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NRJvertes-écofascisme: Fin de l’illusion

« François Partant constate que nos schémas politiques sont inadéquats à cette réalité
contemporaine car « tous admettent pour postulat que l ́homme est maître de son destin
alors qu ́il ne l ́est plus ». Il est donc certain, poursuit-il, que dans tous les pays
occidentaux, devant « l ́auto-asphyxie du mode de production » s ́instaurera peu à peu « ce
qu ́Ingmar Granstedt appelle excellemment un « fascisme d ́impuissance », aujourd ́hui de
plus en plus visible sous la forme d ́un écofascisme. » (
Silvia Grünig-Iribarren : Recouvrer et faire grandir les communaux.octobre2017)

extrait de https://www.lalignedhorizon.net/

Remarques: C’est encore une manipulation du langage d’employer le terme d »énergies renouvelables » (technicien, je m’y suis fait prendre aussi…), alors qu’elles ne sont pas « renouvelables »; elles sont des énergies alternatives nécessitant beaucoup d’énergies fossiles pour leur établissement et tout le long des cycles de vie des infrastructures, machines technologies etc qu’elles ont besoin.  Et elles nécessitent bien évidemment  beaucoup de destructions sociales et environnementales, ce que les économistes appellent « les externalités sociales et environnementales » . Les militants d’origine (pour des techniques  à faible impact, à dimension humaine et afin de sensibiliser à la basse consommation,   se sont fait dépasser et dévorer  par le gigantisme industriel et l’appareil d’Etat son opérateur principal..

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Août 2019

https://lavoiedujaguar.net/Energie-renouvelable-et-genocide-Electricite-de-France-dans-l-isthme-de

Énergie renouvelable et génocide
Électricité de France dans l’isthme de Tehuantepec

vendredi 9 août 2019, par Josefa Sánchez Contreras

Face au changement climatique, l’énergie éolienne est perçue dans le monde comme une mesure écologique et alternative. En d’autres termes, ce qui était censé être une transition écologique a, de fait, ouvert la brèche à tout un marché de crédits-carbone.

La crise environnementale, quasi incontrôlable, que nous connaissons annonce non seulement la catastrophe vers laquelle nous allons, mais elle reste aussi accrochée au colonialisme structurel qui domine dans les pays du « premier monde » à l’égard des pays du troisième monde, ou des pays dits « émergents ». C’est le cas des investissements de l’entreprise EDF, dont l’État français est actionnaire majoritaire, qui ont entraîné une violence génocidaire contre le peuple binnizá (zapotèque).

Ce génocide, comme l’a dénommé Alexander Dunlap (Université d’Oslo), s’explique à partir d’un ensemble « structurel » où entrent en jeu les relations politiques, sociales et culturelles sur deux niveaux, au plan international et au plan local. Concrètement, je fais référence à la forme sous laquelle se déploie le capital français dans l’isthme de Tehuantepec, intensifiant ainsi une économie du crime qui trouve son reflet dans les assassinats, produits des conflits entre caciques locaux. À ce sujet, on peut affirmer de manière catégorique que le capital français fait bien partie de la violence structurelle qui s’exerce actuellement contre les peuples de l’Isthme.

Vu sous cet angle, ce que l’on suppose être une alternative à la catastrophe écologique apparaît non seulement comme une tartuferie du capitalisme vert, mais elle se trouve aussi profondément imbriquée dans une économie de guerre. En effet, dans la mesure où le capital français exaspère les disputes locales, il donne des arguments à l’État mexicain pour légitimer une intervention militaire et déployer des « bases d’opérations mixtes » [1], qui ne sont rien d’autres que des manœuvres pour l’occupation des routes fédérales, des entrées et des sorties des communautés.

Voilà la tragédie de l’énergie renouvelable, qui marche dans les traces d’un colonialisme qui bouscule de manière draconienne la vie des peuples indigènes. Cela se manifeste concrètement par l’appropriation de leurs territoires, la privatisation accélérée des terres communales, la division des communautés, la modification des paysages, l’assassinat des travailleurs, le meurtre systématique des femmes (le féminicide), la criminalisation des comuneros, hommes ou femmes, qui prennent la défense de la vie et du territoire, qu’ils fassent partie de l’Assemblée des peuples indigènes de l’Isthme pour la défense de la terre et du territoire, de l’Assemblée populaire du peuple de Juchitán ou encore de l’Assemblée des comuneros d’Unión Hidalgo, tous faisant partie du Congrès national indigène.

Passer d’un régime de combustible fossile à un autre fondé sur l’énergie renouvelable pour sauver l’humanité ne devrait pas avoir pour coût la mort des peuples indiens. Pourtant c’est bien ce qui est en train d’arriver et une fois de plus nous sommes amenés à entrevoir la continuité de la mentalité coloniale qui consiste à maintenir les peuples indiens en marge de la condition humaine. C’est pourquoi il est si difficile d’user du droit international et national pour porter un coup d’arrêt aux violations des droits de l’homme commises par le capital français — la France étant paradoxalement « le berceau des droits de l’homme ».

