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Elle était Juste anti-nucléaire

Posté par elianguesard le 4 octobre 2016

Elle s’appelait Bella comme une chanson Bellaciao . Avant de partir elle remercia les Justes, mais elle aussi elle était Juste ; « elle était Juste anti-nucléaire »

 

bella&RogerBelbeoch

 

« ...ont la tristesse de faire part du décès de

Bella BELBÉOCH,

née GOLDSZTEIN,

physicienne,

retraitée du CEA

et antinucléaire,

survenu le 24 septembre 2016,

à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Selon sa volonté, elle a été incinérée

sans rite ni cérémonie.

« Merci à l’Auvergnat de la rue de la Fontaine-au-Roi.

Merci à la surveillante de l’EPS Edgar-Quinet.

Merci aux habitants du Joux et de Roussines, aux parents d’Andrée à la Souterraine qui m’ont assuré la sécurité et où j’ai vécu dans une atmosphère chaleureuse jusqu’au 6 juin 1944.

Merci à ma professeure de mathématiques qui m’a procuré une carte d’identité vierge de la mairie de Pionnat.

Merci aux maquisards de Georges Guingouin dont les coups de main ont occupé la milice

à plein temps les empêchant de finir leur sale besogne.

Merci à tous les Justes parmi les Nations. J’espère qu’en France il y aura toujours des personnes

solidaires des persécutés. »

Bella, 16 juillet 2016.

(olivier.marc) »

 

 

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http://www.ajpn.org/personne-Bella-Goldstein-3399.html

 

Histoire

Bella Goldstein, élève au Collège de La Souterraine

Bella Goldstein a quatorze ans quand, en septembre 1942, elle entre à l’internat de l’École Primaire Supérieure qui deviendra le Collège de Jeunes Filles de La Souterraine.

Bella Goldstein est née en France de parents d’origine polonaise naturalisés en 1930. Son père, ouvrier tailleur à Paris, est arrêté le 20 août 1941, lors d’une rafle consécutive au bouclage du XIe arrondissement. Quoique français, il est enfermé à Drancy où les privations que subissent les prisonniers dégradent rapidement son état de santé. Il ne pèse plus que 36 kg quand, cachectique, il est libéré deux mois et demi plus tard pour raison médicale. Il rejoint ensuite, clandestinement, la zone sud.

Sa mère, qui échappe de peu à la rafle du Vel d’Hiv’ parvient elle aussi à franchir la ligne de démarcation avec son plus jeune fils.

La famille se retrouve donc, au cours de l’été 1942, dans un hameau de l’Indre, près de Saint-Benoit-du-Sault.

Voici son témoignage :
« L’entrée à l’internat
On nous avait dit à Saint-Benoit-du-Sault, dans l’Indre, que l’École Primaire Supérieure de La Souterraine était bien meilleure que celle de Saint-Gauthier. C’est ainsi qu’en septembre 1942, après avoir été accompagnée par mon frère en vélo jusqu’à la gare de Saint-Sébastien, je pris le train pour La Souterraine.

La bâtisse de l’EPS, à côté de l’église massive, n’avait rien d’engageant : malgré le petit jardin sur le devant, elle paraissait bien sévère et la perspective d’y être interne n’avait rien d’enthousiasmant.

Mon père, tailleur au Joux où nous étions réfugiés, un petit hameau à quatre kilomètres de Saint-Benoit, m’avait confectionné pour la circonstance une jolie petite veste bicolore, bleu marine dans le dos, bleu ciel sur le devant, avec des boutons métalliques bien brillants. Manifestement, cela ne suffit pas à rendre souriante Madame Noël, la directrice, qui me parut très circonspecte. Je ne compris que plus tard que c’était sans doute la première fois qu’elle admettait une interne de quatorze ans non accompagnée de quelque parent adulte (et boursière de surcroît). J’entrai en troisième.

Le passage de la ligne de démarcation
J’avais quitté Paris en juillet, quelques jours seulement avant la grande rafle du Vel’ d’Hiv. où furent parqués les Juifs de Paris, hommes, femmes, vieillards, enfants… Je passai la ligne de démarcation dans un train spécial d’écoliers et d’étudiants. Les compartiments de mon wagon furent contrôlés par deux soldats allemands. L’un d’eux parlait français et fut ravi de le pratiquer avec les sept petits enfants de la comtesse X. qui occupaient bruyamment le compartiment, moi blottie dans un coin près du couloir.

« Le Maréchal sera content » dit-il en les contemplant, et il passa à l’examen de ma carte d’identité scolaire de l’EPS Edgar Quinet à Paris. Il scruta mon visage et ma carte alternativement pendant un temps qui me sembla durer un siècle… et quitta le wagon. J’étais sauvée.

La première année fut terrible de solitude…
L’examen soupçonneux de Madame Noël ne fut finalement qu’une bagatelle. Être dans une école, c’était pour moi une mise entre parenthèses, dans un coin protégé et paisible. Mais être interne, comment ce serait ? La première année fut terrible de solitude.

L’internat en 1942…
Je fus surprise par le dortoir, grand rectangle où il y avait bien une trentaine de lits côte à côte le long de trois murs, avec en plus une rangée centrale. Le mur vide était occupé par une kyrielle de robinets d’eau froide. C’est là qu’on se lavait.

Avec le recul, ça paraît sommaire. Je ne me souviens pas avoir vu quiconque faire sa toilette intime. Il est vrai que la plupart des internes partait en « décalé » toutes les quinzaines. Les autres – dont j’étais – on pouvait toujours aller chercher un broc d’eau chaude le week-end à la cuisine. Il n’y avait pas d’endroit isolé, à part le lit de la pionne, entouré de draps suspendus et formant alcôve.

Je me souviens d’une conférence faite par le docteur X (collaborateur qui fut exécuté par la Résistance) sur l’hygiène et les soins corporels. « Se laver les aisselles au moins une fois par quinzaine. De même pour les pieds. La toilette intime, une fois par semaine », etc. Toutes, nous écrivions sous la dictée. Jamais assistance ne fut plus assidue à prendre des notes, car ces conseils n’étaient pas superflus.

