Face au capitalisme, se fédérer pour le « salut commun »

Posté par elianguesard le 29 mai 2020

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article163552

Face au capitalisme, se fédérer pour le « salut commun » rien
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Reçu de la coordination : Voici les premières publications de l’appel « Se fédérer » qui paraît simultanément ce jour dans une dizaine de médias :

Politis : https://www.politis.fr/articles/202…

Contretemps : http://www.contretemps.eu/se-federer/

L’Humanité : https://la-bas.org/la-bas-magazine/…

Là-bas si j’y suis : https://la-bas.org/la-bas-magazine/…

La Mule du Pape : https://www.lamuledupape.com/2020/0…

Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/les-invi…

QG :https://qg.media/2020/05/29/se-fede…

Regards : http://www.regards.fr/idees-culture…

Reporterre : https://reporterre.net/Face-au-capi…

Le site est ici : http://sefederer.mystrikingly.com

Pour comprendre le sens de la démarche on peut consulter la rubrique Et après ? Et il est toujours possible de signer, individuellement ou collectivement.

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Alors qu’ont lieu les premières escarmouches de la guerre sociale, des personnes et des collectifs lancent un appel à « se fédérer ». Se fédérer pour combattre le système capitaliste dans lequel « nos vies vaudront toujours moins que leurs profits » ; se fédérer pour mettre en commun « des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines » ; se fédérer pour organiser « une force collective » prête à « la nécessité de l’affrontement ».

La liste des premiers et premières signataires de cet appel se trouve en bas de la page.

Nous sommes nombreuses, nous sommes nombreux : nous sommes tant et tant à penser et éprouver que ce système a fait son temps. Mais nos voix sont dispersées, nos appels cloisonnés, nos pratiques émiettées. Au point que quelquefois nous doutons de nos forces, nous succombons à la détresse de l’impuissance. Certes, parfois cette diffraction a du bon, loin des centralisations et, évidemment, loin des alignements. Il n’empêche : nous avons besoin de nous fédérer. Sans doute plus que jamais au moment où une crise économique, sociale et politique commence à verser sa violence sans faux-semblant : gigantesque et brutale. Si « nous sommes en guerre », c’est bien en guerre sociale. D’ores et déjà les attaques s’abattent, implacables : le chantage à l’emploi, la mise en cause des libertés et des droits, les mensonges et la violence d’État, les intimidations, la répression policière, en particulier dans les quartiers populaires, la surveillance généralisée, la condescendance de classe, les discriminations racistes, les pires indignités faites aux pauvres, aux plus fragiles, aux exilé-es. Pour une partie croissante de la population, les conditions de logement, de santé, d’alimentation, parfois tout simplement de subsistance, sont catastrophiques. Il est plus que temps de retourner le stigmate contre tous les mauvais classements. Ce qui est « extrême », ce sont bien les inégalités vertigineuses, que la crise creuse encore davantage. Ce qui est « extrême », c’est cette violence. Dans ce système, nos vies vaudront toujours moins que leurs profits.

Nous n’avons plus peur des mots pour désigner la réalité de ce qui opprime nos sociétés. Pendant des décennies, « capitalisme » était devenu un mot tabou, renvoyé à une injonction sans alternative, aussi évident que l’air respiré — un air lui-même de plus en plus infecté. Nous mesurons désormais que le Capitalocène est bien une ère, destructrice et mortifère, une ère d’atteintes mortelles faites à la Terre et au vivant. L’enjeu ne se loge pas seulement dans un néolibéralisme qu’il faudrait combattre tout en revenant à un capitalisme plus « acceptable », « vert », « social » ou « réformé ». Féroce, le capitalisme ne peut pas être maîtrisé, amendé ou bonifié. Tels un vampire ou un trou noir, il peut tout aspirer. Il n’a pas de morale ; il ne connaît que l’égoïsme et l’autorité ; il n’a pas d’autre principe que celui du profit. Cette logique dévoratrice est cynique et meurtrière, comme l’est tout productivisme effréné. Se fédérer, c’est répondre à cette logique par le collectif, en faire la démonstration par le nombre et assumer une opposition au capitalisme, sans imaginer un seul instant qu’on pourrait passer avec lui des compromis. Nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, celles et ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris

Mais nous ne sommes pas seulement, et pas d’abord, des « anti ». Si nous n’avons pas de projet clé en main, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à théoriser, penser mais aussi pratiquer des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines. Nous avons besoin de les mettre en commun. C’est là d’ailleurs ce qui unit ces expériences et ces espérances : les biens communs fondés non sur la possession, mais sur l’usage, la justice sociale et l’égale dignité. Les communs sont des ressources et des biens, des actions collectives et des formes de vie. Ils permettent d’aspirer à une vie bonne, en changeant les critères de référence : non plus le marché, mais le partage ; non plus la concurrence, mais la solidarité ; non plus la compétition, mais le commun. Ces propositions sont solides. Elles offrent de concevoir un monde différent, débarrassé de la course au profit, du temps rentable et des rapports marchands. Il est plus que jamais nécessaire et précieux de les partager, les discuter et les diffuser.

Nous savons encore que cela ne suffira pas : nous avons conscience que la puissance du capital ne laissera jamais s’organiser paisiblement une force collective qui lui est contraire. Nous connaissons la nécessité de l’affrontement. Il est d’autant plus impérieux de nous organiser, de tisser des liens et des solidarités tout aussi bien locales qu’internationales, et de faire de l’auto-organisation comme de l’autonomie de nos actions un principe actif, une patiente et tenace collecte de forces. Cela suppose de populariser toutes les formes de démocratie vraie : brigades de solidarité telles qu’elles se sont multipliées dans les quartiers populaires, assemblées, coopératives intégrales, comités d’action et de décision sur nos lieux de travail et de vie, zones à défendre, communes libres et communaux, communautés critiques, socialisation des moyens de production, des services et des biens… Aujourd’hui les personnels soignants appellent à un mouvement populaire. La perspective est aussi puissante qu’élémentaire : celles et ceux qui travaillent quotidiennement à soigner sont les mieux à même d’établir, avec les collectifs d’usagers et les malades, les besoins quant à la santé publique, sans les managers et experts autoproclamés. L’idée est généralisable. Nous avons légitimité et capacité à décider de nos vies — à décider de ce dont nous avons besoin : l’auto-organisation comme manière de prendre nos affaires en mains. Et la fédération comme contre-pouvoir.

Nous n’avons pas le fétichisme du passé. Mais nous nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, celles et ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris. Leurs mouvements, leurs cultures, leurs convictions étaient divers, républicains, marxistes, libertaires et parfois tout cela à la fois. Mais leur courage était le même — et leur « salut commun ». Comme elles et comme eux, nous avons des divergences. Mais comme elles et comme eux, face à l’urgence et à sa gravité, nous pouvons les dépasser, ne pas reconduire d’éternels clivages et faire commune. Une coopérative d’élaborations, d’initiatives et d’actions donnerait plus de puissance à nos pratiques mises en partage. Coordination informelle ou force structurée ? Ce sera à nous d’en décider. Face au discours dominant, aussi insidieux que tentaculaire, nous avons besoin de nous allier, sinon pour le faire taire, du moins pour le contrer. Besoin de nous fédérer pour mettre en pratique une alternative concrète et qui donne à espérer.

Dès que nous aurons rassemblé de premières forces, nous organiserons une rencontre dont nous déciderons évidemment ensemble les modalités.

Pour rejoindre cet appel : appelsefederer aqL riseup.net

Qui sommes-nous ?

Nous sommes infirmière, cheminot, charpentier, monteuse, postier, ingénieur, professeur, ébéniste, travailleur précaire, assistant sociale, animatrice, éducateur, écrivain public, poète, enseignant, universitaire, cinéaste, retraité, interprète, photographe, journaliste, intermittent du spectacle, technicien dans l’aéronautique, astrophysicien, travailleur sous contrat de l’État, directeur de théâtre, metteuse en scène, anthropologue, ouvrier dans la conception mécanique, éditeur, organisateur de communautés, plasticienne, psychiatre, documentaliste, formatrice, conseillère syndicale, comédienne, responsable d’association, designer, pasteur et théologien, cadre associatif, enseignant-chercheur, environnementaliste, professeure des écoles, statisticien, pilote de ligne, graphiste, informaticienne, médecin, formateur, conseillère syndicale, producteur de films, artiste précaire, linguiste, travailleur social, essayiste, ingénieur de recherche, contractuel, philosophe, téléconseiller, socioéconomiste, architecte, chef de projet multimédias, étudiante, compositeur, psychologue, pédagogue, gestionnaire de contrats, réalisatrice radio…

Nous habitons Ambert (63), Amiens (80), Angers (49), Apt (84), Argenteuil (95), Arradon (56), Aubervilliers (93), Auterive (31), Auxerre (89), Avignon (84), Bagnères-de-Bigorre (65), Batukau (Bali), Bègles (33), Berlin (Allemagne), Besançon (25), Blois (41), Bruxelles (Belgique), Cayenne (97), Cergy-Pontoise (95), Chambéry (73), Chartres-de-Bretagne (35), Châtres-sur-Cher (41), Clichy (92), Cossé le Vivien (53), Cotonou (Bénin), Courtry (77), Créteil (94), Diois (26), Dourgne (81), Fontaine (38), Fontenay-aux-Roses (92), Forcé (53), Gaillac-Toulza (31), Gap (05), Gennevilliers (92), Grabels (34), Ivry-sur-Seine (94), La Barque (13), La Bâtie-Neuve (05), L’Aigle (61), La Roche sur Yon (85), Le Havre (76), Le Plessis Robinson (92), L’Île Saint-Denis (93), Lyon (69), Marseille (13), Martigues (13), Metz (57), Montpellier (34), Montréal (Canada), Montreuil (93), Mordelles (35), Nancy (54), Nantes (44), Orléans (45), Paris (75), Piémont Cévenol (30/34), Poitiers (86), Pontoise (95), Rennes (35), Roanne (42), Rouen (76), Rouillé (86), Saint Affrique (12), St Barthélémy d’Anjou (49), Saint-Cosme-en-Vairais (72), Saint-Denis (93), Saint-Denis-de-la-Réunion (97), Saint-Étienne du Rouvray (76), Saint-Pierre-du-Perray (91), Sanary-sur-Mer (83), Senlis (60), Strasbourg (67), Thionville (57), Toulouse (31), Tours (37), Trappes (78), Valence (26), Vanves (92), Villejuif (94), Villeneuve-Saint-Georges (94), Viry-Chatillon (91), Vitry-sur-Seine (94), Yutz (57)…

Nous nous engageons dans des associations, collectifs, organisations et syndicats divers : parmi bien d’autres, Agir pour l’Environnement, Amnesty International, ATTAC, L’aventure citoyenne, Bas les masques, Big Bang, Bloquons Blanquer, Cerises la coopérative, CGT, Collectif contre les Grands Projets Inutiles, Collectif Gilets jaunes enseignement recherche, Collect’IF Paille, Collectif Lettres Vives, Collectif universitaire contre les violences policières, Collectifs AESH, Commune Thomas Münzer du Mouvement du Christianisme social, Comité National de Résistance et de Reconquête, Comité Place des Fêtes, DécidonsParis, Éducation populaire & transformation sociale, Ensemble !, Europe solidaire sans frontière, Extinction Rébellion, Faire commune, Fondation Copernic, France Amérique Latine, France Insoumise, ICEM-Pédagogie Freinet, Ifaw, Gilets jaunes enseignement recherche, Le Monde d’Après, Le Paria, Ligue des Droits de l’Homme, Marche Mondiale des Femmes Mouvement de la Paix MRAP, Nature&Progrès, Ni guerres ni état de guerre, Nouveau Parti Anticapitaliste NPA, PEPS, Pontoise à Gauche Vraiment, Questions de classe(s), REC-Reporters en colère, Réseau féministe RUPTURES, SNESUP-FSU, SNJ-CGT, SNUipp-FSU, Solidaires étudiant-e-s, Sous-marins jaunes, SOS Villages d’Enfants, Stop nucléaire, Les stylos rouges, SUD Aérien, SUD Éducation, SUD Industrie, SUD PTT, SUD Rail, S’unir à Saint-Pierre Décidons tous de notre ville, Union communiste libertaire, Union syndicale Solidaires, Unité Communiste Lyon, Union juive française pour la paix, Union pacifiste, … (et tout cela n’est pas exhaustif !)

