Elle était Juste anti-nucléaire- Les Belbeoch pour l’humanité

Posté par elianguesard le 4 octobre 2016

Elle s’appelait Bella comme une chanson Bellaciao . Avant de partir elle remercia les Justes, mais elle aussi elle était Juste ; « elle était Juste anti-nucléaire »

 

bella&RogerBelbeoch

 Article complet  à télécharger: fichier pdf elleEtaitJusteAntiNucléaire

« ...ont la tristesse de faire part du décès de

Bella BELBÉOCH,

née GOLDSZTEIN,

physicienne, retraitée du CEA et antinucléaire, survenu le 24 septembre 2016, à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Selon sa volonté, elle a été incinérée sans rite ni cérémonie.

« Merci à l’Auvergnat de la rue de la Fontaine-au-Roi.Merci à la surveillante de l’EPS Edgar-Quinet.

Merci aux habitants du Joux et de Roussines, aux parents d’Andrée à la Souterraine qui m’ont assuré la sécurité et où j’ai vécu dans une atmosphère chaleureuse jusqu’au 6 juin 1944.

Merci à ma professeure de mathématiques qui m’a procuré une carte d’identité vierge de la mairie de Pionnat.

Merci aux maquisards de Georges Guingouin dont les coups de main ont occupé la milice à plein temps les empêchant de finir leur sale besogne.

Merci à tous les Justes parmi les Nations. J’espère qu’en France il y aura toujours des personnes solidaires des persécutés. »

Bella, 16 juillet 2016.

(olivier.marc) »

 

 

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http://www.ajpn.org/personne-Bella-Goldstein-3399.html

 

Histoire

Bella Goldstein, élève au Collège de La Souterraine

Bella Goldstein a quatorze ans quand, en septembre 1942, elle entre à l’internat de l’École Primaire Supérieure qui deviendra le Collège de Jeunes Filles de La Souterraine.

Bella Goldstein est née en France de parents d’origine polonaise naturalisés en 1930. Son père, ouvrier tailleur à Paris, est arrêté le 20 août 1941, lors d’une rafle consécutive au bouclage du XIe arrondissement. Quoique français, il est enfermé à Drancy où les privations que subissent les prisonniers dégradent rapidement son état de santé. Il ne pèse plus que 36 kg quand, cachectique, il est libéré deux mois et demi plus tard pour raison médicale. Il rejoint ensuite, clandestinement, la zone sud.

Sa mère, qui échappe de peu à la rafle du Vel d’Hiv’ parvient elle aussi à franchir la ligne de démarcation avec son plus jeune fils.

La famille se retrouve donc, au cours de l’été 1942, dans un hameau de l’Indre, près de Saint-Benoit-du-Sault.

Voici son témoignage :
« L’entrée à l’internat
On nous avait dit à Saint-Benoit-du-Sault, dans l’Indre, que l’École Primaire Supérieure de La Souterraine était bien meilleure que celle de Saint-Gauthier. C’est ainsi qu’en septembre 1942, après avoir été accompagnée par mon frère en vélo jusqu’à la gare de Saint-Sébastien, je pris le train pour La Souterraine.

La bâtisse de l’EPS, à côté de l’église massive, n’avait rien d’engageant : malgré le petit jardin sur le devant, elle paraissait bien sévère et la perspective d’y être interne n’avait rien d’enthousiasmant.

Mon père, tailleur au Joux où nous étions réfugiés, un petit hameau à quatre kilomètres de Saint-Benoit, m’avait confectionné pour la circonstance une jolie petite veste bicolore, bleu marine dans le dos, bleu ciel sur le devant, avec des boutons métalliques bien brillants. Manifestement, cela ne suffit pas à rendre souriante Madame Noël, la directrice, qui me parut très circonspecte. Je ne compris que plus tard que c’était sans doute la première fois qu’elle admettait une interne de quatorze ans non accompagnée de quelque parent adulte (et boursière de surcroît). J’entrai en troisième.

Le passage de la ligne de démarcation
J’avais quitté Paris en juillet, quelques jours seulement avant la grande rafle du Vel’ d’Hiv. où furent parqués les Juifs de Paris, hommes, femmes, vieillards, enfants… Je passai la ligne de démarcation dans un train spécial d’écoliers et d’étudiants. Les compartiments de mon wagon furent contrôlés par deux soldats allemands. L’un d’eux parlait français et fut ravi de le pratiquer avec les sept petits enfants de la comtesse X. qui occupaient bruyamment le compartiment, moi blottie dans un coin près du couloir.