Alors que trois parcs d’éoliennes d’EDF Énergie nouvelles sont déjà installés, l’Assemblée zapotèque des comuneros d’Unión Hidalgo lutte sur le plan juridique et pacifiquement contre le quatrième parc d’EDF-EN appelé « Gunaa Sicarú » comprenant 96 aérogénérateurs sur 4 400 hectares de terres communales.

Face à l’opposition des assemblées et aux constantes dénonciations concernant les violations des droits indigènes et agraires, le secrétariat à l’Énergie (Sener) s’est vu dans l’obligation d’avoir recours à une consultation indigène. Cependant celle-ci est pleine d’irrégularités, elle n’a pas respecté deux des préréquisitions de la Convention 169 de l’OIT (la consultation doit en effet être préalable au démarrage des travaux et fournir toute l’information nécessaire au libre choix).

En faisant valoir l’histoire et le droit, l’assemblée des comuneros a réussi en 2018 à obtenir du premier juge de district de l’État d’Oaxaca la suspension de la procédure de la consultation et, avec elle, celle de la construction du parc d’éoliennes. Cependant, fin 2018, cette procédure a été réenclenchée, et nous sommes censés nous trouver actuellement dans la première phase d’accords préalables, dans un climat détestable de menaces de mort en direction des comuneros.

Parmi les irrégularités de la consultation, on retiendra le refus de la part du Sener et de l’Institut national des peuples indigènes (INPI) de reconnaître le représentant des biens communaux comme relevant du sujet collectif à consulter, alors même qu’ils signalent l’Assemblée d’Union Hidalgo comme étant une institution représentative de la communauté indigène. Cette ambiguïté maintenue délibérément révèle la sujétion dans laquelle se trouve l’INPI à l’égard de la politique néolibérale menée par les ministères de l’énergie et de l’économie ; autrement dit cet assujettissement de l’INPI montre bien que le discours tenu par le gouvernement sur la reconnaissance des peuples comme sujet de droit n’est qu’un voile qui cache l’accaparement des terres et des territoires dont souffrent encore les peuples indigènes de ce pays.

La contradiction flagrante entre l’économie néolibérale menée par le gouvernement de la « quatrième transformation » et la pleine reconnaissance des droits des peuples indiens est une réalité incontournable en ces temps de consultations simulées. Éclairés sous ce jour, les parcs d’éoliennes apparaissent non seulement comme une hypocrisie sur le plan de l’énergie « propre », mais ils participent en outre au génocide des peuples qui est en train de se dérouler sous nos yeux.

Josefa Sánchez Contreras

Traduction : Georges Lapierre.
Texte d’origine paru dans Ojarasca,
Mexico, juillet 2019.
Notes

[1] Elles sont dites mixtes car elles sont constituées par des éléments de l’armée et de la police.

 

 

 

Février 2019

http://partage-le.com/2019/02/democratie-photovoltaique-par-nicolas-casaux/

Confusion renouvelable et transition imaginaire (par Nicolas Casaux)
(La photo de couverture de l’article (ci-dessus) montre des travailleurs dans une usine d’assemblage de cellules de panneaux solaires photovoltaïques, à Dezhou, province de Shandong, en Chine.)

 

Dans son livre Des ruines du développement, Wolfgang Sachs met en relief les conséquences sociales d’un appareil aussi anodin, en apparence, que le robot de cuisine :
« Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! …à première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondial. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales qui dépendent à leur tour de barrages, de plates-formes off-shore ou de derricks installés dans de lointains déserts. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires et d’experts financiers, eux-mêmes reliés aux administrations et à des secteurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée). En mettant le mixer en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne implique la réorganisation de la société tout entière. »
Ce qu’il écrit à propos d’un robot électrique est vrai de tous les objets produits en masse par la société industrielle, et notamment des appareils hautement technologiques. La même chose peut être formulée à propos d’un panneau solaire photovoltaïque, d’une éolienne industrielle, d’une centrale à biomasse ou d’un barrage hydroélectrique (et, bien évidemment, d’une centrale nucléaire, d’une centrale au charbon, ou d’une exploitation pétrolière ou gazière).

