ANTHROPO-Scène Actua

corium

Novembre  2016

http://www.bastamag.net/Ces-dix-lieux-ou-les-consequences-du-changement-climatique-sont-deja

 

Ces dix lieux où les conséquences du changement climatique sont déjà dramatiques

par Sophie Chapelle 3 novembre 2016

Le 7 novembre prochain, la 22ème conférence des Nations Unies sur le changement climatique doit s’ouvrir à Marrakech, sans faire l’objet d’un intérêt aussi marqué qu’il y a un an, pour celle de Paris. Pourtant, le changement climatique n’est déjà plus un lointain péril. Le processus est bel et bien enclenché. Ses premières conséquences se font sentir : îles du Pacifique englouties par les eaux, villages contraints de déménager, patrimoines de l’humanité menacés, premiers réfugiés climatiques… Avec des effets parfois inattendus, comme la libération de bactéries mortelles jusqu’ici enfermées dans le sol gelé. De la Sibérie au Sénégal, en passant par l’Italie, tour d’horizon d’une catastrophe climatique bien présente.

L’année 2016 est en passe de battre un nouveau record de chaleur. Sur les neuf premiers mois de l’année, la température à la surface de la planète a dépassé de près d’un degré la température moyenne du 20ème siècle, surpassant le précédent record enregistré… l’année dernière. C’est dans ce contexte que se tient la 22ème conférence internationale pour le climat, à Marrakech (Maroc), du 7 au 18 novembre. Et que l’accord conclu lors de la conférence de Paris s’apprête à être ratifié. Pendant ce temps, de la banquise arctique aux archipels ensoleillés du Pacifique, en passant par la Sibérie, Venise ou le Bangladesh, les effets combinés du réchauffement climatique et des activités industrielles les plus polluantes se font d’ores et déjà déjà de plus en plus durement ressentir.

Cercle arctique : la banquise se réduit, des villages déménagent, les caribous disparaissent

Début septembre, la couche de glace dans l’océan Arctique a atteint son niveau le plus bas de l’année. Une animation créée à partir d’images prises depuis l’espace, et diffusée par la Nasa, montre la fonte des glaces dans l’hémisphère nord, entre le 24 mars et le 10 septembre. La surface glacière a été divisée par plus de trois, passant de 14,5 millions à 4,1 millions de km2.

Le niveau de 2012 – la plus faible étendue de banquise enregistrée jusqu’à présent avec 3,3 millions de km2 – n’a pas été atteint, précise la Nasa [1]. A titre de comparaison, la couverture de glace pendant l’été en Arctique couvrait 4 millions de km2 en 2007 et 5,1 millions de km2 dans les années 1980 et 1990 [2]. Les répercussions de cette fonte à grande vitesse de l’Arctique se font sentir dans la planète toute entière : élévation du niveau moyen des mers de 19 cm entre 1901 et 2010 [3], modification des courants marins et aériens, dont le Gulf stream, qui permet à l’Europe occidentale de bénéficier d’un climat plus doux que l’Amérique du Nord et l’Asie aux mêmes latitudes. Un désastre pour certains, comme les Inuits en Alaska. A Shishmaref, village inuit de 600 habitants situé sur une mince bande de terre du détroit de Béring, l’océan grignote trois mètres de littoral chaque année. La température y a grimpé de 4°C en quelques décennies, et la banquise ne protège plus les côtes lors des tempêtes d’automne. Les habitants ont voté, en août, le déménagement et la relocalisation de leur village. Dans la région, une trentaine d’autres villages subissent les mêmes tourments.

La fonte des glaces est cependant perçue comme une aubaine pour d’autres : une ruée générale sur les ressources de l’Arctique – du pétrole aux stocks de poissons en passant par les minerais – se prépare, sur fonds de tensions frontalières (lire notre enquête).

Au Canada voisin, dans les Territoires du Nord-Ouest qui bordent l’océan Arctique, ce sont les caribous qui sont menacés de disparition. Le troupeau de Bathurst, qui vit au nord du Grand lac des Esclaves, comptait 472 000 caribous il y a 30 ans. Sa population s’est réduite de 95%, selon une étude de WWF Canada, qui dénombre aujourd’hui 20 000 têtes. D’autres populations de caribous canadiens ont aussi fortement décliné, pris en étau entre le réchauffement rapide de l’Arctique au nord, et l’expansion de l’industrie pétrolière au sud (lire : Comment transformer un paradis boréal en un enfer boueux et toxique : grâce aux sables bitumineux).

Sibérie : la fonte du permafrost libère une bactérie mortelle

Dans la péninsule de Yamal, sur le cercle polaire arctique en Sibérie, les températures de l’été 2016 ont été anormalement douces, dépassant les 35°C. La fonte progressive du pergélisol – ou permafrost en anglais, des zones dont le sol reste normalement gelé tout au long de l’année – a libéré des spores d’anthrax. La carcasse d’un animal porteur de la bactérie, qui avait été gelée dans le sol, aurait été mise au jour récemment par le dégel [4]. La bactérie devient dangereuse dès lors qu’elle entre en contact avec un être humain ou un animal. Depuis juillet 2016, une épidémie d’anthrax – ou « maladie du charbon » – a gagné cette région située à 2 500 km au nord-est de Moscou. Un garçon de 12 ans en est mort, et plus de 2 500 rennes ont été décimés.

Début octobre, le gouverneur de ce territoire autonome a annoncé qu’il faudrait tuer 100 000 rennes du Yamal pour freiner l’épidémie. Une pétition a été lancée par un éleveur de rennes contre cette décision, faisant valoir qu’il n’y aurait pas eu d’épidémie de fièvre charbonneuse si le gouvernement n’avait pas cessé d’en distribuer les vaccins en 2007. Selon lui, la réduction des troupeaux est motivée par les intérêts de l’industrie du forage de gaz, qui installent des centrales dans la régions afin d’exploiter les gisements libérés par le dégel [5]. Outre la crainte d’épidémies, la fonte du permafrost libère également des gaz – dioxyde de carbone, méthane – qui aggravent l’effet de serre.

Littoraux : plus de 450 « zones mortes » dans le monde

De la Mer Baltique au Golfe du Mexique, les « zones mortes » maritimes prolifèrent. Ce sont des zones de mer contenant peu ou pas d’oxygène – un état appelé hypoxie. Faune et flore marines les fuient ou y périssent. Résultant d’une surabondance d’azote, ces zones sont généralement présentes à proximité des côtes, et particulièrement aux embouchures de fleuves et de rivières qui drainent engrais, fertilisants agricoles, eaux usées et émanations toxiques issues de l’activité humaine. Tous ces polluants favorisent la prolifération de micro-algues et de phytoplanctons particulièrement gourmands en oxygène. Le taux d’oxygénation de l’eau y diminue drastiquement, provoquant la mort de toute forme de vie. Cette année, la zone morte qui s’étend dans le golfe du Mexique pourrait atteindre plus de 15 000 km2, soit la moitié de la surface de la Belgique.

 

Il y a dix ans, un rapport de l’ONU tirait déjà la sonnette d’alarme sur les 150 zones mortes recensées dans le monde. En 2008, un nouvel inventaire évalue leur nombre à 450. La plus grande est située en mer Baltique. Si les pollutions directes sont clairement pointées du doigt, le changement climatique contribue également à détériorer la situation. Un réchauffement de l’eau peut affecter le métabolisme des espèces marines, ce qui augmente leur consommation d’oxygène alors que celui-ci se raréfie. Le phénomène d’hypoxie étant réversible, des engagements internationaux ont été pris, notamment par l’Europe avec la directive sur les nitrates.

Méditerranée : un projet pharaonique pour sauver Venise des eaux

Fondée au 5e siècle, Venise se dresse sur 118 îles, reliées par des canaux et 338 ponts. La Sérénissime est de plus en plus fréquemment inondée depuis le milieu du 20e siècle. Entre 2000 et 2010, l’emblématique place Saint-Marc s’est retrouvée plus de cinquante fois sous plus d’un mètre d’eau. Depuis les années 1960, et une inondation record de près de deux mètres, les autorités politiques et scientifiques se penchent sur l’avenir de la cité et de sa lagune, inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco. L’idée d’un ouvrage de défense contre les hautes eaux s’impose. Une loi spéciale, promulguée en 1973 décrète la protection de Venise « d’intérêt national prioritaire ». Cette mobilisation donne naissance au projet de Modulo sperimentale elettromeccanico (« module expérimental électromécanique », également appelé Mose ou Moïse) dont la réalisation a commencé en 2003.

 

Ce système de protection comptera 78 digues flottantes de 20 mètres de large pour 30 mètres de haut. La muraille automatisée est censée empêcher l’eau de pénétrer dans la lagune. L’entreprise est colossale : 45 km de plages ont été renforcés, 100 km de rives habitées et 11 km de quai ont été surélevés, 8 km de dunes côtières et 12 îlots lagunaires ont été aménagés. La fin des travaux est annoncée à l’automne 2017 moyennant un budget de 5,5 milliards d’euros. Mais le projet est entaché d’un énorme scandale politico-financier. En juin 2014, 35 personnes, soupçonnées de corruption, de trafic d’influence et de blanchiment dans le cadre de ces gigantesques travaux ont été interpellées, dont l’ancien maire de Venise poussé à la démission. Par ailleurs, l’efficacité du projet Mose reste à démontrer, et il n’est pas exclu que le bétonnage des fonds et ses retombées sur les courants et marées ravage le fragile écosystème lagunaire.

Amazonie : la forêt ne résistera pas à un changement climatique important

La forêt amazonienne s’étend sur plus de 6 millions de km2 et sur neuf pays, principalement le Brésil, mais aussi la France – à travers la Guyane [6]. Cet écosystème tropical constitue la plus grande réserve mondiale d’espèces animales et végétales, et rend des services essentiels aux communautés qui y vivent. Fin août, une étude publiée dans la revue Nature Climate Change, montre que la diversité de l’Amazonie favorise sa résilience au changement climatique. C’est-à-dire sa capacité à reconstituer sa matière végétale et à stocker du gaz carbonique. Du moins jusqu’à un certain seuil de réchauffement.

 

Selon l’étude, la forêt amazonienne survivra au 21ème siècle si les émissions de CO2 sont plafonnées, et si l’augmentation de la température planétaire se stabilise entre 1,1 et 2,6°C à l’horizon 2100. Dans ce cas, plus des trois-quart du territoire boisé de l’Amazonie parviendrait à se régénérer. En revanche, dans l’hypothèse d’une poursuite incontrôlée des émissions, seuls 13% du bassin amazonien seraient en capacité de se régénérer à longue échéance. D’autres menaces pèsent sur l’Amazonie, déjà amputée d’un cinquième de sa surface par la déforestation massive et le développement de la culture du soja et du palmier à huile. Le tableau est également sombre pour les forêts boréales du Nord qui, de l’Alaska à la Sibérie orientale, vont être confrontées avec le réchauffement à des risques accrus d’incendies ou d’attaques de ravageurs.

Bangladesh : 60 millions de réfugiés climatiques d’ici 2050 ?

Le Bangladesh est le pays le plus densément peuplé au monde : 160 millions d’habitants vivent sur un territoire grand comme un tiers de la France métropolitaine. Deux tiers des terres y culminent à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Ici, les cyclones surgissent tous les deux à trois ans. Les inondations sont de plus en plus fréquentes et puissantes. A chaque fois, les Bangladais repartent de zéro, sans récolte, sans terre et sans maison. La salinité des sols aggrave l’insécurité alimentaire. La liste des maladies, pour la plupart liées à l’eau polluée et salée, s’allonge.

 

Construction de digues toujours plus hautes, mise en place de systèmes de traitement des eaux, consolidation des logements, abris anti-cycloniques, essais de variétés de riz résistantes au sel… En dépit des programmes mis en place par le gouvernement pour faire face au changement climatique, chaque jour des centaines de Bangladais viennent trouver refuge dans les bidonvilles de Dacca, la capitale du pays. 20% du territoire pourraient disparaitre sous les eaux dans les années qui viennent [7]. 78 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer d’ici 2020 à cause des inondations [8].

Océanie : des dizaines d’archipel bientôt submergés

Voilà bientôt dix ans que l’évacuation des îles Carteret, dans le Pacifique Sud, à commencé. Une partie des 3 000 habitants ont quitté leurs villages pour être relogés sur l’île de Bougainville, une région autonome de Papouasie-Nouvelle Guinée. En cause : la sécheresse et la montée du niveau de l’océan. Sur ces îles où le point le plus haut n’est qu’à 1,5 mètre au dessus du niveau de la mer, les terres cultivées sont menacées par l’érosion et les inondations, contraignant les communautés à se nourrir uniquement avec des fruits de mer. Début 2016, les écoles des îles Carteret ont fermé « en raison de l’absence de régime alimentaire pour les enfants ». Fragilisées, les personnes âgées ne sont plus en mesure de lutter contre les maladies. D’ici 2020, l’ONG Tulele Peisa, qui a lancé un programme de réinstallation, espère avoir relogé plus de la moitié de la population. Seules dix familles – une centaine de personnes – ont pour l’instant bénéficié du programme, par manque de financements.

 

Kiribati, Maldives, Tuvalu, Marshall, Fidji, Samoa, Tonga, Salomon, Vanuatu… Plusieurs îles et archipels du Pacifique sont aussi dans une situation extrêmement vulnérable. Avant même d’être englouties, les assauts de l’eau salée rendent les sols incultivables. Les programmes nationaux et internationaux d’adaptation au changement climatique rivalisent de solutions de court terme – plantation de mangroves, construction de digues, amélioration des canalisations et de la récupération d’eau de pluie… Mais leur relative inefficacité a déjà conduit plus d’un millier de Tuvaluans à quitter leur pays pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Sénégal : Saint-Louis, sous la menace des flots de l’Atlantique

Saint-Louis, ville sénégalaise classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, a été régulièrement exposée à des crues fluviales jusqu’en 2003. Cette année-là, le gouvernement annonce le creusement d’une brèche de quatre mètres dans la langue de Barbarie, un cordon de sable s’étirant sur plusieurs dizaines de kilomètres du sud de Saint-Louis à l’embouchure du fleuve Sénégal. L’idée est de favoriser l’écoulement du fleuve vers l’océan. Mais le résultat est catastrophique.

 

En quelques années, sous la force des vagues, cette brèche s’élargit et mesure désormais six kilomètres de large. Saint-Louis n’est plus exposé aux crues, mais l’océan pénètre dans l’embouchure du fleuve à travers la brèche, grignotant les terres. Sur les bords, la salinisation de l’eau décime les cultures maraichères. La Langue de Barbarie est amputée de plusieurs kilomètres, dévorée par l’Atlantique. Trois villages ont été engloutis par la mer [9]. Le maire de Saint-Louis promet la construction prochaine de brise-lames. L’État a également commandé une étude dont les résultats sont attendus fin 2016 pour déterminer s’il faut fermer ou stabiliser la brèche. 80% de l’île de Saint-Louis seront en « risque fort » d’inondation d’ici à 2080 [10].

Pacifique : le phénomène El Niño menace les îles Galápagos

A un millier de kilomètres des côtes équatoriennes, s’étendent les Galápagos, un archipel de 18 îles qui accueillent une remarquable diversité d’espèces. 180 plantes n’existent nulle part ailleurs. Mais cette faune est aujourd’hui menacée, suite à la réapparition fin 2015 du phénomène El Niño dans l’océan Pacifique tropical. Ce phénomène se traduit par une augmentation anormale de la température des eaux du Pacifique-Est, en particulier le long des côtes de l’Amérique du Sud, qui interrompt la remontée d’eaux froides et riches en nutriments indispensables à de nombreuses espèces. La réduction des phytoplanctons pousse les petits poissons et les invertébrés à migrer plus loin. La chaine alimentaire dans son ensemble est affectée.

 

El Niño avait déjà frappé les Galápagos, inscrites au Patrimoine naturel de l’humanité par l’Unesco. Son passage y a laissé des marques indélébiles : 90 % des populations d’iguanes marins ont disparues, ainsi que les trois quarts des manchots et la moitié des lions de mer. L’augmentation de la température de l’océan fragilise par ailleurs les massifs coralliens de l’archipel en accentuant leur blanchiment. Selon la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l’été 2016 a marqué une amélioration. Mais une étude publiée en janvier 2014 dans la revue Nature Climate Change suggère que les épisodes les plus intenses seront deux fois plus fréquents au cours du 21ème siècle.

Australie : la Grande barrière de corail en péril

Le plus grand récif corallien au monde, aussi étendu que l’Italie avec ses 2 300 km de long au nord-est des côtes australiennes, va mal. Depuis le début de l’année, les coraux blanchissent. En cause : la hausse des températures du Pacifique équatorial, du fait de El Niño, qui entraîne l’expulsion des petites algues (zooxanthelle) qui donnent au corail sa couleur et ses nutriments. Certains coraux regagneront leurs couleurs dans les mois à venir, quand l’eau refroidira, mais beaucoup, parmi les plus touchés, risquent de mourir. 93 % des récifs sont affectés.

Cette augmentation de la température combinée à l’acidification des océans mettent en péril la diversité de la Grande barrière, qui abrite 400 espèces de coraux, 1 500 espèces de poissons et 4 000 espèces de mollusques. Le site a déjà perdu plus de la moitié de ses prairies coralliennes en trois décennies. Si rien n’est fait pour le protéger, le récif pourrait continuer à se détériorer dans les mêmes proportions dans les cinq prochaines années. Or, comme l’ont montré plusieurs de nos enquêtes, d’autres menaces planent sur la Grande barrière de corail avec le développement de l’industrie du charbon et du gaz. Suite aux pressions diplomatiques du gouvernement australien, l’Unesco a renoncé à inscrire la Grande barrière de corail sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Sophie Chapelle

 

Notes

[2Source

[3« Cette augmentation est une rupture par rapport à un niveau des mers globalement stable au cours des 3000 ans précédents », précise la paléontologue Valérie Masson Delmotte. Source

[6] Les neuf pays concernés sont le Brésil, le Pérou, la Colombie, la Bolivie, le Venezuela, le Guyana, le Surinam, l’Équateur, et la Guyane française.

[7] Stern, 2007

[8Source

[10Voir ici, figure 9.

