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Luttes autochtones ou d’autonomie

« On assiste à la multiplication des luttes des peuples autochtones [Cf Lutte d'autonomie], des paysans, des habitants du monde rural qui s’insurgent contre la dévastation de leurs territoires. Des associations dénoncent au niveau régional comme à l’échelle mondiale les « grands projets inutiles imposés ». www.reporterre.net/Dossier-GPII-Grands-projets Les luttes de ceux que l’on appelle les « zadistes », s’inscrivent dans une défense des territoires à défaut, pour l’instant, d’être une reconquête. Même si les zones concernées sont moins étendues que les forêts équatoriales et les enjeux moins vitaux, les problématiques en jeu sont proches. Les « zones à défendre » se multiplient. Elles donnent lieu à des occupations, des installations, des projets de vie différents. Généralement l’agriculture y occupe une place importante. Ce sont souvent des terres agricoles ou des territoires ayant un intérêt écologique qui font l’objet de luttes. Pour certains peuples ce sont aussi des zones ayant un caractère sacré qui sont menacées. Des gens risquent leur vie pour défendre ces territoires, ce ne sont plus seulement des paysans, et la multiplication de ces conflits territoriaux à travers le monde commence à faire sens. »

(Silvia Pérez-Vitoria « Manifeste pour un 21ème siècle paysan »)

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Mars 2017

http://www.bastamag.net/Le-soutien-sans-failles-des-banques-francaises-a-l-oleoduc-impose-aux-Sioux-par

 les Sioux du Dakota expulsés par Trump; Quatre banques françaises avec lui
par Olivier Petitjean 24 février 2017

Ce 22 février, les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation du principal campement des Sioux et de leurs alliés qui s’opposaient encore à la construction de l’oléoduc Dakota Access, aux États-Unis. Les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs arrestations et des incidents ont émaillé l’évacuation. Selon le compte-rendu du Guardian, deux mineurs auraient été victimes de brûlures graves suite à une explosion inexpliquée dans un tipi du camp.

L’oléoduc Dakota Access doit amener, sur plusieurs centaines de kilomètres, le pétrole de schiste extrait dans le Dakota du Nord vers l’Est des États-Unis. Une portion de cette infrastructure doit traverser, à proximité de la rivière Missouri, des terres ancestrales des Sioux, menaçant leurs sources d’eau potable. Après des mois de manifestations et d’occupation des terrains, l’administration Obama avait finalement bloqué le chantier et demander l’étude d’un tracé alternatif. Dès son arrivée à la Maison blanche, Donald Trump a cassé cette décision et ordonné la reprise rapide des travaux. Le nouveau président possède des actions dans Energy Transfer Partners (ETP), l’entreprise qui construit l’oléoduc, et compte parmi ses plus proches alliés un magnat du pétrole de schiste (lire notre article).

Les banques françaises débloquent des fonds supplémentaires

La lutte se poursuit sur le terrain juridique, les Sioux ont déposé un recours contre le décret de Donald Trump. Une autre bataille importante se déroule autour du financement du projet par plusieurs banques, invitées par les opposants à rompre leurs liens avec Energy Transfer Partners. Les pétitions ont reçu plus de 700 000 signatures. Plusieurs banques européennes sont concernées, dont les françaises BNP Paribas, Société générale, Natixis et le Crédit agricole.

« La banque néerlandaise ABN Amro a annoncé le 2 février qu’elle arrêterait toute relation avec Energy Transfer Equity, la principale entreprise derrière le projet, et la banque suédoise Nordea a carrément exclu les trois principales entreprises du projet, souligne Lucie Pinson, de l’association Les Amis de la Terre. Malheureusement, jusqu’à présent, les banques françaises n’ont pris aucun engagement similaire. Natixis et Crédit Agricole ont même récemment refinancé ETP. » Les grandes banques françaises avaient répondu à ces interpellations en indiquant qu’elles attendaient les résultats d’une expertise sur le projet et la consultation des populations concernées pour se prononcer.

En attendant, les affaires continuent. Selon les données collectées par les Amis de la Terre et l’organisation spécialisée Banktrack, Natixis et le Crédit agricole ont débloqué en janvier, au moment de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, plusieurs dizaines de millions de dollars au profit d’Energy Transfer Partners (72 millions pour Natixis et 35 millions pour le Crédit agricole). Aux côtés de BNP Paribas, elles auraient également participé à un prêt pour la même entreprise de 2,2 milliards de dollars au début du mois de février.

Olivier Petitjean
Lire aussi : Les grandes banques françaises derrière le projet d’oléoduc combattu par les Sioux

http://www.bastamag.net/Les-grandes-banques-francaises-derriere-le-projet-d-oleoduc-combattu-par-les

Les grandes banques françaises derrière le projet d’oléoduc combattu par les Sioux
par Olivier Petitjean 21 novembre 2016

Les Sioux de la réserve de Standing Rock, dans le Dakota du Sud, s’opposent à un projet d’oléoduc qui menace des sites culturels ancestraux et leurs sources d’eau [1]. Le Dakota Access Pipeline, d’une longueur de 1800 kilomètres, doit transporter le pétrole de schiste extrait dans le Dakota du Nord vers les côtes Est et Sud des États-Unis et, au-delà, vers d’autres marchés. Or, selon les chiffres compilés par l’ONG Food and Water Watch, les banques françaises sont engagées dans le projet du Dakota Access Pipeline, pour des sommes dépassant le milliard de dollars.

Crédit Agricole, Natixis et Société Générale figurent parmi les banques qui ont accordé un prêt de 2,5 milliards de dollars spécifiquement dédié au financement de la construction de l’oléoduc. Avec BNP Paribas, Crédit agricole et Natixis financent également les deux firmes qui portent le projet (Energy Transfer Partners et Energy Transfer Equity). Total de l’exposition financière des banques françaises : près de 450 millions de dollars pour BNP Paribas, près de 350 millions pour le Crédit agricole, 180 millions pour Natixis et 120 millions pour la Société générale.

Une coalition d’organisations écologistes, dont Greenpeace et les Amis de la terre, ont adressé une lettre officielle à un groupement de banques vantant leur responsabilité sociale et environnementale – l’association des « Principes de l’Équateur ». Les ONG s’étonnent que ces banques soient engagées dans un projet aussi problématique pour l’environnement et pour les droits des indigènes, en contradiction totale avec leurs engagements. Toutes les grandes banques françaises adhèrent officiellement aux Principes de l’Équateur. Seules deux des principales banques impliquées dans le projet, Citigroup et la norvégienne DNB, ont officiellement réagi à ces critiques, la première en assurant qu’elle incitait au dialogue avec les Sioux, la seconde en annonçant qu’elle allait reconsidérer ses financements [2].

À l’occasion de la 22e Conférence sur le climat à Marrakech, le Crédit Agricole, la Société Générale et BNP Paribas ont répété leur volonté de se retirer de l’extraction de charbon, la plus polluante des sources d’énergie fossiles. Leurs déclarations ne concernent pas le pétrole et le gaz, même lorsqu’il s’agit de projets particulièrement problématiques ou polluants.

« Nous avons souffert sous tous les présidents américains »

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis n’est pas des plus réjouissantes pour les Sioux de Standing Rock et les opposants à l’oléoduc. Le nouveau président a en effet des liens financiers étroits avec Energy Transfer Partners et Phillips 66, deux compagnies qui soutiennent le projet. Son nouveau secrétaire à l’Énergie pourrait bien être Harold Hamm, le patron de la firme pétrolière Continental Resources, très implantée dans le gisement de pétrole de schiste qui profitera de l’oléoduc. Les revendications des Sioux risquent de ne plus être entendues à Washington.

« Je sais qu’il y en a qui sont inquiets à cause du nouveau président, a réagi l’une des militantes de Standing Rock, mais je vous rappelle que nous avons souffert sous tous les présidents américains depuis l’établissement même de l’Amérique… Nous devons continuer à résister et à défendre notre droit à la vie. » Les banques françaises entendront-elles leurs appels ?

Olivier Petitjean

Notes
[1] Lire nos précédents articles sur la violente répression des Sioux opposés à un projet d’oléoduc et le récit de Winona LaDuke, militante et femme politique amérindienne.

[2] Voir le dossier sur le Dakota Access Pipeline de l’ONG spécialisée BankTrack.

 

Février 2017

via blog de Christine Prat http://www.chrisp.lautre.net/wpblog/ http://www.chrisp.lautre.net/wpblog/?p=3949

aussi sur http://www.ujfp.org/spip.php?article5400

 

 

Standing Rock: POUR SAUVER L’EAU, NOUS DEVONS BRISER LE CYCLE DU TRAUMATISME COLONIAL

On February 7, 2017, in Droits sur l’eau, Lakotas, Standing Rock, Résistance, by Chris P

 

Par Ladonna Brave Bull Allard
Sur le site de Sacred Stone Camp

(http://sacredstonecamp.org/blog/2017/2/4/to-save-the-water-we-must-break-the-cycle-of-colonial-trauma)

Egalement publié sur Censored News
(http://bsnorrell.blogspot.fr/2017/02/to-save-water-we-must-break-cycle-of.html)

4 février 2017
Traduction Christine Prat

 

La police est venue au Camp Last Child en plein jour, avec des blindés et des fusils dégainés, pour arracher les gens à notre terre. Beaucoup de protecteurs de l’eau étaient en train d’effectuer des marches de prières et des cérémonies. Nous regardions du haut de la colline le Camp Oceti Oyate alors que les troupes marchaient sur eux. Nous avons envoyé nos prières à ces innocents et aux braves guerriers venus pour résister avec les gens de Standing Rock, et protéger les eaux sacrées d’Unci Maka (Notre Mère la Terre).

Puis ils sont venus à notre Camp de Sacred Stone, le camp spirituel d’origine, que nous avions construit pour y offrir nos prières et protéger notre eau de l’oléoduc Dakota Access. Mais cette fois-ci, ils étaient accompagnés par le Conseil Tribal Sioux de Standing Rock. Ils n’avaient pas de mandat, mais ils ont forcé l’entrée de mon terrain privé, le terrain de ma famille, où j’ai grandi sur les rives de la Rivière Cannonball. C’était les membres de notre propre Conseil, avec le Service des Poissons et de la Vie Sauvage de Standing Rock, le Bureau des Affaires Indiennes (BIA), le Bureau de l’Alcool, du Tabac, des Armes à feu et des Explosifs (ATF), et le Corps de l’Armée des Etats-Unis, tous venus pour me chasser de ma terre natale.

Le monde veut soutenir Standing Rock, mais Standing Rock se dresse contre nous. Le Président Dave Archambault a jeté nos gens aux chiens quand il a dit que les actions des camps « …ne représentent ni la tribu, ni les intentions initiales des protecteurs de l’eau. » Il oublie que nous, au Camp de Sacred Camp, avons été les premiers à résister pour l’eau, et que nous sommes avec tous les camps qui ont rejoint notre lutte.

Ce mouvement a été initié par les gens, et conduit par nos jeunes. La décision de la Tribu Sioux de Standing Rock de négocier avec l’état et de disqualifier les gens venus combattre pour notre eau, est ce qui pourrait finalement mener à notre chute. Nous avons eu des milliers de gens, prêts à résister ensemble devant ces machines. Les Nations Autochtones de Turtle Island n’avaient jamais été aussi unies auparavant. Mais maintenant que la division s’accroît, c’est très difficile de voir comment avancer.

Je n’ai pas pu dormir la nuit dernière, je suis restée assise et fait du tabac. Ça a quelque chose de calmant de travailler avec du saule rouge, assise en pensant aux temps passés avec ma Grand-mère, à laquelle je pense beaucoup. C’est l’hiver ; c’est supposé être le temps de raconter des histoires et de transmettre notre histoire aux jeunes.

C’était à cette époque de l’année, il y a un siècle et demi, que les ‘Longs Couteaux’ des forts militaires et les agents [des affaires] Indiennes ont dit aux gens qu’ils devaient partir pour les réserves ou mourir (Loi du 28 février 1877, connue comme Vendre ou Mourir de Faim).

Historiquement, la résistance de notre peuple a été réprimée par des batailles sanglantes et des massacres – aussi de la main de collaborateurs Indiens. Nos parents ne voyaient pas qui était l’ennemi, parce que c’était leurs propres parents qui se retournaient contre eux, permettant le même genre de mensonges par le même genre de médias dominants.