Exemple :
« Il produit de l’électricité grâce à la lumière solaire. Quelle merveille ! …à première vue. Il suffit de suivre le câble qui le relie au réseau électrique pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondial. Sa fabrication et son arrivée sur le site de son utilisation requièrent un éventail international d’opérations complexes et polluantes. Depuis les extractions de matières premières, comme les terres rares, en Chine, à leur traitement en usine, à l’assemblage des composants dans une autre usine, et jusqu’au transport maritime par cargo qui l’acheminera en Europe. L’électricité qu’il produit est transmise au travers d’un circuit électrique gigantesque, et stockée grâce à des systèmes de batteries. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires et d’experts financiers, eux-mêmes reliés aux administrations et à des secteurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée). En mettant le panneau solaire en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne implique la réorganisation de la société tout entière. »
Et en effet, contrairement aux prétentions absurdes mais populaires et (ou car) médiatiques selon lesquelles le panneau solaire photovoltaïque (ou l’éolienne industrielle de 200 mètres de haut) serait une technologie autonomisante, en réalité, celui qui en dépend est tributaire — à l’instar de celui qui dépend de n’importe quelle technologie moderne — d’un système industriel planétaire en mesure de produire un tel appareil[1]. Impossible d’en fabriquer un simplement et localement, de A à Z, à Concarneau, en Bretagne, par exemple. Pour cela, il faudrait que vous trouviez ou produisiez, dans les environs de Concarneau, de l’arsenic (semi-conducteur), de l’aluminium, du bore (semi-conducteur), du cadmium (utilisé dans certains types de cellules photovoltaïques), du cuivre (câblage et certains types de cellules photovoltaïques), du gallium, de l’indium (utilisé dans les cellules photovoltaïques), du minerai de fer (acier), du molybdène (utilisé dans les cellules photovoltaïques), du phosphore, du sélénium, du silicium, de l’argent, du tellure et du titane, sans oublier les ouvriers chinois en mesure de fabriquer le panneau solaire, ainsi que les machines nécessaires à sa fabrication, les matériaux nécessaires à la fabrication de ces machines, les machines nécessaires à la fabrication de ces machines nécessaires à la fabrication du panneau solaire, etc. Pour les mêmes raisons, il est également impossible d’y fabriquer simplement et localement l’onduleur et la batterie au lithium qui l’accompagnent. De la même manière, il est impossible d’y fabriquer un smartphone ; comme pour tous les appareils high-tech, il vous faut pour cela une civilisation industrielle mondialisée.
***
Toutes les technologies de production industrielle d’énergie dite « verte » — panneaux solaires, éoliennes industrielles, centrales à biomasse, barrages, etc. — requièrent ces « bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires et d’experts financiers, eux-mêmes reliés aux administrations et à des secteurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée) » dont parle Wolgang Sachs. Toutes reposent sur le même esclavage salarial, la même servitude moderne qui caractérisent nos sociétés industrielles. C’est-à-dire qu’elles requièrent et dépendent non seulement d’une organisation sociale étendue, très hiérarchisée, très complexe, de type étatique, mais aussi de nombreuses autres industries (industrie du béton pour les barrages et les centrales à biomasse, industrie de production du silicium pour les panneaux solaires, de production d’acier pour les éoliennes, etc.), y compris de l’industrie des combustibles fossiles. Ainsi que le rappelle Max Wilbert dans l’entretien qu’il m’a accordé :
« Les renouvelables sont, sans exception, dépendantes des combustibles fossiles. Prenons l’exemple des éoliennes. Leurs pales sont faites de plastique à partir du pétrole. L’acier qui les compose est produit à l’aide de quantités massives de coke, qui est une forme de charbon.

