La forêt de Yablokov; ces pins de Sibérie qu’on abat

Posté par elianguesard le 11 janvier 2017

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GeneveOMSseul

https://blogs.mediapart.fr/yves-lenoir/blog/110117/alexey-yablokov-pionnier-russe-de-la-protection-de-lenvironnement-nest-plus-1

Alexey Yablokov, pionnier russe de la protection de l’environnement, n’est plus.

L’académicien russe Alexey V. Yablokov est décédé le 10 janvier 2017, à l’âge de 83 ans, au terme d’une longue et douloureuse maladie. A. Yablokov impressionnait : bienveillance, rigueur morale, intransigeance intellectuelle, patriotisme, engagement pour le bien commun et infatigable activité au service de la défense des conditions de la vie sur Terre.

Charles Digges, au nom de la célèbre organisation écologiste russo-norvégienne Bellona, avec laquelle il avait collaboré durant de longues années, lui a rendu un bel hommage, sous un titre qui résume en quelques mots l’importance historique de la carrière de l’homme que le Président Boris Eltsine avait pris à ses côtés entre 1989 et 1992 comme conseiller pour les questions d’écologie et d’environnement :

Alexei Yablokov, grandfather of Russian environmentalism, dies at 83

Alexey Yablokov a mené de front mille combats. Il a dénoncé le maquillage du décompte des prises des navires baleiniers russes en violation des accords internationaux (1997). Il a coordonné le dénombrement et la localisation des navires et sous-marins atomiques soviétiques, mais aussi des 17 000 conteneurs de déchets radioactifs immergés dans l’Océan glacial arctique. Son livre blanc sur ces questions a apporté à la Russie une aide de plus 3 Md $ pour le démantèlement de 200 sous-marins et pour assurer la sécurité de dizaines de stocks de déchets radioactifs militaires.

Il joua un rôle majeur de conseil et de témoin dans la procédure conclue par l’acquittement en 2000 par la Cour suprême de la Russie de l’écologiste russe Alexander Nikitin, poursuivi par l’Etat russe depuis 1995 pour la publication du rapport “The Russian Northern Fleet: Source of Radioactive Contamination”.

Sans compter son énergie, il lutta pour amener les séquelles de Tchernobyl au rang de désastre majeur et durable. Il avait coutume de dire : « Tchernobyl est un arbre qui pousse…« . Avec le physicien Vassily Nesterenko, un des plus éminents « anciens combattants » de Tchernobyl (le mot « liquidateur » est un euphémisme politique puisque rien n’est liquidé, sinon des vies humaines et des territoires abandonnés), et son fils Alexey, il a rédigé la somme “Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment”, publié par Naouka à Moscou en 2006, puis par l’Académie des Sciences de New-York en 2009 et disponible en français dans une version augmentée (Tchernobyl : Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement, <http://ur1.ca/q7gtw>).

Bien qu’en proie aux douloureux développements de sa maladie il a poursuivi ses travaux jusqu’à l’extrême limite de ses forces. L’une de ses dernières publications – « A Review and Critical Analysis of the Effective Dose of Radiation Concept. J Health Pollution, Part I, June 2013 etPart II: An Approach to an Objective Assessment of Human Radiation Risk, October 2014 – devrait inciter tous les radio-biologistes indépendants à se pencher sur le fossé entre la présentation des effets des radiations par les instances internationales – OMS, Commission internationale de protection radiologique et United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation – chargées historiquement en 1957 de favoriser le développement de l’énergie atomique en appui à la toute jeune AIEA et ce qu’ont révélé tous les accidents majeurs, notamment Tchernobyl.

Alexey Yablokov a été et reste un exemple irremplaçable. Nous avons eu l’honneur mais surtout la chance inestimable de l’avoir rejoint dans sa lutte pour la reconnaissance des dégâts de Tchernobyl, et pour que la chape de l’oubli et de l’indifférence ne scelle le destin des populations touchées par les retombées radioactives de l’accident. La poursuite de son œuvre est désormais notre affaire, celle de tous ceux qui restent solidaires des victimes de Tchernobyl et de Fukushima.

Alexey Yablokov était membre du Parti vert de Russie.

A ses proches et à ses amis nous exprimons nos plus sincères condoléances et partageons la peine de sa perte.

Yves Lenoir

président d’Enfants de Tchernobyl Belarus

auteur de La Comédie atomique, La Découverte, 2016

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autres liens et hommages :

- http://greenbelarus.info/articles/11-01-2017/nastoyashchiy-russkiy-uchyonyy-ushyol-iz-zhizni-aleksey-yablokov

- http://www.yabloko.ru/actually/2017/01/11 

- http://www.ecmo.ru/news/umer-ekolog-yablokov

- http://activatica.org/blogs/view/id/3031/title/skonchalsya-vydayushchiysya-rossiyskiy-jekolog-aleksey-yablokov

- https://www.facebook.com/profile.php?id=100001795638927  (page facebook de Yablokov)

 

Le professeur Alexei Yablokov faisait parti des trois scientifiques slaves venus participer à la manifestation contre l’étouffement des conséquences sanitaires et écologique de la radioactivité à Genève le 26 avril 2008.

En 2012 il participa au forum sur la radioprotection http://independentwho.org/en/2013/06/22/proceedings-forum-mai2012/

http://independentwho.org/fr/2012/06/21/forum-enregistrements-mai2012/

sur :

http://independentwho.org/fr/audios-videos/

« Controverses Nucléaire » de Emanuela Andreoli et Wladimir Tchertkoff

http://www.dailymotion.com/video/xr56pr_controverses-nucleaires_news#.UYEl28x6lXg

et sur http://www.alerte-verte.com/

On le voit s’indigner fortement avec d’autres devant l’establishment des nucléocrates lors de la conférence Forum-Tchernobyl à Kiev en 2001 dont les actes ne furent jamais publiés car trop accablants pour l’establishment nucléaire.

- Pr Yablokov au Symposium de New-York les 12 et 12 Mars 2013 :

http://www.dailymotion.com/video/xysygr_les-lecons-de-tchernobyl-alexei-yablokov-au-symposium-de-new-york-en-mars-2013_news#.UX-cNsx6lXg

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De la somme que Yablokov avait rassemblé avec les autres scientifiques, Wladimir Tchertkoff en rappelle « un extrait du beau texte placé en liminaire de la première édition de 2007 du Livre Tchernobyl, Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement de A.V. Yablokov, V.B.Nesterenko et A.V. Nesterenko. » :

… « D’année en année on assiste à une hausse de la morbidité des maladies non cancéreuses d’étiologie diverse. L’analyse des courbes de la morbidité générale des enfants vivant dans les territoires contaminés par Tchernobyl est particulièrement désespérante. D’année en année on voit diminuer le nombre d’enfants pratiquement en bonne santé. A Kiev, par exemple, où il y avait 90% d’enfants en bonne santé avant l’accident, leur pourcentage a diminué au cours des années qui ont suivi pour ne plus constituer aujourd’hui que 20%. Dans certaines régions du Polessié il n’y a plus un seul enfant en bonne santé. La morbidité chez l’adulte augmente aussi sensiblement dans tous les groupes d’âge : au cours des 20 ans qui ont suivi l’accident son taux s’est vu multiplié par divers facteurs selon les maladies. On observe avec netteté l’augmentation des cas de maladie cardio-vasculaire, la hausse de la fréquence des attaques cérébrales, des infarctus, de l’ischémie du muscle cardiaque. La durée moyenne de vie s’abrège en conséquence.

On observe une situation nettement inquiétante concernant les maladies du système nerveux chez l’enfant comme chez l’adulte. La fréquence des maladies de l’oeil, en particulier des cataractes, est en hausse brutale.

Les diverses formes de pathologie de la grossesse et l’état de santé des nouveaux-nés dans les familles des liquidateurs de l’accident ou de ceux qui ont été évacués des zones de forte contamination ne manquent pas d’inquiéter.

Les actions des défenseurs de l’énergie atomique qui nient les effets nocifs de l’irradiation sur la santé des populations paraissent particulièrement cyniques sur cette toile de fond tragique. Leurs paroles s’accompagnent malheureusement d’actes correspondants : refus presque total du financement de la recherche médico-biologique, suppression des institutions chargées « des affaires de Tchernobyl », détournement des équipes de scientifiques de l’étude des problèmes engendrés par la catastrophe de Tchernobyl. De plus il reste parmi nous de moins en moins de spécialistes qui sont allés à l’école de l’accident, qui ont pu pénétrer au plus profond des véritables causes des effets radiologiques et ont appris à contrecarrer le développement des conséquences néfastes de l’irradiation. Très bientôt il ne restera plus personne de ceux qui ont appris par leur propre expérience comment il faut agir dans le cas d’une catastrophe radiologique de l’ampleur de celle de Tchernobyl. Pourtant l’expérience acquise est utile non seulement aux pays touchés par cette catastrophe mais aussi à l’avenir de notre planète tout entière qui doit s’attendre à divers accidents à grande échelle vu la direction que suit actuellement le développement des technologies.

Sommes-nous donc à tel point myopes qu’à cause de l’entêtement de quelques favoris du nucléaire privés d’humanité et de morale, nous sommes prêts à perdre l’expérience de la protection de l’homme des conséquences des éventuelles catastrophes technologiques à grande échelle, expérience que nous avons acquise avec tant d’abnégation et de sincère désintéressement ? Le progrès rapide que l’on observe en biologie et en médecine nous permet d’espérer qu’il n’est pas vain de chercher les moyens de supprimer les risques de nombre des maladies provoquées par une irradiation chronique. Il serait tout à fait insensé de négliger ces possibilités.

Il faut espérer malgré tout que l’objectivité dans l’évaluation des conséquences sanitaires de Tchernobyl finira par prendre le dessus, que la diversité biologique et une attitude morale de la société en général à l’égard du progrès technique futur finiront par triompher.

On voudrait tant y croire.

Ce livre représente vraisemblablement la tentative la plus complète à ce jour de généraliser un très grand nombre de données concernant les effets nocifs de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé des populations et de l’environnement. Les matériaux du livre montrent avec évidence que les conséquences de la Catastrophe augmentent au lieu de diminuer et continueront à augmenter dans l’avenir. »

D.M. Grodzinski, Docteur en biologie Président du Département de biologie générale, Académie nationale des Sciences d’Ukraine, Président de la Commission nationale d’Ukraine sur la protection contre les radiations. (http://independentwho.org/fr/2015/04/17/livre-tchernobyl-consequences/)

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introduction par Yablokov du même livre en version française :

Aux lecteurs français

Ce livre est l’étude la plus complète des publications scientifiques présentant des faits relatifs aux conséquences de la plus grande catastrophe d’origine humaine dans l’histoire de l’humanité.

Chacune des éditions consécutives à la première publication de Saint-Pétersbourg en 2007 – celle de New York en 2009*, de Kiev en 2011, de Tokyo en 2013 – est de plus en plus volumineuse en rai-son de nouvelles données, confirmant l’importance énorme des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl pour la santé humaine et pour l’environnement. Nous n’avons pas eu le temps d’inclure, dans cette nouvelle édition, les dizaines de nouvelles données qui ont été publiées en 2013 et 2014. Par exemple :

• dans les territoires les plus contaminés d’Ukraine et de Russie, les malformations congénitales chez les nourrissons sont sensiblement plus nombreuses [1, 2] ;

• l’analyse des statistiques démographiques officielles a révélé (en plus des données décrites précédemment pour de nombreux pays européens) une variation statistiquement significative de la proportion entre garçons et filles, parmi les nouveau-nés, en Russie et à Cuba, en 1987, en corrélation apparemment avec l’utilisation intensive des produits contaminés par les radionucléides de Tchernobyl [3] ;

• dans les territoires de Russie, contaminés par les radionucléides de Tchernobyl, on note une augmentation des maladies cancéreuses [4].

Les critiques pro-nucléaires accuseront à nouveau les auteurs de ce livre (comme ils nous ont accusés après la première publication de cette monographie) de ne pas se référer aux seules données « publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture ». Mais est-ce que, même sans analyse scientifique, les données statistiques officielles ne parlent pas d’elles-mêmes, lorsque un sanglier sur trois, abattu dans la région de la Saxe – et cela 28 ans après la catastrophe de Tchernobyl – est dangereuse-ment radioactif [5] ou que les rennes de la Norvège septentrionale sont devenus, en l’été 2014, 5,5 fois plus radioactifs qu’en 2012 en raison du fait qu’il y avait une pousse abondante de leurs champignons préférés qui concentrent le césium 137 contenu dans le sol [6] ?

Malheureusement, les leçons de Tchernobyl ne sont pas suffisamment intégrées. Pendant la «

liquidation » des conséquences de l’autre catastrophe atomique mondiale de Fukushima en 2011, les mêmes erreurs ont été commises en évacuant les habitants des sites contaminés dans d’autres sites également contaminés. Il y eut les mêmes mensonges de la part des fonctionnaires gouvernementaux et des mêmes organisations pro-nucléaires internationales – l’AIEA et l’OMS – au sujet des niveaux de la contamination radioactive. L’occultation immorale des données sur les maladies causées par les radiations a été également répétée.

Les pertes économiques liées à Tchernobyl ont aujourd’hui nettement dépassé 500 milliards de dollars. Les pertes liées à Fukushima ont atteint, suivant les évaluations, 200 milliards de dollars et continuent à augmenter. Mais malheureusement le fardeau de ces coûts ne pèse aucunement sur les entre-prises nucléaires. Cette irresponsabilité économique et sociale des atomistes constitue une injustice criante, qui permet à l’industrie atomique de se développer au détriment des États.

Toutes les données présentées dans ce livre montrent que les conséquences sur la santé et l’environnement de la catastrophe de Tchernobyl sont beaucoup plus graves que celles qui résultent des modèles officiels de la radioprotection. Elles témoignent du fait que les niveaux de risque radiologique adoptés sont sérieusement sous-estimés et doivent être révisés (voir détails [7].). Si ces règles officielles prenaient correctement en compte l’effet cumulatif des faibles doses, l’industrie de l’énergie atomique, dans sa forme actuelle, n’aurait pas de place dans une société civilisée.

Après Tchernobyl, la construction de nouvelles centrales nucléaires à travers le monde avait quasi-ment cessé. Mais 25 ans après, l’industrie nucléaire s’est remise du choc et s’est mise à parler de la « renaissance nucléaire ». Fukushima semblait avoir mis fin à cette « renaissance », conduisant l’Allemagne et une série d’autres pays à l’arrêt du développement de l’énergie nucléaire. Une série, mais pas tous… Notre incapacité à régler une vie internationale sans armes nucléaires confère un attrait sinistre à la création d’armes nucléaires sous le couvert du développement légal de l’énergie nucléaire « pacifique ». En plus de cela, certains pays sont toujours tentés par l’apparente facilité de résoudre les problèmes de l’énergie en utilisant l’énergie de la fission atomique. À la fameuse question que pose le héraut de l’industrie nucléaire, Vladimir Vernadsky, en 1922 [8] : « L’humanité saura-t-elle se servir de cette force pour le bien et non pour l’autodestruction ? », nous pouvons répondre avec certitude, 92 ans après, qu’ELLE N’A PAS SU.

Les radionucléides rejetés par l’explosion du réacteur de Tchernobyl dans le lointain 1986 empoisonneront la planète encore pendant des centaines et des milliers d’années. L’irresponsabilité et la cupidité des scientifiques atomiques, notre indifférence et la mémoire courte déterminent le caractère inévitable de nouvelles catastrophes nucléaires. Pour reprendre les mots du célèbre journaliste tchèque, Julius Fucik,

« HOMMES, SOYEZ VIGILANTS ! ».

Nous espérons que les connaissances contenues dans ce livre viendront éclairer cette vigilance.

Alexey V. YABLOKOV,

15 Janvier 2015

* Chernobyl, Consequences of the Catastrophe for People and the Environment – Volume 1181 des Annales de l’Académie des Sciences de New-York http://independentwho.org/media/Documents_Autres/Chernobyl_Consequences_of_the_catastrophe_for_people_and_the_environment_Reduit.pdf

[1]. Wertelecki W., Yevtushok L., Zymak-Zakutnia N. et al. 2014. Blastopathies and microcephaly in a Chorno-byl impacted region of Ukraine. Congenital Anomalies, vol. 54, pp. 125–149.

[2]. Корсаков А., Яблоков А., Трошин и др. 2014. Сравнительная оценка частоты врожденных пороков развития у детского населения Брянчской области, проживающего на террит ориях, пострадавших вследствии Чернобыльской катаст рофы (1991 – 2012). Весник Моск. Универ., серия XXIII (Антропология), # 2. cc. 122 -128. / Korsakov A, Yablokov A, Torchine (Torshin) et al. 2014. Évaluation comparative de l’incidence des malformations congénitales dans la population infantile du district de Briansk, vivant dans les territoires affectés par la catastrophe de Tchernobyl (1991 – 2012).

[3]. Scherb H., Kusmierz R., and K. Voigt. 2013. Increased sex ratio in Russia and Cuba after Chernobyl: a radi-ological hypothesis. Environ. Health. Vol. 12: # 63 (Published online Aug 15, 2013. doi: 10.1186/1476-069X-12-63).

[4]. Корсаков А., Михалёв В., Трошин В. 2013. Комплексная эколого-гигиеническая оценка изменений состава среды как фактора риска для здоровья населения. Palmarium Academic Publ., 404 c. / Korsakov A, Mikhaliov V. Torchine v. (Torshin)

[5]. Radioactive wild boar roaming the forests of Germany. 2014. The Telegraph, September 01 (http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/germany/11068298/Radioactive-wild-boar-roaming-the-forests-of-Germany.html).

[6]. Norway’s radioactive reindeer. 2014. BarentsObserver. October 7 (http://barentsobserver.com/en/nature/2014/10/norways-radioactive-reindeer-08-10).

[7]. Yablokov A. 2013. A Review and Critical Analysis of the “Effective Dose of Radiation” Concept. Jour. Health & Pollution, vol. 3, # 5, pp. 14 – 28. Cf. Actes du Forum Scientifique et Citoyen sur la Radioprotection, de Tchernobyl à Fukushima, Genève, 12-13 mai 2012, http://independentwho.org/fr/2013/03/13/actes-du-forum/

[8]. Вернадский В. 1922. Очерки и речи. Издательство « НХТИ », Москва, вып.1, стр. 8. / Vernadsky V. 1922. Essais et discours. Édition « НХТИ », Moscou, fascicule 1, p.8.

 

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Extraits (1996 « Tchernobyl- conséquences sur l’environnement, la santé, et les droits de la personne – Tribunal Permanent des Peuples » Ed. Ecodif ).

« Tribunal permanent des Peuples » qui a donné sa sentence (en italien sur http://www.internazionaleleliobasso.it/?p=80 ) et dont le déroulement a été retranscrit dans un livre du même nom. http://www.dissident-media.org/infonucleaire/solange_fernex.html

disponible sur http://libre-infos.eklablog.com/-a46203294

« Au total depuis les débuts …c’est 32 millions de victimes que l’on peut attribuer à la radio-activité » (Dr Bertell p15)

« sorte de dégénérescence de la science et des technologies…car la science est devenue une profession asservie aux intérêts politiques et commerciaux…plus graves à l’avenir si nous ne changeons pas notre comportement. » (Pr Andreev p32)

« accusation des opérateurs (idem pour les accidents aériens) qui l’avaient signalé a leurs supérieurs… »

« ce dysfonctionnement existe dans toute grande installation industrielle, chaque fois que des considérations commerciales priment sur la sécurité. » (Pr Andreev p36)

« Nous devons former des spécialistes ayant une formation très pointue sans être étroite. Les scientifiques et techniciens n’ont pas conscience du fait que leur travail détruit l’environnement… plus le problème du langage avec le public. » (Dr Kromp p37)

« On laisse les gangsters ( AIEA ) faire la police » (Pr Hesketh p40)

«  Il s’agit d’un grave problème structurel de société. Une société qui déclare: « je veux un scientifique qui ne me dise que ce que je veux entendre », est une société dans laquelle quelque chose est fondamentalement biaisé. » (Pr Hesketh p43)

« nous voyons que beaucoup de gens, dans notre monde industrialisé, sont des esclaves du système. Mais nous ne devrions pas les excuser pour cela…Chacun doit prendre sa part de responsabilités. Personne ne doit être excusé s’il refuse de le faire. …Il est en conséquence très important de créer un climat de transparence, de souligner la responsabilité de chaque individu. Plus les gens sont conscients du problème, plus leur responsabilité est grande. » (Pr Weish p69-70)

« Que représente le droit fondamental à la vie, que signifie le droit à la vie lorsque des mères mettent au monde des bébé méduses …?»… « le langage de la souffrance récuse le problème de l’expertise » (Juge Koumar p76 )

« l’industrie nucléaire d’un pays doit être soumise à des obligations par rapport à la société. Les gens qui vivent à proximité d’une centrale sont les victimes de la radioactivité, il faut respecter leur droit. » (Pr Sharma p83)

« Le Pr Lazjouk gère un registre des malformations depuis 1982, il a noté une augmentation significative de quatre malformations majeures: spina bifida, anencephalie, amelie, polydactylie » (sage-femme de Sitomir p90)

«  …mort-nés, mort périnatales, avortement » …« Depuis les travaux de Muller en 1927, on connaît parfaitement les effets mutagènes des radiations sur les foetus animaux et humains » (Dr Gadekar p95)

« il a reçu le prix Nobel pour ses résultats. Il a trouvé que les isotopes radioactifs produisaient en un mois les mêmes mutations que des substances chimiques pendant plusieurs années » « étant donné que nous sommes exposés à la radioactivité naturelle que cela nous plaise ou non, nous subissons des mutations identiques à celles qui sont provoquées par des radiations artificielles. En augmentant la radioactivité dans l’environnement, nous augmentons simplement le taux des mutations » (Dr Bertell p99)

« Nos données montrent qu’en augmentant les doses à partir de très faibles doses, nous notons d’abord un accroissement puis une décroissance puis à nouveau une croissance »… « Cette courbe démontre ainsi que les effets des faibles doses sont plus importants que ceux de doses plus élevées. » « Lorsque nous étudions l’évolution du status antioxydant et du status immunologique sous l’effet de doses croissantes, nous trouvons deux courbes similaires. Nous trouvons une corrélation des aberrations chromosomiques avec la dose, et des modifications correspondantes du status antioxydant. Dans les deux cas , ce sont de très faibles doses qui ont induit les différences les plus grandes par rapport au groupe contrôle » (effet Petkau) (Pr Bourlakova p110)

« Tous les troubles de l’immunogénèse et du système hématopoïétique sont accélérés dans les conditions extrêmes: les radiations,la pollution des sols, de l’eau, de l’alimentation, etc. nous avons une augmentation de 18% de maladies lympho-prolifératives. » (Pr Kogarko p113)

« Nous constatons que les cellules qui posent problème ne sont pas celles qui ont été fortement irradiées, mais celles qui ont été touchées par les effets précoces des radiations et qui sont soumisent à un effet prolongé de faible doses » (Pr Pelevina p121)… « dépression du système immunitaire… déformation des globules rouges…perte de mémoire (asthénie)

« affection gastro intestinales, respiratoires, cardio-vasculaire, cancer, etc….troubles mentaux: asthénie, cérébrasthénie, diminution des capacités mentales et physiques, saute d’humeur, baisse de la concentration et trouble de la mémoire …27 à 30% d’adultes et d’enfants en bonne santé… » (Pr Kryshanovskaya p127)

« La seule manière de résoudre le problème des faibles doses de radiation est d’arrêter au plus vite chaque réacteur nucléaire dans le monde » (Pr Gould p139)

« Les pro-nucléaires refusent d’admettre qu’il s’agisse des conséquences des radiations, afin de ne pas avoir à indemniser les victimes » (Dr Furitsu p161)

« La communauté scientifique sait et nous savons que toute radioactivité est dangereuse, qu’elle produit des lésions très graves. Elle sévit depuis très longtemps et nous avons accumulé suffisamment de données sur ses atteintes aux êtres humains: Nous connaissons les atteintes biochimiques, cellulaires, et si nous n’entreprenons pas quelque chose maintenant; il sera trop tard. » (Dr Gadekar p166)

« Les expériences de Hiroshima, Nagasaki et Tchernobyl nous enseignent que les atteintes des radiations ne sont ni un problème local, ni un problème national. Il s’agit d’un problème global de vie ou de mort qu’il nous faut résoudre si nous voulons permettre la survie de la vie sur notre planète »… « nous réclamons en conséquence le fermeture de toutes les centrales atomiques et la reconversion des politiques énergétiques pour pouvoir nous passer du nucléaire »… « souhaitant poursuivre leur politique nucléaire, ils traitent les victimes de Tchernobyl comme des « cobayes ». Nous ne pourrons jamais tolérer cela. » ( Dr Sadamori p166-169)

« En fonctionnement normale d’une centrale atomique, tous les gaz radioactifs et tous les liquides radioactifs de la réaction atomique sont rejetés sauf les solides » (Dr Bertell p170)

« les physiciens s’arrangent avec les ingénieurs. Ils fixent des normes puis affirment rester en deçà des « normes ». Lorsque l’on parle aux médecins, ils admettent que les normes ne protègent personne »… « ramener ce qui est légale à ce qui est sans danger » (Dr Lakimets p171)

« Ces millions de dollars dépensés pour des études répétitives servent davantage aux carrières des chercheurs qu’à la santé des victimes »… « 28% des liquidateurs morts de diabètes sucrés, à Gomel 50% de cas de diabète sucré chez l’enfant » ( Dr Fernex p183)

« cela prouve que les centrales en fonctionnement normal sont tératogène, ceci est une raison majeure pour arrêter l’industrie atomique. De tels effets justifieraient le retrait immédiat d’un médicament ou d’un insecticide. Les mêmes règles ne devraient-elles pas s’appliquer à l’énergie nucléaire? »( Dr Fernex p192)

« les isotopes radioactifs absorbés comme l’iode, le strontium et autres n’existaient pas dans la nature avant l’ère nucléaire » (Pr Gould p196)

« Ils sont prisonniers d’un piège économique » ( Mme Ahern p199)

« La France et la Chine qui ont récemment procédé à des essais nucléaires (1996) contre l’opinion internationale , doivent comprendre que non seulement elles ont commis une grave erreur politique, dans la période qui a suivi la Guerre Froide où la dissuasion a pratiquement perdu toute crédibilité, mais surtout qu’elles ont encouragé certains pays à se doter d’une capacité d’armes nucléaire » (p223)

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C’était le 26 Avril 2008 à Genève

Le Pr Yablokov s’adresse aux vigies devant l’OMS (www.independentwho.org). Il est traduit par Wladimir Tchertkoff:

« Pr Alexei YABLOKOV écologue : – Au moment d’évaluer les conséquences de Tchernobyl, nous nous sommes heurtés à la falsification gouvernementale des données. Gouvernementale et internationale. L’Organisation mondiale de la santé ne nous dit pas la vérité, parce qu’elle est liée à l’AIEA par le scandaleux accord de 1959. – C’est une situation extraordinaire, qui nécessite des mesures extraordinaires pour y mettre fin. Je suis enthousiasmé par ce que vous faites. Votre vigie permanente est une action très inhabituelle, très forte… elle est tout à fait fantastique, il faut absolument la continuer. Nous devons obliger l’Organisation mondiale de la santé de dire la vérité, c’est-à-dire de rompre cet accord. – Il y a un deuxième sens à votre action, dont vous n’êtes peut-être même pas conscients. C’est l’importance de votre vigie pour les pays victimes, pour la Biélorussie, pour la Russie, pour l’Ukraine. Pour nous qui combattons pour la vérité dans ces pays, c’est très important, – cela nous donne une force énorme, une force nouvelle : le fait de savoir que vous êtes là, que chaque jour, ne serait-ce qu’une seule personne est présente ici. Cela nous dit que nous ne sommes pas seuls avec ce malheur. Que le monde nous entend, qu’il nous voit, qu’une nouvelle humanité se lève. » http://bellaciao.org/fr/spip.php?article134995 (mort pour l’Europe)

« Le physique de Yablokov est impressionnant ; c’est un géant, ses sourcils sont aussi épais qu’une forêt. »

En 2014, un autre forum sur les conséquences génétiques sur le vivant avait eu lieu en même place à quelques encablures de l’OMS.http://independentwho.org/fr/2014/09/21/forum-effets-genetiques/

Le scientifique Timothy Mousseau y exposa ses travaux, il faisait remarquer les dommages sur l’ADN et sur le ralentissement de la croissance de tout organisme vivant, son propos portait sur les modifications sur les animaux et les arbres.

Extrait des Actes du forum sur les effets génétiques des rayonnements ionisants :

p88 « Les arbres montrent continuellement les effets étranges de leur développement. Ce sont des pins sylvestres, ils devraient être grands et droits, mais dans les zones très contaminées on voit toutes sortes de modèles de croissance vraiment inhabituelles causées soit par la toxicité directe soit par l’effet mutagène du rayonnement.

On voit également une différence dans la qualité[densité etc] et la couleur du bois. »[...]

et quand nous avons prélevé des échantillons de 300 arbres et examiné les modèles de croissance, voilà de nouveau les effets négatifs dramatiques sur la croissance suite au désastre de Tchernobyl, qui ont tendance à ressurgir dans les années de sécheresse.[...]

p89 « Dans la forêt rousse…Ces troncs d’arbres, qui étaient là depuis plus de 15 ans déjà, ne s’était pas du tout décomposés, ils étaient plutôt intacts »[...]

« nous avons constaté que le taux de décomposition, la vitesse à laquelle la matière avait été décomposée par les bactéries, était bien plus basse dans les zones à forte contamination. »

« le rayonnement avait une incidence sur l’activité microbienne. C’est très grave puisque cette décomposition naturelle permet le recyclage des nutriments dans l’écosystème [régénération de l'humus etc] et donc cela a potentiellement une conséquence sur tout l’écosystème et peut-être en partie responsable de la croissance plus lente des arbres que nous voyons aussi dans certaines zones. ».[...]

p92″…le résultat principal, contrairement aux rapports rapports gouvernementaux comme celui du forum Tchernobyl ou de l’UNSCEAR, c’est qu’il y a une énorme quantité d’informations démontrant les conséquences, les dommages à tous les niveaux de l’organisation biologique, de l’ADN aux individus, aux espèce, aux populations, à l’écosystème. [prouvés de longue date Cf Jean Rostand etc]. Maintenant il y a beaucoup de données qui démontrent ces effets, et il faut leur accorder plus d’attention, les prendre avec considération lorsqu’on commence à réfléchir aux effets des rayonnements. »

La radioactivité est toujours là et grandie, parmi ses conséquences il y a le fait que les risques d’incendie se multiplient dans les zones contaminées et il y a à nouveau une redistribution « automatique  » de pollution radioactive dans l’atmosphère :

« Depuis l’accident de 1986, les forêts alentour sont fortement contaminées au césium 137. Cet élément radioactif est particulièrement concentré dans la litière, c’est-à-dire les aiguilles et le feuilles agglomérées au sol, mais le bois en contient également. Lorsque la forêt brûle, cette radioactivité se retrouve en suspension dans l’air et peut alors voyager au gré du vent et des pluies. Si la chaleur de l’incendie est particulièrement forte, alors même la litière, d’ordinaire plus humide, peut s’embraser et libérer de la radioactivité.