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le 21 Mai 1871

Posté par elianguesard le 21 mai 2020

https://rebellyon.info/Le-21-mai-1871-debutait-la-Semaine-18833

Le 21 mai 1871 débutait la Semaine sanglante

Publié le 21 mai 2020

Retour de l’ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l’un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Pas moins de 30.000 communard.es seront tué.es dans les combats et 46.835 seront fait prisonnier.es. En une semaine Adolphe Thiers et ces sabre-peuple décapitent Paris la Rouge. Mais si la Commune tombe, sa mémoire perdure.


Index :
- Déroulement de la Semaine Sanglante
- Répressions et conséquences de la Commune
- Une mémoire musicale de la Commune
- Se souvenir, c’est déjà lutter !


Retour de l’ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l’un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Environ 30.000 communard.es seront tué.es dans les combats et 46.835 seront fait prisonnier.es. Ils et elles seront ensuite 95 à être condamné.es à mort, 4586 seront déporté.es, pour beaucoup en Nouvelle Calédonie, 1 247 seront condamné.es à la réclusion perpétuelle et 3 359 à des peines de prison variables. Si elle avait débuté dans la liesse populaire et l’union entre le peuple de Paris et les bataillons de l’armée [1], la Commune finit dans le sang. L’espoir suscité par l’expérience révolutionnaire régnant sur Paris depuis déjà deux mois était une défiance impardonnable pour le vieux monde. La réponse d’Adolphe Thiers fut sans pareil dans l’Histoire de Paris. En une semaine, du dimanche 21 mai au dimanche 28 mai, l’armée versaillaise reprend Paris dans ce qui reste l’évènement le plus meurtrier de l’Histoire de la ville.

Déroulement de la Semaine Sanglante

Dimanche 21 mai

Le dimanche 21 mai, entre 14 et 15 heures, Jules Ducatel, piqueur des Ponts et Chausées et indicateur de l’armée versaillaise, découvre que la porte de Saint-Cloud et ses environs ne sont plus gardés. Il alerte les lignes versaillaises positionnées dans des tranchées creusées en contrebas, du côté du parc des Princes. Informé par le capitaine de frégate Auguste Trève, le général Douay en réfère à Adolphe Thiers, qui ordonne à l’armée régulière de pénétrer dans Paris. Libéré sur ordre de Douay après avoir été brièvement arrêté par les soldats qui craignaient une ruse des fédérés, Ducatel guide ensuite la division Vergé, alors commandée par le colonel Piquemal, vers le Trocadéro.
Le Conseil de la Commune, qui est en train de juger Cluseret, ancien délégué à la guerre tombé en disgrâce pour incompétence ; n’envoie aucun renfort, malgré la demande qu’avait formulée le général Dombrowski, qui commande le secteur.
Le Comité de Salut Public dépêche un observateur qui est fait prisonnier par les versaillais. L’armée de la République occupe Auteuil et Passy. Ils fouillent systématiquement les maisons, procèdent sur dénonciation à des arrestations et commencent à fusiller les gardes nationaux du secteur, qui seront ensuite conduits au cimetière de Longchamp. Au même moment se déroule la dernière réunion du Conseil de la Commune.

Lundi 22 mai

Au matin, les versaillais occupent les 15e et 16e arrondissements. Le reste de Paris apprend enfin la nouvelle par une affiche signée de Charles Delescluze, délégué à la Guerre. À la suite de cette proclamation, une grande partie des combattants de la Commune se replie dans leurs quartiers pour les défendre, abandonnant toute lutte coordonnée et rendant impossible toute contre-attaque pour repousser les versaillais. Des barricades s’érigent un peu partout dans Paris dans une ultime volonté défensive. L’armée de Thiers prend dans la journée le 7e, 8e et 17e arrondissement, durant leur offensive, les troupes versaillaises procèdent à de très nombreuses exécutions sommaires. Tout communard combattant est abattu.

Mardi 23 mai

Implacablement les forces versaillaises continuent à envahir Paris. Sur leur route les exécutions sommaires sont nombreuses. Face aux chaos et à la débandades des forces communardes, le Comité de Salut Public publie, en vain, un appel à la fraternisation entre les troupes versaillaises et le peuple. Durant les combats le général Jaroslaw Dombrowski est tué rue Myrha. Cet ancien général de l’armée russe avait offert ces compétences à la Commune de Paris et avait commandé la 11e légion de la Garde nationale. Il était, avec son compatriote polonais Walery Wroblewski, en exil à Paris après avoir participé aux insurections polonaises de 1861-1864. Il y réclamait déjà la démocratie, la fin du servage et l’indépendance polonaise face à l’Empire Russe.
Dans la soirée débute les premiers incendies de grands bâtiments parisiens.

Mercredi 24 mai

Les incendies, qui débutèrent la veille, continuent et s’amplifient. Les dirigeants communards évacuent et font incendier volontairement l’Hôtel de Ville, la Préfecture de police et le Palais de justice. À la prison de la Roquette, les Communards exécutent l’archevêque de Paris Georges Darboy et cinq autres otages, dont le président Bonjean. Face à l’implacable répression, l’espoir de changer le vieux monde s’est transformé en politique de la terre brûlée.

Jeudi 25 mai

Des combats acharnés à la Butte-aux-Cailles (sud-est de Paris) font rage. Le général Wroblewski résiste tant bien que mal face aux forces versaillaises. Place du Château d’Eau (au nord de Paris) Charles Delescluze, délégué à la Guerre de la Commune, est tué. Wroblewski est proposé pour le poste de commandement en chef des forces de la Commune. Il le refuse, arguant du peu d’hommes restants sont capables de se battre de manière disciplinée et coordonnée, et terminera la Semaine sanglante en se battant comme simple soldat.

Vendredi 26 mai

Durant la journée du 26 mai, toutes les forces communardes sur la rive gauche de la Seine sont tuées, arrêtées ou mises en déroute. Seul le nord-est de la ville continue le combat autour des Buttes-Chaumont et du cimetière du Père Lachaise. Les exécutions sommaires sont nombreuses dans les deux camps. Au Panthéon de nombreux communard.es sont massacrés et 52 prisonniers de la Roquette soupçonnés de sympathie pour Thiers sont exécutés au 85 de la rue Haxo.

Samedi 27 mai

Large offensive versaillaise au cimetière du Père-Lachaise où l’on combat à l’arme blanche entre les tombes. 147 Fédérés, combattants de la Commune, sont fusillés et jetés dans une fosse ouverte au pied du mur des fédérés. Ce mur deviendra le lieu habituel de la commémoration de la Commune. Les Buttes-Chaumont tombe aussi sous la coupe des troupes versaillaises. Le soir même il ne reste plus que le quartier de Belleville aux main des Communards.

Dimanche 28 mai

Dans une ultime bataille, les dernier.es Communard.es tombent à Belleville. Si le lieu de la dernière barricade est incertaine, une plaque commémorative des derniers combats se trouve rue de la Fontaine-au-Roi, dans le 11e arrondissement de Paris. Face aux 130.000 soldats versaillais déployés pour l’opération de reprise de la ville, entre 25.000 et 30.000 communard.es combattant.es auront résistés tant bien que mal. Il ne reste plus que le fort de Vincennes encerclé par les Allemands, il se rendra sans combattre le lundi 29 mai.

Répressions et conséquences de la Commune

Le bilan officiel, rapporté par le général Appert devant l’Assemblée nationale en 1875, fait état de 43 522 arrestations, dont 819 femmes et 538 enfants. 7 700 qui avaient été arrêtés par erreur sont relâchés. Mais au camp de Satory où sont parqués beaucoup des arrétés, le calvaire continue : aucune hygiène, peu de soins pour les blessés, les épidémies se développent. On abat 300 prisonniers pour tentative de fuite dans la nuit du 27 au 28 mai. Des prisonniers fédérés furent transférés dans les pontons et ports de l’ouest de la France ; à Brest, Lorient, Cherbourg et Rochefort ces transferts eurent lieu dans des wagons à bestiaux dans des conditions sanitaires volontairement déplorables. Environ 20 000 y furent détenu.es pendant plusieurs mois, au moins 1 000 y moururent.
Aucun bilan officiel ne vient par contre établir le nombre exact de mort durant la Semaine sanglante. Il est vrai qu’entre les exécutions sommaires et les morts des combats, il a longtemps été compliqué d’établir un nombre qui fasse consensus. Ainsi le nombre de morts a été longtemps gonflé artificiellement pour rendre le massacre encore plus sanglant qu’il ne l’était, ou alors minimisé par les autorités responsables du massacre. Choisir un chiffre dans la large fourchette entre 10.000 et 100.000 morts était alors un choix politique de ralliement ; au même titre qu’aujourd’hui, choisir de retenir les chiffres de la préfectures ou les chiffres de la CGT pour une manifestation n’est pas politiquement neutre. Avec les années et le recul, on considère généralement qu’il y aurait eu environ 30.000 morts. Un tiers serait mort au combat, les deux tiers restants étant tués lors d’éxécutions sommaires.
Car c’est là que la Semaine sanglante fut la plus horrible. Car à l’arrière des combats et après avoir reconquis chaque quartier, l’armée versailaise a systématiquement fait appel à des mouchards pour débusquer les sympathisants de la Commune. La reconquête militaire s’accompagnant d’une purge politique de tous les opposants au régime de Thiers. Le tout dans l’urgence la plus totale. Car le gouvernement souhaitait restaurer l’Etat de droit une fois la ville reprise. Il fallait donc exécuter le plus rapidement possible le maximum de Communard.es pour éviter que la justice puisse être indulgente avec les insurgés. Ainsi sur les 46.835 communard.es fait.es prisonnier.es, « seulement » 95 seront condamné.es à mort quand il y aurait eu environ 20.000 exécutions sommaires. Cette même « justice » préfèrera au final déporter massivement les communard.es vers la Nouvelle Calédonie afin de s’assurer qu’ils ne « contamineraient » plus la société.