 

 

commentaire :

Répondre à ce message

  • 3. Le 4 novembre à 13:09, par antoineArticle intéressant mais attention… le changement climatique a le dos large !
    Concernant les changements dans l’Arctique, ils sont indéniables, j’ai pu l’observer de mes propres yeux dans le nord du Canada pendant une dizaine d’années.
    En revanche, la fonte de la banquise n’a rien à voir avec l’élévation du niveau de la mer ou l’afflux d’eau douce, puisqu’il s’agit d’eau de mer déjà présente dans l’océan. Métaphore souvent utilisée : quand un glaçon fond dans notre verre de pastis, le niveau de l’eau du verre ne varie pas. C’est la fonte des glaciers continentaux (entre autres) qui engendre une hausse du niveau marin et un apport d’eau douce qui peut éventuellement perturber les courants marins.
    Et puis, c’est bien normal que la banquise fonde entre l’hiver et la fin de l’été (vidéo youtube) ! (ce qui l’est moins c’est la réduction continue de sa surface sur plusieurs dizaines d’années).
    Ensuite, en ce qui concerne les caribous, méfiance à nouveau… il a été démontré par les travaux du Dr Côté dans le Nord du Québec que les variations du nombre de caribous étaient très probablement cycliques (+ de 1 millions de bêtes dans les années 80, à peine 20000 aujourd’hui…). Lorsque les conditions écologiques sont favorables, les caribous se reproduisent « à outrance », leur nombre décuple, engendrant une pression sur leur environnement et une réduction de la nourriture disponible. Les caribous se nourrissent essentiellement de lichen et ce dernier peut mettre 70 ans à se remettre du passage d’un troupeau… Mr Côté estime même que le réchauffement du Nord devrait avoir des effets bénéfiques sur les populations de caribous puisqu’il favorise la production végétale.
    Enfin, concernant les problèmes d’érosion des littoraux, même si l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation de la fréquence des tempêtes sont des facteurs indéniables, il semble que l’épuisement des stocks sédimentaires accumulés lors de la dernière glaciation soient une des principales raisons de la période d’érosion littorale mondiale actuelle (vous trouverez des références, articles et cours sur le sujet sur le net).
    Bref… les changements climatiques sont une réalité, mais il faut faire attention à ne pas tomber dans la facilité et tout mettre sur le dos du réchauffement… je pense que c’est donner du pain aux climato-sceptiques qui se réjouissent de telles largesses d’interprétation. De l’autre côté, cela contribue également à « l’abrutissement des masses » qui prennent pour comptant ce qu’on leur raconte sur les changements climatiques, sans aucun esprit critique. Il faut trouver le juste milieu et ce juste milieu trouve sa place par la connaissance.

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Octobre 2016

http://www.lecourrier.ch/143207/l_humanite_reste_bloquee_a_l_age_du_charbon

L’humanité reste bloquée à l’âge du charbon
Mercredi 12 octobre 2016

Laura Drompt

Loin d’être abandonné au profit d’énergies plus propres, le charbon reste très

demandé.DRJean-Baptiste Fressoz, invité jeudi prochain à l’Université de Genève, dresse une histoire politique des énergies.
Ses observations rappellent l’ancrage des énergies fossiles dans une histoire militaire et néolibérale
En ces temps d’inquiétude généralisée face au réchauffement climatique, l’idée de transition énergétique a fait son chemin.
Limiter notre production de CO2: tel est le credo affiché par la plupart des gouvernements à l’issue de la COP21 en décembre
2015.

L’humanité saura-t-elle se donner les moyens de cette transition? S’il préfère laisser sa boule de cristal au placard, l’historien
Jean-Baptiste Fressoz apporte son éclairage sur deux siècles de politique énergétique globale au service du capital ou du lobby
militaire. Co-auteur d’un livre sur l’anthropocène, nouvelle époque géologique dans laquelle nous vivons, où l’être humain – par
sa consommation d’énergie – est devenu une force d’ampleur tellurique, il donnera une conférence jeudi prochain à Genève 1.

Une transition inexistante
Son premier constat: jamais l’humanité n’a connu de réelle «transition énergétique». Bois, charbon, éolien, pétrole, solaire,
nucléaire, hydraulique: ces sources n’ont fait que s’additionner les unes aux autres. L’avènement du pétrole n’a nullement
affaibli le charbon, dont la consommation croît encore.
Seules des forces sociales ou géopolitiques puissantes permettraient d’écarter les énergies les plus polluantes selon l’historien.
Car les diverses crises pétrolières ont démontré que les hausses de prix ou la raréfaction des ressources ne suffiront pas à
changer de modèle: «Pour rester à un niveau de CO2 acceptable, il faudrait laisser les trois-quarts des matières fossiles dans
les sols. Le pic pétrolier arrivera trop tard: on ne peut attendre que la nature nous pousse à devenir écolos.»
En Suisse, le rejet en septembre dernier de l’initiative pour la limitation de la consommation à un équivalent-planète montre que
les écologistes doivent encore convaincre. Le scrutin de novembre sur la sortie du nucléaire à l’horizon 2029 sera une autre
occasion d’interroger nos priorités énergétiques.

Logiques militaires et idéologiques
Des priorités qui, rappelle Jean-Baptiste Fressoz, ont en général été modelées pour répondre à des objectifs militaires. Le
nucléaire est réputé pour cela. Le charbon a trouvé très tôt les faveurs de la Marine britannique, lui offrant un avantage sur les
adversaires à voile. Le pétrole s’est pour sa part beaucoup développé au cours des deux guerres mondiales.
Et après la seconde, l’aviation civile a été soutenue pour rentabiliser les surproductions de carburant et d’aluminium à
destination de l’armée. «La logique militaire fait que le choix de la puissance a souvent primé celui de l’efficacité.»

Autre élément structurant des politiques énergétiques: les choix idéologiques. «En 1830, le charbon s’est imposé face à l’
hydraulique, qui demandait une organisation collective autour des rivières. Il avait un aspect plus ‘individuel’: avec une machine à vapeur, le patron est roi en son usine.»

La même logique pousse les Etats-Unis vers le pétrole: son exploitation nécessitant moins de main d’œuvre évite de dépendre
des mineurs – et donc de leurs syndicats.
Au passage, les Etats-Unis parviendront à entraîner l’Europe derrière eux: «Le pétrole au début de la guerre froide devient un
moyen de lier l’Europe au bloc de l’Ouest. Le plan Marshall a financé la pétrolisation pour marginaliser les syndicats de
mineurs proches des partis communistes.» Dès le début du XXe siècle, le pétrole devient d’ailleurs une forme de «liant»
anticommuniste, vendu de pair avec le modèle fordiste et l’aspiration à une maison individuelle en périphérie des centres
urbains.

Une inhibition délétère
L’histoire du CO2 renvoie au processus de désinhibition face aux conséquences environnementales de notre consommation.
Un phénomène qui se produit en deux étapes et remonte à loin.
Il débute dès le XIXe : on passe alors d’une logique de contrôle policier sur la pollution à une logique d’autorisation
administrative. L’idée est de stabiliser le capitalisme industriel : une fois l’usine dûment autorisée, aucun risque de voir son
droit d’exercice retiré. En échange, les voisins obtiennent des compensations financières pour la pollution qu’ils endurent. «Ce
qui veut dire que le principe du pollueur-payeur n’est pas nouveau, on voit qu’il a cours dès cette époque, et qu’il n’a pas
empêché les usines de faire des dégâts», commente Jean-Baptiste Fressoz.
La seconde étape de cette désinhibition passe par la médecine: «Depuis les années 1820, les facteurs de risques
environnementaux ont été minimisés.» On accordera en revanche une attention grandissante aux conditions sociales.

Jean-Baptise Fressoz reste pessimiste sur l’avenir. Mais son regard historique offre également des perspectives d’univers
parallèles, où l’on n’aurait pas arraché les rails de tramways pour faciliter la circulation des voitures individuelles et où les
Etasuniens n’auraient pas été poussés par General Electrics à troquer le chauffage solaire contre l’électrique, par exemple.

Des idées à réinvestir en priorité sur les émissions de droit de polluer.

1. «Une histoire politique du CO2. Comment sommes-nous entrés dans l’anthropocène?», jeudi 20 octobre, 18h30, Uni Dufour

(Genève)
A lire: Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’Evénement anthropocène. La Terre, l’histoire et nous, Ed. du Seuil,
2016 (première édition 2013), 336 pp.

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http://www.bastamag.net/Etats-Unis-violente-repression-des-Sioux-opposes-a-un-projet-d-oleoduc

Etats-Unis : violente répression des Sioux opposés à un projet d’oléoduc

par Sophie Chapelle 28 octobre 2016

117 manifestants ont été arrêtés le 27 octobre par la police du Dakota du Nord, près du chantier controversé d’un oléoduc, le « Dakota Access Pipeline ». Depuis le 1er avril, un camp de résistance a été établi par des tribus amérindiennes et des militants écologistes sur un terrain privé acheté 18 millions de dollars par la société exploitante [1]. Les Sioux de la réserve de Standing Rock assurent que ce terrain, sur lequel l’oléoduc doit passer, est « sacré » et leur a été transmis par un traité conclu en 1851. Jeudi, plus de cent policiers protégés par des véhicules blindés et des équipements militaires sont intervenus pour déloger les opposants qui bloquaient deux routes.

Malgré les recours juridiques, la construction de l’oléoduc a débuté en mai 2016. Il doit traverser quatre États américains et acheminer le pétrole extrait dans le Dakota du Nord, à la frontière canadienne, jusque dans l’Illinois, plus au sud. La tribu indienne considère que l’oléoduc menace ses sources d’eau potable ainsi que plusieurs nécropoles. Ses représentants ont demandé au président Barack Obama d’intervenir pour stopper le chantier et lancer une enquête sur « les exactions des forces de l’ordre sur le site », déclare Sue Evans, une des porte-paroles. Il y a deux semaines, la Maison Blanche avait demandé le gel du chantier, dans un souci d’apaisement, et ce malgré la décision antérieure d’un juge autorisant la poursuite des travaux. Le chantier a cependant redémarré le 11 octobre.

- Lire le récit de Winona LaDuke, militante et femme politique amérindienne

Face à l’arrivée des forces de l’ordre, les manifestants ont brûlé des pneus. Plusieurs coups de feu ont été tirés, une personne a été blessée à la main. Le face à face entre les occupants et la police a duré plusieurs heures avant que les autorités ne procèdent à de nombreuses arrestations. « Les forces de l’ordre ont répondu de façon disproportionnée », selon le président de la tribu, Dave Archambault, dans un communiqué le 27 octobre au soir.

North Dakota Deploys Armed Forces to Force Dakota Access Pipeline Onto Treaty Land from Unicorn Riot on Vimeo.

Le projet d’oléoduc s’invite dans la campagne électorale américaine. Dans une enquête publiée le 26 octobre, The Guardian fait état des liens financiers étroits entre Donald Trump et Energy Transfer Partners, la société exploitante de l’oléoduc Dakota Access [2]. Kelcy Warren, le directeur général de la compagnie, a donné un peu plus de 100 000 dollars à la campagne de Trump et 67 000 dollars au Comité national républicain. Donald Trump aurait pour sa part investi entre 500 000 et un million de dollars dans la compagnie Energy Transfer Partners, et une somme similaire dans la société Phillips 66 qui bénéficiera de 25 % de parts dans l’oléoduc, une fois sa construction achevée. Les opposants au projet ont par ailleurs envahi le siège de campagne d’Hillary Clinton le 27 octobre, en lui demandant de prendre position. Seule la candidate du parti Vert, Jill Stein, a pour l’heure affiché son soutien aux Sioux de la réserve de Standing Rock.

Notes

[1Voir cet article de Democracy Now

[2] Voir l’enquête du Guardian

 

 

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Septembre 2016

https://reporterre.net/Aux-Etats-Unis-les-Sioux-se-battent-contre-un-projet-d-oleoduc-geant

Aux Etats-Unis, les Sioux se battent contre un projet d’oléoduc géant

10 septembre 2016 / Yona Helaoua (Reporterre)

 

 

Depuis plusieurs mois, des tribus sioux du nord des États-Unis luttent contre le projet d’oléoduc Dakota Access, qui menace leur approvisionnement en eau et les terres sacrées de leurs ancêtres. Un juge fédéral vient de rejeter leur requête, mais le département de la Justice réclame une suspension des travaux le temps de mener une consultation.

- Washington (États-Unis), correspondance

« Mni wiconi. » Dans la langue des Lakota, une tribu sioux du nord des États-Unis, cela signifie : « L’eau, c’est la vie. » La bataille qui se déroule en ce moment dans le Dakota du Nord a pour point de départ l’eau de la rivière Missouri, mais ses enjeux sont bien plus grands. Elle a démarré il y a quelques mois et a culminé le week-end dernier, quand des manifestants pacifiques ont été attaqués par les chiens d’une société de sécurité surveillant les travaux d’un nouvel oléoduc.

Le combat a commencé le 1er avril. Pour lutter contre le passage de cet oléoduc tout près de la réserve indienne de Standing Rock, plusieurs tribus sioux ont créé, à quelques kilomètres de là, le Sacred Stone Camp, un camp de fortune situé dans la zone de Cannon Ball. Depuis, plusieurs milliers de personnes, dont les représentants de 200 tribus, selon Reuters, sont venues les rejoindre.

Ce nouvel oléoduc à 3,7 milliards de dollars, dont le tracé a reçu une autorisation fédérale, s’appelle le « Dakota Access ». Il a été conçu pour traverser quatre États sur près de 1.900 km, du Dakota du Nord à l’Illinois, avant d’être raccordé à un autre oléoduc pour alimenter les raffineries du golfe du Mexique.

« Dix-huit millions de personnes vivent en aval de cette rivière »

Selon les défenseurs du projet, porté par la société texane Energy Transfer Partners, il s’agirait d’un moyen de transport plus sûr que le train pour un matériau hautement inflammable. Mais, si les habitants de Standing Rock sont inquiets, c’est à cause des inévitables fuites de ce gros tuyau de 76 cm de diamètre censé transporter entre 470.000 et 570.000 barils de pétrole par jour. De quoi menacer l’agriculture et les réserves d’eau potable ainsi que tout un écosystème : des nids d’aigles d’Amérique aux plantes médicinales en passant par la culture du riz sauvage.

« Au départ, l’oléoduc devait traverser la rivière Missouri près de la ville de Bismarck, mais les autorités étaient inquiètes, car une fuite de pétrole aurait souillé l’eau potable de la capitale de l’État. Ils ont donc décidé de déplacer le projet à un demi-mile [moins d’un kilomètre] en amont de la réserve, le long d’une terre volée à la tribu en 1958, et ce sans leur consentement », rappelle, dans une tribune publiée dans le New Yorker, Bill McKibben, fondateur de l’ONG environnementale 350.org.

Quelque dix millions de personnes seraient directement concernées par cet oléoduc, selon Kendall MacKey, responsable de la campagne contre les énergies fossiles chez 350.org, interrogée par Reporterre. « Mais les conséquences ne concernent pas que la réserve, enchérit Kandi Mossett « Eagle Woman », activiste responsable des questions d’énergie chez Indigenous Environmental Network et elle-même membre d’une tribu sioux du nord-ouest de Standing Rock. Dix-huit millions de personnes vivent en aval de cette rivière et seront touchées d’une manière ou d’une autre si le tuyau fuit. Ce qui arrivera, car nous savons que tous les oléoducs, je dis bien tous, finissent par fuir. Le tableau est donc bien plus large, il s’agit de s’orienter vers une économie sans énergie fossile, de protéger l’eau pour les générations futures. »

Alors que la moitié de l’oléoduc a déjà été construite, les Sioux de Standing Rock accusent aussi les travaux de vandaliser des terres considérées comme sacrées ainsi que des lieux de sépulture et de prière.

« Ils ont violé la mémoire sacrée de mes ancêtres »

Face à ces attaques, les activistes de Standing Rock tentent de faire entendre leur voix via une campagne nationale. Une pétition a été lancée et rassemble aujourd’hui près de 300.000 signatures. Plus récemment, le soutien de plusieurs stars d’Hollywood, comme Leonardo DiCaprio, Ben Affleck ou encore Susan Sarandon, a aidé à médiatiser le combat.

Dans le milieu politique, la candidate du Green Party, Jill Stein, s’est rendue sur les lieux cette semaine. Elle fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt pour avoir tagué un bulldozer et empiété sur une propriété privée. Des faits passibles de 30 jours d’incarcération et/ou une amende de 1.500 dollars dans le Dakota du Nord, second producteur national de pétrole après le Texas. « J’espère que le Dakota du Nord va poursuivre les vrais vandales qui détruisent au bulldozer des sites sacrés d’inhumation », a écrit la candidate écolo sur Twitter.

Grâce à cette médiatisation, des soutiens venus d’Europe, d’Asie ou encore d’Australie affluent vers le camp. « Nous étions environ 4.500 le week-end dernier », estime Kandi Mossett, elle-même sur les lieux depuis un mois. Ce même week-end, la jeune femme a été choquée par le traitement réservé aux manifestants. Alors que les opposants au projet avaient déposé un recours juridique contre le permis de construire, indiquant que des tombes d’ancêtres se trouvaient sur le chemin des pelleteuses, Energy Transfer Partners a tout de même commencé à creuser, samedi 3 septembre.

« Ils ont violé la mémoire sacrée de mes ancêtres », se désole Eagle Woman, rapportant qu’au moins deux tombes ont été profanées. « Les militants n’en croyaient pas leurs yeux, ajoute-t-elle. Ils sont intervenus et ont commencé à pousser les barrières pour arrêter les bulldozers. » Une compagnie de sécurité privée a alors employé l’intimidation pour faire reculer les manifestants : des chiens ont été lâchés, mordant six personnes. Six autres ont été blessées par les forces de sécurité, et 30 personnes ont reçu des gaz lacrymogènes, dont une femme enceinte, rapporte Kandi Mossett. Selon les services du shérif du comté de Morton, trois agents de sécurité ont eux aussi été blessés.

« Ils sont violents et ne s’arrêteront pour rien au monde. Nous non plus »

Les tribus sioux ont alors formulé un recours auprès d’une cour fédérale réclamant une suspension temporaire des travaux. Un juge a émis un premier avis, mardi 6 septembre, suspendant la construction sur la partie Est du site. « Mais c’est sur la partie Ouest que tous les sites sacrés se situent, s’alarme Kandi Mossett. Par chance il a plu ces derniers jours donc les travaux ont été suspendus. » Le juge a rendu un avis plus complet vendredi 9 septembre, rejetant la requête et provoquant la colère des opposants à Dakota Access. Le gouverneur du Dakota du Nord avait d’ailleurs mobilisé la Garde nationale en prévision de ce jugement.

Mais, signe que le dossier devient politique, l’armée ainsi que les départements de la Justice et de l’Intérieur ont ordonné la suspension des travaux jusqu’à nouvel ordre et appellent à une consultation avec les tribus.

Quoi qu’il arrive, les membres du Sacred Stone Camp resteront mobilisés. « Nous serons là aussi longtemps qu’il le faudra, assure Kandi Mossett. Les promoteurs du Dakota Access sont extrêmement agressifs. Maintenant nous savons qu’ils sont violents et qu’ils ne s’arrêteront pour rien au monde. Nous sommes là pour dire que nous non plus. »

Alors que Dakota Access mesure seulement 11 km de moins que Keystone XL, dont l’annulation par le président Barack Obama cette année a été saluée par les associations environnementales, l’interrogation est légitime : pourquoi donc cet oléoduc a-t-il été autorisé aussi rapidement et sans consultation préalable ? Le pipeline a été approuvé cet été par une agence fédérale différente, la U.S. Army Corps of Engineers, qui s’est servie d’une solution de facilité appelée « Permit 12 ». « Cela a permis de fractionner le projet en centaines de petites sections, sans avoir à réaliser d’étude d’impact globale ni de consultation avec les tribus. Le “Permit 12” n’est en général pas utilisé pour les oléoducs, nous sommes dans une sorte de vide juridique », explique à Reporterre Kendall MacKey, de 350.org.

Les activistes en appellent désormais au chef de l’État, qui, de se son propre aveu, souhaite laisser en héritage ses efforts pour l’environnement. « Obama a fait une déclaration très décevante au sujet de l’oléoduc, regrette Kandi Mossett. [1] Lors de sa visite à Standing Rock, en 2009, il avait dit qu’il serait là pour nous, mais ça n’est pas le cas. Il doit s’élever contre ce projet et nous aider à protéger notre culture. » Une manifestation est prévue mardi 13 septembre dans plusieurs villes du pays, dont Washington DC, la capitale.