L’IRSN s’est déjà intéressé à ce sujet parce que les incendies sont fréquents dans cette région de l’Ukraine. D’ordinaire, les plus gros épisodes surviennent entre août et septembre. Il sont d’ailleurs de plus en plus communs car les bois sont de moins en moins bien entretenus. En 2002, 2008 et 2010, nous avons assisté à des incendies spectaculaires dans la même zone, avec des surfaces considérables et de nombreux foyers. Dans les semaines qui ont suivi, nous avons alors pu constater un niveau de radiation dans l’air français, trois fois supérieur à la normale avec 1,5 microbecquerel par mètre cube, contre 0,5 habituellement. »

« Pourtant, comme à son habitude, l’IRSN se veut rassurant, déclarant que malgré le risque de triplement de la radioactivité mesuré dans l’air : « on ne peut pas parler d’impact sur la santé publique »

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http://www.sortirdunucleaire.org/Incendies-a-Tchernobyl-la-radioactivite-remise-en

Incendies à Tchernobyl : la radioactivité remise en circulation

Le 28 avril 2015, quasi 29 ans après l’explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl, un important feu de forêt s’est déclenché autour de la centrale. Cet incendie comportait un risque de redistribution d’une partie de la radioactivité contenue dans les sols sur de larges zones.

Un incendie gigantesque

Il ne s’agit pas du premier incendie en zone contaminée ; d’autres sont déjà survenus en 1992, 2002, 2008 et 2010. Mais celui-ci est le plus important depuis 1992. Selon le Ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, 400 hectares seraient concernés mais la situation serait sous contrôle. Mais selon Greenpeace Russie, le feu s’étalerait en réalité dans un rayon de 30 km autour de la centrale et les images satellites laisseraient supposer qu’il touche en réalité 10 000 hectares.

Quels risques ?

Le feu n’a pas atteint la centrale accidentée elle-même, qui contient encore 97 % des éléments radioactifs présents dans le combustible nucléaire. Mais ces incendies, en eux-mêmes, constituent déjà une menace.

En effet, une partie importante des radioéléments expulsés lors de l’explosion du réacteur sont toujours présents dans les sols et les végétaux (il faut 300 ans pour que la radioactivité du césium 137 et du strontium 90, les radio isotopes les plus répandus, soit divisée par mille)[on trouve aussi du Plutonium et de l’Américium 241, relâchés à l’époque de l’accident, ce qui est susceptible d’aggraver la situation.http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/ca-chauffe-a-tchernobyl-166831

Or cet élément radioactif est fortement concentré dans les aiguilles et les feuilles agglomérées au sol, mais aussi dans le bois des arbres des forêts avoisinantes, et lorsqu’un incendie important s’y déclare, la radioactivité s’échappe, et, portée par les vents, les pluies, peut se déplacer assez loin, comme on l’avait constaté lors de la catastrophe de 1986, contaminant les plantes au moins jusqu’en Corse.]

. Ces incendies, en réduisant la végétation et l’humus en fumées ensuite emportées par les vents, remettent en circulation une partie des éléments radioactifs qu’elles contiennent.

Ainsi, selon les travaux d’une équipe de chercheur du Norwegian Institute for Air Research [1], les trois feux de forêt précédents ont déjà relâché de 2 % à 8 % du seul césium 137 présent dans les sols… soit 500 000 milliards de becquerels répandus sur une vaste zone s’étendant jusqu’à la Turquie et la Scandinavie !

Certes, la dose moyenne de radioactivité reçue à Kiev suite à ces trois incendies est très faible. Mais cette moyenne cache des disparités importantes. Il se peut que certaines personnes, suite à ces incendies, aient inhalé ou ingéré des micro-particules radioactives dont l’action à l’intérieur de l’organisme est suffisante pour provoquer à terme des cancers et autres pathologies.

Concernant l’incendie de fin avril 2015, il n’y a cependant pas lieu de craindre une contamination semblable à celle du panache radioactif qui s’est répandu sur l’Europe en 1986 : le risque concerne avant tout les régions les plus proches des zones contaminées. La CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité) a ainsi souligné dans un communiqué que l’Europe occidentale n’était pas concernée, les vents étant dirigés vers le Nord et l’Est. Elle indique également que les réseaux officiels de balises de mesure de la radioactivité situés en Ukraine, en Finlande, dans les Pays Baltes et en Russie ne montraient pas de valeurs moyennes plus élevées que d’habitude. Toutefois, elle déplore l’absence de mesures spécifiques dans les régions susceptibles d’être les plus impactées. Par ailleurs, aucune mesure n’est mise à disposition pour le Belarus, pays le plus contaminé par Tchernobyl et voisin immédiat de la centrale [2] .

Un risque croissant

Quel que soit leur impact, la fréquence de ces feux de forêts risque malheureusement de s’accroître. En effet, selon les chercheurs Tim Mousseau et Anders Møller, la décomposition de l’humus et du bois mort est ralentie en zone contaminée [3], laissant s’accumuler des quantités plus importantes de bois sec. Ce phénomène pourrait être imputé à la vulnérabilité des insectes et micro-organismes à la radioactivité.

Par ailleurs, le changement climatique laisse craindre une multiplication des épisodes de forte chaleur et de sécheresse propices aux incendies. Lors des incendies de 2010 – qui avaient par ailleurs menacé le site nucléaire de Mayak [4], la sécheresse était déjà en cause.

Ces phénomènes viennent rappeler que la catastrophe n’est toujours pas terminée et qu’elle continuera de sévir encore longtemps…

Notes

[1] http://www.newscientist.com/article/dn26933-rise-in-wildfires-may-resurrect-chernobyls-radiation.html#.VUCgIWbhVz1

[2] Lire le communiqué de la CRIIRAD

[3] http://www.livescience.com/44318-chernobyl-trees-barely-decomposed.html

[4] http://www.sortirdunucleaire.org/Incendies-et-contamination

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Voir sur UNSCAER et autres lobbies :http://www.pierredubochet.ch/radioprotection-mondiale,-copinage-et-serment-de-secret.html

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http://blog.mondediplo.net/2011-04-29-Tchernobyl-en-Bielorussie

Tchernobyl en Biélorussie…

 

 

 

 

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Les forces manquantes

Un des buts était de faire un troisième forum avec les victimes (toutes catégories (professionnels du nucléaire) de la santé -accident-guerre etc (voir aussi des rayonnements non ionisants) à reprendre par d’autres groupes citoyens car stratégique pour compléter les autres forum citoyen et faire prendre conscience de faire stopper toute activité nucléaire rapidement sous menace de désastres encore plus grands que ceux existants.

 

Avis aux amateurs…

Publié dans littéradure | Pas de Commentaire »

L’absurde nucléaire

Posté par elianguesard le 30 décembre 2016

sisyphe

wiki 2016.12

Le Mythe de Sisyphe est un essai rédigé par Albert Camus, publié en 1942. Il fait partie du « cycle de l’absurde », avec Caligula (pièce de théâtre, 1938), L’Étranger (roman, 1942) et Le Malentendu (pièce de théâtre, 1944).

Dans cet essai, Camus introduit sa philosophie de l’absurde : la recherche de l’homme vaine de sens, d’unité et de clarté, dans un monde inintelligible, dépourvu de Dieu et dépourvu de vérités ou valeurs éternelles. Est-ce que la réalisation de l’absurde nécessite le suicide ? Camus répond : « Non, elle nécessite la révolte. »

Chapitre 1 : Un raisonnement absurde

Camus se charge de la tâche de répondre à ce qu’il considère comme le seul « problème philosophique vraiment sérieux » : est-ce que la réalisation de l’existence du non-sens et de l‘absurdité de la vie entraîne nécessairement le suicide?

Il commence par décrire la condition absurde : une grande partie de notre vie est construite sur l’espoir de demain mais demain nous rapproche de la mort, l’ennemi ultime ; les gens vivent comme s’ils ne connaissent pas la certitude de la mort. Une fois débarrassé de son romantisme commun, le monde est un lieu étranger, étrange et inhumain ; la vraie connaissance est impossible, et la rationalité et la science ne peuvent pas révéler les explications du monde, – de telles explications finissent finalement dans des abstractions et des métaphores dénuées de signification. « À partir du moment où l’absurdité est reconnue, elle devient une passion, la plus pénible de toutes. »

Ce n’est pas le monde qui est absurde, ni la pensée humaine : l’absurde surgit lorsque le besoin humain de comprendre rencontre le caractère déraisonnable du monde, lorsque à « mon appétit pour l’absolu et pour l’unité » répond « l’impossibilité de réduire ce monde à un principe rationnel et raisonnable. »

Il caractérise ainsi un certain nombre de philosophies qui décrivent et tentent de faire face à ce sentiment de l’absurde, à travers Heidegger, Jaspers, Chestov, Kierkegaard, et Husserl. Tout ceux-ci, dit-il, commettent un « suicide philosophique » par l’aboutissement à des conclusions qui contredisent la position absurde d’origine, soit en abandonnant la raison et en se tournant vers Dieu, – comme dans le cas de Kierkegaard et Chestov, soit en élevant la raison et, finalement, en arrivant à des formes platoniques ubiquitaires et à un dieu abstrait, – comme dans le cas de Husserl.

Pour Camus, pour ceux qui se mettent à prendre l’absurde au sérieux et à le suivre jusqu’à ses conclusions finales, ces « sauts » ne peuvent pas être convaincants. Prendre l’absurde au sérieux signifie reconnaître la contradiction entre le désir de la raison humaine et le monde déraisonnable. Le suicide, alors, doit également être rejeté : sans l’homme, l’absurde ne peut pas exister. La contradiction doit être vécue ; la raison et ses limites doivent être reconnues, sans faux espoir. Cependant, l’absurde ne pourra jamais être accepté : il exige une confrontation et une révolte constantes.

Ainsi, l’homme absurde gagne de la liberté dans un sens très concret : il n’est plus lié par l’espoir d’un avenir ou d’une éternité meilleures, – sans qu’il soit nécessaire de créer du sens, « il jouit d’une liberté à l’égard des règles communes ». Comprendre l’absurde implique de comprendre tout ce que le monde déraisonnable a à offrir. Lorsque la vie ne se voit plus attribuer de sens, il n’y a plus d’échelle de valeurs. « Ce qui compte n’est pas de vivre le mieux, mais de vivre le plus. » Camus arrive à trois conséquences de la reconnaissance complète de l’absurde : la révolte, la liberté et la passion.

 

Chapitre 2 : L’homme absurde

Camus va dans ce chapitre présenter des exemples de la vie absurde. Il commence avec Don Juan, le « séducteur en série » qui vit une vie passionnée au maximum.

L’exemple suivant est celui de l’acteur, qui poursuit la gloire éphémère d’une vie éphémère. « Il démontre à quel point le paraître crée l’être. »

Le troisième exemple de Camus de l’homme absurde est celui du vainqueur, du guerrier, qui renonce à toutes promesses d’éternité et s’engage pleinement dans l’histoire humaine. Il choisit une action sur la contemplation, conscient du fait que rien ne peut durer et qu’aucune victoire n’est définitive.

 

Chapitre 3 : La création absurde

Dans ce chapitre, Camus explore le créateur ou l’artiste absurdes. Puisqu’une explication est impossible, l’art absurde est limité à une description d’expériences innombrables dans le monde. « Si le monde était clair, l’art ne serait pas. » La création de l’absurde doit, bien sûr, s’abstenir de juger et de faire allusion à la moindre ombre d’espoir. Il analyse ensuite le travail de Dostoïevski à cette lumière, en particulier Journal d’un écrivain, Les Possédés et Les Frères Karamazov. Tous ces travaux ont pour base l’absurde et les deux premiers ouvrages explorent le thème du suicide philosophique. Cependant, le Journal et son dernier roman, Les Frères Karamazov, ont finalement trouvé un chemin vers l’espoir et la foi et ont donc échoué en tant que créations absurdes.

 

Chapitre 4: Le mythe de Sisyphe

Dans ce dernier chapitre, Camus décrit la légende de Sisyphe. (voir § Mythe)

Camus est intéressé par les pensées de Sisyphe lorsque celui-ci marche en bas de la montagne, pour recommencer de zéro son épuisante ascension. Après que la pierre est tombée en bas de la montagne, Camus affirme : « C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même ! Je vois cet homme redescendre d’un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin ». Le moment est vraiment tragique, quand le héros prend conscience de sa condition misérable. Il n’a pas d’espoir mais « il n’est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris. » Reconnaissant la vérité, Sisyphe, tout comme l’homme absurde, ne cesse de pousser. Camus affirme que lorsque Sisyphe reconnaît la futilité de sa tâche et la certitude de son sort, il est libre de réaliser l’absurdité de sa situation et de parvenir à un état d’acceptation. Avec un clin d’œil au héros grec Œdipe, Camus conclut que « tout est bien », en effet, et qu’ « il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Appendice

L’essai comporte un appendice intitulé «L’espoir et l’Absurde dans l’œuvre de Franz Kafka ». Alors que Camus reconnaît que l’œuvre de Kafka représente une description exquise de la condition absurde, il soutient que Kafka échoue en tant qu’écrivain de l’Absurde parce que son travail présente une lueur d’espoir.

Mythe

Inspiré par la mythologie grecque, Camus fait le rapprochement entre la vie comme éternel recommencement obéissant à l’absurde et Sisyphe, héros de la mythologie grecque. Pourquoi une telle punition ? Camus cite plusieurs versions du mythe, la plupart expliquant la punition de Sisyphe par une insulte faite aux dieux. Une version particulière prête à Sisyphe, mourant, la volonté d’éprouver l’amour de sa femme en lui demandant de ne pas lui donner de sépulture et de jeter son corps sur la place publique, après sa mort. Selon une autre version, Sisyphe découvre la liaison entre le maître de l’Olympe, Zeus, et Égine ; il s’en va monnayer l’information auprès du père, le fleuve Asopos. En échange de sa révélation il reçoit une fontaine pour sa citadelle. Sa trop grande perspicacité irrite les dieux qui le condamnent à pousser un rocher au sommet d’une montagne, – qui, inéluctablement, roule vers la vallée avant que le but du héros ne soit atteint.

 

Contrairement au Sisyphe que l’on présente habituellement dans la mythologie, Camus considère qu’« il faut imaginer Sisyphe heureux », une formule de Kuki Shuzo. Sisyphe trouve son bonheur dans l’accomplissement de la tâche qu’il entreprend et non dans la signification de cette tâche.

 

« Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

 

Il fonde son raisonnement sur de nombreux traités philosophiques et l’œuvre de romanciers comme Dostoïevski et Kafka et soutient que le bonheur revient à vivre sa vie tout en étant conscient de son absurdité, car la conscience nous permet de maîtriser davantage notre existence.

 

Révolte

Camus catégorise des archétypes de l’homme face à l’absurdité :

Le héros absurde fait face à l’absurdité de la vie. Il va même jusqu’à l’apprécier, recherchant toujours la même flamme, la même passion qui l’anime, comme le fait Don Juan en recherchant toujours de femme en femme l’effet de cette première passion.

Le suicidaire ne voit plus aucun sens à sa vie et fait le « grand saut », au même titre dans un certain sens que le croyant, échappant ainsi à l’absurdité de sa condition. Le croyant se livre quant à lui à une cause et ne se préoccupe pas de l’essence existentialiste qui ronge tant les humains qui y ont fait face, ceux-ci ayant perdu la lumière et se retrouvant seuls face à leurs pensées.

Camus entend ainsi montrer que la révolte est le seul moyen de vivre sa vie dans un monde absurde. Cette révolte est plus importante dans le fait de se révolter que dans les causes défendues en elles-mêmes. Camus propose donc une théorie de l’engagement passionné et conscient qui est compatible avec le climat politique de son temps. Il poursuivra cette réflexion avec son essai L’Homme révolté.

 

Citations

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. »[1]

« C’est qu’en vérité le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout. »[2]

« La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »[3]

Définition philosophique[modifier | modifier le code]Le fait de « vivre le supplice de Sisyphe » signifie que l’on vit une situation absurde répétitive dont on ne voit jamais la fin ou l’aboutissement.

 

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http://www.vialupo.com/verbatim/oeuvres/sisyphe.html

Premier essai philosophique (1942) d’Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe établi pourquoi la vie vaut d’être vécue. Parce que l’homme peut dépasser l’absurdité de son destin par sa lucidité, sa révolte tenace contre sa condition.

Il y a une grandeur à vivre et faire vivre l’absurdité.

Absurde

« L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. »

Absurde

« L’absurde est essentiellement un divorce. Il n’est ni dans l’un ni dans l’autre des éléments comparés, il naît de leur confrontation. »

Absurde

« L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites. »

Action

« Il vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l’action. Cela s’appelle devenir un homme. Ces déchirements sont affreux. Mais pour un coeur fier, il ne peut y avoir de milieu. Il y a Dieu ou le temps, cette croix ou cette épée. Ce monde a un sens plus haut qui surpasse ses agitations ou rien n’est vrai que ces agitations. Il faut vivre avec le temps et mourir avec lui ou s’y soustraire pour une plus grande vie. Je sais qu’on peut transiger et qu’on peut vivre dans le siècle et croire à l’éternel. Cela s’appelle accepter. Mais je répugne à ce terme et je veux tout ou rien. »

 

Comprendre

« comprendre c’est avant tout unifier. »

 

Conscience

« Tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle. »

Doctrine

« Je comprends alors pourquoi les doctrines qui m’expliquent tout m’affaiblissent en même temps. Elles me déchargent du poids de ma propre vie et il faut bien pourtant que je le porte seul. »

Finalité de l’homme

« Oui l’homme est sa propre fin. Et il est sa seule fin. S’il veut être quelque chose, c’est dans cette vie. »

 

Moralité

« Elle enseigne qu’un homme se définit aussi bien par ses comédies que par ses élans sincères »

Histoire

« Conscient que je ne puis me séparer de mon temps, j’ai décidé de faire corps avec lui. C’est pourquoi je ne fais tant de cas de l’individu que parce qu’il m’apparaît dérisoire et humilié. Sachant qu’il n’est pas de causes victorieuses, j’ai du goût pour les causes perdues: elles demandent une âme entière, égale à sa défaite comme à ses victoires passagères. Pour qui se sent solidaire du destin de ce monde, le choc des civilisations a quelque chose d’angoissant. J’ai fait mienne cette angoisse en même temps aue j’ai voulu y jouer ma partie. Entre l’histoire et l’éternel, j’ai choisi l’histoire parce que j’aime les certitudes. D’elle du moins je suis certain, et comment nier cette force qui m’écrase? » (voir Histoire)

Méthodes

« Car les méthodes impliquent des métaphysiques, elles trahissent à leur insu les conclusions qu’elles prétendent parfois ne pas connaître. Ainsi les dernières pages d’un livre sont déjà les premières »

Révolte

« L’une des seules positions philosophiques cohérentes, c’est la révolte. Elle est un confrontement (sic) perpepétuel de l’homme et de sa propre obscurité. »

Sens

« Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens. »

Vivre

« Sentir sa vie, sa révolte, sa liberté, et le plus possible, c’est vivre et le plus possible. »

Vouloir

« Vouloir c’est susciter les paradoxes. »

 

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http://lirephilosopher.canalblog.com/archives/2013/05/29/27281512.html

 

Albert CAMUS

La révolte fait partie de l’homme, révolte contre son statut, par rapport au regard de l’autre, de sa place dans la société. Révolte par rapport à sa finitude, à l’existence de Dieu. L’homme se révolte contre lui-même, contre les autres, contre l’invisible, l’irréel, contre une société dans laquelle il a du mal à vivre.

Camus se sert d’exemples, dans la littérature, dans les grands moments de révolte de l’humanité. Derrière ces révoltes une grande voie philosophique : le nihilisme et ce qui en découle. La révolution, différente de la révolte, la révolution française, russe, la révolte jusqu’à la mort, le Roi Dieu disparaît, les mondes changent, une soif d’égalité qui passe par la négation d’un monde de croyance. Dieu est mort, les poètes révoltés et nihilistes le ressentent, apparition du surréalisme, vison artistique, irréelle, fuite également d’un monde insupportable.

L’homme révolté est à la fois un bien, une nécessité. L’imperfection humaine, notre finitude créent des tensions dans le vivre ensemble qui elles-mêmes génèrent des révoltes, parfois des révolutions. Lorsque la révolte s’exprime par le meurtre, le suicide, nous abordons les terres de l’absurde, du nihilisme absolu.

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Camus à propos de L’Étranger

J’ai résumé L’Etranger, il y a très longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale: « Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort. » Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. Mentir, ce n’est pas seulement dire ce qui n’est pas. C’est aussi, c’est surtout dire plus que ce qui est et, en ce qui concerne le cœur humain, dire plus qu’on ne sent. C’est ce que nous faisons tous, tous les jours, pour simplifier la vie. Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu’il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacée. On lui demande par exemple de dire qu’il regrette son crime, selon la formule consacrée. Il répond qu’il éprouve à cet égard plus d’ennui que de regret véritable. Et cette nuance le condamne. Meursault pour moi n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace, l’anime, la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans L’Étranger l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer dans mon personnage le seul christ que nous méritions. On comprendra après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. » Préface à l’édition américaine, 1955, cité par Roger Grenier, Soleil et ombre, une biographie intellectuelle, Gallimard, 1987, Folio, 1991, p. 106-107.

 

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https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Homme_r%C3%A9volt%C3%A9

L’Homme révolté est un essai rédigé par Albert Camus, publié en 1951. Il fait suite au Mythe de Sisyphe publié en 1942 où il traitait principalement, à travers le thème du suicide, du caractère absurde de l’existence.

 

Présentation

L’Homme révolté se divise en cinq grandes parties, qui traitent de l’esprit, du développement et de l’expression de la révolte :

l’homme révolté ;

la révolte métaphysique ;

la révolte historique ;

révolte et art ;

la pensée de midi.

Camus y étudie successivement les conceptions de Lucrèce, Épicure, Sade, les Dandys, Vigny, Dostoievski, Nietzsche, Stirner, Marx, les surréalistes, Rousseau, Saint-Just, Hegel, de Maistre. La dialectique du maître et de l’esclave est réexploitée par Camus. De même que la révolution marxiste, l’athéisme ou l’antithéisme de certains philosophes et surtout, la substance ascétique de la révolte.

Résumé

« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. »D’apparence, il existe une limite à la révolte. Cependant, la révolte est un droit. La révolte naît de la perte de patience. Elle est un mouvement et se situe donc dans l’agir. Elle se définit par le « Tout ou Rien », le « Tous ou Personne ». En premier, elle soumet l’idée d’égalité : position d’égal à égal entre le maître et l’esclave. Mais le révolté finit par imposer cette égalité qui se traduit souvent par une inversion des rôles (dialectique hégélienne). Suivant le raisonnement de Scheler, l’homme révolté n’est pas l’homme du ressentiment, c’est-à-dire qu’il ne baigne ni dans la haine ni dans le mépris. La révolte enfante des valeurs. De fait, « pour être, l’homme doit se révolter ». La révolte extirpe l’homme de la solitude puisqu’elle est collective, c’est l’« aventure de tous ». Néanmoins, faire l’expérience de la révolte, c’est faire l’expérience de l’ascèse. Les mythes de Prométhée, d’Achille (avec Patrocle), d’Œdipe et d’Antigone, sont des archétypes de révoltes antiques au même titre que la révolte de Spartacus. La révolte est souvent légitime, elle est l’expression la plus pure de la liberté et semble revêtir le visage de l’espoir. De surcroît, la révolte impose une tension, elle refuse donc formellement le confort de la tyrannie ou de la servitude. Le révolutionnaire a la volonté de « transformer le monde » (Marx) alors que le révolté veut « changer la vie » (Rimbaud).

Critiques

Le Mythe de Sisyphe et L’Homme révolté ont été qualifiées comme des œuvres de moraliste plutôt que de philosophe, ce qui a beaucoup été reproché à Camus, en particulier par des existentialistes.

Citations

« Dans l’épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le cogito dans l’ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l’individu de sa solitude. Elle est un lien commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes. »

« L’histoire prodigieuse qui est évoquée ici est l’histoire de l’orgueil européen. […] L’homme est la seule créature qui refuse d’être ce qu’elle est. La question est de savoir si ce refus ne peut l’amener qu’à la destruction des autres et de lui-même. Si toute révolte doit s’achever en justification du meurtre universel, ou si, au contraire, sans prétention à une impossible innocence, elle peut découvrir le principe d’une culpabilité raisonnable » (introduction)

« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. » (Au-delà du Nihilisme)

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http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/1951/09/19/l%E2%80%99homme-revolte-1951/

L’homme révolté (1951)

De L’Homme révolté, cette « histoire de l’orgueil européen », on ne retient malheureusement trop souvent que l’écume : la réception très réservée du monde intellectuel français et la polémique entretenue dans la revue Les Temps modernes qui entraîna la brouille définitive avec Sartre, l’un des familiers de Camus au lendemain de la guerre. C’est le volet à connotation – plus qu’à vocation – philosophique du second cycle de Camus, centré sur la révolte, symbolisée parfois par Prométhée, et dont la figure romanesque était parue en juin 1947 La Peste (et son prolongement L’État de siège) et la forme théâtrale Les Justes créée en décembre 1949.

 

A la question du suicide et de la notion d’absurde de la vie (Le Mythe de Sisyphe), succède donc un essai – beaucoup plus développé que celui sur l’absurde – sur les questions du « meurtre et de la révolte ». Car, comme l’indique Camus lui-même : « La première et la seule évidence qui me soit donnée, à l’intérieur de l’expérience absurde, est la révolte. » A cette première évidence Camus attribue le même rôle que le « cogito » cartésien dans l’ordre de la pensée. Mais, fondamentalement, la révolte, même individuelle ou individualisée, est la justification de l’appartenance à un collectif. « Je me révolte, donc nous sommes ». Elle « tire l’individu de sa solitude » et « est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. » Elle est ainsi ancrée dans la mémoire des peuples et des individus, peut susciter une solidarité humaine (ou des déviances totalitaires).

Ce point de départ à partir du « Je » donne sans doute l’explication du fait que, dans sa lecture personnelle de l’histoire, Camus se livre à des portraits d’individus révoltés : Sade, Lautréamont, Bakounine ou les anarchistes russes, Dostoïevski (déjà présent dans Le Mythe de Sisyphe), plus qu’à l’analyse de systèmes philosophiques et politiques dont il dénonce, ici comme ailleurs, les tentations et les réalisations totalitaires. Cette position originale ne pouvait que susciter méfiance et opposition, en pleine guerre froide, de tous les idéologues ou de certains spécialistes des auteurs ou périodes étudiées. Si la Révolution, le Grand Soir ou la victoire du prolétariat constituent des modalités de la Révolte, ils ne peuvent en constituer le modèle ou la panacée universelle : à l’époque moderne au moins, toutes les révolutions ont abouti à des meurtres et à un renforcement de l’État.

Comment se révolter sans commettre ou justifier des meurtres ? La question court, de façon plus ou moins explicite, tout au long du livre au travers de la réflexion autour de la révolte métaphysique (celle de la négation absolue et du refus du salut comme celle d’une affirmation absolue) et de la lecture de l’histoire – principalement européenne – qui prend pour point de départ la Révolution française et les régicides. L’histoire ne semble pas avoir apporté de réponse positive à cette question, car cette « pathologie de la révolte » (Roger Quilliot) ne fait que souligner la prégnance du nihilisme – un des mots le plus souvent employés par Camus et qu’il faut lire dans un sens nietzschéen –. « Si notre temps admet aisément que le meurtre ait ses justifications, c’est à cause de cette indifférence à la vie qui est la marque du nihilisme. » Aller au-delà du nihilisme, c’est aussi reconnaître que certaines tentatives pour le dépasser n’en sont en fait que de nouvelles manifestations.

Révolte n’est donc pas un maître mot ou la justification de tout acte gratuit. Le révolté récuse « l’absolu de l’histoire », la promesse de temps automatiquement meilleurs. « Si la révolte pouvait fonder une philosophie, ce serait une philosophie des limites, de l’ignorance calculée et du risque. » La création artistique dans sa transgression du réel, et plus particulièrement le roman, peut alors être présentée par Camus comme un modèle de révolte. « Par le traitement que l’artiste impose à la réalité, il affirme sa forme de refus. Mais ce qu’il garde de la réalité dans l’univers qu’il créée révèle le consentement qu’il apporte à une part au moins du réel qu’il tire des ombres du devenir pour le porter à la lumière de la création. »

Mais que l’on ne s’y trompe pas, la création artistique n’est pas pour Camus, comme certains ont voulu le voir, un refuge ou une fuite en avant mais une des manifestations les plus explicites de cette « Pensée de Midi » qu’il appelle de ses vœux, en en traçant les lignes de vie sans la figer dans une conceptualisation systématique : appel à la vie, à une vie solidaire sur une terre bien ancrée dans l’humanité. «Au midi de la pensée, le révolté refuse ainsi la divinité pour partager les luttes et le destin communs. Nous choisirons Ithaque, la terre fidèle, la pensée audacieuse et frugale, l’action lucide, la générosité de l’homme qui sait. Dans la lumière, le monde reste notre premier et notre dernier amour. » Ainsi L’Homme révolté est-il un livre d’une particulière audace. Trop grande ? Livre u-topique, d’un autre lieu que la scène politique ou politicienne ? An-archiste ? A chacun de se faire son opinion.

Malgré la réception mitigée voire polémique de l’ouvrage, Camus n’a jamais renié cet ouvrage, bien au contraire :

« C’est un livre qui a fait beaucoup de bruit mais qui m’a valu plus d’ennemis que d’amis (du moins les premiers ont crié plus fort que les derniers). (…) Parmi mes livres, c’est celui auquel je tiens le plus. » Il est vrai qu’il l’avait beaucoup travaillé et qu’il contient en quelque sorte une « confidence » : « J’ai voulu seulement retracer une expérience, la mienne, dont je sais aussi qu’elle est celle de beaucoup d’autres. »

Guy BASSET

 

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http://la-philosophie.com/lhomme-revolte-de-camus

L’Homme Révolté d’Albert Camus est un ouvrage important de la philosophie contemporaine, que l’on peut qualifier d’existentialiste dans la mesure où il présente une philosophie de l’existence, non systématique et fondée sur la liberté humaine. Cet essai, publié en 1951, apparaît comme une réponse que Camus se fait à lui-même par rapport au Mythe de Sisyphe, centré sur le thème de l’absurde : à l’absurde, l’homme doit opposer la révolte pour crée du sens et poser son existence d’homme, refuser sa condition.

L’homme révolté est donc un long essai dans lequel Camus tente de retracer l’idée de révolte, qu’il associe à la culture européenne.

Qu’est-ce que la Révolte ?

La révolte n’a pas d’emblée de sens politique chez Camus, il s’agit d’une révolte métaphysique, d’un non fait à la condition humaine quand elle est affectée, dégradée. Contrairement à la révolution, le rebelle n’a pas de plan, il agit tout simplement.