L’industrie de l’acier est une des industries les plus toxiques au monde, et pourtant elle est cruciale pour les éoliennes et beaucoup d’autres technologies “vertes”. Les éoliennes sont lubrifiées à l’aide de pétrole. Chaque éolienne nécessite des centaines de litres de lubrifiant. D’ailleurs, Exxon Mobil possède une division spécialisée dans les lubrifiants pour éoliennes. Les éoliennes sont transportées grâce à des camions dépendants des combustibles fossiles, mises debout grâce à des grues qui carburent au diesel, encastrées dans leurs fondations en béton (un matériau dont la production est très énergivore), dont les fosses ont été excavées par des machines qui carburent elles aussi au diesel. Et ainsi de suite. »
Ainsi qu’on peut le lire dans un article récemment publié sur le site de l’hebdomadaire canadien Business In Vancouver et repris sur mining.com, un site majeur consacré au secteur minier mondial :
« Étant donné les quantités d’aluminium, de charbon métallurgique, de cuivre, de zinc et de terres rares nécessaires à chaque éolienne et chaque véhicule électrique — et étant donné la quantité de lithium et de cobalt nécessaires pour les batteries des véhicules électriques — une question se pose : la transition vers une économie à faible émission de carbone nous mènera-t-elle au « pic des métaux » (au point maximale de notre production de métal) ?
Les objectifs que les gouvernements établissent en termes d’énergies renouvelables et de véhicules électriques nécessiteront une augmentation massive des extractions minières, et la question se pose de savoir si suffisamment de mines pourront être construites à temps pour atteindre ces objectifs en temps voulu.
Une récente étude menée par Metabolic, Copper 8 et l’université de Leiden pour le gouvernement néerlandais estime que la production mondiale de certains métaux serait multipliée par 12 d’ici 2050 si tous les signataires de l’accord de Paris respectaient leurs engagements de décarbonisation de l’économie. […]
Une étude s’inquiète de la production d’argent, utilise dans les cellules des panneaux solaires photovoltaïques. Une autre de celle de lithium et de cobalt, qui sont nécessaires aux batteries lithium-ion des véhicules électriques. […]
Par ailleurs, les métaux comme l’acier et le cuivre peuvent — et vont être — recyclés. Une augmentation de 1400% de la production de véhicules électriques n’implique pas nécessairement une augmentation similaire de la demande en cuivre, puisqu’une partie pourra provenir du recyclage.
Mais il ne fait aucun doute que le monde aura besoin de plus de cuivre, d’acier, de terres rares et de beaucoup d’autres métaux critiques au cours des deux prochaines décennies. Cette nécessaire augmentation des extractions minières aura des impacts sur les terres, les eaux, les forêts et les peuples autochtones.
Ainsi qu’un rapport du Parlement Européen l’affirme : « Une augmentation majeure des extractions de matières premières aura de graves conséquences pour les communautés locales et l’environnement, et génèrera d’importantes émissions de gaz à effet de serre. »
En outre, la production énergétique des industries des énergies dites « vertes » s’ajoute aux autres productions industrielles d’énergie (nucléaire, charbon, gaz, pétrole), loin de les supplanter, et alimente les mêmes sociétés, la même société, le même mode de vie, les mêmes appareils, les mêmes usages, tous plus anti-écologiques les uns que les autres (panneaux solaires sur les toits d’usines, éoliennes pour alimenter en électricité smartphones, téléviseurs, ordinateurs, etc., dont les productions sont autant de catastrophes environnementales et sociales).
Ce que Philippe Bihouix écrit à propos de la croissance « verte » caractérise tout aussi bien la soi-disant « transition écologique » promue par toutes et tous — politiciens, ONG (Greenpeace, WWF, etc.), écologistes autorisés… — dans les médias de masse. Leur transition écologique
« se base, en tout cas dans son acception actuelle, sur le tout-technologique. Elle ne fera alors qu’aggraver les phénomènes que nous venons de décrire, qu’emballer le système, car ces innovations “vertes” sont en général basées sur des métaux moins répandus, aggravent la complexité des produits, font appel à des composants high tech plus durs à recycler. Ainsi du dernier cri des énergies renouvelables, des bâtiments “intelligents”, des voitures électriques, hybrides ou hydrogène… […]
Avec la [transition écologique], nous aimerions appuyer timidement sur le frein tout en restant pied au plancher : […] Ce qui nous attend à court terme, c’est une accélération dévastatrice et mortifère, de la ponction de ressources, de la consommation électrique, de la production de déchets ingérables, avec le déploiement généralisé des nanotechnologies, des big data, des objets connectés. Le saccage de la planète ne fait que commencer. »
Ce qui nous amène à la distinction entre techniques autoritaires et techniques démocratiques que proposait Lewis Mumford. « Les techniques démocratiques sont les méthodes de production à petite échelle, reposant principalement sur les compétences humaines et l’énergie renouvelable, faisant un usage limité des ressources naturelles. Elles demeurent toujours sous la direction active de l’artisan ou du paysan. […] la technique autoritaire […] n’est pas délimitée par les coutumes et les sentiments humains, elle repose sur une contrainte physique impitoyable, elle a créé des machines humaines complexes composées de parties interdépendantes spécialisées, standardisées. Malgré sa tendance continuelle à la destruction, la technique totalitaire est bien accueillie parce qu’elle permet la première économie d’abondance contrôlée. La technique a accepté un principe de base de la démocratie selon lequel chaque membre de la société doit avoir une part de ses biens, faisant disparaître tous les autres vestiges de la démocratie. »
Theodore Kaczynski formulait également, à sa manière, cette distinction :
« Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. »
Malheureusement, la quasi-totalité des personnalités, associations, groupes, organisations et médias écologistes grand public ne réalisent pas (ou occultent) toute la complexité de la situation dans laquelle nous nous trouvons, et parlent d’autonomie et de démocratie tout en faisant la promotion de technologies qui ne relèvent ni de l’autonomie ni de la démocratie.
Les écologistes qui militent en faveur des énergies dites « vertes » ou « renouvelables » type panneaux solaires photovoltaïques, éoliennes industrielles, centrales à biomasse, barrages, etc., militent en faveur de la société industrielle planétaire telle qu’elle existe actuellement (ou, du moins, en faveur d’une organisation sociale tout aussi antidémocratique). Les panneaux solaires photovoltaïques et les batteries au lithium sont indissociables de l’Empire mondialisé qui asservit les populations et détruit le monde naturel, tout comme les appareils que ces technologies vertes servent à alimenter en énergie (réfrigérateurs, ordinateurs, smartphones, tablettes, téléviseurs, etc.), et comme l’internet lui-même. Les hautes technologies et, plus généralement, le système industriel dont elles participent et dépendent, requièrent, selon toute logique, une société de masse, hiérarchique, bien trop complexe, populeuse et étendue pour être organisée d’une manière véritablement démocratique — c’est-à-dire selon les principes de la démocratie directe.
Seulement, la plupart des gens — et des écologistes — rejettent l’idée de devoir renoncer à des technologies dont l’idéologie du progrès leur a inculqué qu’elles étaient essentielles à la vie humaine, au bonheur — bien qu’elles existent tout au plus depuis quelques dizaines d’années. L’idée d’une vie sans internet, sans pouvoir communiquer instantanément avec n’importe qui à l’autre bout du monde, sans médecine high-tech, sans téléphones portables, sans GoPro pour envoyer des vidéos sur YouTube, sans voitures, sans ordinateurs, etc., les effraie, leur paraît triste et morne, indésirable — preuve de la réussite du conditionnement progressiste.
Pourtant, étant donné, d’une part, que la production de hautes technologies implique nécessairement des destructions et pollutions environnementales ainsi qu’une organisation sociale antidémocratique (« autoritaire » pour reprendre la terminologie de Mumford) et, d’autre part, qu’un mode de vie basé sur des technologies douces (ou « démocratiques ») est infiniment plus épanouissant, plus humain, plus désirable, un tel rejet est absurde. En effet, contrairement aux simplismes mensongers que la culture dominante enseigne au sujet du passé, l’humanité n’errait pas dans la tristesse, la peine, la peur et le malheur avant l’invention d’internet. Ce qui ne revient pas à dire que l’on pourrait considérer le passé en bloc comme un paradis perdu où tout le monde nageait dans le bonheur partout et de tout temps — évitons de tomber dans un autre simplisme absurde, à l’instar du mythe du progrès, et qui se contenterait d’ailleurs de l’inverser.