[1] Le président états-unien, interrogé à la volée lors d’un déplacement au Laos, le 7 septembre, a indiqué qu’il allait se pencher sur la question.

 

 

http://www.bastamag.net/Les-Quebecois-entrent-en-guerre-contre-un-nouveau-projet-d-oleoduc-geant

Au Québec, écologistes et Amérindiens entrent en guerre contre un nouveau projet d’oléoduc géant

par Samy Archimède 12 octobre 2016

La polémique enfle au Québec autour d’un gigantesque projet d’oléoduc qui traverserait plusieurs centaines de rivières. Dans ses tuyaux, un pétrole issu des très polluants sables bitumineux de l’Alberta, qui sera ensuite acheminé vers l’Europe ou les États-Unis. Déjà recalée par Barack Obama pour son très controversé projet d’oléoduc Keystone XL, l’entreprise canadienne TransCanada voit grandir face à elle un front citoyen mené par les communautés autochtones et les organisations environnementales. Celles-ci redoutent une marée noire dans le Saint-Laurent ou ses affluents. Elles veulent que les gouvernements canadien et québécois tournent le dos aux hydrocarbures, et respectent leurs engagements pris lors de la COP21.

Ils sont une centaine à battre le pavé ce samedi 20 août, sur le pont qui relie Gatineau [1] à Ottawa. A l’avant du cortège, une grande banderole annonce la couleur : « Coule pas dans nos cours d’eau ! ». La « Marche pour nos rivières », partie sept jours plus tôt, s’achève devant le Parlement de la capitale du Canada. C’est la première action menée par le mouvement citoyen « Stop oléoduc Outaouais », né en avril. Objectif : empêcher le projet Énergie Est porté par la compagnie TransCanada de voir le jour [2].

Énergie Est n’est pas un ouvrage comme les autres. C’est le plus important projet d’oléoduc jamais imaginé en Amérique du nord : 4 600 kilomètres de tuyaux [3] entre les provinces de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick, 1,1 million de barils de pétrole transportés chaque jour, 15,7 milliards de dollars d’investissement. Et 830 cours d’eau traversés, rien qu’au Québec. Un temps favorables au projet, les Québécois sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à se joindre à la contestation. Début 2014, seuls 19% d’entre eux se déclaraient hostiles au projet [4]. Fin 2015, ils étaient 57% [5]. Ce qui les inquiète le plus ? Les risques de pollution de l’eau potable et l’absence de transparence du processus d’évaluation.

Trois millions de personnes sans eau potable ?

Cette marche citoyenne marque une étape importante pour les opposants à Énergie Est. Elle leur aura permis d’obtenir le soutien de la municipalité de Gatineau, quatrième ville du Québec, et de se livrer à une belle revue d’effectifs. Parmi les invités venus ajouter leur voix à celle des marcheurs, des appuis de poids : la députée Manon Massé, du parti Québec Solidaire, l’archevêque de Gatineau, le vice-président de la Fonction publique canadienne, un responsable de la Confédération des syndicats nationaux et Jean-Guy Whiteduck, chef de la communauté amérindienne Kitigan Zibi Anishinabeg.

Dernière étape de la Marche citoyenne pour nos rivières, entre Gatineau et Ottawa.

« Nous, les peuples autochtones, n’avons pas été consultés par le gouvernement du Canada, intervient le chef autochtone. Nous sommes inquiets car l’eau est sacrée pour nous. Nous avons vu ce qui s’est passé au Saskatchewan [6] ces dernières semaines et cela pourrait aussi se produire ici avec ce pipeline. » Le tracé d’Énergie Est présente deux points particulièrement sensibles qui correspondent à la traversée du fleuve Saint-Laurent : au sud de la ville de Québec et à l’ouest de Montréal. « S’il y avait une rupture du pipeline à cet endroit, le pétrole s’écoulerait jusqu’à Montréal et on aurait trois millions de personnes sans eau potable », s’indigne Geneviève Nadeau, co-organisatrice de la marche.

Les précédents du Saskatchewan et du Michigan

Le bilan affiché par les transporteurs en matière de sûreté n’a pas de quoi rassurer les Québécois. Le 20 juillet dernier, 69 000 personnes ont été privées d’eau potable dans la province canadienne du Saskatchewan, suite à la fuite de l’oléoduc de la compagnie Husky Energy. Un rapport publié le 2 septembre à la demande des communautés autochtones de la région dénonce la lenteur de réaction de l’entreprise : 14 heures ! Pendant ce temps 250 000 litres de pétrole brut se sont déversés dans la rivière Saskatchewan nord. Près de deux mois après l’accident, son eau n’est toujours pas potable.

Six ans plus tôt, dans le Michigan (États-Unis), c’est un oléoduc de la compagnie Enbridge qui s’était rompu, déversant plus de 300 000 litres de « dilbit », ce pétrole bitumineux venu de l’Alberta, dilué avec des solvants afin de le rendre plus fluide. Le même pétrole que l’on retrouverait dans les tuyaux d’Énergie Est. Pointée du doigt pour l’extrême lenteur de son intervention le jour de la catastrophe – 17 heures après la première alerte –, Enbridge a estimé à 1,2 milliards de dollars le coût des opérations de nettoyage. « La question n’est pas « est-ce qu’il y aura des fuites », mais « à quel moment et quelle sera leur ampleur » », résume Sydney Ribaux, directeur général d’Equiterre, une ONG québécoise.

« Trop de risques pour trop peu de retombées »

S’appuyant sur les chiffres du Bureau de la sécurité des transports du Canada, l’ONG estime à 412 le nombre de fuites et déversements observés sur les oléoducs de TransCanada depuis 2004 [7]. Un chiffre contesté par l’entreprise basée à Calgary (Alberta), qui met en avant son nouveau système électronique de contrôle et de détection. Ce système permettrait à ses équipes, dans le scénario idéal, d’intervenir 13 minutes seulement après une fuite. Délai suffisant, néanmoins, pour laisser s’échapper 1,5 millions de litres de pétrole dans une rivière… « Même dans le cas d’une fermeture très rapide des vannes, on a une catastrophe », confirme Chantal Savaria, ingénieur géologue [8].

La raffinerie Suncor, près de Montréal, doit être alimentée par l’oléoduc Energie Est.

« Dans la majorité des cas, il faut plusieurs heures avant de détecter les fuites ou les déversements accidentels », poursuit la géologue. Le projet Énergie Est comporte « trop de risques environnementaux » pour « trop peu de retombées économiques », a reconnu le maire de Montréal Denis Coderre. Opposant de la première heure, Gérard Jean, édile de Lanoraie, une commune québecoise de 4 000 habitants, avait fait réaliser dès la fin 2014 une étude d’impact dont les conclusions font désormais autorité. Dans cette commune, l’arrivée de l’oléoduc causerait la perte de plus de 50 hectares de forêts et de tourbières et menacerait une réserve écologique protégée.

L’argument de l’emploi

Le regard dans le vague, Serge Simon observe le lac où il venait autrefois pêcher avec son père. « Le pipeline passerait sous la rivière des Outaouais, à dix kilomètres du lac des Deux Montagnes », indique d’un geste de la main le grand chef de la Nation autochtone Kanesatake [9]. « S’il y avait un déversement, ce serait un désastre écologique comme on n’en a jamais vu ici », lâche-t-il avec gravité [10]. Même son de cloche du côté de la réserve indienne de Wendake – qui compte entre 3 000 et 4 000 habitants – située à quinze minutes de la ville de Québec. « Le moindre déversement aurait un effet catastrophique pour les bélugas et l’ensemble de la faune aquatique », affirme Konrad Sioui, grand chef de la nation Huronne-Wendat. En juin, l’Assemblée des premières nations du Québec-Labrador (APNQL) a adopté une résolution officielle d’opposition au projet Énergie Est. Pour elle, ce projet ne respecte pas les droits ancestraux des Premières nations, menace leurs lacs et leurs rivières, favorise l’expansion de sables bitumineux et accélère les changements climatiques.

Si les communautés autochtones opposées à Énergie Est sont nettement majoritaires, ce genre de projet continue cependant de susciter des débats en leur sein même, concède Ghislain Picard, chef de l’APNQL. « Nos dirigeants doivent d’un côté protéger l’environnement et, de l’autre, répondre aux besoins économiques de leur population ». Dans les réserves, le taux de chômage et le manque de perspectives sont criants. « Nous sommes toujours en situation de rattrapage sur le plan de l’éducation, de l’emploi, de la santé », déplore Ghislain Picard. Dans ce contexte, les perspectives d’emplois sont parfois difficiles à refuser. Et quand TransCanada annonce la création de 14 000 emplois, dont 3 000 au Québec, certains y voient la promesse d’un avenir meilleur. « Peut-on réellement se passer d’un projet d’investissement privé qui créerait et maintiendrait annuellement plus de 14 000 emplois directs et indirects au pays, dont près de 25% au Québec ? », écrivent d’une même main le PDG de la Fédération des chambres de commerce et le PDG du Conseil du patronat du Québec [11].

Alliance des syndicats et des ONG environnementales

L’argument de l’emploi, la Fédération des travailleurs du Québec n’y croit plus. Il n’y aurait pas plus de 33 emplois directs créés durant la phase d’exploitation, avance Marc-Edouard Joubert, président du Conseil régional du principal syndicat du Québec. Un chiffre que ne conteste pas Énergie Est [12]. Pour le dirigeant syndical, l’affaire est entendue : « Les 33 emplois créés ne contrebalancent pas les risques de déversement associés au déploiement d’un oléoduc sur le territoire québécois. » Et d’ajouter : « l’exploitation des sables bitumineux est sale. On devrait l’arrêter ». Une manière de signifier que l’opposition à cet oléoduc s’inscrit dans un combat bien plus large que la prévention des marées noires.

Manifestation contre Energie Est à Montréal, le 11 août 2016.

« Le plus grand risque que pose Énergie Est, martèle Sydney Ribaux, le directeur général d’Equiterre, c’est de permettre l’expansion des sables bitumineux en Alberta et au Saskatchewan. L’extraction de ce pétrole émet trois à quatre fois plus de gaz à effet de serre que celle du pétrole conventionnel ». Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie à Greenpeace Canada, dénonce quant à lui « la destruction de la forêt boréale », « l’utilisation massive d’eau et de gaz naturel » pour extraire le bitume et « la création de grands réservoirs toxiques remplis de produits chimiques », qui menacent la santé des communautés autochtones de l’Alberta [13].

Les promesses de Justin Trudeau à l’épreuve des faits

Sortir ou ne pas sortir de l’extrême dépendance au pétrole héritée des années Harper, Premier ministre conservateur de 2006 à 2015, telle est la question que semblent se poser les dirigeants canadiens. Fraîchement nommé Premier ministre, Justin Trudeau avait pris tout le monde de court en s’engageant lors de la COP21 à réduire les émissions du Canada de 30% d’ici 2030. Un défi colossal pour ce pays qui figure dans le quatuor de tête des plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre par habitant, aux côtés de l’Australie, de l’Arabie Saoudite et des États-Unis. « Si le Canada prend au sérieux ses propres engagements à la COP21, il doit mettre un moratoire sur les futurs projets dans les sables bitumineux », estime le géologue canadien David Hugues [14].

Marche d’ouverture du Forum social mondial à Montréal le 9 août 2016.

Mais depuis la conférence de Paris, rien ne semble avoir changé. La promesse électorale du candidat Trudeau de réformer l’Office national de l’énergie (ONE), organisme chargé notamment d’évaluer les projets d’oléoducs, est restée lettre morte. Or ce « tribunal de l’énergie », accusé de servir les intérêts des compagnies pétrolières et gazières, vient d’entrer en crise ouverte. La 9 septembre, sous le feu des critiques, les trois commissaires en charge de ces audiences ont décidé de jeter l’éponge. Pendant ce temps-là, Philippe Couillard, le Premier ministre du Québec, joue les équilibristes. Son projet de loi de transition énergétique, qui doit être soumis à l’Assemblée nationale en octobre, prévoit, dans un même élan, de réduire la consommation d’hydrocarbures de 40 % d’ici 2030 et de renforcer les droits d’exploration et d’exploitation des entreprises pétrolières et gazières. Si cette loi est votée en l’état, prévient le juriste et sociologue Richard Langelier, « les compagnies auront un droit prioritaire d’accès aux terrains des résidents durant la phase de prospection ». Elles pourront même les exproprier, insiste-t-il, si elles trouvent du gaz ou du pétrole sur leur propriété.

Un mouvement de mobilisation « sans précédent »

Interrogés sur les conséquences du projet d’oléoduc géant, ni TransCanada, ni l’ONE, ni le ministère de l’Environnement du Québec n’ont souhaité nous répondre. Alors que les forages exploratoires se multiplient le long du fleuve Saint-Laurent, en Gaspésie et jusque sur l’île d’Anticosti, Énergie Est apparaît de plus en plus clairement comme le maillon central d’une stratégie pro-hydrocarbures. L’oléoduc de TransCanada pourrait ainsi servir à la fois à transporter les pétroles bitumineux de l’Alberta et les pétroles de schiste du Québec. Un défi énorme pour le mouvement de résistance organisé autour des peuples autochtones et des 130 comités citoyens du Réseau vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ).

Anne-Céline Guyon, porte-parole de STOP oléoduc, au bord du Saint-Laurent, près du lieu de passage prévu pour Energie Est.

C’est « un mouvement sans précédent dans l’histoire du Québec », se félicite la porte-parole de ce réseau, Carole Dupuis. « On ne lutte pas seulement contre Énergie Est mais surtout contre l’exploration, l’exploitation et le transport des énergies fossiles en général », précise Anne-Céline Guyon. Selon la porte-parole de Stop oléoduc, l’heure est à la convergence des luttes. Notamment avec les Premières nations, dont les revendications ne sont pas toujours en phase avec celles des autres communautés, mais dont la capacité d’action reste intacte. « Si tous les autochtones du Canada se soulèvent en même temps, les choses vont changer », prévient Serge Simon.

Bloquer au Québec, boycotter en Europe

Le grand chef Kanesatake se dit prêt, s’il le faut, à « bloquer physiquement » l’avancée de l’oléoduc. Serait-ce le grain de sable capable d’enrayer la mécanique bitumineuse ? C’est ce que croit le sociologue Eric Pineault [15]. « Dans ce combat qui, selon moi, va définir le Canada du 21ème siècle, explique-t-il, les communautés autochtones ont un avantage sur les citoyens québécois : elles peuvent exercer une souveraineté ». Aujourd’hui, observe le sociologue, ce sont les communautés autochtones qui bloquent les autres grands projets d’oléoducs dans l’ouest Canadien.

Aux États-Unis, les autochtones étaient déjà en première ligne dans la lutte contre le projet Keystone XL de la compagnie… TransCanada (Lire notre précédent article sur Keystone XL). Un projet rejeté par Barack Obama en février 2015. Bloquée au sud, l’entreprise albertaine mise énormément sur la route de l’est qui lui ouvrirait les marchés européens et asiatiques. Pour Anne-Céline Guyon, il faut maintenant organiser la mobilisation des Européens, clients potentiels de ce pétrole bitumineux. Et utiliser l’arme du boycott.

Texte et photos : Samy Archimède

- sauf photo de une : CC Lenny K Photography

Notes

[1] Gatineau est une ville située à 200 km à l’ouest de Montréal.

[2] Voir le site officiel du projet Énergie Est.

[3] Dont 3 000 km de gazoduc déjà existants, transformés en oléoduc.

[4] Source : newswire.ca.

[5] Source : Greenpeace.org

[6] Le 20 juillet 2016, la fuite d’un oléoduc avait provoqué une marée noire dans la rivière Saskatchewan nord.

[7Voir ici.

[8] Chantal Savaria est aussi l’auteure d’une étude sur l’impact d’un déversement, réalisée à la demande de la Communauté métropolitaine de Montréal. Voir l’étude ici.

[9] La communauté Kanesatake compte environ 2 300 habitants.

[11] Voir ce billet de blog du Huffington Post, signé par une dizaine de représentants patronaux.

[12Voir ici.

[13] Voir à ce sujet l’enquête édifiante du journaliste canadien Andrew Nikiforuk, dont la traduction a été publiée en 2010 sous le titre « Les sables bitumineux : la honte du Canada ».

[14] David Hugues est spécialiste des questions énergétiques. Il est l’auteur d’un papier d’analyse détaillé sur le sujet.

[15] Eric Pineault est auteur du livre Le piège Énergie Est. Sortir de l’impasse des sables bitumineux, éd. Ecosociété, avril 2016.

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Janvier 2016

Lettre ouverte à Emmanuelle Charpentier

https://sniadecki.wordpress.com/2015/10/15/louart-crispr-cas9/fichier pdf LOEC_A4[1]

 

Décembre 2015

Le cacique Raoni, Indien du Brésil âgé de 85 ans venu à Paris défendre la cause des indigènes et de la forêt amazonienne, confie à Libération sa «tristesse» à la lecture du texte de l’accord :

«Une fois encore, c’est beaucoup de négociations pour arriver uniquement à des promesses. Des solutions existent, mais les chefs d’Etat ne veulent pas les entendre. Avec d’autres chefs indigènes de tous les continents, nous avions transmis 17 propositions à Ban Ki-moon, notamment la reconnaissance du crime d’ »écocide » par la Cour pénale internationale, et la sanctuarisation de tous les territoires occupés par des populations autochtones autour de la planète, car ils sont le plus à même de protéger les forêts. Aucune de nos propositions n’a été reprise. Je suis très triste de voir que les chefs d’Etat sont restés dans leur bulle.»

source: http://fabrice-nicolino.com/?paged=2

****************************http://www.liberation.fr/planete/2015/12/12/raoni-metuktire-il-faut-que-les-europeens-mangent-ce-qu-ils-produisent-sur-leur-propre-sol_1420159

Le chef indien, âgé de 85 ans, est venu du Brésil pour dénoncer les activités des multinationales en Amazonie
Raoni: «Il faut que les Européens mangent ce qu’ils produisent sur leur propre sol»
Né au début des années 30, Raoni Metuktire est le cacique du peuple Kayopo d’Amazonie. Chef de cette communauté brésilienne d’environ 7 000 âmes, il s’est fait connaître en 1989 en accompagnant le chanteur Sting dans une tournée mondiale, pendant laquelle il a rencontré, entre autres, François Mitterrand, Jean Paul II ou l’empereur du Japon. Jeudi, il a tenu au Bourget une conférence grand public, durant laquelle il s’est élevé contre la construction de barrages hydroélectriques et a lancé un appel aux dons pour son institut. L’interview a été réalisée via une double traduction, du kayopo au portugais, puis du portugais au français. Et vice versa.

«Je suis venu à la COP21 pour demander enfin aux gouvernements de prendre les mesures qui s’imposent contre la dégradation du milieu ambiant, et pour lancer l’alliance des Gardiens de la Mère Nature, avec d’autres chefs indigènes. Il est indispensable qu’on s’unisse car nous subissons tous les mêmes menaces face à un ennemi identique, et c’était l’occasion de nous rencontrer. Notre texte avec des propositions pour défendre la nature et les générations futures a été signé par 8 chefs, venus d’Amérique du Nord, du Pérou, de Bolivie, d’Afrique, de Papouasie, de Thaïlande [en plus de 5 chefs amazoniens, ndt].