La révolte est toujours motivée par le sentiment d’une injustice, faite non seulement à soi-même, mais à l’homme tout entier : je me révolte quand j’estime que l’homme en tant que tel, dont je suis un exemple, est attaqué. La révolte suppose, chez Camus, et c’est un point de fracture avec l’ontologie de Sartre, que l’homme a une nature humaine. Sans nature humaine, pas de révolte car pas de cause universelle à défendre. Le révolte est la tentative de poser une frontière, dont le symbole est le « non ». Le révolté est un être « jusqauboutiste », il est dans le mode « tout ou rien », car il préférerait mourir debout que de vivre couché. [à genou]

La rébellion, comme dans le Mythe de Sisyphe, a aussi une visée morale, celle du rétablissement de l’ordre moral du monde. Son « non » désigne cette tentative pour créer de la valeur dans le monde. Sans révolte, l’homme n’est qu’une conscience de sa liberté, mais une liberté formelle : c’est la révolte qui fait que je suis libre réellement. La révolte fait advenir le monde commun, la subjectivité universelle, la défense d’une condition humaine digne : « Je me révolte donc nous sommes »

Extraits de l’Homme Révolté

Dans l’épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le “cogito” dans l’ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l’individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur : Je me révolte donc nous sommes

La révolte métaphysique est le mouvement par lequel un homme se dresse contre sa condition et la création toute entière

Comments1

eddy says: 01/06/2016 at 14:43 Vous travestissez l’esprit de Camus. Il ne dit jamais ” Je me révolte donc nous sommes”. Il dit que c’est l’évolution de la révolte métaphysique à travers les siècles qui aboutit à cette conclusion. Il fustige les partisans du tout ou du rien qui n’amènent qu’un nouvel ordre suivi d’un chaos inéluctable: la révolte matérialisée s’ancre dans l’histoire des hommes et devient révolutionnaire. Camus ne va pas jusque là. Il écrit que la révolte est ce qui maintient l’homme en vie. Vivre, c’est se révolter. La révolte est inspirée par la vie. La vie se suffit à elle même.

 

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http://www.obsarm.org/IMG/pdf/Epilogue.pdf

Contamination du monde scientifique

Les a priori et concepts falsifiés des « scientifiques de la bombe » ont hélas fortement influencé les milieux du nucléaire civil et de nombreux secteurs scientifiques, industriels et politiques. S’il fallait une image de circonstance, on pourrait dire qu’ils ont « contaminé » le monde de la science où leurs mensonges ont été élevés au rang de vérité « prouvée scientifiquement». Le 23 juin 1966, le célèbre généticien français Jean Rostand clamait cet avertissement quelques jours avant les premières bombes de Moruroa : « Qu’on ne prétende pas que les doses de radioactivité ainsi libérées sont trop faibles pour atteindre le seuil de la malfaisance. Tout au moins en ce qui concerne les altérations génétiques, il n’y a pas de seuil de nocivité. Toute augmentation, si légère soit-elle, de la radioactivité élève le taux de mutation dans les cellules germinales et par suite contribue à dégrader les virtualités héréditaires des sujets exposés à du supplément de radioactivité. »( Jean Rostand, Discours prononcé à la Mutualité, le 23 juin 1966 lors d’un meeting de protestation contre les essais de Moruroa organisé par le Mouvement contre l’armement atomique (MCAA/MDPL).

fichier pdf Epilogue  fichier odt discourJeanRostand  fichier pdf Muller_Jean_Rostand_arme_nucleaire  fichier txt Jean Rostand

L’absurde nucléaire

de Hiroshima-Fukushima à Bure

 

http://www.humanite.fr/albert-camus-sur-hiroshima-leditorial-de-combat-du-8-aout-1945-580990

Albert Camus sur Hiroshima. L’éditorial de Combat du 8 août 1945

« Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique.

On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football.

Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences

politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence,

incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable.

Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait

être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d’autres raisons d’accueillir avec réserve le roman d’anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l’Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu’il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une

véritable société internationale, où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. »

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«L’espoir, au contraire de ce que l’on croit, équivaut à la résignation , et vivre, c’est ne pas se résigner» (Albert Camus «Noces» 1939)(vu dans «je lutte donc je suis»Y Youlountas)

(http://elianguesard.l.e.f.unblog.fr/files/2016/05/ceux-qui-doivent-vivre-et-ceux-qui-doivent-mourir.pdf)

 

Actualités 2016  : Reçu de la coordination www.independentwho.org

 

 

- De Mayak à Tchernobyl

- http://mouvements.info/de-maiak-a-tchernobyl/

 

- Fukushima :

- http://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france/single-post/2016/10/07/Namie-une-ville-triste

- http://nosvoisins311.wixsite.com/voisins311-france/single-post/2016/12/12/Retournez-habitez-vivez-reconstruisez-c%E2%80%99est-quoi-cette-histoire-

- https://www.facebook.com/FukushimaDiaryFR?filter=1

- http://www.fukushima-blog.com/2016/12/autour-du-mont-shinobu-dans-la-ville-de-fukushima.html

 

 

Table ronde – Fukushima: normaliser les zones contaminées? Paris 8 décembre 2016

http://echoechanges-echoechanges.blogspot.fr/2016/12/table-ronde-fukushima-normaliser-les.html

 

- Conférence : « La « radio-protection » au service de l’énergie atomique : ou comment s’est imposée la culture d’une »radio-exposition » tolérable. »

https://youtu.be/B7grb8z3a3A

 

Conférence de Yves Lenoir* à Sciences-Po Aix-en-Provence, le 18 octobre 2016

 

Depuis la découverte des rayons X en 1895, la défense de l’utilisation des rayonnements, puis de l’énergie atomique, va de pair avec la négation de leurs effets sanitaires réels.

Dès lors, des questions se posent : comment ce processus a-t-il vu le jour ? Quelle est la responsabilité des instances internationales chargées de « radio-protection » dans ce déni ? Quel a été leur rôle dans les crises radiologiques majeures (Tchernobyl, Fukushima) ? Quelles sont les alliances entre ces organisations et l’industrie atomique ?

 

*Yves Lenoir est ingénieur de formation. Il est président de l’association Enfants de Tchernobyl-Belarus

http://www.enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php

et auteur de l’ouvrage récemment paru « La Comédie Atomique, l’histoire occultée des dangers des radiations », La Découverte, 2016

 

Collectif Antinucléaire 13 https://collectifantinucleaire13.wordpress.com/

 

- http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/

- https://reporterre.net/Tous-exposes-a-de-plus-fortes-radiations-C-est-ce-que-prepare-un-decret-tres

- https://www.letemps.ch/opinions/2016/10/10/une-situation-pire-guerre-froide

 

- « A l’heure où le gouvernement se prépare à un probable accident nucléaire en France en tentant d’imposer par décret des doses de radioactivité très élevées (http://www.criirad.org/euratom/euratom2013-59-niveaux-exposition.html

afin d’éviter au maximum les évacuations, relogements et indemnisations de victimes) il revient aux citoyens de s’informer et de prendre en main leur destin. Après l’accident c’est la doctrine ETHOS http://echoechanges-echoechanges.blogspot.fr/2012/11/les-organisateurs-du-deni-de-tchernobyl.html

(chacun est chargé individuellement de gérer au mieux la contamination) ; avant l’accident, ce peut être un sursaut citoyen de réappropriation collective de la politique énergétique et de la santé publique… »

 

- http://www.pierredubochet.ch/radioprotection-mondiale,-copinage-et-serment-de-secret.html

 

 

- Au nom de l’humanité, l’audace mondiale – Riccardo Petrella

https://www.youtube.com/watch?v=crhqL-zgCac

Petrella :

- 3 audaces ; rendre illégales la guerre, l’appauvrissement, la finance dans les constitutions.

- La question du sens…
Voir aussi sur
http://www.investigaction.net/riccardo-petrella-bannir-la-guerre-la-premiere-audace/

à la dernière question  :
- Dans le contexte actuel marqué par la confusion idéologique, quelle serait la principale leçon à tirer ?

Reprendre par tous les moyens possibles les chemins de la pacification en imposant à toutes les parties concernées (Arabie Saoudite et Israël compris) l’arrêt du financement et du commerce des armes. Un chemin  extrêmement difficile à mettre en route et puis à maintenir, mais je considère que c’est la seule voie efficace à emprunter si on ne veut pas maintenir l’ensemble de la région « Méditerranée, Moyen Orient, Asie mineure, Afrique du Nord et Corne d’Afrique » dans un état permanent de guerre et de massacres au cours des 30 à 50 ans à venir. La raison est la paix. La déraison est de continuer la guerre en s’illusionnant que la paix viendra de l’extermination de l’ennemi. Les Etats-Unis, qui poussent toujours à la guerre totale, n’ont rien résolu depuis toutes ces années. Pourquoi suivre leur chemin?

[Je rajoute: les US et autres occidentaux se sont établis par la guerre et l'extermination des autochtones amérindiens et de leurs cultures, l'accaparement, le colonialisme etc. Donc la violence , les armes à feu, la militarisation de leur vie etc sont  leur base "culturelle", rien d'étonnant à ce que leur domination ou celle de leur noyau occidental, qui est devenu mondiale, nous ait mené au désastre actuel.]

La question du sens est notre sujet aussi, ainsi que les mythes à changer , et les expressions « au nom de » voir http://elianguesard.unblog.fr/files/2013/04/vivrelibreoumourircontamine.pdf .

« élégie de résistant fidèle à la mémoire d’une France oubliée et trahie par ceux qui la gouvernent. »

Donc nous sommes nombreux à penser la même chose, on verra en 2017 peut-être… si la masse critique est atteinte pour agir enfin.

 « OK, pour voir les premiers effets de la masse critique de citoyens .Ça se jouera au niveau global (horizon Petrella) ou ce sera sans lendemain comme la Commune de Paris. Il est vrai que les pieds d’argile de la bastille atomique semblent se fissurer en France plus qu’ailleurs. En espérant sans trop de dégâts humains. »

 


fichier pdf L’Origan

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Elle était Juste anti-nucléaire

Posté par elianguesard le 4 octobre 2016

Elle s’appelait Bella comme une chanson Bellaciao . Avant de partir elle remercia les Justes, mais elle aussi elle était Juste ; « elle était Juste anti-nucléaire »

 

bella&RogerBelbeoch

 

« ...ont la tristesse de faire part du décès de

Bella BELBÉOCH,

née GOLDSZTEIN,

physicienne,

retraitée du CEA

et antinucléaire,

survenu le 24 septembre 2016,

à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Selon sa volonté, elle a été incinérée

sans rite ni cérémonie.

« Merci à l’Auvergnat de la rue de la Fontaine-au-Roi.

Merci à la surveillante de l’EPS Edgar-Quinet.

Merci aux habitants du Joux et de Roussines, aux parents d’Andrée à la Souterraine qui m’ont assuré la sécurité et où j’ai vécu dans une atmosphère chaleureuse jusqu’au 6 juin 1944.

Merci à ma professeure de mathématiques qui m’a procuré une carte d’identité vierge de la mairie de Pionnat.

Merci aux maquisards de Georges Guingouin dont les coups de main ont occupé la milice

à plein temps les empêchant de finir leur sale besogne.

Merci à tous les Justes parmi les Nations. J’espère qu’en France il y aura toujours des personnes

solidaires des persécutés. »

Bella, 16 juillet 2016.

(olivier.marc) »

 

 

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http://www.ajpn.org/personne-Bella-Goldstein-3399.html

 

Histoire

Bella Goldstein, élève au Collège de La Souterraine

Bella Goldstein a quatorze ans quand, en septembre 1942, elle entre à l’internat de l’École Primaire Supérieure qui deviendra le Collège de Jeunes Filles de La Souterraine.

Bella Goldstein est née en France de parents d’origine polonaise naturalisés en 1930. Son père, ouvrier tailleur à Paris, est arrêté le 20 août 1941, lors d’une rafle consécutive au bouclage du XIe arrondissement. Quoique français, il est enfermé à Drancy où les privations que subissent les prisonniers dégradent rapidement son état de santé. Il ne pèse plus que 36 kg quand, cachectique, il est libéré deux mois et demi plus tard pour raison médicale. Il rejoint ensuite, clandestinement, la zone sud.

Sa mère, qui échappe de peu à la rafle du Vel d’Hiv’ parvient elle aussi à franchir la ligne de démarcation avec son plus jeune fils.

La famille se retrouve donc, au cours de l’été 1942, dans un hameau de l’Indre, près de Saint-Benoit-du-Sault.

Voici son témoignage :
« L’entrée à l’internat
On nous avait dit à Saint-Benoit-du-Sault, dans l’Indre, que l’École Primaire Supérieure de La Souterraine était bien meilleure que celle de Saint-Gauthier. C’est ainsi qu’en septembre 1942, après avoir été accompagnée par mon frère en vélo jusqu’à la gare de Saint-Sébastien, je pris le train pour La Souterraine.

La bâtisse de l’EPS, à côté de l’église massive, n’avait rien d’engageant : malgré le petit jardin sur le devant, elle paraissait bien sévère et la perspective d’y être interne n’avait rien d’enthousiasmant.

Mon père, tailleur au Joux où nous étions réfugiés, un petit hameau à quatre kilomètres de Saint-Benoit, m’avait confectionné pour la circonstance une jolie petite veste bicolore, bleu marine dans le dos, bleu ciel sur le devant, avec des boutons métalliques bien brillants. Manifestement, cela ne suffit pas à rendre souriante Madame Noël, la directrice, qui me parut très circonspecte. Je ne compris que plus tard que c’était sans doute la première fois qu’elle admettait une interne de quatorze ans non accompagnée de quelque parent adulte (et boursière de surcroît). J’entrai en troisième.

Le passage de la ligne de démarcation
J’avais quitté Paris en juillet, quelques jours seulement avant la grande rafle du Vel’ d’Hiv. où furent parqués les Juifs de Paris, hommes, femmes, vieillards, enfants… Je passai la ligne de démarcation dans un train spécial d’écoliers et d’étudiants. Les compartiments de mon wagon furent contrôlés par deux soldats allemands. L’un d’eux parlait français et fut ravi de le pratiquer avec les sept petits enfants de la comtesse X. qui occupaient bruyamment le compartiment, moi blottie dans un coin près du couloir.

« Le Maréchal sera content » dit-il en les contemplant, et il passa à l’examen de ma carte d’identité scolaire de l’EPS Edgar Quinet à Paris. Il scruta mon visage et ma carte alternativement pendant un temps qui me sembla durer un siècle… et quitta le wagon. J’étais sauvée.

La première année fut terrible de solitude…
L’examen soupçonneux de Madame Noël ne fut finalement qu’une bagatelle. Être dans une école, c’était pour moi une mise entre parenthèses, dans un coin protégé et paisible. Mais être interne, comment ce serait ? La première année fut terrible de solitude.

L’internat en 1942…
Je fus surprise par le dortoir, grand rectangle où il y avait bien une trentaine de lits côte à côte le long de trois murs, avec en plus une rangée centrale. Le mur vide était occupé par une kyrielle de robinets d’eau froide. C’est là qu’on se lavait.

Avec le recul, ça paraît sommaire. Je ne me souviens pas avoir vu quiconque faire sa toilette intime. Il est vrai que la plupart des internes partait en « décalé » toutes les quinzaines. Les autres – dont j’étais – on pouvait toujours aller chercher un broc d’eau chaude le week-end à la cuisine. Il n’y avait pas d’endroit isolé, à part le lit de la pionne, entouré de draps suspendus et formant alcôve.

Je me souviens d’une conférence faite par le docteur X (collaborateur qui fut exécuté par la Résistance) sur l’hygiène et les soins corporels. « Se laver les aisselles au moins une fois par quinzaine. De même pour les pieds. La toilette intime, une fois par semaine », etc. Toutes, nous écrivions sous la dictée. Jamais assistance ne fut plus assidue à prendre des notes, car ces conseils n’étaient pas superflus.

Les internes étaient chargées du ménage qu’il fallait effectuer sitôt le petit déjeuner avalé, juste avant la classe. Moi qui m’étais toujours arrangée pour y couper à la maison parce que j’avais toujours un livre à lire, j’ai eu du mal à m’y faire. Le « bon ménage », c’était de récupérer le salon, où il y avait le piano. Le pire était d’être chargée du grenier, où s’empilaient malles et paniers, et où il fallait chasser la moindre toile d’araignée. J’héritais un jour de cette corvée, et fus rapidement envahie d’une furonculose sur le visage rebelle à tout traitement. Le médecin me dispensa du grenier… La furonculose partit le jour où il se décida à me faire des piqûres. La crainte des piqûres réussit là où tout le reste avait échoué !

Il fallait aussi faire le feu dans les classes. Je crois que cette fois c’était le lot des externes. J’étais fascinée par celles qui réussissaient à faire flamber la tourbe sans trop de fumée, dans ces gros poêles cylindriques qui se mettaient à ronfler. Je ne me souviens pas avoir eu froid en classe : par contre, certaines nuits d’hiver m’ont paru interminables quand l’endormissement ne m’avalait pas d’un coup à cause du chuchotement continu des « payses » qui avaient tant de choses à se raconter et dont j’étais exclue.

Mademoiselle, j’ai besoin de sortir.
La nuit, le dortoir était bouclé et il fallait prendre la clé derrière l’alcôve de la pionne. Je m’étonne aujourd’hui de ce qu’il n’y ait jamais eu de va-et-vient permanent.

Je détestais les promenades du dimanche…
Je détestais les promenades du dimanche où il fallait déambuler en rangs dans les rues de la ville. On se dispersait en troupeau passé la dernière maison – « direction l’étang du Cheix » ou bien « la tour de Bridiers », au gré des surveillantes.

Je n’ai rien vu de la campagne environnante. Ce n’est que tout récemment que j’ai découvert comme elle était grandiose avec ses collines et ses prairies, ses chênes et ses châtaigneraies, sauvage et par là même accueillante, pleine de douceur par l’intimité de ses haies.

N’ayant pas « grandi » dans l’internat, j’en ignorais les ficelles. Avec un correspondant en ville, j’aurais pu sortir du bahut les jeudis et dimanches. Peut-être me sentais-je protégée de ne pas savoir ce qui se passait au-dehors, dans la ville qui pour moi ne pouvait être que cruelle ?

Mais la solitude était le prix de cette protection. Il me fallait donc, le dimanche matin, accompagner les scouts dans le petit jardin devant l’école pour le lever aux couleurs et entonner « Maréchal, nous voilà ». Une fois, j’ai réussi à me cacher dans la lingerie, mais je n’ai pas pu récidiver, la pionne m’avait à l’œil.

La nourriture…
Et la nourriture demanderez-vous ? Le problème majeur de la quasi-totalité des Français durant ces années-là. Bien sûr, il y eut au menu beaucoup de topinambours dont je raffolais car ils ont vraiment le goût d’artichaut, et des rutabagas et des haricots aux charançons. Le réfectoire était spacieux avec des tables de dix à douze élèves. Le repas fini, une grande soupière d’eau chaude était ramenée de la cuisine et posée au milieu de la table. On y trempait en chœur nos couverts personnels pour les laver : j’ai viré ma cuti cette année-là.

Mon meilleur repas de la journée, c’était le « café » au lait du matin. Je n’ai jamais su de quelle orge il était préparé, mais sa bonne odeur me nourrissait déjà. Le pire moment était le goûter où Mademoiselle D. distribuait équitablement les tranches de pain. Tout le monde se précipitait ensuite dans une grande pièce au sous-sol où se trouvaient, bien cadenassées, les boîtes à provision personnelles des internes. Mon problème était de disposer d’une boîte à provision quasiment vide. Valait-il mieux manger tout de suite le beurre que je recevais de mes parents – obtenu par troc, du beurre contre une vareuse confectionnée à partir d’une couverture – ou bien le tronçonner en tout petits bouts, quitte à ce qu’il soit rance à la fin ? A côté de moi, mes camarades extirpaient de leurs boîtes pain blanc, pâtés en croûte, brioches dorées à point. Il était bon alors d’être fille de paysan, mais quel supplice pour moi.

Cependant, rassurez-vous, globalement deux années de ce régime m’ont parfaitement réussi : chétive gamine à l’arrivée, je suis retournée à Paris avec dix kilos de plus et la puberté finie.

Les études surveillées
Après le goûter, c’était l’étude surveillée jusqu’au souper. Si j’en crois les propos désabusés des professeurs d’aujourd’hui, les salles d’étude leur apparaîtraient comme d’impensables lieux de sérieux. Bien sûr, il y avait parfois quelque chahut, ou des demandes de renseignements de l’une à l’autre un peu bruyantes.

X. taisez-vous.
- X. encore une fois, taisez-vous ou je vous envoie chez la directrice.
- Oh non mademoiselle !… étaient les répliques habituelles. Quelle mouche m’a piquée un jour quand j’ai changé le scénario qui au fond n’était pas une menace réelle. Au lieu du « oh non, mademoiselle », je me suis levée et j’ai dit : – Eh bien j’y vais ! Et, dans le silence général, je suis sortie. La porte refermée, j’étais plutôt paniquée à l’idée de cette seconde entrevue avec la directrice. Elle était majestueuse, Madame Noël, mais avait une réputation de sévérité épouvantable. C’est vrai que ses colères étaient terribles.
Je revois la scène :
- Vous faites preuve d’une indiscipline inadmissible !
Je crois pourtant que cet éclat fut à l’origine de la sympathie qu’elle me témoigna par la suite.

Des cours qui m’ont aidée à vivre
Heureusement, il y avait les cours qui m’ont aidée à vivre. La réputation de La Souterraine n’était pas surfaite.

Seule la prof d’anglais, vieille fille que les élèves qualifiaient d’obsédée sexuelle, déparait le niveau général. Elle avait un accent détestable et « the ballad of the ancient mariner » se déroulait dans un climat bizarre. J’étais censée être affranchie, puisque je venais de Paris… Je mis longtemps à comprendre la signification des gestes obscènes effectués derrière son dos et qui provoquaient ses colères quand elle se retournait brusquement. Je ne fis aucun progrès en anglais, mais grâce à l’anglais, j’eus un peu d’argent de poche, car la directrice me chargea de servir de répétitrice à des élèves de quatrième.

Je bousculais un peu la routine des cours d’histoire en remettant des copies qui n’étaient pas la reproduction intégrale du texte dicté en classe par notre rondouillard et sympathique professeur. Il se faisait moraliste à l’occasion :
- « Tant va la cruche à l’eau qu’elle se remplit », disait-il à l’intention des quelques élèves qu’il jugeait un peu trop « émancipées ». Dommage, il admirait Napoléon, qui pour moi signifiait la trahison des idéaux de la Révolution française.

Je me consolais le soir en me plongeant dans un livre de la bibliothèque où figuraient les discours intégraux des Conventionnels.

J’adorais les mathématiques depuis toujours et je ne fus pas déçue, la surprise, inattendue dans cette petite ville de province, vint de l’ouverture à la culture qui pour moi fut extraordinaire. C’est ainsi que le français devint aussi pour moi source de joie. Je revois Madame D. nous faisant lire et, dénichant au fond de la classe une élève habituellement assez terne, mais aux talents certains de tragédienne.

Il y eut cette année-là un spectacle d’élèves, inoubliable Paulette en reine Barberine, avec qui je me suis liée l’année suivante. Comme je souhaite ardemment que la vie ait été douce pour elle, ainsi que pour Sarah, le mouton bêlant irrésistible de drôlerie dans la « Farce de maître Patelin ».

Grâce au « Temps des cerises », je n’étais plus l’étrangère…

Au fond, j’attendais chaque matin les cours avec impatience. Il n’y avait que les dimanches qui étaient sombres. Pourtant l’internat était parfois très gai : ça dansait dans le petit salon et ça chantait. Paule interprétait superbement les chansons d’Édith Piaf. Je restais dans mon coin. Une fois, Léone et sa payse ont chanté « Le Temps des cerises », la chanson de la Commune de Paris, et aussi une chanson antimilitariste de la guerre de 14. « Si on pouvait arrêter les aiguilles ». Étonnante, cette chanson, au moment où tout le monde encensait Pétain dont la gloire était fondée sur les morts de 14-18.

Léone et son amie ne l’ont jamais su mais, grâce à leurs chansons ce jour-là, par delà les dernières barricades tenues par les Communards de ma rue de la Fontaine-au-Roi à Paris, je n’étais plus l’étrangère, fille de Juifs d’origine polonaise déchus de leur nationalité française par Vichy, mais leur payse.

Le brevet et le baccalauréat
L’année suivante, les maquis s’organisaient et j’attendais le débarquement. Le brevet était passé, et la solitude avait fait place à l’amitié.

Nous n’étions que neuf élèves dans la classe de préparation à l’École normale d’institutrices. Par suite des lois raciales de Vichy, je n’avais pas le droit de me présenter au concours. Grâce à la directrice et à mes professeurs de français et de mathématiques, je me préparais au baccalauréat première partie, qui à l’époque comportait toutes les matières.

Ce fut une année agitée, il y a eu même au bahut, un petit groupe de résistance du MLN (Mouvement de Libération Nationale) animé par une jeune femme enseignant la dactylo. Des élèves résistants de la B.D.H. [N.D.L.R., l’actuel lycée] se procurèrent facilement, grâce à notre complicité, les machines à écrire dont ils avaient besoin pour la presse clandestine, et qui étaient enfermées dans notre salle de classe.

Dans les derniers jours de la débâcle allemande tout le monde m’aida. Notre jeune professeur de mathématiques, que j’aimais beaucoup, me procura une fausse carte d’identité. La directrice, madame Noël, fournit les tickets d’alimentation et j’allai me cacher en ville chez mon amie dont les parents m’accueillirent chaleureusement.

Je savais que mes parents se cachaient aussi dans l’Indre, car j’avais reçu un mot laconique de mon frère « tu n’es plus ma sœur » ce qui avait une signification très claire pour moi.

La sympathie agissante, et comme allant de soi, dont on m’a entourée m’a beaucoup touchée. Pendant ces deux années passées à la BDB je n’avais jamais eu à subir la moindre manifestation d’hostilité, la moindre parole blessante. Je connaissais les risques que prenaient ces personnes pour me protéger. Je me souvenais de la rafle du 20 août 1941 quand mon père a été arrêté et envoyé à Drancy dans l’indifférence, voire l’hostilité de nos voisins (c’est la concierge qui l’a dénoncé).

Fin mai 1944, je partis à Guéret passer le bac, la vraie carte dans la poche gauche pour les salles d’examen et la fausse dans la poche droite pour la ville. Ce n’était pas malin et cela m’a occasionné quelques angoisses. Heureusement la milice n’est pas venue.

Puis je revins à La Souterraine. Chez mon amie régnait une atmosphère d’harmonie comme j’en ai rarement connu depuis.

Et le 6 juin 1944 arriva…

N.B. – Il est fort possible qu’il y ait eu des élèves juives externes sous de fausses identités. Si c’est le cas je n’en ai rien su, car, bien sûr, elles ne se sont pas manifestées ouvertement. Il y avait deux autres élèves juives internes à la BDB dans les classes de 5ème et de 4ème, Noémie et Sarah. A la fin de l’année scolaire 1944 Sarah a été cachée chez notre professeur de physique.« 

Bella Goldstein-Belbeoch

 

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http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tcherno_une_catastrophe.html

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tchernoblues2.html

fichier pdf -FUKUSHIMABLUES

 

Bella Belbeoch intervient énergiquement sur:

https://www.youtube.com/watch?v=STE5Tq3lHXI

Bella Belbeoch-Michèle Rivasi-silence radio (extraits)-MPEG-1 .mpg
Nonukatall Pudunuk
Mise en ligne le 14 juin 2011

Combien d’temps!!!
…pour (ne pas) sortir du nucléaire
extrait de « Silence Radio » de Christian Ugolini-2002

 

Maintenant elle a rejoint Roger dans les étoiles et nous nous lancerons la devise de ceux de L’an 2 reprise sur les Glières en 1944 et affublée d’un seul mot:

 

« Vivre libre ou mourir contaminé »

 

« Décès de Roger Belbéoch, physicien antinucléaire français

 

 Roger Belbéoch est décédé le 27 décembre 2011 à Paris à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Avec lui disparaît un militant antinucléaire exceptionnel que j’ai fréquenté pendant plus de trente ans.

Dans la seconde moitié des années 1970, alarmé par le lancement du réacteur surgénérateur SuperPhénix de Creys-Malville, j’avais approché, à Genève, le physicien nucléaire français Lew Kowarski qui avait pris position dans Le Monde contre cette entreprise mégatechnologique. C’est lui qui me mit en contact avec le Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN) qu’animaient Monique et Raymond Sené ainsi que Bella et Roger Belbéoch, tous physiciens.

Pendant des années, j’assistai aux assemblées générales du GSIEN qui regroupait des personnalités aux positions plus ou moins radicalement opposées à l’électronucléaire. Parmi les plus radicaux figuraient les époux Belbéoch dont j’appris à apprécier la rigueur intellectuelle, la chaleur humaine et le courage, car il en faut pour être  dissidents dans l’establishment scientifique français.

Roger et Bella Belbéoch ont fait paraitre, souvent conjointement, parfois séparément, plusieurs livres et de très nombreux articles, notamment dans la Gazette nucléaire, organe du GSIEN, mais aussi dans la Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine (Centrale nucléaire en amont de Paris) ainsi que dans la revue Stratégies Energétiques, Biosphère & Société (SEBES) publiée à Genève dans les années 1990.

Né en 1928, Roger était physicien ingénieur de l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris (ESPCI). Il avait travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche (Orsay, Paris-Sud) et s’était  spécialisé dans les accélérateurs de particules et la physique des faisceaux de haute énergie. Parmi les principales contributions de Roger Belbéoch à SEBES figure son étude intitulée « Comment sommes-nous “protégés” contre le rayonnement ? Les normes internationales de radioprotection. Le rôle de la Commission internationale de protection radiologique » in Radioprotection et droit nucléaire, SEBES, 1998. Dans cette étude, Roger Belbéoch fait montre d’une remarquable perspicacité doublée d’une exceptionnelle vigilance épistémologique.

Parmi les livres de Roger et Bella Belbéoch, je citerai Tchernobyl, une catastrophe, Editions Allia, Paris, 1993, Sortir du nucléaire c’est possible, avant la catastrophe , Editions l’Esprit frappeur, Paris, 1998, ouvrage qui a été traduit en japonais, Tchernoblues. De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude, Editions l’Esprit frappeur, Paris, 2002.  

Leur message peut se résumer par ces mots : “C’est avant l’accident qu’il faut agir. Après, il n’y a plus qu’à subir. »

                                                                                               

            Ivo Rens            Professeur honoraire             Université de Genève.

  Genève, ce 8 janvier 2012. »

fichier odt RogerBelbeoch

*************************https://www.dissident-media.org/infonucleaire/biogra.belbeoch.html

Bella et Roger Belbéoch, nés en 1928, sont physiciens, ingénieurs ESPCI.