Les internes étaient chargées du ménage qu’il fallait effectuer sitôt le petit déjeuner avalé, juste avant la classe. Moi qui m’étais toujours arrangée pour y couper à la maison parce que j’avais toujours un livre à lire, j’ai eu du mal à m’y faire. Le « bon ménage », c’était de récupérer le salon, où il y avait le piano. Le pire était d’être chargée du grenier, où s’empilaient malles et paniers, et où il fallait chasser la moindre toile d’araignée. J’héritais un jour de cette corvée, et fus rapidement envahie d’une furonculose sur le visage rebelle à tout traitement. Le médecin me dispensa du grenier… La furonculose partit le jour où il se décida à me faire des piqûres. La crainte des piqûres réussit là où tout le reste avait échoué !

Il fallait aussi faire le feu dans les classes. Je crois que cette fois c’était le lot des externes. J’étais fascinée par celles qui réussissaient à faire flamber la tourbe sans trop de fumée, dans ces gros poêles cylindriques qui se mettaient à ronfler. Je ne me souviens pas avoir eu froid en classe : par contre, certaines nuits d’hiver m’ont paru interminables quand l’endormissement ne m’avalait pas d’un coup à cause du chuchotement continu des « payses » qui avaient tant de choses à se raconter et dont j’étais exclue.

Mademoiselle, j’ai besoin de sortir.
La nuit, le dortoir était bouclé et il fallait prendre la clé derrière l’alcôve de la pionne. Je m’étonne aujourd’hui de ce qu’il n’y ait jamais eu de va-et-vient permanent.

Je détestais les promenades du dimanche…
Je détestais les promenades du dimanche où il fallait déambuler en rangs dans les rues de la ville. On se dispersait en troupeau passé la dernière maison – « direction l’étang du Cheix » ou bien « la tour de Bridiers », au gré des surveillantes.

Je n’ai rien vu de la campagne environnante. Ce n’est que tout récemment que j’ai découvert comme elle était grandiose avec ses collines et ses prairies, ses chênes et ses châtaigneraies, sauvage et par là même accueillante, pleine de douceur par l’intimité de ses haies.

N’ayant pas « grandi » dans l’internat, j’en ignorais les ficelles. Avec un correspondant en ville, j’aurais pu sortir du bahut les jeudis et dimanches. Peut-être me sentais-je protégée de ne pas savoir ce qui se passait au-dehors, dans la ville qui pour moi ne pouvait être que cruelle ?

Mais la solitude était le prix de cette protection. Il me fallait donc, le dimanche matin, accompagner les scouts dans le petit jardin devant l’école pour le lever aux couleurs et entonner « Maréchal, nous voilà ». Une fois, j’ai réussi à me cacher dans la lingerie, mais je n’ai pas pu récidiver, la pionne m’avait à l’œil.

La nourriture…
Et la nourriture demanderez-vous ? Le problème majeur de la quasi-totalité des Français durant ces années-là. Bien sûr, il y eut au menu beaucoup de topinambours dont je raffolais car ils ont vraiment le goût d’artichaut, et des rutabagas et des haricots aux charançons. Le réfectoire était spacieux avec des tables de dix à douze élèves. Le repas fini, une grande soupière d’eau chaude était ramenée de la cuisine et posée au milieu de la table. On y trempait en chœur nos couverts personnels pour les laver : j’ai viré ma cuti cette année-là.

Mon meilleur repas de la journée, c’était le « café » au lait du matin. Je n’ai jamais su de quelle orge il était préparé, mais sa bonne odeur me nourrissait déjà. Le pire moment était le goûter où Mademoiselle D. distribuait équitablement les tranches de pain. Tout le monde se précipitait ensuite dans une grande pièce au sous-sol où se trouvaient, bien cadenassées, les boîtes à provision personnelles des internes. Mon problème était de disposer d’une boîte à provision quasiment vide. Valait-il mieux manger tout de suite le beurre que je recevais de mes parents – obtenu par troc, du beurre contre une vareuse confectionnée à partir d’une couverture – ou bien le tronçonner en tout petits bouts, quitte à ce qu’il soit rance à la fin ? A côté de moi, mes camarades extirpaient de leurs boîtes pain blanc, pâtés en croûte, brioches dorées à point. Il était bon alors d’être fille de paysan, mais quel supplice pour moi.

Cependant, rassurez-vous, globalement deux années de ce régime m’ont parfaitement réussi : chétive gamine à l’arrivée, je suis retournée à Paris avec dix kilos de plus et la puberté finie.

Les études surveillées
Après le goûter, c’était l’étude surveillée jusqu’au souper. Si j’en crois les propos désabusés des professeurs d’aujourd’hui, les salles d’étude leur apparaîtraient comme d’impensables lieux de sérieux. Bien sûr, il y avait parfois quelque chahut, ou des demandes de renseignements de l’une à l’autre un peu bruyantes.

X. taisez-vous.
- X. encore une fois, taisez-vous ou je vous envoie chez la directrice.
- Oh non mademoiselle !… étaient les répliques habituelles. Quelle mouche m’a piquée un jour quand j’ai changé le scénario qui au fond n’était pas une menace réelle. Au lieu du « oh non, mademoiselle », je me suis levée et j’ai dit : – Eh bien j’y vais ! Et, dans le silence général, je suis sortie. La porte refermée, j’étais plutôt paniquée à l’idée de cette seconde entrevue avec la directrice. Elle était majestueuse, Madame Noël, mais avait une réputation de sévérité épouvantable. C’est vrai que ses colères étaient terribles.
Je revois la scène :
- Vous faites preuve d’une indiscipline inadmissible !
Je crois pourtant que cet éclat fut à l’origine de la sympathie qu’elle me témoigna par la suite.

Des cours qui m’ont aidée à vivre
Heureusement, il y avait les cours qui m’ont aidée à vivre. La réputation de La Souterraine n’était pas surfaite.