Nos dirigeants traditionnels ont été mis de côté de force, par la Loi de Réorganisation Indienne de 1936, par laquelle les autorités fédérales ont imposé la création de conseils tribaux dans les réserves. C’est un système de gouvernement colonial, qui n’a aucune base dans la culture ou les enseignements Lakota/Dakota/Nakota. C’est la même tactique que celle qu’ils ont utilisé avec les agents Indiens et les trahisons de ceux qui traînaient autour du Fort [the Hangs Around the Fort]. Ils fabriquent un dirigeant qui leur permettra de nous prendre tout ce qu’ils veulent. La soif de pouvoir peut diviser un peuple.

Comme chacun sait, il y a beaucoup de dirigeants dans ce mouvement, et pourtant il n’y en a aucun. C’est un mouvement populaire ; c’est un mouvement pour l’eau, ni possédé ni contrôlé par qui que ce soit.

Comme Red Cloud et Spotted Tail, et autres Lakota « des services » qui ont livré si vite nos terres et nos modes de vie pendant que des milliers de gens se défendaient avec Sitting Bull et Crazy Horse, aujourd’hui, notre conseil tribal n’a pas bien compris ce qui est vraiment en jeu.

Photo Red Hawk

 

Ce mouvement ne concerne pas seulement un oléoduc. Nous combattons pour un changement de direction, ou pour une meilleure procédure dans les tribunaux de l’homme Blanc. Nous nous battons pour nos droits en tant qu’Autochtones de ce pays ; nous nous battons pour notre libération et la libération d’Unci Maka, Notre Mère la Terre. Nous voulons que tous les oléoducs et gazoducs jusqu’au dernier soient retirés de son corps. Nous voulons la guérison. Nous voulons de l’eau saine. Nous voulons déterminer notre propre futur.

Chacun de nous combat pour nos petits-enfants et leurs petits-enfants, et pour nos parents qui ne peuvent ni parler ni se défendre. Imaginez que nous ayons résisté tous ensemble le 27 octobre, le jour où ils nous ont repoussés du Camp du Traité que nous avions construit en travers du trajet du Serpent Noir – notre position la plus forte au cours de toute cette lutte. Si nos gens n’avaient pas négocié la renonciation à notre pouvoir ? Si nos gens n’avaient pas ouvert les routes et ne s’étaient pas retournés pour marcher contre nous les bras tendus, alignés sur la police anti-émeute et les blindés ? Pourquoi adopter des résolutions appelant les agents fédéraux à attaquer notre peuple et supprimer les camps tandis que la foreuse creuse sous notre eau sacrée ? Quelle puissance aurions-nous si nous décidions de tenir sur notre territoire des traités où nous avons déposé des milliers de prières ?

Nos ancêtres n’ont pas abandonné Pȟežísla Wakpá (la Rivière Little Bighorn), lorsque nous avons uni pour la dernière fois Oceti Sakowin pour défendre notre terre du Septième de Cavalerie ; nous non plus, ne devons pas abandonner Mni Sose (le Fleuve Missouri). Nous ne devons pas vendre le sang, la terre et l’eau de notre peuple pour maintenir le disfonctionnement sous lequel nous vivons maintenant. Nous n’avons pas le choix, nous devons briser le cycle du traumatisme afin que nos générations futures puissent avoir une meilleure vie. Je crois que ça commence par l’eau et finit par l’eau. L’eau c’est la vie. Serez-vous avec nous ?

 

 

 

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Gaz de schiste : un rapport censuré aux Etats-Unis sous la pression de l’industrie
Par Sophie Chapelle (22 janvier 2013)

L’Agence américaine de protection de l’environnement est sous le feu des critiques, accusée d’avoir censuré un rapport sur les dangers de la fracturation hydraulique. Cette technique, nécessaire à l’extraction des gaz et pétrole de schiste, constituerait bien une menace directe dans l’approvisionnement en eau potable. Les organisations écologistes reprochent à l’Agence américaine d’avoir plié sous la pression de l’industrie.

L’Agence de Protection Environnementale des Etats-Unis (EPA) a t-elle censuré un rapport mettant en cause la fracturation hydraulique, sous la pression de l’industrie gazière et pétrolière ? C’est ce qu’assure l’agence Associated Press qui s’est procuré le rapport de l’EPA révélant que la fracturation hydraulique, technique nécessaire à l’extraction des gaz et pétrole de schiste, constitue une menace directe dans l’approvisionnement en eau potable.

Des bulles dans l’eau, « comme du champagne »

L’affaire débute en 2010 à Weatherfod au Texas. La famille Lipsky constate que l’eau « potable » de la maison commence à « faire des bulles comme du champagne ». « Au début, l’EPA a estimé la situation si grave qu’elle a émis une ordonnance d’urgence fin 2010 établissant qu’au moins deux propriétaires étaient en danger immédiat du fait d’un puits saturé de méthane inflammable », écrit l’Associated Press (AP). La compagnie Range Resources, propriétaire de plusieurs puits de gaz au Texas, dont l’un situé à moins de deux kilomètres de la maison des Lipsky, est pointée du doigt.

L’agence environnementale ordonne à la société de prendre des mesures pour nettoyer leurs puits et fournir de l’eau sûre aux propriétaires affectés. Range Resources menace alors de ne pas prendre part à une étude menée par l’EPA concernant le lien entre la fracturation hydraulique et la contamination de l’eau, ni d’autoriser les scientifiques du gouvernement à accéder à ses sites de forage. Sans explication officielle, l’EPA opère en mars 2012 un revirement en retirant son ordonnance d’urgence et en décidant de mettre fin à la bataille judiciaire.

Preuves dissimulées ?

L’Agence états-unienne ne rend pas non plus public le rapport commandé quelques mois plus tôt à un scientifique indépendant, Geoffrey Thine. Après avoir fait analyser les échantillons d’eau prélevés dans 32 puits, le chercheur conclut que le gaz présent dans l’eau potable de la famille Lipsky pourrait bien provenir de l’opération de fracturation hydraulique. « Je ne peux pas croire qu’un organisme qui connait la vérité sur quelque chose comme ça, ou dispose de telles preuves, ne les utiliserait pas », a déclaré Lipsky auprès de l’AP. Cet habitant est désormais contraint de payer 1 000 $ par mois pour avoir de l’eau potable acheminée jusqu’à sa maison. Les autorités de l’État ayant déclaré que Range Resources n’était pas responsable, la compagnie a cessé ses opérations de nettoyage des puits.

« Il est inadmissible que l’EPA, qui est en charge de la protection des ressources vitales de notre pays, se replie sous la pression de l’industrie gazière et pétrolière, s’insurge la coalition Americans Against Fracking. Cette affaire montre que la fracturation hydraulique ne peut être réglementée de manière sûre quand l’industrie du pétrole et du gaz peut user de son influence considérable pour contourner les règles en sa faveur. » La coalition demande l’interdiction de la fracturation hydraulique. En 2012, 200 mesures locales visant à interdire la fracturation ont été prises à travers les États-Unis.

Sophie Chapelle

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Fort McMoney : plongée au coeur d’une industrie pétrolière ultra polluante
par Simon Gouin 25 novembre 2013

C’est une plongée dans la démesure, celle de Fort McMurray, dans le nord du Canada. Une ville où sont extraits quotidiennement 1,7 millions de barils de pétrole, tirés des sables bitumineux. La troisième réserve de pétrole mondiale. Une ville à la croissance fulgurante qu’ont arpentée le journaliste David Dufresne et le photographe Philippe Brault, afin d’en faire un jeu-documentaire, Fort McMoney. L’objectif : prendre le contrôle de la ville et décider de son avenir. Et débattre de la place du pétrole dans nos sociétés, et de chacune de nos responsabilités. Entretien avec le réalisateur de cet ovni documentaire, David Dufresne.

Basta ! : Qu’est-ce qui vous a mené jusqu’à Fort McMurray, cette ville de l’Alberta, dans le Nord du Canada ? Et qu’avez-vous découvert là-bas ?

David Dufresne : Ce qui nous a amené là-bas, c’est le goût des grands espaces, et de la démesure. Le fait d’entrer au cœur du plus grand jeu au monde : le capitalisme qui tourne à plein régime. Nous venions de terminer notre webdocumentaire Prison Valley, et mon complice à la caméra, Philippe Brault, m’a parlé de cette petite ville, au bout du monde, Fort McMurray, et de l’ « autoroute de la mort » qui y mène.

C’est une ville de la ruée vers l’or noir, au-delà de ce qu’on pouvait imaginer. Nous y sommes allés une demi-douzaine de fois et nos voyages se sont transformés en périples, et les périples en une succession de rencontres : des barons du pétrole aux petites mains de l’industrie, des danseuses nues au trappeur romantique, des sans-abris aux lobbyistes, des syndicalistes formidables, des cadres de l’industrie exténués, des familles heureuses, des consommateurs de crack de 20 ans à peine, la mairesse sous pression, les pêcheurs en colère devant les poissons déformés par le cyanure et le vent mauvais craché par les usines. Et puis, un paysage lunaire : la forêt boréale rasée par l’homme, des rivières majestueuses avec des balais de camions les plus gros du monde.

Comment s’est développée l’industrie pétrolière de Fort McMurray ?

L’exploitation massive du pétrole de l’Alberta remonte à la fin des années 90, quand le cours du pétrole est devenu assez élevé pour qu’une extraction coûteuse comme celle des sables bitumineux soit rentable. La quasi totalité des multinationales du pétrole y ont un pied, voire les deux. L’actuel Premier ministre, conservateur, du Canada, Stephen Harper, a tout résumé lors de son accession au pouvoir en 2006 : les sables bitumineux constituent « une entreprise épique, égale à la construction des pyramides ou de la Grande Muraille de Chine. Mais en plus grand. » Les enjeux sont astronomiques : le gisement est évalué à 169 milliards de barils, faisant du territoire la troisième réserve de pétrole mondiale. La région de Wood Buffalo, dont Fort McMurray est la seule ville, produit 1,7 million de barils par jour. L’industrie table sur 5 millions d’ici une vingtaine d’années. Si la ville est petite, 80 000 habitants au dernier recensement, son territoire est gigantesque. C’est celui de la Hongrie !

Vous avez parfois eu du mal à obtenir des réponses de la part des entreprises concernées…

Il faut d’abord comprendre la situation. Au Canada, pays démocratique, les compagnies pétrolières doivent faire preuve d’une certaine transparence. Elles sont sous pression, d’abord économique, concurrentielle, mais aussi sous la pression des médias et des organisations militantes. Les Big Oil Companies ont été extraordinairement imaginatives pour nous faire attendre – plus d’un an. Un jour, elles étaient en congé. Un autre, elles ne pouvaient nous emmener sur un site, pour des raisons toujours différentes : une histoire de météo, de sécurité, de secret professionnel. Les joueurs du webdocumentaire Fort McMoney pourront ressentir cette partie de cache-cache. Ils devront à leur tour être imaginatifs s’ils veulent pénétrer au cœur du plus vaste chantier industriel au monde.

Pourquoi avez-vous choisi de créer un jeu-documentaire ?

Fort McMoney est une sorte de plateforme de démocratie directe à l’heure du web. Le gagnant, s’il y en a un, ce sera cela : la confrontation des idées. Fort McMoney vous propose de prendre le contrôle du plus vaste chantier énergétique de la planète et de faire triompher votre vision du monde. C’est à la fois un jeu de simulation, un jeu économique, un jeu de gestion, une sorte de Sim City pour de vrai. Et un documentaire en temps réel, avec ses personnages, ses émotions, ses tensions, ses sourires, ses souffrances. Votre aventure va vous mener là où la route s’arrête, et où la bataille commence. Vous allez vous retrouver en pleine ruée vers l’or noir, à arpenter la ville, à discuter avec ses habitants, pauvres ou riches, à interroger patrons de l’industrie pétrolière et militants de l’environnement, et à prendre les décisions qui s’imposent. En accumulant des points d’influence, vous allez agir sur la ville, en participant à des sondages (trois par semaine) et à un référendum hebdomadaire. Chaque partie de jeu va durer un mois (avec trois parties au total).
Par le virtuel, vous dites vouloir amener chacun à s’interroger sur sa propre dépendance au pétrole.

On connait depuis longtemps les vertus du jeu comme levier de prise de conscience formidable. L’avenir du monde se décide autour des questions énergétiques, comme dans un gigantesque Monopoly où nous serions exclus ou, plus exactement, dont nous nous serions retirés. Avec Fort McMoney, l’idée est reprendre notre destin en main. De prendre des décisions qui, contrairement aux apparences, n’ont rien de simples. C’est toute la question de la transition énergétique qui se pose à nous. Alors quitte à se demander à quoi on joue, jouons pour de vrai.

