture européenne qui est inhérente à sa structure et qui définit, provisoirement, la modalité de sa présence. La situation actuelle du devenir de cette culture nationale est effectivement tragique. Car, tant qu’elle se réfère, pour se constituer, à la culture européenne qui l’attire intérieurement et qui se trouve ainsi posée comme un critère d’universalité, la culture nationale ne saurait être authentique, et le fondement même de sa validité lui serait étranger et résiderait ailleurs qu’en elle-même. En d’autres termes, si, précisément en tant qu’expression totale et existentielle, la culture nationale continue, comme par le passé, à se définir, dans son devenir, essentiellement par rapport à la culture européenne, elle ne se libérera pas de l’univers de son aliénation et se développera ainsi toujours sur le plan qui lui est imposé par cette culture qu’elle veut nier et que, paradoxalement, elle s’attache dans l’effort même de sa négation ; bref, elle subira son devenir comme destin et non comme liberté, consciemment engagée dans un mouvement authentique de création. Mais le drame de cette culture, c’est que, pour se développer librement dans un univers d’authenticité propre à elle, elle ne peut pas ne pas se défendre, par un effort négateur, contre ce pouvoir intense de fascination qu’exerce sur elle la culture européenne. Mais bien qu’il se situe sur un plan d’aliénation, ce premier moment de la genèse de la culture nationale, vu à l’intérieur de la perspective de formation historique de celle-ci, constitue, en quelque sorte, le dernier moment de la préhistoire de cette culture, et la condition nécessaire à son entrée dans l’histoire, c’est-à-dire dans le règne de l’authenticité. C’est donc dans ce rapport de négation défensive de la culture européenne, que la culture nationale se tourne vers son passé. Or, la revendication d’une culture nationale anti-coloniale procède du souci légitime de retrouver à travers même la discontinuité de l’histoire nationale et malgré les bouleversements qu’elle a subis, l’unité radicale de la nation. Mais ce retour légitime au passé culturel s’il vise le passé en lui-même, sans l’ouvrir au présent et à l’avenir de la nation, il risque de nous faire oublier les problèmes actuels qui se posent au peuple. La récupération du passé risque d’être ainsi une récupération de soi dans le passé, et de devenir une opération d’idéalisation et de poétisation du passé culturel qui s’effectue au détriment même de la culture nationale.

« Ce créateur, nous dit Fanon, qui décide de décrire la vérité nationale, se tourne paradoxalement vers le passé, vers l’inactuel. Ce qu’il vise dans son intentionnalité profonde, ce sont les déductions de la pensée, le dehors, les cadavres, le savoir définitivement stabilisé. Or, l’intellectuel colonisé qui veut faire œuvre authentique, doit savoir que la vérité nationale, c’est d’abord la réalité nationale. Il lui faut pousser jusqu’au lieu en ébullition où se préfigure le savoir » (p. 168).

Il ne faut donc pas regarder le passé comme un cadavre dont on évoque nostalgiquement le souvenir, mais au contraire, il faut le regarder de nos yeux d’aujourd’hui, l’éclairer et le comprendre en fonction de notre projet révolutionnaire actuel. Car il ne peut tirer sa vie que dans son rapport actif avec notre présent. L’unir à notre présent pour le prolonger dans notre avenir, c’est le seul moyen de le rendre vivant. C’est là le sens de cette phrase de Fanon :

« L’homme colonisé qui écrit pour son peuple, quand il utilise le passé, doit le faire dans l’intention d’ouvrir l’avenir, d’inviter à l’action, de fonder l’esprit » (p. 174).

Ainsi, le passé ne saurait avoir une structure temporelle indépendante et propre à lui. Il puise la vie, qu’il peut éventuellement avoir, uniquement dans son ouverture au présent et à l’avenir de notre réalité actuelle. Pour qu’il cesse d’être un cadavre historique, il faut lui conférer un nouveau devenir qui est celui de notre réalité.

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En guise de conclusion, nous pouvons dire que la culture nationale a à se frayer un chemin entre et contre deux aliénations : un passé qui se fige, et une Europe qui fascine. Contre cette double menace, la voix de Fanon s’élève pour définir le sens même du combat culturel (p.169) : « Nous avons tout pris de l’autre côté. Or l’autre côté ne nous donne rien sans, par mille détours, nous courber dans sa direction… nous attirer, nous séduire, nous emprisonner. Prendre, c’est également, sur de multiples plans, être pris… Il ne suffit pas de rejoindre le peuple dans ce passé où il n’est plus, mais dans ce mouvement basculé qu’il vient d’ébaucher et à partir duquel subitement tout va être mis en question. C’est dans ce lieu de déséquilibre… » que se situe et se prolonge le combat culturel.

 

Illustration : Hamed Abdalla (1917-1985), Al-Thawra (Révolution), 1968 (technique mixte sur toile), 130 x 97 cm.

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