La répression des différentes insurrections de 1870-1871 durèrent année après année. Empêcher toute résurgence insurectionnelle devient le leitmotiv du gouvernement de Thiers. Si Paris est purgée des révolutionnaires tués, déportés, emprisonnés ou en exil, le gouvernement cherche à affaiblir tout mouvement révolutionnaire, et criminalise ainsi l’appartenance à l’Internationale le 14 mars 1782 [2]], provoquant un fort recul de l’organisation. Adolphe Thiers se souvient que la Commune de Paris fut précédée par la Commune de Lyon ; où Mikhail Bakounine et d’autres membres de l’A.I.T. avaient proclamés la Commune de Lyon au balcon de l’Hôtel de Ville. La répression exacerbe les débats déjà houleux entre bakouninien et marxiste au sein de l’organisation. Mikhail Bakounine en sera exclus durant le congrès de La Haye (du 2 au 9 septembre 1872) et la Première Internationale finira par disparaitre en 1876. Marquant une scission définitive du mouvement socialiste entre anti-autoritaire et autoritaire.

Mais si la Commune et ses aspirations sont écrasées, ses idées ne craignent pas la mitraille. La IIIe République, devenue républicaine après la fin du gouvernement de Thiers, s’inspirera des réalisations de la Commune de Paris pour mettre en place ce qui reste encore de ces plus grandes réformes démocratiques. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, la scolarité gratuite pour tous, le droit d’association ou encore la loi Waldeck-Rousseau autorisant les syndicats, la réaffirmation de la liberté de la presse, etc ; mais tout en renforçant les dispositifs légaux et policiers de répression contre toute contestation politique radicale. Ainsi les lois scélérates de 1893-1894 modifient la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui ne punissait que la provocation directe ; désormais la provocation indirecte est condamnable, la fameuse « apologie » qui permet encore aujourd’hui la répression à tout va de tout discours non conforme à la normalité républicaine. Le tout sans compter toutes les boucheries orchestrées, organisées et perpétrées par cette fameuse République civisatrice durant sa vaste campagne de colonisation en Afrique, en Asie et dans le Pacifique ; ou durant les deux guerres mondiales.
La Semaine sanglante fut ainsi une expérience concentrée de ce que fut la Troisième République dans son ensemble, entre réalisation démocratique, répression et bain de sang.

Une mémoire musicale de la Commune

La Semaine sanglante fut un évènement qui marqua profondément le monde ouvrier et révolutionnaire, mais derrière la grande Histoire, l’événement marqua aussi les poètes et auteurs qui y participèrent. Eugène Pottier et Jean Batiste Clément furent deux d’entre eux. Rapidement après la fin de la Commune, ils écrivirent chacun un poème, qui fut ensuite mis en chanson : l’Internationale d’Eugène Pottier, qui devint célèbre dès le congrès d’Amsterdam de la IIe internationale en 1904, avant de devenir l’hymne de l’URSS en 1922 ; et la Semaine sanglante de Jean Baptiste Clément, qui dénonce les horreurs et crimes des versaillais durant la période éponyme.

Avant d’être l’hymne officiel de l’Union Soviétique de 1922 à 1944, et d’être charcuté par de nombreux gouvernements et groupes pour mieux coller aux doctrines et régimes qui la récupérèrent, l’Internationale fut bien écrite dans le sillage de la Commune. Eugène Pottier, membre de la Garde nationale durant le siège de Paris de 1870, rejoint la Commune et siège à la Comission des Services Publics dans le deuxième arrondissement où il est élu. Il participe aux combats durant la Semaine Sanglante contre les troupes versaillaises. C’est suite à ces évènements qu’il devra se cacher dans Paris pour éviter la répression qui s’abat sur la ville. C’est durant cet exil intérieur qu’il écrira l’Internationale. Il fuit ensuite en Angleterre, mais, condamné à mort par contumace le 17 mai 1873, il décide de s’exiler aux Etats-Unis et rejoint le Parti ouvrier socialiste d’Amérique. Il ne rentrera en France qu’en 1880, suite à loi d’amnistie du 11 juillet 1880 qui aministie les Communard.es et permet le retour de nombreux d’entre eux en France. En 1888, un an après la première édition imprimée des paroles du poème, la chorale lilloise du Parti ouvrier, demande à un de ses membres, Pierre Degeyter, de composer une musique originale pour L’Internationale. Le 23 juillet 1888, pour la première fois, la chorale de la Lyre des Travailleurs interprète le chant sur l’air nouveau. Sa partition est publiée en 1889.

Ecrite juste après les évènements et chantés sur l’air du Chant des Paysans de Pierre Dupont, le premier complet de La Semaine sanglante s’ouvre avec le froid constat des évènements :

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblants.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants. »

Mais si Jean Baptiste Clément dépeint la triste situation de Paris après la Semaine sanglante, ville reconquise dans le sang par tous les représentants du vieux monde : militaires, politiciens, religieux, bourgeois, capitalistes, vendus et autres mouchards ; il exprime aussi le futur retour de l’ordre dans une fête morbide des décorations militaires et des bénédictions de curetons. Si chacun de ces couplets, à l’exception du dernier, est une triste description de la situation, il ponctue chacun d’entre eux par un refrain qui appelle encore et toujours à la révolution.

Oui mais !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront. »

La chanson, écrite ainsi juste après les évènements, ne se contente pas d’une amère description d’une défaite, mais vise bien à exhorter à continuer le combat, comme si des dizaines de milliers de morts et d’arrestations ne suffiraient jamais à stopper l’enthousiasme du poète qui se demande « à quand enfin la République de la Justice et du Travail ? »

Si la chanson La Semaine sanglante fut une réponse immédiate et explicite au massacre, une autre chanson de Jean Batiste Clément rentrera dans l’Histoire comme un hommage à la Commune et plus particulièrement à tous les épisodes révolutionnaires qui finirent dans les larmes et le sang. Car avant d’être jouée par les choeurs de l’armée française en 2016, place de la République, en l’honneur des victimes des derniers attentats ; le Temps des cerises fut avant tout dédicacé « à la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871 », communarde rencontrée aux hasards des rues par le poète, alors tenancier d’une barricade comme tant d’autres cette semaine là. De simple chanson d’amour perdu, écrite en 1866 et chantée sur un air mélancolique, le Temps des cerises devint un symbole pour tous ceux et celles qui vécurent intensément la lutte contre la république bourgeoise, contre le capitalisme sauvage et contre le fascisme. Elle devint alors un classique pour toute les familles du socialisme, de l’anarchisme et du communisme, traversant le temps et les clivages politiques. L’appropriation populaire et collective de la chanson en fera un classique reprise autant par Coluche, la jouant au violon avec des gants de boxe, que dans Porco Rosso, film d’animation japonais de Hayao Miazaki de 1922, se déroulant dans l’Italie fasciste des années 20’.

Se souvenir, c’est déjà lutter !

Si la Commune de Paris reste aujourd’hui une référence commune de toutes les familles de gauche, toujours critiquée, revisitée, ré-interprétée, mais bien partagée [3], c’est autant par l’espoir suscité par ses réalisations que par la répression sans pareille dont elle fut la victime. A une époque où le « Roman National » fait son grand retour et où chaque évènement de l’Histoire française est ré-inséré dans un roman à visée normalisatrice d’une pseudo « Identité nationale », il faut rappeler qu’encore aujourd’hui, presque 150 ans après les faits, la Commune reste une oubliée des programmes scolaires et de l’Histoire française. Aujourd’hui, le nouveau discours au centre, à droite et même à l’extrême droite essaye de refaire de la Troisième République la référence idéologique par excellence et continuant ainsi à faire de la Commune une oubliée volontaire. Surtout quand la laïcité de 1905 sert à l’extrême droite pour stigmatiser toute population non-catholique, et que les débats sur les « bienfaits » de la colonisation sont ré-ouverts. Il serait dommage de perturber cette foire à la saucisse idéologico-historique en rappelant que la Troisième République est née dans un bain de sang.
Face à l’oubli volontaire des politicards et de l’Etat, comme symptôme d’une ultime répression, la mémoire de la Commune, une mémoire révolutionnaire et internationaliste, est donc une arme pour rappeler que de tous temps le vieux monde peut vasciller, mais que plus il vascille, plus ces chiens montrent les crocs et mordent au sang. Que toute action révolutionnaire entraine une action contre-révolutionnaire et que la violence de l’Etat est toujours liée à son désir de maintenir une société d’exploitation et de contrôle. Quelque que soit le régime ou quelque soit le numéro de la République en place, la lutte des classes perdure à tous les niveaux de la vie.

P.-S.

Sur la Commune de 1871 :
• le web officiel des Amis de la Commune : Association qui cherche à faire vivre l’Histoire et la mémoire de la Commune en proposant de nombreux textes, images, photographies, chansons, bibliographies, filmographies sur leur site.

Notes

[2] Article Rebellyon sur la criminalisation de l’appartenance à l’A.I.T. : https://rebellyon.info/L-appartenance-a-l-A-I-T-devient

[3] Sur la Commune de l’Internationale Situationiste : https://infokiosques.net/lire.php ?id_article=15

 

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création du CNNR : Conseil National de la Nouvelle Résistance

Posté par elianguesard le 14 mai 2020

pavotvol

Reçu du CRHA

 

https://www.youtube.com/watch?v=Gh_RFwLAreA&t=17s

Vidéo d’annonce de la création du Conseil National de la Nouvelle Résistance par les cinq membres de son secrétariat : Gérard Mordillat (cinéaste, écrivain), Gilles Perret (réalisateur, co-fondateur de Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui), Denis Robert (journaliste, écrivain), Florent Massot (éditeur), Katell Gouëllo (Le Média TV), Bertrand Rothé (agrégé d’économie, professeur d’université). N’hésitez pas à partager pour qu’adviennent Les Jours Heureux !