«Les jeunes sont obligés par la loi brésilienne d’apprendre le portugais, et avec la langue ils apprennent la manière d’être des Brésiliens. Ils sont très attirés par la technologie, ce qui a deux effets opposés. Ce qui est positif, c’est qu’ils nous ramènent des informations sur le monde, et que nous sommes au courant des choses qui nous concernent. Le mauvais côté, c’est que cela les éloigne de la culture traditionnelle, ils s’habituent à des divertissements qui ne sont pas typiques. Dès que l’on apprend que l’un d’eux a des problèmes d’alcool, on le rapatrie immédiatement au village.

«Aux garçons, on leur dit d’apprendre d’abord leur culture, ensuite celle des autres. Et je leur conseille de continuer à préserver notre culture. Chez nous, la vie des femmes est très différente, elles travaillent aux champs, à la maison, transmettent aux filles leurs connaissances. C’est très important que les femmes continuent à avoir un comportement traditionnel.

«Personnellement, je ne ressens aucun problème à naviguer entre les deux cultures depuis trente ans. Je m’adapte, je regarde, j’aime découvrir le monde, les différences de climat m’amusent. J’aime beaucoup la France, et les Français m’aiment beaucoup. Au Brésil, les industries minières, agricoles et de l’énergie menacent notre forêt. Les grands propriétaires fonciers déboisent pour faire des cultures, y déversent des pesticides, qui se retrouvent dans les rivières dont nous buvons l’eau. Il faudrait boycotter les produits issus de cette dévastation, et que les Européens mangent ce qu’ils produisent sur leur propre sol. J’espère que vous allez m’aider dans ce combat, et le nerf de la guerre, c’est l’argent.»

Lire aussi l’interview de Vicky Tauli-Corpuz
«80% de la biodiversité se trouve dans les territoires indigènes»

Laurence DEFRANOUX

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Soutenir: http://www.survivalfrance.org/

www.survie.org

www.cadtm.org

 

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http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20151226.OBS1947/nous-entrons-dans-la-periode-des-catastrophes-entretien-avec-jean-claude-michea.html

“Nous entrons dans la période des catastrophes”

Publié le 26-12-2015
A l’occasion de la parution en italien des « Mystères de la gauche » (éditions Climats), le philosophe Jean-Claude Michéa a donné un entretien à la « Repubblica », paru le 19 décembre dernier. Au programme, une critique corrosive des errances du socialisme contemporain, et une exigence, celle de penser « avec la gauche contre la gauche ».
Attention, danger.

Jean-Claude Michéa. Rien de plus logique, au contraire, que cette progression continuelle du vote FN parmi les classes populaires. Non seulement, en effet, la gauche officielle ne jure plus que par l’économie de marché (la «gauche de la gauche» n’en contestant, pour sa part, que les seuls «excès» néolibéraux), mais – comme Pasolini le soulignait déjà – elle semble mettre son point d’honneur à en célébrer avec enthousiasme toutes les implications morales et culturelles. Pour la plus grande joie, évidemment, d’une Marine Le Pen qui – une fois rejeté le reaganisme de son père – peut donc désormais s’offrir le luxe de citer Marx, Jaurès ou Gramsci !

Bien entendu, une critique purement nationaliste du capitalisme global ne brille jamais par sa cohérence philosophique. Mais c’est malheureusement la seule – dans le désert intellectuel français – qui soit aujourd’hui en prise avec ce que vivent réellement les classes populaires. Si nous ne savons pas opérer une révolution culturelle analogue à celle de Podemos en Espagne, le FN a donc un boulevard devant lui.
LireRancière : “Le FN est un pur produit de la Ve République”

Comment expliquez-vous une telle évolution de la gauche ?

Ce qu’on appelle encore la « gauche » est un produit dérivé du pacte défensif noué, à l’aube du XXe siècle (et face au danger alors représenté par la droite nationaliste, cléricale et réactionnaire) entre les courants majoritaires du mouvement socialiste et ces forces libérales et républicaines, qui se réclamaient d’abord des principes de 1789 et de l’héritage des Lumières (lequel inclut aussi – on l’oublie toujours – l’économie politique d’Adam Smith et de Turgot !).

Comme Rosa Luxemburg l’avait aussitôt relevé dans ses textes sur l’affaire Dreyfus, il s’agissait donc d’une alliance particulièrement ambigüe, qui a certes rendu possibles – jusque dans les années 60 – nombre de combats émancipateurs, mais qui ne pouvait aboutir, une fois éliminés les derniers vestiges de la droite d’Ancien régime, qu’à la défaite d’un des deux partenaires en présence.

C’est exactement ce qui va se passer à la fin des années 70, lorsque l’intelligentsia de gauche – Michel Foucault et Bernard-Henri Levy en tête – en viendra à se convaincre que le projet socialiste était «totalitaire» par essence. De là le repli progressif de la gauche européenne sur le vieux libéralisme d’Adam Smith et de Milton Friedman, et l’abandon corrélatif de toute idée d’émancipation des travailleurs. Elle en paye aujourd’hui le prix électoral.

En quoi ce que vous appelez la «métaphysique du Progrès» a-t-elle pu conduire la gauche à accepter le capitalisme?

L’idéologie progressiste se fonde sur la croyance qu’il existe un «sens de l’Histoire» et donc que tout pas en avant constitue toujours un pas dans la bonne direction. Cette idée s’est révélée globalement efficace tant qu’il ne s’agissait que de combattre l’Ancien régime. Le problème, c’est que le capitalisme – du fait qu’il a pour base cette accumulation du capital qui ne connaît «aucune limite naturelle ni morale» (Marx) – est lui-même un système dynamique que sa logique conduit à coloniser graduellement toutes les régions du globe et toutes les sphères de la vie humaine.

En l’invitant à se focaliser sur la seule lutte contre le «vieux monde» et les «forces du passé» (d’où, entre autres, l’idée surréaliste – que partagent pourtant la plupart des militants de gauche – selon laquelle le capitalisme serait un système structurellement conservateur et tourné vers le passé), le «progressisme» de la gauche allait donc lui rendre de plus en plus difficile toute approche réellement critique de la modernité libérale. Jusqu’à la conduire à confondre – comme c’est aujourd’hui le cas – l’idée qu’on «n’arrête pas le progrès» avec l’idée qu’on n’arrête pas le capitalisme.

Comme si, en d’autres termes, la bétonisation continuelle du monde, l’aliénation consumériste, l’industrie génético-chimique de Monsanto ou les délires transhumanistes des maîtres de la Silicon Valley pouvaient constituer la base idéale d’une société libre, égalitaire et conviviale !
LireLa gauche a-t-elle trahi le peuple ?

Dans ce contexte, comment la gauche peut-elle encore se différencier de la droite ?

Une fois la gauche officielle définitivement convaincue que le capitalisme était l’horizon indépassable de notre temps, son programme économique est naturellement devenu de plus en plus indiscernable de celui de la droite libérale (qui elle-même n’a plus grand-chose à voir avec la droite monarchiste et cléricale du XIXe siècle). D’où, depuis trente ans, sa tendance à chercher dans le libéralisme culturel des nouvelles classes moyennes – c’est-à-dire dans le combat permanent de ces «agents dominés de la domination» (André Gorz) contre tous les «tabous» du passé – l’ultime principe de sa différence politique.

C’était évidemment oublier que le capitalisme constitue un «fait social total». Et si la clé du libéralisme économique c’est bien d’abord – comme le voulait Hayek – le droit pour chacun de «produire, vendre et acheter tout ce qui peut être produit ou vendu» (qu’il s’agisse donc de drogues, d’armes chimiques, d’un service sexuel ou du ventre d’une «mère porteuse»), on doit logiquement en conclure qu’il ne saurait s’accommoder d’aucune limite ni d’aucun «tabou». Il conduit au contraire – selon la formule célèbre de Marx – à noyer progressivement toutes les valeurs humaines «dans les eaux glacées du calcul égoïste».

Si donc, avec George Orwell, on admet que les classes populaires, à la différence des élites politiques, économiques et culturelles, sont encore massivement attachées aux valeurs morales – notamment celles qui fondent la civilité quotidienne et le sens de l’entraide – on s’explique alors sans difficulté leur peu d’enthousiasme devant cette dérive libérale de la gauche moderne.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille se désintéresser des questions dites «sociétales» (comme, par exemple, de la lutte contre le racisme ou de celle contre l’homophobie). Mais il suffit d’avoir vu Pride – le merveilleux film de Matthew Warchus – pour comprendre qu’une lutte de ce type n’est jamais si efficace que lorsqu’elle parvient à s’articuler réellement à un véritable combat populaire. Or c’est là une articulation dont la gauche moderne a clairement perdu le secret.
LireCrise du capitalisme : André Gorz avait tout compris

Vous considérez le fait que la gauche ait accepté le capitalisme comme une erreur. Certains pourraient y voir, au contraire, une preuve de réalisme. Pourquoi dans ces conditions jugez-vous nécessaire d’appeler à penser «avec la gauche contre la gauche»?

La phase finale du capitalisme – écrivait Rosa Luxemburg en 1913 – se traduira par «une période de catastrophes». On ne saurait mieux définir l’époque dans laquelle nous entrons. Catastrophe morale et culturelle, parce qu’aucune communauté ne peut se maintenir durablement sur la seule base du «chacun pour soi» et de l’«intérêt bien compris».

Catastrophe écologique, parce que l’idée d’une croissance matérielle infinie dans un monde fini est bien l’utopie la plus folle qu’un esprit humain ait jamais conçue (et cela sans même parler des effets de cette croissance sur le climat ou la santé).

Catastrophe économique et financière, parce que l’accumulation mondialisée du capital (ou, si l’on préfère, la «croissance») est en train de se heurter à ce que Marx appelait sa «borne interne». A savoir la contradiction qui existe entre le fait que la source de toute valeur ajoutée – et donc de tout profit – est le travail vivant, et la tendance contraire du capital, sous l’effet de la concurrence mondiale, à accroître sa productivité en remplaçant sans cesse ce travail vivant par des machines, des logiciels et des robots (le fait que les «industries du futur» ne créent proportionnellement que peu d’emplois confirme amplement l’analyse de Marx ).

Les «néo-libéraux» ont cru un temps pouvoir surmonter cette contradiction en imaginant – au début des années 1980 – une forme de croissance dont l’industrie financière, une fois dérégulée, pourrait désormais constituer le moteur principal. Le résultat, c’est que le volume de la capitalisation boursière mondiale est déjà, aujourd’hui, plus de vingt fois supérieur au PIB planétaire !

Autant dire que le «problème de la dette» est devenu définitivement insoluble (même en poussant les politiques d’austérité jusqu’au rétablissement de l’esclavage) et que nous avons devant nous la plus grande bulle spéculative de l’histoire, qu’aucun progrès de l’«économie réelle» ne pourra plus, à terme, empêcher d’éclater. On se dirige donc à grands pas vers cette limite historique où, selon la formule célèbre de Rousseau, «le genre humain périrait s’il ne changeait sa manière d’être».

Or c’était précisément toute la force de la critique socialiste originelle que d’avoir compris, dès l’aube de la révolution industrielle, qu’un système social orienté par la seule recherche du profit privé finirait inéluctablement par conduire l’humanité dans l’impasse. C’est donc, paradoxalement, au moment même où ce système social commence à se fissurer de toute part sous le poids de ses propres contradictions, que la gauche européenne a choisi de se réconcilier avec lui et d’en tenir pour «archaïque» toute critique un tant soit peu radicale. Il était difficile, en vérité, de miser sur un plus mauvais cheval !

Propos recueillis par Fabio Gambaro

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AU PIED DU MONSTRE aupiedAcette Mégamachine

CO2 Mais pas que

******************http://www.bastamag.net/Une-mine-de-lignite-bloquee-par-1500-manifestants-en-Allemagne

Une mine de charbon bloquée par 1500 manifestants en Allemagne
par Sophie Chapelle 1er septembre 2015

Le 15 août, 1 500 personnes ont investi une vaste mine de lignite de Garzweiler dans le bassin rhénan, en Allemagne. La lignite, ou « charbon brun », est la source d’énergie qui émet le plus de gaz à effet de serre et déstabilise fortement le climat. Vêtus de combinaisons blanches, les militants sont parvenus à forcer les cordons de police et à entrer dans la mine pour occuper et bloquer les gigantesques excavatrices qui extraient 240 000 tonnes de charbon par jour. Pour Payal Parekh de l’ONG 350.org, l’objectif de l’action est d’envoyer « un signal aux États et à l’industrie des énergies fossiles dans le monde entier pour dire que les gens en ont assez, qu’ils veulent un avenir sans changement climatique et les prévenir : « Si vous ne le faites pas pour nous, nous allons le faire à votre place » ».
Si l’Allemagne est aujourd’hui l’un des pays européens les plus avancés dans les énergies renouvelables, le combustible fossile fournit toujours près de la moitié de l’électricité. Alors que les paysages sont d’ores et déjà dévastés, comme le montre ce reportage photos de Basta ! en Rhénanie, de nouvelles mines doivent être creusées et des villages entiers risquent d’être déplacés et détruits. Cette action directe écologiste fait écho à la montée en puissance du mouvement pour la justice climatique, notamment dans les pays anglo-saxons. A l’approche de la conférence sur le climat de Paris, un appel exigeant de laisser 80 % des réserves combustibles fossiles dans le sol vient d’être lancé par 100 personnalités internationales.

Laissons les énergies fossiles dans le sol : « Stop aux crimes climatiques ! »

Vos commentaires (controverses)
1. Le 1er septembre à 22:27, par Renaissance
Je vous invite à écouter cette conférence-débat avec François Gervais intitulée : « Réchauffement climatique : l’effet de serre remis en question » : http://www.solidariteetprogres.org/conference-rechauffement.html

Extrait : « Vivons-nous un nouvel endormissement du Soleil ? Bien que la presse reste muette à ce sujet, depuis le début des années 2000, c’est un refroidissement qui est enregistré par les satellites qui mesurent la température depuis 1979 ! Et M. Gervais de souligner que « quand on nous parle d’un réchauffement climatique, un jeune de 20 ans n’a pas connu de réchauffement climatique depuis qu’il a l’âge de raison. Les mesures sont là pour le dire. »

La tendance au refroidissement commence également à se faire sentir sur les pôles. Vous souvenez-vous du film d’Al Gore Une vérité qui dérange, sorti en 2007 ? En recevant le prix Nobel de la paix avec le GIEC, il avait déclaré qu’il n’y aurait plus de banquise au pôle nord à l’été 2013 ! Or la banquise arctique a pratiquement doublé de volume entre son plus bas niveau d’été en 2012 et celui de 2014 ! Au pôle sud, la banquise a battu son record de superficie le 21 septembre 2014… »

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*****************http://350.org/fr/ende-gelande-wrap-up/
« Jusqu’ici et pas plus loin »

Le 15 août, 1 500 personnes ont participé à une courageuse action de désobéissance civile pour faire fermer la plus importante source d’émission de CO2d’Europe.

Cette action de masse a fait stopper la production de la mine de lignite de Garzweiler en Rhénanie, Allemagne, et a démontré que lescitoyens ne veulent plus regarder sans rien faire l’échec des politiciens à laisser les combustibles fossiles sous terre.

Si nous voulons limiter la hausse de la température à moins de 2°C, nous savons que 80% des réserves mondiales connues de combustibles fossiles ne peuvent pas être exploitées. Malgré tout, les politiciens continuent à subventionner et à soutenir les sociétés du secteur de l’énergie fossile.

Nous faisons monter en puissance le mouvement pour le climat avant les négociations sur le climat à Paris à la fin de l’année et au delà, afin de dénoncer les élus et les pollueurs, et d’accélérer la transition énergétique irrésistible qui est déjà en route.

Dimanche 16, 8h16: Tard la nuit dernière tous les militants ont été relâchés par la police et ont pu retourner au camp. Bien qu’ayant passé la journée dans des cars de police leur moral était bon.Ils savent qu’ils ont envoyé un message fort aux élus et à l’industrie des énergies fossiles.

Samedi 15, 20h00 : Cette journée s’est révélée être un succès plus grand que tout ce qu’on aurait pu imaginer. 1500 participants: c’est bien plus que ce à quoi l’on pouvait s’attendre. 1000 personnes ont pu pénétrer dans la mine et immobiliser deux excavatrices poour la journée. Chaque excavatrice peut arracher à la terre 240000 tonnes de charbon chaque jour, l’importance de cette action ne devrait donc pas être sous-estimée.

Nous nous félicitons qu’autant de gens aient pris part à une action de ce genre pour la première fois aujourd’hui. L’ampleur de l’action montre que les gens en ont assez d’attendre que les gouvernements prennent au sérieux la menace du changement climatique et que beaucoup de gens sont prêts à passer à la vitesse supérieure et à agir concrètement.

******************http://www.bastamag.net/Laissons-les-energies-fossiles-dans-le-sol-Stop-aux-crimes-climatiques

Laissons les énergies fossiles dans le sol : « Stop aux crimes climatiques ! »

par Collectif 31 août 2015

Laisserons-nous les entreprises pétrolières et gazières qui produisent des énergies fossiles, les multinationales de l’agrobusiness et les institutions financières détruire notre planète en polluant allègrement l’atmosphère ? Un appel de la société civile propose d’opposer à ces puissants lobbies une mobilisation citoyenne massive, multiple, et planétaire. Et de contraindre gouvernements et entreprises à renoncer à l’exploitation de 80 % de toutes les réserves de carburant fossile. « Stop aux crimes climatiques ! », clame l’appel lancé par cent personnalités internationales, comme d’autres ont dit stop à l’esclavage ou à l’apartheid.

Nous sommes à la croisée des chemins. Nous ne voulons pas nous retrouver contraint.e.s à survivre dans un monde devenu à peine vivable. Des îles du Pacifique Sud à la Louisiane, des Maldives au Sahel, du Groenland aux Alpes, la vie quotidienne de millions d’entre nous est déjà perturbée par les conséquences du changement climatique. Par l’acidification des océans, par la submersion des îles du Pacifique Sud, par le déracinement de réfugiés climatiques en Afrique et dans le sous-continent indien, par la recrudescence des tempêtes et ouragans, l’écocide en cours violente l’ensemble des êtres vivants, des écosystèmes et des sociétés, menaçant les droits des générations futures. Ces violences climatiques nous frappent inégalement : les communautés paysannes et indigènes, les pauvres du Sud comme du Nord sont les plus affectés par les conséquences du dérèglement climatique.

Nous ne nous faisons pas d’illusions. Depuis plus de vingt ans, les gouvernements négocient mais les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas baissé et le climat poursuit sa dérive. Alors que les constats de la communauté scientifique se font plus alarmants, les forces de blocage et de paralysie l’emportent.
90 entreprises = 2/3 des émissions mondiales de gaz à effet de serre

Ce n’est pas une surprise. Des décennies de libéralisation commerciale et financière ont affaibli la capacité des États à faire face à la crise climatique. Partout, des forces puissantes — entreprises du secteur fossile, multinationales de l’agrobusiness, institutions financières, économistes dogmatiques, climatosceptiques et climato-négationnistes, décideurs politiques prisonniers de ces lobbies — font barrage et promeuvent de fausses solutions. 90 entreprises sont à l’origine des deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. De véritables réponses au changement climatique nuiraient à leurs intérêts et à leur pouvoir, remettraient en cause l’idéologie du libre-échange, et menaceraient les structures et les subventions qui les soutiennent.