Seule la prof d’anglais, vieille fille que les élèves qualifiaient d’obsédée sexuelle, déparait le niveau général. Elle avait un accent détestable et « the ballad of the ancient mariner » se déroulait dans un climat bizarre. J’étais censée être affranchie, puisque je venais de Paris… Je mis longtemps à comprendre la signification des gestes obscènes effectués derrière son dos et qui provoquaient ses colères quand elle se retournait brusquement. Je ne fis aucun progrès en anglais, mais grâce à l’anglais, j’eus un peu d’argent de poche, car la directrice me chargea de servir de répétitrice à des élèves de quatrième.

Je bousculais un peu la routine des cours d’histoire en remettant des copies qui n’étaient pas la reproduction intégrale du texte dicté en classe par notre rondouillard et sympathique professeur. Il se faisait moraliste à l’occasion :
- « Tant va la cruche à l’eau qu’elle se remplit », disait-il à l’intention des quelques élèves qu’il jugeait un peu trop « émancipées ». Dommage, il admirait Napoléon, qui pour moi signifiait la trahison des idéaux de la Révolution française.

Je me consolais le soir en me plongeant dans un livre de la bibliothèque où figuraient les discours intégraux des Conventionnels.

J’adorais les mathématiques depuis toujours et je ne fus pas déçue, la surprise, inattendue dans cette petite ville de province, vint de l’ouverture à la culture qui pour moi fut extraordinaire. C’est ainsi que le français devint aussi pour moi source de joie. Je revois Madame D. nous faisant lire et, dénichant au fond de la classe une élève habituellement assez terne, mais aux talents certains de tragédienne.

Il y eut cette année-là un spectacle d’élèves, inoubliable Paulette en reine Barberine, avec qui je me suis liée l’année suivante. Comme je souhaite ardemment que la vie ait été douce pour elle, ainsi que pour Sarah, le mouton bêlant irrésistible de drôlerie dans la « Farce de maître Patelin ».

Grâce au « Temps des cerises », je n’étais plus l’étrangère…

Au fond, j’attendais chaque matin les cours avec impatience. Il n’y avait que les dimanches qui étaient sombres. Pourtant l’internat était parfois très gai : ça dansait dans le petit salon et ça chantait. Paule interprétait superbement les chansons d’Édith Piaf. Je restais dans mon coin. Une fois, Léone et sa payse ont chanté « Le Temps des cerises », la chanson de la Commune de Paris, et aussi une chanson antimilitariste de la guerre de 14. « Si on pouvait arrêter les aiguilles ». Étonnante, cette chanson, au moment où tout le monde encensait Pétain dont la gloire était fondée sur les morts de 14-18.

Léone et son amie ne l’ont jamais su mais, grâce à leurs chansons ce jour-là, par delà les dernières barricades tenues par les Communards de ma rue de la Fontaine-au-Roi à Paris, je n’étais plus l’étrangère, fille de Juifs d’origine polonaise déchus de leur nationalité française par Vichy, mais leur payse.

Le brevet et le baccalauréat
L’année suivante, les maquis s’organisaient et j’attendais le débarquement. Le brevet était passé, et la solitude avait fait place à l’amitié.

Nous n’étions que neuf élèves dans la classe de préparation à l’École normale d’institutrices. Par suite des lois raciales de Vichy, je n’avais pas le droit de me présenter au concours. Grâce à la directrice et à mes professeurs de français et de mathématiques, je me préparais au baccalauréat première partie, qui à l’époque comportait toutes les matières.

Ce fut une année agitée, il y a eu même au bahut, un petit groupe de résistance du MLN (Mouvement de Libération Nationale) animé par une jeune femme enseignant la dactylo. Des élèves résistants de la B.D.H. [N.D.L.R., l’actuel lycée] se procurèrent facilement, grâce à notre complicité, les machines à écrire dont ils avaient besoin pour la presse clandestine, et qui étaient enfermées dans notre salle de classe.

Dans les derniers jours de la débâcle allemande tout le monde m’aida. Notre jeune professeur de mathématiques, que j’aimais beaucoup, me procura une fausse carte d’identité. La directrice, madame Noël, fournit les tickets d’alimentation et j’allai me cacher en ville chez mon amie dont les parents m’accueillirent chaleureusement.

Je savais que mes parents se cachaient aussi dans l’Indre, car j’avais reçu un mot laconique de mon frère « tu n’es plus ma sœur » ce qui avait une signification très claire pour moi.

La sympathie agissante, et comme allant de soi, dont on m’a entourée m’a beaucoup touchée. Pendant ces deux années passées à la BDB je n’avais jamais eu à subir la moindre manifestation d’hostilité, la moindre parole blessante. Je connaissais les risques que prenaient ces personnes pour me protéger. Je me souvenais de la rafle du 20 août 1941 quand mon père a été arrêté et envoyé à Drancy dans l’indifférence, voire l’hostilité de nos voisins (c’est la concierge qui l’a dénoncé).

Fin mai 1944, je partis à Guéret passer le bac, la vraie carte dans la poche gauche pour les salles d’examen et la fausse dans la poche droite pour la ville. Ce n’était pas malin et cela m’a occasionné quelques angoisses. Heureusement la milice n’est pas venue.

Puis je revins à La Souterraine. Chez mon amie régnait une atmosphère d’harmonie comme j’en ai rarement connu depuis.

Et le 6 juin 1944 arriva…

N.B. – Il est fort possible qu’il y ait eu des élèves juives externes sous de fausses identités. Si c’est le cas je n’en ai rien su, car, bien sûr, elles ne se sont pas manifestées ouvertement. Il y avait deux autres élèves juives internes à la BDB dans les classes de 5ème et de 4ème, Noémie et Sarah. A la fin de l’année scolaire 1944 Sarah a été cachée chez notre professeur de physique.« 

Bella Goldstein-Belbeoch

 

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http://www.dissident-media.org/infonucleaire/sortir_du_nuc.html

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tcherno_une_catastrophe.html

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tchernoblues2.html

fichier pdf -FUKUSHIMABLUES

 

Bella Belbeoch intervient énergiquement sur:

https://www.youtube.com/watch?v=STE5Tq3lHXI

Bella Belbeoch-Michèle Rivasi-silence radio (extraits)-MPEG-1 .mpg
Nonukatall Pudunuk
Mise en ligne le 14 juin 2011

Combien d’temps!!!
…pour (ne pas) sortir du nucléaire
extrait de « Silence Radio » de Christian Ugolini-2002

 

Maintenant elle a rejoint Roger dans les étoiles et nous nous lancerons la devise de ceux de L’an 2 reprise sur les Glières en 1944 et affublée d’un seul mot:

 

« Vivre libre ou mourir contaminé »

 

« Décès de Roger Belbéoch, physicien antinucléaire français

 

 Roger Belbéoch est décédé le 27 décembre 2011 à Paris à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Avec lui disparaît un militant antinucléaire exceptionnel que j’ai fréquenté pendant plus de trente ans.