 

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Trois femmes en Mai en France

Posté par elianguesard le 13 mai 2020

Aunom

https://librinfo74.fr/ariane-mnouchkine-je-ressens-de-la-colere-devant-la-mediocrite-les-mensonges-et-larrogance-de-nos-dirigeants/

 

ARIANE MNOUCHKINE : « Je ressens de la colère devant la médiocrité, les mensonges et l’arrogance de nos dirigeants »

le 12 Mai 2020

Nous relayons l’interview d’Ariane Mnouchkine parue dans Télérama

On ne peut pas déclarer la guerre sans appeler, dans le même temps, à la mobilisation générale. Or cette mobilisation, même abondamment formulée, n’a jamais été réellement souhaitée. On nous a immédiatement bâillonnés, enfermés. Et certains plus que d’autres : je pense aux personnes âgées et à la façon dont elles ont été traitées. J’entends s’exprimer dans les médias des obsédés anti-vieux, qui affirment qu’il faut tous nous enfermer, nous, les vieux, les obèses, les diabétiques jusqu’en février, sinon, disent-ils, ces gens-là encombreront les hôpitaux. Ces gens-là ? Est-ce ainsi qu’on parle de vieilles personnes et de malades ? Les hôpitaux ne seraient donc faits que pour les gens productifs en bonne santé ? Donc, dans la France de 2020, nous devrions travailler jusqu’à 65 ans et une fois cet âge révolu, nous n’aurions plus le droit d’aller à l’hôpital pour ne pas encombrer les couloirs ? Si ce n’est pas un projet préfasciste ou prénazi, ça y ressemble. Cela me fait enrager.

 

TÉLÉRAMA  : Comment se vit le confinement au Théâtre du Soleil  ?

Comme nous pouvons. Comme tout le monde. Nous organisons des réunions par vidéo avec les soixante-dix membres du théâtre et parfois leurs enfants. Retrouver la troupe fait du bien à tous. Surtout à moi. Nous réfléchissons : après le déconfinement, comment faire ? Comment reprendre le théâtre, qui ne se nourrit pas que de mots mais surtout de corps ? Quelles conditions sanitaires mettre en œuvre sans qu’elles deviennent une censure insupportable ? Masques, évidemment, distanciations physiques dans les activités quotidiennes telles que les repas, les réunions, mais en répétition ? Se demander comment faire, c’est déjà être, un peu, dans l’action. Il se trouve que, le 16 mars, nous allions commencer à répéter un spectacle étrangement prophétique. Le sujet, que je ne peux ni ne veux évoquer ici, sous peine de le voir s’évanouir à tout jamais, ne varie pas. Mais sa forme va bouger sous les coups du cataclysme qui ébranle tout, individus, États, sociétés, convictions. Alors nous nous documentons, nous menons nos recherches dans tous les domaines nécessaires. Nous devons reprendre l’initiative, cette initiative qui, depuis deux mois, nous a été interdite, même dans des domaines où des initiatives citoyennes auraient apporté, sinon les solutions, du moins des améliorations notables sur le plan humain.

Quel est votre état d’esprit ?

J’ai du chagrin. Car derrière les chiffres qu’un type égrène chaque soir à la télévision, en se félicitant de l’action formidable du gouvernement, je ne peux m’empêcher d’imaginer la souffrance et la solitude dans lesquelles sont morts ces femmes et ces hommes. La souffrance et l’incompréhension de ceux qui les aimaient, à qui on a interdit les manifestations de tendresse et d’amour, et les rites, quels qu’ils soient, indispensables au deuil. Indispensables à toute civilisation. Alors qu’un peu d’écoute, de respect, de compassion de la part des dirigeants et de leurs moliéresques conseillers scientifiques aurait permis d’atténuer ces réglementations émises à la hâte, dont certaines sont compréhensibles mais appliquées avec une rigidité et un aveuglement sidérants.

Parlons-nous du théâtre ?

Mais je vous parle de théâtre ! Quand je vous parle de la société, je vous parle de théâtre ! C’est ça le théâtre ! Regarder, écouter, deviner ce qui n’est jamais dit. Révéler les dieux et les démons qui se cachent au fond de nos âmes. Ensuite, transformer, pour que la Beauté transfigurante nous aide à connaître et à supporter la condition humaine. Supporter ne veut pas dire subir ni se résigner. C’est aussi ça le théâtre !

Vous êtes en colère ?

Ah ! ça oui ! Je ressens de la colère, une terrible colère et, j’ajouterai, de l’humiliation en tant que citoyenne française devant la médiocrité, l’autocélébration permanente, les mensonges désinformateurs et l’arrogance obstinée de nos dirigeants. Pendant une partie du confinement, j’étais plongée dans une semi-inconscience due à la maladie. Au réveil, j’ai fait la bêtise de regarder les représentants-perroquets du gouvernement sur les médias tout aussi perroquets. J’avais respecté la rapidité de réaction d’Emmanuel Macron sur le plan économique et son fameux « quoi qu’il en coûte » pour éviter les licenciements. Mais lorsque, dans mon petit monde convalescent, sont entrés en piste ceux que je surnomme les quatre clowns, le directeur de la Santé, le ministre de la Santé, la porte-parole du gouvernement, avec, en prime, le père Fouettard en chef, le ministre de l’Intérieur, la rage m’a prise. Je voudrais ne plus jamais les revoir.

Que leur reprochez-vous ?

Un crime. Les masques. Je ne parle pas de la pénurie. Ce scandale a commencé sous les quinquennats précédents de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Mais appartenant au gouvernement qui, depuis trois ans, n’a fait qu’aggraver la situation du système de santé de notre pays, ils en partagent la responsabilité. En nous répétant, soir après soir, contre tout bon sens, que les masques étaient inutiles voire dangereux, ils nous ont, soir après soir, désinformés et, littéralement, désarmés. Alors qu’il eût fallu, et cela dès que l’épidémie était déclarée en Chine, suivre l’exemple de la plupart des pays asiatiques et nous appeler à porter systématiquement le masque, quitte, puisqu’il n’y en avait pas, à en fabriquer nous-mêmes. Or nous avons dû subir les mensonges réitérés des quatre clowns, dont les propos inoubliables de la porte-parole du gouvernement qui nous a expliqué que, puisque elle-même — la prétention de cet « elle-même » — ne savait pas les utiliser, alors personne n’y parviendrait ! Selon de nombreux médecins qui le savent depuis longtemps mais dont la parole ne passait pas dans les médias-perroquets au début de la catastrophe, nous allons tous devoir nous éduquer aux masques car nous aurons à les porter plusieurs fois dans notre vie. Je dis cela car dans le clip qui nous recommande les gestes barrières, le masque ne figure toujours pas. Je suis de celles et ceux qui pensent que son usage systématique, dès les premières alertes, aurait, au minimum, raccourci le confinement mortifère que nous subissons.

Subir est-il le pire ?

Nous devons cesser de subir la désinformation de ce gouvernement. Je ne conteste pas le fameux « Restez chez vou ». Mais, si l’on est (soi-disant) en guerre, ce slogan ne suffit pas. On ne peut pas déclarer la guerre sans appeler, dans le même temps, à la mobilisation générale. Or cette mobilisation, même abondamment formulée, n’a jamais été réellement souhaitée. On nous a immédiatement bâillonnés, enfermés. Et certains plus que d’autres : je pense aux personnes âgées et à la façon dont elles ont été traitées. J’entends s’exprimer dans les médias des obsédés anti-vieux, qui affirment qu’il faut tous nous enfermer, nous, les vieux, les obèses, les diabétiques jusqu’en février, sinon, disent-ils, ces gens-là encombreront les hôpitaux. Ces gens-là ? Est-ce ainsi qu’on parle de vieilles personnes et de malades ? Les hôpitaux ne seraient donc faits que pour les gens productifs en bonne santé ? Donc, dans la France de 2020, nous devrions travailler jusqu’à 65 ans et une fois cet âge révolu, nous n’aurions plus le droit d’aller à l’hôpital pour ne pas encombrer les couloirs ? Si ce n’est pas un projet préfasciste ou prénazi, ça y ressemble. Cela me fait enrager.

Que faire de cette rage ?

Cette rage est mon ennemie parce qu’elle vise de très médiocres personnages. Or le théâtre ne doit pas se laisser aveugler par de très médiocres personnages. Dans notre travail, nous devons comprendre la grandeur des tragédies humaines qui sont en train d’advenir. Si nous, artistes, nous restons dans cette rage, nous n’arriverons pas à traduire dans des œuvres éclairantes pour nos enfants ce qui se vit aujourd’hui. Une œuvre qui fera la lumière sur le passé pour que l’on comprenne comment une telle bêtise, un tel aveuglement ont pu advenir, comment ce capitalisme débridé a pu engendrer de tels technocrates, ces petits esprits méprisants vis-à-vis des citoyens. Pendant un an, ils restent sourds aux cris d’alarme des soignantes et soignants qui défilent dans la rue. Aujourd’hui, ils leur disent  : vous êtes des héros. Dans le même temps, ils nous grondent de ne pas respecter le confinement alors que 90 % des gens le respectent et que ceux qui ne le font pas vivent souvent dans des conditions inhumaines. Et que le plan Banlieue de Jean-Louis Borloo a été rejeté du revers de la main, il y a à peine deux ans, sans même avoir été sérieusement examiné ni discuté. Tout ce qui se passe aujourd’hui est le résultat d’une longue liste de mauvais choix.

Cette catastrophe n’est-elle pas aussi une opportunité ?

Oh ! une opportunité ? ! Des centaines de milliers de morts dans le monde  ? Des gens qui meurent de faim, en Inde ou au Brésil, ou qui le risquent dans certaines de nos banlieues ? Une aggravation accélérée des inégalités, même dans des démocraties riches, comme la nôtre ? Certains pensent que nos bonnes vieilles guerres mondiales aussi ont été des opportunités… Je ne peux pas répondre à une telle question, ne serait-ce que par respect pour tous ceux qui en Inde, en Équateur ou ailleurs ramassent chaque grain de riz ou de maïs tombé à terre.

 

Les Français sont-ils infantilisés ?

Pire. Les enfants ont, la plupart du temps, de très bons profs, dévoués et compétents, qui savent les préparer au monde. Nous, on nous a désarmés psychologiquement. Une histoire m’a bouleversée : dans un Ehpad de Beauvais, des soignantes décident de se confiner avec les résidentes. Elles s’organisent, mettent des matelas par terre et restent dormir près de leurs vieilles protégées pendant un mois. Il n’y a eu aucune contamination. Aucune. Elles décrivent toutes ce moment comme extraordinaire. Mais arrive un inspecteur du travail pour qui ces conditions ne sont pas dignes de travailleurs. Des lits par terre, cela ne se fait pas. Il ordonne l’arrêt de l’expérience. Les soignantes repartent chez elles, au risque de contaminer leurs familles, avant de revenir à l’Ehpad, au risque de contaminer les résidentes. En Angleterre, c’est 20 % du personnel qui se confine avec les résidents. Mais non, ici, on interdit la poursuite de cette expérience fondée sur une réelle générosité et le volontariat, par rigidité réglementaire ou par position idéologique. Ou les deux.

 

Cette mise à l’écart des personnes âgées révèle-t-elle un problème de civilisation ?