Derrick Jensen – Earth at Risk 2014 (extrait): https://www.youtube.com/watch?v=RjNFw59dhc8
Des organisations sociales toujours plus démesurées, inhumaines, antidémocratiques et inégalitaires, des destructions tous azimuts, inexorables et croissantes du monde naturel (destruction des forêts, destruction et/ou pollution des sols, des océans, des mers, des cours d’eau, de l’atmosphère, etc.), un malaise social de plus en plus prégnant (stress, angoisses, dépressions, violences, etc.), tels sont les coûts du mal nommé progrès, dont il n’existe manifestement pas de version durable ou écologique.
***
Ainsi que l’a écrit Alain Gras dans un article intitulé « L’illusion de la fatalité technique », publié dans la revue l’Écologiste n°5, 2001 :
« L’homme moderne n’est pas seulement un être dont la vie est façonnée par le travail et le désir investi dans la consommation, il est aussi celui dont le confort dans la vie quotidienne dépend à un degré infiniment plus élevé qu’auparavant d’entités invisibles et omniprésentes : il est l’homme « branché » que décrit l’imagerie populaire. Branché par la prise du rasoir sur l’usine électrique, branché par la pompe à essence sur le puits de pétrole du Koweït [et, j’ajouterai : sur la déforestation et la monoculture de palmiers à huile en Indonésie, branché sur les violations des droits humains, les massacres et les dévastations environnementales au Congo, où sont extraits, entre autres choses, le coltan et le cobalt des téléphones et des ordinateurs portables, branché sur de multiples ravages sociaux et écologiques à travers le globe, par exemple en Chine et bientôt au Groenland où sont extraites les terres rares nécessaires aux technologies dites vertes, branché sur d’autres nuisances sociales et écologiques au Chili d’où provient le lithium des batteries des appareils électriques], branché sur le monde par CNN et le satellite dans l’espace, branché par la ligne aérienne sur New York ou par la voie ferrée sur Lyon, sur Concorde ou le TGV, et débranché de ses semblables ! Cet homme, entouré d’objets techniques, ne voit la technique que sous sa forme la plus naïve et la moins dangereuse. Il admire la grandeur de la taille et de la puissance, il ne s’aperçoit pas qu’il devient totalement dépendant. Il ne sait rien de la manière dont sont dirigés les grands systèmes techniques qui se cachent sous la surface du réel quotidien. »
Les technologies productrices d’énergie soi-disant « verte » ou « renouvelable » et les technologies dites « vertes » en général requièrent ces « grands systèmes techniques » dont l’humain moderne a été rendu dépendant et qui, selon toute logique, ne pourront jamais être rendus ni démocratiques ni écologiques.
***
Dans un numéro hors-série du Nouvel Observateur en date de juin-juillet 1972, portant sur l’écologie, figurait ce tableau :
Société à technologies dures
Communautés à technologies douces
Grands apports d’énergie
Matériaux et énergie non recyclés
Production industrielle
Priorité à la ville
Séparé de la nature
Limites techniques imposées par l’argent…
Petits apports d’énergie
Matériaux recyclés et énergies inépuisables seulement
Production artisanale
Priorité au village
Intégrée à la nature
Limites techniques imposées par la nature…
(Si l’expression « énergies inépuisables » figure dans la colonne technologies douces, c’est parce qu’il est évidemment possible d’utiliser les énergies renouvelables du soleil, du vent et de l’eau de manières démocratiques (ou « douces »). Ce qu’a fait l’humanité pendant la quasi-totalité de son existence. Par exemple, en ce qui concerne le solaire, en construisant une maison selon les principes de l’architecture bioclimatique, en utilisant les principes du solaire passif, en construisant soi-même un panneau solaire thermique (en ayant recours à de la récupération, en recyclant divers objets) ou, en ce qui concerne l’éolien, au travers du principe du moulin à vent, etc.)
Il est assez navrant de constater que près de 50 ans après, le discours écologiste dominant, celui que relaient désormais L’Obs et tous les autres médias grand public (et les Cyril Dion, YAB & Co., à quelques nuances près), n’est plus qu’un plaidoyer en faveur des fausses solutions techno-industrielles que sont les énergies dites « renouvelables » industrielles, qui visent uniquement à perpétuer le mode de vie hautement technologique moderne, à prolonger l’expansion et le fonctionnement mortifère de l’Empire.