Roger Belbéoch a travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche (Orsay, Paris-Sud) et s’est spécialisé dans les accélérateurs de particules et la physique des faisceaux de haute énergie. Bella Belbéoch, ingénieur-docteur, a travaillé au Centre d’Etudes Nucléaires de Saclay (CEA) et étudié par rayons X les propriétés structurales des solides tant en recherche appliquée que fondamentale.

Utilisateurs d’installations productrices de rayonnement ils se sont intéressés aux effets biologiques des rayonnements ionisants qui, depuis plus de 25 ans, sont à l’origine de leur questionnement sur les dangers de l’énergie nucléaire. Auteurs de Tchernobyl, une catastrophe, (Éd. ALLIA, Paris 1993), de Sortir du nucléaire c’est possible, avant la catastrophe, (Éd. l’Esprit frappeur, Paris 1998), de Tchernoblues – De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude, (Éd. l’Esprit frappeur, Paris 2002), et de nombreux articles dont Société nucléaire (R. Belbéoch, Les Notions philosophiques, PUF, 1990) ils collaborent à la Gazette Nucléaire, revue éditée par le GSIEN, Groupement de Scientifiques pour l’Information sur l’Energie Nucléaire.

********************http://www.dissident-media.org/infonucleaire/sortir_du_nuc.html

Sortir du nucléaire c’est possible, avant la catastrophe
(3ème édition)

Bella et Roger Belbéoch

Chez l’Esprit frappeur, 1998-2002 au prix de 3,05 Euros.

Les désastres nucléaires ne sont pas réservés aux pays de l’Est sinon pourquoi distribuer de l’iode stable près des centrales nucléaires françaises ? On peut sortir du nucléaire sans attendre la catastrophe et ses conséquences dramatiques par l’arrêt des exportations d’électricité, l’utilisation maximum de l’hydraulique et de nos centrales électriques au fioul et charbon qu’EDF s’apprête à démanteler pour rendre le nucléaire irréversible. Mettre fin au danger nucléaire n’est pas un problème technique mais politique qui dépend de l’exigence de la population vis-à-vis de ses élus. Roger Belbéoch, physicien, a travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche. Également physicienne, Bella Belbéoch a travaillé au Commissariat à l’énergie atomique.

***********************http://www.dissident-media.org/infonucleaire/tchernoblues2.html
Tchernoblues
De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude

De Roger Belbéoch, chez l’Esprit frappeur éditeur, n° 105, prix 4,57 Euros

LE MENSONGE politique n’a rien de nouveau, mais la perspective de catastrophes nucléaires lui a donné une autre dimension. Ce ne sont plus les politiciens qui sont les grands menteurs, d’ailleurs leurs mensonges n’avaient guère d’importance, on en avait l’habitude. Avec le nucléaire, les « citoyens » sont devenus beaucoup plus exigeants et ce sont désormais des experts en tous genres qui ont pris le relais et les assomment de mensonges : médecins, scientifiques, associations, syndicats, etc. Les mensonges des supporters du nucléaire ont dû s’affiner pour devenir plus crédibles au fur et à mesure des demandes de plus en plus poussées des citoyens. La gestion d’une catastrophe nucléaire exige le maintien de l’ordre, (c’est formellement indiqué en introduction des plans de gestion nucléaire). Cette exigence n’est pas seulement celle de tout politicien quelles que soient par ailleurs ses promesses électorales, elle est une nécessité afin de minimiser les effets biologiques de la catastrophe. En cas de désastre nucléaire, le « citoyen » est incapable de gérer son quotidien, il doit s’en remettre aux « experts ». Même si ceux-ci n’ont pas d’éléments pour la « meilleure » gestion, c’est mieux que les possibles réactions violentes des « citoyens » car leur violence pourrait leur coûter cher, non pas en terme de répression policière mais en termes sanitaires. Actuellement, le mensonge nucléaire a quelque chose de paradoxal. Sa crédibilité a été hissée à un très haut niveau et pourtant, si les « citoyens » sont de plus en plus exigeants, ce n’est pas pour connaître la vérité mais afin que ces mensonges crédibles leur évitent des problèmes de conscience insolubles. Ceux-ci pourraient évidemment produire des « turbulences sociales » pré-accidentelles difficiles à gérer tant par les gestionnaires sociaux que par les citoyens. II y a donc une conjonction assez curieuse entre la nécessité pour les gestionnaires de mentir et la nécessité pour les « citoyens » que ces mensonges soient crédibles. De nombreux experts ont compris ce problème et interviennent auprès des diplodocus nucléaires pour confier les mensonges à des gens « compétents », mais cela n’est pas facile. Jusqu’à présent, les mensonges et la dictature des experts étaient acceptés « volontairement » par la mise en balance inconsciente des avantages (pas pour tout le monde) et des inconvénients. Maintenant, cette servitude vis-à-vis des experts est devenue une nécessité pour la meilleure survie des « catastrophés » quels qu’ils soient. On est passé de la servitude volontaire à une nécessité de la servitude.

********************http://www.librairie-quilombo.org/Bella-Belbeoch
Tchernobyl, une catastrophe

Auteur :
Roger Belbéoch, Bella Belbéoch
Éditeur :
La Lenteur
Thèmes :
écologie, décroissance
2012 | 300 pages | Épuisé!

Ce livre est incontestablement la meilleure étude historique sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et ses conséquences. Paru en 1993 aux éditions Allia, il était introuvable depuis de nombreuses années. Maintenant que la « marmite du diable » s’est remise à déborder à Fukushima, il nous a semblé que l’exposé détaillé du précédent, en quelque sorte canonique, de Tchernobyl, serait aussi des plus utiles pour ceux qui veulent comprendre ce qui se passe maintenant au Japon, puis s’efforcer de faire quelque chose de ce qu’ils auront compris.

Pour les responsables français, l’essentiel était de minimiser l’impact de l’accident. Le territoire français devait à tout prix être protégé des retombées radioactives. Le communiqué de presse du 6 mai 1986 du ministère de l’Agriculture indique : « Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl. » Quand la distance ne fut plus suffisante, c’est un anticyclone providentiel qui protégea la France et bloqua le nuage radioactif aux frontières. Les communiqués quotidiens sur SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants) sont intéressants à suivre : la situation est tout à fait normale et, au bout de quelques jours, redevient normale sans avoir traversé de phase anormale.

Roger Belbéoch, physicien, a travaillé dans un laboratoire universitaire de recherche ; il est l’auteur de l’article « Société nucléaire » dans l’encyclopédie philosophique universelle des PUF. Bella Belbeoch est également physicienne. Elle a travaillé au Commissariat à l’énergie atomique.

**************************http://ocparis.canalblog.com/archives/2016/10/11/34426319.html

11 octobre 2016
Bella Belbeoch nous a quitté

Après Roger en décembre 2011, Bella Belbeoch vient de nous quitter, sans doute les deux plus « grands savants » antinucléaires de France.

Celles et ceux qui voudraient réellement rendre hommage à Bella n’ont qu’à reprendre enfin à leur compte, et sans « pincettes », les alertes et propositions qu’elle n’a cessé de lancer dans un quasi désert depuis 1986 — comme par exemple dans La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire (Bella Belbéoch, 1999) (http://www.fairea.fr/spip.php?article25)

La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire (Bella Belbéoch, 1999)

vendredi 26 avril 2013

L’article ci-dessous a été rédigé en mars 1999 par la physicienne Bella Belbéoch, co-fondatrice en 1986, après la catastrophe de Tchernobyl, du Comité Stop Nogent-sur-Seine.

[ rajout de copie d’article pris sur :http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2012/05/14/la-diabolisation-du-charbon-et-la-sortie-du-nucleaire-bella-belbeoch/
« Cet article a été proposé à Libération le 8 mars 1999 comme contribution à la page «  Débat  ». Il a été refusé:  » Nous avons bien reçu votre proposition de contribution à la page «  Débat  ». Limité par l’actualité et par l’espace dont nous disposons, nous ne pouvons cependant pas envisager la publication. Croyez que nous le regrettons. Sincèrement. Jacques Amalric  » (Rédacteur en Chef, le 11 mars 1999).
Ainsi, pour la Direction de Libération, les problèmes concernant l’énergie nucléaire et l’urgence de sa sortie ne sont pas des problèmes d’actualité » fin de l’aparté]

Même si certains éléments seraient à réactualiser, il paraît important de le relire et d’en tirer les leçons maintenant qu’une diabolisation analogue touche toute éventualité de recours au gaz naturel en transition, et que GDF Suez annonce, dans l’indifférence générale, la fermeture pour insuffisance de rentabilité de trois centrales au gaz neuves (voir ici) dont la puissance permettrait pourtant déjà de remplacer immédiatement la production d’un réacteur comme ceux de Cattenom, Flamanville ou Nogent.

NB : Les techniques de « charbon propre » évoquées ici se rapportent à la réduction des émissions polluantes toxiques. Elles n’ont rien à voir avec la captation du CO2, procédé dangereux et non éprouvé, auquel le discours dominant les résume tendancieusement aujourd’hui.

Bella Belbéoch, La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire

A propos de la mine de charbon de Gardanne
La diabolisation du charbon et la sortie du nucléaire

Gardanne est en lutte. A propos de la fermeture de la mine Libération titre  » Gardanne monte au créneau pour descendre à la mine  » (10/2/1999). Des grévistes d’un sous-traitant des Houillères font grève sur le tas au fond de la mine pour garder leur emploi (Libération 3/3/1999). Par contre, il y a peu, on apprenait qu’au Royaume-Uni les mesures draconiennes prises par Thatcher à l’encontre des mines de charbon allaient être assouplies. Au même moment le bilan de production électrique d’EDF 1998 nous apprend que 500 MWe du parc thermique classique ont été démantelés dont la centrale à charbon de Pont-sur-Sambre de 250 Mwe. On sait qu’EDF veut en démanteler d’autres afin de réduire la puissance de production électrique des centrales à fioul et charbon de plus de 40 % pour éponger sa surcapacité nucléaire actuelle et rendre inéluctable le recours au nucléaire vers 2010 lors du renouvellement du parc.

Dans ce contexte il est étonnant que les articles sur Gardanne ne signalent pas ce qui fait l’originalité de ce site : c’est à Gardanne qu’a été mise au point, avec le charbon extrait de la mine, la chaudière LFC (à lit fluidisé circulant) de 250 MWe qui est un des meilleurs procédés « charbon propre » exploités dans le monde aujourd’hui pour produire de l’électricité. Ce procédé de combustion du charbon rend négligeable la pollution par les poussières, soufre et oxydes d’azote.

Il est important de savoir que toute installation existante à charbon peut être modernisée rapidement car il suffit de remplacer la chaudière par une chaudière LFC en gardant le reste de l’installation.

Il est important de savoir que ces chaudières peuvent brûler, en restant « propres » toutes les qualités de charbon (et même les produits visqueux provenant des résidus du raffinage du pétrole à haute teneur en soufre).

Il est important de savoir qu’il est envisagé d’augmenter la puissance de ces chaudières. Signalons qu’à puissance thermique égale les centrales à charbon sont plus performantes que les centrales nucléaires. Il est important de savoir qu’EDF fait la promotion de ces chaudières LFC au plan international. Un exemple récent : cela figure explicitement dans l’accord franco-ukrainien sur la coopération énergétique du 15/2/1999  » (…) Favoriser les actions de coopération dans les domaines suivants : Production d’électricité par l’utilisation des technologies de combustion propre du charbon, notamment par la technique du lit fluidisé circulant (…) « . Mais ce qui est bon pour l’exportation n’est pas bon pour nous. Aucune installation nouvelle n’est prévue en France ni la modernisation des centrales existantes.

Le charbon ce n’est pas une solution idéale. On ne peut pas ignorer les risques professionnels des mineurs de charbon. Mais les mineurs d’uranium meurent aussi beaucoup, notamment de cancer du poumon. Il est vrai que, depuis la fermeture des mines d’uranium du Limousin, notre soi-disant indépendance énergétique est acquise notamment grâce aux mineurs d’uranium africains et aux Indiens du Saskatchewan canadien. En somme, personne n’est au courant ( ! ) mais peut-être avons-nous récupéré des colonies ?

Le charbon en brûlant émet du gaz carbonique, c’est vrai. Le gaz naturel aussi, mais moins. (Mais il n’y a pas pratiquement pas d’installations de production électrique au gaz en France et le réseau de distribution et les possibilités de stockage du gaz sont inexistants pour une production importante d’électricité). Il faut cependant souligner que l’effet de serre est un problème planétaire et que les gaz à effet de serre ne proviennent pas seulement de l’énergie consommée dans le monde car la contribution de l’agriculture et de l’élevage est tout aussi primordiale. Quant à l’électricité nucléaire mondiale qui représente environ 5 % seulement de l’énergie consommée dans le monde il est délirant de penser qu’elle pourrait être une solution à l’effet de serre.

Les énergies renouvelables (vent, soleil) n’ont pas une efficacité suffisante pour produire l’électricité qui est consommée actuellement en France et pour remplacer le nucléaire. Une réduction drastique de la consommation est peu vraisemblable à court terme (et peut-être même à moyen terme).

Le problème c’est, ici et maintenant, à notre échelle. Or on peut immédiatement arrêter environ 70 % du nucléaire en France, c’est techniquement possible avec l’hydraulique et les installations du thermique classique qui existent encore aujourd’hui mais il n’y a pas la volonté politique de le faire. Pourquoi laisser démanteler les centrales à fioul et charbon (et aussi d’ailleurs les petites installations hydrauliques) ? L’important est que le charbon ne fait pas courir un risque d’accident majeur comme le nucléaire. Pas de Tchernobyl français en vue avec le charbon. Tel n’est pas le cas avec nos réacteurs nucléaires car la sûreté absolue n’existe pas. Quand l’accident arrive c’est dramatique. Sauf bien sûr si l’on croit ce que racontent les officiels du lobby nucléaire dont font partie d’éminents professeurs : pour eux il ne s’est rien passé à Tchernobyl. Bien sûr il y a ces malheureux enfants en Biélorussie, Ukraine et Russie qu’il a fallu opérer d’un cancer de la thyroïde, mais distribuons des pastilles d’iode stable chez nous et on sera paré. Vous les croyez vraiment ? Selon eux les autorités soviétiques ont mal géré l’accident car elles ont été trop prévenantes, elles n’auraient pas dû évacuer tant de monde en urgence en 1986. Et plus tard dans la phase de gestion à long terme des années après la catastrophe, elles n’auraient pas dû procéder au relogement, hors des zones contaminées, de bon nombre de gens. Il aurait fallu laisser les habitants sur place (c’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour beaucoup).

Depuis Tchernobyl les instances internationales et les experts officiels de la radioprotection nous ont concocté des plans magnifiques d’intervention, ou plutôt de non-intervention pour le long terme, en cas d’accident nucléaire majeur. On n’en est plus à chipoter entre une dose annuelle de 1 mSv ou de 5 mSv c’est à dire entre une dose-vie sur 70 ans de 70 mSv ou 350 mSv (Litige sur le seuil de radioactivité acceptable, Libération, 10 avril 1990). Le résultat des optimisations coût-bénéfice c’est qu’on ne déplacera pas les habitants de leur lieu de résidence si les calculs des experts montrent que la dose qui peut être accumulée sur la vie suite à la contamination radioactive ne dépasse pas 1 sievert (1000 mSv ou 100 rem). C’est ce que, sous la casquette d’expert de l’OMS, le Pr. Pellerin recommandait en 1989 en Biélorussie et en Ukraine pour s’opposer aux mesures préconisées par les scientifiques biélorusses et ukrainiens soucieux de mieux protéger la population. Il a gagné. Nos enfants et petits-enfants ont perdu, car l’accident futur, c’est pour qui ? Vous le savez, vous ?

Bella Belbéoch,
lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine n°83 février-avril 1999.

*****************************https://reporterre.net/Adieu-a-Bella-Belbeoch-figure-de-l-opposition-au-nucleaire
Adieu à Bella Belbéoch, figure de l’opposition au nucléaire
26 octobre 2016 / Jean-Claude Zerbib

Bella Belbéoch était ingénieur spécialiste de l’impact des rayonnements ionisants sur le vivant. L’auteur de cette tribune rend hommage à cette grande résistante au nucléaire, morte le 24 septembre, auteure de nombreux ouvrages sur la question, en particulier sur Tchernobyl, dans lesquels elle mettait en lumière les zones d’ombre des discours officiels.

Aujourd’hui à la retraite, Jean-Claude Zerbib était ingénieur en radioprotection au Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Bella Belbéoch, née Goldsztein en 1928, ingénieur-docteur, a travaillé au Centre d’études nucléaires de Saclay (Commissariat à l’énergie atomique – CEA) où, après la faculté, elle a poursuivi des travaux de recherche, au moyen de rayons X, sur les propriétés des réseaux cristallins. Mais avant cela, quel chemin parcouru par cette jeune femme, née en France de parents immigrés nés en Pologne et qui avaient acquis la nationalité française en 1930.

Le 20 août 1941, son père, ouvrier tailleur à Paris, est arrêté dans le 11e arrondissement lors de la première des rafles menées entre le 20 et le 24 août. Comme les 4.232 hommes appréhendés ce jour-là, il est enfermé à Drancy, plaque tournante de la déportation des Juifs, où les privations dégradent son état de santé. Il ne pèse plus que 36 kg quand il est libéré deux mois et demi plus tard pour raison médicale. Il rejoint ensuite clandestinement la zone Sud. La mère de Bella, qui échappe de peu à la rafle du Vel’ d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, parvient à franchir la ligne de démarcation avec son plus jeune fils.

Bella avait quitté Paris début juillet 1942, quelques jours avant cette grande rafle où furent parqués près de 13.200 Juifs, enfants inclus. Elle passa la ligne de démarcation dans un train spécial d’écoliers. Les compartiments de sa voiture furent contrôlés par deux soldats allemands. L’un d’eux scruta son visage et sa carte d’écolière… avant de partir. Elle était sauvée et toute la famille s’est ainsi retrouvée, l’été 1942, dans un hameau de l’Indre, près de Saint-Benoît-du-Sault.

« Un complot international des experts officiels pour minimiser l’évaluation des victimes »

Elle sera très reconnaissante à tous ceux qui l’ont protégée, notamment lors des jours dangereux de la débâcle allemande, comme cette jeune professeure de mathématiques qui lui procura une fausse carte d’identité, cette directrice d’école qui lui fournissait des tickets d’alimentation ou les parents de cette amie qui la cachèrent. Des Justes parmi les nations.

Lors de son doctorat en faculté, Bella Belbéoch réalisait ses recherches au moyen d’un vieux générateur à rayons X qui n’avait jamais connu le moindre contrôle. Le faisceau de rayonnement délivré par ce générateur se transformait en un arrosoir à rayons X sous le plan de travail. Irradiée au niveau du bassin, Bella avait connu une stérilité de plusieurs mois qui avait nourri ses inquiétudes devant les effets des rayonnements. Bella était toujours préoccupée des risques d’accident grave et les victimes de la catastrophe de Tchernobyl ne cesseront de l’angoisser.

Ce qu’elle a écrit dans le journal Écologie, le 1er mai 1986, le jour même où « le nuage de Tchernobyl » survolait la France, a été pour moi, mais avec plusieurs années de recul, véritablement visionnaire : « Il faut s’attendre, dans les jours qui viennent, à un complot international des experts officiels pour minimiser l’évaluation des victimes que causera cette catastrophe. La poursuite des programmes civils et militaires impose à l’ensemble des États une complicité tacite qui dépasse les conflits idéologiques ou économiques. » [1]

Bella voyait bien plus loin que moi et son écoute comme son intuition lui permettaient de distinguer l’essentiel dans la brume des informations contradictoires. Ce 1er mai 1986, la mission de l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA) à Tchernobyl brossait un tableau rassurant : « Le réacteur est à l’arrêt (sic)… Les entreprises, les fermes collectives et institutions d’État fonctionnent normalement… L’état de l’air au-dessus de la région de Kiev et de la ville de Kiev elle-même n’est pas préoccupant. »

Le 28 août 1986, M. Rosen, le directeur de la sûreté nucléaire de l’AIEA, déclarait [2], lors d’une conférence à Vienne (du 25 au 29 août 1986) : « Même s’il y avait un accident de ce type tous les ans (sic), je considérerais le nucléaire comme une énergie intéressante. » Il y aurait bien d’autres citations aussi mensongères et cyniques que ces paroles de hauts responsables de la caste nucléaire internationale, et Bella en avait relevé plusieurs.

« C’est avant l’accident qu’il faut agir »

En juin 1986, j’avais écrit un texte distribué à Saclay dans lequel je soulignais le risque de cancer de la thyroïde des enfants suite aux rejets d’iodes. J’avais essuyé les sarcasmes des experts du CEA et de l’Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) en particulier. Bella avait fait partie de ceux qui partageaient cette crainte et c’est elle qui m’avait signalé la lettre du courageux médecin K. Baverstock qui, en septembre 1992, avait rendu publiques les données [3], accumulées par les médecins Belarus sur ces cancers thyroïdiens : de deux à trois cancers annuels en Belarus, le nombre était passé à 55 en 1991. Et ce n’était que le début de l’épidémie.

Les préoccupations de Bella Belbéoch portaient sur les cuves et générateurs de vapeur (GV) des réacteurs français. Elle analysait depuis plus de 30 ans leurs anomalies et adressait aux autorités ses analyses détaillées. En 2004, Bella et Roger Belbéoch, son époux, décédé fin 2011, ont quitté le Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN), car ils doutaient de l’utilité qu’il y avait à débattre avec les instances du nucléaire. Ils ont cependant poursuivi leurs combats critiques pour l’arrêt du nucléaire, et tous leurs écrits restent des références.

Les dernières malfaçons camouflées par des rapports de contrôle falsifiés ont accru les inquiétudes de Bella et ses visions de catastrophes à venir. Elle partageait pleinement les inquiétudes de Roger : « Sortir du nucléaire, c’est possible, avant la catastrophe. C’est avant l’accident qu’il faut agir. Après, il n’y a plus qu’à subir. »

[1] Cité par Wladimir Tchertkoff dans Le Crime de Tchernobyl, le goulag nucléaire, (page 24/720), Actes Sud, avril 2006.

[2] Le Monde, du 28 août 1986.

[3] « Thyroid cancer after Chernobyl », Nature, vol. 359, pages (21-22), 3 septembre 1992.

Fin de l’article

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

Commentaire:

Roger et Bella détestaient et fuyaient les hommages et les photos, « la société du spectacle » sans doute. Mais on doit les monter à bout de bras; les montrer en exemple par l’éducation populaire, par des hommages à la hauteur de la lutte qu’ils ont mené, les rendre « populaires malgré eux » « leur histoire ne leur appartient plus ». Pour moi dans cette lutte, ils ont été au dessus du lot et justice ne leur est pas rendu. Lorsqu’un gouvernement, des partis se prétendent socialistes, il faut répondre et crier que la première définition du mot socialisme c’est tendre vers une société la plus juste possible. Donc cela a rien à voir avec ce que l’on voit aujourd’hui, cette hyper aliénation. Rien à voir donc avec la « société nucléaire », cet oxymore. Rien à voir avec la guerre son origine et tous les autres techniques privilégiées pour la guerre.

Le nucléaire comme l’aviation et autres industries « lourdes » n’a été développé que pour ses capacités de destruction; c’est seulement en second lieu, pour amortir le forfait dans les deux sens du terme, que les autorités ont monté de toute pièce cet escroquerie renchérie par la prévarication (cf Giscard et réseau Vulcanus http://elianguesard.unblog.fr/nucle-ere/) et l’élitisme français (cf Marc Bloch) . Par cette fameuse division ou séparation du travail et des comptes. Cette malhonnêteté incommensurable des « inspectueurs » des finances, la Cours des comptes, pour alléger le budget militaire, séparer par exemple les déchets de la facture électrique ou la mobilisation d’un énorme budget (Recherche et développement, infrastructure, matière grise des personnels ), guerre pour l’extraction des matière nécessaire etc ) , les énormes infrastructures nécessaires pour maintenir un niveau si élevé de sécurité qui n’est et ne peut être absolue, les énormes budget alloués à la propagande depuis l’enfance; l’acceptabilité sociale, les meurtres et pressions pour étouffer et enfin pour finir (mais la liste n’est pas exhaustive) le scandale sanitaire le crime contre l’humanité et l’Ordre des médecins, l’académie des sciences, celle de médecine portent une énorme responsabilité dans ce désastre.

Comme l’a relevé le couple Belbéoch, derrière le masque du CO2, la diabolisation du charbon etc « le changement climatique » se cache la réalité de la contamination de la terre, l’empoisonnement du monde par ceux là même qui prétendent la-le protéger.

On leur dit qu’ils en meurent et ils répondent qu’ils veulent du travail, là est l’aliénation suprême. La France exporte la mort depuis près de 400ans et elle s’étonne de la recevoir en pleine figure, tel un boomerang. Il y a la « haine du français » parce qu’il y a la « honte du Français »

Et comme l’a relevé le couple Belbéoch, c’est avant la catastrophe qu’il faut agir. On peut arrêter en moins d’un an toutes les installations nucléaires civiles et militaires. Ce n’est pas un problème technique mais politique mais aucun prétendu politicien n’en a le courage. Et pour la vrai opposition de la société civile tous les accès politiques sont verrouillés. C’est comme si il nous forçait à nous entretuer. L’arrêt immédiat n’est pas une régression, c’est un véritable progrès car c’est un progrès humain.

L’axe, la colonne vertébrale de toutes nos sociétés est la justice, elle doit gagner son indépendance pour être crédible. Si c’est l’Etat qui ment, qui vole et qui tue, il ouvre la porte à tout le monde pour mentir, voler et tuer.

Le visage politique actuel est une gigantesque mascarade, il n’y a rien à attendre des ces élections, les dés sont biaisés à l’avance. Que ce soit les classiques ripouxblicains, les pseudo socialistes, le parti raciste et xénophobe français, ainsi que tous les autres candidats pseudo rebelle pseudo écolo pseudo « anti-système » etc. C’est avec nos différences et non pas malgré nos différences que l’ on peut s’entendre au moins sur ce point très précis qu’est Le sujet de la vie sur terre et en bonne santé menacée, en s’abstenant de voter pour pousser la crapulerie doublée d’œillères en dehors de la place publique et ainsi prendre la parole publique, le débat, l’Assemblée afin que la population « dépose le pouvoir sans le prendre » et « commande en obéissant. ». Ces formules viennent des zapatistes qui ont pris des exemples sur la Commune, comme les femmes de Rojava ;  il faut répondre à cet honneur.

L’indépendance politique est fille de la liberté, comme sa mère , elle ne se demande pas; elle s’arrache.

Abstention générale

Quincy, Novembre 2016

 

Suite des recueils sur:

fichier txt belbeoch pour l’humanité fichier pdf BibliographieBella &Roger Belbéoch   fichier pdf Gestion_post_accidentelle

fichier odt BellaBelbeochCharbon.T.Lamireau  fichier odt BelbeochQqesArticles  fichier odt Belbeoch.S.Topcu  fichier pdf B.Belbeoch.Operation_CODIRPA  fichier pdf faits_deran_tchernobyl.BelbeochGazette157  fichier pdf Les_notions_philosophiquesBelbeoch  fichier odt textebelbeochbandajevsky  fichier pdf Tchernobyl_une_catastrophe_1993

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Et la France s’enZADera c’est à dire qu’elle se libérera

Posté par elianguesard le 22 septembre 2016

salazad

Septembre 2016

Et la France s’enZADera c’est à dire qu’elle se libérera, ou disparaitra sous le feu nucléaire.

Message du 21 Septembre 2016

Plein d’infos à lire et rediffuser partout !

— Appel de la zad face aux menaces d’expulsion !

Depuis l’opération César en 2012 la ZAD est devenue un symbole : de la

possibilité de mettre en déroute leurs projets nuisibles ici et ailleurs

comme de celle de déployer des zones d’autonomie face au pouvoir et à

l’économie marchande. Après un printemps marqué par un mouvement social

bouillonnant, celles et ceux qui entendent nous gouverner vont tout

faire pour que la politique ne déborde plus du cadre d’un spectacle

électoral auquel plus grand monde ne croit. Nous vivons au coeur d’un

désastre environnemental et social sur lequel illes prospèrent et duquel

illes sont bien incapables de nous sortir. Depuis la ZAD, entre autres,

grandit l’idée que l’on puisse concrètement reprendre en mains nos vies

et réinventer le politique. C’est pour cette raison que son existence

est aussi insupportable aux gouvernant.e.s et aussi précieuse pour

d’innombrables personnes. La ZAD soulève des espoirs tenaces qui la

dépassent. Que l’on se sente porté.e par cette lame de fond ou que l’on

perçoive au quotidien la joyeuse solidité de ce qui s’est construit ici,

il apparaît absolument impensable que la ZAD soit broyée demain sous les

coups de la police et les chenilles des tractopelles. Ceci est un appel

à la défendre, coûte que coûte.

Ce texte s’adresse à tout.e.s celles et ceux qui voudraient participer à

la résistance sur le terrain ou de plus loin. Son objet est d’informer

sur ce qui nous semble aujourd’hui crucial pour les mettre en échec,

ainsi que sur l’état d’esprit dans lequel nous nous préparons. Nous vous

invitons à le diffuser largement.

## Risques sérieux d’attaque dans les semaines qui viennent

Depuis plusieurs jours des rumeurs d’expulsion plus ou moins imminente

bruissent sur la ZAD. Nous savons que les hôtels de la région ont été

réservés, plusieurs articles de presse avancent que les « forces de

l’ordre » se sont vues interdire de poser des vacances de fin septembre à

fin octobre. On parle de matériel militaire pr?té à la gendarmerie.

Mercredi 14 septembre, le préfet de Loire-Atlantique a signé deux

arrêtés portant sur la destruction du campagnol amphibie, rendant

possible à leur sens le début des travaux. Plusieurs sources confirmant

des plans d’intervention possible à partir du 27 septembre, sans que

cela signifie qu’ils viendront dès cette date là. Sommet d’hypocrisie,

cette date est celle où la ville de Nantes accueille plusieurs milliers

de participant.e.s, venu.e.s du monde entier, dans la suite de la COP 21

pour faire croire à ses préoccupations quant au dérèglement climatique.

## Appel à la vigilance

Il serait sans doute absurde de leur part d’intervenir en plein sommet

Climate Chance et avant la grande manifestation du 8 octobre sur la zad,

mais nous sommes à l’écoute des diverses infos qui apparaîtraient dans

un sens ou dans un autre et sommes prêt.e.s à parer à toute éventualité.

Nous appelons en tout cas à une extrême vigilance dans les semaines à

venir, et surtout à mettre dès à présent la pression sur le gouvernement

pour qu’il renonce à ce projet d’expulsion. Nous vous invitons aussi à

vous tenir prêt.e.s à rejoindre la ZAD pour participer à sa défense,

dans la diversité de nos pratiques, ou si vous êtes loin, à mener des

actions décentralisées contre Vinci, les acteurs du projet et les lieux

de pouvoir.