Absolument. Lorsque la présidente de la Commission européenne suggère que les gens âgés restent confinés pendant huit mois, se rend-elle compte de la cruauté de ses mots ? Se rend-elle compte de son ignorance de la place des vieux dans la société ? Se rend-elle compte qu’il y a bien pire que la mort ? Se rend-elle compte que parmi ces vieux, dont je suis, beaucoup, comme moi, travaillent, agissent, ou sont utiles à leurs familles ? Sait-elle que nous, les vieux, nous acceptons la mort comme inéluctable et que nous sommes innombrables à réclamer le droit de l’obtenir en temps voulu, droit qui nous est encore obstinément refusé en France, contrairement à de nombreux autres pays. Quelle hypocrisie ! Vouloir nous rendre invisibles plutôt que de laisser ceux d’entre nous qui le veulent choisir le moment de mourir en paix et avec dignité. Lorsque Emmanuel Macron susurre : « Nous allons protéger nos aînés », j’ai envie de lui crier : je ne vous demande pas de me protéger, je vous demande juste de ne pas m’enlever les moyens de le faire. Un masque, du gel, des tests sérologiques ! À croire qu’ils rêvent d’un Ehpad généralisé où cacher et oublier tous les vieux. Jeunes, tremblez, nous sommes votre avenir !

 

Qu’est-ce que cela dit sur notre société ?

Sur la société, je ne sais pas, mais cela en dit beaucoup sur la gouvernance. Dans tout corps, une mauvaise gouvernance révèle le plus mauvais. Il y a 10 % de génies dans l’humanité et 10 % de salopards. Dans la police, il y a 10 % de gens qui ne sont pas là pour être gardiens de la paix mais pour être forces de l’ordre. Je respecte la police, mais lorsqu’on donne des directives imprécises, laissées à la seule interprétation d’un agent, cet agent, homme ou femme, se révélera un être humain, bon, compréhensif et compétent, ou bien il agira comme un petit Eichmann investi d’un pouvoir sans limite, qui, parce que son heure est enfin venue, pourra pratiquer sa malfaisance. Donc il fera faire demi-tour à un homme qui se rend à l’île de Ré pour voir son père mourant. Ou il fouillera dans le cabas d’une dame pour vérifier qu’elle n’a vraiment acheté que des produits de première nécessité. Et s’il trouve des bonbons, il l’humiliera. Quand je pense qu’ont été dénoncées, oui, vous avez bien entendu, dénoncées, et verbalisées des familles qui venaient sous les fenêtres pour parler à leurs proches reclus en Ehpad… Se rend-on compte de ce qui est là, sous-jacent ?

 

Redoutez-vous un État liberticide ?

Il y a, indubitablement, un risque. La démocratie est malade. Il va falloir la soigner. Je sais bien que nous ne sommes pas en Chine où, pendant le confinement de Wuhan, on soudait les portes des gens pour les empêcher de sortir. Mais, toute proportion gardée, oui, en France, la démocratie est menacée. Vous connaissez, bien sûr, l’histoire de la grenouille ? Si on la plonge dans l’eau bouillante, elle saute immédiatement hors de l’eau. Si on la plonge dans l’eau froide et qu’on chauffe très doucement cette eau, elle ne saute pas, elle meurt, cuite. C’est l’eau fraîche de la démocratie que, petit à petit, on tiédit. Je ne dis pas que c’est ce que les gouvernants veulent faire. Mais je pense qu’ils sont assez bêtes pour ne pas le voir venir. Oui, je découvre avec horreur que ces gens, si intelligents, sont bêtes. Il leur manque l’empathie. Ils n’ont aucune considération pour le peuple français. Pourquoi ne lui dit-on pas simplement la vérité ?

Avez-vous encore espoir en nos dirigeants politiques  ?

Lorsque le 12 mars Emmanuel Macron dit : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour… La santé… notre État-providence ne sont pas des coûts… mais des biens précieux », nous nous regardons, ahuris. Et cela me rappelle l’histoire de l’empereur Ashoka qui, en 280 av. J.-C., pour conquérir le royaume de Kalinga, livra une bataille qui se termina par un tel massacre que la rivière Daya ne charriait plus de l’eau mais du sang. Face à cette vision, Ashoka eut une révélation et se convertit au bouddhisme et à la non-violence. Nous espérons parfois de nos gouvernants cette prise de conscience du mal qu’ils commettent. J’avoue que, ce soir-là, j’ai espéré cette conversion d’Emmanuel Macron. J’ai souhaité que, constatant son impuissance face à un minuscule monstre qui attaque le corps et l’esprit des peuples, il remonte avec nous la chaîne des causalités, comprenne de quelle manière l’Histoire, les choix et les actes des dirigeants, de ses alliés politiques, ont mené à notre désarmement face à cette catastrophe. J’aurais aimé qu’il comprenne à quel point il est, lui-même, gouverné par des valeurs qui n’en sont pas. Ça aurait été extraordinaire. J’aimerais avoir de l’estime pour ce gouvernement. Cela me soulagerait. Je ne demanderais que ça. Au lieu de quoi je ne leur fais aucune confiance. On ne peut pas faire confiance à des gens qui, pas une seconde, ne nous ont fait confiance. Quand, permises ou pas, les manifestations vont reprendre le pavé, seront-elles de haine et de rage, n’aboutissant qu’à des violences et des répressions, avec en embuscade Marine Le Pen qui attend, impavide, ou seront-elles constructives, avec de vrais mouvements qui font des propositions ? Certains matins je pense que ça va être constructif. Et certains soirs, je pense l’inverse. Ce dont j’ai peur surtout, c’est de la haine. Parce que la haine ne choisit pas, elle arrose tout le monde.

 

Vous avez peur d’un déconfinement de la haine ?

Exactement ! Peur du déconfinement de la haine coléreuse. Est-ce que le peuple français va réussir à guérir, ou au moins à orienter sa rage, donc ses haines, vers des propositions et des actions novatrices et unificatrices ? Il serait temps. Car le pire est encore possible. Le pire, c’est-à-dire le Brésil, les États-Unis, etc. Nous n’en sommes pas là mais nous y parviendrons, à force de privatisations, à force d’exiger des directeurs d’hôpitaux qu’ils se comportent en chefs d’entreprises rentables. Heureusement Emmanuel Macron a eu la sagesse d’immédiatement mettre en œuvre un filet de sécurité — le chômage partiel — pour que la France ne laisse pas sur la paille treize millions de ses citoyens. C’était la seule chose à faire. Il l’a faite. Cela doit être salué. Mais cette sagesse n’a rien à voir avec une pseudo « générosité » du gouvernement, comme semble le penser un certain ministre. Elle est l’expression même de la fraternité qui est inscrite sur nos frontons. C’est la vraie France, celle qui fait encore parfois l’admiration et l’envie des pays qui nous entourent. Pour une fois, on a laissé l’économie derrière afin de protéger les gens. Encore heureux !

 

Qu’attendez-vous pour les artistes, les intermittents  ?

Je viens d’entendre qu’Emmanuel Macron accède, heureusement, à la revendication des intermittents qui demandent une année blanche afin que tous ceux qui ne pourront pas travailler dans les mois qui viennent puissent tenir le coup. C’est déjà ça. Ici, au Soleil, nous pouvons travailler, nous avons une subvention, un lieu, un projet et des outils de travail. À nous de retrouver la force et l’élan nécessaires. Ce n’est pas le cas des intermittents et artistes qui, pour trouver du travail, dépendent d’entreprises elles-mêmes en difficulté. Même si, en attendant, certains vont réussir à répéter, il va falloir, pour jouer, attendre que les salles puissent ouvrir à plein régime. Cela peut durer de longs mois, jusqu’à l’arrivée d’un médicament. Ceux-là ne doivent pas être abandonnés, l’avenir de la création théâtrale française, riche entre toutes, peut-être unique au monde, dépend d’eux. Personne ne pardonnerait, ni artistes ni public, qu’on laisse revenir le désert. Lors d’une inondation, on envoie les pompiers et les hélicoptères pour hélitreuiller les gens réfugiés sur leurs toits. Quoi qu’il en coûte. Le virus nous assiège tous, mais, de fait, les arts vivants vont subir le plus long blocus. Donc, comme pendant le blocus de Berlin, il faut un pont aérien qui dure tant que le siège n’est pas levé, tant que le public ne peut pas revenir, rassuré et actif, avec enthousiasme. Avec masque, s’il est encore nécessaire. Mais la distance physique ne sera pas tenable au théâtre. Ni sur la scène, ni même dans la salle. C’est impossible. Pas seulement pour des raisons financières, mais parce que c’est le contraire de la joie.

 

N’est-il pas temps d’appeler à un nouveau pacte pour l’art et la culture  ?

Pas seulement pour l’art et la culture. Nous faisons partie d’un tout.

Propos recueillis par Joëlle Gayot.

 

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https://reporterre.net/Ces-hommes-qui-aspirent-a-la-croissance-infinie-et-au-controle-total-sont-des-monstres-purs

Ces hommes qui aspirent à la croissance infinie et au contrôle total sont des monstres purs

 

13 mai 2020 / Nancy Huston

Pour l’écrivaine Nancy Huston, « nous avons tendance à innocenter les responsables en raison de leur puissance ». Les responsables des crises que nous vivons, ce sont ceux qui refusent la fragilité de la vie et veulent dominer la « Nature » — « une forme de mégalomanie spécifiquement masculine ».

Nancy Huston est une romancière franco-canadienne. Elle a écrit de nombreux romans dont Cantique des plaines (Actes Sud, 1993), Lignes de faille, (Actes Sud, 2009) et Rien d’autre que cette félicité (Parole, 2019).

Lentigny (Loire), le 24 avril 2020 — Je suis en train de lire Le Dernier Homme [1] de Mary Shelley, roman d’anticipation qui, paru en 1826, raconte un épisode de la peste qui efface purement et simplement l’espèce humaine en l’an… 2100 !

Cette écrivaine britannique, que nous connaissons surtout comme l’auteure de Frankenstein [2], doit sans doute son imagination débridée au fait que sa vie a baigné dans la mort dès le jour de sa naissance. Sa propre mère, la penseuse féministe Mary Wollstonecraft, meurt de fièvre puerpérale dix jours après l’avoir mise au monde. Quand Mary [alors Wollstonecraft Godwin] n’a que dix-sept ans, mais vit déjà [hors mariage] avec le poète Percy Bysshe Shelley, elle donne le jour à sa première enfant, une fille qui meurt dix jours plus tard. Sa demi-sœur meurt ensuite d’une overdose de somnifères. Puis l’épouse de Shelley, Harriet, se noie par désespoir alors qu’elle est enceinte de cinq mois [vingt jours après la mort de Harriet, fin 1816, Percy Bysshe Shelley épouse Mary, qui prend alors son patronyme]. Frankenstein paraît en 1818 quand Mary a vingt ans ; ses deux autres enfants mourront dans les deux années qui suivent, et, peu après, le poète lui-même se noiera accidentellement. Après cette série presque invraisemblable de deuils précoces, la jeune femme n’a sans doute le choix qu’entre dépression et résilience — elle choisit la résilience.