Nous savons que les multinationales et les gouvernements n’abandonneront pas aisément les profits qu’ils tirent de l’extraction des réserves de charbon, de gaz et de pétrole ou de l’agriculture industrielle globalisée gourmande en énergie fossile. Pour continuer à agir, penser, aimer, prendre soin, créer, produire, contempler, lutter, nous devons donc les y contraindre. Pour nous épanouir en tant que sociétés, individus et citoyen.ne.s nous devons tout.e.s agir pour tout changer. Notre humanité commune et la Terre le demandent.
Travailler pour tout changer

Nous gardons confiance en notre capacité à stopper les crimes climatiques. Par le passé, des femmes et des hommes déterminé.e.s ont mis fin aux crimes de l’esclavage, du totalitarisme, du colonialisme ou de l’apartheid. Elles et ils ont fait le choix de combattre pour la justice et l’égalité et savaient que personne ne se battrait à leur place. Le changement climatique est un enjeu comparable et nous préparons une insurrection similaire.

Nous travaillons à tout changer. Nous pouvons ouvrir les chemins vers un futur vivable. Notre pouvoir d’agir est souvent plus important que nous ne l’imaginons.. A travers le monde, nous luttons contre les véritables moteurs de la crise climatique, défendons les territoires, réduisons les émissions, organisons la résilience, développons l’autonomie alimentaire par l’agro-écologie paysanne, etc.

A l’approche de la conférence de l’ONU sur le climat à Paris-Le Bourget, nous affirmons notre détermination à laisser les énergies fossiles dans le sol. C’est la seule issue.
Tourner la page des fossiles

Concrètement, les gouvernements doivent mettre un terme aux subventions qu’ils versent à l’industrie fossile, et geler leur extraction en renonçant à exploiter 80% de toutes les réserves de carburant fossile.

Nous savons que cela implique un changement historique majeur. Nous n’attendrons pas que les États agissent. L’esclavage et l’apartheid n’ont pas disparu parce que des États ont décidé de les abolir, mais par des mobilisations massives qui ne leur ont pas laissé le choix.

L’issue est incertaine. Nous avons toutefois une occasion unique de renouveler la démocratie, de démanteler le pouvoir hégémonique des multinationales et de transformer radicalement nos modes de production et de consommation. Tourner la page des fossiles est une étape décisive vers la société juste et soutenable dont nous avons besoin.

Nous ne gâcherons pas cette chance, à Paris comme ailleurs, aujourd’hui comme demain.

 

 

AU PIED DU MONSTRE cette Mégamachine, le double jeu des firmes et fondations

laventplusblanc

Fondation, on touche le fond

extrait de http://www.liberterre.fr/liberterres/meta-mafia/avaaz.html

« …Avaaz a été créé en 2006 par MoveOn.org et Res Publica. “Avaaz”, dans différents langages de l’Asie et de l’Europe de l’est signifie “la voix”. La voix silencieuse, derrière Avaaz et Res Publica, est celle de trois individus: Tom Perriello, un ancien membre du Congrès US, Ricken Patel, consultant chez de nombreuses entités contrôlées par les psychopathes prédateurs, et Tom Pravda, un ancien diplomate d’Angleterre consultant pour le Ministère de l’Intérieur US.

Parmi les autres fondateurs d’Avaaz se trouvent Eli Pariser (le directeur exécutif de MoveOn), Andrea Woodhouse (consultant pour la Banque Mondiale), Jeremy Heimans (le co-fondateur de GetUp! et de Purpose), et l’entrepreneur Australien David Madden (le co-fondateur de GetUp! et de Purpose).

MoveOn, le co-fondateur d’Avaaz, a distribué, en 2002, par le biais de son Comité d’Action Politique, 3 millions et demis de dollars à 36 candidats politiques au Congrès US. En novembre 2003, MoveOn reçut 5 millions de dollars du spéculateur milliardaire George Soros. Ricken Patel a, d’ailleurs, déclaré publiquement que l’Open Society Institute de George Soros (renommé Open Society Foundation en 2011) était l’un des membres fondateurs d’Avaaz.

Qui est George Soros? L’un des prédateurs psychopathes à la direction du CFR (Council for Foreign Relations) et l’un des membres du Groupe Bilderberg. Le CFR et le Groupe Bilderberg sont deux des pseudopodes de la baudruche dénommée “Nouvel Ordre Mondial”. Le CFR et le Groupe Bilderberg ont été créés par les Rockefellers, la famille responsable de nombreux maux qui sévissent sur la planète. Pour mémoire, la Fondation Rockefeller a promu les lois eugénistes aux USA dès le début du siècle passé; elle a financé le Nazisme avant et durant la seconde guerre mondiale; elle a financé les recherches génétiques, dès 1945, et donc tout le secteur des chimères génétiques; elle a lancé la dévastatrice Révolution Verte…

Avaaz fut, en juin 2009, l’un des partenaires dans la campagne Tcktcktck lancée par Havas, aux côtés d’EDF, de la Loyds Bank… et de 350.org, une organisation financée par la Fondation Ford, la Fondation Rockefeller, le Rockefeller Brothers Fund et le milliardaire George Soros.

George Soros est le financeur incontournable de toute cette mouvance d’ONGs aux objectifs occultes. Durant l’été 2009, l’Open Society Institute (de Soros) donna une subvention de 150 000 dollars à Avaaz. En sus de cette subvention, Avaaz reçut de Res Publica (financée par Soros) 225 000 dollars en 2006, 950 000 dollars en 2007 et 500 000 dollars en 2008. La Foundation to Promote Open Society (de Soros) donna à Avaaz, en 2008/2009, 300 000 dollars de soutien général et 300 000 dollars pour la campagne (sur l’arnaque) climatique durant laquelle Avaaz a particulièrement brillé dans son expertise pour susciter de l’argent non virtuel afin de combattre un réchauffement climatique virtuel avec des pétitions tout aussi virtuelles. Ricken Patel ne précise d’ailleurs, nulle part, dans sa croisade contre le réchauffement climatique anthropique, comment il effectue la rédemption de “l’empreinte carbone” générée par les émoluments grandioses de ses bons amis au sein d’Avaaz (une redistribution des libéralités généreuses de la clique de Soros alors qu’Avaaz prétend effrontément que l’organisation ne reçoit de l’argent que de dons individuels!!!) et de “l’empreinte carbone” générée par ses très hauts salaires chez Avaaz! Il s’agit vraisemblablement d’une rédemption virtuelle…. »

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extrait de http://www.liberterre.fr/gaiasophia/gaia-climats/generaux/caniculs.html

« …La sémantique de ces croisades climatiques, et des multiples pétitions afférentes, à l’image de celle de la nov-langue, est experte à semer la confusion dans les esprits: “alerte climatique”, “crise climatique”, “cent jours pour lutter contre le réchauffement”, “on ne négocie pas avec le climat, on agit”, “l’ultimatum climatique”, “le Climat entre nos mains”, “350.org”, “seal the deal”, “fondation pour la protection du climat”, “réseau pour un climat neutre”, “Time for Climate Justice”,” Climate for Life”, etc, etc, ad nauseam.

Des petits malins commencent même à proposer des “vacances climat neutre”, des “voyages sans carbone” et toute une gamme de “produits à bilan carbone neutre”.

Et James Lovelock parle, dans son dernier ouvrage, de notre “empreinte écologique plus noire que le péché”. A quand la confession publique obligatoire et le dévoilement de son “empreinte carbone”? Et pour les châtiments?… »

 Fixation du CO2 et Libération de l’Humus

Il paraîtrait que la “taxe carbone” est de gauche! [34] Et l’Ecologie doit-elle être de gauche, aussi? Est-ce pour cela que Mr Sarkozy a sorti de son placard à bolets un cryptogame de la préhistoire? L’écologie politique est-elle à ce point fossilisée qu’elle se soit rendue complice de cette imposture climatique? Ou est-ce, peut-être, que l’écologie politique n’a vraiment jamais remis en cause, intrinsèquement, les fondements mortifères de la civilisation occidentale moderne? Juste du vernis verdâtre pour occulter le vert de gris? Mais cela n’est sans doute pas si simple car combien d’écologistes ont des doutes profonds concernant cette arnaque climatique? Néanmoins, peu d’entre eux osent l’exprimer publiquement de peur de passer pour des crétins ou des voyous climatiques.

La question que je pose aujourd’hui à tous les écologistes, mais aussi aux ONGs, aux commissions de l’ONU, aux oligarques globalistes, aux fondations, aux représentants élus, aux négociants en crédit carbone, etc, est la suivante:

Si l’urgence du réchauffement climatique est à ce point dramatique, si le CO2 est sur le point de carboniser l’humanité ou de l’engloutir par la montée des eaux, pourquoi ne pas promouvoir AUJOURD’HUI même (et pourquoi ne l’avoir pas fait avant) la reconversion à l’agriculture biologique de toutes les terres agricoles de la planète?

Le Rodale Research Center [54] a déduit de ses recherches, qui ont porté sur 24 années, la capacité de fixer par année et par hectare 3,7 tonnes de CO2 en agriculture biologique. [55] Et ce, sans prendre en considération les réductions en émissions de CO2 dues aux besoins énergétiques inférieurs de l’agriculture biologique que le Professeur David Pimentel, de l’Université de Cornell, estime à 63% des besoins énergétiques de l’agriculture chimique [56]. A raison de 2000 millions d’hectares arables planétaires, la fixation de CO2 serait de 7,5 milliards de tonnes de CO2, à savoir près du tiers des émissions anthropogéniques “officielles”.

Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas limiter AUJOURD’HUI même (et pourquoi ne l’avoir pas fait avant) la goinfrerie en viande de l’occident et d’avoir, par là-même, stopper une grande partie de la déforestation, responsable d’une portion des dites émissions (pour ne pas mentionner les pets méthaniers des bovins!)?

La réponse à ces questions, et surtout à la première, est claire et évidente: parce que la mafia de l’agrochimie en a décidé autrement et qu’elle serait ruinée par une telle reconversion. Mais j’aimerais tellement l’entendre de la bouche des fondations, de l’ONU, des ONGs, des partis politiques… Peut encore rêver que Mr Al Gore (au nom prédestiné [43]) se transforme en apôtre du compostage…? N’avait-il pas d’ailleurs évoqué, dans son discours sus-mentionné en juillet 2009, qu’effectivement certains sols étaient décidément très peu fertiles et en manque vital de carbone?

L’urgence d’aujourd’hui, ce n’est pas le CO2, ce n’est pas le réchauffement climatique anthropique, L’urgence, c’est “la destruction humique”. [57] Les sols agricoles sont biologiquement morts, dans leur grande majorité. La reconversion de toutes les terres agricoles par des pratiques agro-écologiques permettrait, en sus de la fixation de CO2 (qui n’est qu’un épiphénomène) de régénérer les sols, de stopper l’érosion des sols et de ralentir les processus de désertification, d’augmenter considérablement le pouvoir de rétention en eau des sols (et donc de diminuer drastiquement les besoins en eau douce de l’agriculture, un des enjeux véritables du futur), de nourrir les peuples avec des aliments sains, hautement nutritifs et exempts de poisons (et donc de réduire drastiquement les cancers et autres pathologies et toutes les dépenses financières afférentes), de protéger les nappes phréatiques, de régénérer l’agroforesterie traditionnelle et de préserver la biodiversité alimentaire en gardant précieusement les variétés traditionnelles qui sont, de loin, beaucoup plus résilientes.

C’est d’ailleurs ce que prétendent faire les multinationales de la semence (Monsanto, Syngenta, en partenariat avec Bill Gates et la Fondation Rockefeller): “sauvegarder la biodiversité en cas de changement climatique, de guerre ou de catastrophe naturelle” dans leur grande banque “réfrigérée naturellement par un climat glacial” de l’archipel du Spitzberg (archipel de Svalbard) en Norvège. Le dit archipel, qui selon les alarmistes, aux grands discours apocalyptiques et hypocrites, serait au coeur même du changement climatique surchauffant, à raison même de 0.7 °C d’augmentation par décennie! [67] Les clowns ne sont pas en manque de contradictions. [42]

Et pour reparler de résilience, je m’étonne de cette frayeur hystérique d’une légère montée des températures qui ruinerait l’agriculture. Nous mentionnerons, au passage, que le maïs, plante C4, poussait littéralement, autrefois, dans les déserts du sud-ouest des USA. Les agronomes modernes en ont fait une pompe à eau qui nécessite 1500 litres de ce précieux liquide pour produire 1 kilo de grain sec. Monsanto, Syngenta, DuPont, de la grande famille des Humanitaires Globalistes, travaillent, depuis plusieurs années, à créer des chimères génétiques de maïs qui seront résistantes à la sécheresse… et au réchauffement climatique. [58] La boucle est bouclée. L’INRA, nous l’avons évoqué, envisage de déployer tout son “génie” génétique pour briser cette fâcheuse tendance que le blé a de ne pas vouloir produire encore plus et pour l’adapter, bien sûr, au réchauffement anthropique.

Question simple, et naïve, peut-être: lors du réchauffement climatique de l’Epoque Romaine et lors du réchauffement climatique de l’Epoque Médiévale, comment les paysans ont-il pu continuer à cultiver leurs variétés de céréales puisqu’ils ne bénéficiaient pas de l’accompagnement éclairé (les pôvres) des agronomes, biologistes, et autres généticiens de l’INRA? La réponse est claire: les variétés dites “de population” vivantes, fluides, ouvertes à tous vents, étaient capables de s’adapter, dans un sol biologiquement vivant, à tous les “changements climatiques”!

L’INRA ne vient-il pas de découvrir que “les plantes migrent en altitude en réponse au réchauffement climatique” et plus précisément de “l’ordre de 29 mètres en altitude par décade.” A savoir pour s’adapter à un dixième de 0,7°C, par décade. Quelle découverte phénoménale! [53] Non, l’argent du contribuable n’est pas dépensé en vain à l’INRA. Voilà pourquoi, sans doute, le monde végétal, depuis son émergence, il y a 465 millions d’années, a survécu malgré des variations de 200 à 4000 ppm de CO2 atmosphérique. Les plantes s’adaptent! L’INRA sera sûrement intéressé de savoir que l’une des variétés de laitues les mieux adaptées au climat du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, c’est la “Merveille d’Hiver” [59]: les voies de Gaïa sont manifestement impénétrables.

Pour en revenir aux frayeurs liées à la chaleur, nous pouvons, dans le sud de l’Inde, avec des méthodes agro-écologiques “intensives” (si l’on me permet le terme) nourrir 25 personnes par hectare et par an (avec un peu d’eau, il est vrai) et en régime végétarien. Pour entrer même dans le détail, nous pouvons produire des courges musquées (espèce Cucurbita moschata, la plus longue de croissance) en l’espace de 2 mois à partir du jour du semis. A savoir en deux fois moins de temps qu’en France. Et que ceux qui en doutent aillent vérifier sur place. Ne le répétez pas aux Malthusianistes, mais nous pourrions donc, avec ces méthodes agro-écologiques, nourrir aisément, sur 150 millions d’hectares de terre arable, deux milliards de personnes en Inde, au moins!

Vers un Refroidissement Global!

Et pour ne pas finir sur cette provocation, un tant soit peu COquine, nous allons en évoquer une autre, plus refroidissante.

Nous avons mentionné les cycles de régimes de sécheresses et d’inondations prévalant en Australie qui correspondent, of course, aux cycles de croissance et de non-croissance de températures, durant le siècle passé. Ces cycles sont grosso-modo d’une trentaine d’années.

En 1950, le climatologue et océanographe Edouard Le Danois (qui fut directeur de l’Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes) publia un ouvrage intitulé “Les Rythmes du Climat dans l’Histoire de la Terre et de l’Humanité”. [60] Dans cet ouvrage, Le Danois expliquait les relations entre le climat et les phénomènes astronomiques: la période de révolution des noeuds de l’orbite lunaire de 18 ans, la période déclinaison-syzygies de 111 années, la période périhelium-noeud apside de 1850 années, etc. Le Danois avait d’ailleurs annoncé en 1950 que la prochaine grande marée séculaire adviendrait aux alentours de 1995… et la “grande tempête du siècle” arriva en décembre 1999. Le Danois expliquait également, en 1950, que nous étions entrés, aux alentours de 1860, dans un nouveau cycle de réchauffement, source de prospérité agricole, qui allait perdurer durant quelques siècles mais avec des cycles car, dans la Nature, peu de phénomènes sont linéaires. Le Danois était un spécialiste des “transgressions océaniques” (son ouvrage, du même nom, est disponible sur la toile) [69]. Le Danois n’a, bien évidemment, jamais, au grand jamais, mentionné une quelconque relation entre le CO2 atmosphérique et les cycles climatiques.

L’ouvrage n’est pas jeune, il est vrai, mais doit-on brûler tous les travaux scientifiques antérieurs à l’émergence du GIEC en 1988?

En 1275, le terme climat signifiait “zone terrestre déterminée par sa situation par rapport aux corps célestes”. Le terme, étymologiquement, est dérivé du Grec “clima”, “inclinaison du ciel”. Ne tombe-t-il pas sous le sens que les climats de Gaïa soient influencés par les phénomènes astronomiques, par le passage du système solaire dans telle ou telle région de la galaxie et par le Soleil? L’ouvrage “The Chilling Stars”, par exemple, de Svensmark et de Calder, émet l’hypothèse que le climat est une résultante de l’influence conjuguée des nuages, du soleil et des rayons cosmiques.

Quoi qu’il en soit, vu que le dernier sous-cycle de réchauffement, relatif, a débuté environ en 1975, ne pourrait-on pas s’attendre à ce qu’un nouveau sous-cycle de refroidissement, relatif, ait débuté aux environs de 2005? Et bien, c’est exactement ce qu’annoncent certains scientifiques! Le Professeur Easterbrook est professeur de géologie à l’Université de Washington. Il est l’auteur de 8 ouvrages et de 150 publications avec une spécialisation dans la géomorphologie, la géochronologie du Pléistocène et la géologie glaciale. Ecoutons le:

«Malgré l’absence de réchauffement climatique en dix ans, et des records de froid en 2007-2008, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (le GIEC) et les créateurs de simulateurs informatiques, qui croient que le CO2 est la cause du réchauffement planétaire, prévoient toujours que la Terre fera face à un réchauffement catastrophique au cours de ce siècle. Les simulateurs informatiques du GIEC ont prédit un réchauffement planétaire de 1° F par décennie et de 5-6° C (10-11° F) d’ici 2100 (Fig. 1), ce qui causerait une catastrophe planétaire ayant des effets sur la vie humaine, l’habitat naturel, l’énergie et les ressources en eau, ainsi que la production de nourriture… Toutefois, les données sur les changements climatiques enregistrées par le passé suggèrent un scénario complètement différent pour le 21e siècle. Au lieu d’un réchauffement planétaire radical, à un rythme de 0,5° C (1° F) par décennie, les données des cycles naturels précédents suggèrent un refroidissement planétaire pour les premières décennies du 21e siècle, soit jusqu’en 2030, suivi d’un réchauffement planétaire de 2030 à 2060 et d’un nouveau refroidissement planétaire de 2060 à 2090. (Easterbrook, D.J., 2005, 2006 a, b, 2007, 2008a, b); Easterbrook et Kovanen, 2000, 2001). Les fluctuations climatiques des dernières centaines d’années suggèrent des cycles climatiques de réchauffement et de refroidissement d’environ 30 ans, une tendance généralement à la hausse depuis le Petit Age glaciaire.» [61]

Et il conclut son long article (de novembre 2008): «Le réchauffement planétaire (c’est-à-dire le réchauffement depuis 1977) est terminé. L’augmentation infime de CO2 anthropogénique dans l’atmosphère (0.008%) n’était pas la cause du réchauffement. Il s’agissait de la continuité de cycles naturels qui se sont produits au cours des 500 dernières années. L’épisode froid de l’OPD a remplacé l’épisode chaud dans l’océan Pacifique, ce qui nous garantit environ 30 ans de refroidissement planétaire, peut-être plus intense que celui de 1945 à 1977. Ce qui est incertain, c’est à quel point le climat planétaire sera plus froid durant cette période. Les récents changements solaires suggèrent que le refroidissement pourrait être assez important. Il ressemblerait davantage au cycle froid de 1880 à 1915 qu’à celui, plus modéré, de 1945 à 1977. Un refroidissement plus draconien que ces derniers, comparable à ceux des minima de Dalton et Maunder, pourraient plonger la Terre dans un autre Petit Age glaciaire. Toutefois, seul le temps dira si cela est probable ou non.»