« Le Maréchal sera content » dit-il en les contemplant, et il passa à l’examen de ma carte d’identité scolaire de l’EPS Edgar Quinet à Paris. Il scruta mon visage et ma carte alternativement pendant un temps qui me sembla durer un siècle… et quitta le wagon. J’étais sauvée.

La première année fut terrible de solitude…
L’examen soupçonneux de Madame Noël ne fut finalement qu’une bagatelle. Être dans une école, c’était pour moi une mise entre parenthèses, dans un coin protégé et paisible. Mais être interne, comment ce serait ? La première année fut terrible de solitude.

L’internat en 1942…
Je fus surprise par le dortoir, grand rectangle où il y avait bien une trentaine de lits côte à côte le long de trois murs, avec en plus une rangée centrale. Le mur vide était occupé par une kyrielle de robinets d’eau froide. C’est là qu’on se lavait.

Avec le recul, ça paraît sommaire. Je ne me souviens pas avoir vu quiconque faire sa toilette intime. Il est vrai que la plupart des internes partait en « décalé » toutes les quinzaines. Les autres – dont j’étais – on pouvait toujours aller chercher un broc d’eau chaude le week-end à la cuisine. Il n’y avait pas d’endroit isolé, à part le lit de la pionne, entouré de draps suspendus et formant alcôve.

Je me souviens d’une conférence faite par le docteur X (collaborateur qui fut exécuté par la Résistance) sur l’hygiène et les soins corporels. « Se laver les aisselles au moins une fois par quinzaine. De même pour les pieds. La toilette intime, une fois par semaine », etc. Toutes, nous écrivions sous la dictée. Jamais assistance ne fut plus assidue à prendre des notes, car ces conseils n’étaient pas superflus.

Les internes étaient chargées du ménage qu’il fallait effectuer sitôt le petit déjeuner avalé, juste avant la classe. Moi qui m’étais toujours arrangée pour y couper à la maison parce que j’avais toujours un livre à lire, j’ai eu du mal à m’y faire. Le « bon ménage », c’était de récupérer le salon, où il y avait le piano. Le pire était d’être chargée du grenier, où s’empilaient malles et paniers, et où il fallait chasser la moindre toile d’araignée. J’héritais un jour de cette corvée, et fus rapidement envahie d’une furonculose sur le visage rebelle à tout traitement. Le médecin me dispensa du grenier… La furonculose partit le jour où il se décida à me faire des piqûres. La crainte des piqûres réussit là où tout le reste avait échoué !

Il fallait aussi faire le feu dans les classes. Je crois que cette fois c’était le lot des externes. J’étais fascinée par celles qui réussissaient à faire flamber la tourbe sans trop de fumée, dans ces gros poêles cylindriques qui se mettaient à ronfler. Je ne me souviens pas avoir eu froid en classe : par contre, certaines nuits d’hiver m’ont paru interminables quand l’endormissement ne m’avalait pas d’un coup à cause du chuchotement continu des « payses » qui avaient tant de choses à se raconter et dont j’étais exclue.

Mademoiselle, j’ai besoin de sortir.
La nuit, le dortoir était bouclé et il fallait prendre la clé derrière l’alcôve de la pionne. Je m’étonne aujourd’hui de ce qu’il n’y ait jamais eu de va-et-vient permanent.

Je détestais les promenades du dimanche…
Je détestais les promenades du dimanche où il fallait déambuler en rangs dans les rues de la ville. On se dispersait en troupeau passé la dernière maison – « direction l’étang du Cheix » ou bien « la tour de Bridiers », au gré des surveillantes.

Je n’ai rien vu de la campagne environnante. Ce n’est que tout récemment que j’ai découvert comme elle était grandiose avec ses collines et ses prairies, ses chênes et ses châtaigneraies, sauvage et par là même accueillante, pleine de douceur par l’intimité de ses haies.

N’ayant pas « grandi » dans l’internat, j’en ignorais les ficelles. Avec un correspondant en ville, j’aurais pu sortir du bahut les jeudis et dimanches. Peut-être me sentais-je protégée de ne pas savoir ce qui se passait au-dehors, dans la ville qui pour moi ne pouvait être que cruelle ?

Mais la solitude était le prix de cette protection. Il me fallait donc, le dimanche matin, accompagner les scouts dans le petit jardin devant l’école pour le lever aux couleurs et entonner « Maréchal, nous voilà ». Une fois, j’ai réussi à me cacher dans la lingerie, mais je n’ai pas pu récidiver, la pionne m’avait à l’œil.