Propos recueillis par Simon Gouin

*************************20/02/15 09:08***Re: [N!] [GHDS-coord-echangeons] Les environnement alistes, caractérisés

L’opposition au pétrole est une «menace croissante», selon la Gendarmerie royale du Canada (GRC)

Les mouvements d’opposition à l’exploitation pétrolière menés par les écologistes et les Amérindiens constituent une «menace croissante» à la sécurité du Canada, estime la police fédérale dans un rapport interne jugé «effrayant» par Greenpeace.

Les environnementalistes, caractérisés comme des «extrémistes» par la police, «posent une menace criminelle réelle contre l’industrie pétrolière canadienne», selon ce document confidentiel des services de renseignement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), obtenu mercredi par l’AFP et datant de janvier 2014.

Le secteur énergétique canadien, qui représente 10 % du PIB national, est avant tout dépendant de l’extraction du pétrole d’Alberta, mais son impact environnemental élevé est régulièrement dénoncé par divers groupes de pression, au Canada et à l’étranger, bien que minimisé par les producteurs d’hydrocarbures.

«À travers le mouvement anti-pétrole, les forces de l’ordre canadiennes et les services de renseignement ont noté le développement d’une frange extrémiste et violente pan-nationale opposée idéologiquement à l’industrie pétrolière», met en garde la GRC dans ce rapport.

Une douzaine d’incidents violents sont répertoriés entre 2006 et 2013, allant d’une bombe contre le véhicule d’un cadre de l’industrie pétrolière, à l’incendie de six voitures de la GRC lors de manifestations contre les gaz de schiste.

Selon la GRC, cette opposition est constituée «d’activistes pacifiques ainsi que de militants et d’extrémistes violents» qui se sont «alignés» sur des «extrémistes autochtones violents», surtout dans les provinces du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique où des projets de gaz de schiste et d’oléoducs ont suscité l’ire d’une partie de la population.

De fait, la police fédérale s’inquiète que l’exploitation des matières premières au Canada «constitue l’une des premières préoccupations de nombreuses communautés indigènes». Premières nations, Métis et Inuits représentent 4,3 % de la population canadienne.

Chiffres à l’appui, la Gendarmerie dénonce «l’influence financière étrangère» venant de fondations philanthropiques américaines qui sont accusées de soutenir financièrement les mouvements écologistes. Cela «peut enflammer un environnement déjà tendu», est-il noté.

Abondamment citée, l’ONG environnementale Greenpeace a jugé «réellement effrayant» ce document de 44 pages, car toute personne qui se sent concernée par le réchauffement climatique est assimilée à «un potentiel « extrémiste anti-pétrole »».

Keith Stewart, un des responsables de Greenpeace Canada a indiqué à l’AFP craindre que l’adoption d’une nouvelle loi antiterroriste, à l’étude au parlement, ne permette aux services de renseignement de conduire «un espionnage d’État» contre n’importe quel opposant à l’industrie pétrolière.

http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/432167/canada-l-opposition-au-petrole-est-une-menace-croissante

Des groupes environnementaux inquiets du projet de loi antiterroriste

OTTAWA — Des groupes environnementaux s’inquiètent de la portée du nouveau projet de loi antiterroriste et des impacts qu’il aura sur le mouvement environnemental et sur les manifestants canadiens.

Le projet de loi C-51 définit entre autres le terrorisme comme le fait d’« entraver le fonctionnement d’infrastructures essentielles ». Il accorde aussi au SCRS le pouvoir de prendre lui-même des mesures contre des menaces potentielles au pays et à l’étranger pour les « réduire » et les perturber.

Le document précise qu’« il est entendu que sont exclues les activités licites de défense d’une cause, de protestation, de manifestation d’un désaccord ou d’expression artistique ».

Des groupes environnementaux craignent néanmoins que ces nouveaux pouvoirs soient utilisés pour nuire aux opposants de l’industrie des sables bitumineux.

« C’est un cadeau préélectoral à l’industrie pétrolière, affirme Keith Stewart, directeur de la campagne Énergie chez Greenpeace Canada. Cela veut dire que le SCRS et la GRC vont activement tenter de nuire à quiconque dit qu’on devrait agir pour lutter contre les changements climatiques, y compris, par exemple, en ne construisant pas le pipeline Énergie Est. »

« ANALYSE INQUIÉTANTE »

Les craintes de Greenpeace sont alimentées entre autres par un document dévoilé par La Presse lundi, dans lequel la division du renseignement de la GRC s’intéresse à ce qu’elle appelle le « mouvement antipétrole canadien ».

Cette « Évaluation des renseignements relatifs aux infrastructures essentielles » décrit les préoccupations du corps policier à l’égard d’une « faction petite, mais encline à la violence ». Elle s’attarde aussi à des organismes comme Greenpeace et à leur financement, dont une partie proviendrait d’organisations étrangères.

Selon M. Stewart, l’analyse du corps policier fédéral est inquiétante en ce qu’elle englobe tout le monde sous l’étiquette de mouvement antipétrole : « les manifestants pacifiques et ce qu’ils appellent des “extrémistes violents” », dit-il.

« Je trouverais cela risible, si ce n’était du projet de loi C-51 qui vient d’être déposé », ajoute l’environnementaliste.

PROTÉGER LES CANADIENS

Un porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, affirme que les changements ont pour but de « protéger les Canadiens contre la menace du terrorisme djihadiste qui évolue constamment ».

Mais Steven Guilbault abonde dans le même sens que son collègue de Greenpeace. Le directeur principal d’Équiterre souligne que les groupes environnementaux sont déjà les cibles d’attaques verbales des ministres conservateurs et de vérifications de l’Agence du revenu du Canada. « C’est une véritable chasse aux sorcières, et là, en donnant des pouvoirs accrus aux forces de sécurité, on ouvre la porte à d’autres abus », dénonce M. Guilbault
http://plus.lapresse.ca/screens/6b16b226-0560-4aec-be82-70e919746faa|g4zcHupMhZXg.html

Au Canada, se préoccuper du climat n’est pas un crime. Pas encore.

Sur ce rapport, le Globe & Mail parlait « d’une charge reflètant l’hostilité que porte le gouvernement à l’égard des militants environnementaux ». Ça ressemble pour moi à une agence bureaucratique faisant son possible auprès de ses maîtres politiques pour obtenir un plus gros budget. Alors j’ai pensé à la nouvelle Loi anti-terrorisme, et le paysage s’est un peu assombri.

Le document se présente comme un « rapport des renseignements sur les infrastructures essentielles ». Le projet de loi sur le terrorisme décrit les « entraves au fonctionnement d’infrastructures essentielles » comme comprises dans la définition d’« une activité qui compromet la sécurité du Canada ». Voici un document qui en plus de renforcer les pouvoirs des services de renseignement, va aussi déterminer ses nouvelles cibles, (ce que l’équipe éditoriale du Globe & Mail caractérise comme étant un genre de police secrète).

Le gros problème est que le document classifie toute personne préoccupée par les changements climatiques comme étant un potentiel (si ce n’est réél, les lignes sont floues) « extrémiste anti-pétrole » cherchant à faire avancer son « idéologie anti-pétrole ».

Comme le fait remarquer Paul Champ, avocat travaillant avec le BC Civil Liberties Union (Syndicat des libertés civiles de la C.-B.) sur une affaire impliquant l’espionnage de citoyens connus pour leur implication environnementale, : « Ce genre d’affaires impliquant des groupes environnementaux – ou des groupes anti-pétrole comme la GRC les appelle – va devenir le point de mire de la loi C-51 (le projet de loi anti-terrorisme). Avec tout le respect concernant la loi C-51, moi et d’autres groupes, sommes inquiets de savoir que cette loi puisse non seulement viser les personnes impliquées dans une activité criminelle terroriste, mais aussi les personnes qui manifestent leur opposition à différentes politiques du gouvernement canadien. »

Quand la GRC questionne la réalité des changements climatiques

Le plus bizarre étant que la GRC traite les changements climatiques comme étant un canular orchestré par les environnementalistes (pardon, les « extrémistes anti-pétrole ») :

« Les ONGs, telles que Greenpeace, Tides Canada et le Sierra Club, pour n’en nommer que quelques-unes, affirment que les changements climatiques sont maintenant la plus grande menace mondialement, et que les changements climatiques sont une conséquences directes de l’augmentation des emissions de gaz à effet de serre anthropiques élevées, qu’ils croient être directement liée à l’utilisation des combustibles fossiles…

Recherches et analyses à l’appui, l’enquête criminelle de la GRC montrent que les personnes impliquées dans le mouvement anti-pétrole canadien ont un intérêt à attirer l’attention publique et à construire la reconnaissance de la menace environnementale perçue autour de l’utilisation continue des combustibles fossiles.

La diffusion de ces inquiétudes a conduit à une couverture médiatique importante, et souvent négative, de l’industrie pétrolière canadienne. L’utilisation des médias sociaux, incluant l’utilisation de live-streaming, a fourni au mouvement anti-pétrole la possibilité de contourner les réseaux de nouvelles traditionnels, de contrôler et de façonner son message, et de promouvoir une version unilatérale des événements réels, entrainant une plus large opposition anti-pétrole. »

> Voilà qui contraste avec l’approche des États-Unis, où le président Obama définit les changements climatiques comme une menace à la sécurité nationale, et une menace qui touche plus de personnes que le terrorisme : la Maison Blanche a maintenu sa décision mardi d’inclure les impacts des changements climatiques dans sa stratégie de sécurité nationale publié la semaine dernière.

Aux États-Unis, les changements climatiques sont une menace pour la sécurité nationale

Lorsqu’il se fait demander si le président Obama croit que les changements climatiques sont une menace plus grande que le terrorisme, le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, repousse aussi sec. « Ce que le président dit, c’est qu’il y a beaucoup plus de personnes sur une base annuelle qui ont à faire face à l’impact direct sur leur vie des changements climatiques ou de la propagation d’une maladie qu[’à l’impact] du terrorisme », a déclaré Earnest. Son commentaire vient aussi après qu’Obama ait dit lors d’une entrevue avec Vox.com qu’«absolument», les médias surestiment le niveau d’alarme que les citoyens devraient avoir à propos du terrorisme comparé aux changements climatiques et aux maladies…

La Maison Blanche a identifié les changements climatiques comme une menace à égalité avec le terrorisme, les armes de destruction massive et la maladie dans sa stratégie de sécurité nationale publiée la semaine dernière.

«Les changements climatiques sont une menace urgente et croissante à la sécurité nationale, contribuant à l’augmentation des catastrophes naturelles, des flux de réfugiés, et des conflits sur les ressources de base comme la nourriture et l’eau », a déclaré la Maison Blanche dans le document stratégique de 35 pages.

Mais pas au Canada…

Dans le Canada de Stephen Harper, c’est différent, ce sont les militants du climat qui sont une menace.

Ceci fait partie du script du gouvernement Harper. En 2012, le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, écrivait une lettre ouverte qui disait :
« Malheureusement, il existe des groupes environnementaux et d’autres groupes radicaux qui chercheraient à bloquer cette occasion de diversifier nos échanges. Leur but est d’arrêter tout projet important quel qu’en soit le coût pour les familles canadiennes en terme de pertes d’emplois et de croissance économique. Pas de foresterie. Aucune minière. Pas de pétrole. Pas de gaz. Plus de barrages hydro-électriques. Ces groupes menacent de détourner notre système de réglementation pour réaliser leur programme idéologique radical ».

Pour ne pas être surpassé, le ministre de l’Environnement de l’époque, Peter Kent, avait alors mis à égalité la trahison avec le fait de questionner l’expansion des sables bitumineux et dit que certains groupes environnementaux faisaient du « blanchiment d’argent » – une accusation qui s’est attirée une réponse forte de la part du groupe représentant les organismes de charité, demandant au gouvernement de fournir des preuves ou de se rétracter.

En dépit des compressions opérées ailleurs, le gouvernement fédéral a réussi à trouver un supplément de 8 millions de dollars en 2012 pour l’Agence du revenu du Canada  afin que celle-ci puisse mener des audits sur les groupes environnementaux, ce que plusieurs ont qualifié de «chasse aux sorcières» ciblant les groupes qui s’opposent aux nouveaux projet de pipelines de sables bitumineux.

Le retour de la surveillance d’État ?

Ces évènements ne sont cependant pour la plupart que des mots (et des audits). Ce qui je trouve véritablement alarmant à propos du document de la GRC, c’est que lorsqu’il est combiné avec le projet de loi sur le terrorisme, il jette les bases pour tout type de surveillance d’état et de «sale tour».