Et lorsque l’on consulte, en bon anglais, les résultats affichés pour les glaces Arctiques, par le National Snow and Ice Data Center, pour le mois d’août 2009, en relation avec août 2008 et août 2007, il semble effectivement, et très nettement, que l’on soit dans une phase de refroidissement. [65]

Ouvrons les parapluies car les insultes, et les tomates, climatiques vont voler bas. Mais pouvons nous faire abstraction des vagues de froid extrême qui ont anéanti des centaines de vies humaines, les troupeaux et les récoltes au Pérou [39] depuis 2003 (et il neiga à Buenos Aires)? Pouvons nous faire abstraction des troupeaux de chèvres décimés par le froid durant l’hiver 2007/2008 dans l’Himalaya (et il neigea à Katmandou)? Pouvons-nous faire abstraction de trois étés froids et humides au Canada et du mildiou (Phytophtora infestans), de souche beaucoup plus virulente que celui qui a provoqué la grande famine en Irlande au 19 ème siècle, qui a détruit en quelques jours, au début de l’été 2009, une grande partie de la récolte de tomates et de pommes de terre dans 13 états à l’est des USA ainsi qu’au Canada? Pouvons-nous faire abstraction de l’hiver 2008/2009, le plus froid que nous ayons connu en France depuis 20 années? [40] [64] Pouvons-nous faire abstraction des records de froids, durant l’été 2009, jamais vus depuis des dizaines d’années, qui ont été enregistrés dans la majorité des USA. [62] Pouvons-nous faire abstraction du fait que les états de l’Ohio, de l’Illinois, de l’Indiana, et de West Virginia ont vécu leur mois de juillet le plus froid depuis 115 ans? [62] Nashville, au Tennessee, la ville de Mr Al Gore, a battu en juillet le record de froid de 1877. [63] Peut-être un clin d’oeil de Gaïa!!

D’ailleurs, révolution dans les chaumières, il semblerait même que certains des pontifes du GIEC ne puissent plus en faire abstraction. C’est le cas de Mojib Latif de l’Institut Leibniz des Sciences Marines de l’Université de Kiehl et du Max Planck Institute à Hamburg en Allemagne. Il est l’auteur de 3 ouvrages (sur le changement climatique) et de 130 publications scientifiques. Le Max Planck Institute lui a décerné, en 2000, le prix de la Science Publique. C’est l’un des top modélisateurs du climat au GIEC: [83] il est réputé pour avoir contribué, de manière très conséquente, au développement des modèles de simulation du climat global et de leur utilisation pour des prédictions à court et moyen termes. Il a contribué aux rapports du GIEC de 2001 et de 2007. Il est l’auteur de l’ouvrage publié en juin 2009: “Climate Change: the point of no return”. [38]

Et pourtant, lors de la 3ème “Conférence Mondiale du Climat” à Genève [36] (du 31 août au 4 septembre 2009), Mojib Latif a déclaré, devant plus de 1500 scientifiques du climat de la planète, que «Les prévisions du changement climatique sont proches du dérapage…. Je ne suis pas un des sceptiques du climat. Cependant, nous devons nous poser les questions dérangeantes nous-mêmes, sinon d’autres le feront.»

Et selon le communiqué de Fred Pearce [37] , que l’on ne peut pas soupçonner d’être un climat-sceptique, (en date du 5 septembre 2009, c’est tout “frais”): «Latif a prédit que dans les prochaines années, [81] [82] une tendance refroidissante naturelle allait prendre le pas sur le réchauffement anthropique. Ce refroidissement résulterait des variations cycliques des courants océaniques et des températures de l’Atlantique Nord qui sont connues sous le nom d’Oscillation Nord Atlantique (NAO). Rompant avec l’orthodoxie du changement climatique, il a dit que les cycles de l’Oscillation Nord Atlantique étaient probablement responsables, en partie, du fort réchauffement global que nous avons vécu pendant les trois décennies écoulées. “Mais de combien? cela reste encore à déterminer.” a-t-il dit aux conférenciers. L’Oscillation Nord Atlantique est maintenant entrée dans une phase froide. »

*********************http://www.bastamag.net/L-effondrement-qui-vient

« Nous sommes en train de vivre une mosaïque d’effondrements » : la fin annoncée de la civilisation industrielle

par Ivan du Roy 8 juin 2015

Sur les neuf frontières vitales au fonctionnement du « système Terre », au moins quatre ont déjà été transgressées par nos sociétés industrielles, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité ou le rythme insoutenable de la déforestation. Transgresser ces frontières, c’est prendre le risque que notre environnement et nos sociétés réagissent « de manière abrupte et imprévisible », préviennent Pablo Servigne et Raphaël Stevens, dans leur livre « Comment tout peut s’effondrer ». Rappelant l’ensemble des données et des alertes scientifiques toujours plus alarmantes, les deux auteurs appellent à sortir du déni. « Être catastrophiste, ce n’est ni être pessimiste, ni optimiste, c’est être lucide ». Entretien.

Basta ! : Un livre sur l’effondrement, ce n’est pas un peu trop catastrophiste ?

Pablo Servigne et Raphaël Stevens : [1] La naissance du livre est l’aboutissement de quatre années de recherche. Nous avons fusionné des centaines d’articles et d’ouvrages scientifiques : des livres sur les crises financières, sur l’écocide, des ouvrages d’archéologie sur la fin des civilisations antiques, des rapports sur le climat… Tout en étant le plus rigoureux possible. Mais nous ressentions une forme de frustration : quand un livre aborde le pic pétrolier (le déclin progressif des réserves de pétrole puis de gaz), il n’évoque pas la biodiversité ; quand un ouvrage traite de l’extinction des espèces, il ne parle pas de la fragilité du système financier… Il manquait une approche interdisciplinaire. C’est l’objectif du livre.

Au fil des mois, nous avons été traversés par de grandes émotions, ce que les anglo-saxons appellent le « Oh my god point » (« Oh la vache ! » ou « Oh mon dieu ! »). On reçoit une information tellement énorme que c’en est bouleversant. Nous avons passé plusieurs « Oh my god points », comme découvrir que notre nourriture dépend entièrement du pétrole, que les conséquences d’un réchauffement au-delà des 2°C sont terrifiantes, que les systèmes hautement complexes, comme le climat ou l’économie, réagissent de manière abrupte et imprévisible lorsque des seuils sont dépassés. Si bien que, à force de lire toutes ces données, nous sommes devenus catastrophistes. Pas dans le sens où l’on se dit que tout est foutu, où l’on sombre dans un pessimisme irrévocable. Plutôt dans le sens où l’on accepte que des catastrophes puissent survenir : elles se profilent, nous devons les regarder avec courage, les yeux grand ouverts. Être catastrophiste, ce n’est ni être pessimiste, ni optimiste, c’est être lucide.

Pic pétrolier, extinction des espèces, réchauffement climatique… Quelles sont les frontières de notre civilisation « thermo-industrielle » ?

Nous avons distingué les frontières et les limites. Les limites sont physiques et ne peuvent pas être dépassées. Les frontières peuvent être franchies, à nos risques et périls. La métaphore de la voiture, que nous utilisons dans le livre, permet de bien les appréhender. Notre voiture, c’est la civilisation thermo-industrielle actuelle. Elle accélère de manière exponentielle, à l’infini, c’est la croissance. Or, elle est limitée par la taille de son réservoir d’essence : le pic pétrolier, celui des métaux et des ressources en général, le « pic de tout » (Peak Everything) pour reprendre l’expression du journaliste états-unien Richard Heinberg. A un moment, il n’y a plus suffisamment d’énergies pour continuer. Et ce moment, c’est aujourd’hui. On roule sur la réserve. On ne peut pas aller au-delà.

Ensuite, il y a les frontières. La voiture roule dans un monde réel qui dépend du climat, de la biodiversité, des écosystèmes, des grands cycles géochimiques. Ce système terre comporte la particularité d’être un système complexe. Les systèmes complexes réagissent de manière imprévisible si certains seuils sont franchis. Neuf frontières vitales à la planète ont été identifiées : le climat, la biodiversité, l’affectation des terres, l’acidification des océans, la consommation d’eau douce, la pollution chimique, l’ozone stratosphérique, le cycle de l’azote et du phosphore et la charge en aérosols de l’atmosphère.

Sur ces neuf seuils, quatre ont déjà été dépassés, avec le réchauffement climatique, le déclin de la biodiversité, la déforestation et les perturbations du cycle de l’azote et du phosphore. L’Europe a par exemple perdu la moitié de ses populations d’oiseaux en trente ans (lire ici). La biodiversité marine est en train de s’effondrer et les premières « dead zones » (zones mortes) apparaissent en mer. Ce sont des zones où il n’y a carrément plus de vie, plus assez d’interactions du fait de très fortes pollutions (voir ici). Sur terre, le rythme de la déforestation demeure insoutenable [2]. Or, quand nous franchissons une frontière, nous augmentons le risque de franchissement des autres seuils. Pour revenir à notre métaphore de la voiture, cela correspond à une sortie de route : nous avons transgressé les frontières. Non seulement nous continuons d’accélérer, mais en plus nous avons quitté l’asphalte pour une piste chaotique, dans le brouillard. Nous risquons le crash.

Quels sont les obstacles à la prise de conscience ?

Il y a d’abord le déni, individuel et collectif. Dans la population, il y a ceux qui ne savent pas : ceux qui ne peuvent pas savoir par absence d’accès à l’information et ceux qui ne veulent rien savoir. Il y a ceux qui savent, et ils sont nombreux, mais qui n’y croient pas. Comme la plupart des décideurs qui connaissent les données et les rapports du GIEC, mais n’y croient pas vraiment. Enfin, il y a ceux qui savent et qui croient. Parmi eux, on constate un éventail de réactions : ceux qui disent « à quoi bon », ceux qui pensent que « tout va péter »…

L’alerte sur les limites de la croissance a pourtant été lancée il y a plus de 40 ans, avec le rapport du physicien américain Dennis Meadows pour le Club de Rome (1972). Comment expliquer cet aveuglement durable des « décideurs » ?

Quand un fait se produit et contredit notre représentation du monde, nous préférons déformer ces faits pour les faire entrer dans nos mythes plutôt que de les changer. Notre société repose sur les mythes de la compétition, du progrès, de la croissance infinie. Cela a fondé notre culture occidentale et libérale. Dès qu’un fait ne correspond pas à ce futur, on préfère le déformer ou carrément le nier, comme le font les climatosceptiques ou les lobbies qui sèment le doute en contredisant les arguments scientifiques.

Ensuite, la structure de nos connexions neuronales ne nous permet pas d’envisager facilement des évènements de si grande ampleur. Trois millions d’années d’évolution nous ont forgé une puissance cognitive qui nous empêche d’appréhender une catastrophe qui se déroule sur le long terme. C’est l’image de l’araignée : la vue d’une mygale dans un bocal provoque davantage d’adrénaline que la lecture d’un rapport du GIEC ! Alors que la mygale enfermée est inoffensive et que le réchauffement climatique causera potentiellement des millions de morts. Notre cerveau n’est pas adapté à faire face à un problème gigantesque posé sur le temps long. D’autant que le problème est complexe : notre société va droit dans le mur, entend-on. Ce n’est pas un mur. Ce n’est qu’après avoir dépassé un seuil – en matière de réchauffement, de pollution, de chute de la biodiversité – que l’on s’aperçoit que nous l’avons franchi.

Ne pouvons-nous pas freiner et reprendre le contrôle de la voiture, de notre civilisation ?

Notre volant est bloqué. C’est le verrouillage socio-technique : quand une invention technique apparaît – le pétrole et ses dérivés par exemple –, elle envahit la société, la verrouille économiquement, culturellement et juridiquement, et empêche d’autres innovations plus performantes d’émerger. Notre société reste bloquée sur des choix technologiques de plus en plus inefficaces. Et nous appuyons à fond sur l’accélérateur car on ne peut se permettre d’abandonner la croissance, sauf à prendre le risque d’un effondrement économique et social. L’habitacle de notre voiture est aussi de plus en plus fragile, à cause de l’interconnexion toujours plus grande des chaînes d’approvisionnement, de la finance, des infrastructures de transport ou de communication, comme Internet. Un nouveau type de risque est apparu, le risque systémique global. Un effondrement global qui ne sera pas seulement un simple accident de la route. Quelle que soit la manière dont on aborde le problème, nous sommes coincés.

Les manières dont l’effondrement pourraient se produire et ce qui restera de la civilisation post-industrielle est abondamment représentée au cinéma – de Interstellar à Mad Max en passant par Elysium – ou dans des séries comme Walking Dead. Cet imaginaire est-il en décalage avec votre vision du « jour d’après » ?

Parler d’effondrement, c’est prendre le risque que notre interlocuteur s’imagine immédiatement Mel Gibson avec un fusil à canon scié dans le désert. Parce qu’il n’y a que ce type d’images qui nous vient. Nos intuitions ne mènent cependant pas à un monde version Mad Max, mais à des images ou des récits que nous ne retrouvons que trop rarement dans les romans ou le cinéma. Ecotopia, par exemple, est un excellent roman utopiste d’Ernest Callenbach. Publié aux États-Unis en 1975, il a beaucoup inspiré le mouvement écologiste anglo-saxon, mais n’est malheureusement pas traduit en français. Nous ne pensons pas non plus que ce sera un avenir à la Star Trek : nous n’avons plus suffisamment d’énergies pour voyager vers d’autres planètes et coloniser l’univers. Il est trop tard.

Il y a une lacune dans notre imaginaire du « jour d’après ». L’URSS s’est effondrée économiquement. La situation de la Russie d’aujourd’hui n’est pas terrible, mais ce n’est pas Mad Max. A Cuba, le recours à l’agroécologie a permis de limiter les dégâts. Mad Max a cette spécificité d’aborder un effondrement à travers le rôle de l’énergie, et de considérer qu’il restera encore assez de pétrole disponible pour se faire la guerre les uns contre les autres. Les scientifiques s’attendent bien à des évènements catastrophistes de ce type. Dans la littérature scientifique, l’apparition de famines, d’épidémies et de guerres est abordée, notamment à travers la question climatique. L’émigration en masse est déjà là. Il ne s’agit pas d’avoir une vision naïve de l’avenir, nous devons rester réalistes, mais il y a d’autres scénarios possibles. A nous de changer notre imaginaire.

Existe-t-il, comme pour les séismes, une échelle de Richter de l’effondrement ?

Nous nous sommes intéressés à ce que nous apprennent l’archéologie et l’histoire des civilisations anciennes. Des effondrements se sont produits par le passé, avec l’Empire maya, l’Empire romain ou la Russie soviétique. Ils sont de différentes natures et de degrés divers. L’échelle réalisée par un ingénieur russo-américain, Dmitry Orlov, définit cinq stades de l’effondrement : l’effondrement financier – on a eu un léger aperçu de ce que cela pourrait provoquer en 2008 –, l’effondrement économique, politique, social et culturel, auxquels on peut ajouter un sixième stade, l’effondrement écologique, qui empêchera une civilisation de redémarrer. L’URSS s’est, par exemple, arrêtée au stade 3 : un effondrement politique qui ne les a pas empêchés de remonter la pente. Les Mayas et les Romains sont allés plus loin, jusqu’à un effondrement social. Cela a évolué vers l’émergence de nouvelles civilisations, telle l’entrée de l’Europe dans le Moyen Âge.

Quels sont les signes qu’un pays ou une civilisation est menacé d’effondrement ?

Il y a une constante historique : les indicateurs clairs de l’effondrement se manifestent en premier lieu dans la finance. Une civilisation passe systématiquement par une phase de croissance, puis une longue phase de stagnation avant le déclin. Cette phase de stagnation se manifeste par des périodes de stagflation et de déflation. Mêmes les Romains ont dévalué leur monnaie : leurs pièces contenaient beaucoup moins d’argent métal au fil du temps. Selon Dmitry Orlov, nous ne pouvons plus, aujourd’hui, éviter un effondrement politique, de stade 3. Prenez le sud de l’Europe : l’effondrement financier qui a commencé est en train de muter en effondrement économique, et peu à peu en perte de légitimité politique. La Grèce est en train d’atteindre ce stade.

Autre exemple : la Syrie s’est effondrée au-delà de l’effondrement politique. Elle entame à notre avis un effondrement social de stade 4, avec des guerres et des morts en masse. Dans ce cas, on se rapproche de Mad Max. Quand on regarde aujourd’hui une image satellite nocturne de la Syrie, l’intensité lumineuse a diminué de 80% comparé à il y a quatre ans. Les causes de l’effondrement syrien sont bien évidemment multiples, à la fois géopolitiques, religieuses, économiques… En amont il y a aussi la crise climatique. Avant le conflit, des années successives de sécheresse ont provoqué des mauvaises récoltes et le déplacement d’un million de personnes, qui se sont ajoutées aux réfugiés irakiens, et ont renforcé l’instabilité.

Même simplifiée, cette classification des stades nous permet de comprendre que ce que nous sommes en train de vivre n’est pas un événement homogène et brutal. Ce n’est pas l’apocalypse. C’est une mosaïque d’effondrements, plus ou moins profonds selon les systèmes politiques, les régions, les saisons, les années. Ce qui est injuste, c’est que les pays qui ont le moins contribué au réchauffement climatique, les plus pauvres, sont déjà en voie d’effondrement, notamment à cause de la désertification. Paradoxalement, les pays des zones tempérées, qui ont le plus contribué à la pollution, s’en sortiront peut-être mieux.

Cela nous amène à la question des inégalités. « Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons », a déclaré, le 21 mai à Paris, le secrétaire général de l’OCDE. Quel rôle jouent les inégalités dans l’effondrement ?

Les inégalités sont un facteur d’effondrement. Nous abordons la question avec un modèle nommé « Handy », financé par la Nasa. Il décrit les différentes interactions entre une société et son environnement. Ce modèle montre que lorsque les sociétés sont inégalitaires, elles s’effondrent plus vite et de manière plus certaine que les sociétés égalitaires. La consommation ostentatoire tend à augmenter quand les inégalités économiques sont fortes, comme le démontrent les travaux du sociologue Thorstein Veblen. Cela entraîne la société dans une spirale consommatrice qui, au final, provoque l’effondrement par épuisement des ressources. Le modèle montre également que les classes riches peuvent détruire la classe des travailleurs – le potentiel humain –, en les exploitant de plus en plus. Cela fait étrangement écho aux politiques d’austérité mises en place actuellement, qui diminuent la capacité des plus pauvres à survivre. Avec l’accumulation de richesses, la caste des élites ne subit l’effondrement qu’après les plus pauvres, ce qui les rend aveugles et les maintient dans le déni. Deux épidémiologistes britanniques, Richard Wilkinson et Kate Pickett [3], montrent aussi que le niveau des inégalités a des conséquences très toxiques sur la santé des individus.