Ainsi que l’écrivait déjà Jaime Semprun en juin 1990[2] :
« Les écologistes sont sur le terrain de la lutte contre les nuisances ce qu’étaient, sur celui des luttes ouvrières, les syndicalistes : des intermédiaires intéressés à conserver les contradictions dont ils assurent la régulation, des négociateurs voués au marchandage (la révision des normes et des taux de nocivité remplaçant les pourcentages des hausses de salaire), des défenseurs du quantitatif au moment où le calcul économique s’étend à de nouveaux domaines (l’air, l’eau, les embryons humains ou la sociabilité de synthèse) ; bref, les nouveaux courtiers d’un assujettissement à l’économie dont le prix doit maintenant intégrer le cout d’un “environnement de qualité”. […]
Dire de la pratique des écologistes qu’elle est réformiste serait encore lui faire trop d’honneur, car elle s’inscrit directement et délibérément dans la logique de la domination capitaliste, qui étend sans cesse, par ses destructions mêmes, le terrain de son exercice. Dans cette production cyclique des maux et de leurs remèdes aggravants, l’écologisme n’aura été que l’armée de réserve d’une époque de bureaucratisation, où la “rationalité” est toujours définie loin des individus concernés et de toute connaissance réaliste, avec les catastrophes renouvelées que cela implique. »
L’écologie se résume aujourd’hui à l’implantation, un peu partout, de centrales solaires, de parcs éoliens, de centrales à biomasse, d’éco-quartiers aux normes HQE (Haute Qualité Environnementale), BBC (Bâtiment Basse Consommation) ou encore THPE (Très Haute Performance Environnementale), aux voitures électriques, aux économies d’énergie et à l’efficience énergétique, etc., toutes choses qui n’entravent aucunement la destruction du monde naturel, puisqu’elles y participent. C’est-à-dire que l’écologie dominante est un mensonge qui consiste à qualifier de vert, propre ou durable ce qui n’est ni vert, ni propre, ni durable. Au bout du compte, elle repose sur le mythe selon lequel la civilisation industrielle (le monde moderne, technologiquement parlant) pourrait devenir écologique (et démocratique même, pour les plus audacieux des écologistes médiatiques), au travers de quelques ajustements techniques et de quelques réformes politiques.
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Une des nombreuses raisons pour lesquelles société industrielle et démocratie sont antinomiques relève d’une chose très simple, comprise et soulignée par beaucoup depuis bien longtemps, dont Jean-Jacques Rousseau, dans son Projet de constitution pour la Corse, rédigé en 1765 :
« Un gouvernement purement démocratique convient à une petite ville plutôt qu’à une nation. On ne saurait assembler tout le peuple d’un pays comme celui d’une cité et quand l’autorité suprême est confiée à des députés le gouvernement change et devient aristocratique. »