Les juristes Craig Forcese et Ken Roach ont mis en évidence la nature radicale des pouvoirs étant accordés au SCRS dans la nouvelle législation:

« Le gouvernement propose la restructuration radicale du SCRS et de la transformer en un « service cinétique », de prendre des mesures physiques allant bien au-delà de la collecte de renseignements – et de lui donner les compétences pour agir au-delà de la loi et même de la constitution. Nous doutons de la légalité de cette proposition. En outre, elle représente une rupture avec toute la philosophie qui animait la Loi sur le SCRS quand il a été introduit il y a 30 ans.

Le projet de loi équivaut à une autorisation ouverte de pouvoirs clandestins dont l’application correcte et raisonnable dépendra du bon jugement du gouvernement, tempérée (dans certains cas) par des jugements judiciaires (qu’on espère eux aussi raisonnables), dans le cadre d’une procédure secrète problématique. Cette loi viole donc un principe cardinal qui, nous croyons, devrait être intégré dans la législation nationale de sécurité : toute loi qui accorde des pouvoirs (surtout secrets et difficiles à examiner) devrait être conçue pour limiter la possibilité d’émettre une faute de jugement, ne pas être une loi dont l’application raisonnable dépend de l’excellence du jugement. »
C’est le même genre de jugement affiché dans le document de la GRC qui en vient à définir des participants à des sit-in ou autre actions pacifiques comme des « menaces à la sécurité nationale » : « Ceux au sein du mouvement qui sont prêts à aller au-delà des actions pacifiques emploient principalement des tactiques d’action directe comme la désobéissance civile, les manifestations illégales, l’introduction par effraction, le vandalisme et le sabotage. »

Le projet de loi antiterroriste bénéficie d’une dérogation pour les manifestations légitimes et la dissidence.

Il y a, cependant, de nombreuses formes de protestation qui ne sont pas strictement légales tels qu’un rassemblement qui ne recevrait pas les permis nécessaires, une grève sauvage, un sit-in, ou les blocus organisés par Idle No More et mis en place par les Premières nations pour défendre leurs droits issus des traités. Nous avons déjà des lois pour répondre à ce type d’action. Alors entreprendre ou soutenir de telles actions ne devrait pas être confondues avec du terrorisme ou permettre le genre de surveillance contenue dans le projet de loi sur le terrorisme.

En fait, vous n’avez même pas à organiser vraiment une manifestation ou un sit-in pour déclencher cette nouvelle machine – en vertu de la Loi, le SCRS a simplement à soupçonner que vous pourriez faire quelque chose qui entrave une infrastructure essentielle pour pouvoir sortir son nouvel attirail judiciaire.
http://www.greenpeace.org/canada/fr/Blog/se-proccuper-du-climat-nest-pas-un-crime-au-c/blog/52145/

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3 Mars 2016

Et si c’est une femme : Berta Cáceres

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Version téléchargeable:fichier pdf BertaCaceresHonduras

 

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Aux États-Unis, bras de fer autour du pipeline de la discorde
par Maxime Combes 23 septembre 2011
Début septembre, plus d’un millier de personnes ont été arrêtées au cours d’actions de désobéissance civile devant la Maison-Blanche. En jeu : demander à Barack Obama de rejeter le projet de pipeline géant Keystone XL, qui doit acheminer le pétrole bitumineux du Canada vers les États-Unis. C’est probablement le plus large mouvement de désobéissance civile jamais vu pour une cause écologique dans ce pays. Explications.
C’est l’une des plus importantes campagnes de désobéissance civile jamais planifiées aux États-Unis pour une cause écologique. Du 20 août au 3 septembre, des milliers de personnes ont participé à des sit-in quotidiens devant la Maison-Blanche. Interdits, ces rassemblements ont abouti à l’arrestation de 1 252 personnes, dont des personnalités comme l’actrice Daryl Hannah ! Des dizaines d’autres actions ont animé les rues un peu partout aux États-Unis et au Canada, à l’initiative de Tar Sands Action, un réseau d’organisations luttant contre les sables bitumineux.

Cette protestation visait Washington et la Maison-Blanche. Objectif : que Barack Obama rejette la construction d’un pipeline, Keystone XL, acheminant le pétrole produit à partir de sables bitumineux de l’Alberta vers des raffineries du Texas. Long de 2 735 kilomètres, ce pipeline doit traverser du nord au sud les États du Montana, du Dakota-du-Sud, du Nebraska, du Kansas et de l’Oklahoma. Coûtant 7 milliards de dollars et porté par la major de l’énergie nord-américaine TransCanada, il pourrait acheminer 700 000 à 800 000 barils de pétrole non raffiné par jour.

« Une insulte faite aux communautés indigènes »

Les opposants pointent les risques de fuite sur le parcours. Par exemple, la nappe aquifère de l’Ogallala, la principale source en eau potable des Grandes Plaines, ou les grandes dunes de sable du Nebraska pourraient être directement contaminées. Un autre pipeline, plus petit, Keystone 1, détenu par la même compagnie, a enregistré douze fuites pour sa première année d’opération, selon les Amis de la Terre. La dernière en date est intervenue le 6 mai 2011 dans le Dakota-du-Nord, avec 80 000 litres d’hydrocarbures répandus dans la nature. En 2010, c’est un autre pipeline canadien qui a déversé 3,2 millions de litres dans une rivière du Michigan…

Les critiques du pipeline ne s’arrêtent pas là. « Nous ne voulons pas de ce pétrole sale », scandaient les manifestants venus des quatre coins des États-Unis et du Canada. « Le pétrole issu des sables bitumineux est un véritable scandale, une insulte faite aux communautés indigènes qui en supportent les conséquences », selon Naomi Klein, journaliste canadienne, auteure de No Logo et de la Stratégie du choc. « Ce n’est pas un pétrole éthique, comme ils disent, poursuit-elle, c’est une honte, une honte pour le Canada. »

Déforestations, cancers et marées noires

Pour accéder aux sables bitumineux dont est issu le pétrole destiné au pipeline Keystone XL, les entreprises pétrolières rasent la forêt boréale de l’Alberta et enlèvent le terreau de surface. Puis elles creusent sur 50 mètres de profondeur et extraient les sables à partir de mines à ciel ouvert à l’aide de camions de 365 tonnes et de grues aux pelletées de 100 tonnes. Les sables sont ensuite mélangés à de l’eau chaude et de la vapeur pour en séparer le bitume [1]. Bien trop visqueux, celui-ci n’est pas commercialisable en l’état. Il est alors converti en syncrude – un pétrole brut de synthèse – au prix de trois étapes de cokéfaction, hydrocraquage et hydrotraitement, nécessitant une grande quantité d’énergie et d’eau.

Chaque étape de la production implique des conséquences environnementales et sanitaires. La coupe de la forêt boréale réduit considérablement la faune et la flore présentes dans l’écosystème et dont vivaient les populations autochtones. Quatre à cinq barils d’eau étant nécessaires pour produire un baril de pétrole, les prélèvements en eau douce sont démesurés. Plus de 130 km2 de bassins de décantation ont dû être construits, générant par manque d’étanchéité des risques de contamination des nappes phréatiques. Causant l’équivalent d’une marée noire par an, le rejet massif de boues chargées de bitume et de polluants, comme le mercure, souillent les rivières, les sols et les ressources issues de la pêche et de la chasse. Ainsi, Fort Chipewyan, situé 230 kilomètres en aval sur la rivière Athabasca, connaît des taux de cancer 30 % supérieurs à ceux de la province.

Des émissions de CO2 démesurées

À ce jour, l’énergie nécessaire à la transformation du bitume en pétrole liquide est issue de la combustion de gaz [2]. Il faut un demi-baril de gaz pour la production d’un baril de pétrole… Il en résulte une émission de gaz à effets de serre plus importante que pour la production de pétrole conventionnel. Les estimations varient, selon qu’elles prennent en compte la phase de production et de l’acheminement. L’Agence de protection de l’environnement des États-Unis a récemment calculé des émissions 82 % plus importantes (source que pour le pétrole conventionnel. Certaines évaluations vont jusqu’à trois fois plus.

Au point que les émissions globales de C02 du Canada ont complètement dérapé : alors que le protocole de Kyoto l’enjoignait de réduire ses émissions de 5,6 % par rapport à 1990, celles-ci ont déjà augmenté de 26 % en 2007, pour moitié en raison des émissions de l’industrie pétrolière des sables bitumineux. Et le Canada prévoit de doubler sa production d’ici à 2020, les émissions pourraient tripler d’ici à 2020 par rapport à 2005 ! Près de 3 000 km² de forêts boréales disparaîtront au passage, relâchant quantité de carbone dans l’atmosphère [3]. Loin de s’alarmer, l’Alberta a débloqué deux milliards de dollars d’argent public pour développer conjointement avec les industriels la capture et le stockage de CO2, technique non maîtrisée et qui ne fait que déplacer le problème.

Un bouleversement pétrolier mondial

Le Canada est potentiellement assis sur plus de 170 milliards de barils récupérables qui s’étendent sur une superficie équivalent au quart de la France. Soit la deuxième réserve mondiale après l’Arabie Saoudite. Septième producteur mondial avec 1,5 million de barils de pétrole issus des sables bitumineux par jour, le Canada devrait en produire 3 millions en 2020. Il est donc perçu par les États-Unis comme un fournisseur de pétrole stratégique, stable et amical, lui permettant de sécuriser ses approvisionnements et d’assurer son « indépendance énergétique ». En 2010, le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta est devenu la première source d’approvisionnement des États-Unis. Et pourrait représenter plus d’un tiers de la consommation américaine en 2030.

La construction du pipeline Keystone XL permet un approvisionnement direct de quelques-unes des principales raffineries du pays. Mais pas seulement. En raison de la crise économique et de la production de pétrole de schiste au Texas et au Dakota-du-Nord, les besoins d’importer du pétrole sont moindres. Avec un marché américain quelque peu engorgé, le prix du baril ne cesse de baisser. En revanche, les besoins de produits raffinés (comme le gasoil) en Amérique latine et en Europe expliqueraient aussi ce projet de pipeline. TransCanada a d’ailleurs signé des contrats d’approvisionnement avec plusieurs compagnies pétrolières, dont Valero, Motiva ou Total, qui possèdent des raffineries à Port Arthur (Texas) et qui prévoient d’alimenter le marché mondial, notamment en gasoil.

Pour devenir une véritable « puissance pétrolière », le Canada cherche à tout prix à exporter du pétrole dans d’autres régions du monde. En témoignent les importantes pressions exercées conjointement par le gouvernement et les entreprises pétrolières, et dénoncées par les Amis de la Terre, pour empêcher l’Union européenne de prendre des mesures pouvant restreindre l’importation de pétrole issu des sables bitumineux. Pour Naomi Klein, le gouvernement canadien « travaille comme une entreprise publicitaire, voyageant autour du monde pour vendre leur poison en demandant à ce que les pays réduisent leurs exigences et réglementations environnementales ».

Pressions sur Obama

Que le pipeline Keystone XL soit finalement destiné à exporter des produits raffinés hors des États-Unis est un argument important pour ceux qui s’y opposent. Fin août, le projet a obtenu le feu vert de la part du département d’État, qui le considère « d’intérêt national ». Impliquant le franchissement d’une frontière, il nécessite une autorisation présidentielle. Le président Obama dispose de 90 jours pour confirmer ou non cet « intérêt national », qui semble amoindri par les velléités exportatrices.

S’en remettre à Obama peut étonner. Ce serait oublier qu’il s’était engagé lors de sa campagne en 2008 à sortir les États-Unis du chemin des énergies sales. « Un engagement qui lui a aussi permis d’obtenir le prix Nobel », rappelle Naomi Klein. D’ailleurs, neuf prix Nobel, parmi lesquels le dalaï-lama (1989), Alfredo Pérez Esquivel (1980), Rigoberta Menchu (1992) et Shirin Ebadi (2003), ont exhorté Barack Obama à rejeter ce projet et à tenir « sa promesse de créer une économie faite d’énergie propre ».

Alors que nos sociétés sont confrontées à des choix énergétiques décisifs pour l’avenir, ces vastes actions de désobéissance civile sont aussi une manière pour les écologistes américains d’intervenir dans la précampagne présidentielle. Enfin, pour les opposants canadiens comme Naomi Klein, convaincus qu’il n’y a rien à attendre de leur gouvernement conservateur nouvellement et triomphalement réélu, il s’agit d’une « stratégie pour étrangler les sables bitumineux de l’extérieur ». Une stratégie à développer en Europe pour stopper la production de ce pétrole sale ?