La nourriture…
Et la nourriture demanderez-vous ? Le problème majeur de la quasi-totalité des Français durant ces années-là. Bien sûr, il y eut au menu beaucoup de topinambours dont je raffolais car ils ont vraiment le goût d’artichaut, et des rutabagas et des haricots aux charançons. Le réfectoire était spacieux avec des tables de dix à douze élèves. Le repas fini, une grande soupière d’eau chaude était ramenée de la cuisine et posée au milieu de la table. On y trempait en chœur nos couverts personnels pour les laver : j’ai viré ma cuti cette année-là.

Mon meilleur repas de la journée, c’était le « café » au lait du matin. Je n’ai jamais su de quelle orge il était préparé, mais sa bonne odeur me nourrissait déjà. Le pire moment était le goûter où Mademoiselle D. distribuait équitablement les tranches de pain. Tout le monde se précipitait ensuite dans une grande pièce au sous-sol où se trouvaient, bien cadenassées, les boîtes à provision personnelles des internes. Mon problème était de disposer d’une boîte à provision quasiment vide. Valait-il mieux manger tout de suite le beurre que je recevais de mes parents – obtenu par troc, du beurre contre une vareuse confectionnée à partir d’une couverture – ou bien le tronçonner en tout petits bouts, quitte à ce qu’il soit rance à la fin ? A côté de moi, mes camarades extirpaient de leurs boîtes pain blanc, pâtés en croûte, brioches dorées à point. Il était bon alors d’être fille de paysan, mais quel supplice pour moi.

Cependant, rassurez-vous, globalement deux années de ce régime m’ont parfaitement réussi : chétive gamine à l’arrivée, je suis retournée à Paris avec dix kilos de plus et la puberté finie.

Les études surveillées
Après le goûter, c’était l’étude surveillée jusqu’au souper. Si j’en crois les propos désabusés des professeurs d’aujourd’hui, les salles d’étude leur apparaîtraient comme d’impensables lieux de sérieux. Bien sûr, il y avait parfois quelque chahut, ou des demandes de renseignements de l’une à l’autre un peu bruyantes.

X. taisez-vous.
- X. encore une fois, taisez-vous ou je vous envoie chez la directrice.
- Oh non mademoiselle !… étaient les répliques habituelles. Quelle mouche m’a piquée un jour quand j’ai changé le scénario qui au fond n’était pas une menace réelle. Au lieu du « oh non, mademoiselle », je me suis levée et j’ai dit : – Eh bien j’y vais ! Et, dans le silence général, je suis sortie. La porte refermée, j’étais plutôt paniquée à l’idée de cette seconde entrevue avec la directrice. Elle était majestueuse, Madame Noël, mais avait une réputation de sévérité épouvantable. C’est vrai que ses colères étaient terribles.
Je revois la scène :
- Vous faites preuve d’une indiscipline inadmissible !
Je crois pourtant que cet éclat fut à l’origine de la sympathie qu’elle me témoigna par la suite.

Des cours qui m’ont aidée à vivre
Heureusement, il y avait les cours qui m’ont aidée à vivre. La réputation de La Souterraine n’était pas surfaite.

Seule la prof d’anglais, vieille fille que les élèves qualifiaient d’obsédée sexuelle, déparait le niveau général. Elle avait un accent détestable et « the ballad of the ancient mariner » se déroulait dans un climat bizarre. J’étais censée être affranchie, puisque je venais de Paris… Je mis longtemps à comprendre la signification des gestes obscènes effectués derrière son dos et qui provoquaient ses colères quand elle se retournait brusquement. Je ne fis aucun progrès en anglais, mais grâce à l’anglais, j’eus un peu d’argent de poche, car la directrice me chargea de servir de répétitrice à des élèves de quatrième.

Je bousculais un peu la routine des cours d’histoire en remettant des copies qui n’étaient pas la reproduction intégrale du texte dicté en classe par notre rondouillard et sympathique professeur. Il se faisait moraliste à l’occasion :
- « Tant va la cruche à l’eau qu’elle se remplit », disait-il à l’intention des quelques élèves qu’il jugeait un peu trop « émancipées ». Dommage, il admirait Napoléon, qui pour moi signifiait la trahison des idéaux de la Révolution française.

Je me consolais le soir en me plongeant dans un livre de la bibliothèque où figuraient les discours intégraux des Conventionnels.