Ou Lewis Mumford, qui affirmait en 1973 que « la démocratie est une invention de petite société. Elle ne peut exister qu’au sein de petites communautés. Elle ne peut pas fonctionner dans une communauté de 100 millions d’individus. 100 millions d’individus ne peuvent être gouvernés selon des principes démocratiques. »
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Aujourd’hui, loin des analyses — presque devenues grand public, à l’époque — de certains écologistes des années 70 selon lesquels le seul futur possible (et désirable) pour l’espèce humaine impliquait le démantèlement de la technocratie planétaire au profit de communautés à taille humaine, démocratiques, affranchies des technologies autoritaires (dont la high-tech) et basées sur des technologies « douces » (ou basses technologies), tous les médias, les gouvernements et les écologistes grand public affirment que les solutions à tous nos problèmes sont à chercher du côté de ces mal nommées énergies « renouvelables » et des technologies dites « vertes » en général.
***
Et maintenant la partie la moins drôle. Une fois que l’on comprend que le discours écologiste dominant relève de la foutaise. Que rien de ce qu’il propose ne fera cesser ni la destruction du monde naturel ni l’exploitation de l’humain par l’humain dans le cadre de sociétés toujours plus inégalitaires. Que ce qui devrait se produire pour que le désastre socioécologique en cours prenne fin — à savoir le démantèlement complet de la société industrielle, la dissolution des sociétés de masse en une multitude de sociétés à taille humaine, adaptées à leurs territoires écologiques, fondées sur des technologies douces — constitue le pire cauchemar de tous les dirigeants politiques et corporatistes. Qu’ils ne le permettront jamais. Que la plupart des gens ne le souhaitent pas davantage. On réalise à quel point nous sommes mal embarqués.
Certains trouvent alors du réconfort auprès des collapsologues qui leur assurent que l’effondrement est pour bientôt, que tout cela[3] va finir. Et qui promeuvent principalement une sorte de survivalisme — parfois teinté de mysticisme.
Face aux innombrables injustices que la civilisation industrielle implique, à l’encontre des humains comme du monde naturel et de toutes les espèces vivantes, et étant donné ce qui est en jeu, nous considérons plutôt qu’il nous faut faire notre possible pour édifier une culture de résistance, afin de participer au combat pour la mettre hors d’état de nuire.
Nicolas Casaux

1. Voir : http://partage-le.com/2016/06/le-desastre-ecologique-renouvelable-des-tokelau/ ↑
2. http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?article37 ↑
3. http://partage-le.com/2017/12/8414/


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voir aussi https://bibliothequefahrenheit.blogspot.com/2018/05/le-soleil-en-face-rapport-sur-les.html
9 mai 2018
LE SOLEIL EN FACE – Rapport sur les calamités de l’industrie solaire et des prétendues énergies alternatives
« Crise énergétique » et « crise environnementale » seront résolues au moyen du « développement durable », à en croire les politiciens, les industriels et la bonne conscience citoyenne. Le véritable Graal de cette quête d’une énergie inépuisable et à vil prix reste l’énergie solaire mais loin de l’utopie d’une énergie « propre », cette industrie sera « une avancée stratégique de l’électrification du monde », « un apport décisif à la réquisition de nos vies par l’économie ». « Après les sacrifices à l’idole nucléaire voici ceux du nouveau culte solaire. »

Fort symboliquement, quelques semaines après l’entrée en fusion des trois réacteurs de Fukushima, le prototype Solar Impulse accomplit un vol d’essai au salon du Bourget. « Dans la masse de calamités accumulées par 150 années de développement industriel sans merci, les élites politiques mondiales ont choisi de s’émouvoir du changement climatique. » En 2007, le Quatrième Rapport du GIEC reconnait les « gaz à effet de serre d’origine anthropique ». « Le changement climatique, grande menace par anticipation de ce début de millénaire, offre un point de fixation parfaitement compatible avec la poursuite de la fuite en avant. » Il fournit une excellent raison de désinvestir les énergies fossiles de toute façon condamnées par l’épuisement annoncé des stocks et fixer leur remplacement comme objectif mondial. Pour répondre à la demande croissante d’énergie avec le développement de l’électronique grand public, l’humanité entre sans retour dans l’ère du développement durable.
Ray Kurzweil, « entrepreneur et gourou transhumaniste », « apologiste enragé du techno-totalitarisme », voit dans l’énergie solaire le salut à court terme de l’humanité productiviste.
Lorsqu’en 1711, la pression de la vapeur d’eau mit  en mouvement les pistons façonnés par Thomas Newcomen, dans le Devon, permit de pomper l’eau d’infiltration qui inondait les mines d’étain du sud-ouest de l’Angleterre. On put dès lors descendre plus profond, extraire davantage de minerais, afin de construire plus de machines pour pomper plus efficacement et descendre encore plus profondément. Cet épisode fondateur condense le principe que Jacques Ellul a nommé le système technicien.
L’énergie solaire est à l’origine de toute vie sur terre et de la quasi-totalité des « sources » d’énergie exploitées par les sociétés humaines, puisque les hydrocarbures, par exemple, sont issus de la maturation des végétaux nés du flux de photons.
Frédéric Gaillard fait le point sur les autres « énergies alternatives » et leurs « inconvénients » : biocarburants de première, deuxième et troisième génération (usines à plancton), hydraulique, géothermique,…
Tout a déjà été dit et écrit sur l’industrie nucléaire, sa nocivité et ses mensonges. « L’argument de l’atome comme « moindre mal » a fait son temps. » Le développement de l’éolien comme celui du panneau solaire, s’est imposé dans l’imaginaire français du développement durable, caution idéologique qui préside à son développement. Son exposé sur la technologie photovoltaïque est brillant, complet et parfaitement accessible. Il pointe l’extension des zones grises, avec ces « fermes photovoltaïques » qui colonisent les marges des agglomérations, et les mesures incitatives qui multiplient l’intégration au bâti des plaques de silicium. Même la technologie balbutiante des cellules photovoltaïques organiques n’a pas de secret pour lui. En attendant, le film photovoltaïque flexible est déjà présenté comme une « rupture technologique » puisque qu’il va permettre aux écrans de se recharger tout seul. Portables bios (?!) et panneaux publicitaires, voilà « ce monde meilleur que nous promet l’essor des technologies vertes ».
L’acétate de vinyle, entre autres substances utilisées pour la fabrication des panneaux solaires, est une substance génotoxique et reprotoxique, mais qu’on se rassure, une fois de plus, ce sont les pollueurs qui fixent eux-mêmes les niveaux de nuisance tolérables.
Les terrains saccagés par l’extraction des matières premières, les mégawatts engloutis pour la purification et la cristallisation du silicium à très haute température, les millions de mètres cubes d’eau pompés et dépollués à grand frais, sont rarement évoqués au sujet de cette technologie si respectueuse de l’environnement. Le coltan, par exemple, utilisé dans les condensateurs des téléphones portables, fut l’enjeu d’une guerre pour le contrôle des plus grands gisements situés en République Démocratique du Congo, responsable de plus de 3,5 millions de morts dans sept pays depuis 1998. Sans parler des gorilles.
La « croissance verte » n’est qu’un mythe. Il ne s’agit que de perpétuer l’emprise technicienne, au-delà du pétrole et de l’atome, sous les atours du Nouvel Ordre Vert. Le but ultime étant la photosynthèse artificielle, récupérer et stocker l’énergie solaire sous forme d’hydrogène, réutilisé au sein d’une pile à combustible pour obtenir, par réaction inverse, de l‘eau et de l’électricité.