Dans la seconde moitié des années 1970, alarmé par le lancement du réacteur surgénérateur SuperPhénix de Creys-Malville, j’avais approché, à Genève, le physicien nucléaire français Lew Kowarski qui avait pris position dans Le Monde contre cette entreprise mégatechnologique. C’est lui qui me mit en contact avec le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN) qu’animaient Monique et Raymond Sené ainsi que Bella et Roger Belbéoch, tous physiciens.

Pendant des années, j’assistai aux assemblées générales du GSIEN qui regroupait des personnalités aux positions plus ou moins radicalement opposées à l’électronucléaire. Parmi les plus radicaux figuraient les époux Belbéoch dont j’appris à apprécier la rigueur intellectuelle, la chaleur humaine et le courage, car il en faut pour être  dissidents dans l’establishment scientifique français.

Roger et Bella Belbéoch ont fait paraitre, souvent conjointement, parfois séparément, plusieurs livres et de très nombreux articles, notamment dans la Gazette nucléaire, organe du GSIEN, mais aussi dans la Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine (Centrale nucléaire en amont de Paris) ainsi que dans la revue Stratégies Energétiques, Biosphère & Société (SEBES) publiée à Genève dans les années 1990.

Né en 1928, Roger était physicien ingénieur de l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris (ESPCI). Il avait travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche (Orsay, Paris-Sud) et s’était  spécialisé dans les accélérateurs de particules et la physique des faisceaux de haute énergie. Parmi les principales contributions de Roger Belbéoch à SEBES figure son étude intitulée « Comment sommes-nous “protégés” contre le rayonnement ? Les normes internationales de radioprotection. Le rôle de la Commission internationale de protection radiologique » in Radioprotection et droit nucléaire, SEBES, 1998. Dans cette étude, Roger Belbéoch fait montre d’une remarquable perspicacité doublée d’une exceptionnelle vigilance épistémologique.

Parmi les livres de Roger et Bella Belbéoch, je citerai Tchernobyl, une catastrophe, Editions Allia, Paris, 1993, Sortir du nucléaire c’est possible, avant la catastrophe , Editions l’Esprit frappeur, Paris, 1998, ouvrage qui a été traduit en japonais, Tchernoblues. De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude, Editions l’Esprit frappeur, Paris, 2002.  

Leur message peut se résumer par ces mots : “C’est avant l’accident qu’il faut agir. Après, il n’y a plus qu’à subir. »

                                                                                               

            Ivo Rens            Professeur honoraire             Université de Genève.

  Genève, ce 8 janvier 2012. »

fichier odt RogerBelbeoch

*************************https://www.dissident-media.org/infonucleaire/biogra.belbeoch.html

Bella et Roger Belbéoch, nés en 1928, sont physiciens, ingénieurs ESPCI.

Roger Belbéoch a travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche (Orsay, Paris-Sud) et s’est spécialisé dans les accélérateurs de particules et la physique des faisceaux de haute énergie. Bella Belbéoch, ingénieur-docteur, a travaillé au Centre d’Etudes Nucléaires de Saclay (CEA) et étudié par rayons X les propriétés structurales des solides tant en recherche appliquée que fondamentale.

Utilisateurs d’installations productrices de rayonnement ils se sont intéressés aux effets biologiques des rayonnements ionisants qui, depuis plus de 25 ans, sont à l’origine de leur questionnement sur les dangers de l’énergie nucléaire. Auteurs de Tchernobyl, une catastrophe, (Éd. ALLIA, Paris 1993), de Sortir du nucléaire c’est possible, avant la catastrophe, (Éd. l’Esprit frappeur, Paris 1998), de Tchernoblues – De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude, (Éd. l’Esprit frappeur, Paris 2002), et de nombreux articles dont Société nucléaire (R. Belbéoch, Les Notions philosophiques, PUF, 1990) ils collaborent à la Gazette Nucléaire, revue éditée par le GSIEN, Groupement de Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire.

********************http://www.dissident-media.org/infonucleaire/sortir_du_nuc.html

Sortir du nucléaire c’est possible, avant la catastrophe
(3ème édition)

Bella et Roger Belbéoch

Chez l’Esprit frappeur, 1998-2002 au prix de 3,05 Euros.

Les désastres nucléaires ne sont pas réservés aux pays de l’Est sinon pourquoi distribuer de l’iode stable près des centrales nucléaires françaises ? On peut sortir du nucléaire sans attendre la catastrophe et ses conséquences dramatiques par l’arrêt des exportations d’électricité, l’utilisation maximum de l’hydraulique et de nos centrales électriques au fioul et charbon qu’EDF s’apprête à démanteler pour rendre le nucléaire irréversible. Mettre fin au danger nucléaire n’est pas un problème technique mais politique qui dépend de l’exigence de la population vis-à-vis de ses élus. Roger Belbéoch, physicien, a travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche. Également physicienne, Bella Belbéoch a travaillé au Commissariat à l’énergie atomique.