Maxime Combes, Écho des Alternatives

Notes
[1] Il existe également des technologies dites « in situ » pour exploiter les dépôts enfouis plus profondément (>75 mètres). De la vapeur d’eau chaude ( 300 °C) est injectée dans le puits pour diluer le bitume, le séparer du sable et permettre sa récupération. Seulement 12 % du bitume est récupéré ainsi en Alberta.

[2] Des projets de construction de centrale nucléaire pour alimenter le processus de production en énergie sont régulièrement évoqués.

[3] D’importants feux de forêts sont également signalés dans la région depuis quelques années.

 

Novembre 2016

http://www.legrandsoir.info/l-eau-c-est-la-vie-les-indiens-dans-nos-tetes.html

12 septembre 2016
Aux Etats-Unis, les Sioux se battent contre un projet d’oléoduc géant
« L’eau c’est la vie » Les Indiens dans nos têtes

Yona Helaoua
Depuis plusieurs mois, des tribus sioux du nord des États-Unis luttent contre le projet d’oléoduc Dakota Access, qui menace leur approvisionnement en eau et les terres sacrées de leurs ancêtres. Un juge fédéral vient de rejeter leur requête, mais le département de la Justice réclame une suspension des travaux le temps de mener une consultation.

Washington (États-Unis), correspondance

« Mni wiconi. » Dans la langue des Lakota, une tribu sioux du nord des États-Unis, cela signifie : « L’eau, c’est la vie. » La bataille qui se déroule en ce moment dans le Dakota du Nord a pour point de départ l’eau de la rivière Missouri, mais ses enjeux sont bien plus grands. Elle a démarré il y a quelques mois et a culminé le week-end dernier, quand des manifestants pacifiques ont été attaqués par les chiens d’une société de sécurité surveillant les travaux d’un nouvel oléoduc.

Le combat a commencé le 1er avril. Pour lutter contre le passage de cet oléoduc tout près de la réserve indienne de Standing Rock, plusieurs tribus sioux ont créé, à quelques kilomètres de là, le Sacred Stone Camp, un camp de fortune situé dans la zone de Cannon Ball. Depuis, plusieurs milliers de personnes, dont les représentants de 200 tribus, selon Reuters, sont venues les rejoindre.
Ce nouvel oléoduc à 3,7 milliards de dollars, dont le tracé a reçu une autorisation fédérale, s’appelle le « Dakota Access ». Il a été conçu pour traverser quatre États sur près de 1.900 km, du Dakota du Nord à l’Illinois, avant d’être raccordé à un autre oléoduc pour alimenter les raffineries du golfe du Mexique.

« Dix-huit millions de personnes vivent en aval de cette rivière »

Selon les défenseurs du projet, porté par la société texane Energy Transfer Partners, il s’agirait d’un moyen de transport plus sûr que le train pour un matériau hautement inflammable. Mais, si les habitants de Standing Rock sont inquiets, c’est à cause des inévitables fuites de ce gros tuyau de 76 cm de diamètre censé transporter entre 470.000 et 570.000 barils de pétrole par jour. De quoi menacer l’agriculture et les réserves d’eau potable ainsi que tout un écosystème : des nids d’aigles d’Amérique aux plantes médicinales en passant par la culture du riz sauvage.

« Au départ, l’oléoduc devait traverser la rivière Missouri près de la ville de Bismarck, mais les autorités étaient inquiètes, car une fuite de pétrole aurait souillé l’eau potable de la capitale de l’État. Ils ont donc décidé de déplacer le projet à un demi-mile [moins d’un kilomètre] en amont de la réserve, le long d’une terre volée à la tribu en 1958, et ce sans leur consentement », rappelle, dans une tribune publiée dans le New Yorker, Bill McKibben, fondateur de l’ONG environnementale 350.org.
Quelque dix millions de personnes seraient directement concernées par cet oléoduc, selon Kendall MacKey, responsable de la campagne contre les énergies fossiles chez 350.org, interrogée par Reporterre. « Mais les conséquences ne concernent pas que la réserve, enchérit Kandi Mossett « Eagle Woman », activiste responsable des questions d’énergie chez Indigenous Environmental Network et elle-même membre d’une tribu sioux du nord-ouest de Standing Rock. Dix-huit millions de personnes vivent en aval de cette rivière et seront touchées d’une manière ou d’une autre si le tuyau fuit. Ce qui arrivera, car nous savons que tous les oléoducs, je dis bien tous, finissent par fuir. Le tableau est donc bien plus large, il s’agit de s’orienter vers une économie sans énergie fossile, de protéger l’eau pour les générations futures. »

Alors que la moitié de l’oléoduc a déjà été construite, les Sioux de Standing Rock accusent aussi les travaux de vandaliser des terres considérées comme sacrées ainsi que des lieux de sépulture et de prière.

« Ils ont violé la mémoire sacrée de mes ancêtres »

Face à ces attaques, les activistes de Standing Rock tentent de faire entendre leur voix via une campagne nationale. Une pétition a été lancée et rassemble aujourd’hui près de 300.000 signatures. Plus récemment, le soutien de plusieurs stars d’Hollywood, comme Leonardo DiCaprio, Ben Affleck ou encore Susan Sarandon, a aidé à médiatiser le combat.
Dans le milieu politique, la candidate du Green Party, Jill Stein, s’est rendue sur les lieux cette semaine. Elle fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt pour avoir tagué un bulldozer et empiété sur une propriété privée. Des faits passibles de 30 jours d’incarcération et/ou une amende de 1.500 dollars dans le Dakota du Nord, second producteur national de pétrole après le Texas. « J’espère que le Dakota du Nord va poursuivre les vrais vandales qui détruisent au bulldozer des sites sacrés d’inhumation », a écrit la candidate écolo sur Twitter.
I hope ND presses charges against the real vandals who bulldoze sacred burial sites. #NoDAPL https://t.co/34e6stP5wQ pic.twitter.com/6Hn3LT1500
— Dr. Jill Stein (@DrJillStein) 7 septembre 2016Grâce à cette médiatisation, des soutiens venus d’Europe, d’Asie ou encore d’Australie affluent vers le camp. « Nous étions environ 4.500 le week-end dernier », estime Kandi Mossett, elle-même sur les lieux depuis un mois. Ce même week-end, la jeune femme a été choquée par le traitement réservé aux manifestants. Alors que les opposants au projet avaient déposé un recours juridique contre le permis de construire, indiquant que des tombes d’ancêtres se trouvaient sur le chemin des pelleteuses, Energy Transfer Partners a tout de même commencé à creuser, samedi 3 septembre.
« Ils ont violé la mémoire sacrée de mes ancêtres », se désole Eagle Woman, rapportant qu’au moins deux tombes ont été profanées. « Les militants n’en croyaient pas leurs yeux, ajoute-t-elle. Ils sont intervenus et ont commencé à pousser les barrières pour arrêter les bulldozers. » Une compagnie de sécurité privée a alors employé l’intimidation pour faire reculer les manifestants : des chiens ont été lâchés, mordant six personnes. Six autres ont été blessées par les forces de sécurité, et 30 personnes ont reçu des gaz lacrymogènes, dont une femme enceinte, rapporte Kandi Mossett. Selon les services du shérif du comté de Morton, trois agents de sécurité ont eux aussi été blessés.

« Ils sont violents et ne s’arrêteront pour rien au monde. Nous non plus »

Les tribus sioux ont alors formulé un recours auprès d’une cour fédérale réclamant une suspension temporaire des travaux. Un juge a émis un premier avis, mardi 6 septembre, suspendant la construction sur la partie Est du site. « Mais c’est sur la partie Ouest que tous les sites sacrés se situent, s’alarme Kandi Mossett. Par chance il a plu ces derniers jours donc les travaux ont été suspendus. » Le juge a rendu un avis plus complet vendredi 9 septembre, rejetant la requête et provoquant la colère des opposants à Dakota Access. Le gouverneur du Dakota du Nord avait d’ailleurs mobilisé la Garde nationale en prévision de ce jugement.

Mais, signe que le dossier devient politique, l’armée ainsi que les départements de la Justice et de l’Intérieur ont ordonné la suspension des travaux jusqu’à nouvel ordre et appellent à une consultation avec les tribus.

Quoi qu’il arrive, les membres du Sacred Stone Camp resteront mobilisés. « Nous serons là aussi longtemps qu’il le faudra, assure Kandi Mossett. Les promoteurs du Dakota Access sont extrêmement agressifs. Maintenant nous savons qu’ils sont violents et qu’ils ne s’arrêteront pour rien au monde. Nous sommes là pour dire que nous non plus. »
Alors que Dakota Access mesure seulement 11 km de moins que Keystone XL, dont l’annulation par le président Barack Obama cette année a été saluée par les associations environnementales, l’interrogation est légitime : pourquoi donc cet oléoduc a-t-il été autorisé aussi rapidement et sans consultation préalable ? Le pipeline a été approuvé cet été par une agence fédérale différente, la U.S. Army Corps of Engineers, qui s’est servie d’une solution de facilité appelée « Permit 12 ». « Cela a permis de fractionner le projet en centaines de petites sections, sans avoir à réaliser d’étude d’impact globale ni de consultation avec les tribus. Le “Permit 12” n’est en général pas utilisé pour les oléoducs, nous sommes dans une sorte de vide juridique », explique à Reporterre Kendall MacKey, de 350.org.

Les activistes en appellent désormais au chef de l’État, qui, de se son propre aveu, souhaite laisser en héritage ses efforts pour l’environnement. « Obama a fait une déclaration très décevante au sujet de l’oléoduc, regrette Kandi Mossett. [1] Lors de sa visite à Standing Rock, en 2009, il avait dit qu’il serait là pour nous, mais ça n’est pas le cas. Il doit s’élever contre ce projet et nous aider à protéger notre culture. » Une manifestation est prévue mardi 13 septembre dans plusieurs villes du pays, dont Washington DC, la capitale.

Yona Helaoua

»» https://reporterre.net/Aux-Etats-Unis-les-Sioux-se-battent-contre-un-projet-d-oleoduc-geant

[1] Le président états-unien, interrogé à la volée lors d’un déplacement au Laos, le 7 septembre, a indiqué qu’il allait se pencher sur la question.

 

************************************************http://www.bastamag.net/Les-Quebecois-entrent-en-guerre-contre-un-nouveau-projet-d-oleoduc-geant
Au Québec, écologistes et Amérindiens entrent en guerre contre un nouveau projet d’oléoduc géant

par Samy Archimède

12 octobre 2016
La polémique enfle au Québec autour d’un gigantesque projet d’oléoduc qui traverserait plusieurs centaines de rivières. Dans ses tuyaux, un pétrole issu des très polluants sables bitumineux de l’Alberta, qui sera ensuite acheminé vers l’Europe ou les États-Unis. Déjà recalée par Barack Obama pour son très controversé projet d’oléoduc Keystone XL, l’entreprise canadienne TransCanada voit grandir face à elle un front citoyen mené par les communautés autochtones et les organisations environnementales. Celles-ci redoutent une marée noire dans le Saint-Laurent ou ses affluents. Elles veulent que les gouvernements canadien et québécois tournent le dos aux hydrocarbures, et respectent leurs engagements pris lors de la COP21.

Ils sont une centaine à battre le pavé ce samedi 20 août, sur le pont qui relie Gatineau [1] à Ottawa. A l’avant du cortège, une grande banderole annonce la couleur : « Coule pas dans nos cours d’eau ! ». La « Marche pour nos rivières », partie sept jours plus tôt, s’achève devant le Parlement de la capitale du Canada. C’est la première action menée par le mouvement citoyen « Stop oléoduc Outaouais », né en avril. Objectif : empêcher le projet Énergie Est porté par la compagnie TransCanada de voir le jour [2].

Énergie Est n’est pas un ouvrage comme les autres. C’est le plus important projet d’oléoduc jamais imaginé en Amérique du nord : 4 600 kilomètres de tuyaux [3] entre les provinces de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick, 1,1 million de barils de pétrole transportés chaque jour, 15,7 milliards de dollars d’investissement. Et 830 cours d’eau traversés, rien qu’au Québec. Un temps favorables au projet, les Québécois sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à se joindre à la contestation. Début 2014, seuls 19% d’entre eux se déclaraient hostiles au projet [4]. Fin 2015, ils étaient 57% [5]. Ce qui les inquiète le plus ? Les risques de pollution de l’eau potable et l’absence de transparence du processus d’évaluation.