Le mouvement de la transition, très branché sur les alternatives écologiques, s’attaque-t-il suffisamment aux inégalités ?

Le mouvement de la transition touche davantage les classes aisées, les milieux éduqués et bien informés. Les classes précaires sont moins actives dans ce mouvement, c’est un fait. Dans le mouvement de la transition, tel qu’il se manifeste en France avec Alternatiba ou les objecteurs de croissance, la question sociale est présente, mais n’est pas abordée frontalement. Ce n’est pas un étendard. La posture du mouvement de la transition, c’est d’être inclusif : nous sommes tous dans le même bateau, nous sommes tous concernés. C’est vrai que cela peut gêner les militants politisés qui ont l’habitude des luttes sociales. Mais cela permet aussi à beaucoup de gens qui sont désabusés ou peu politisés de se mettre en mouvement, d’agir et de ne plus se sentir impuissant.

Le mouvement de la transition est venu du Royaume-Uni où, historiquement, le recours à l’État providence est moins fort. « N’attendons pas les gouvernements, passons à l’action », est leur leitmotiv. Il s’agit de retrouver des leviers d’action là où une puissance d’agir peut s’exercer, sans les politiques ni l’État : une rue, un quartier, un village. Le rôle des animateurs du mouvement est de mettre chacun, individu ou collectif, en relation.

Le mouvement de la transition semble être configuré par les espaces où un citoyen peut encore exercer sa puissance d’agir : la sphère privée, sa manière de se loger ou de consommer, son quartier… Le monde du travail, où cette puissance d’agir est actuellement très limitée, voire empêchée, mais qui demeure le quotidien de millions de salariés, en est-il de fait exclu ?

Pas forcément. C’est ce qu’on appelle la « REconomy » : bâtir une économie qui soit compatible avec la biosphère, prête à fournir des services et fabriquer des produits indispensables à nos besoins quotidiens. Cela ne se fait pas seulement sur son temps libre. Ce sont les coopératives ou l’entrepreneuriat tournés vers une activité sans pétrole, évoluant avec un climat déstabilisé. Ce sont aussi les monnaies locales. Tout cela représente aujourd’hui des millions de personnes dans le monde [4]. Ce n’est pas rien.

La transition, c’est l’histoire d’un grand débranchement. Ceux qui bossent dans et pour le système, qui est en voie d’effondrement, doivent savoir que cela va s’arrêter. On ne peut pas le dire autrement ! Il faut se débrancher, couper les fils progressivement, retrouver un peu d’autonomie et une puissance d’agir. Manger, s’habiller, se loger et se transporter sans le système industriel actuel, cela ne va pas se faire tout seul. La transition, c’est un retour au collectif pour retrouver un peu d’autonomie. Personnellement, nous ne savons pas comment survivre sans aller au supermarché ou utiliser une voiture. Nous ne l’apprendrons que dans un cadre collectif. Ceux qui demeureront trop dépendants vont connaître de grosses difficultés.

Ce n’est pas un peu brutal comme discours, surtout pour ceux qui n’ont pas forcément la capacité ou la marge de manœuvre d’anticiper l’effondrement ?

La tristesse, la colère, l’anxiété, l’impuissance, la honte, la culpabilité : nous avons successivement ressenti toutes ces émotions pendant nos recherches. Nous les voyons s’exprimer de manière plus ou moins forte au sein du public que nous côtoyons. C’est en accueillant ces émotions, et non en les refoulant, que nous pouvons faire le deuil du système industriel qui nous nourrit et aller de l’avant. Sans un constat lucide et catastrophiste d’un côté, et des pistes pour aller vers la transition de l’autre, on ne peut se mettre en mouvement. Si tu n’es que catastrophiste, tu ne fais rien. Si tu n’es que positif, tu ne peux pas te rendre compte du choc à venir, et donc entrer en transition.

Comment, dans ce contexte, faire en sorte que l’entraide et les dynamiques collectives prévalent ?

Le sentiment d’injustice face à l’effondrement peut être très toxique. En Grèce, qui est en train de s’effondrer financièrement, économiquement et politiquement, la population vit cela comme une énorme injustice et répond par la colère ou le ressentiment. C’est totalement légitime. La colère peut être dirigée, avec raison, contre les élites, comme l’a montré la victoire de Syriza. Mais elle risque aussi de prendre pour cible des boucs émissaires. On l’a vu avec le parti d’extrême droite Aube dorée qui s’en prend aux étrangers et aux immigrés. Traiter en amont la question des inégalités permettrait de désamorcer de futures catastrophes politiques. C’est pour cela que les syndicats et les acteurs des luttes sociales ont toute leur place dans le mouvement de la transition.

Recueilli par Ivan du Roy

- A lire : Comment tout peut s’effondrer ; petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Ed du Seuil (collection anthropocène), avril 2015, 304 p. 19€.

- Face aux risques d’effondrement, découvrez notre carte des alternatives en France ainsi que notre rubrique Inventer.

Comparatif entre les prévisions du Club de Rome de 1972 et la situation actuelle en matière d’épuisement des ressources, de production agricole et industrielle, d’accroissement de la population, d’augmentation de la déforestation et de la pollution globale…
Notes

[1] Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Raphaël Stevens est expert en résilience des systèmes socio-écologiques. Ils sont tous les deux les auteurs de Comment tout peut s’effondrer, Ed. du Seuil, avril 2015.

[2] Entre 1995 et 2010, la planète a perdu en moyenne 10 hectares de forêt par minute, selon la FAO.

[3] Voir leur livre, traduit en français : « Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous ».

[4] Voir notre carte des alternatives en France ainsi que notre rubrique Inventer.

Le 8 juin à 16:46par FabienCH

Dans votre graphique reprenant les limites de Meadows, il manque dans la légende le scénario pris en compte. En l’occurence, il s’agit du scénario « business as usual » de 1972. Parce que Meadows et al présentent de nombreux autres scénarios avec sorties progressives des énergies fossiles, augmentation de l’efficacité énergétique, diminution de population, etc.
Je crois qu’il faudrait mieux présenter les données de 2004 actualisées. Ça serait pas mal de présenter les scénarios alternatifs, et de montrer que dans la majorité des scénarios, il n’y aura pas de miracle….

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3 Le 9 juin à 17:23par RenaudC

Bonjour,

Vous énumérez neuf frontières vitales à la planète : le climat, la biodiversité, l’affectation des terres, l’acidification des océans, la consommation d’eau douce, la pollution chimique, l’ozone stratosphérique, le cycle de l’azote et du phosphore et la charge en aérosols de l’atmosphère.
Je suis surpris que vous ne mentionnez pas la pollution nucléaire, en effet la maintenance des centrales nucléaires (sans parlé du nucléaire militaire) dépend entièrement de la civilisation industrielle, même si nous arrêtions toutes les centrales nucléaires maintenant, il faudrait 40 ans pour les démanteler totalement, ce délai court donc pendant la période de réchauffement climatique que nous connaissons.
Quelle sera la disponibilité du personnel formé dans le nucléaire dans ce contexte de crise ?
Quels seront les moyens financiers et techniques pour réaliser ce démantèlement ?

La pollution nucléaire de type Tchernobyl ou Fukushima a peu d’effet immédiat visible, c’est sur des mois et des années que les effets sont visibles, un laissé aller de la surveillance des 436 centrales civiles existantes dans le monde conduirait à une augmentation des accidents nucléaires, est ce que ce type de conséquences ont été envisagés dans ce livre ? On peut aussi évoquer le cas des 760 réacteurs nucléaires militaires servant à la propulsion des bâtiments. (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_r%C3%A9acteurs_nucl%C3%A9aires)

Bonne chance…

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4 Le 9 juin à 19:07par Sunji33

Super interview, très bonne analyse interdisciplinaire de notre société actuelle et à venir. De quoi mieux se projeter et s’adapter en conséquence. Plus nous accroîtrons notre capacité de résilience (collective) face à ce risque écosystémique global, moins la chute sera lourde. Bravo pour l’article, à diffuser !

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5 Le 9 juin à 23:29par kolok

Article sans doute sans grand interet car je viens de chopper cette phrase qui m’a souverainement herissé le poil.
« Nous ne pensons pas non plus que ce sera un avenir à la Star Trek : nous n’avons plus suffisamment d’énergies pour voyager vers d’autres planètes et coloniser l’univers. Il est trop tard »
Autant proclamer a haute voix « je n’ai rien compris au monde qui m’entoure, mais il me fait peur »
Se penser journaliste pour ecrire des conneries de ce calibre, non seulement, cela me met en colere, mais ca me fait pitié

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6 Le 11 juin à 21:11par Charles97

Le livre a au moins le mérite d’exister et de présenter un réel travail de recherche. Face aux constats dressés par les deux auteurs (et qui rejoignent beaucoup d’études émanant de sources diverses), chacun développe sa propre réponse, plus ou moins « pure », plus ou mois adaptée, plus ou moins parfaite et… comme d’habitude, certains se croient plus intelligents que d’autres pour avoir écrit de nombreux ouvrages… Ce qui me semble le plus important c’est la contribution de ces auteurs à une prise de conscience susceptible de déclencher des actions plus positives et constructives que des remarques qui n’apportent pas grand chose au débat. Nous allons tous dans la même direction, mais chacun à notre manière, alors un peu d’ouverture d’esprit svp…

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7 Le 22 juin à 23:15par Michel Weissenbacher

Un correctif à :
« Ecotopia, par exemple, est un excellent roman utopiste d’Ernest Callenbach. Publié aux États-Unis en 1975, il a beaucoup inspiré le mouvement écologiste anglo-saxon, mais n’est malheureusement pas traduit en français ».
Ecotopie a été traduit en français aux éditions Stock en 1978.
J’en ai un exemplaire en mains, une édition de poche (opuscule)

 

***********************2.8.2015**************[coordination] Un livre et une interview : Penser l’effondrement

Comment tout peut s?’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’?usage des générations présentes https://www.futuribles.com/fr/base/bibliographie/notice/comment-tout-peut-seffondrer-petit-manuel-de-colla/

+ interview sur mediapart : http://www.dailymotion.com/video/x2x0zve_le-champ-des-possibles-penser-l-effondrement_school

Quelques commentaires personnels :
Dans l’interview que Pablo Servigne (l’un des auteurs du livre)  donne à Médiapart , il explicite ce qu’il entend par  effondrement (le monde industriel étant déjà mort puisqu’il n’y a plus assez d’énergie pour le maintenir ). Seul bémol à la possibilité de cet effondrement (relatif ) et à toute alternative raisonnable   seraient la question climatique et le nucléaire qui ne laisseraient plus de chance à une résilience et à toute vie sur terre : « les menaces sont proportionnelles à notre puissance et le nucléaire est un bon exemple. La zone autour de Tchernobyl est morte pour des centaines d’années ».
Seule notre ignorance, notre aveuglement et le déni, facilités par les lobbys de toutes sortes,  nous empêchent d’être lucides.

Comment se préparer à l’imprévisible ? telle est la question abordée par ces deux auteurs lucides (ni optimistes ni pessimistes, juste lucides) qui ont essayé d’avoir une vision systémique et transdisciplinaire des défis qui nous sont lancés « . Ce livre est un livre de deuil : on ne pourra pas éviter l’effondrement ».

Il faut juste choisir, entre autres, où nous souhaitons vivre….sans prendre l’avion, le train, la voiture par exemple et comment. Est abordé la zone de l’imaginaire et des émotions (au bout de 24 mn de l’interview : il faut affronter nos peurs, notre tristesse, notre colère, etc..) pour faire le deuil du monde dans lequel on vit et passer à l’action en toute sérénité…… »Le passage à l’action est purement local…même si, selon notre sensibilité, on peut penser global :  chacun trouve sa sensibilité en se mettant en phase avec son rapport au monde ».
« je ne suis pas optimiste, ce ne sera pas le monde des binounours mais il faut juste être lucide. (…) Ce n’est pas sûr qu’on réunisse mais il faut maintenir l’espoir…(l’avion, on oublie, dans quelques années, il n’y aura plus d’avion, vers la 30ème mn). « 
La première condition est de sortir du déni……et d’affronter nos peurs et les émotions que cette fin d’un monde suscite.

*****************************http://www.vivre-apres-fukushima.fr/reflexions-sur-lavenir-de-la-civilisation-industrielle-et-nucleaire/

Réflexions sur l’avenir de la civilisation industrielle et nucléaire
Publié le 21 août 2015
De multiples problèmes, politiques, économiques, environnementaux, technologiques, énergétiques…se posent à notre «civilisation» industrielle, nucléaire.
Sans que nos responsables semblent s’en apercevoir.

Je vous conseille vivement la lecture du livre:
«Comment tout peut s’effondrer »
Pablo Servigne et Raphaël Stevens
Editions du SEUIL – 19€

C’est une réflexion sur les différents modes d’évolutions possibles de nos sociétés. Un outil pour analyser le présent, penser l’avenir, s’organiser, réagir.

En voici quelques extraits concernant le nucléaire qui n’est qu’un des problèmes abordés

page 199
…se pose un autre problème majeur, toujours le même: le risque nucléaire. Comment faire en sorte que les générations futures arrivent à «gérer» cette filière énergétique? Rien qu’aujourd’hui, celle-ci se trouve face à une situation dramatique de renouvellement du savoir. En France, par exemple, «le président d’EDF a déclaré en 2011 que, jusqu’en 2017, la moitié des agents travaillant dans le nucléaire partiront à la retraite. Comment est-ce qu’on forme la moitié des techniciens d’une flotte de 58 réacteurs nucléaires en 6 ans ? […] Beaucoup d’ingénieurs nucléaires jeunes diplômés n’entrent pas dans la filière ou la quittent après peu de temps 341 ».

Plus cocasse, des chercheurs américains se sont rendus compte que la meilleure manière de transmettre des savoirs sur de très longues périodes était la tradition orale, c’est à dire la transmission des mythes par la parole (et non par des écrits ou, pire, par des données électroniques).
Ainsi, les experts nucléaires sont donc allés chercher conseil auprès des «spécialistes» de ces traditions: les rares indigènes américains encore vivants, ceux précisément dont le peuple a été chassé pour l’exploitation de l’Uranium (342)…

Sans le savoir technique déjà accumulé, comment feront les générations futures pour tenter de traiter la toxicité des déchets que notre génération a produits ?

Voilà une question cruciale qui ne se pose que dans le meilleur des cas, celui où les quelque 230 réacteurs actuellement en fonctionnement auront pu être arrêtés avec succès. En effet, non seulement les instabilités géopolitiques et le réchauffement climatique menacent gravement le fonctionnement normal des réacteurs (terrorisme, conflits armés, manque d’eau pour le refroidissement, innondations, etc (343), mais, en cas d’effondrement financier, économique puis politique des régions nucléarisées, qui pourra garantir le maintien en poste des centaines de techniciens et d’ingénieurs chargés de la simple extinction des réacteurs (344) ?

Bien entendu la vie ne s’arrête pas après un accident nucléaire, comme en témoigne le retour de la vie sauvage dans la région autour de la centrale de Tchernobyl et en particulier dans la ville fantôme de Pripiat. Mais de quelle vie s’agit-il ? De celle qui permettra à nos descendants de reconstruire une civilisation ?

Un petit extrait de la présentation du livre

Que savons-nous de l’état global de notre terre ? De l’état de notre civilisation ? un effondrement des cours de la bourse est-il comparable à un effondrement de la biodiversité ? la conjonction et la perennisation des «crises» peuvent-elles réellement entraîner notre civilisation dans un tourbillon irréversible ? Jusqu’où tout cela peut-il aller ? en combien de temps ? pourra-t-on maintenir le geste démocratique ? Est-il possible de vivre un effondrement «civilisé», plus ou moins pacifiquement ? l’issue sera-t-elle forcément malheureuse ?

Notes

– 341 – 342. «le déclin du nucléaire», interview de mycle Schneider, Silence n°410, 2013, p. 5-9.
– 343. R.Heinberg et J. Mander, Searching for a miracle : net Energy Limits and the fate of Industrial Society, Post-carbone Institute, 2009, p.37.
– 344. Pour plus de détails sur cette problématique, voir P. Servigne, « Le nucléaire pour l’après-pétrole ?», Barricade, 2014. Disponible sur www.barricade.be

Le 21 août 2015

22 Août: commentaire d’un lecteur du livre:
«Ça nous parle de notre avenir, qui est toujours en questionnement …»

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Novembre 2012

http://www.quieryavenir.fr/fichiers-perso-dotclear/public/MOC_Declaration_du_31_Octobre_2012.pdf

VENI VIDI et pas Vinci

NDDL comme un avion sans aile

Eucalyptolsuppository

Oh miracle de la dynamique des fluides… obus et suppositoire dévoilés pour mieux signifier la politique eucalyptol des gouvernements qui se suivent et se ressemblent.

l’Aéroport Jean-Jaures bat de l’aile

Faites-lui plaisir ; il souffre trop : achevez-le.

p28« Quand les libertés deviennent purement individuelles et juridiques, quand elles se réduisent à un jardin égoïstement clos, délimité de tous côtés par la loi et la police d’État, alors elles sont proches de leur fin »[...]

p62 « L’occident dont la fièvre a contaminé la terre, se caractérise par une tentative désespérée de maîtrise de l’espace temps. Mais comme l’homme ne peut vraiment sortir de sa planète et de sa peau, et qu’il n’a qu’une vie, il perd d’autant plus d’espace et de temps qu’il cherche à en gagner, les transformant en un bout de chagrin qui rétrécit de plus en plus vite »[...] « Les moyens de communication rapides tel le téléphone [ de nos jours internet, hum...], loin de nous donner du temps bourrent le nôtre , et en multipliant les relations humaines nous en privent. »[...]

p63 « la consommation dévorante de l’espace temps par l’espèce et les individus n’est qu’une sorte de suicide. » [...] « Nous n’échapperont pas à un espace-temps clos en y cherchant une issue. La seule qui puisse transcender notre condition c’est un acte, une œuvre ou une vie qui aient un sens. » [...] « Une vie _ou une œuvre_ nécessaire obéit à un rythme nonchalant qui est celui de l’univers et non celui de notre trop brève durée. L’individu moderne confond le sentiment de l’urgence qui est fécond avec la hâte qui est stérile ; c’est pourquoi identifiant agir à se presser, il détruit en voulant créer. Toute récolte vient à son heure. »

Bernard Charbonneau (Je fus – Essai sur la liberté)

Finie la romance de l’aéropostale, le bombardier Concorde reconverti en long courrier sachant étouffer ses faiblesses jusqu’à la catastrophe pour la Grandeur de la France.

Plus dur est l’atterrissage sur l’Ayraulport de Nantes. Pour faire avaler une telle ineptie ( comme le grand stade de Lyon ou les TGV Lyon-Turin et autres, les autoroutes etc.) il faudra user de la classique recette : Le renommer aéroport Jean Jaurès car comme un aéroport Charles DeGaulle, ou Saint-Exupéry cela ne peut pas tomber en faillite. Car ainsi classé monument ou patrimoine, « n’étant plus sur le même compte », ce seront les mêmes qui écoperont les Titanic du ciel.