***********************http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tchernoblues2.html
Tchernoblues
De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude

De Roger Belbéoch, chez l’Esprit frappeur éditeur, n° 105, prix 4,57 Euros

LE MENSONGE politique n’a rien de nouveau, mais la perspective de catastrophes nucléaires lui a donné une autre dimension. Ce ne sont plus les politiciens qui sont les grands menteurs, d’ailleurs leurs mensonges n’avaient guère d’importance, on en avait l’habitude. Avec le nucléaire, les « citoyens » sont devenus beaucoup plus exigeants et ce sont désormais des experts en tous genres qui ont pris le relais et les assomment de mensonges : médecins, scientifiques, associations, syndicats, etc. Les mensonges des supporters du nucléaire ont dû s’affiner pour devenir plus crédibles au fur et à mesure des demandes de plus en plus poussées des citoyens. La gestion d’une catastrophe nucléaire exige le maintien de l’ordre, (c’est formellement indiqué en introduction des plans de gestion nucléaire). Cette exigence n’est pas seulement celle de tout politicien quelles que soient par ailleurs ses promesses électorales, elle est une nécessité afin de minimiser les effets biologiques de la catastrophe. En cas de désastre nucléaire, le « citoyen » est incapable de gérer son quotidien, il doit s’en remettre aux « experts ». Même si ceux-ci n’ont pas d’éléments pour la « meilleure » gestion, c’est mieux que les possibles réactions violentes des « citoyens » car leur violence pourrait leur coûter cher, non pas en terme de répression policière mais en termes sanitaires. Actuellement, le mensonge nucléaire a quelque chose de paradoxal. Sa crédibilité a été hissée à un très haut niveau et pourtant, si les « citoyens » sont de plus en plus exigeants, ce n’est pas pour connaître la vérité mais afin que ces mensonges crédibles leur évitent des problèmes de conscience insolubles. Ceux-ci pourraient évidemment produire des « turbulences sociales » pré-accidentelles difficiles à gérer tant par les gestionnaires sociaux que par les citoyens. II y a donc une conjonction assez curieuse entre la nécessité pour les gestionnaires de mentir et la nécessité pour les « citoyens » que ces mensonges soient crédibles. De nombreux experts ont compris ce problème et interviennent auprès des diplodocus nucléaires pour confier les mensonges à des gens « compétents », mais cela n’est pas facile. Jusqu’à présent, les mensonges et la dictature des experts étaient acceptés « volontairement » par la mise en balance inconsciente des avantages (pas pour tout le monde) et des inconvénients. Maintenant, cette servitude vis-à-vis des experts est devenue une nécessité pour la meilleure survie des « catastrophés » quels qu’ils soient. On est passé de la servitude volontaire à une nécessité de la servitude.

********************http://www.librairie-quilombo.org/Bella-Belbeoch
Tchernobyl, une catastrophe

Auteur :
Roger Belbéoch, Bella Belbéoch
Éditeur :
La Lenteur
Thèmes :
écologie, décroissance
2012 | 300 pages | Épuisé!

Ce livre est incontestablement la meilleure étude historique sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. Paru en 1993 aux éditions Allia, il était introuvable depuis de nombreuses années. Maintenant que la « marmite du diable » s’est remise à déborder à Fukushima, il nous a semblé que l’exposé détaillé du précédent, en quelque sorte canonique, de Tchernobyl, serait aussi des plus utiles pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe maintenant au Japon, puis s’efforcer de faire quelque chose de ce qu’ils auront compris.

Pour les responsables français, l’essentiel était de minimiser l’impact de l’accident. Le territoire français devait à tout prix être protégé des retombées radioactives. Le communiqué de presse du 6 mai 1986 du ministère de l’Agriculture indique : « Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl. » Quand la distance ne fut plus suffisante, c’est un anticyclone providentiel qui protégea la France et bloqua le nuage radioactif aux frontières. Les communiqués quotidiens sur SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) sont intéressants à suivre : la situation est tout à fait normale et, au bout de quelques jours, redevient normale sans avoir traversé de phase anormale.

Roger Belbéoch, physicien, a travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche ; il est l’auteur de l’article « Société nucléaire » dans l’encyclopédie philosophique universelle des PUF. Bella Belbeoch est également physicienne. Elle a travaillé au Commissariat à l’énergie atomique.

**************************http://ocparis.canalblog.com/archives/2016/10/11/34426319.html

11 octobre 2016
Bella Belbeoch nous a quitté

Après Roger en décembre 2011, Bella Belbeoch vient de nous quitter, sans doute les deux plus « grands savants » antinucléaires de France.

Celles et ceux qui voudraient réellement rendre hommage à Bella n’ont qu’à reprendre enfin à leur compte, et sans « pincettes », les alertes et propositions qu’elle n’a cessé de lancer dans un quasi désert depuis 1986 — comme par exemple dans La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire (Bella Belbéoch, 1999) (http://www.fairea.fr/spip.php?article25)

La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire (Bella Belbéoch, 1999)

vendredi 26 avril 2013

L’article ci-dessous a été rédigé en mars 1999 par la physicienne Bella Belbéoch, co-fondatrice en 1986, après la catastrophe de Tchernobyl, du Comité Stop Nogent-sur-Seine.

[ rajout de copie d’article pris sur :http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2012/05/14/la-diabolisation-du-charbon-et-la-sortie-du-nucleaire-bella-belbeoch/
« Cet article a été proposé à Libération le 8 mars 1999 comme contribution à la page «  Débat  ». Il a été refusé:  » Nous avons bien reçu votre proposition de contribution à la page «  Débat  ». Limité par l’actualité et par l’espace dont nous disposons, nous ne pouvons cependant pas envisager la publication. Croyez que nous le regrettons. Sincèrement. Jacques Amalric  » (Rédacteur en Chef, le 11 mars 1999).
Ainsi, pour la Direction de Libération, les problèmes concernant l’énergie nucléaire et l’urgence de sa sortie ne sont pas des problèmes d’actualité » fin de l’aparté]

Même si certains éléments seraient à réactualiser, il paraît important de le relire et d’en tirer les leçons maintenant qu’une diabolisation analogue touche toute éventualité de recours au gaz naturel en transition, et que GDF Suez annonce, dans l’indifférence générale, la fermeture pour insuffisance de rentabilité de trois centrales au gaz neuves (voir ici) dont la puissance permettrait pourtant déjà de remplacer immédiatement la production d’un réacteur comme ceux de Cattenom, Flamanville ou Nogent.

NB : Les techniques de « charbon propre » évoquées ici se rapportent à la réduction des émissions polluantes toxiques. Elles n’ont rien à voir avec la captation du CO2, procédé dangereux et non éprouvé, auquel le discours dominant les résume tendancieusement aujourd’hui.