Son célèbre roman a un sous-titre : « le Prométhée moderne ». Son protagoniste, le Dr Frankenstein, a en commun avec le héros du mythe grec non d’avoir dérobé aux dieux le divin secret du feu, mais d’avoir réussi à animer la matière inanimée. Alors que Prométhée, pour créer les humains, se sert de restes de boue transformés en roche, le savant suisse, lui, travaille à partir de tissus prélevés sur des cadavres.

Nous avons tendance à innocenter les responsables en raison de leur puissance

Le résultat, on s’en souvient, est un être horrible à voir et profondément malheureux — car, à la différence de tous ceux qui l’entourent, il est seul : « Aucun père [n’a] surveillé les jours de mon enfance, se plaint-il, aucune mère ne [m’a] béni de ses sourires et ses caresses. » Il supplie le Dr Frankenstein de lui créer au moins une compagne, une femelle de la même espèce et avec les mêmes défauts que lui. Dans un premier temps, le savant acquiesce, mais à la dernière minute il décide de détruire sa deuxième créature. Et l’autre de rugir : « Alors chaque homme trouvera une femme pour son cœur, chaque animal aura son conjoint, et moi, je serai seul ? » — et de se venger en tuant d’abord le meilleur ami du docteur, ensuite sa nouvelle épouse.

(Je peux affirmer, de même, qu’aucun des meurtriers, violeurs et autres auteurs de crimes violents avec qui j’ai pu discuter dans les prisons françaises n’a eu une enfance même vaguement normale et tranquille. La créature de Frankenstein le sait : la punition précède le crime.)

Il faudrait rendre obligatoire la lecture de ce roman de Mary Shelley, non seulement par les élèves de toutes les écoles mais aussi par tous les hommes et femmes d’État, tous les juges, directeurs et gardiens de prison, policiers et policières… Tout comme la mémoire populaire a fait glisser le nom Frankenstein du créateur à sa créature, nous avons tendance à innocenter les responsables en raison de leur puissance. Mais le vrai monstre est bel et bien le scientifique fou : celui qui bafoue la mort, nie le passage du temps, refuse le caractère fragile, éphémère et interdépendant de la vie, se rêve solitaire, héroïque et tout-puissant, aspire à la domination totale de la « Nature » par l’homme.

Je dis bien par l’homme et non par l’être humain, car il me semble qu’il s’agit là d’une forme de mégalomanie spécifiquement masculine. Aucune femme ne figure parmi les spécialistes de l’anthropométrie judiciaire au XIXe siècle, ni parmi les médecins et officiers supérieurs nazis dans les années 1930-40, ni, à l’époque contemporaine, parmi les spécialistes de reconnaissance faciale, que ceux-ci soient employés par Facebook ou le Pentagone, Google ou le Mossad ; qu’ils développent leurs vertigineux projets de surveillance high-tech en Chine, aux États-Unis ou en Europe. Non pas que les hommes soient plus « immoraux » que les femmes, bien sûr ! Mais, plus seuls dans leur corps (corps qui n’est que ponctuellement, voire distraitement impliqué dans la reproduction alors que le corps féminin, lui, y est existentiellement impliqué), peut-être sont-ils plus angoissés par la mort que les femmes donc plus portés sur le fantasme de l’immortalité. Il n’y a pas de Doctoresse Frankenstein.

Ceci dit, il n’y a pas non plus de Frankenstein pauvre ou noir ; dans ce domaine les différences de classe, d’ethnie et de pays d’origine comptent au moins autant que les différences de sexe. Pour chaque milliardaire à peau claire qui se rêve vivant sur Mars, d’une vie indéfiniment prolongée et « augmentée » par la technologie de pointe, il y a des milliers d’hommes et de femmes à peau sombre qui continueront, tout au long de leur courte vie, à trimer, à saigner, à suer et à haleter dans les champs, les mines et les usines de la pauvre planète Terre.

En clair, les plus grands criminels ne sont pas derrière les barreaux mais à la barre : ce sont ces monstres purs, ces hommes qui aspirent à la croissance infinie, à la puissance absolue, au contrôle total, à la vie éternelle et à la richesse folle, qui nous précipitent vers l’Apocalypse imaginée par Mary Shelley dans Le Dernier Homme.

 

 


[1Le Dernier Homme, (Trad. Paul Couturiau), Monaco, Éd. du Rocher, 1988, 420 p. / Paris, Gallimard, coll. Folio, 1998, 672 p.

[2] Dernière traduction en 2015 aux éditions Gallimard.

 

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https://www.bastamag.net/France-insoumise-deputee-caroline-Fiat-aide-soignante-Ehpad-assemblee-nationale-CHU-Nancy

« Pourquoi le gouvernement ne veut-il pas de mon aide ? Parce que je ne suis qu’une aide-soignante ? »

par Rachel Knaebel 5 mai 2020

 

Caroline Fiat est députée de la France insoumise. Aide-soignante de profession, elle est, comme certains autres élus, retournée exercer dans un service de réanimation Covid à Nancy. Quelle est sa perception de la gestion de la crise par le gouvernement ? Comment voit-elle la sortie du confinement ? Entretien.

Basta ! : Vous êtes retournée travailler comme aide-soignante au CHU de Nancy lors du pic de l’épidémie. Cette mission est aujourd’hui terminée. La situation s’est-elle normalisée ?

CC Jean-Luc Hauser via Wikimedia Commons.

Caroline Fiat [1] : Deux services de réanimation dédiés à des cas de Covid-19 vont être fermés à Nancy, donc ils n’avaient plus besoin de moi. C’est une bonne nouvelle. Je m’étais engagée pour un mois renouvelable si besoin, et il n’y a pas eu besoin. Cela veut dire que les choses vont mieux. Quand vous prenez en charge un patient, c’est difficile de le quitter, on veut connaître la suite. Alors, je demande des nouvelles aux collègues. Dans notre service, nous avons eu beaucoup de patients d’Alsace, des Vosges, peu d’habitants de Meurthe-et-Moselle, donc le confinement a l’air d’avoir bien fonctionné dans notre département.

 

Comment jugez-vous la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement ? Pensez-vous que le confinement a été décidé trop tard ?

Bien malin celui qui dit qu’il aurait déclaré le confinement plus tôt, car cette épidémie nous est tombée dessus d’une manière que nous n’attendions pas. Ce que je regrette, ce sont les mensonges. On n’avait pas de masques, il fallait l’assumer. On entendait tous les jours des responsables du gouvernement dire « les masques arrivent, les masques arrivent ». Non, ils n’arrivaient pas. Quel était l’intérêt de mentir ? Il fallait trouver d’autres solutions. En Meurthe-et-Moselle, le préfet a fait appel aux dons des entreprises. Nous avons trouvé de cette manière 90 000 masques FFP2 qu’on a fait distribuer. Heureusement que nous n’avons pas écouté Olivier Véran qui nous disait que les masques arrivaient le lendemain !

Je pense que s’il y avait eu plus d’honnêteté, on aurait trouvé des solutions par la solidarité. La communication n’était pas la bonne. En crise sanitaire, cela ne sert à rien de mentir, il faut assumer et dire, on n’a pas de masques, on va peut-être manquer de réanimateurs là, de places en réa ici, il va falloir monter un hôpital de campagne… L’honnêteté est bien moins anxiogène ! Quand vous mentez, les gens n’ont pas confiance et cela crée encore plus d’angoisse.

Lire aussi : Le CHU de Nancy, symbole de la désorganisation managériale de l’hôpital public

Je reprends ici ma blouse de soignante : quand on explique à une personne malade son traitement, qu’elle a tant de chances de s’en sortir, tant de risques, quand vous expliquez tout sans mentir, 50 % du soin est déjà réalisé. J’en veux à Olivier Véran car il est médecin, il sait cela. Je ne comprends pas sa gestion. Je l’ai alerté à plusieurs reprises par des questions écrites et par SMS. Quand je trouvais que c’était vraiment urgent, je me suis permise de l’alerter en direct. Je lui ai proposé mon aide, il n’a pas saisi cette main tendue.

Dès le départ, quand Emmanuel Macron a parlé d’unité nationale, j’ai pensé qu’effectivement, on ne fait pas de la politique sur une crise sanitaire. J’ai changé mon fusil d’épaule. J’ai l’impression que, pour eux, « unité nationale » signifie bâillonner l’opposition et faire en sorte qu’on les admire. Non, l’unité nationale, c’est de ne pas laisser le gouvernement aller dans le mur. Pourquoi ne veulent-ils pas de mon aide ? Parce que je ne suis qu’une aide-soignante ? Parce que je suis une insoumise ? Je trouve leur façon de faire très méprisante.

 

Dans cette crise, les infirmières, les aides-soignantes, les agents de nettoyage des hôpitaux, sont mis en avant, leur travail est reconnu. Pensez-vous que cela va changer la perception à long terme de ce travail de terrain, indispensable mais mal payé ?

J’attends les actes. Il faut donner les moyens financiers, matériels et humains de travailler. Là, on est en pleine crise, donc, c’est « quoi qu’il en coûte », toutes les vannes sont ouvertes. Je trouve cependant que Gérald Darmanin [ministre des Comptes publics] répète bien trop souvent que la Sécurité sociale va atteindre 41 milliards d’euros de déficit. Il est donc à craindre que ce soit pour nous dire, dans quelques semaines, qu’il va falloir faire des économies.

 

Dans votre travail d’aide-soignante, avant de devenir députée, avez-vous constaté la dégradation des conditions de travail et de soins ?

Oui, j’étais en Ehpad. Nous n’avions pas assez de matériel, pas assez de personnel. Je me suis battue pour que ça change. J’ai travaillé dans des Ehpad publics et en privé lucratif, où c’est encore pire.

 

Cette crise révèle la situation très difficile dans les Ehpad, où l’épidémie a fait des milliers de morts. Comment changer les choses ?

Suivre les préconisations du rapport parlementaire Fiat-Iborra rendu en mars 2018 ! [2]. Nous y disions qu’il fallait donner les moyens humains et matériels pour traiter dignement nos résidents, avec un ratio minimal de soignants, et qu’il faut trouver des solutions pour stopper cette maltraitance, qui n’est même plus institutionnelle, mais gouvernementale. Cela fait trois ans que je leur dis la réalité dans les Ehpad, cela fait deux ans qu’on leur a rendu ce rapport. Rien n’est arrivé. Aujourd’hui, c’est l’hécatombe. Je suis très en colère. Quand vous faites des erreurs sur un autre sujet, vous perdez peut-être de l’argent, ici, ça se compte en morts.

 

Sur la question des médicaments, des masques, des respirateurs, le projet d’une industrie publique du médicament et de la santé, et de sa relocalisation, est-il porté par la France insoumise ?