Trois millions de personnes sans eau potable ?
Cette marche citoyenne marque une étape importante pour les opposants à Énergie Est. Elle leur aura permis d’obtenir le soutien de la municipalité de Gatineau, quatrième ville du Québec, et de se livrer à une belle revue d’effectifs. Parmi les invités venus ajouter leur voix à celle des marcheurs, des appuis de poids : la députée Manon Massé, du parti Québec Solidaire, l’archevêque de Gatineau, le vice-président de la Fonction publique canadienne, un responsable de la Confédération des syndicats nationaux et Jean-Guy Whiteduck, chef de la communauté amérindienne Kitigan Zibi Anishinabeg.

Dernie`re e´tape de la Marche citoyenne pour nos rivie`res, entre Gatineau et Ottawa.

« Nous, les peuples autochtones, n’avons pas été consultés par le gouvernement du Canada, intervient le chef autochtone. Nous sommes inquiets car l’eau est sacrée pour nous. Nous avons vu ce qui s’est passé au Saskatchewan [6] ces dernières semaines et cela pourrait aussi se produire ici avec ce pipeline. » Le tracé d’Énergie Est présente deux points particulièrement sensibles qui correspondent à la traversée du fleuve Saint-Laurent : au sud de la ville de Québec et à l’ouest de Montréal. « S’il y avait une rupture du pipeline à cet endroit, le pétrole s’écoulerait jusqu’à Montréal et on aurait trois millions de personnes sans eau potable », s’indigne Geneviève Nadeau, co-organisatrice de la marche.

Les précédents du Saskatchewan et du Michigan
Le bilan affiché par les transporteurs en matière de sûreté n’a pas de quoi rassurer les Québécois. Le 20 juillet dernier, 69 000 personnes ont été privées d’eau potable dans la province canadienne du Saskatchewan, suite à la fuite de l’oléoduc de la compagnie Husky Energy. Un rapport publié le 2 septembre à la demande des communautés autochtones de la région dénonce la lenteur de réaction de l’entreprise : 14 heures ! Pendant ce temps 250 000 litres de pétrole brut se sont déversés dans la rivière Saskatchewan nord. Près de deux mois après l’accident, son eau n’est toujours pas potable.

Six ans plus tôt, dans le Michigan (États-Unis), c’est un oléoduc de la compagnie Enbridge qui s’était rompu, déversant plus de 300 000 litres de « dilbit », ce pétrole bitumineux venu de l’Alberta, dilué avec des solvants afin de le rendre plus fluide. Le même pétrole que l’on retrouverait dans les tuyaux d’Énergie Est. Pointée du doigt pour l’extrême lenteur de son intervention le jour de la catastrophe – 17 heures après la première alerte –, Enbridge a estimé à 1,2 milliards de dollars le coût des opérations de nettoyage. « La question n’est pas « est-ce qu’il y aura des fuites », mais « à quel moment et quelle sera leur ampleur » », résume Sydney Ribaux, directeur général d’Equiterre, une ONG québécoise.

« Trop de risques pour trop peu de retombées »
S’appuyant sur les chiffres du Bureau de la sécurité des transports du Canada, l’ONG estime à 412 le nombre de fuites et déversements observés sur les oléoducs de TransCanada depuis 2004 [7]. Un chiffre contesté par l’entreprise basée à Calgary (Alberta), qui met en avant son nouveau système électronique de contrôle et de détection. Ce système permettrait à ses équipes, dans le scénario idéal, d’intervenir 13 minutes seulement après une fuite. Délai suffisant, néanmoins, pour laisser s’échapper 1,5 millions de litres de pétrole dans une rivière… « Même dans le cas d’une fermeture très rapide des vannes, on a une catastrophe », confirme Chantal Savaria, ingénieur géologue [8].

La raffinerie Suncor, pre`s de Montre´al, doit e^tre alimente´e par l’ole´oduc Energie Est.

« Dans la majorité des cas, il faut plusieurs heures avant de détecter les fuites ou les déversements accidentels », poursuit la géologue. Le projet Énergie Est comporte « trop de risques environnementaux » pour « trop peu de retombées économiques », a reconnu le maire de Montréal Denis Coderre. Opposant de la première heure, Gérard Jean, édile de Lanoraie, une commune québecoise de 4 000 habitants, avait fait réaliser dès la fin 2014 une étude d’impact dont les conclusions font désormais autorité. Dans cette commune, l’arrivée de l’oléoduc causerait la perte de plus de 50 hectares de forêts et de tourbières et menacerait une réserve écologique protégée.

L’argument de l’emploi
Le regard dans le vague, Serge Simon observe le lac où il venait autrefois pêcher avec son père. « Le pipeline passerait sous la rivière des Outaouais, à dix kilomètres du lac des Deux Montagnes », indique d’un geste de la main le grand chef de la Nation autochtone Kanesatake [9]. « S’il y avait un déversement, ce serait un désastre écologique comme on n’en a jamais vu ici », lâche-t-il avec gravité [10]. Même son de cloche du côté de la réserve indienne de Wendake – qui compte entre 3 000 et 4 000 habitants – située à quinze minutes de la ville de Québec. « Le moindre déversement aurait un effet catastrophique pour les bélugas et l’ensemble de la faune aquatique », affirme Konrad Sioui, grand chef de la nation Huronne-Wendat. En juin, l’Assemblée des premières nations du Québec-Labrador (APNQL) a adopté une résolution officielle d’opposition au projet Énergie Est. Pour elle, ce projet ne respecte pas les droits ancestraux des Premières nations, menace leurs lacs et leurs rivières, favorise l’expansion de sables bitumineux et accélère les changements climatiques.

Si les communautés autochtones opposées à Énergie Est sont nettement majoritaires, ce genre de projet continue cependant de susciter des débats en leur sein même, concède Ghislain Picard, chef de l’APNQL. « Nos dirigeants doivent d’un côté protéger l’environnement et, de l’autre, répondre aux besoins économiques de leur population ». Dans les réserves, le taux de chômage et le manque de perspectives sont criants. « Nous sommes toujours en situation de rattrapage sur le plan de l’éducation, de l’emploi, de la santé », déplore Ghislain Picard. Dans ce contexte, les perspectives d’emplois sont parfois difficiles à refuser. Et quand TransCanada annonce la création de 14 000 emplois, dont 3 000 au Québec, certains y voient la promesse d’un avenir meilleur. « Peut-on re´ellement se passer d’un projet d’investissement prive´ qui cre´erait et maintiendrait annuellement plus de 14 000 emplois directs et indirects au pays, dont pre`s de 25% au Que´bec ? », écrivent d’une même main le PDG de la Fédération des chambres de commerce et le PDG du Conseil du patronat du Québec [11].

Alliance des syndicats et des ONG environnementales
L’argument de l’emploi, la Fédération des travailleurs du Québec n’y croit plus. Il n’y aurait pas plus de 33 emplois directs créés durant la phase d’exploitation, avance Marc-Edouard Joubert, président du Conseil régional du principal syndicat du Québec. Un chiffre que ne conteste pas Énergie Est [12]. Pour le dirigeant syndical, l’affaire est entendue : « Les 33 emplois créés ne contrebalancent pas les risques de déversement associés au déploiement d’un oléoduc sur le territoire québécois. » Et d’ajouter : « l’exploitation des sables bitumineux est sale. On devrait l’arrêter ». Une manière de signifier que l’opposition à cet oléoduc s’inscrit dans un combat bien plus large que la prévention des marées noires.

Manifestation contre Energie Est à Montre´al, le 11 aou^t 2016.

« Le plus grand risque que pose Énergie Est, martèle Sydney Ribaux, le directeur général d’Equiterre, c’est de permettre l’expansion des sables bitumineux en Alberta et au Saskatchewan. L’extraction de ce pétrole émet trois à quatre fois plus de gaz à effet de serre que celle du pétrole conventionnel ». Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie à Greenpeace Canada, dénonce quant à lui « la destruction de la forêt boréale », « l’utilisation massive d’eau et de gaz naturel » pour extraire le bitume et « la création de grands réservoirs toxiques remplis de produits chimiques », qui menacent la santé des communautés autochtones de l’Alberta [13].

Les promesses de Justin Trudeau à l’épreuve des faits
Sortir ou ne pas sortir de l’extrême dépendance au pétrole héritée des années Harper, Premier ministre conservateur de 2006 à 2015, telle est la question que semblent se poser les dirigeants canadiens. Fraîchement nommé Premier ministre, Justin Trudeau avait pris tout le monde de court en s’engageant lors de la COP21 à réduire les émissions du Canada de 30% d’ici 2030. Un défi colossal pour ce pays qui figure dans le quatuor de tête des plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre par habitant, aux côtés de l’Australie, de l’Arabie Saoudite et des États-Unis. « Si le Canada prend au sérieux ses propres engagements à la COP21, il doit mettre un moratoire sur les futurs projets dans les sables bitumineux », estime le géologue canadien David Hugues [14].

Marche d’ouverture du Forum social mondial à Montre´al le 9 aou^t 2016.

Mais depuis la conférence de Paris, rien ne semble avoir changé. La promesse électorale du candidat Trudeau de réformer l’Office national de l’énergie (ONE), organisme chargé notamment d’évaluer les projets d’oléoducs, est restée lettre morte. Or ce « tribunal de l’énergie », accusé de servir les intérêts des compagnies pétrolières et gazières, vient d’entrer en crise ouverte. La 9 septembre, sous le feu des critiques, les trois commissaires en charge de ces audiences ont décidé de jeter l’éponge. Pendant ce temps-là, Philippe Couillard, le Premier ministre du Québec, joue les équilibristes. Son projet de loi de transition énergétique, qui doit être soumis à l’Assemblée nationale en octobre, prévoit, dans un même élan, de réduire la consommation d’hydrocarbures de 40 % d’ici 2030 et de renforcer les droits d’exploration et d’exploitation des entreprises pétrolières et gazières. Si cette loi est votée en l’état, prévient le juriste et sociologue Richard Langelier, « les compagnies auront un droit prioritaire d’accès aux terrains des résidents durant la phase de prospection ». Elles pourront même les exproprier, insiste-t-il, si elles trouvent du gaz ou du pétrole sur leur propriété.

Un mouvement de mobilisation « sans précédent »
Interrogés sur les conséquences du projet d’oléoduc géant, ni TransCanada, ni l’ONE, ni le ministère de l’Environnement du Québec n’ont souhaité nous répondre. Alors que les forages exploratoires se multiplient le long du fleuve Saint-Laurent, en Gaspésie et jusque sur l’île d’Anticosti, Énergie Est apparaît de plus en plus clairement comme le maillon central d’une stratégie pro-hydrocarbures. L’oléoduc de TransCanada pourrait ainsi servir à la fois à transporter les pétroles bitumineux de l’Alberta et les pétroles de schiste du Québec. Un défi énorme pour le mouvement de résistance organisé autour des peuples autochtones et des 130 comités citoyens du Réseau vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ).

Anne-Ce´line Guyon, porte-parole de STOP ole´oduc, au bord du Saint-Laurent, pre`s du lieu de passage pre´vu pour Energie Est.

C’est « un mouvement sans précédent dans l’histoire du Québec », se félicite la porte-parole de ce réseau, Carole Dupuis. « On ne lutte pas seulement contre Énergie Est mais surtout contre l’exploration, l’exploitation et le transport des énergies fossiles en général », précise Anne-Céline Guyon. Selon la porte-parole de Stop oléoduc, l’heure est à la convergence des luttes. Notamment avec les Premières nations, dont les revendications ne sont pas toujours en phase avec celles des autres communautés, mais dont la capacité d’action reste intacte. « Si tous les autochtones du Canada se soulèvent en même temps, les choses vont changer », prévient Serge Simon.

Bloquer au Québec, boycotter en Europe
Le grand chef Kanesatake se dit prêt, s’il le faut, à « bloquer physiquement » l’avancée de l’oléoduc. Serait-ce le grain de sable capable d’enrayer la mécanique bitumineuse ? C’est ce que croit le sociologue Eric Pineault [15]. « Dans ce combat qui, selon moi, va définir le Canada du 21ème siècle, explique-t-il, les communautés autochtones ont un avantage sur les citoyens québécois : elles peuvent exercer une souveraineté ». Aujourd’hui, observe le sociologue, ce sont les communautés autochtones qui bloquent les autres grands projets d’oléoducs dans l’ouest Canadien.