Bella Belbéoch, La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire

A propos de la mine de charbon de Gardanne
La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire

Gardanne est en lutte. A propos de la fermeture de la mine Libération titre  » Gardanne monte au créneau pour descendre à la mine  » (10/2/1999). Des grévistes d’un sous-traitant des Houillères font grève sur le tas au fond de la mine pour garder leur emploi (Libération 3/3/1999). Par contre, il y a peu, on apprenait qu’au Royaume-Uni les mesures draconiennes prises par Thatcher à l’encontre des mines de charbon allaient être assouplies. Au même moment le bilan de production électrique d’EDF 1998 nous apprend que 500 MWe du parc thermique classique ont été démantelés dont la centrale à charbon de Pont-sur-Sambre de 250 Mwe. On sait qu’EDF veut en démanteler d’autres afin de réduire la puissance de production électrique des centrales à fioul et charbon de plus de 40 % pour éponger sa surcapacité nucléaire actuelle et rendre inéluctable le recours au nucléaire vers 2010 lors du renouvellement du parc.

Dans ce contexte il est étonnant que les articles sur Gardanne ne signalent pas ce qui fait l’originalité de ce site : c’est à Gardanne qu’a été mise au point, avec le charbon extrait de la mine, la chaudière LFC (à lit fluidisé circulant) de 250 MWe qui est un des meilleurs procédés « charbon propre » exploités dans le monde aujourd’hui pour produire de l’électricité. Ce procédé de combustion du charbon rend négligeable la pollution par les poussières, soufre et oxydes d’azote.

Il est important de savoir que toute installation existante à charbon peut être modernisée rapidement car il suffit de remplacer la chaudière par une chaudière LFC en gardant le reste de l’installation.

Il est important de savoir que ces chaudières peuvent brûler, en restant « propres » toutes les qualités de charbon (et même les produits visqueux provenant des résidus du raffinage du pétrole à haute teneur en soufre).

Il est important de savoir qu’il est envisagé d’augmenter la puissance de ces chaudières. Signalons qu’à puissance thermique égale les centrales à charbon sont plus performantes que les centrales nucléaires. Il est important de savoir qu’EDF fait la promotion de ces chaudières LFC au plan international. Un exemple récent : cela figure explicitement dans l’accord franco-ukrainien sur la coopération énergétique du 15/2/1999  » (…) Favoriser les actions de coopération dans les domaines suivants : Production d’électricité par l’utilisation des technologies de combustion propre du charbon, notamment par la technique du lit fluidisé circulant (…) « . Mais ce qui est bon pour l’exportation n’est pas bon pour nous. Aucune installation nouvelle n’est prévue en France ni la modernisation des centrales existantes.

Le charbon ce n’est pas une solution idéale. On ne peut pas ignorer les risques professionnels des mineurs de charbon. Mais les mineurs d’uranium meurent aussi beaucoup, notamment de cancer du poumon. Il est vrai que, depuis la fermeture des mines d’uranium du Limousin, notre soi-disant indépendance énergétique est acquise notamment grâce aux mineurs d’uranium africains et aux Indiens du Saskatchewan canadien. En somme, personne n’est au courant ( ! ) mais peut-être avons-nous récupéré des colonies ?

Le charbon en brûlant émet du gaz carbonique, c’est vrai. Le gaz naturel aussi, mais moins. (Mais il n’y a pas pratiquement pas d’installations de production électrique au gaz en France et le réseau de distribution et les possibilités de stockage du gaz sont inexistants pour une production importante d’électricité). Il faut cependant souligner que l’effet de serre est un problème planétaire et que les gaz à effet de serre ne proviennent pas seulement de l’énergie consommée dans le monde car la contribution de l’agriculture et de l’élevage est tout aussi primordiale. Quant à l’électricité nucléaire mondiale qui représente environ 5 % seulement de l’énergie consommée dans le monde il est délirant de penser qu’elle pourrait être une solution à l’effet de serre.

Les énergies renouvelables (vent, soleil) n’ont pas une efficacité suffisante pour produire l’électricité qui est consommée actuellement en France et pour remplacer le nucléaire. Une réduction drastique de la consommation est peu vraisemblable à court terme (et peut-être même à moyen terme).

Le problème c’est, ici et maintenant, à notre échelle. Or on peut immédiatement arrêter environ 70 % du nucléaire en France, c’est techniquement possible avec l’hydraulique et les installations du thermique classique qui existent encore aujourd’hui mais il n’y a pas la volonté politique de le faire. Pourquoi laisser démanteler les centrales à fioul et charbon (et aussi d’ailleurs les petites installations hydrauliques) ? L’important est que le charbon ne fait pas courir un risque d’accident majeur comme le nucléaire. Pas de Tchernobyl français en vue avec le charbon. Tel n’est pas le cas avec nos réacteurs nucléaires car la sûreté absolue n’existe pas. Quand l’accident arrive c’est dramatique. Sauf bien sûr si l’on croit ce que racontent les officiels du lobby nucléaire dont font partie d’éminents professeurs : pour eux il ne s’est rien passé à Tchernobyl. Bien sûr il y a ces malheureux enfants en Biélorussie, Ukraine et Russie qu’il a fallu opérer d’un cancer de la thyroïde, mais distribuons des pastilles d’iode stable chez nous et on sera paré. Vous les croyez vraiment ? Selon eux les autorités soviétiques ont mal géré l’accident car elles ont été trop prévenantes, elles n’auraient pas dû évacuer tant de monde en urgence en 1986. Et plus tard dans la phase de gestion à long terme des années après la catastrophe, elles n’auraient pas dû procéder au relogement, hors des zones contaminées, de bon nombre de gens. Il aurait fallu laisser les habitants sur place (c’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour beaucoup).