J’adorais les mathématiques depuis toujours et je ne fus pas déçue, la surprise, inattendue dans cette petite ville de province, vint de l’ouverture à la culture qui pour moi fut extraordinaire. C’est ainsi que le français devint aussi pour moi source de joie. Je revois Madame D. nous faisant lire et, dénichant au fond de la classe une élève habituellement assez terne, mais aux talents certains de tragédienne.

Il y eut cette année-là un spectacle d’élèves, inoubliable Paulette en reine Barberine, avec qui je me suis liée l’année suivante. Comme je souhaite ardemment que la vie ait été douce pour elle, ainsi que pour Sarah, le mouton bêlant irrésistible de drôlerie dans la « Farce de maître Patelin ».

Grâce au « Temps des cerises », je n’étais plus l’étrangère…

Au fond, j’attendais chaque matin les cours avec impatience. Il n’y avait que les dimanches qui étaient sombres. Pourtant l’internat était parfois très gai : ça dansait dans le petit salon et ça chantait. Paule interprétait superbement les chansons d’Édith Piaf. Je restais dans mon coin. Une fois, Léone et sa payse ont chanté « Le Temps des cerises », la chanson de la Commune de Paris, et aussi une chanson antimilitariste de la guerre de 14. « Si on pouvait arrêter les aiguilles ». Étonnante, cette chanson, au moment où tout le monde encensait Pétain dont la gloire était fondée sur les morts de 14-18.

Léone et son amie ne l’ont jamais su mais, grâce à leurs chansons ce jour-là, par delà les dernières barricades tenues par les Communards de ma rue de la Fontaine-au-Roi à Paris, je n’étais plus l’étrangère, fille de Juifs d’origine polonaise déchus de leur nationalité française par Vichy, mais leur payse.

Le brevet et le baccalauréat
L’année suivante, les maquis s’organisaient et j’attendais le débarquement. Le brevet était passé, et la solitude avait fait place à l’amitié.

Nous n’étions que neuf élèves dans la classe de préparation à l’École normale d’institutrices. Par suite des lois raciales de Vichy, je n’avais pas le droit de me présenter au concours. Grâce à la directrice et à mes professeurs de français et de mathématiques, je me préparais au baccalauréat première partie, qui à l’époque comportait toutes les matières.

Ce fut une année agitée, il y a eu même au bahut, un petit groupe de résistance du MLN (Mouvement de Libération Nationale) animé par une jeune femme enseignant la dactylo. Des élèves résistants de la B.D.H. [N.D.L.R., l’actuel lycée] se procurèrent facilement, grâce à notre complicité, les machines à écrire dont ils avaient besoin pour la presse clandestine, et qui étaient enfermées dans notre salle de classe.

Dans les derniers jours de la débâcle allemande tout le monde m’aida. Notre jeune professeur de mathématiques, que j’aimais beaucoup, me procura une fausse carte d’identité. La directrice, madame Noël, fournit les tickets d’alimentation et j’allai me cacher en ville chez mon amie dont les parents m’accueillirent chaleureusement.

Je savais que mes parents se cachaient aussi dans l’Indre, car j’avais reçu un mot laconique de mon frère « tu n’es plus ma sœur » ce qui avait une signification très claire pour moi.

La sympathie agissante, et comme allant de soi, dont on m’a entourée m’a beaucoup touchée. Pendant ces deux années passées à la BDB je n’avais jamais eu à subir la moindre manifestation d’hostilité, la moindre parole blessante. Je connaissais les risques que prenaient ces personnes pour me protéger. Je me souvenais de la rafle du 20 août 1941 quand mon père a été arrêté et envoyé à Drancy dans l’indifférence, voire l’hostilité de nos voisins (c’est la concierge qui l’a dénoncé).

Fin mai 1944, je partis à Guéret passer le bac, la vraie carte dans la poche gauche pour les salles d’examen et la fausse dans la poche droite pour la ville. Ce n’était pas malin et cela m’a occasionné quelques angoisses. Heureusement la milice n’est pas venue.

Puis je revins à La Souterraine. Chez mon amie régnait une atmosphère d’harmonie comme j’en ai rarement connu depuis.

Et le 6 juin 1944 arriva…

N.B. – Il est fort possible qu’il y ait eu des élèves juives externes sous de fausses identités. Si c’est le cas je n’en ai rien su, car, bien sûr, elles ne se sont pas manifestées ouvertement. Il y avait deux autres élèves juives internes à la BDB dans les classes de 5ème et de 4ème, Noémie et Sarah. A la fin de l’année scolaire 1944 Sarah a été cachée chez notre professeur de physique.« 

Bella Goldstein-Belbeoch

 

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