## On veut des fuites sans prendre la fuite

Pour prévenir toute attaque surprise, on sait que l’on peut compter sur

la multiplicité des soutiens et sources d’infos un peu partout, jusque

dans leurs bureaux et leurs cercles familiaux. Nous vous invitons à nous

alerter de fuites sur les entreprises privées qui pourraient être

impliquées (défrichage, gardiennage, etc.), d’infos sur les hôtels qui

accueilleraient les gendarmes, de circulaires, notes internes et autres

bruits de couloir concernant cette opération, ainsi que de mouvements de

troupes autour de la ZAD (sans pour autant nous signaler n’importe quel

convoi de gendarmes mobiles à des dizaines de kilomètres à la ronde).

Nous recouperons et vérifierons toutes ces informations, et nous les

publierons sur zad.nadir.org qui, avec le site de l’Acipa, reste la

« référence » en la matière (avant de croire et diffuser une information

venue des réseaux sociaux ou autres, vérifiez systématiquement qu’elle a

été confirmée par ces sites).

## Nous en tout cas on est prêt.e.s !

Toutes les équipes sur place s’organisent en conséquence : cantines,

radio, médic, légales, équipes de communication… Les différents lieux

de vie se préparent à la résistance et on se coordonne à l’échelle de la

ZAD et du mouvement – avec les comités, associations et paysan.ne.s –

pour faire obstacle à l’avancée policière.

Ces derniers jours, des rencontres ont eu lieu partout en France entre

comités de soutien pour peaufiner les réactions en cas d’attaque ou de

débuts des travaux. Des lycéen.ne.s et étudiant.e.s solidaires de la

région s’assemblent pour être à même de manifester et bloquer leurs

établissements le jour J. Des habitant.e.s proches se préparent à ouvrir

leurs maisons et leurs granges, des soignant.e.s, professsionel.e.s ou

non, sont prêt.e.s à offrir des soins sur le terrain le moment venu, et

des juristes à réagir aux mesures répressives que le gouvernement mettra

en place. Des paysan.ne.s de toute la région échafaudent des plans pour

mettre en jeu leurs tracteurs, des élagueur.euse.s et grimpeur.euse.s

pour monter à la cime des arbres menacés d’être abattus. Des

journalistes indépendant.e.s et acteur.trice.s des réseaux sociaux

discutent de comment relayer au mieux les infos des opposant.e.s et

contrer la propagande du gouvernement. Des soutiens s’organisent à des

centaines de kilomètres et même aux quatre coins de l’Europe pour être

paré.e.s à nous rejoindre au plus vite.

Il faut bien évaluer que cette fois, et contrairement à 2012, c’est la

quasi totalité des lieux de la zone qui est menacée d’expulsion par la

force, c’est à dire non seulement les personnes qui s’y sont installées

pour y vivre et la défendre ces dernières années, mais aussi les

paysan.ne.s et habitant.e.s dit.e.s « historiques ». Ce sont donc plus de

70 lieux de vie, des fermes, des ateliers, des centaines d’habitant.e.s

humain.e.s, des troupeaux et autres animaux ou plantes sauvages, 2000ha

de forêts, champs et bocages qu’ils voudraient rayer définitivement de

la carte dans les prochaines semaines. Qui plus est, leur enjeu annoncé

n’est pas seulement d’expulser la zone mais de démarrer dans la foulée

les travaux de construction de l’aéroport et du barreau routier, ce qui

implique dans un premier temps des travaux de « déplacement d’espèces »,

de défrichage, de fouilles archéologiques, de construction de ronds

points et de protection du site… (Particulièrement au niveau du

barreau routier – en rose sur la carte

https://zad.nadir.org/spip.php?rubrique70 ). Dans ce contexte de menace

totale, la résistance sur le terrain s’organise d’autant plus

collectivement. Et quand bien même ils parviendraient à expulser une

partie de la zad, nous savons que cela ne signerait pas la fin du

mouvement mais le début de mois et d’années de résistance continue pour

entraver chaque avancée des travaux. Nous ne les lâcherons pas !

## Il est encore temps de leur faire comprendre qu’ils vont se planter

Rien n’est encore sûr, ni dans le fait qu’ils reviennent, ni dans le

fait que l’évacuation de la ZAD ait une chance de réussir. Il est

crucial de leur faire comprendre dans les prochaines semaines que ce

serait une très mauvaise idée pour eux de tenter une nouvelle opération

César. Nous appelons donc des groupes et personnes, depuis des regards

et positions variées, à manifester par avance leur solidarité par des

textes et actions. Nous appelons à ne pas laisser en paix les élu.e.s

lié.e.s à ce gouvernement et à les interpeller partout où illes se

trouvent (déplacements, réunions publiques, conseils municipaux) sur les

menaces d’expulsion de la ZAD. Nous invitons à rejoindre les initiatives

de manifestations organisées à Nantes face au sommet Climate Chance (

https://stopclimatechance.wordpress.com/a-propos/ ). Nous encourageons

des groupes nombreux à faire savoir qu’ils seront sur la ZAD, vigilants

et actifs en cas de début d’opération.

## Tous.tes sur la zad le 8 octobre pour y planter des bâtons par

milliers

Dans ce contexte incertain et en ces temps décisifs, il est d’autant

plus important de venir massivement participer à la manifestation du 8

octobre et de marteler le sol du bocage avec des dizaines de milliers de

bâtons. Le jour même, des hangars seront construits et le dimanche 9

octobre, il y aura des chantiers dans différents lieux de la ZAD. Des

bus sont en train de s’organiser pour le 8 octobre depuis de nombreuses

villes. Pour des détails sur le déroulement du week-end :

http://zad.nadir.org/spip.php?article3991. Cela peut aussi être un des

moments pour amener du matériel d’organisation et de défense sur la zad

(voir liste de matériel à la fin)

## S’ils reviennent, agir de toutes manières

On aura besoin d’une présence massive sur place au début d’une

opération, mais ça risque de nous compliquer la tâche si trop de monde

arrive dès maintenant, et tant qu’on est sûr.e.s de rien. Merci donc

d’attendre des signaux plus clairs pour affluer en grand nombre sur le

terrain.

Si nous considérons que l’imminence d’une opération policière est

confirmée, un appel commun à venir sur la ZAD, autour, et à déclencher

des actions de résistance ailleurs sera diffusé sur zad.nadir.org et

acipa-ndl.fr.

C’est la mise en commun de différents types d’actions, à plusieurs

échelles géographiques et en comptant sur l’inventivité de tous et

toutes, qui nous permettra de les faire échouer de nouveau. Voici les

plans d’actions issues des disccussions avec les comités de soutien :

- Sur la ZAD :

Appel à stopper leurs mouvements, à défendre les lieux de vie et à les

harceler. Par « leur » nous entendons aussi bien les troupes policières,

que les agences de sécurité, boîtes de travaux qui collaboreront, ou

structures qui assureront leur ravitaillement en nourriture et leur

couchage (voir à ce propos le site participatif adopte un sous-traitant

: https://adopteunsoustraitant.noblogs.org/?cat=26 ). Venez avec vos

radios portatives pour écouter Radio Klaxon sur 87.5.

- Dans un périmètre proche :

Appel à ce que des groupes s’organisent pour que la ZAD ne se retrouve

pas enclavée et encerclée, et à participer à l’organisation des espaces

d’accueil. Appel également à ce que les déplacements et check-points

policiers soient perturbés le plus possible et à ce que les soutiens et

ravitaillements arrivent sur zone.

- Dans la région :

Dès le premier jour de l’opération, actions coordonnées de blocages des

routes et/ou opérations escargot, sur les points d’accès à la zone ou

sur les grands axes et points stratégiques de la région, et/ou à des

occupations de lieux du pouvoir. Des actions nocturnes de casserolades

et autres manifestations sonores devant les hôtels où seront logés les

policiers et gendarmes. Convergence le soir même, à partir des

différents points de blocage ou d’actions, pour se rendre à 18h devant

la Préfecture à Nantes.Manifestation le samedi à Nantes après une

semaine d’opération.

- A l’extérieur de la région :

Appel à occupation des lieux de pouvoir ou à des opérations de

ralentissement des flux localement, ainsi qu’à venir sur le terrain

défendre la ZAD pour ceux et celles qui le peuvent.

## Les bloquer sans se bloquer

Des personnes nous ont déjà prévenues qu’elles viendront en renfort dans

les prochaines semaines pour la préparation de la mobilisation du 8-9

octobre et de la résistance à d’éventuelles expulsions. Il nous semble

important de dire que l’on souhaite que la zone reste accessible et

circulante le plus longtemps possible et tant que l’arrivée imminente

des troupes n’est pas confirmée. En gros, on se met en capacité de se

barricader très vite, mais on ne barricade pas pour autant la zone

maintenant. Cela nous semble nécessaire de ne pas s’enfermer et de

maintenir autant que possible une perméabilité avec l’extérieur, car

c’est elle qui nous permet depuis des années de nous organiser ensemble

et de nous renforcer dans cette lutte.

## En cas d’attaques, on vous accueille !

Nous préparons des espaces d’accueil à l’intérieur et l’extérieur de la

ZAD. Ils serviront au couchage, au dépôt de matériel et de

ravitaillement, aux cantines, et à nous rassembler. Gardons à l’esprit

que des journées de résistance demandent beaucoup d’énergie et de

concentration… et souvent des réveils très matinaux. Cela implique une

attention collective à ce que les espaces d’accueil soient calmes le

soir. Nous vous demandons également expressément d’éviter de venir avec

vos compagnon.nes quadrupèdes dans un tel moment: nous faisons aussi en

sorte que les nôtres ne soient pas sur zone, d’abord dans l’idée de les

protéger des affrontements possibles, mais aussi parce que nous sommes

conscient.es que cela peut rendre les choses plus compliquées vis-à-vis

de l’accueil.

## Dans quel état d’esprit veut-on défendre la ZAD ?

Depuis 2012, nous avons largement pu faire le bilan de ce qui s’est

passé pendant les expulsions et l’occupation policière. On s’attend à ce

que l’opération d’expulsion ne soit pas une réplique de celle de 2012,

que quoi que l’on prépare collectivement il y aura une grande place pour

l’improvisation et l’adapatation. Nous souhaitons tout de même pouvoir

anticiper cette fois sur des attitudes, qui ont pu être blessantes pour

des personnes et contre-productives. Nous voulons aussi porter quelques

idées sur ce qui nous rendra fort.e.s dans ce moment là. Voici certaines

réflexions à ce sujet :

- il n’est pas question, sous prétexte d’affrontements, d’accepter

parmi nous des comportements sexistes, virilistes, homophobes, racistes,

classistes, validistes, que nous combattons au quotidien ;

- il y aura un grand besoin de personnes qui défendent le terrain,

mais le rôle de celles et ceux qui assureront la logistique sera tout

aussi important : cantines, soin, communication, espace de repos, etc.

Et on a envie que ça puisse tourner : qu’il n’y ait pas les spécialistes

des barricades d’un côté et celles et ceux qui s’occupent de les nourrir

de l’autre ;

- on rappelle que défendre cette zone, c’est aussi défendre les

possibilités politiques qu’elle recouvre, et notamment des pratiques

telles que l’autogestion, l’organisation collective et tournante des

tâches, la culture des assemblées et la recherche de consensus sans

taire les conflits ;

- il est clair pour nous qu’en cas d’attaque ce sont eux, et non

nous, qui choisiront de déclencher un ensemble de violences et de

destructions, sur les êtres vivants, les habitats et espaces naturels de

ce bocage. Comme en 2012, on ne se laissera pas faire : la résistance

sera physique et déterminée. On veut aussi veiller à rester rejoignables

dans la défense de cet espace, à maintenir les possibilités d’un soutien

large et ne pas leur donner de raisons trop faciles pour décupler

brutalement le niveau de répression à notre encontre. L’un dans l’autre,

on souhaiterait qu’il y ait une attention à respecter la diversité des

personnes qui viennent défendre la zone, et qu’un large panel de

pratiques et de modes d’actions puissent coexister sur le terrain. En

2012 c’est la jonction entre des barricades, des blocages humains ou

avec des tracteurs, des sabotages, des projectiles, des cabanes

perchées, des blagues, chants et harcèlements divers, le tout

concomittament aux actions décentralisées, qui a permis finalement de

mettre en déroute leurs troupes. C’est cette force hybride que nous

voulons réinvoquer.

- même si tout n’est pas évident d’entrée, on aimerait aussi que les

personnes qui viennent défendre la zad prennent en considération les

attentions que l’on a pour les manières de résister des différents lieux

et personnes vivant ici : le désir par exemple que le camion du laitier

puisse continuer à passer dans telle ferme aussi lontemps que possible

ou qu’il n’y ait pas de photos et de vidéos prises dans tel autre

lieu…

Avant de venir, renseignez-vous au maximum afin de comprendre la

situation, et à votre arrivée adressez-vous à l’un des espaces

d’accueil, prenez le temps de discuter avec les personnes sur place.

Pour accéder à la zone, voir ici :

http://zad.nadir.org/spip.php?article7. Prenez aussi le temps de lire

les informations mises en ligne par l’équipe légale:

https://zad.nadir.org/spip.php?rubrique56.

## Déjouer leur propagande

Quand on est au pouvoir, que l’on est face à une contestation puissante

et populaire et que l’on s’apprête à une opération de maintien de

l’ordre risquée, on est souvent mauvais joueur. On s’attend à que les

pro-aéroport déclenchent de nouvelles opérations de propagande avec

leurs lots de fantasmes et mensonges sur les affreux.ses zadistes et

autres terroristes du bocage. On est pas non plus à l’abri, à la veille

d’une attaque et pendant, de barbouzeries et montages qui viseraient à

jeter le trouble, fragiliser le soutien dont on bénéficie et à justifer

une montée en puissance de la répression à notre égard. On invite tout

le monde à ne pas se laisser berner et à déjouer leur propagande.

## Pour un futur sans aéroport

Pendant que le gouvernement ne pense qu’à détruire ce qu’il ne peut

contrôler, la vie continue sur la zone à défendre. En cette fin d’été,

une bibliothèque et un espace d’acceuil ont vu le jour, de nouveaux

habitats ou un hangar pour le travail du bois et de la terre

s’édifient… Les rumeurs et menaces ne nous ont pas coupé l’envie de

faire la fête pour la récolte des patates samedi dernier, et la

détermination à préparer la défense ne nous empêche en rien de continuer

à construire en dur ou à développer les réseaux d’amitiés qui font la

richesse de cette lutte. Uni.e.s dans notre diversité, nous préparons

ensemble l’après projet!

L’aéroport ne se fera pas – La ZAD de Notre-Dame-des-Landes continuera à

fleurir !

— Et pour finir et être prêt-e-s en cas d’expulsion, un appel à dons

et matériel

## Là, on a besoin de sous !

Pour l’instant pour se préparer, on a besoin entre autre assez vite de

sous. Les opérations de soutiens et dons divers sont les bienvenues de

nouveaux pour un temps. Il est possible pour cela d’envoyer des chèques

à l’association des occupant.es, « Vivre sans aéroport », chez la famille

Herbin, Liminbout, 44 130, Notre Dame Des Landes ou de faire un virement

:

La Banque postale Etablissement : 20041Code Guichet : 01011 n° de compte

: 1162852D032 Clé RIB : 36 IBAN : FR83 2004 1010 1111 6285 2D03 236BIC :

PSSTFRPPNTE

## et de matos

Accueil :

On cherche des barnums et chapiteaux qui pourraient être prêtés et

montés rapidement sur des lieux d’accueil hors ZAD, ainsi que de quoi

les équiper (tréteaux, plateaux, chaises …). Des tentes carrées

« familiales » pour des espaces d’accueil. De grande caravanes pour

abriter des structures collectives.

Matos de construction/autonomie/défense :

- palettes

- cuves/tonnes à eau

- pompes à eau (à bras ou thermiques)

- structures (type barnums)

- visserie

- vélos

- groupes électrogènes

- gasoil

- chargeurs

- panneaux solaires

- régulateurs

- transformateurs 12V continu vers 220 alternatif

- pneus

- batteries (12V)

- extincteurs

- peinture

- conserves/aliments secs

- caravanes

- cire/bougies

- roues de caravane

- 1km câble acier +ou- 5mm

- batteries à décharge lentes

Cantines :

- grosses gamelles

- brûleurs

- trépieds

- bouteilles de gaz

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Ceux qui doivent vivre et ceux qui doivent mourir

Posté par elianguesard le 1 mai 2016

 VigieOMSNaoto Matsumura

« Jour ouvré debout » depuis 9 ans

 le 26 Avril 2016

 Puisque c’est un crime et puisque c’est une imposture

Appel à rejoindre la manifestation devant l’OMS et devant tous les Ministères de la santé

Depuis le 26 Avril 2007, tous les jours ouvrables, les Vigies d’IndependentWHO (Pour l’Indépendance de l’Organisation Mondiale de la Santé) sont présentes devant le siège de l’OMS à Genève pour que cette institution internationale accomplisse son devoir constitutionnel « d’amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible » y

compris dans le domaine du nucléaire.

Les deux Forum scientifique et citoyen sur la Radioprotection et sur les effets génétiques , organisés par le Collectif IndependentWHO à Genève, ont confirmé qu’à Fukushima tout comme à Tchernobyl, ainsi que sur tous les sites contaminés, les victimes du nucléaires ne peuvent actuellement compter sur la Communauté Internationale, les Etats , les pseudo organismes de radioprotection pour assurer leur protection.

 

Pour exemples de la dissimulation, l’OMS n’a jamais publié les actes des conférences de Genève de 1995 et de Kiev de 2001 sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl lesquels sont accablants pour les gouvernements du Conseil de Sécurité de l’ONU .

Comme elle doit publier et non minimiser les rapports sur les conséquences des armes à uranium utilisées en Irak à Falloujah (1) . Comme jadis l’agent orange au Vietnam. Les conséquences sanitaires de la chimie et du nucléaire sont semblables, comme est semblable la prédominance de ces industries y compris l’industrie pétrolière sur la gouvernance des Etats ; largement subventionnées pour la guerre dès leur origine.

 

Les vigies sont pour la paix, l’entraide et s’ils ne sont que devant l’OMS, c’est bien toutes les institutions, ONU , AIEA, UNSCAER, CIPR etc et les gouvernements ces monstres froids qui sont visés, ce, pour bien signaler la monstrueuse hypocrisie des pays prétendument humanistes, le double langage délivré par les membres du Conseil de Sécurité.

 

Une vigie a dit : « Une tactique vicieuse des grandes puissances est d’entretenir toujours via les organisations onusiennes la suspicion entre irradiation [externe] et contamination [interne]. Les grandes puissances mentent par l’entremise des organisations internationales sur les effets pathologiques de la radioactivité pour ne pas avoir à payer les réparations astronomiques qu’impliqueraient leur reconnaissance. [...] Minimiser permet aussi de soustraire l’industrie nucléaire civile à l’obligation de s’assurer à la hauteur du risque réel.

Minimiser permet aussi de ne pas dédommager les victimes des essais de bombes atomiques ni celles des munitions à uranium appauvri. »

 

Le travail d’alerte et d’éducation populaire, que les Vigies ont commencé depuis 9 ans, doit continuer pour témoigner du sort et de la souffrance des victimes, toutes les victimes. Pour que chacun prenne conscience que ce sera son tour en cas de prochain accident en plus de la contamination courante qui s’accumule depuis les premiers essais nucléaires, les rejets dits « normaux », « les incidents » de la filière si rien ne bouge car les gouvernements savent parfaitement depuis l’ère du nucléaire (Hiroshima) les risques sur la santé et sur le génome, ce « Très Grand Crime » (2) .

Une vigie a dit : « Effectivement ils se sont très bien préparés mais pas simplement pour la commémoration des 30/5 ans des deux accidents nucléaires. Ils semblent avoir été sur « le terrain » depuis le début de l’accident de Fukushima comme Ethos l’est à Tchernobyl. Ils savent donc tirer les leçons de ce qu’ils ont appris pour mieux rouler dans la farine la population qui doit « se prendre en charge » et « renouer les liens entre eux tout en exprimant leurs craintes » . En tout cas, c’est ce qu’ils disent dans ce modèle de « dialogues » avec la population.

Ils sont forts, très forts car leur « travail » sur le terrain consiste à ne pas affoler, à ne pas faire peur, mais à dire aux populations ce qu’elles souhaitent entendre : vous pouvez revenir chez vous, auprès de vos proches, cultiver vos terres, garder vos traditions si belles etc…si vous prenez des précautions et nous sommes là pour vous expliquer comment faire, comment mesurer la radioactivité, etc ! Impressionnant effectivement : chapeau pour ces vendeurs du nucléaire : ce sont manifestement des gens qui ont appris à communiquer ! Nous devrions prendre des leçons de ce que nous apprennent nos ennemis ! ».

 

Ces monstres froids continuent invariablement leur travail de sape depuis plus de 70ans en étouffant, en rendant acceptable l’inacceptable ; en forçant les habitants à s’adapter et en les rendant responsables et coupables de leur contamination, en « mesurant » les habitants devenus cobayes humains, au lieu de les soigner (comme le fait par exemple l’Institut Belrad (3) au Belarus pour les enfants qui n’a de soutien que de la société civile car officiellement ils ne sont pas reconnus comme victimes du nucléaire).

PrNesterenko

Les vigies sont devant l’OMS pour rappeler que c’est avant une autre catastrophe qu’il faut agir comme le rappelait le physicien Roger Belbéoch (4). Il sont là en mémoire des disparus dont le physicien Vassili Nesterenko(5) liquidateur de Tchernobyl, qui lors de sa venue à Genève en 2008 nous souhaitait « bonne santé et longue vie » et de « rester ici jusqu’à la victoire.» (Poka ne pobedim).

Ce sont des français qui étouffent le plus les conséquences sanitaires du nucléaire, à Tchernobyl comme à Fukushima . Par l’intermédiaire de programmes européens (ETHOS CORE EPICE etc) qui se contentent de mesurer et rendre acceptable la contamination par la population alors que le Pr Nesterenko avec l’institut Belrad soignait les enfants malades, il faisait confiance au début à ces prétendues organismes non gouvernementales en leur fournissant toutes ses données, pensant qu’on allait financer les soins. Mais ces français et autres sous-traitant d’EURATOM ont trahi sa confiance. Il faut répondre à cette honte, cet affront ; d’une façon plus générale on peut dire qu’il y a la « haine du français » parce qu’il y a la « honte du français ».

 

« La seule façon de te sauver toi-même, c’est de lutter pour sauver tous les autres» (Nikos Kozantzakis « Alexis Zorba »1946 – vu dans « Je lutte donc je suis » Y.Youlountas)

« Une des façons de lutter pour Belrad (http://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php) c’est de témoigner pour toutes les victimes du nucléaire, et en témoignant pour toutes les victimes, on contribue à sauver tout le monde y compris soi-même» « (une vigie devant l’OMS)

Les vigies sont devant l’OMS pour rappeler que l’essentiel est de prendre le problème à sa source : la volonté de puissance des Etats par la guerre et sa soif d’énergie, c’est à dire stopper toutes activités nucléaire, chimique et autres menaces pour la vie en bonne santé.

 

Les vigies sont devant l’OMS pour signaler qu’ils sont au contraire pour la volonté de non puissance et se placent dans la ligne des grands noms qui ont dénoncé cette imposture depuis le début Günther Anders (6) , Albert Camus (7) , Jean Rostand (8) etc . Et comme Hans Jonas qui a décrit « Le principe responsabilité » contrairement aux gouvernements qui s’inscrivent eux dans un « principe d’irresponsabilité ».

 

L’OMS doit assumer sa responsabilité constitutionnelle en cessant d’être complice de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique), du Conseil de sécurité et autres lobbies atomiques. Elle doit aviser la population mondiale des vrais dangers du nucléaire sur la santé.

 

Nous ne sommes plus dans le schéma classique « pauvres contre riches », « dominants contre dominés » car la technique a dépassé l’homme, c’est pour tout le monde, il n’y a pas de dose admissible à la pollution radioactive, de très nombreuses études indépendantes le démontrent .

Anxiogène : voilà pourquoi on aurait du mal à se faire entendre ; on appuie là où ça fait mal, où ça fait peur, alors que si nous sommes « anti » ou « contre » c’est parce que nous sommes « pour » la vie, la paix et la bonne humeur…

Pourquoi faire la Vigie :

Contre le déni, l’acceptabilité, le crime, la monstrueuse hypocrisie

Pour le témoignage pour les victimes, le sens, le respect des Constitutions éclairées par la population

En partant du constat :

- Dans ces pays prétendument démocratiques, pour les porteurs d’alternatives et de mieux être ayant encore un tant soit peu d’esprit critique, tous les accès à la parole publique sont verrouillés.

  • Ces institutions prétendument humanistes ne soignent pas, mais le rôle de l’OMS est de « faire les recommandations », « d’organiser, protéger la santé » dans le monde. Mais dans le domaine des rayonnements ionisants, ce rôle est bafoués, il n’est même pas question d’organiser des soins, au contraire, ils sacrifient volontairement les personnes les plus exposées, et indirectement, par cette fameuse « division du travail » et par la maîtrise des manipulations du langage ; ils sacrifient les habitants les plus sensibles quasiment sous nos yeux . Car au sein du collectif Pour l’indépendance de l’OMS Santé et nucléaire (IWHO www.independentwho.org), nous sommes régulièrement inondés d’informations sur cette tragédie. Ils sacrifient donc des enfants (9) sur l’hôtel de l’industrie de la guerre, du « dieu l’Economie, l’OMPI est son Eglise…».

 

Il est question ici de lever l’ambiguïté ; c’est bien en tant qu’antinucléaire que l’on fait la vigie, c’est même une des plus longue manifestation antinucléaire depuis Conception Picciotto décédée en janvier dernier, c’est un moyen de participer à faire tomber le nucléaire (même s’il s’effondre sous son propre poids (10), tout le monde doit prendre conscience que cette chute doit être amortie afin de limiter les dégâts et avant d’autres catastrophes.

Une Vigie a dit :« Toutes sortes d’actions sont possibles. MAIS notre action s’appelle IndependentWHO – Santé et Nucléaire. Elle a un objectif qui est l’indépendance de l’OMS dans le domaine des rayonnements ionisants pour que les faits sur ses conséquences sanitaires puissent être investigués correctement, et diffusés (correctement) avec le résultat que les victimes (actuelles et potentielles) puissent être protégés au mieux, et finalement pour qu’on sorte du nucléaire car tout le monde aura compris que c’est bien trop dangereux. »

On sait que l’OMS n’est « que complice » et ne reçoit que des directives des lobbies atomiques et finalement joue un rôle secondaire dans la responsabilité du très grand crime. Mais par son estampillage santé « mondiale » elle laisse passer tous les criminels en col blanc placés au dessus d’elle ou en son sein et c’est déjà un crime.

Elle est responsable devant sa Constitution et le devoir de ses cadres serait un minimum de mettre leur démission sur le tapis, mais ils semblent trop reclus sur leurs privilèges et leur carrière, cela va mieux lorsqu’ils sont en retraite, ils dénoncent quelquefois au moins en sortant.

Les vigies ne sont « que » devant l’OMS car il est plus difficile, voir impossible, d’avoir une autorisation de manifestation permanente devant les gros bras état-uniens qui gardent l’ AIEA à Vienne en Autriche, ni devant les gouvernements ni autres impalpables CIPR UNSCAER de la prétendue radioprotection et enfin le Conseils de sécurité de l’ ONU, tous noyés dans les méandres des administrations, tous professionnels du louvoiement. Perdus dans leur irresponsabilité par la division du travail.

Devant l’OMS on a l’autorisation… parce qu’on ne gêne pas beaucoup…parce qu’on est inutile…nous sommes « les vigies de l’inutile », pour reprendre le titre du livre « Les conquérants de l’inutile » de Lionel Terray dont semblait tout droit sortir un autre vigie, guide de haute montagne. Guy Demenge fils de André du réseau Uranus Kléber trahie par des français et disparu dans les camps. Il faut chercher le sens entre ces deux appellations, cherchez bien…

Il faut voir aussi ici l’opportunité de montrer l’imposture Onusienne, des Etats des gouvernements droit de l’hommiste humaniste etc au coeur du monstre (cerveau du monstre dans le livre « Une Suisse au dessus de tout soupçon » J.Ziegler qui nous soutient aussi). On peut relire aussi les derniers ouvrages de Tolstoï parues aux éditions « Le pas de côté »; Le Grand Crime, L’esclavage moderne etc.

Les vigies sont déjà allées devant l’AIEA au moins deux fois.

http://www.plage.cc/cms/news/archiv/WHO_IAEO/WHOIAEO.php

La-bas, les amis autrichiens continuent un excellent travail depuis longtemps par des actions diverses, quelquefois devant l’AIEA et surtout dans tout le pays. (

- « Wiener Plattform « Atomkraftfrei Zukunft » de Maria http://www.atomkraftfreiezukunft.at/

- Global 2000 (Amis de la terre https://www.global2000.at/en),

- PLAGE-Salsbourg de Heinz ,http://www.plage.cc/

- OMEGA (IPPNW Autriche http://www.ippnw.org/affiliates/austria.html)

- AEGU (médecins pour un environnement sain http://www.aegu.net/

.etc.) car s’ils n’ont pas de centrales nucléaire en fonction chez eux, la menace vient des centrales des pays frontaliers. C’est même là bas que Maria Urban m’a traduit le mot résistance en allemand Widerstand comme à Grigny (http://www.reseauxcitoyens-st-etienne.org/article.php3?id_article=1517 )

 VigieVienne

Sierra Exif JPEGAIEAactionATautriche

Donc rester debout tous les jours ouvrés devant l’OMS et pas ailleurs dans Genève est une opportunité de dénoncer le crime et témoigner pour les victimes : on ne donne pas d’espoir aux victimes, on fait vivre leurs récits ; « L’espoir, au contraire de ce que l’on croit, équivaut à la résignation , et vivre, c’est ne pas se résigner » (Albert Camus « Noces » 1939)

(vu dans « je lutte donc je suis »Y Youlountas)

Et comme l’a bien dit une vigie : « …une vision plus positive : on cerne leur mensonge [OMS], on les interpellent. On diffuse et relaie largement des points de vues et constats éclairés. On a de cette façon de la matière concrète pour s’opposer, dénoncer. On les écoute, on réagit. On crois au pouvoir de la communication, on rebondit dans les réseaux. Les victimes savent qu’on existe et qu’on résiste avec eux. »

Devant l’OMS, on a aussi l’opportunité de montrer l’impasse politique de la centralisation dont l’organisation centralisée du nucléaire est le bébé irradieux , la concentration de pouvoir des Etats, des technocrates du Corps des mines etc (et aussi de la représentation…). Cette cooptation entre personne du même milieu social, cet esprit de corps bien dénoncé par Marc Bloch dans « l’étrange défaite », lui aussi disparu et trahie par des français, cherchez bien la relation.

Montrer l’impasse, la faillite pour mieux proposer les alternatives , prendre en main soi même ou en collectif locaux ses petites unités de production, prendre en main sa santé etc de façon horizontale, démocratique et non pas technofasciste comme c’est le cas actuellement.