Depuis Tchernobyl les instances internationales et les experts officiels de la radioprotection nous ont concocté des plans magnifiques d’intervention, ou plutôt de non-intervention pour le long terme, en cas d’accident nucléaire majeur. On n’en est plus à chipoter entre une dose annuelle de 1 mSv ou de 5 mSv c’est à dire entre une dose-vie sur 70 ans de 70 mSv ou 350 mSv (Litige sur le seuil de radioactivité acceptable, Libération, 10 avril 1990). Le résultat des optimisations coût-bénéfice c’est qu’on ne déplacera pas les habitants de leur lieu de résidence si les calculs des experts montrent que la dose qui peut être accumulée sur la vie suite à la contamination radioactive ne dépasse pas 1 sievert (1000 mSv ou 100 rem). C’est ce que, sous la casquette d’expert de l’OMS, le Pr. Pellerin recommandait en 1989 en Biélorussie et en Ukraine pour s’opposer aux mesures préconisées par les scientifiques biélorusses et ukrainiens soucieux de mieux protéger la population. Il a gagné. Nos enfants et petits-enfants ont perdu, car l’accident futur, c’est pour qui ? Vous le savez, vous ?

Bella Belbéoch,
lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°83 février-avril 1999.

*****************************https://reporterre.net/Adieu-a-Bella-Belbeoch-figure-de-l-opposition-au-nucleaire
Adieu à Bella Belbéoch, figure de l’opposition au nucléaire
26 octobre 2016 / Jean-Claude Zerbib

Bella Belbéoch était ingénieur spécialiste de l’impact des rayonnements ionisants sur le vivant. L’auteur de cette tribune rend hommage à cette grande résistante au nucléaire, morte le 24 septembre, auteure de nombreux ouvrages sur la question, en particulier sur Tchernobyl, dans lesquels elle mettait en lumière les zones d’ombre des discours officiels.

Aujourd’hui à la retraite, Jean-Claude Zerbib était ingénieur en radioprotection au Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Bella Belbéoch, née Goldsztein en 1928, ingénieur-docteur, a travaillé au Centre d’études nucléaires de Saclay (Commissariat à l’énergie atomique – CEA) où, après la faculté, elle a poursuivi des travaux de recherche, au moyen de rayons X, sur les propriétés des réseaux cristallins. Mais avant cela, quel chemin parcouru par cette jeune femme, née en France de parents immigrés nés en Pologne et qui avaient acquis la nationalité française en 1930.

Le 20 août 1941, son père, ouvrier tailleur à Paris, est arrêté dans le 11e arrondissement lors de la première des rafles menées entre le 20 et le 24 août. Comme les 4.232 hommes appréhendés ce jour-là, il est enfermé à Drancy, plaque tournante de la déportation des Juifs, où les privations dégradent son état de santé. Il ne pèse plus que 36 kg quand il est libéré deux mois et demi plus tard pour raison médicale. Il rejoint ensuite clandestinement la zone Sud. La mère de Bella, qui échappe de peu à la rafle du Vel’ d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, parvient à franchir la ligne de démarcation avec son plus jeune fils.

Bella avait quitté Paris début juillet 1942, quelques jours avant cette grande rafle où furent parqués près de 13.200 Juifs, enfants inclus. Elle passa la ligne de démarcation dans un train spécial d’écoliers. Les compartiments de sa voiture furent contrôlés par deux soldats allemands. L’un d’eux scruta son visage et sa carte d’écolière… avant de partir. Elle était sauvée et toute la famille s’est ainsi retrouvée, l’été 1942, dans un hameau de l’Indre, près de Saint-Benoît-du-Sault.

« Un complot international des experts officiels pour minimiser l’évaluation des victimes »

Elle sera très reconnaissante à tous ceux qui l’ont protégée, notamment lors des jours dangereux de la débâcle allemande, comme cette jeune professeure de mathématiques qui lui procura une fausse carte d’identité, cette directrice d’école qui lui fournissait des tickets d’alimentation ou les parents de cette amie qui la cachèrent. Des Justes parmi les nations.

Lors de son doctorat en faculté, Bella Belbéoch réalisait ses recherches au moyen d’un vieux générateur à rayons X qui n’avait jamais connu le moindre contrôle. Le faisceau de rayonnement délivré par ce générateur se transformait en un arrosoir à rayons X sous le plan de travail. Irradiée au niveau du bassin, Bella avait connu une stérilité de plusieurs mois qui avait nourri ses inquiétudes devant les effets des rayonnements. Bella était toujours préoccupée des risques d’accident grave et les victimes de la catastrophe de Tchernobyl ne cesseront de l’angoisser.

Ce qu’elle a écrit dans le journal Écologie, le 1er mai 1986, le jour même où « le nuage de Tchernobyl » survolait la France, a été pour moi, mais avec plusieurs années de recul, véritablement visionnaire : « Il faut s’attendre, dans les jours qui viennent, à un complot international des experts officiels pour minimiser l’évaluation des victimes que causera cette catastrophe. La poursuite des programmes civils et militaires impose à l’ensemble des États une complicité tacite qui dépasse les conflits idéologiques ou économiques. » [1]

Bella voyait bien plus loin que moi et son écoute comme son intuition lui permettaient de distinguer l’essentiel dans la brume des informations contradictoires. Ce 1er mai 1986, la mission de l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA) à Tchernobyl brossait un tableau rassurant : « Le réacteur est à l’arrêt (sic)… Les entreprises, les fermes collectives et institutions d’État fonctionnent normalement… L’état de l’air au-dessus de la région de Kiev et de la ville de Kiev elle-même n’est pas préoccupant. »

Le 28 août 1986, M. Rosen, le directeur de la sûreté nucléaire de l’AIEA, déclarait [2], lors d’une conférence à Vienne (du 25 au 29 août 1986) : « Même s’il y avait un accident de ce type tous les ans (sic), je considérerais le nucléaire comme une énergie intéressante. » Il y aurait bien d’autres citations aussi mensongères et cyniques que ces paroles de hauts responsables de la caste nucléaire internationale, et Bella en avait relevé plusieurs.