Comme il a été déjà dit : Michelin ne fait pas des pneus, il fait du profit. Si l’industrie du pneumatique ne leur permet pas de profiter et que l’État toujours généreux avec l’industrie ne continu pas éternellement de les renflouer comme il a toujours fait pour ces industries (avions armes voiture train etc) et si Michelin constate que l’industrie pâtissière permet de dégager beaucoup plus de profit alors Michelin fera des gaufres.

Au diable le chantage à l’emploi en Chine.

L’homme est artefact, l’homme est factice tant qu’il se ment à lui-même. Tout autour de nous est factice, prétexte à consommation, civilisation du jetable même l’humain est jetable.

Le progrès est factice et qu’un prétexte au pillage. Les populations les plus pauvres sont empêchés de se nourrir. C’est bien une crapulerie doublée d’œillère qui opère avec des prétextes humanitaires. Le brevetage du vivant et l’escroquerie nucléaire sont les symboles de cet empire qui s’effondre ; tout repose sur le mensonge et la cupidité ; la volonté de puissance.

Brave français dormez tranquille, vous ne voulez toujours pas voir que les nazi ne venaient pas de la planète Mars . Par contre les US sont allés sur la lune grâce à l’équipe de Wernher von Braun (https://fr.wikipedia.org/wiki/Wernher_von_Braun) « l’équipe » avait changé d’employeur entre temps…et il y a de sa patte sur les appareils qui ont atterri sur mars récemment en grande pompe au dépend des mêmes populations terriennes et des générations qui suivent.

L’avion, bien et mal enchevêtrés, que l’on se souvienne des premiers avions de guerre du 1er Novembre 1911 en Libye déjà…la tentation était trop grande pour ces avions de reconnaissance las de se faire canarder, et ils ont fini par balancer des bombes ou installer une bonne mitrailleuse sur leur carlingue pour arroser la population d’en bas ; difficile à cerner entre civile et militaire.

Puis vient ensuite ceux de Guernica, (la légion Condor) puis ceux de l’exode de 40, (les mêmes mieux équipés) affublés de machiavéliques sirènes acoustiques pour mieux épouvanter les fourmis civiles d’en bas toujours en toute loyauté et courage tant décriés chez ces héros de l’aviation. Et ce n’est pas mieux pour les représailles d’en face sur des villes comme Dresdes un peu plus tard.

Ces légendes des pionniers de l’aéropostal aux héros de guerre ont permis d’occulter à profusion la réalité de cette arme de destruction massive qui n’a avec le temps que progressé dans la sophistication de la barbarie ; pensez-donc, un brave militaire en charentaise envois par son jeu vidéo un drone sur une chambre d’enfant en Libye directement de son bureau et rentre le soir embrasser tendrement ses enfants, avant de s’affaler devant son téléviseur-abrutissoir, goguenard.

L’honneur et la loyauté du combattant pour sa patrie etc.

Désolé pour le fiel mais on est loin, très loin des « chevaliers du ciel ».

Pensez donc, ces nostalgiques du « petit prince » balançant à qui mieux mieux du haut de leur « pied d’escale » du napalm, agent orange, pesticides et autres médecine bactériologique puis du phosphore ou de l’uranium appauvri de l’Irak à la Libye. Ha c’est beau vu d’en haut, la vie…le courage de se sacrifier pour le pays. Mais « moi mon colon celle que j’préfère » c’est celle d’Hiroshima et de Nagasaki. Ça c’était du spectacle. Et en prime cela a permis de démarrer le premier étouffement mondial des contaminations internes de la radioactivité, bien avant Tchernobyl et Fukushima.

p10 « Leur opposer une protestation morale, faire appel à leur sentiments, n’aurait guère de sens. Riches, instruits, intelligents (le plus souvent…), c’est en effet en connaissance de cause qu’ils défendent une philosophie sociale conçue à leur avantage. » Préface de Serge Halimi dans « L’art d’ignorer les pauvres » de John Kenneth Galbraith

Artefact le prix du billet d’avion, pipé car c’est bien le contribuable qui a payé la recherche et développement, et tous les équipements hors de prix nécessaire au fantasme d’Icare, l’ultime orgueil de l’homme. Le prix du billet ne tient vraiment peu par rapport à la sécurité aérienne et sa maintenance exorbitante.

Vient se rajouter à cela les compagnies lowcost qui font du chantage aux aéroports comme le font les grandes surfaces auprès des producteurs de légumes.

Les gens qui prennent l’avion ne veulent pas voir toute l’infrastructure, le nombre considérable de personnels nécessaire pour voler en relative sécurité.

Relative sécurité, car lorsque l’oiseau de feu se crashe, on trouve encore le moyen d’étouffer la colère des familles des victimes lors des catastrophes toujours avec l’argent des contribuables, même les assurances ne sont souvent que des intermédiaires.

Artefact comme le nucléaire, l’artifice de l’aviation civile ne tient debout que grâce à l’aviation militaire, mieux nommée industrie de l’armement, dont la « rentabilité » ne rentre vraiment pas en ligne de compte. Largement subventionnés par le contribuable ; EADS, Dassault, Airbus, Thalès, Lagardère, etc ne reposent sur rien : du vent.

Leur carburant issu du pillage et se faisant rare a été maintenu encore moins cher que pour les autres gas-pilleurs par le fait entre autre qu’il est dépourvu de taxe.

Les choses ont changé ; là où un Marcel Bloch était justifié, aujourd’hui un Serge Dassault est à mettre au panier.

Cette Malhonnêteté est incommensurable.


On pourrait s’étendre des heures durant sur cet enfumage énergétique et tarifaire ; il est temps de revenir à l’essentiel.

L’accès à la terre nourricière.

L’homme reviendra à la terre, puisqu’il en fait partie intégrante quand il arrêtera de se mentir.

C’est écrit.

Alors la ZAD, le Sabot s’étendront à tout un pays et renaîtront .

https://zad.nadir.org/

On ne doit pas permettre cette dernière imposture d’aéroport de Notre de Dame des Landes, car ces personnes qui ne sont plus à une imposture près sont vraiment capables de le nommer aéroport Jean Jaurès.

Et ce dernier leur répondrait pourtant :

« Si vous êtes socialistes moi je suis la reine d’Angleterre »

Et il vous invectiverait : « Tous les jours vous trahissez, vous vous allongez devant Vinci, Bouygues, Monsanto, Bayer Novartis, Goldman Sach, Worms et tous les « neveux d’IG Farben » etc. Tous les jours que le soleil nous donne, vous trahissez.

Cela n’est vraiment pas de la politique ; cela est de la prostitution. »

4000 caractères de ce texte ont été envoyé le 30 octobre 2012 sur http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/ecrire

La corde de Fritz Wiessner

A l’ouest, que du nouveau.

Je suis déjà allé la-bas, j’y retournerai samedi 17 Novembre 2012, il y a au moins deux cars de Rhone-alpes en « transhumance ».

Pour les jeunes qui vont tenter de construire et de tenir dans la zone à défendre.

Parmi les choses à emmener il y a des graines de liberté, car les hommes reviendront à la terre. Pas de pays sans paysans. Mes mains me rappellent tous les jours d’où je viens.


Le vieux guide de haute montagne Guy Demenge m’a donné une vieille corde qui appartenait à son ami alpiniste Fritz Wiessner il y a bien longtemps.
https://en.wikipedia.org/wiki/Fritz_Wiessner
Mais c’est symbolique, la corde est sans doute trop vieille pour faire de « l’accrobranche ». Wiesner avait beaucoup œuvré pour préserver les forêts amazoniennes et contre un projet commercial à Machupichu, etc.
Guy Demenge est un des instigateurs du Parc national du Mercantour comme son grand oncle Samivel était un des instigateurs du Parc national de la Vanoise.

Il est vrai que ces parcs ne sont que réserve d’indiens pour touriste maintenant. Ils ont fait ce qu’ils ont pu à l’époque où la folie productiviste était à son paroxysme.

De nos jours, les projets de réinstallation de jeunes au cœur des territoires comme la ZAD sont d’une importance remarquable, souhaitable et capitale contre le Zigue du même nom, surtout contre des projets mégalo scientistes.

J’y suis déjà allé j’y retournerai avec ces phrases en têtes :

celles du paysan philosophe Bernard Ronot; mi homme de terre mi homme de lettre, dans le documentaire « les blés d’or », avec simplicité et clairvoyance:

  • « il faut accepter que les gens ne pensent pas comme soi, mais l’agriculture est l’art de savoir cultiver la terre pour nourrir les hommes et non pas de « l’exploitation agricole ».

  • l’homme devient ce qu’il mange, et ce qu’il mange c’est la terre qui le produit, et la résolution de notre monde devra passer par l’équilibre du sol, de notre terre, et tant que l’humanité ne l’aura pas compris, on ira chercher bien loin ce qui est tout près ; la terre est basse et il faut plier le genoux, l’homme doit acquérir une certaine humilité pour comprendre cela.

  • On croit maîtriser la connaissance, alors que l’homme doit accepter à chaque instant de se remettre en cause : et savoir si ce que l’on fait le jour même, est ce que cela va faire évoluer ou involuer les générations futures? , les dominer ou les faire grandir ?, c’est là qu’est la clef. Car la terre est la meilleure nourricière des hommes, des plantes, des animaux, c’est très simple. « 

 

 

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Septembre 2011

http://www.bastamag.net/Aux-Etats-Unis-bras-de-fer-autour

 

Aux États-Unis, bras de fer autour du pipeline de la discorde

par Maxime Combes 23 septembre 2011

Début septembre, plus d’un millier de personnes ont été arrêtées au cours d’actions de désobéissance civile devant la Maison-Blanche. En jeu : demander à Barack Obama de rejeter le projet de pipeline géant Keystone XL, qui doit acheminer le pétrole bitumineux du Canada vers les États-Unis. C’est probablement le plus large mouvement de désobéissance civile jamais vu pour une cause écologique dans ce pays. Explications.

C’est l’une des plus importantes campagnes de désobéissance civile jamais planifiées aux États-Unis pour une cause écologique. Du 20 août au 3 septembre, des milliers de personnes ont participé à des sit-in quotidiens devant la Maison-Blanche. Interdits, ces rassemblements ont abouti à l’arrestation de 1 252 personnes, dont des personnalités comme l’actrice Daryl Hannah ! Des dizaines d’autres actions ont animé les rues un peu partout aux États-Unis et au Canada, à l’initiative de Tar Sands Action, un réseau d’organisations luttant contre les sables bitumineux.

Cette protestation visait Washington et la Maison-Blanche. Objectif : que Barack Obama rejette la construction d’un pipeline, Keystone XL, acheminant le pétrole produit à partir de sables bitumineux de l’Alberta vers des raffineries du Texas. Long de 2 735 kilomètres, ce pipeline doit traverser du nord au sud les États du Montana, du Dakota-du-Sud, du Nebraska, du Kansas et de l’Oklahoma. Coûtant 7 milliards de dollars et porté par la major de l’énergie nord-américaine TransCanada, il pourrait acheminer 700 000 à 800 000 barils de pétrole non raffiné par jour.

« Une insulte faite aux communautés indigènes »

Les opposants pointent les risques de fuite sur le parcours. Par exemple, la nappe aquifère de l’Ogallala, la principale source en eau potable des Grandes Plaines, ou les grandes dunes de sable du Nebraska pourraient être directement contaminées. Un autre pipeline, plus petit, Keystone 1, détenu par la même compagnie, a enregistré douze fuites pour sa première année d’opération, selon les Amis de la Terre. La dernière en date est intervenue le 6 mai 2011 dans le Dakota-du-Nord, avec 80 000 litres d’hydrocarbures répandus dans la nature. En 2010, c’est un autre pipeline canadien qui a déversé 3,2 millions de litres dans une rivière du Michigan…

Les critiques du pipeline ne s’arrêtent pas là. « Nous ne voulons pas de ce pétrole sale », scandaient les manifestants venus des quatre coins des États-Unis et du Canada. « Le pétrole issu des sables bitumineux est un véritable scandale, une insulte faite aux communautés indigènes qui en supportent les conséquences », selon Naomi Klein, journaliste canadienne, auteure de No Logo et de la Stratégie du choc. « Ce n’est pas un pétrole éthique, comme ils disent, poursuit-elle, c’est une honte, une honte pour le Canada. »

Déforestations, cancers et marées noires

Pour accéder aux sables bitumineux dont est issu le pétrole destiné au pipeline Keystone XL, les entreprises pétrolières rasent la forêt boréale de l’Alberta et enlèvent le terreau de surface. Puis elles creusent sur 50 mètres de profondeur et extraient les sables à partir de mines à ciel ouvert à l’aide de camions de 365 tonnes et de grues aux pelletées de 100 tonnes. Les sables sont ensuite mélangés à de l’eau chaude et de la vapeur pour en séparer le bitume [1]. Bien trop visqueux, celui-ci n’est pas commercialisable en l’état. Il est alors converti en syncrude – un pétrole brut de synthèse – au prix de trois étapes de cokéfaction, hydrocraquage et hydrotraitement, nécessitant une grande quantité d’énergie et d’eau.

Chaque étape de la production implique des conséquences environnementales et sanitaires. La coupe de la forêt boréale réduit considérablement la faune et la flore présentes dans l’écosystème et dont vivaient les populations autochtones. Quatre à cinq barils d’eau étant nécessaires pour produire un baril de pétrole, les prélèvements en eau douce sont démesurés. Plus de 130 km2 de bassins de décantation ont dû être construits, générant par manque d’étanchéité des risques de contamination des nappes phréatiques. Causant l’équivalent d’une marée noire par an, le rejet massif de boues chargées de bitume et de polluants, comme le mercure, souillent les rivières, les sols et les ressources issues de la pêche et de la chasse. Ainsi, Fort Chipewyan, situé 230 kilomètres en aval sur la rivière Athabasca, connaît des taux de cancer 30 % supérieurs à ceux de la province.

Des émissions de CO2 démesurées

À ce jour, l’énergie nécessaire à la transformation du bitume en pétrole liquide est issue de la combustion de gaz [2]. Il faut un demi-baril de gaz pour la production d’un baril de pétrole… Il en résulte une émission de gaz à effets de serre plus importante que pour la production de pétrole conventionnel. Les estimations varient, selon qu’elles prennent en compte la phase de production et de l’acheminement. L’Agence de protection de l’environnement des États-Unis a récemment calculé des émissions 82 % plus importantes (source que pour le pétrole conventionnel. Certaines évaluations vont jusqu’à trois fois plus.

Au point que les émissions globales de C02 du Canada ont complètement dérapé : alors que le protocole de Kyoto l’enjoignait de réduire ses émissions de 5,6 % par rapport à 1990, celles-ci ont déjà augmenté de 26 % en 2007, pour moitié en raison des émissions de l’industrie pétrolière des sables bitumineux. Et le Canada prévoit de doubler sa production d’ici à 2020, les émissions pourraient tripler d’ici à 2020 par rapport à 2005 ! Près de 3 000 km² de forêts boréales disparaîtront au passage, relâchant quantité de carbone dans l’atmosphère [3]. Loin de s’alarmer, l’Alberta a débloqué deux milliards de dollars d’argent public pour développer conjointement avec les industriels la capture et le stockage de CO2, technique non maîtrisée et qui ne fait que déplacer le problème.

Un bouleversement pétrolier mondial

Le Canada est potentiellement assis sur plus de 170 milliards de barils récupérables qui s’étendent sur une superficie équivalent au quart de la France. Soit la deuxième réserve mondiale après l’Arabie Saoudite. Septième producteur mondial avec 1,5 million de barils de pétrole issus des sables bitumineux par jour, le Canada devrait en produire 3 millions en 2020. Il est donc perçu par les États-Unis comme un fournisseur de pétrole stratégique, stable et amical, lui permettant de sécuriser ses approvisionnements et d’assurer son « indépendance énergétique ». En 2010, le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta est devenu la première source d’approvisionnement des États-Unis. Et pourrait représenter plus d’un tiers de la consommation américaine en 2030.

La construction du pipeline Keystone XL permet un approvisionnement direct de quelques-unes des principales raffineries du pays. Mais pas seulement. En raison de la crise économique et de la production de pétrole de schiste au Texas et au Dakota-du-Nord, les besoins d’importer du pétrole sont moindres. Avec un marché américain quelque peu engorgé, le prix du baril ne cesse de baisser. En revanche, les besoins de produits raffinés (comme le gasoil) en Amérique latine et en Europe expliqueraient aussi ce projet de pipeline. TransCanada a d’ailleurs signé des contrats d’approvisionnement avec plusieurs compagnies pétrolières, dont Valero, Motiva ou Total, qui possèdent des raffineries à Port Arthur (Texas) et qui prévoient d’alimenter le marché mondial, notamment en gasoil.

Pour devenir une véritable « puissance pétrolière », le Canada cherche à tout prix à exporter du pétrole dans d’autres régions du monde. En témoignent les importantes pressions exercées conjointement par le gouvernement et les entreprises pétrolières, et dénoncées par les Amis de la Terre, pour empêcher l’Union européenne de prendre des mesures pouvant restreindre l’importation de pétrole issu des sables bitumineux. Pour Naomi Klein, le gouvernement canadien « travaille comme une entreprise publicitaire, voyageant autour du monde pour vendre leur poison en demandant à ce que les pays réduisent leurs exigences et réglementations environnementales ».

Pressions sur Obama

Que le pipeline Keystone XL soit finalement destiné à exporter des produits raffinés hors des États-Unis est un argument important pour ceux qui s’y opposent. Fin août, le projet a obtenu le feu vert de la part du département d’État, qui le considère « d’intérêt national ». Impliquant le franchissement d’une frontière, il nécessite une autorisation présidentielle. Le président Obama dispose de 90 jours pour confirmer ou non cet « intérêt national », qui semble amoindri par les velléités exportatrices.

S’en remettre à Obama peut étonner. Ce serait oublier qu’il s’était engagé lors de sa campagne en 2008 à sortir les États-Unis du chemin des énergies sales. « Un engagement qui lui a aussi permis d’obtenir le prix Nobel », rappelle Naomi Klein. D’ailleurs, neuf prix Nobel, parmi lesquels le dalaï-lama (1989), Alfredo Pérez Esquivel (1980), Rigoberta Menchu (1992) et Shirin Ebadi (2003), ont exhorté Barack Obama à rejeter ce projet et à tenir « sa promesse de créer une économie faite d’énergie propre ».

Alors que nos sociétés sont confrontées à des choix énergétiques décisifs pour l’avenir, ces vastes actions de désobéissance civile sont aussi une manière pour les écologistes américains d’intervenir dans la précampagne présidentielle. Enfin, pour les opposants canadiens comme Naomi Klein, convaincus qu’il n’y a rien à attendre de leur gouvernement conservateur nouvellement et triomphalement réélu, il s’agit d’une « stratégie pour étrangler les sables bitumineux de l’extérieur ». Une stratégie à développer en Europe pour stopper la production de ce pétrole sale ?

Maxime Combes, Écho des Alternatives

Notes

[1] Il existe également des technologies dites « in situ » pour exploiter les dépôts enfouis plus profondément (>75 mètres). De la vapeur d’eau chaude ( 300 °C) est injectée dans le puits pour diluer le bitume, le séparer du sable et permettre sa récupération. Seulement 12 % du bitume est récupéré ainsi en Alberta.

[2] Des projets de construction de centrale nucléaire pour alimenter le processus de production en énergie sont régulièrement évoqués.

[3] D’importants feux de forêts sont également signalés dans la région depuis quelques années.

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