Devant l’OMS, on a l’opportunité d’utiliser l’axe , le volet santé comme levier pour faire basculer l’opinion publique contre cette imposture nucléaire malgré la propagande infecte , le déni des faibles doses, et de toutes les conséquences sur la santé de la contamination interne ; les autorités sont toujours à imposer le « modèle Hiroshima » de la contamination externe et ont caché ou minimisé depuis 70ans l’importance de la contamination interne sur le long terme (ABBC ; voir les documentaires « La face cachée de Hiroshima à …Fukushima » et « Une histoire du plutonium » de Kenichi Watanabe) . Ces institutions cachent ou minimisent toujours l’augmentation du « bruit de fond » de la radioactivité artificielle mondiale et le corps humain n’y est vraiment pas adapté, cela est criminel. Lors du fonctionnement courant des centrales, les exploitants sont « autorisés » à rejeter des radio nucléides, et cela s’additionne avec les fuites incessantes des armements et déchets radioactifs entreposés et leur production et utilisation de par le monde. Toutes les pathologies (pas « seulement » les problèmes thyroïdien qui sont en quelque sorte des « traceurs » de la contamination radioactive) peuvent apparaître 5, 10, 20ans ou plus après la première contamination. Cette contamination affecte le génome, c’était dénoncé depuis au moins 1957 au sein même de l’OMS. Mais les gouvernements du Conseils de sécurité ont passé outre au nom de leur volonté de puissance.

Comme l’a dit une vigie, ces dates de 26 Avril, 11Mars, 6aout etc ne sont pas des commémorations ce sont des « rappels de la catastrophe sans fin de » cela dure toujours (Catastrolongo).

Tous les pays industrialisés sont touchés majoritairement par des pathologies qu’il n’y avait pas avant l’ère industrielle (Cf Illich « Némesis médicale ») dont la France, ce pays est devenu un immense hôpital. Et l’Ordre des médecin, l ‘académie de médecine et l ‘académie des sciences portent une énorme responsabilité dans ce désastre sanitaire, bien sûr avec les responsables politiques et administratifs. Ce n’est pas que Le Pr Pellerin c’est la totalité qui contient Pellerin, comme ce n’était pas que Papon, c’est toujours la totalité qui contient Papon ; cherchez bien le lien.

En fin de semaine le 10 mars 2016 le Pr Séralini commençait sa conférence à l’Athénée de Genève sur ses dernières études prouvant l’imposture OGM et des nouveaux OGM cachés, liés aux pesticides des neveux d’IG Farben :.. en questionnant l’auditoire il leur demandait de lever la main s’ils avaient eux-même ou dans leurs proches des maladies ou autres problèmes de santé même qualifiés de bénins (allergies etc). Et bien oui tout le monde a levé le bras.

C’est comme dans le Pdf  fichier pdf Levelized Cost of Energyde la banque Lazard que nous avait montré le président d’ETB pour montrer la baisse des investissements sur le nucléaire et son augmentation sur les renouvelables; c’est sans tenir compte des « externalités sociales et environnementales ». voila comment les maîtres du système nomment du pillage des viols des meurtres et du désastre sanitaire depuis 400ans, l’occidentalisation du monde.

La vigie est une manifestation permanente, s’inscrivant dans la durée comme la lutte non violente (cf Gamblin « La violence se présente comme une solution simple, radicale et efficace face aux situations d’injustice que l’on peut rencontrer. Elle aurait un atout majeur qui serait sa puissance de feu, son efficacité et finalement sa rapidité. Face au mirage de la violence qui prétend apporter une solution immédiate aux situations d’injustice, la non violence invite au contraire à inscrire le combat dans la durée et vise d’autres victoires que le seul renversement d’une domination. » (Guillaume Gamblin « Démocratie : Le temps de la non-violence » Silence N°412Mai2013 p14)

(Guillaume lui aussi faucheur de Colmar, c’est la même lutte contre les neveux d’IG Farben , la plupart des vigies sont aussi faucheurs et bien contre l’imposture du brevetage du vivant)

La plupart des initiateurs de la vigie sont issus de cette culture de la lutte non violente, (Taverny Arche etc)

Ils sont là « tous les jours » parce que tous les jours les victimes souffrent ou meurent et ne sont pas soignés, ne sont pas reconnues, ne sont pas évacués etc : C’est une chaîne humaine comme celles faites le long du Rhône ou autour des bâtiments à Paris ou à Bure (1000 pas en 2015) qui se refera cet été 2016 (2000 pas http://100000pasabure.over-blog.com/ ) etc sauf qu’ici c’est une chaîne humaine permanente qui dure depuis 9ans. A la différence d’une chaîne classique, le lien de cette chaîne n’est pas la main ; il est le coeur. A maximum trois personnes qui se relaient tous les jours ouvrés correspondant aux horaires des employés des institutions onusiennes, le coeur passe le message, le témoignage des victimes du nucléaire par leur présence et « affichée » devant un simple bâtiment administratif au couleur de glace, un iceberg : l’institution dont la Constitution, la loi la règle les valeurs…est de protéger la santé au nom des peuples du monde.

Tous ceux qui ont participé à ces chaînes peuvent le faire ici deux jours ou une semaine par an, c’est facile, c’est comme une étape d’un marcheur , ici pas trop désobéissant il est vrai, on a eu l’autorisation justement car on ne semble pas gênant, pas efficace…alors que ces termes sont sans objet ici, c’est de l’ordre de la représentation, l’interprétation, le symbolisme, on utilise le mythe on fabrique un récit une histoire ; et on reste dans les clous pour durer… Beaucoup de vigies font ou ont fait ailleurs des actions plus dynamiques ou engagées, ici c’est une pause militante, où on est seul avec soi-même ou accompagné, quelquefois, il y a le processus de la rencontre qui se joue entre vigies ou avec les passants (ce n’est pas seulement un échange d’informations). Sans parler des multiples signes rapides d’approbation du monde de la rue qui les reconnaît. Plusieurs passants ont déjà témoigné cette année alors qu’ils passaient sans rien dire, sans s’arrêter au bout de plusieurs années, ils se sont enfin arrêté pris et transmis les informations et dit « Your manifestation ask me ».

A noter que Conception Picciotto a pu continuer grâce aux autres et que parler d’efficacité est hors sujet ou sans objet; on a tous entendu cette phrase que « c’est le chemin qui importe pas forcement le but ».

A noter aussi que dans le journal du marchand d’arme Dassault; on croit que le journaliste fait une éloge alors qu’il trouve encore le moyen de dénigrer en parlant aussi de « santé mentale » http://www.lefigaro.fr/international/2016/01/27/01003-20160127ARTFIG00370-etats-unis-deces-de-la-femme-qui-manifestait-depuis-35-ans-devant-la-maison-blanche.php

Ce thème de « santé mentale » est récurant chez les nucléocrates déclarés professionnels de la santé dès 1958 lors des recommandations de l’OMS . Alors que l’année précédente en 1957 les recommandations alertaient sur les problèmes majeurs sur la santé ; l’atteinte sur le génome et l’avenir de l’humanité menacée par la poursuite de tout activité nucléaire.

 2016.02.01.recommandationOMSarecommandationOMS

Ce n’est pas par pur altruisme que les vigies passent des heures des jours des années devant un néant de parole publique, ni par croyance mais par lucidité ; on montre l’iceberg, on alerte « les répercussions de notre résistance, ne peuvent être mesurées». Si ces institutions ont fait cela naguère ou laissé faire cela, il le font actuellement et le feront demain chacun sera victime à son tour ; c’est la fonction qui fait l’organe.

Comme pour les autres pollutions dans les nappes phréatique ou l’air, ils remontent les seuils admissibles alors qu’il n’y a pas de seuil admissible en dessous duquel il n’y ai pas de problème de santé.

On interpelle la population, elle seule peut, si elle veut, enfin sortir de la bulle.

…cela ne sert à rien de faire un petit projet écolo dans son coin en « agro-écologie » en « permaculture » etc si du jour au lendemain on a son « jardin bio » arrosé par du cesium 137, des pesticides, OGM, du benzène, des nanoparticules ou piétiné par des CRS ou la milice Fnsea …avant l’autre massacre des bulles-d’oseille etc.

et Il est plus difficile de faire la maintenance d’une éolienne dans une tenue de cosmonaute NIBT…

… plus émouvant et à diffuser partout est le passage avec les femmes de Fukushima interpellant les autorités, c’est ce qu’il faut diffuser, ce n’est pas scientifique, c’est humain. C’est ce qu’il faut avant tout, montrer ; le message de ces femmes. (voir documentaire « De Hiroshima à Fukushima La lutte de Dr. Hida» de Marc Petitjean )

On doit toujours mettre en avant l’exemple du Pr Nesterenko qui comme d’autres avant lui était pro nucléaire avant Tchernobyl et a passé le reste de sa vie à tâcher de soigner les enfants malades de Belrad au Belarus. Ou d’autres exemples : Sakharov, Goffman Tamplin Sternglass, Stewart Einstein etc. En Inde Pradeep Indulkar était ingénieur Nucléaire et depuis qu’il a constaté les nombreuses pathologies autour de la centrale de Jaitapur, il participe maintenant à la dénonciation du très grand crime en faisant des documentaires, Vandana Shiva était aussi une brillante physicienne nucléaire, allez lui demander maintenant ce qu’elle en pense… Ces quelques exemples montrent que l’homme la femme peuvent changer s’ils prennent conscience. Ou se saborder avant comme Grothendiek…(qui lui aussi a eu sa famille disparue dans les camps).

Ce point de s’adresser à tous est capitale car les conséquences touchent tous le monde. Les lobbies et autres gouvernements ne peuvent pas se protéger efficacement non plus. Malgré leur « principe d’irresponsabilité » il doivent et peuvent réfléchir à cela.

C’est vrai que ces grands chantiers (inutile) ces fabrications d’armes etc font « vivre beaucoup d’ouvriers » mais il faudra bien un jour comptabiliser tout ceux que cela fait ou fera mourir (ceux qui vont en mourir ne sont même pas encore née) et tout ceux qui n’en mènent pas large car ils/ elles ne sont vraiment pas en bonne santé.

Comme l’a dit une vigie :

« Les scientifiques qui font des recherches sur les conséquences sanitaires des accidents nucléaires ne soignent pas les victimes mais en font des statistiques de mortalité et morbidité. La quantification de leurs maux n’est pas ce que les victimes demandent même si elles sont dans le grand désarroi et se tournent vers qui tente de les aider mais en premier elles veulent ne plus être contaminées, être soignées éventuellement et être mises à l’abri des radiations. toutes choses qui leur sont refusées. »

En effet une vigie a rapportée :

« le 11 Mars 2016 lors de la rencontre avec l’OMS, Yayoi Hitomi dit qu’elle a refusé de participer à l’étude épidémiologique, car elle se méfie de l’Université et du gouvernement. Les habitants ne veulent pas être des cobayes, ils veulent la vérité et des soins. »

Cette perte de confiance vis à vis des autorités, des institutions gouvernementales et mondiales est significative. En France surtout où les habitants sont conditionnés régulièrement par des campagnes de dépistage de cancer. Par exemple dès 50 ans on les reçoit en bleu pour le colon, peut être que les femmes reçoivent des fascicules en rose pour le dépistage des cancers du sein ou de l’utérus ?, c’est tellement charmant, les bleu pour les garçons, les rose pour les filles, c’est tellement charmant …la France… « Paris libéré ! » Mais Paris irradié, paris contaminé, Paris cancérisé ! Par ces propres habitants de Polytechnique, de l’ENA, HEC etc.

Ces campagnes de dépistage sont aussi des fausses excuses pour expliquer l’explosion des pathologies, toutes, pas seulement les cancers colorectaux, sein, poumon etc. Il y a grand besoin de registres locaux indépendants sous contrôle populaire type FRANCIM mais pour toutes les pathologies.

 depistC

C’est une alchimie qu’a réalisé le paysan breton Paul Roullaud, engagé depuis la première heure contre NDDL et ancien batailleur des centrales nucléaires de Le Carnet , le Pèlerin suite de Erdeven et Plogoff par des chaînes humaines notamment et des actions de harcèlement des mairies. Pour finalement participer à la victoire bretonne. Alchimie de réunir un mélange hétéroclite (pas certain qu’ils s’entendent tous entre eux si on les rassemblait en même temps) autour d’un même projet sous la forme de vigie silencieuse, à trois personnes maximum devant l’imposture onusienne, depuis le 26 Avril 2007.

 VigieOMSa

« La question que les experts ne peuvent jamais résoudre est celle du sens : le sens de la propre vie et de l’humanité. » (Mariana Heredia)

La vigie répond à un besoin de sens en informant personnellement la population, en soutenant le processus de la rencontre et en restant debout face à un monstre bureaucratique, c’est une opposition physique non violente comme le serait une grève de la faim, mais qui s’inscrit dans la durée. Cette manifestation est symboliquement devant cette institution, pour montrer que toutes les autres nous échappent et se défilent devant leur responsabilité. Mais c’est aussi la population qu’on prend à témoin, que l’on interpelle, pour qu’elle agisse d’elle-même, personne d’autre qu’elle même ne peut la représenter.

Cette carriole qui a la couleur d’une ambulance est en fait depuis le début un sous-marin antinucléaire, il pourrait être aussi anti OGM-chimie-pesticide-champs électromagnétique, pour la liberté vaccinale etc c’est à dire pour la vie. Cette carriole est aussi un bibliobus.

 SI Exif

Enfin de quel droit ces gouvernements jouent-ils à la roulette russe avec la vie, la santé de plusieurs millions de personnes et leur descendance ?

Comme pour l’agent orange au Vietnam ; quelques millions de dollars n’y suffiront pas ; on ne peut pas compenser un génocide qui dure, c’est toujours « l’imprescriptible » de Vladimir Jankélévitch.

OMS devient une institution privée

Au dernier rapport financier de l’OMS analysé par une membre de IWHO,

Il s’est avéré comme déjà dit mais sans précision que la fondation de Bill Gates donne de plus en plus à l’OMS beaucoup plus que les Etats même et comme Gavi alliance (vaccin) financé aussi en partie par Bill. De plus les deux Etats anglosaxon US Et GB donnent beaucoup aussi…

De plus avec les autres Etats et « donateurs » une bonne partie des contributions sont ciblées…ils donnent pour faire marcher le commerce des industries; BigPharma énorme tentaculaire face aux minuscules David de la liberté vaccinale, n’ayant eux non plus pas accès à la parole publique (http://www.alis-france.com/objectifs.php ). Il n’y donc aucun lien de l’OMS avec le bien public , c’est une fondation privée au service de Big Pharma, abréviation OMS comme Organisation de la Médicalisation ou Marchandisation des Soins

La Fondation Bill Gates est un exemple de la régression sociétale actuelle, comme au temps des seigneurs et des rois. Ils donnent au bon peuple de temps en temps pour montrer qu’ils sont « bons » . Sachant que ces « dons » ne sont qu’une infime partie de la somme que tous ces généreux philanthropes ont pu extraire au fisc. Les dons sont orientés pour favoriser le commerce florissant de l’industrie chimique par les vaccins par exemple et il n’y a rien pour les malades de la contamination radioactive, car leur reconnaissance serait trop compromettante pour l’industrie nucléaire dont celle de l’armement.

Nous voilà au lieu de progresser en train régresser. Peut-être même de plus de 400ans en arrière car le sacrifice d’enfants est bien plus ancien, car comment se fait-il que l’on ait laissé quelques personnes accumuler autant de pouvoir et d’argent et qu’ils puissent, tel des dieux ou des rois, décider de ce qui est bien ou de ce qui est mal ? Et décider de ceux qui doivent vivre ; ici les « vaccinés » et ceux qui doivent mourir ; là « les contaminés de la radioactivité ».

« Une hirondelle ne fait pas le printemps »… « Un acte moral ne fait pas la vertu »

 AnnexeSanté

Un nouveau bâtiment se construit non loin de l’OMS

Il logera le “Fonds mondial contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme” (voir

(http://www.theglobalfund.org/fr/financials/

http://www.theglobalfund.org/en/privatengo/) dont la fondation Gates sont aussi donateurs.

http://www.ge.ch/conseil_etat/2009-2013/ppresse/20130724.asp

Ce « Campus santé » est sous l’égide de la FIPOI, qui construit et gère les bâtiments des organisations internationales à Genève (voir http://www.fipoi.ch/fr/nos-projets?param=phase_etude&id=10). La FIPOI est dans le collimateur des vérificateurs pour ses comptes peu transparents.

D’autres Actions sont à mener

  • Belrad doit être financé par l’Europe. c’est complètement inadmissible que Belrad qui soigne les enfants ne reçoive pas de soutien des institutions gouvernementales. Un vigie a rapporté qu’au Bélarus le dictateur qui a jouer les colombes de la paix entre Poutine et Merkel fait aussi liquider les opposants politiques. Comme celui du Kazakhstan reçu à l’Élysée. Comme naguère le chef libyen ou syrien En fait pour les gouvernements, il y a le « bon » et le « mauvais » dictateur, le bon c’est celui avec lequel on peut faire des affaires. Dès que l’on ne peut plus faire d’affaires avec lui on le fait liquider ou plutôt on « soutien les opposants » car bien sûr dans des dictatures, il y a toujours des opposants… quitte à imposer le chaos…et des retours de manivelles de plus de 400ans d’esclavagisme et colonialisme.
  • Les liquidateurs de Tchernobyl ont sauvé l’Europe et l’Europe les nie, l’Europe doit financer les soins des personnes les plus sensibles autour de Tchernobyl.

- Il y a grand besoin de continuer le travail d’éducation populaire par les forum citoyen notamment aider Annie Thébaud Mony et autres organismes non gouvernementaux pour faire un forum rassemblant les témoignages des victimes.

- Utiliser le fait que Genève confirme qu’elle s’engage contre le nucléaire conformément à l’article 160E de sa Constitution.

Et comme l’a rappelée une vigie de Corrèze, Genève peut aider à fermer les centrales françaises soutenir les antinucléaires comme Genève avait travaillé à fermer Creys Malville. (rappeler aussi que ce sont des genevois qui ont tiré au lance roquette sur Superphénix…mais de nos jours tirer sur les EPR servirait d’occasion inespérée à Edf-Areva pour jeter l’éponge..Il faut refuser que les contribuables financent cette imposture. Les lobbies et responsables ont encore trop de richesse, ce sont eux qui doivent payer. (c’est la totalité qui contient Lauvergeon ou Giscard etc)

- Utiliser le fait que d’autres pays s’engagent contre les vieilles centrale (Allemagne contre Belgique Doel et Tihange, ou contre France Fessenheim, Luxembourg contre Cattenom etc.

pour ruer dans les brancards de ce pays qui est devenu un immense hôpital, non plus un asile pour les « étrangers » mais un asile d’aliénés.

- Faire des actions de blocage, occupation dans les lieux politiques Assemblée, Sénat etc car ces « représentants du peuple » nous mènent en bateau et on ne pas se contenter de poser une « question à l’Assemblée », une question à l’assemblée, belle leçon de pratique démocratique …

- Déconseiller les actions sur les trains de déchets radioactifs ou dans les centrales car il y a trop de risques humain, et les autorités ont prouvé qu’elles pouvaient trancher les tendons et tuer.

et ce sont bien les politiques les premiers responsables devant la population, les industriels et banquiers etc eux jouent leur jeux, mais on est pas tous d’accord sur le fait que ces derniers doivent rester maîtres du jeux…(cf Renverser nos maîtres pays par pays…

- Détruire Polytechnique, détruire l’ENA, détruire HEC, détruire St Cyr etc mais est-ce non-violent ? Démonter alors…comme un vulgaire resto rapide de malbouffe.

C’est bien de faire des procès en déontologie contre la pub d’EdF ou de la voiture et vélo électrique mais on parle bien ici de crime, c’est anxiogène certes, c’est pourtant bien un crime contre l’humanité et SDN, Greenpeace ont tous les éléments sur cette imposture et cette prévarication ils ont même des fiches sur chaque personne (cas Bataillefichier pdf Vulca-BATAILLE, Longuet, Giscard, Balkanyfichier pdf Vulca-BALKANY, Strausskahn etc fichier pdf Vulca-Cazeneuve (Cf Réseau Vulcanus http://bellaciao.org/fr/spip.php?article146953 ) il faut bien porter des accusations ad Hominem.

ReseauVulcanusfacenuke

Il y a des responsables à ces crimes, ce n’est pas « le sourire de Tchernobyl » que portent les femmes de l’AFMT pageBdAFMT2016.05.03.RAINfn

( http://asso-malades-thyroide.org/) c’est bien le sourire de Pellerin, de Pasqua, Guillaume Barzac Chirac Mitterrand etc : Viser les pseudo écolo les pseudo socialo, la prévarication générale et des autres élus locaux inondés d’argent public.

Oui c’est anxiogène, de se rappeler que dans cinq minutes dans une semaine ou dans un an, il y aura une autre catastrophe si rien ne bouge et que les autorités deviendront de plus en plus fascistes, même en ayant préparé la propagande de l’acceptabilité de l’inacceptable. C’est la fonction qui fait l’organe, Etats nucléaires sont réellement des Etats totalitaires.

lheuretourneHorlogefleurie

30 ans après les catastrophes continuent :

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/

mais aussi partout ailleurs.

C’est anxiogène mais « Anxiogène ! Anxiogène ? Est-ce que vous avez une gueule d’anxiogène ? »

 vigieGeneveOMS

Rengagez-vous

Une vigie a dit : « Relançons la dynamique !

Notre mouvement a contribué à l’éveil des consciences de nombreux citoyens, il a renforcé la motivation de nombreux militants, il a mis en relation des scientifiques, des citoyens, des militants, il a facilité les convergences de luttes, il a diffusé des connaissances. »

L’équipe actuelle des Vigies a grand besoin d’être renforcée et élargie.

Nous lançons cet appel pour que continuent le témoignage vivant de la

souffrance des victimes du nucléaire devant le siège de l ‘OMS à Genève ainsi que devant les administrations de la santé publique de tous les pays.

Vous pouvez aider aussi en hébergeant des vigies à Genève et France voisine.

 

Participez à la Vigie à Genève pour une heure, un jour, une semaine …

…Nous considérons qu’une présence devant l’OMS est encore et toujours indispensable pour témoigner de la souffrance des victimes de la pollution radioactive et dénoncer les institutions, nationales et internationales, et tous ceux qui organisent le déni des dangers et des conséquences dramatiques de la radioactivité. Nous voulons continuer à en informer le public et à réclamer une recherche indépendante au sein même de l’OMS. A l’image de la goutte d’eau qui peu à peu effrite le rocher, les intérêts en jeu et la puissance du lobby nucléaire nécessitent l’extrême détermination d’une action de longue durée. Pour cette raison, nous avons absolument besoin de toutes les personnes qui peuvent offrir quelques heures, 2 jours, ou une semaine pour maintenir cette vigie dans le temps. Si vous souhaitez des informations complémentaires ou si vous désirez vous inscrire pour la vigie, écrivez à Paul Roullaud : paul.roullaud(at)independentwho.org

ou téléphonez-lui au +33 (0)2 40 87 60 47

http://independentwho.org/fr/la-vigie/

 vigieParis

Nous jugeons important de nous adresser aussi aux personnes qui sont co-responsables de la politique de l’OMS. Les ministres de la santé sont les représentants des pays membres de l’OMS et ils participent aux choix de la politique et des actions menés par cette institution en matière de radioprotection. Pour cette raison, nous avons démarré le vendredi 9 novembre 2012, une vigie devant le ministère de la santé à Paris. Pour cette vigie qui se tient chaque vendredi de 9h à 17h, devant le ministère de la Santé, nous avons également besoin de votre participation.

Plus d’informations sur cette vigie à Paris :

http://independentwho.org/fr/2012/12/03/vigie-ministere-sante-paris/

contact(at)independentwho.org

 

IndependentWHO-Santé et Nucléaire (Collectif international) 

(WHO : initiales de OMS en anglais)  www.independentwho.org 

 oiseaubleufleur

(1)

http://www.theguardian.com/environment/earth-insight/2013/oct/13/world-health-organisation-iraqwar-depleted-uranium

 

(2) http://bellaciao.org/fr/IMG/pdf/leTresGrandCrime_2_-2.pdf

 

(3) http://enfants-tchernobyl-belarus.org/extra/pdf-divers/telecharge.php?pdf=pourquoi_aider.pdf

 

(4) http://www.asso-henri-pezerat.org/hommage-a-roger-belbeoch/

 

(5) http://bellaciao.org/fr/IMG/pdf/leslarmesderagenesechentjamais.pdf

 

(6) « La Menace Nucléaire » (ouvrage relevé par une vigie)

 

(7) Albert Camus sur Hiroshima. L’éditorial de Combat du 8 août 1945

Mercredi, 5 Août, 2015 (l’humanité) http://www.humanite.fr/albert-camus-sur-hiroshima-leditorial-de-combat-du-8-aout-1945-580990

(8) Jean Rostand discours à la Mutualité Paris 1966 (enregistrement relevé par une vigie)

 

(9) http://bellaciao.org/fr/spip.php?article143127

(10)

http://www.alterecoplus.fr/energie/les-six-faux-arguments-dedf-en-faveur-du-nucleaire-201603110500-00003155.html

http://www.sortirdunucleaire.org/Balkany-Patrick-UMP

http://www.arte.tv/sites/fr/story/reportage/areva-uramin-bombe-a-retardement-du-nucleaire-francais/

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article143369

deuxlivrepres

Un peu de lecture du bibliobus :

 

p9 « la disqualification menace ceux qui s’aventurent hors des chemins battus, surtout lorsque les recherches mettent en question cette «recherche asservie » qui sauvegarde des intérêts mercantiles privés au détriment de la vie et de la santé, des travailleurs en premier lieu et, bien sûr au-delà, de la société toute entière. » [...]

p11 « Le début du 21ème siècle est marqué par la montée des périls que plu personne ne peut nier. En France, l’épidémie de cancer flambe : en 2012, le nombre de cancers est estimé à 355000 nouveaux cas en France métropolitaine dont 200000 chez l’homme et 155000 chez la femme, soit environ deux fois et demi plus qu’en 1980. Les maladies neuro-dégénératives, les allergies, la stérilité masculine ou féminine, les atteintes à la santé mentale ne cessent d’augmenter. Des menaces, plus diffuses, concernent la (non-)gestion des déchets miniers, électroniques ou nucléaires, la pollution atmosphérique par les particules de diesel, mais aussi le nombre croissant de lieux contaminés par les métaux lourds, l’arsenic, l’amiante, les produits organiques persistants et les perturbateurs endocriniens, en particulier les pesticides. Sans parler du changement climatique.

Le plus souvent invisibles dans les statistiques officielles, les inégalités sociales face à la maladie et face à la mort s’accroissent. En 1984, un ouvrier avait quatre fois plus de risques de mourir de cancer qu’un cadre supérieur. En 2008, ce risque est dix fois plus élevé et la France détient le record européen de mortalité masculine précoce par cancer (avant soixante cinq ans).» […]

[NDLR : Mais quelle différence y a t-il entre la France et les autres pays industrialisés d'Europe si ce n'est 58 réacteurs qui crachent en permanence et sont autorisés à le faire et les productions et stockages des armes et déchets radioactifs ? Les pesticides ? Les centrales d'incinérations ? L'arrogance et la prévarication du grand Corps des Mines ? de l'ENA ?]

p12 « l’objectif est d’analyser comment les scientifiques, dans leur majorité, ont été amenés à s’inscrire dans un processus de confiscation et de corruption de la science au service des intérêts privés de grands groupes industriels et de leurs actionnaires, avec la complicité active de l’État

(Annie Thébaud-Mony « La science asservie »)

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p342 « Cependant, sans s’en apercevoir, on prit peu à peu l’habitude de faire d’abord confiance au mécanisme institutionnel plutôt qu’à la bonne volonté de l’homme. Ainsi le monde commença de perdre sa dimension humaine, jusqu’à notre temps où se retrouve la contrainte des faits et de la fatalité, comme aux époques dites « primitives » . »

[...]

« L’épuisement et la pollution des ressources de la terre sont surtout le résultat d’une corruption de l’image qu’il [Prométhée] se fait de lui-même, d’une régression de sa conscience. »[...]

p347

« Une conscience nouvelle des limites terrestres et d’une nostalgie [P.Guzman] également nouvelle peuvent ouvrir les yeux de l’homme et lui faire voir pourquoi son frère Épiméthée, en épousant Pandore, choisit d’épouser la terre. » [...]

 

p474 « Le prix de cette inversion »[...] « L’homme retrouvera la joie de la sobriété et de l’austérité en réapprenant à dépendre de l’autre, au lieu de se faire esclave de l’énergie et de la bureaucratie toute puissante. » [...]

p476 « Une société équipée du roulement à billes et qui vivrait au rythme de l’homme serait incomparablement plus efficace que toutes les rudes sociétés du passé, et incomparablement plus autonome que toutes les sociétés programmées du présent. »[...]

p478 « Il n’y a qu’une façon de liquider les dirigeants, c’est de briser la machinerie qui les rend nécessaires _et par là même la demande massive qui assure leur empire_. »

[...] « L’inverse, c’est un milieu propice à la production qui est l’oeuvre d’un peuple anarchique. Mais le politicien qui a conquis le pouvoir est le dernier à comprendre le pouvoir du renoncement. »[...]

p482 « …c’est se libérer de l’oppression du non-sens et du manque, chacun reconnaissant sa propre capacité d’apprendre, de se mouvoir, de se soigner, de se faire entendre et comprendre. Cette libération est obligatoirement instantanée, car il n’y a pas de moyen terme entre l’inconscience et l’éveil. Le manque que la société industrielle entretient avec soin ne survit pas à la découverte que personnes et communautés peuvent elles-mêmes satisfaire leurs véritables besoins. »[...]