On le porte depuis la présidentielle. Pour avoir de quoi subvenir nous-mêmes à nos besoins. Dire que nous n’avons pas besoin de fabriquer nous-mêmes parce qu’ils le font très bien en Chine, on voit bien que cela ne marche pas. Nous ne sommes même plus capables d’être autonomes en médicaments, malgré tous les labos pharmaceutiques dont nous disposons. Beaucoup de gens, je pense, auront pris conscience dans cette crise que nous avions des usines qui fabriquaient des masques, qu’on les a fermées pour faire des économies parce que cela coûtait moins cher à fabriquer ailleurs. La crise sanitaire montre au contraire que ces économies coûtent cher en vies humaines. Peut-être qu’à l’avenir, nous ne serons plus regardés de la même façon quand on parlera de nationalisations, de produire local, de circuits courts.

 

Êtes-vous sceptique sur la perspective de déconfiner à partir du 11 mai ?

Je pense que le gouvernement fait encore une fois tout à l’envers. Le gouvernement dit « on déconfine » mais il n’a rien préparé. Cela met tout le monde en danger. Le gouvernement et le président sont entourés de plein de gens compétents qui, avec les parents d’élèves, les enseignants, les personnels soignants, les infirmières scolaires, peuvent travailler à l’organisation nécessaire, à ce qu’il faut mettre en place. Donner une date et ensuite réfléchir à comment faire, cela n’a pas de sens. Cela revient à la question de la confiance. Il faut dire la vérité. C’est aussi de la responsabilité politique d’assumer quand on ne sait pas. Ça ne sert à rien de faire de la langue de bois.

 

Au niveau politique, le travail continue pour les député.es ?

Au sein de la commission des affaires sociales, j’ai été nommée à nouveau co-rapporteure avec Monique Iborra [députée LREM] sur la gestion de la crise sanitaire dans le médico-social. Cela signifie beaucoup d’auditions, de visioconférences, avec les enfants à la maison [Les enfants de Caroline Fiat parlent et jouent en fond tout au long de notre entretien.]. Télétravailler avec des enfants, ce n’est pas simple, et jouer le rôle de l’enseignante en plus entre deux visioconférences non plus. Je le vis au quotidien. Je félicite les parents qui réussissent à faire cela.

 

(video https://www.youtube.com/watch?v=OVgEZ2tjZBk

Caroline Fiat, en septembre 2019 à l’Assemblée nationale, sur les mouvements des soignants dans l’hôpital public. )

 

Cette période où l’on réfléchit à ce qu’il faudrait construire pour le « monde d’après » semblerait propice à faire se rassembler les gauches, mais on voit des conflits, sur les réseaux sociaux, entre la France insoumise et EELV…

Je n’aime pas trop les expressions « union de la gauche », « rapprochement des gauches ». Souvent, dans l’hémicycle, nous défendons les mêmes amendements, les groupes, PC, PS et FI [Il n’y a plus de députés EELV à l’Assemblée nationale depuis 2017]. Je me dis il n’y a pas besoin de rapprochement, nous sommes sur les mêmes positions dans le travail parlementaire. Après une crise comme celle que nous vivons, ce serait bien de voir que beaucoup d’amendements nous rapprochent plus qu’ils ne nous divisent, mais ce n’est pas à mon niveau que cela se décide…

Au Parlement, nous nous trouvons face à un mur. La majorité est vraiment sectaire. Tant qu’une demande ne vient pas d’eux, elle ne passe pas. J’ai souvent alerté les élus de la majorité dans l’hémicycle sur la situation dans les établissements de santé, hormis se moquer parfois, ils n’ont rien fait. Je me suis énervée, il y a des vidéos que des militants ressortent aujourd’hui de mon quotidien dans l’hémicycle qui résonnent différemment avec la crise. De retour à l’Assemblée nationale, je ne sais pas si je serai plus écoutée, mais je serai plus combattante.

Recueilli par Rachel Knaebel

 

 

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Tout est colonial

Posté par elianguesard le 6 mai 2020

AuNomdupeupleF

Les traces des massacres coloniaux sont indélébiles: https://rebellyon.info/8-Mai-1945-Massacre-de-Setif

https://rebellyon.info/2-mars-1960-massacres-au-Cameroun

La Françafrique continue de nos jours comme hier, la responsabilité dans le génocide au Rwanda;

https://survie.org/topics/genocide-of-tutsis-in-rwanda/nos-actions-en-justice/article/nos-actions-judiciaires-concernant-le-genocide-des-tutsis-au-rwanda

N’oubliez pas

- que le virus est colonial

https://mrmondialisation.org/moisissure-sous-les-tropiques-le-virus-la-metropole-et-ses-confettis/

- que le nucléaire est colonial

https://bellaciao.org/fr/spip.php?article160069

- avec ses cancers

 

Et que les énergies dites « renouvelables » sont coloniales

https://espoirchiapas.blogspot.com/search?q=%C3%A9nergie+renouvelable

https://espoirchiapas.blogspot.com/2019/08/les-investissements-dedf-ont-entraine.html

viernes, 30 de agosto de 2019
Les investissements d’EDF ont entraîné une violence génocidaire contre le peuple Binniza au Mexique »

https://lavoiedujaguar.net/Energie-renouvelable-et-genocide-Electricite-de-France-dans-l-isthme-de

https://espoirchiapas.blogspot.com/2019/12/mexique-megaparcs-eoliens-et-resistance.html

sábado, 7 de diciembre de 2019
Mexique : mégaparcs éoliens et résistance zapotèque

https://espoirchiapas.blogspot.com/2020/04/au-mexique-pour-imposer-ses-parcs_1.html

miércoles, 1 de abril de 2020
Au Mexique pour imposer ses parcs éoliens, EDF mise en demeure pour violation des droits humains.
La danse de la mort d’EDF dans le sud-est du Mexique
Des nouvelles de l’isthme de Tehuantepec

https://espoirchiapas.blogspot.com/2013/10/honduras-depredations-transnationales.html

https://espoirchiapas.blogspot.com/2013/03/barrage.html

miércoles, 13 de marzo de 2013
LES BARRAGES DANS LE SUD-EST MEXICAIN : DÉFENDRE L’EAU, C’EST DÉFENDRE LA VIE

 

https://espoirchiapas.blogspot.com/2018/02/connaitre-les-conseilleres-du-conseil_3.html

Connaître les conseillères du Conseil Indigène de Gouvernement: Bettina Lucila Cruz

Mexique – Fleurs dans le désert : Bettina Lucila Cruz Velázquez

Cette folie de colonialisme occupe aussi l’espace jusqu’à la planète Mars. Mais y a-t-il quelqu’un sur la terre pour dire à ces richissimes psychopathes  que de continuer d’envoyer des satellites et des vaisseaux dans l’espace nécessite d’exterminer les habitants de la terre? la vider de sa substance; la vie.

Jusqu’à

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Un premier Mai

Posté par elianguesard le 1 mai 2020

Un premier Mai contre l’esclavage de la société industrielle

https://www.partage-le.com/2020/05/01/cest-le-1er-mai-vive-la-journee-contre-le-travail-et-contre-le-capitalisme-et-vive-lanarchie-par-nicolas-casaux/

C’est le 1er mai : vive la jour­née contre le travail et contre le capi­ta­lisme, et vive l’anar­chie (par Nico­las Casaux)

Publié le 1 mai 2020

Désor­mais immanqua­ble­ment présen­tée par nos diri­geants — au travers d’une de ces splen­dides inver­sions des réali­tés dont ils ont le secret — comme une célé­bra­tion du travail, de la servi­tude moderne qu’ils imposent, cette jour­née, dont les origines sont ouvrières et anar­chistes, instau­rée en mémoire du massacre de Haymar­ket Square du 4 mai 1886, découle histo­rique­ment d’une oppo­si­tion au travail tel qu’il est défini et imposé par le capi­ta­lisme et l’État. Ce 4 mai 1886, un rassem­ble­ment et une marche sont orga­ni­sés à Chicago, en protes­ta­tion contre la violente (meur­trière) répres­sion poli­cière que subissent les ouvriers. Plusieurs anar­chistes prennent la parole, dont Albert Richard Parsons. En fin de jour­née, les poli­ciers chargent, tentant de disper­ser le rassem­ble­ment. Une bombe est lancée au milieu des agents, qui se mettent à ouvrir le feu sur la foule. Plusieurs civils et poli­ciers sont tués.

Après cette échauf­fou­rée, en guise de vengeance, sept hommes sont arrê­tés, accu­sés des meurtres (de poli­ciers) de Haymar­ket. August Spies, George Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg, Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fiel­den. Un huitième nom s’ajoute à la liste quand Albert Parsons se livre à la police. Le 19 août, au terme d’un procès parti­cu­liè­re­ment inique, tous sont condam­nés à mort, à l’ex­cep­tion d’Os­car Neebe qui écope de 15 ans de prison. Un vaste mouve­ment de protes­ta­tion inter­na­tio­nal se déclenche — on appren­dra, ulté­rieu­re­ment, que tous les accu­sés étaient inno­cents. Les peines de mort de Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fiel­den sont commuées en prison à perpé­tuité (ils seront tous les trois graciés le 26 juin 1893). Louis Lingg se suicide en prison. Quant à August Spies, George Engel, Adolph Fischer et Albert R. Parsons, ils sont pendus le 11 novembre 1887. Les capi­taines d’in­dus­trie furent invi­tés à assis­ter à la pendai­son.

Au cours du procès, Albert Richard Parsons prononce un discours inti­tulé « Nous voulons la liberté pour l’es­clave » (We Seek Liberty for the Slave), qui pour­rait bien avoir été écrit hier soir, et dont voici quelques extraits (traduits par mes soins, à partir du discours origi­nal, en anglais, que vous pouvez lire ici) :

« Je sais ce que la vie réserve aux masses. J’étais des leurs. Je dormais dans leurs mansardes, et vivais dans leurs clapiers. Je les ai vus travailler et mourir. Je travaillais avec des filles en usine — qui se pros­ti­tuaient, parce qu’elles ne pouvaient pas gagner assez pour vivre. Je voyais des femmes malades à cause du surme­nage, brisées dans leur corps et dans leur esprit à cause de la vie qu’elles étaient obli­gées de mener. J’ai vu des filles de dix à quatorze ans travailler pour une somme déri­soire. J’ai vu comment leur moral était détruit par le langage gros­sier et vil et le mauvais exemple de leurs igno­rants collègues de travail, qui les condui­saient elles-aussi sur ce même chemin de la misère, et en tant qu’in­di­vidu je ne pouvais rien faire. J’ai vu des familles affa­mées et des hommes valides travailler jusqu’à la mort.

[…] Avant tout, notre pers­pec­tive, celle des anar­chistes, consi­dère que tout gouver­ne­ment est despo­tisme ; que le gouver­ne­ment est une orga­ni­sa­tion d’op­pres­sion, et que la loi, le droit, est son agent. L’anar­chie est anti-gouver­ne­ments, anti-dicta­teurs, anti-patrons et anti-diri­geants. L’anar­chie est la néga­tion de la force ; l’éli­mi­na­tion de toute auto­rité dans les affaires sociales ; la néga­tion de la domi­na­tion d’un homme sur un autre. C’est le partage des droits, du pouvoir, des devoirs, égale­ment et libre­ment entre tous les indi­vi­dus.