« C’est avant l’accident qu’il faut agir »

En juin 1986, j’avais écrit un texte distribué à Saclay dans lequel je soulignais le risque de cancer de la thyroïde des enfants suite aux rejets d’iodes. J’avais essuyé les sarcasmes des experts du CEA et de l’Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) en particulier. Bella avait fait partie de ceux qui partageaient cette crainte et c’est elle qui m’avait signalé la lettre du courageux médecin K. Baverstock qui, en septembre 1992, avait rendu publiques les données [3], accumulées par les médecins Belarus sur ces cancers thyroïdiens : de deux à trois cancers annuels en Belarus, le nombre était passé à 55 en 1991. Et ce n’était que le début de l’épidémie.

Les préoccupations de Bella Belbéoch portaient sur les cuves et générateurs de vapeur (GV) des réacteurs français. Elle analysait depuis plus de 30 ans leurs anomalies et adressait aux autorités ses analyses détaillées. En 2004, Bella et Roger Belbéoch, son époux, décédé fin 2011, ont quitté le Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), car ils doutaient de l’utilité qu’il y avait à débattre avec les instances du nucléaire. Ils ont cependant poursuivi leurs combats critiques pour l’arrêt du nucléaire, et tous leurs écrits restent des références.

Les dernières malfaçons camouflées par des rapports de contrôle falsifiés ont accru les inquiétudes de Bella et ses visions de catastrophes à venir. Elle partageait pleinement les inquiétudes de Roger : « Sortir du nucléaire, c’est possible, avant la catastrophe. C’est avant l’accident qu’il faut agir. Après, il n’y a plus qu’à subir. »

[1] Cité par Wladimir Tchertkoff dans Le Crime de Tchernobyl, le goulag nucléaire, (page 24/720), Actes Sud, avril 2006.

[2] Le Monde, du 28 août 1986.

[3] « Thyroid cancer after Chernobyl », Nature, vol. 359, pages (21-22), 3 septembre 1992.

Fin de l’article

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Commentaire:

Roger et Bella détestaient et fuyaient les hommages et les photos, « la société du spectacle » sans doute. Mais on doit les monter à bout de bras; les montrer en exemple par l’éducation populaire, par des hommages à la hauteur de la lutte qu’ils ont mené, les rendre « populaires malgré eux » « leur histoire ne leur appartient plus ». Pour moi dans cette lutte, ils ont été au dessus du lot et justice ne leur est pas rendu. Lorsqu’un gouvernement, des partis se prétendent socialistes, il faut répondre et crier que la première définition du mot socialisme c’est tendre vers une société la plus juste possible. Donc cela a rien à voir avec ce que l’on voit aujourd’hui, cette hyper aliénation. Rien à voir donc avec la « société nucléaire », cet oxymore. Rien à voir avec la guerre son origine et tous les autres techniques privilégiées pour la guerre.

Le nucléaire comme l’aviation et autres industries « lourdes » n’a été développé que pour ses capacités de destruction; c’est seulement en second lieu, pour amortir le forfait dans les deux sens du terme, que les autorités ont monté de toute pièce cet escroquerie renchérie par la prévarication (cf Giscard et réseau Vulcanus http://elianguesard.unblog.fr/nucle-ere/) et l’élitisme français (cf Marc Bloch) . Par cette fameuse division ou séparation du travail et des comptes. Cette malhonnêteté incommensurable des « inspectueurs » des finances, la Cours des comptes, pour alléger le budget militaire, séparer par exemple les déchets de la facture électrique ou la mobilisation d’un énorme budget (Recherche et développement, infrastructure, matière grise des personnels ), guerre pour l’extraction des matière nécessaire etc ) , les énormes infrastructures nécessaires pour maintenir un niveau si élevé de sécurité qui n’est et ne peut être absolue, les énormes budget alloués à la propagande depuis l’enfance; l’acceptabilité sociale, les meurtres et pressions pour étouffer et enfin pour finir (mais la liste n’est pas exhaustive) le scandale sanitaire le crime contre l’humanité et l’Ordre des médecins, l’académie des sciences, celle de médecine portent une énorme responsabilité dans ce désastre.

Comme l’a relevé le couple Belbéoch, derrière le masque du CO2, la diabolisation du charbon etc « le changement climatique » se cache la réalité de la contamination de la terre, l’empoisonnement du monde par ceux là même qui prétendent la-le protéger.

On leur dit qu’ils en meurent et ils répondent qu’ils veulent du travail, là est l’aliénation suprême. La France exporte la mort depuis près de 400ans et elle s’étonne de la recevoir en pleine figure, tel un boomerang. Il y a la « haine du français » parce qu’il y a la « honte du Français »

Et comme l’a relevé le couple Belbéoch, c’est avant la catastrophe qu’il faut agir. On peut arrêter en moins d’un an toutes les installations nucléaires civiles et militaires. Ce n’est pas un problème technique mais politique mais aucun prétendu politicien n’en a le courage. Et pour la vrai opposition de la société civile tous les accès politiques sont verrouillés. C’est comme si il nous forçait à nous entretuer. L’arrêt immédiat n’est pas une régression, c’est un véritable progrès car c’est un progrès humain.

L’axe, la colonne vertébrale de toutes nos sociétés est la justice, elle doit gagner son indépendance pour être crédible. Si c’est l’Etat qui ment, qui vole et qui tue, il ouvre la porte à tout le monde pour mentir, voler et tuer.

Le visage politique actuel est une gigantesque mascarade, il n’y a rien à attendre des ces élections, les dés sont biaisés à l’avance. Que ce soit les classiques ripouxblicains, les pseudo socialistes, le parti raciste et xénophobe français, ainsi que tous les autres candidats pseudo rebelle pseudo écolo pseudo « anti-système » etc. C’est avec nos différences et non pas malgré nos différences que l’ on peut s’entendre au moins sur ce point très précis qu’est Le sujet de la vie sur terre et en bonne santé menacée, en s’abstenant de voter pour pousser la crapulerie doublée d’œillères en dehors de la place publique et ainsi prendre la parole publique, le débat, l’Assemblée afin que la population « dépose le pouvoir sans le prendre » et « commande en obéissant. ». Ces formules viennent des zapatistes qui ont pris des exemples sur la Commune, comme les femmes de Rojava ;  il faut répondre à cet honneur.

L’indépendance politique est fille de la liberté, comme sa mère , elle ne se demande pas; elle s’arrache.

Abstention générale

Quincy, Novembre 2016

 

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