Aux États-Unis, les autochtones étaient déjà en première ligne dans la lutte contre le projet Keystone XL de la compagnie… TransCanada (Lire notre précédent article sur Keystone XL). Un projet rejeté par Barack Obama en février 2015. Bloquée au sud, l’entreprise albertaine mise énormément sur la route de l’est qui lui ouvrirait les marchés européens et asiatiques. Pour Anne-Céline Guyon, il faut maintenant organiser la mobilisation des Européens, clients potentiels de ce pétrole bitumineux. Et utiliser l’arme du boycott.

Texte et photos : Samy Archimède

sauf photo de une : CC Lenny K Photography

Notes
[1] Gatineau est une ville située à 200 km à l’ouest de Montréal.

[2] Voir le site officiel du projet Énergie Est.

[3] Dont 3 000 km de gazoduc déjà existants, transformés en oléoduc.

[4] Source : newswire.ca.

[5] Source : Greenpeace.org

[6] Le 20 juillet 2016, la fuite d’un oléoduc avait provoqué une marée noire dans la rivière Saskatchewan nord.

[7] Voir ici.

[8] Chantal Savaria est aussi l’auteure d’une étude sur l’impact d’un déversement, réalisée à la demande de la Communauté métropolitaine de Montréal. Voir l’étude ici.

[9] La communauté Kanesatake compte environ 2 300 habitants.

[10] Lire sur ce sujet : Comment transformer un paradis boréal en un enfer boueux et toxique : grâce aux sables bitumineux.

[11] Voir ce billet de blog du Huffington Post, signé par une dizaine de représentants patronaux.

[12] Voir ici.

[13] Voir à ce sujet l’enquête édifiante du journaliste canadien Andrew Nikiforuk, dont la traduction a été publiée en 2010 sous le titre « Les sables bitumineux : la honte du Canada ».

[14] David Hugues est spécialiste des questions énergétiques. Il est l’auteur d’un papier d’analyse détaillé sur le sujet.

[15] Eric Pineault est auteur du livre Le piège Énergie Est. Sortir de l’impasse des sables bitumineux, éd. Ecosociété, avril 2016.

*********************************http://www.bastamag.net/Etats-Unis-violente-repression-des-Sioux-opposes-a-un-projet-d-oleoduc

Etats-Unis : violente répression des Sioux opposés à un projet d’oléoduc
par Sophie Chapelle 28 octobre 2016
117 manifestants ont été arrêtés le 27 octobre par la police du Dakota du Nord, près du chantier controversé d’un oléoduc, le « Dakota Access Pipeline ». Depuis le 1er avril, un camp de résistance a été établi par des tribus amérindiennes et des militants écologistes sur un terrain privé acheté 18 millions de dollars par la société exploitante [1]. Les Sioux de la réserve de Standing Rock assurent que ce terrain, sur lequel l’oléoduc doit passer, est « sacré » et leur a été transmis par un traité conclu en 1851. Jeudi, plus de cent policiers protégés par des véhicules blindés et des équipements militaires sont intervenus pour déloger les opposants qui bloquaient deux routes.

Malgré les recours juridiques, la construction de l’oléoduc a débuté en mai 2016. Il doit traverser quatre États américains et acheminer le pétrole extrait dans le Dakota du Nord, à la frontière canadienne, jusque dans l’Illinois, plus au sud. La tribu indienne considère que l’oléoduc menace ses sources d’eau potable ainsi que plusieurs nécropoles. Ses représentants ont demandé au président Barack Obama d’intervenir pour stopper le chantier et lancer une enquête sur « les exactions des forces de l’ordre sur le site », déclare Sue Evans, une des porte-paroles. Il y a deux semaines, la Maison Blanche avait demandé le gel du chantier, dans un souci d’apaisement, et ce malgré la décision antérieure d’un juge autorisant la poursuite des travaux. Le chantier a cependant redémarré le 11 octobre.

Lire le récit de Winona LaDuke, militante et femme politique amérindienne

Face à l’arrivée des forces de l’ordre, les manifestants ont brûlé des pneus. Plusieurs coups de feu ont été tirés, une personne a été blessée à la main. Le face à face entre les occupants et la police a duré plusieurs heures avant que les autorités ne procèdent à de nombreuses arrestations. « Les forces de l’ordre ont répondu de façon disproportionnée », selon le président de la tribu, Dave Archambault, dans un communiqué le 27 octobre au soir.

Le projet d’oléoduc s’invite dans la campagne électorale américaine. Dans une enquête publiée le 26 octobre, The Guardian fait état des liens financiers étroits entre Donald Trump et Energy Transfer Partners, la société exploitante de l’oléoduc Dakota Access [2]. Kelcy Warren, le directeur général de la compagnie, a donné un peu plus de 100 000 dollars à la campagne de Trump et 67 000 dollars au Comité national républicain. Donald Trump aurait pour sa part investi entre 500 000 et un million de dollars dans la compagnie Energy Transfer Partners, et une somme similaire dans la société Phillips 66 qui bénéficiera de 25 % de parts dans l’oléoduc, une fois sa construction achevée. Les opposants au projet ont par ailleurs envahi le siège de campagne d’Hillary Clinton le 27 octobre, en lui demandant de prendre position. Seule la candidate du parti Vert, Jill Stein, a pour l’heure affiché son soutien aux Sioux de la réserve de Standing Rock.
Notes
[1] Voir cet article de Democracy Now http://www.democracynow.org/2016/10/27/developing_100_militarized_police_demolishing_nodapl

[2] Voir l’enquête du Guardian https://www.theguardian.com/us-news/2016/oct/26/donald-trump-dakota-access-pipeline-investment-energy-transfer-partners

******************************https://nantes.indymedia.org/articles/36158
publié le lundi 14 novembre 2016

Les Etats Unis se confrontent à l’une des plus grandes rébellions des peuples originaires depuis près de 150 ans.

Le gouvernement des Etats Unis a décidé il y a deçà quelques mois de construire un oléoduc géant pour connecter le nord du pays jusqu’à l’état de l’Illinois, c’est à dire plus de 1900 kilomètres d’oléoduc. Ce projet doit passer par la réserve de Standing Rock, terre sacrée des Sioux, et menaces les sources d’eau de ces peuples. La réserve indigène de Standing Rock est la sixième plus grand des Etats-Unis et se situe entre l’état du Dakota du Nord et celui du sud, elle est particulièrement grande (10 000 km²) mais ne dépasse pourtant pas les 10 000 habitants

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Ce projet est immense, pour faire transiter le pétrole et le gaz de schiste produit via la très controversée méthode du Fracking depuis le nord jusqu’au sud du pays (qui produit du pétrole de manière traditionnelle et donc plus coûteuse), il a été investit plus de 3 800 millions de dollars, si ce projet se termine il traversera 4 états et plus de 200 fleuves ou rivières. Dans le Dakota cet oléoduc passera par 33 sites archéologique et historiques et passera à côté des sites sacrés des Lakotas.

La pauvreté dans la réserve de Standing Rock est grande. Ce furent des années d’efforts du gouvernement pour que ces tribus restent les grands oubliés du pays, l’alcool, les drogues, l’acculturation et les casinos…ils ont tout fait pour essayer de faire perdre le peu qu’il reste à ces dignes peuples. Mais la dignité reste plus que jamais présente.

Aucuns des deux candidats aux élections américaines n’ont pris en compte les peuples indigènes: « la réserve est tellement pauvre que les uniques actes électoraux qui se voient ici, ce sont les projets d’alimentations « feeders » qui consistent littéralement à ce que le parti démocrate offre à manger aux gens près des lieux de vote, pour que les gens se motivent à voter. Le Parti Républicain n’obtenant pas de vote au sein des indigènes essaye d’empêcher les projets d’alimentations, argumentant que c’est de l’achat de vote. Un homme, un hamburger, un vote. A Standing Rock on comprend ainsi, la phrase d’un célèbre leader sioux, Nuage Rouge: « Ils nous ont promis beaucoup de choses, Tellement de choses que l’on ne s’en souvient plus. Mais ils ont au moins tenue une promesse, celle de nous quitter la terre ». Ils ont aussi quitter le nom des sioux, l’état les appelle comme les appelaient leurs ennemis ojibwa: « nadoiessoux » qui signifie ni plus ni moins « serpent ». Les sioux et les ojibwa ont eut entre eux une guerre d’extermination, il faut bien comprendre que juste prononcer ce mot les rends furieux. » Par ce conflit, le peuple sioux a perdu sa reconnaissance comme Première Nation.

Mais les choses changent, l’organisation de ce peuple pour défendre le sacré est exemplaire. La tribu a organisé une rébellion depuis juillet, et depuis, de nombreuses autres tribus de tout le pays ont apporté leur soutien, provoquant une union qui ne s’était pas vu depuis plus d’un siècle et demi. Les conflits ancestraux entre certaines tribus, comme les Pawnee et les Lakotas sont en train de se résoudre grâce à la solidarité et leur combat commun pour l’eau. Des nations du monde entier apportent leur soutien, comme c’est le cas avec l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), ou une délégation équatorienne venue sur place pour partager leur lutte contre l’extraction de pétrole sur leur territoire.

Depuis peu, en dehors de la venue et du soutien d’autres tribus et des autres nations indigènes du pays, se sont aussi rassemblés des groupes politiques de gauche et écologiste, tout comme des personnalités qui commencent à lever la voie pour défendre le peuple sioux, et souligner cet effort de solidarité et de coordination entre les différentes tribus de la région.

La répression et la violence policière est impressionnante. Les polices du Dakata, et les gardes de sécurités privés des entreprises en charge de ce projet ressemblent à des milices aux ordres de l’argent pour expulser les blocages et les campements des dignes peuples originaires.

Les comp@s adhérents à la Sexta de Barcelone ont traduit et publier un article qui décrit les actes repressifs des mlices privés et de la police, où 141 personnes ont été arrêtées le week end dernier:

« La police du Dakota du Nord a détenu 141 personnes parmi eux des indigènes et des écologistes durant l’expulsion d’un campement militant contre le projet de construction de l’oléoduc qui était en place depuis la matinée du vendredi ont informé les autorités

Les agents ont utilisé des blindés et des gaz pour disperser les 300 personnes installées dans le campement de Roche Sacré, dans l’un des terrains ruraux privatisé pour le projet du tracé de l’oléoduc, considéré par les indigènes de la réserve de Standing Rock comme sacrés et qui leur appartient.

Selon la version officielle, au moins un des manifestant – qui a été détenu- a tiré avec une arme à feu contre les policier lors des affrontements particulièrement tendus, et qui ont duré plus de six heures, durant laquelle il y eu aussi des jets de pierre, de bouteilles et de cocktails molitov…Cependant aucun blessé n’a été signalé par les autorité

La majorité des détentions a eu lieu pour irruption illégale dans une propriété privée

Les membres de la réserve indigène de Standing Rock, Hunkpapas et dakotas ont réunis le soutien de dizaines d’autres tribus dans les derniers mois en opposition au projet d’oléoduc « dakota access ». »

Des centaines de personnes se sont concentrées depuis le mois d’avril dans le campement de la Roche Sacrée pour empêcher les travaux de construction de l’oléoduc, car ils ne veulent pas perdre des terres qu’ils considèrent comme sacrées et craignent une pollution des eaux de la rivière Missouri desquelles dépend leur mode de vie.