Le Grenelle de l’environnement, en 2007, exclut toute discussion sur le nucléaire et adopte « un fatras de résolutions inoffensives, une politique de développement des énergies propres », dont des tarifs très attractifs de rachat par EDF du kilowatt-heure photovoltaïque. Les objectifs, pourtant raisonnables, par rapport à l’Allemagne par exemple, sont rapidement atteints, aussi ces mesures incitatives, accusées d’engraisser l’industrie chinoise, sont aussitôt sabordées, ruinant une filière émergente. L’État électricien, sous la pression du corps des Mines, a vu son monopole nucléarisé, centralisé et anti-démocratique, menacé par une dissémination technologique. Il n’entend pas laisser d’alternative se développer sans s’être au préalable assurer les moyens de son contrôle. En 2011, La France fut le seul pays européen à perdre des emplois dans le solaire.

Grenoble est régie depuis un siècle et demi par « une lignée d’ingénieurs et de scientifiques qui déploient toute leur énergie à l’édification du techno-monde ». Le Commissariat à l’énergie atomique, implanté sur le polygone scientifique en 1956, est la matrice d’une « collusion revendiquée entre le pouvoir politique – civil et militaire – la recherche scientifique et les industriels ». Les dirigeants de Minatec Entreprises et de leur filiale Clinatec qui oeuvre en secret à l’interface homme-machine et au perfectionnement des implants cérébraux, sont également aux manettes de la mairie. Les « énergumènes du CEA/PS » contrôlent aussi Liten, le Laboratoire d’innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux, l’Institut national de l’énergie solaire (INES), Photowatt, la plus grande entreprise française dans le secteur et la seule à maitriser tout le cycle, qui sera sauvée de la faillite par EDF, « enterrant les dernières illusions d’énergie autonome et décentralisée ».

L’esprit critique acéré et caustique de Frédéric Gaillard n’épargne rien ni personne. Fort d’une fine connaissance des dossiers, des acteurs et des enjeux, il s’applique à soigner ses portraits, au dépend de l’analyse, beaucoup plus superficielle. Se contenter d’accuser le développement technologique de « fuite en avant » ne suffit pas tout à fait pour en comprendre la logique, et pourrait même desservir son propos, susciter un rejet en bloc de ses raisonnements et les dévoyer au point de permettre l’éloge de ce Progrès à tous prix qu’il dénonce.
Il s’abstient également de proposer une alternative aux « alternatives », par refus de la « tyrannie du projet ». Sa remarque indirecte au sujet de la « perspective co-gestionnaire des antinucléaires autorisés – Greenpeace et le Réseau « Sortir du nucléaire » – qui prétendent aujourd’hui sortir du nucléaire sans sortir de la société qui le produit » laisse, de la même façon, entendre un rejet du capitalisme que nous aurions aimer voir développé.
Sa connaissance exhaustive du sujet intéressera certainement beaucoup de lecteurs, il n’est pourtant pas certain que son simple « rejet des emballements pathologiques et mortifères », au nom de son désir d’«  exister et jouir du cours de cette existence, si quotidienne et mélancolique soit-elle », les contente.

LE SOLEIL EN FACE
Rapport sur les calamités de l’industrie solaire et des prétendues énergies alternatives
Frédéric Gaillard
Éditions L’Échappée –  Collection «Négatif » – Paris – Mai 2012
http://www.lechappee.org/

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LA GUERRE DES MÉTAUX RARES

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