 

P583  « l’entreprise médicale comme paradigme pour illustrer l’institution industrielle. La médicalisation pernicieuse de la santé n’est qu’un aspect d’un phénomène généralisé. »

[...]

p631 « Cette « santé nationale brute » exprime la mercantilisation de choses, de paroles et de gestes produits par un ensemble de professions qui se réservent le droit exclusif d’en évaluer les effets et rendent la consommation de leurs produits pratiquement obligatoire, en utilisant leur prestige pour éliminer de la vie quotidienne les choix alternatifs. Cet effet paradoxal de la médicalisation du budget est comparable aux effets paradoxaux de la surproduction et de la surconsommation dans le domaine d’autres institutions majeures. C’est le volume global des transports qui entrave la circulation, le volume global de l’instruction qui empêche les enfants d’épanouir leur curiosité, leur courage intellectuel et leur sensibilité, c’est le volume envahissant des informations qui engendre la confusion et le superficiel, et c’est le volume global de la médicalisation qui réduit le niveau de santé. La prolifération [des médicaments] est malsaine pas seulement parce qu’ils produisent des troubles fonctionnels ou des lésions organiques mais surtout parce qu’ils produisent de la dépendance. » [...]

p658 « La médicalisation de la société industrielle renforce son caractère impérialiste et autoritaire. »

p659 « pendant un siècle,on a cru que le niveau de vie et l’extension du bien-être dépendaient de l’accès aux produits industriels. Il est maintenant évident que si l’on ajoute aux coûts de production les effets secondaires non désirés de la plupart des institutions, celles ci apparaissent non comme des outils de progrès mais comme les obstacles principaux à la réalisation des objectifs qui précisément constituent leur but manifeste et technique. »

p661 « Chacune de ces marchandises est disponible en quanta dont les coûts unitaires pour la collectivité croissent par saut importants, même s’il n’en paraît rien et que le prix du marché ne reflète qu’en partie ce que l’objet de pointe a coûté au contribuable. La raison en est que plus le coût d’une marchandise est élevé, plus il est masqué par le fait qu’une partie croissante en est exportée sur d’autres systèmes et n’apparaît pas dans son prix. C’est ce que les économistes appellent une « externalité ». Le prix que paye un consommateur pour parcourir un kilomètre peut être grosso modo le même s’il le fait sur la route ou dans les airs, alors que le véritable coût social et écologique est en corrélation étroite avec la vitesse de pointe du véhicule utilisé

(Ivan Illich « Oeuvres » dont Némesis médicale)

 

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« Il faut que nous nous mettons dans la tête une bonne fois pour toute que la toute puissance nucléaire est à la politique extérieure ce que la terreur exercée chez lui par l’État Totalitaire est à la politique intérieure. » …cite Jordan (1941): « Le sens et la signification de la recherche en physique _bien qu’elle soit souvent estimée aussi pour elle-même par ceux qui s’y adonnent et ses admirateurs_ lui sont invariablement donnés par le rôle qu’elle joue en tant qu’instrument de puissance technique et militaire »… « Rien de plus absurde que l’idée d’utiliser ce qui n’a pas de limite ou de menacer à l’aide de ce qui n’a pas de limite pour faire triompher de vaines prétentions ou des buts purement partisan »… « Lorsque nous démissionnons d’un emploi parce que nous avons pris conscience que ce qu’on nous demande d’y faire est irresponsable, nous ne satisfaisons pas encore à ce qui est moralement requis »… « Le refus de participer à un crime ne remplacera jamais l’annulation de ce crime »… « Si l’État dans lequel vous vivez se dit démocratique, c’est précisément parce qu’il vous garantit le droit de prendre part à des décisions qui n’ont rien à voir avec votre domaine de compétence »… « Notre conscience ne s’adresse pas plus à nous « en tant que » savants qu’à nos contemporains en tant que non-savants. Notre conscience n’a pas de titre universitaire »… « La phrase qui dit que « les conséquences ne se soucient pas des séparations » est en fait l’une des propositions principales de l’éthique. Non elle est plus…: elle concerne l’un des faits qui rendent nécessaire la morale. Car les frontières que nous avons dressées entre les champs sociaux, professionnels ou scientifiques méconnaissent les conséquences qui leur sont indifférentes. Cela vaut d’autant plus que l’acte en question est grand. »… « ne sont responsable que ceux qui sortent du lit de leur spécialité et bondissent après les conséquences de leur actes ou travaux. »… « Ce qui nous fait mal, c’est qu’en tant qu’auteur de notre travail, nous ne sommes pas à la hauteur de ce que nous produisons…Le mal actuel, c’est notre « Nous ne savons pas ce que nous faisons »…Le faire a englouti l’agir, le produit précède nos actes, « Nos produits sont déjà, que nous le voulions ou non nos actes. »… « Une action est aussi aveugle que le plus aveugle de ceux qui y prennent part. (En partie par la production de machines, en partie par le déclenchement des machines qu’on a produites) et, par là même, abolie, la possibilité de bien agir est, elle aussi, abolie. »… « La menace nucléaire …(consiste dans le simple fait d « avoir » la puissance nucléaire) n’est pas l’alternative au totalitarisme mais sa politique extérieure. »… « le naufrage atomique n’est pas un suicide mais un meurtre de l’humanité. »… Notion « d’incertitude infinie, j’insiste sur cette idée parce que notre combat est condamné d’avance si nous en évaluons mal la nature. Il n’est pas que de notre tâche, de celle de notre génération mais désormais celle de tous les hommes. Il est donc notre destin. Nous devrons léguer notre volonté à nos enfants aussi longtemps qu’on nous les laisse en vie, et ceux-ci devront faire de même. Il est indispensable de gagner ce combat sachant qu’aucune victoire n’y est définitive. »… « Nous avons atteint la fin de toute responsabilité possible. Car « être responsable d’un acte » n’est pas autre chose que pouvoir se représenter à l’avance ses effets et se les être réellement représentés. »… « décrire cet état d’immoralité comme un gouffre qui s’est ouvert entre notre praxis (c’est à dire notre façon de produire) et notre imagination limitée. »…

« La division du travail et la spécialisation sont des œillères »… « On aspire (et pas seulement dans les États totalitaires où cela a valeur de principe et se fait ouvertement) à ce que chacun se réduise à son métier et s’y laisse réduire aussi facilement »… « C’est le totalitarisme secret du monde  prétendu « libre » »… « Notre vie privée nous est octroyée comme un état dans lequel nous sommes dépouillés de quelque chose, de la responsabilité »…notion de « droit démocratique fondamentale »

« La culpabilité nous est retirée parce que nous avons transféré les actes par lesquels la faute vient au monde à des choses qui, maintenant, agissent à notre place. Les instruments sont les bourreaux que nous employons. Modestes, les mains propres, nous restons derrière eux. C’est en cela que consiste le mal de notre époque. Elle est mauvaise parce que nous n’avons plus besoin d’être méchant pour commettre les actes les plus mauvais. »… « « juste faire son travail » comme les employés des camps… « moralement neutre » « il n’a pas d’odeur » … Le travail est le camouflage de l’acte. Il épargne toute culpabilité à ceux qui prennent part à un meurtre de masse.»… « Seul celui qui ne renonce pas à imaginer l’effet de son geste a une chance d’en comprendre la vérité; la perception en est incapable. »… « Car le seul organe de la vertu, c’est l’imagination et c’est à cette force seule que se mesure la moralité de ton action. Voilà pourquoi ton premier impératif doit être : « imagine! » et le second, qui dépend immédiatement du premier: « Combats ceux qui cultivent l’étiolement de cette faculté! »…

« La division du travail est toujours aussi une division de la conscience morale. »… « Distinguer un usage guerrier et un usage pacifique de l’énergie nucléaire est fou et mensonger. »

(Günther Anders « La menace nucléaire »)

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« Qu’est-ce au fond que l’espoir ? Est-ce la croyance que les choses vont s’améliorer ? » s’interrogeait déjà Günther Anders dans un entretien sur « L’état d’urgence et la légitime défense », un an après la catastrophe de Tchernobyl. La réponse qu’il apportait alors vaut tout autant aujourd’hui qu’hier : « Il ne faut pas faire naître l’espoir, il faut l’empêcher. Car personne n’agira par espoir. Tout espérant abandonne l’amélioration à une autre instance. »

(Günther Anders, La violence : oui ou non. Une discussion nécessaire, Éditions Fario, Paris, 2014, p.30.)

« L’espoir est « un autre mot pour dire lâcheté », et c’est de l’intime connaissance de cette identité dont les maîtres chanteurs du nucléaire tirent toute leur force. Tant que leurs opposants auront de l’espoir, ils resteront effroyablement inoffensifs. » (Thierry Ribault)

est chercheur au CNRS (Clersé-Université de Lille1). Il est co-auteur, avec Nadine Ribault, de Les sanctuaires de l’abîme – Chronique du désastre de Fukushima,aux Éditions de l’Encyclopédie des nuisances, Paris, 2012.

« Dans un livre en préparation de Guy Demenge de ContrAtom (qui reprend les analyses de l’ouvrage du philosophe allemand Günther Anders – La menace nucléaire, Ed Le Serpent à plumes) il est question du « devoir d’irresponsabilité » :

Malgré tous les beaux discours qu’on tient sur la démocratie […] l’action a déjà été abolie en tant que telle.[…] Ce qui vaut pour ceux qui travaillent dans les usines où l’on fabrique des machines vaut, à quelques exceptions près, pour tous nos contemporains. […] Pour la bonne marche de la société scientifiquement organisée, « la responsabilité » doit nous être totalement interdite. […] Le totalitarisme (et pas moins le totalitarisme secret du monde prétendu « libre ») nous étreint comme avec une paire de tenailles. Il cherche à réduire et à « limiter » l’homme à l’exploitation de ce qui est exploitable ; à le détruire en tant que totalité ; à affaiblir cette partie de l’homme qui à l’évidence ne sert pas sa performance mais fait malgré tout partie de lui… […] Ce qui indigne nos dirigeants, c’est que parfois les citoyens tentent d’agir au lieu de se contenter de l’alternative « travail ou loisir ». […] Aussi longtemps que dure ton travail, tu dois renoncer à ces attitudes dans lesquelles « tu dois » ou « tu ne dois pas » faire telle ou telle chose ; au lieu d’avoir une conscience morale, tu dois seulement être « scrupuleux » ; tu dois moralement rester limité ! Nous suivons tous (ou presque tous) cette maxime qui était celle des employés des camps d’extermination ; nous sommes tous (ou presque tous) convaincus que l’opprobre de l’acte ne rejaillira pas sur nous aussi longtemps que nous n’y prenons part qu’en travaillant. […] Le temps dit libre est, de plus en plus, tout aussi aménagé, organisé que notre temps de travail. Parce que cette vie privée qu’on nous concède à côté de notre temps de travail, qu’on nous encourage même à cultiver, est conçue comme une vie « privée »… de quelque chose. Ce quelque chose étant : la responsabilité. […] Cette limitation est par là même une limitation morale. Car « moral » est celui qui pèse les conséquences et les conséquences des conséquences de ses propres actes.

Rester silencieux et immobile pendant des heures sur un bout de trottoir devant l’Organisation Mondiale de la Santé, en lui rappelant en prise directe la tragédie des enfants malades de Tchernobyl, constitue paradoxalement l’action par excellence, que chacun peut accomplir dans la plénitude de sa personne morale et humaine. Le propre de l’Homme le moins puissant étant de pouvoir dire NON en restant debout (et non à quatre pattes).

Dans la lettre, dont nous avons finalement reçu une copie à 13 heures, l’Organisation Mondiale de la Santé utilise un terme parfaitement approprié, elle se dit « gênée ». »

(Wladimir Tchertkoff ) Extrait du compte-rendu de la journée du 26 Avril 2007, premier jour de manifestation des vigies devant l’OMS. est journaliste auteur de « Le crime de Tchernobyl, le goulag nucléaire »- Éditions Acte Sud et coauteur avec Emmanuela Andreoli et son équipe des films documentaires Le piège atomique -Le sacrifice- Controverse nucléaire.

 fichier pdf WladCommuniqué de presse – Margaret Chan rencontre IndependentWHO fr.

fichier pdf WladLettre d’IndependentWHO à la Directrice-Générale de l’OMS (1)

fichier pdf WladLettreàMChanPublicationActes07Novembre2011FR

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Voir aussi :

- http://www.legrandsoir.info/comment-fonctionne-la-medecine-officielle-quelques-elements-pour-comprendre.html

 

(liste non exhaustive…)

http://lesveilleursdefukushima.blogspot.com/

http://appeldefukushima.wordpress.com/

http://fukushima.over-blog.fr/

écologie et santé, les amis de Yury Bandajevski : http://chernobyl-today.org/

radioprotection Santé

http://independentwho.org/fr/ ; http://www.youtube.com/user/Independentwho?feature=mhee

http://belrad-institute.org/

http://enfants-tchernobyl-belarus.org/

http://www.criirad.org/

www.lesenfantsdetchernobyl.fr

www.ippnw.ch

http://amfpgn.org/

http://www.acsir.org/acsir.php

http://asso-malades-thyroide.org/

http://aipri.blogspot.com/

www.aven.org

http://www.obsiven.org/

www.mururoa.orghttp://moruroaetatou.com/

www.avigolfe.com

Info-action

http://www.contratom.ch/spip/

http://www.sortirdunucleaire.org/

http://sortirdunucleaire75.org/

http://www.coordination-antinucleaire-sudest.org/

http://observ.nucleaire.free.fr/

www.resosol.org http://resosol.org/Gazette/GSIEN.html

http://tchernobyl.verites.free.fr

http://www.dissident-media.org/infonucleaire/

http://burestop.free.fr/spip/

http://www.villesurterre.com/

http://www.wise-paris.org/index_f.html

http://www.coordination-stopnucleaire.org/

Actions engagées

http://valognesstopcastor.noblogs.org/

http://antitht.noblogs.org/

Désarmement

www.armesnucleairesstop.org

http://www.icanfrance.org/

www.obsarm.org

www.abolition2000.org

http://www.nonaumissilem51.org/

http://acdn.france.free.fr

 BirdyHealthcrimeB

version à faire circulerfichier pdf Ceux qui doivent vivre et ceux qui doivent mourir

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Alors il faut être en colère

Posté par elianguesard le 1 janvier 2016

« On ne peut qu’être en colère. Colère parce qu’on sait et qu’on ne fait rien. Colère parce qu’une minorité d’hommes et de femmes s’arrogent le droit de décider, seuls, de l’avenir du vivant sur la planète et que, par là même, ils menacent notre existence. Colère, parce que les opposants à cette vision sont méprisés, rejetés, criminalisés voire éliminés. Colère, enfin face à l’inégalité des forces et des moyens dont disposent ceux qui alimentent une destruction programmée et ceux qui cherchent à préserver la vie sur terre. Des processus dont on connaît les conséquences négatives se poursuivent inexorablement. Ils sont le fait d’hommes et de femmes sans scrupules, cyniques et avides d’argent et de pouvoir.

De plus en plus d’études scientifiques, dans tous les domaines, décrivent les dégâts que font subir ces politiques aux milieux naturels et aux êtres vivants.

De plus en plus d’habitants de la planète s’insurgent, disent et redisent, sous toutes les formes possibles leurs désaccords. Cela ne change rien. Les pouvoirs politiques et économiques poursuivent imperturbablement leur route. Les destructions continuent, à une échelle même supérieure, à mesure que les technologies se perfectionnent, que l’accès aux ressources est plus difficile et que les pouvoirs se font une concurrence accrue. Des millions de gens sont déplacés, les guerres se multiplient. Pour une grande partie de la planète l’apocalypse est déjà là. Alors il faut être en colère. » (Silvia Pérez-Vitoria « Manifeste pour un 21ème siècle paysan

Ne sautez pas sur Notre Dame des Landes

LargageB

Mobilisation générale des opposantEs au projet d’aéroport le 09 janvier suite à l’annonce de l’audience en expulsion des habitants et paysans historiques pour le 13/01/2016.

Suite aux procès ’ajournés’ du 10 décembre visant à expulser les habitant.e.s historiques, et dans un climat d’annonces d’expulsions et de reprise de travaux au début de l’année 2016, montrons à l’Etat et Vinci que nous ne nous laisserons pas faire.

Le mouvement contre l’aéroport appelle à une grande journée de mobilisation le samedi 9 janvier.

Pour la région nantaise, une tracto-vélo et marche piétonne se préparent.
Hier matin, 30 décembre, les habitants ou/et paysans « historiques » de la ZAD de Notre Dame des Landes qui ont refusé l’expropriation, ont reçu une deuxième convocation devant le Tribunal de Grande Instance de Nantes pour le 13 janvier 2016. Le gouvernement, par l’entremise d’AGO/Vinci, persiste à les attaquer en vue de leur EXPULSION avec date d’effet potentiellement rapide sinon astreintes, voire confiscation des cheptels.

Hier soir, lors d’une assemblée générale des diverses composantes de la lutte, il a été décidé que la MANIFESTATION initialement prévue à Nantes le 16 janvier sera AVANCÉE au samedi 9 JANVIER 2016.

Cette nouvelle date n’annule en rien les manifestations que les comités ont prévues le 16 janvier dans leurs secteurs ou villes respectifs. La date avancée du 9 janvier à Nantes permettra aussi de gonfler les rangs par les personnes qui choisiraient de s’y rendre avant leurs propres actions localisées du 16.

Les modalités du déroulement des manifestations ne changent pas. La volonté reste de leur conserver un caractère pacifique dans le respect des personnes et sans que soit perpétrée aucune dégradation. Lors de la COP21, le convoi réussi de NDL vers Paris a parfaitement illustré cette méthode, face aux tentatives de déstabilisation de certains préfets.

L’ACIPA

https://zad.nadir.org/spip.php?article3322

fauteurs de guerresfichier pdf survie

Investissement sans « externalités sociales et environnementales »fichier pdf Levelized Cost of Energy

fichier pdf ne sautez pas sur NDDL

Ne sautez pas sur Notre dame des Landes

LargageC

salazad

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Renverser ses maîtres pays par pays

Posté par elianguesard le 15 juillet 2015

paradispoisshaineOccident9782SfusisuisseblancsoupçonlaventplusblancsciencA

Renverser ses maîtres pays par pays

« Le développement est un voyage qui compte plus de naufragés que de

navigateurs »…« Il faudra qu’elle commence par renverser ses maîtres,

pays par pays. Des temps s’ouvrent, de rébellion et de changement.

Certains croient que le destin repose sur les genoux des dieux, mais la

vérité est qu’il travaille, comme un défit brûlant, dans les consciences

des hommes. »… « On écrit pour essayer de répondre aux questions qui

vous bourdonnent dans la tête, mouches tenaces qui vous empêchent de

dormir, et ce que l’on écrit peut prendre un sens collectif lorsqu’il

coïncide d’une certaine manière avec le besoin social de la réponse. »…

« On nous ment sur le passé comme on nous ment sur le présent : on nous

masque la réalité. » (Eduardo Galeano « Les veines ouvertes de l’Amérique latine »)

 

« Pour que l’histoire ne se répète pas, il faut sans cesse la remémorer :

l’impunité qui récompense le délit encourage le délinquant. Et lorsque le

délinquant c’est l’État, qui viole, vole, torture et tue sans rendre de

compte à personne, alors il donne lui même le feu vert à la société

entière pour violer, voler, torturer et tuer. Et la démocratie en paie, à

longue ou courte échéance, les conséquences. L’impunité du pouvoir, fille

de la mal-mémoire, est une des maîtresses de l’école du crime. Et le

nombre d’élève augmente chaque jour. Lorsqu’elle est vraiment vivante, la

mémoire ne contemple pas l’histoire, mais elle incite à la faire.

Davantage que dans les musées où la malheureuse s’ennuie, la mémoire est

dans l’air que nous respirons. Et dans l’air elle nous respire. Elle est

contradictoire, comme nous. Elle n’est jamais au repos. Elle change, avec

nous. » (Eduardo Galeano « Mémoires et mal-mémoire »)

 

En mémoire :
- http://www.mediapart.fr/journal/international/130415/deces-de-lecrivain-anticapitaliste-uruguayen-eduardo-galeano

- http://www.legrandsoir.info/les-mots-d-eduardo-galeano-marchent-dans-les-rues-d-un-continent-counterpunch.html

 

Renverser ses maîtres pays par pays; aujourd’hui la Grèce
capté sur http://cadtm.org/Jamais-je-ne-pourrai-voter-et

13 juillet 2015 par Zoe Konstantopoulou

« Jamais je ne pourrai voter et légitimer le contenu de l’accord »

Discours de Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec, sur le

projet soumis par le gouvernement aux créanciers le 11/07/2015

 

Mesdames et messieurs, chers collègues,

En de pareils instants, nous devons agir et parler avec sincérité

institutionnelle et courage politique.

Nous devons assumer chacune et chacun la responsabilité qui nous revient.

Protéger, comme notre conscience nous y oblige, les causes justes et les

droits sacrés, inviolables et non négociables de notre peuple et de notre

société.

Sauvegarder l’héritage de ceux qui ont donné leur vie et leur liberté

pour que nous vivions aujourd’hui libres.

Préserver l’héritage des nouvelles générations et celles à venir ainsi

que la civilisation humaine, de même que ces valeurs inaliénables qui

caractérisent et donnent un sens à notre existence individuelle et

collective.

La façon dont chacun choisit de décider et d’agir peut varier, mais

personne n’a le droit de se moquer, de dégrader, de dénigrer ou d’

utiliser à une fin politique les décisions qui sont issues d’un processus

et d’une épreuve qui touchent au cœur de notre existence.

Nous toutes et tous sommes et serons jugés au regard de notre attitude et

de nos décisions, de nos oui et de nos non, de nos actes et de nos

omissions, de notre cohérence, de nos résistances, de notre abnégation et

de notre désintéressement.

Depuis cinq mois, le Gouvernement, qui a comme tronc la Gauche et comme

noyau les forces anti-mémorandum, livre un combat inégal dans des

conditions d’asphyxie et de chantage contre une Europe qui a trahi les

objectifs inscrits dans ses statuts, à savoir le bien-être des peuples et

des sociétés, une Europe qui utilise la monnaie commune, l’euro, non pas

comme moyen d’atteindre le bien-être social, mais comme levier et

instrument d’assujettissement et d’humiliation des peuples et des

gouvernements rebelles, une Europe qui est en train de se transformer en

une prison cauchemardesque pour ses peuples alors qu’elle a été

construite pour être leur maison hospitalière commune.

Le peuple grec a confié à ce Gouvernement la grande cause de sa

libération des chaînes du mémorandum, de l’étau de la mise sous tutelle

et de la mise sous surveillance qui a été imposée à la société sous le

prétexte de la dette, une dette illégale, illégitime, odieuse et

insoutenable, dont la nature, comme l’ont démontré les conclusions

préliminaires de la Commission pour la Vérité de la Dette Publique, était

déjà connue par les créanciers depuis 2010.

Une dette qui n’a pas surgi comme un phénomène météorologique, mais qui a

été créée par les gouvernements précédents avec des contrats entachés de

corruption, avec des commissions, des pots-de-vin, des clauses léonines

et des taux d’intérêt astronomiques dont ont tiré bénéfice des banques et

des compagnies étrangères.

Une dette que la Troïka, en accord avec les précédents gouvernements, a

transformée frauduleusement de dette privée en dette publique, sauvant

ainsi les banques françaises et allemandes mais aussi les banques privées

grecques, condamnant le peuple grec à vivre dans des conditions de crise

humanitaire, et en mobilisant et rétribuant pour ce faire les organes de

la corruption médiatique chargés de terroriser et tromper les citoyens.

Cette dette, que ni le peuple ni le gouvernement actuel n’ont ni créée et

gonflée, est utilisée depuis cinq ans comme instrument d’asservissement

du peuple par des forces qui agissent à l’intérieur de l’Europe dans le

cadre d’un totalitarisme économique.

Au mépris de la morale et du droit, l’Allemagne n’a pas acquitté jusqu’à

aujourd’hui ses dettes à la petite Grèce résistante dont l’histoire

reconnaît l’attitude héroïque. Des dettes qui dépassent la dette publique

grecque et représentent un montant de 340 milliards d’euros selon les

calculs modérés de la Commission de la Cour des Comptes qui a été créée

par le gouvernement précédent, quand la prétendue dette publique grecque

a été chiffrée à 325 milliards d’euros. L’Allemagne a bénéficié du plus

grand effacement de dette après la Seconde Guerre Mondiale afin qu’elle

se remette sur pied, avec le concours généreux de la Grèce. Or, c’est

cette même Allemagne qui a accordé sa protection à des responsables d’

entreprises coupables d’actes de corruption avec les précédents

gouvernements et leurs partis politiques, comme Siemens, et elle les a

protégés en les soustrayant à la justice grecque.

Pourtant, l’Allemagne se comporte comme si l’Histoire et le peuple grec

avaient des dettes envers elle, comme si elle voulait prendre sa revanche

historique pour ses atrocités, en appliquant et en imposant une politique

qui constitue un crime non seulement envers le peuple grec, mais aussi un

crime contre l’humanité, au sens pénal du terme car il s’agit ici d’une

agression systématique et de grande envergure contre une population avec

l’objectif bien prémédité de produire sa destruction partielle ou totale.

Et malheureusement, alors qu’ils devraient se montrer à la hauteur de

leurs responsabilités et du moment historique, des gouvernements et des

institutions se rendent complices de cette agression.

Mesdames et messieurs, chers collègues,

Soumettre le peuple et le gouvernement à des conditions d’asphyxie et à

la menace d’une violente faillite, par la création artificielle et

préméditée des conditions d’une catastrophe humanitaire, constitue une

violation directe de toutes les conventions internationales qui protègent

les droits de l’Homme, de la Charte de l’ONU, des Conventions

européennes, mais aussi des Statuts mêmes de la Cour pénale

internationale.

Le chantage n’est pas une fatalité. Et la création et la mise en place de

conditions dont le but est de supprimer le libre arbitre, ne permet à

personne de parler de liberté de « choix ».

Les créanciers font du chantage sur le gouvernement. Ils agissent

frauduleusement alors qu’ils savaient depuis 2010 que la dette n’était

pas soutenable. Ils agissent consciemment, puisqu’ils reconnaissent dans

leurs déclarations la nécessité de l’octroi d’une aide humanitaire à la

Grèce. Une aide humanitaire pour quelle raison ? Pour une catastrophe

naturelle imprévue et inattendue ? Un séisme imprévu, une inondation, un

incendie ?

Non. Une aide humanitaire qui est la conséquence de leur choix conscient

et calculé de priver le peuple de ses moyens de subsistance, en fermant

le robinet des liquidités, en représailles à la décision démocratique du

Gouvernement et du Parlement d’organiser un référendum et donner la

parole au peuple pour qu’il décide lui-même de son avenir.

Le peuple grec a honoré le Gouvernement qui lui a fait confiance ainsi

que le Parlement qui lui a donné le droit de prendre sa vie et son destin

entre ses mains. Il a dit un NON courageux et fier,

NON aux chantages,

NON aux ultimatums,

NON aux memoranda de l’assujettissement,

NON au paiement d’une dette qu’il n’a pas créée et dont il n’est pas

responsable,

NON à des nouvelles mesures de misère et de soumission.

Ce NON, les créanciers persistent obstinément à vouloir le transformer en

OUI, avec la complicité perfide de ceux qui sont responsables de ces

memoranda et qui en ont tiré profit, ceux qui ont créé la dette.

Ce NON du peuple nous dépasse toutes et tous et nous oblige à défendre

son droit à lutter pour sa vie, lutter pour ne pas vivre une vie à moitié

ou une vie servile, pour être fier de tout ce qu’il va laisser à ses

successeurs et à l’humanité.

Le Gouvernement est aujourd’hui objet d’un chantage afin de lui faire

accepter tout ce qu’il ne veut pas, qui n’émane pas de lui et qu’il

combat. Le Premier Ministre a parlé avec sincérité, courage, franchise et

désintéressement. Il est le plus jeune Premier Ministre et il est aussi

celui qui a lutté comme aucun de ses prédécesseurs pour les droits

démocratiques et sociaux du peuple et des nouvelles générations, qui a

représenté et représente notre génération et lui donne espoir. Je l’

honore et je continuerai toujours de l’honorer pour son attitude et ses

choix. Et en même temps, je considère de ma responsabilité

institutionnelle, en tant que Présidente du Parlement, de ne pas fermer

les yeux et feindre ne pas comprendre le chantage. Jamais je ne pourrai

voter et légitimer le contenu de l’accord et je crois que la même chose

vaut et vaudra pour le Premier Ministre, qui est aujourd’hui l’objet d’un

chantage utilisant l’arme de la survie de ce peuple. Je crois que la même

chose vaut pour le Gouvernement et les groupes parlementaires qui le

soutiennent.

Ma responsabilité envers l’histoire dans cette institution, je l’assume

en répondant « présente » au débat et au vote d’aujourd’hui. Je considère

ainsi que je suis plus utile au peuple, au Gouvernement et au Premier

Ministre, aux générations futures et aux sociétés européennes, en

exposant au grand jour les véritables conditions dans lesquelles le

parlement est appelé à prendre des décisions et en refusant le chantage,

au nom de l’alinéa 4 de l’article 120 de la Constitution.

Le peuple grec est le deuxième à subir une telle agression à l’intérieur

de la zone euro. Il a été précédé par Chypre en mars 2013.

La tentative d’imposer des mesures que le peuple a rejetées par

référendum, en utilisant le chantage de la fermeture des banques et la

menace de la faillite, constitue une violation brutale de la Constitution

et qui prive le Parlement des pouvoirs que lui attribue cette même

Constitution.

Chacun et chacune a le droit et a le devoir de résister. Aucune

résistance dans l’histoire n’a été facile. Cependant, nous avons demandé

le vote et la confiance du peuple pour affronter les difficultés et c’est

face à ces difficultés que nous devons maintenant réussir. Et sans avoir

peur.

Traduction : Yorgos Mitralias relue par Patrick Saurin.

avocate et femme politique grecque. Députée du parti de la gauche

radicale Syriza, qui a gagné les élections législatives du 25 janvier

2015 en Grèce, a été élue le 6 février 2015 présidente du parlement. Elle

est, à trente-huit ans, la plus jeune présidente de la Vouli et la

deuxième femme seulement à exercer cette fonction.

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8 Mars et « si c’est une femme qui le sang »

Posté par elianguesard le 4 mars 2015

8 Mars 2015 journée des femmes 3 textes sélectionnés:

1er texte :

http://viacampesina.org/fr/index.php/les-grands-ths-mainmenu-27/femmes-mainmenu-39/1046-mars-8-femmes-en-lutte-pour-la-souverainete-alimentaire-contre-la-violence-et-l-agrobusiness

Femmes en lutte pour la souveraineté alimentaire, contre la violence et l’agrobusiness
(Harare, le 8 mars 2015)
En cette Journée internationale des Femmes – 8 mars – La Via Campesina appelle à organiser des actions afin de mettre en évidence le rôle fondamental des paysannes pour garantir la souveraineté alimentaire visant non seulement à faire face à la crise alimentaire mais surtout comme principe éthique de vie se basant sur la justice sociale et l’égalité. Lors de cette journée de lutte, nous dénonçons la violence exercée en particulier à l’encontre des femmes. En effet, dans nos campagnes, le modèle de l’agrobusiness et le capital ont exacerbé les inégalités sociales et celles entre les hommes et les femmes. C’est pourquoi nous luttons contre le patriarcat qui se manifeste dans tous les espaces de notre vie, la famille, les organisations, les communautés, les relations homme/femme et la sexualité. Nous condamnons également le féminicide causant l’assassinat de millions de petites filles et de femmes dans le monde, et nous exprimons notre solidarité avec toutes les personnes qui subissent des discriminations et des violences en raison de leur identité de genre et/ou sexuelle.

Le rôle tenu par la femme dans La Via Campesina fait que ce mouvement soit unique dans l’histoire non seulement des mouvements paysans mais aussi des autres mouvements sociaux et organisations internationales.

Pour Nettie Wiebe, de la Via Campesina d’Amérique du Nord, « le travail, les perspectives, l’analyse, l’énergie, le leadership et la présence des femmes dans La Via Campesina ont transformé et renforcé notre mouvement». Le modèle de l’agriculture paysanne assumé par La Via Campesina internationale non seulement inclut les femmes mais revendique en outre leurs droits et leur permet d’être des paysannes à égalité avec les hommes.