[…] Le travailleur dispose d’un droit natu­rel à la vie, et comme la vie est impos­sible sans moyens de produc­tion, le droit à la vie implique un droit égal à des moyens de produc­tion. Le droit légal du capi­ta­liste est pratique­ment l’af­fir­ma­tion selon laquelle un homme dispose d’un plus grand droit à la vie qu’un autre homme, puisqu’il nie l’éga­lité des condi­tions natu­relles. Notre système social actuel est donc basé sur la léga­li­sa­tion du vol, de l’es­cla­vage et du meurtre. L’ou­vrier qui ne reçoit qu’une simple pitance comme fruit de son labeur est volé. L’ou­vrier forcé de mendier du travail et de l’ac­cep­ter à n’im­porte quelles condi­tions sous peine de mourir de de faim est un esclave. L’ou­vrier inca­pable de trou­ver de travail mais trop fier pour mendier, voler ou deve­nir pauvre, est assas­siné au travers d’une lente priva­tion.

[…] Dire à l’es­clave : “tu es libre de penser que tu devrais être libre, mais tu n’as pas le droit d’être libre”, quelle farce ! Me forcer à travailler et à souf­frir pour votre bien, puis me conso­ler en me disant que je suis libre de penser ce que je veux, c’est une insulte à la liberté. C’est le fruit de l’au­to­rité, de la force, du gouver­ne­ment.

[…] L’état présent de la société se fonde sur — et est garanti et perpé­tué — par l’usage de la force. Le système capi­ta­liste d’aujourd’­hui ne tien­drait pas vingt-quatre heures sans les baïon­nettes et les matraques de sa milice et de sa police.

[…] Les travailleurs sont sans pays. Partout, ils sont dépos­sé­dés, et l’Amé­rique ne fait pas excep­tion. Les esclaves sala­riés sont les larbins des riches dans tous les pays. […] À l’ave­nir, les travailleurs ne combat­tront que pour leur propre défense, et ne travaille­ront que pour eux-mêmes et non pour un autre. Tous les gouver­ne­ments sont des conspi­ra­tions visant à asser­vir les travailleurs.

Exami­nez donc la mora­lité du système capi­ta­liste. Dans le système capi­ta­liste, tout est à vendre. L’amour, l’hon­neur, la liberté, tout est à vendre ; tout a son prix, dans ce système marchand moderne ; le profit et la perte ; […] et cela incite chaque homme à être un menteur et un hypo­crite. On apprend aux hommes à être hypo­crites, à porter un masque, à mentir, à tout défor­mer. Aucun homme ne peut être honnête et réus­sir dans les affaires ou gagner de l’argent. C’est impos­sible. L’hon­nê­teté est punie par la pauvreté, tandis que la malhon­nê­teté se délecte dans tous les luxes. »

Non, rien, vrai­ment, rien n’a changé, n’est-ce pas ?

 

 

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http://bellaciao.org/fr/spip.php?article163416

de : Rosa
vendredi 1er mai 2020 – 21h59 – Un premier Mai report_logo Signaler aux modérateurs

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https://www.contretemps.eu/premier-…

Quelles sont les origines du 1er mai ?,

par Rosa Luxemburg

L’heureuse idée d’utiliser la célébration d’une journée de repos prolétarienne comme un moyen d’obtenir la journée de travail de 8 heures1, est née tout d’abord en Australie. Les travailleurs y décidèrent en 1856 d’organiser une journée d’arrêt total du travail, avec des réunions et des distractions, afin de manifester pour la journée de 8 heures. La date de cette manifestation devait être le 21 avril. Au début, les travailleurs australiens avaient prévu cela uniquement pour l’année 1856. Mais cette première manifestation eut une telle répercussion sur les masses prolétariennes d’Australie, les stimulant et les amenant à de nouvelles campagnes, qu’il fut décidé de renouveler cette manifestation tous les ans.

De fait, qu’est-ce qui pourrait donner aux travailleurs plus de courage et plus de confiance dans leurs propres forces qu’un blocage du travail massif qu’ils ont décidé eux-mêmes ? Qu’est-ce qui pourrait donner plus de courage aux esclaves éternels des usines et des ateliers que le rassemblement de leurs propres troupes ? Donc, l’idée d’une fête prolétarienne fût rapidement acceptée et, d’Australie, commença à se répandre à d’autres pays jusqu’à conquérir l’ensemble du prolétariat du monde.

Les premiers à suivre l’exemple des australiens furent les états-uniens. En 1886 ils décidèrent que le 1er mai serait une journée universelle d’arrêt du travail. Ce jour-là, 200 000 d’entre eux quittèrent leur travail et revendiquèrent la journée de 8 heures. Plus tard, la police et le harcèlement légal empêchèrent pendant des années les travailleurs de renouveler des manifestations de cette ampleur. Cependant, en 1888 ils renouvelèrent leur décision en prévoyant que la prochaine manifestation serait le 1er mai 1890.

Entre temps, le mouvement ouvrier en Europe s’était renforcé et animé. La plus forte expression de ce mouvement intervint au Congrès de l’Internationale Ouvrière en 18892. A ce Congrès, constitué de 400 délégués, il fût décidé que la journée de 8 heures devait être la première revendication. Sur ce, le délégué des syndicats français, le travailleur Lavigne3 de Bordeaux, proposa que cette revendication s’exprime dans tous les pays par un arrêt de travail universel. Le délégué des travailleurs américains attira l’attention sur la décision de ses camarades de faire grève le 1er mai 1890, et le Congrès arrêta pour cette date la fête prolétarienne universelle.

À cette occasion, comme trente ans plus tôt en Australie, les travailleurs pensaient véritablement à une seule manifestation. Le Congrès décida que les travailleurs de tous les pays manifesteraient ensemble pour la journée de 8 heures le 1er mai 1890. Personne ne parla de la répétition de la journée sans travail pour les années suivantes. Naturellement, personne ne pouvait prévoir le succès brillant que cette idée allait remporter et la vitesse à laquelle elle serait adoptée par les classes laborieuses. Cependant, ce fût suffisant de manifester le 1er mai une seule fois pour que tout le monde comprenne que le 1er mai devait être une institution annuelle et pérenne.

Le 1er mai revendiquait l’instauration de la journée de 8 heures. Mais même après que ce but fût atteint, le 1er mai ne fût pas abandonné. Aussi longtemps que la lutte des travailleurs contre la bourgeoisie et les classes dominantes continuera, aussi longtemps que toutes les revendications ne seront pas satisfaites, le 1er mai sera l’expression annuelle de ces revendications. Et, quand des jours meilleurs se lèveront, quand la classe ouvrière du monde aura gagné sa délivrance, alors aussi l’humanité fêtera probablement le 1er mai, en l’honneur des luttes acharnées et des nombreuses souffrances du passé.

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En France premier mai 1891

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusil…

La fusillade de Fourmies est un évènement qui s’est déroulé le 1er mai 1891 à Fourmies (Nord). Ce jour-là, la troupe met fin dans le sang à une manifestation qui se voulait festive pour revendiquer la journée de huit heures. Le bilan est de dix morts, dont deux enfants, et de 35 blessés. Bien que les forces de l’ordre aient été mises en cause, neuf manifestants furent condamnés pour entrave à la liberté de travail, outrage et violence à agent et rébellion, à des peines de prison de deux à quatre mois fermes.

Petite ville de 2 000 habitants au début du XIXe siècle, Fourmies a connu une croissance industrielle et démographique rapide à la fin du XIXe siècle grâce à l’industrie textile1. En 1891, elle comptait 37 filatures de coton et de laine, 15 000 habitants, en majorité des ouvriers. Le centre lainier représente alors près d’un cinquième de l’industrie lainière française et la région fourmisienne est le premier centre mondial de la laine peignée2. La distance la séparant de la frontière belge n’est que de huit km, près de 20 % des habitants étaient belges en 18861.

Dans les usines austères et insalubres, le travail dure 12 h/jour, parfois 15, six jours sur sept. Les salaires des ouvriers du textile sont particulièrement bas3. À l’époque, le principal ouvrage de Jules Barni, La morale dans la démocratie, explique que la misère endémique de l’ouvrier est principalement due au manque d’instruction, d’éducation et à l’alcoolisme4.

À partir de 1885, l’industrie textile dans le Nord-Pas-de-Calais commença à rencontrer des difficultés5. Cette crise de rentabilité fut directement répercutée sur les ouvriers, par des mises au chômage et des baisses de salaires alors que le prix de la nourriture et des loyers augmentait6.

Dans ce centre lainier, plusieurs grèves ont éclaté, notamment en juin 1886 où un millier d’ouvriers manifestèrent dans les rues de Fourmies7.

L’hiver 1890-1891 fut particulièrement rigoureux, au cours de celui-ci 3 000 habitants doivent être secourus8. De nouvelles grèves éclatèrent en avril 1891 dans plusieurs usines. Appel à la grève Tract de la fête du 1er mai 1891 à Fourmies.

Le droit de grève est légalisé depuis la loi Ollivier du 25 mai 1864, mais les syndicats n’étaient autorisés que depuis 1884.

Dans le Nord de la France, les socialistes guesdistes, très implantés dans la région, tentent d’y organiser les ouvriers. Hippolyte Culine fonde en 1888 une section locale du Parti ouvrier français.

L’Internationale ouvrière décida, lors du congrès de Paris (en) en 1889, de faire du Premier mai une journée de revendication internationale pour réclamer la journée de huit heures9. Cette date correspondait entre autres aux premières manifestations à Chicago qui se terminèrent par le massacre de Haymarket Square. Les « mises en demeure » de cette première journée internationale des travailleurs de 1890 s’étaient déroulées en France sans trop de heurts10.

L’année suivante, le parti ouvrier souhaitait assurer le succès du premier mai en province. Les grèves qui s’achevaient à Fourmies et Wignehies leur valurent la visite de Paul Lafargue (gendre de Karl Marx), alors l’un des dirigeants nationaux des socialistes guesdistes, pour des meetings incitant à la grève générale du 1er mai.

Dans les jours suivants, des tracts décrivant le programme de la journée sont distribués. La manifestation devait se dérouler dans une ambiance festive et pacifique. À 10 heures, les ouvriers doivent porter leurs revendications à la mairie, puis un pique-nique familial est prévu dans l’estaminet « Le Cygne ». Des festivités l’après-midi et un bal en soirée sont inscrits sur le programme établi par Hippolyte Culine, animateur local du Parti ouvrier. Il se conclut par cette adresse : « Le plus grand calme est recommandé ; pas de tumulte, pas de récriminations personnelles. Le Parti Ouvrier veut le droit et la justice, et en demandant le respect de lui-même, il compte sur le respect moral de chacun pour faire aboutir par la raison, ses justes revendications. »

suite sur lien

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