Dans les réseaux sociaux, on compare ce mouvement à la large occupation de 1973 de Pine Ridge qui a terminé avec l’arrestation de Léonard Peltier, qui a par ailleurs écrit un communiqué de soutien depuis sa cellule le 16.09.2016

« Mes sœurs et frères, je vous salue,
On m’a demandé d’écrire une déclaration de solidarité pour tous ceux qui participent aux manifestations du Camp des Pierres Sacrées à Standing Rock. Merci pour ce grand honneur. Je dois avouer qu’il m’est très difficile d’entamer cette déclaration. J’ai les larmes aux yeux, mon cœur se gonfle de fierté, alors que des frissons montent et descendent le long de mon cou et de mon dos. Je suis tellement fier de vous, les jeunes, et les autres personnes qui sont là. Je suis reconnaissant d’avoir survécu pour voir la renaissance unie et invaincue de la nation Sioux à Standing Rock, résistant au conduit empoisonné qui menace la source d’où naissent les fleuves Missouri et Mississippi. C’est un honneur d’être en vie, pour voir cela se produire avec vous les jeunes. Vous n’êtes rien de moins qu’impressionnants à mes yeux. »

Lire sa carte en entier

Le conflit devrait durer bien que la répression n’aie pas de limite. La police a par exemple tiré a plusieurs reprises sur des drones de manifestants qui filmaient la répression, une journaliste a été arrêtées pour avoir couvert les faits et est accusée de diffamation, alors que les militants traversaient la rivière parfois à la nage parfois sur des barques de fortunes pour empêcher la construction, la police a tiré des gaz, les chiens sont utilisés contre les manifestants….. Les sioux se sont appropriés de plusieurs moyens de communication pour pouvoir diffuser leur lutte et démontrer ainsi au peuple et au monde les stratégies usées par les milices privées et la police du Dakota

L’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale et CNI (le Congrès National Indigène) ont montré leur soutien à cette digne lutte, en particulier dans l’une des 27 dénonciations d’offensive du système capitaliste contre les peuples originaires dans leur communiqué « Que dans ses entrailles tremble la terre »
http://espoirchiapas.blogspot.mx/2016/10/ezln-et-cni-annoncent-une-consultation.html

« La nation Dakota se voit envahir et détruire son territoire sacré par des gazéoduc et oléoducs, et défendent via des blocages permanent pour protéger ce qui est leur »

Mais ils avaient aussi souligné cette lutte au mois de septembre dans leur communiqué « partie de la guerre et de la résistance #44″ où ils ont présenté un paragraphe entier à cette digne lutte
http://espoirchiapas.blogspot.mx/2016/10/ezln-rapport-de-guerre-et-de-resistance.html

« Parmi les peuples originaires des tribus du nord, la nation Sioux tisse ses propres géographies bien au-delà des fausses géographies officielles qui les situent dans un autre pays – alors que pour nous nous sommes enfants de la même mère-, et ils résistent actuellement à l’invasion de leurs terres sacrées, de leurs cimetières et de leurs lieux de prière par les travaux de construction d’oléoducs effectués par la compagnie Energy Transfer Partners, qui voudrait transporter le pétrole obtenu par la fracturation hydrauliquede la région Bakken, dans le Dakota du Nord en passant par leurs territoires, ce qui a motivé la solidarité et l’union des peuples originaires du nord. Sachez que votre rage est la nôtre, et qu’en tant que Congrès National Indigène, nous faisons et ferons entendre notre voix ensemble et à vos côtés. Votre digne lutte est aussi la nôtre. »

Selon l’Observatoire des Multinationales, plusieurs banques françaises sont impliquées: BNP Paribas, Le Crédit Agricole, Natixis, et la Société Générale. Elles ont toutes les quatre directement financé le projet Dakota Access Pipeline à hauteur de plus de 1 milliard de dollars, toute sauf la Société Générale ont par ailleurs « accordé des crédits permanents aux firmes parties prenantes »

Il ne faudrait pas pour autant s’indigner que pour cette cause, il s’agit également de mentionner qu’au Mexique la lutte du peuple yaqui qui est aussi en lutte contre la construction d’un gazoduc est particulièrement réprimée puisque récemment un companera a été assassiné .

Et ce n’est pas tout la violence contre les peuples originaires qui défendent leur territoire et leur monde, est particulièrement intense à travers le monde… Tous ces peuples se retrouvent confrontés aux violences des états qui ne cherchent qu’à les spoliers de leurs terres pour des mégaprojets ou juste pour chercher à rentabiliser ce qui ne l’est pas.

 

*******************************https://www.legrandsoir.info/pour-les-peuples-autochtones-des-ameriques-standing-rock-illustre-des-siecles-de-conflits-counterpunch.html
21 décembre 2016

Pour les peuples autochtones des Amériques, Standing Rock illustre des siècles de conflits (Counterpunch)
Lewis EVANS
L’annonce récente de l’armée des États-Unis selon laquelle elle ne laissera pas le Dakota Access Pipeline mettre en péril le territoire et les sources d’eau de la tribu Sioux de Standing Rock marque un tournant remarquable dans les luttes indigènes aux Amériques. Bien que la victoire puisse ne pas être définitive, il faut s’en féliciter. Cependant, il est essentiel de ne pas perdre de vue les nombreuses luttes similaires auxquelles sont confrontés les peuples indigènes et tribaux du monde entier. Des maquis de la Patagonie aux régions glacées de l’Arctique, les images des manifestations de Standing Rock diffusées en boucle dans les médias américains peuvent devenir non seulement une source d’inspiration, mais changer en profondeur le cours des choses.

Parmi les centaines de photos impressionnantes qui ont circulé en ligne sur le face-à-face extraordinaire entre les manifestants Sioux et la police du Dakota du Nord, une d’entre elles est peut-être particulièrement marquante. Elle montre un jeune Américain natif portant des jeans, des bottes de cow-boy et ce qui semble être un masque à gaz improvisé, qui regarde, à cheval, une barricade de la police. Derrière un mur improvisé de pneus abandonnés et de morceaux de bois il y a une unité de policiers, en uniforme et casques, qui tiennent des bâtons. Ils sont flanqués de véhicules blindés qui n’auraient pas été déplacés dans les guerres irakiennes ou afghanes.

L’image évoque les récentes luttes pour les droits civils. Les policiers avec leurs chemises beiges et leurs postures machistes ressemblent tout à fait aux hommes qui, dans l’Alabama des années 1960, utilisaient des canons à eau et des chiens contre les manifestants afro-américains. En ce qui concerne les peuples indigènes des Amériques, toutefois, l’histoire est encore plus ancienne. Ces policiers, qui protégeaient les intérêts commerciaux d’une importante compagnie pétrolière, ne sont que les derniers représentants des puissances coloniales qui se sont approprié les terres et les ressources indigènes et écrasent brutalement leur résistance depuis 1492.

Si le combat contre le Dakota Access Pipeline était le seul de ce genre dans l’hémisphère américain en 2016, on pourrait concentrer les efforts sur la lutte pour les droits humains et la protection de l’environnement. Malheureusement, il s’agit seulement de l’exemple le plus connu et le plus largement diffusé d’un conflit plus large concernant la terre et les ressources, qu’on ne peut ignorer, et qui se déroule au moment où nous parlons.

Dans les plantations agricoles du centre du Brésil, sur une terre rouge fertile qui était autrefois couverte de forêt, les Guarani-Kaiowa se battent tous les jours pour sauver leurs terres. La lutte dure depuis des dizaines d’années et ils ont remporté très peu de victoires. Bien qu’ils mènent une résistance acharnée contre les éleveurs qui volent leur terre et les hommes armés que ces derniers embauchent pour harceler leurs communautés, beaucoup de Guaranis ont perdu espoir. Le groupe Kaiowa de la tribu souffre du taux de suicide le plus élevé du monde, et il est disproportionnellement élevé chez les jeunes et les adolescents. Beaucoup sont réduits à vivre sur le bord des routes, à boire de l’eau contaminée par les pesticides utilisés pour cultiver des cultures de rapport sur ce qui est leur terre – selon le droit brésilien et international.

Dans l’Amazonie péruvienne, au cœur de ce que Survival International définit comme la Frontière de Non-contact d’Amazonie, les montagnes et la forêt tropicale abritent des dizaines de groupes qui n’ont que peu ou pas du tout de contact avec la société dominante. Ils vivent de manière soutenable, sans épuiser la nature, principalement comme des chasseurs-cueilleurs nomades, qui tirent leur subsistance de la terre comme ils l’ont fait depuis des générations. Ils savent qui « nous » sommes mais ont choisi de ne pas avoir de contact avec nous : ils barrent les chemins de la forêt avec des lances ou pointent leurs arcs sur les avions qui passent pour montrer qu’ils veulent qu’on les laisse tranquilles. Les maladies infectieuses comme la grippe et la rougeole contre lesquelles ils ne sont pas immunisés peuvent être mortelles pour eux, sans compter la violence que trop de gens sont prêts à utiliser pour s’approprier leurs terres et leurs ressources.

Malheureusement, il y a des projets de faire exactement cela à l’échelle industrielle. Le gouvernement de « développement » de Pedro Pablo Kuczynski vient d’approuver un « plan directeur » pour l’exploration pétrolière dans le parc national de Sierra Divisor – une partie lointaine de la région frontalière qui abrite une biodiversité spécifique et précieuse et de nombreux autochtones non contactés, isolés. Le plan a transformé certaines « zones protégées » en zones de recherche autorisée, ce qui implique souvent des explosions sous-terraines massives. Il est évident que cela perturbera les zones de chasse isolées, supprimera les sources de nourriture et augmentera massivement le risque d’affrontements mortels entre les tribus et le personnel des compagnies pétrolières.

De l’autre côté de l’Amazonie, au nord-est du Brésil, les peuples autochtones s’accrochent à la petite forêt qui leur reste. Dans le territoire indigène d’Arariboia, qui abrite les peuples Guajajara et Awá, la déforestation à grande échelle a laissé très peu de l’environnement dont les tribus dépendent et qu’elles ont géré pendant des millénaires. Des camions chargés de bois abattu illégalement roulent sur les routes de terre qui traversent leur territoire en toute impunité. Les peuples tribaux, dont certains sont non-contactés, fuient les tronçonneuses et se réfugient dans de petites parcelles de forêt où ils peuvent chasser et chercher de la nourriture en paix.

Il est remarquable que certains des Indiens contactés dans la région aient décidé de défendre leurs voisins tribaux non contactés. Un groupe de la tribu Guajajara, connu sous le nom de « The Guardians », a décidé de protéger sa terre. Le chef du groupe, Olimpio, a dit simplement : « Nous défendons notre territoire pour que les Awá non contactés puissent survivre. Nous voulons juste qu’ils soient laissés en paix. »

Il y a une immense hostilité dans la région envers des groupes comme les Gardiens. Entre septembre et novembre de cette année, six hommes Guajajara ont été assassinés puis horriblement démembrés par des gens qui envahissaient leur territoire. Les autorités locales qui profitent du commerce du bois illégal ferment les yeux sur ces brutalités. Les Guajajara et les Awá ont peu d’alliés, et Survival travaille depuis des années à essayer de protéger leur droit de défendre leurs terres et leur vie, et de décider de leur avenir.

Il existe d’innombrables autres exemples. Au centre de l’Amazonie, un petit groupe d’Indiens non contactés, connus sous le nom de Kawahiva, fuit depuis des années ; ils sont obligés de se déplacer constamment pour échapper aux envahisseurs et à la menace qu’ils représentent pour eux. Si leur terre était protégée contre les éleveurs et les bûcherons qui cherchent constamment à l’exploiter, ils pourraient très bien vivre. Au Paraguay, de petites bandes d’Indiens Ayoreo vivent une vie tout aussi menacée dans le Chaco, une forêt sèche et broussailleuse qu’on est en train d’abattre plus rapidement que n’importe quelle autre sur terre. Les bulldozers, que les Ayoreo appellent des « bêtes à la peau de métal », arrachent les arbres et les habitations et forcent la tribu à fuir. Les Ayoreo qui ont déjà été contactés sont tombés malades et ont fini misérablement en marge de la société paraguayenne. Pour survivre, les hommes s’engagent comme manœuvres et beaucoup de femmes se prostituent. Ils sont harcelés par les missionnaires et des gens sans scrupules qui cherchent à les exploiter. Le contact avec la société traditionnelle et le déplacement hors de la forêt n’a pas été un « progrès » pour eux, mais plutôt, une condamnation à mort. Le vol de la terre est le plus grand problème que rencontrent les peuples tribaux. Partout dans le monde, la société industrialisée vole les terres tribales pour faire du profit. C’est la continuation de l’invasion et du génocide qui ont caractérisé la colonisation européenne des Amériques et de l’Australie. Mais pour les peuples tribaux, la terre, c’est la vie. Elle remplit tous leurs besoins matériels et spirituels. La terre fournit la nourriture, le logement et les vêtements. C’est aussi le fondement de l’identité et du sentiment d’appartenance des peuples tribaux. Le vol des terres tribales détruit les peuples autonomes et leurs divers modes de vie. Il engendre la maladie, le dénuement et le suicide. Le fait est incontestable. Il est temps de le reconnaître et de lutter pour le droit fondamental des peuples autochtones et tribaux à l’autodétermination sur la terre qui leur appartient. Standing Rock a montré le pouvoir des gens qui défendent leur vie, leurs terres et leurs droits humains, et à Survival, nous luttons pour obtenir des victoires semblables ailleurs dans le monde.

Lewis Evans
militant de Survival International.

Traduction : Dominique Muselet
http://www.counterpunch.org/2016/12/16/for-indigenous-people-in-the-americas-standing-rock-illustrates-centuries-of-conflict/

 

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