Dans le contexte actuel, l’accaparement, la spoliation et l’exploitation des terres de la part des transnationales augmente avec le modèle en extension de l’agrobusiness. D’autre part, la vulnérabilité des paysannes et des femmes autochtones s’accroît du fait des expulsions quotidiennes de leurs terres.

A cet égard, La Via Campesina affirme la nécessité d’une Convention internationale sur les Droits des paysannes et des paysans car les conventions et mécanismes existants se sont avérés trop limités pour la protection des droits des paysannes et les conséquences des politiques néolibérales.

C’est pourquoi à l’occasion du 8 mars, nous, les femmes et les hommes de La Via Campesina, défendons une réforme agraire intégrale, les biens naturels comme la terre, l’eau, les territoires qui, dans leur ensemble, garantissent la souveraineté alimentaire au moyen d’une production agroécologique revalorisant l’agriculture paysanne. Nous dénonçons avec force la destruction et la déprédation dues à la monoculture, à l’utilisation indiscriminée d’intrants chimiques toxiques et aux dommages causés par les transnationales sur nos territoires. Obtenir plus de productivité et de rentabilité dans nos champs signifie la dégradation des conditions de vie dignes pour des millions de paysans et de paysannes. Le marché ne peut pas continuer à dicter les politiques agricoles et à porter atteinte à la santé des peuples et de la nature.

En ce 8 mars, nous continuerons à globaliser la lutte et l’espoir pour un monde plus juste et égalitaire pour toutes et pour tous. Nous exprimons notre solidarité avec Máxima Acuña, paysanne péruvienne qui lutte et résiste contre une transnationale minière. Sa force et sa dignité nous inspirent pour déclarer: Finissons-en avec le système capitaliste et le patriarcat.

http://viacampesina.org/Via-info-fr/

2ème texte :
«l’écho foudroyant » : et « si c’est une femme » qui le sang

Attentats parisiens : la pseudo absence des femmes et l’impensé social de ce qu’elles donnent au monde commun

par Françoise Bloch
lundi 09 février 2015
source :

http://www.netoyens.info/index.php/contrib/09/02/2015/attentats-parisiens-la-pseudo-absence-des-femmes-et-l-impense-social-de-ce-qu-elles-donnent-au-monde-commun

Ce texte est dédié en tout premier à deux femmes : Djamila Boupacha et Fatima Elayoubi [1]
Mes pensées vont vers elles et vers toutes les femmes qui prennent soin des enfants.

Une fois dépassée la sidération que les récents événements parisiens m’ont provoquée, j’ai été frappée, dans un premier temps, par la quasi- absence des femmes en lisant et écoutant, tout ce qui se disait ou était publié sur ces événements tragiques. Frappée mais pas vraiment étonnée. Certes peu de femmes « universitaires » se sont exprimées sur ce carnage, certainement pour les raisons évoquées par Silvia Lempen-Ricci [2] : auto-dépréciation et sentiment toujours vivace de ne pas en savoir assez et d’avoir tant à apprendre des autres car ce qui est impliqué dans ces assassinats engage plusieurs approches disciplinaires. J’ai donc beaucoup écouté et lu mais je l’ai fait aussi dans les interstices et à partir de mes propres travaux de recherche, car il me semble qu’il fallait justement regarder ailleurs pour entendre ce que disaient ou écrivaient de nombreuses femmes, dans toute la diversité qui les constitue : ce qu’elles procurent et donnent au monde social ne se situe pas uniquement là où les grandes fresques socio-politico-médiatiques s’élaborent et se donnent à voir et à entendre. Quelle place occupent-elles dans le monde social s’agissant de ce qui est en premier lieu impliqué dans ces assassinats, à savoir les vulnérabilités et fragilités humaines dont celles des enfants dans un monde devenu si inhumain où la violence des rapports sociaux prédominent et se manifestent dans des gestes individuels de désespérance voire suicidaires?? À quoi répondent ces assassinats perpétués par ces jeunes hommes, devenus tueurs, et par les policiers qui les ont abattus?? Il semblerait bien que nous soit renvoyé un écho foudroyant entre la violence suicidaire de ces jeunes – provoquant leurs exécutions – et le vide abyssal de sens qu’ont à l’heure actuelle la financiarisation du monde et la guerre de tous contre tous. Écho foudroyant aussi entre le monde virtuel dans lequel vivent les financiers et autres traders, un monde sans limite, et celui dans lequel vivaient ces jeunes, qui ne connurent de limites que celle des armes qui les abattirent. Il y aurait beaucoup à dire sur cette absence de limites que l’espace de cet article ne me permet pas de développer.

Centrés autour de la liberté d’expression et contre la terreur dont avaient été victimes les journalistes de Charlie H. et les juifs du Supermarché Casher, les rassemblements, sous le coup de l’émotion, en ont parfois oublié qui étaient ces jeunes français devenus «jihadistes» et eux aussi abattus. Très vite, mon attention s’est centrée vers ces jeunes hommes, pressentant, sans avoir encore lu quoi que ce soit à leur sujet, que leur vie n’avait pas dû être « un long fleuve tranquille ». Déformation professionnelle peut-être?? J’ai en effet longtemps travaillé comme sociologue dans un laboratoire de recherches du CNRS situé dans la banlieue est de Lyon en particulier sur la transmission intergénérationnelle et sur la prise en charge des enfants. J’avais en outre encadré plusieurs mémoires sur les familles monoparentales assistées de la banlieue lyonnaise, sur les dispositifs d’aide à la parentalité et était intervenue à plusieurs reprises auprès de travailleuses sociales, interpellées par ce qu’elles voyaient et vivaient dans ces banlieues de relégation sociale : toute cette tragique affaire n’était donc pas sans m’interpeller.

Il m’aura fallu trouver sur un site internet d’information, le témoignage d’une femme, leur voisine d’enfance, recueilli par une journaliste pour confirmer ce que je pressentais de l’histoire de deux des tueurs, les frères Kouachi [3]: une enfance de violence et de misère passée en partie dans une famille monoparentale – c’est à dire avec leur mère – dont les cinq enfants, vraisemblablement de pères différents, se sont retrouvés orphelins – à respectivement 10 et 12 ans – après le suicide de leur mère, accablée qu’elle était de devoir faire face à la misère, y compris en se prostituant : « Ici, nous vivions entre pauvres. Et encore, la plupart des gens, une fois passées quelques années, partaient ailleurs. Le quartier craignait vraiment. Nous avons décidé de rester pour changer notre environnement nous-mêmes, nous les locataires du 156. Nous voulions sauver notre quartier. » dit cette voisine en rajoutant : « J’adorais cet enfant. Il suffisait qu’on le cajole, qu’on le prenne dans les bras pour qu’il se calme. Moi, je l’ai trouvé touchant, ébahi comme tous les autres par la bande à Mickey. Un enfant comme les autres, qui croit en la magie de Disney, et qui se calme dès qu’on l’apaise » . Portrait sensible de ces jeunes devenus tueurs et noté aussi par Ségolène Vinson, journaliste rescapée de la tuerie de Charlie H., dans son témoignage [4]. À propos de Said Kouachi qui la tenait en joue et l’épargna, elle dit : « je l’ai regardé. Il avait de grands yeux noirs, un regard très doux. J’ai senti un moment le trouble chez lui, comme s’il cherchait mon nom (…) ». Placés par la DASS (direction des affaires sanitaires et sociales) à la mort de leur mère dans une institution pour enfants maltraités ou orphelins et lâchés « dans la nature » plutôt hostile dès leurs 18 ans, ils sont le produit du système socio-éducatif français – un des plus inégalitaires en Europe -, de « la politique de la ville » et de la montée des inégalités sociales à l’heure du capitalisme financier. Cette politique de la ville notamment relègue dans des quartiers périphériques dits « sensibles » – que je nomme prosaïquement pauvres – des familles entières, issues ou non de l’immigration.

Amedy Coulibaly, le 3ème tueur, passa son enfance [5] à La Grande Borne-Grigny, dans une famille d’origine malienne dont il était le septième et unique garçon d’une fratrie de dix. Conçue par des architectes et urbanistes post-soixante huitards, où certains d’entre eux allèrent habiter au tout début – j’en connaissais certains – la ville nouvelle de Grigny, située dans la grande banlieue parisienne, fut vite délaissée par ses concepteurs qui revinrent habiter dans Paris. Grigny est devenue une ville de non droit où les trafics prolifèrent en même temps que la misère sociale et culturelle même si de nombreux travailleurs sociaux y œuvrent avec beaucoup de difficultés. Sa haine de la police et son sentiment d’injustice viendrait ou aurait été aggravée par la mort de son meilleur ami, Ali Rezgui, tué par un policier stagiaire et non poursuivi par la justice au prétexte qu’il aurait agi en légitime défense en poursuivant ces jeunes délinquants. Passant de la petite délinquance à la criminalité, son parcours de vie passa à plusieurs reprises par la « case » prison où il fit la connaissance de Cherif Kouachi et se convertit à l’islam radical. Pendant son incarcération, il tourne clandestinement un film qui dénonce les conditions de vie à la prison de Fleury Merogis, film dont certains extraits seront repris par l’émission Envoyé Spécial en 2009. Pendant qu’il commettait l’irréparable, il se souciait que ses actes soient « médiatisés » et propagés sur les réseaux sociaux et la TV, lui donnant l’illusion d’exister, de devenir visible et d’être considéré…..au moins comme tueur, point final d’un parcours de délinquance et de criminalité.

Ces jeunes n’étaient pas les monstres que l’on aimerait qu’ils soient même si, après leur passage en prison [6], ils se radicalisèrent et commirent l’irréparable, armés jusqu’au cou : des assassinats froids et déterminés, une fois leurs « cibles » repérées?! Conduite suicidaire certes mais qui n’est pas leur seul apanage : de nombreux jeunes sans en arriver à ces extrêmes se sentent humiliés et blessés par le peu de considération dont ils sont l’objet et le peu de place qui leur est réservé dans le monde social. …à l’exception de celle de consommateurs potentiels.

Comprendre n’est pas excuser mais ne nous laissons pas aveugler par les raisons qui seraient liées à la religion musulmane, fusse-t-elle fondamentaliste, dans laquelle ces attentats trouveraient leur origine. L’essentialisme tellement critiqué par le mouvement féministe lorsqu’il s’agit de parler de la Femme [7] s’applique aussi au Musulman comme, en son temps, il s’est appliqué au Juif. Raisons pour lesquelles d’ailleurs ces « morts-là » ont parfois disparu de la liste macabre des personnes assassinées durant ces événements tragiques : sur un total de 20 morts – et non 17 victimes – 18 hommes. Macabre décompte qui montre cependant que cette tuerie a essentiellement concerné des hommes, à l’exception d’une femme psychanalyste, Elsa Cayat, à laquelle rend hommage Alice Ferney [8] et d’une femme policière municipale, Clarissa Jean Philippe, française originaire de la Martinique qui était encore stagiaire après avoir fait une formation d’agente de sécurité [9]. Jeune femme policière à laquelle Christiane Taubira, ministre de la justice, a rendu un « hommage appuyé ». Ces mini-présences féminines répondent d’ailleurs à la quasi absence de femmes dans le cortège des chefs d’États, présents lors du rassemblement parisien[10]. Caricatures du monde dit démocratique?!

L’impensé social de ce que procurent les femmes au monde commun ….et de leurs difficultés

1/ Des femmes dans les interstices

Le Monde des Livres dans sa livraison du 16 janvier a fait place aux écrivainEs pour exprimer leur réaction à ces événements tragiques et d’autres sites d’expression pullulent de témoignages de femmes. Celles de quatre femmes ont retenu mon attention pour ne citer qu’elles :

- la première est Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014 pour son livre « Pas pleurer » dans lequel elle relate la guerre lancée pendant la guerre d’Espagne, avec la bénédiction de l’Église, contre «les mauvais pauvres» _dont sa mère _?; par ailleurs pédopsychiatre « de l’autre côté du périphérique » parisien, elle pose un regard très lucide sur ces très jeunes enfants pour lesquels « les méchants sont les juifs et les mécréants » et, dit-elle, avoir compris pourquoi. Je la cite « ces enfants, pour qui l’idée de se rendre à Paris était une affaire compliquée et presque insurmontable tant ils se sentaient loin de ce que Paris représentait, ces enfants aux yeux desquels les valeurs de la France ne signifiaient strictement rien puisque du haut de leurs immeubles ils n’en voyaient pas la moindre mise en pratique, ces enfants qui vivaient dans la nostalgie du bled qu’ils ne connaissaient pas et dans l’humiliation blessante d’être tenus à l’écart de la fête, ces enfants se raccrochaient, faute de mieux, à ce qu’ils trouvaient à leur portée : des croyances communes et des haines communes en guise d’armature ». Diagnostic très juste dont je partage la conclusion : « Je suis convaincue qu’il faudra beaucoup de temps avant que celles-ci s’apaisent (…) et que le travail pour s’en émanciper sera considérable et ne se satisfera pas de quelques pansements, encore moins de dispositifs de contrôle et de milices de nettoiement comme l’Histoire en a connu, toujours prête à surgir».

- la deuxième est Christine Angot, auteure entre autres de « L’inceste », roman autobiographique, qui commentait le dernier livre d’Houllebecq dont la lecture comme celle de ses autres livres « ne la met pas mal à l’aise, ne la heurte pas mais la blesse, l’humilie ». Qui sait si la lecture de Charlie H. ne provoquait pas la même chose chez certainEs dont la sensibilité était blessée et qui n’apprécient guère qu’on s’attaque à ce à quoi ils-elles se raccrochent pour ne pas couler?? C’est le cas de toutE dominéE d’avoir peu d’humour sur les sujets qui réveillent sa souffrance quand celle-ci est à fleur de peau.

- La troisième est Amélie Nothomb [11] qui « riait beaucoup » avec les journalistes de Charlie H. Certes?! Mais cela l’autorise-t-il à conclure son court article d’un mépris condescendant écrivant à propos d’Amedy Coulibaly, le troisième tueur, dans le logement duquel fut retrouvé un de ses livres qu’il« ne savait sûrement pas lire »?? Ignorance du parcours de ce jeune homme qui fit toute sa scolarité dans un lycée professionnel jusqu’en première.

- la quatrième est Jemma Bent Seghir, enseignante d’origine émigrée [12]. Elle s’interroge sur la manière dont, relayéEs par les médias, les enseignantEs sont amenéEs à construire « la figure de l’élève supposé-e musulman-e et qui serait réti-f/ve aux « valeurs de la République », complice du terrorisme, antisémite et foncièrement obscurantiste . Tous ces témoignages visent à construire aussi en creux, par différence, l’image d’une institution scolaire et de ses membres qui seraient, eux, du bon côté de la frontière civilisationnelle, à savoir humanistes, éclairé-e-s, progressistes ». Elle soulève par ailleurs « des entorses à la position déontologique de l’enseignant-e » qui, faisant face à des questions jugées problématiques de certains élèves vont les rapporter à la presse ….et à la police. Or, considérant que des questions ou remarques problématiques ne sont pas l’apanage des seuls enfants d’origine musulmane mais d’enfants de tous les milieux sociaux, elle-même, issue de l’immigration, a souffert des mêmes discriminations et humiliations et partage certaines de ces questions, trouvant tout à fait inadmissible que la liberté d’expression des élèves ne soit pas élevée au même rang que celle prêtée à Charlie H.

Quatre témoignages de femmes fort différents _et il y en a tant d’autres?! _ qui s’ancrent bien sûr dans leur expérience à la fois personnelle, sociale et politique dont celle qu’elles purent avoir du mépris et de l’humiliation vécus ou incorporés en voyant leurs parents et singulièrement leur mère les subir mais aussi vécu de l’institution scolaire française où l «  ’égalité des chances » n’existe plus. Ces expériences sont sécantes aux rapports de sexe, de classe, voire de « race » qui se construisent très tôt.

Les dégâts du mépris ne s’apaisent pas si vite surtout lorsqu’ils durent depuis si longtemps, voire depuis plusieurs générations qui l’ont vécu, s’agissant en particulier des populations immigrées issues des guerres coloniales, eussent-elles la nationalité de leur pays « d’accueil » : « toute la seconde moitié du 19ème siècle et la première moitié du 20ème sont marquées par toute une série de stéréotypes raciaux qui ont appartenu à la culture de l’Europe impérialiste et colonialiste (…), tentant de justifier rationnellement et idéologiquement une gigantesque entreprise de conquête et de génocide. Loin d’être relégués au sein des sociétés savantes, ces concepts imprégnaient profondément le langage politique de l’époque »[13]. Qu’on attribue aujourd’hui au Musulman, comme il fut fait en d’autres temps au Juif, le rôle du bouc-émissaire d’une crise qui est désormais structurelle, montre à travers ces stéréotypes que l’Histoire ne se répète pas mais sait repasser les plats. En effet, les attributs dont Le Musulman est affublé deviennent la cause de nos maux sociétaux au prétexte qu’il n’aurait pas la même « humanité » que la nôtre ni « notre » conception de la laïcité, d’ailleurs falsifiée [14]. La mise à l’écart, dans l’indifférence de beaucoup de ceux et de celles qui se sont rassemblés pour dire leur attachement à la « liberté d’expression » – à géométrie variable d’ailleurs -, concerne des millions de personnes – parents et enfants – relégués à la périphérie des grandes villes dans des ghettos que sont devenues certaines banlieues françaises, la France n’ayant pas l’exclusivité de ces relégations chargées de mépris et d’humiliations. Il n’est donc pas étonnant que ces rassemblements ont été essentiellement « blancs », les populations immigrées s’en étant tenues à l’écart, craignant une fois de plus d’être stigmatisées et prises à partie comme le sont les jeunes musulmanes porteuses du « foulard » et exclues de l’espace public. L’émotion d’ailleurs est sélective puisque peu d’entre nous nous émouvons des morts abattus dans les guerres économiques ou militaires que mènent les pays occidentaux, dont la France. Malgré les mises en garde contre tout amalgame avec la population musulmane française, les attaques de lieux et de françaisEs de religion musulmane ont eu lieu et se multiplient. Va-t-on assister au retour des « ratonnades », après les exécutions sommaires dont ont été victimes de nombreux jeunes hommes ces dernières années dans les banlieues de relégation sociale et « ethnique »?? Et quid de la liberté d’expression lorsque des enfants et adolescentEs ne peuvent même pas exprimer pourquoi « ilLes ne sont pas Charlie »?? Quelle est cette nouvelle conformité et unanimité à n’écouter que les mots qui arrangent??

2/ Les mémoires et les blessures cachées

Les « mémoires et les blessures cachées » se transmettent aussi et pas simplement les valeurs et les pratiques sociales : elles font partie de l’héritage, souvent incorporé qui n’est pas que matériel mais aussi symbolique, c’est à dire chargé de sens. Il est donc important d’écouter et de lire ce que disent ces femmes car la position sociale qu’elles ont éventuellement acquise dépend du vécu de leur parcours de vie qui les a fait arriver là où elles sont et donne lieu à réflexivité?! Dans ce parcours, se cachent et se nichent souvent « les blessures cachées » de l’enfance, terme emprunté à Arlie Hochschild [15] dont les travaux sur la souffrance des enfants et de leurs mères indiennes du Kerala, contraintes de quitter leurs enfants pour aller…ailleurs s’occuper de ceux des autres _dans le Golfe Persique par exemple mais aussi ici _ m’ont éclairée et fait préciser ce que nous entendions, à propos de la transmission intergénérationnelle, quand nous écrivions que ce qui est procuré à l’enfant rend inséparables la matérialité de ce qui lui est donné de la relation qui s’est nouée avec lui [16]. L’enfant ne pourra intégrer une position d’adulte responsable et reprendre un héritage qui lui a été transmis _s’il lui fut transmis_ que s’il s’est senti considéré dans ce qui lui a été procuré non seulement par ses parents mais par toutes les instances socialisatrices (école, institutions, rencontres, mouvements politiques, etc ) qui l’introduisent dans le monde social ! Dans cet héritage, combien de blessures cachées, combien de non-dits, combien de secrets qui ne sont pas seulement liés à l’histoire familiale mais aussi à l’Histoire, qu’elle soit sociale et coloniale?! Le manque ressenti dans l’héritage transmis (fait de pratiques sociales, de valeurs et même d’argent) ouvrant la possibilité d’une transformation de ou d’une rupture d’avec cet héritage s’ancre toujours dans le manque de considération puisque le repérage d’un manque rend inséparable la matérialité de ce qui est procuré à l’enfant de la relation qui la soutient. Que cette relation ait été chargée de mépris et d’humiliation, de manque de considération, l’enfant, un l’adulte en devenir refusera l’héritage transmis. Ainsi d’ailleurs fut la raison et l’origine des révoltes de mai 68… mais aussi de leurs dérives?!

Ce manque de considération est observable dans de nombreux récits, qu’il s’agisse de jeunes ou de moins jeunes – hommes et femmes – issus entre autres de l’immigration, dès lors qu’ils portent un regard réflexif sur ce que fut la vie de leurs parents et la leur…mais aussi sur ce que fut leur expérience, entre autres de l’institution scolaire. Ce manque de considération et de bienveillance est patent dans de nombreux actes éducatifs et pédagogiques mais aussi dans le monde du travail à l’heure du néolibéralisme financiarisé. Prendre soin d’enfants et d’adolescents comme les éduquer suppose au moins de les considérer comme des êtres qui ont leurs propre sensibilité, capacités et préjugés comme nous avons d’ailleurs les nôtres. N’est-ce pas le rôle de l’institution scolaire en particulier d’apprendre aux enfants à transcender ces préjugés en acquérant les connaissances qui le leur permettront?? Ce serait le minimum à exiger de ceux et de celles qui ont prétention à éduquer un enfant, qu’il s’agisse de parents, d’assistantes maternelles, puéricultrices, d’éducateurs/trices, d’enseignantEs – peu forméEs pour prendre soin des enfants – de travailleuses sociales et bien sûr des responsables politiques. Beaucoup d’enfants dépendent désormais d’une pédagogie curative, et pas simplement dans ces milieux sociaux, tant leur sensibilité et leur vulnérabilité sont à vif.

Ces « blessures cachées », souvent héritées et incorporées lorsqu’un enfant ou un adolescent a vu ses parents méprisés ou humiliés, se renforcent dès lors que l’école, en tout premier lieu, est devenue une machine à « trier » les enfants : l’institution scolaire française qui attribue une place future à l’enfant – et ceci dès la maternelle [17] – est essentiellement conçue pour former les élites dites « républicaines » , mais aussi les grands dirigeants d’entreprises publiques et privées, et laisse sur le bas-côté de la route une grande majorité d’enfants. À ce « tri » dès le plus jeune âge, beaucoup de parents – et pas simplement des enseignantEs – participent selon des stratégies précises… et leur milieu social : choix du lieu de résidence, de l’établissement scolaire y compris en détournant la carte scolaire qui fut d’ailleurs supprimée, laissant aux parents qui le peuvent « le choix » de l’établissement scolaire le plus convenable et apte à profiler leurs enfants vers la réussite scolaire pendant que d’autres sont captifs du lieu où ils habitent et de l’absence de connaissances « stratégiques » . La ségrégation spatiale est aussi une ségrégation scolaire et sociale. Se comprend alors la manière dont beaucoup d’enfants et d’adultes font ou ont fait une expérience douloureuse de l’école et que le rapport à l’échec traverse une grande partie des entretiens biographiques que nous avons recueillis. Ainsi se construit un parcours scolaire qui débouche sur une place dans le monde social et la division du travail à la fois sociale, sexuelle et « raciale » : la seule place concédée à la majorité des jeunes de milieu populaire débouche désormais sur des stages non rémunérés et/ou des emplois sous- qualifiés – quand ils en trouvent – alors que leurs parents ont souvent fait des sacrifices pour leur payer des études qui ne servent à rien sans le réseau relationnel permettant d’accéder à un emploi qualifié?! Tel est le sort de beaucoup de jeunes aujourd’hui dont 130 000 sortent, chaque année, du système scolaire français sans aucune formation ou qualification. Je suis personnellement étonnée que d’autres Kouachi et Coulibaly ne se révoltent pas. Ceci explique peut-être pourquoi certains d’entre eux ont énoncé « je suis Coulibaly » : ne faudrait-il pas entendre ce raccourci, non pas comme une identification à « je suis un tueur » ou « j’ai envie de tuer » mais comme « je suis comme lui, aussi humilié et blessé »?? De la même manière d’ailleurs que le slogan « je suis Charlie » se saurait être une identification aux assassinés de Charlie Hebdo mais révèle beaucoup plus la sidération que la réflexion longue parfois à mûrir.

M’inquiète donc, outre les problèmes d’inégalités sociales grandissantes _dont les femmes des classes populaires, tout particulièrement celles issues de l’immigration sont les premières à souffrir_ et de stigmatisation dont font preuve de nombreux enfants _garçons et filles_ dans ces quartiers pauvres. Inquiétante aussi est l’utilisation faite des images propagées sur les « réseaux » ou la télévision, comme le soulignait une des grandes psychologues de l’enfant ….et de la télévision, Liliane Lurçat. Un de ses ouvrages [18] avait attiré mon attention alors que j’étais sur le « terrain » et observais ce que j’y voyais et entendais s’agissant d’enfants qui, dès 8 mois, étaient déjà « accros » à la TV. M’inquiète aussi le manque de considération et de bienveillance, l’absence de rythmes et de moments de calme et souvent de limites que les enfants vivent dans leur vie quotidienne quand leurs parents _et pas simplement leur mère_ sont devenus « surnuméraires », et/ou pris dans le tumulte d’une vie de plus en plus stressante où le « zapping » s’est généralisé. Le nombre d’enfants qui ne mangent même plus à table mais devant la TV et souvent seuls, se servent dans le frigo dès qu’ils en ont l’âge en donnant un grand coup de pied dans la porte pour la fermer, n’est qu’un exemple de ce que j’ai pu observer sur le terrain quel que soit le milieu social….et ceci depuis longtemps. Car aujourd’hui, y compris dans les milieux les plus modestes, chaque enfant a son téléviseur ou son ordinateur dans sa chambre et regarde les émissions qu’il souhaite comme il surfe sur tous les réseaux sociaux qui lui sont accessibles. Certains parents s’en inquiètent mais ont beaucoup de peine à lutter contre l’envahissement des images dans l’univers enfantin comme ils en ont à lutter contre l’incitation à la consommation. Mais ceci serait à développer beaucoup plus longuement.

En guise de conclusion toute provisoire, je dirais que, peu considérés dans ce qui leur fut procuré soit dans leur environnement familial, social ou éducatif, dans l’abandon dont ils furent l’objet et dont furent l’objet leur mère et père quand il en avait un, ces jeunes nous renvoient une image saisissante de ce que sont les inégalités sociales (et territoriales) aujourd’hui, du mépris et de l’humiliation que subissent de nombreux enfants et jeunes issus de ces milieux sociaux ghéttoïsés, qu’ils soient d’origine immigrée ou pas d’ailleurs, les premiers ayant ce poids en plus à porter. S’ils voient les méchants de leur histoire _pour reprendre les très beaux mots de Lydie Salvayre_ dans le peu de cas qui est fait de leur misère sociale, culturelle et relationnelle, dans l’indifférence dont les autres _les nantis pour eux_ n’en ont rien à foutre, peut se comprendre qu’ils se soient sentis humiliés dans les caricatures de Mahomet que Charlie H se complaisait à faire au nom de la liberté d’expression et de caricaturer. Peut-être qu’aucune autre image identificatoire que celle du Prophète ne leur fut proposée leur redonnant une dignité et une estime de soi??

Ces jeunes, devenus tueurs, n’étaient pas des monstres, ils étaient les enfants que nous avons laissé grandir dans la désespérance. Au delà de ce qu’ils nous donnent à voir, peut s’appréhender le sentiment d’abandon et d’humiliation qu’éprouvent de nombreux citoyens français _et d’ailleurs_ face aux crises qui traversent nos pays, et leur aspiration à davantage de justice sociale et de solidarité.

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Notes:
[1] Djamila Boupacha, militante du FNL, torturée et violée par l’armée française et renvoyée à ses « fourneaux » quand la « révolution algérienne » n’eut plus besoin d’elle.
Fatima Elayoubi, femme de ménage, analphabète, ayant appris le français grâce à Marie Pezé qui écouta sa souffrance et à sa propre fille qui l’introduisit dans la langue française pour écrire un magnifique petit livre « Prière à la lune ».Elle le dédie « À ma France » et à toutes les Fatima.

[2] Silvia Ricci- Lempen, Le Temps, 23 janvier 2015

http://www.silviariccilempen.ch/chroniques.php?numero=24&suite&titre=penser-le-7-janvier-ou-sont-les-femmes

[3] http://reporterre.net/L-enfance-miserable-des-freres

[4] Témoignage paru dans Le Monde du 14 janvier pp 10-11:

http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/13/c-est-charlie-venez-vite-ils-sont-tous-morts_4554839_3224.html

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Amedy_Coulibaly#Enfance.2C_petite_d.C3.A9linquance_et_grande_criminalit.C3.A9

[6] Dans son enquête sur une prison de la région parisienne, Didier Fassin 2015, L’ombre du monde, Seuil, aborde de front les discriminations ethniques et raciales de l’appareil répressif français : 77 % des détenus appartiennent à une minorité ethnique et raciale avec une surreprésentation des jeunes peu diplômés ou en échec scolaire et habitant dans des zones de relégation urbaine, in Libération du 5 février 2015. Beaucoup plus repérés par la police et condamnés par les juridictions, sont les consommations de marijuana ou les actes d’incivilité que commettent ces jeunes que ne le sont la grande corruption financière, l’évasion fiscale ou la consommation de cocaïne réservée à d’autres classes sociales?! Discriminations de race et de classe se conjuguent?!

[7] Le singulier est volontairement utilisé puisqu’il est synonyme d’essentialisme.

[8] http://www.la-croix.com/Actualite/France/Hommage-a-la-psychanalyste-Elsa-Cayat-2015-01-09-1290547

[9] http://www.ouest-france.fr/charlie-hebdo-clarissa-jean-philippe-jeune-policiere-tuee-par-coulibaly-3105567

[10] La photo prise des chefs d’État lors de la grande manifestation parisienne parle en soi : deux femmes – Angela Merckel et Anne Hidalgo, maire de Paris au milieu d’hommes d’États dont certains sont loin d’être des démocrates attachés à la liberté d’expression?!

[11] http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/01/14/a-charlie-hebdo-on-rigolait-sans-arret-par-amelie-nothomb_4556273_3260.html

[12] Un témoignage d’enseignante, un parmi de nombreux autres : Jemma Bent Seghir, À bonne école : Élèves barbares versus enseignant-e-s civilisé-e-s, http://lmsi.net/A-bonne-ecole

[13] Enzo Traverso, 2002, La violence nazie, une généalogie européenne, La Fabrique, p.73
[14] Jean Baubérot, 2014, La laïcité falsifiée, La Découverte

[15] Uma S.Devi, Lise Widding Isaksen et Arlie Hochschild, La crise mondiale du care. Point de vue de la mère et de l’enfant, in Ss la direction de Jules Falquet, Helena Hirata, Danièle Kergoat, Brahim Labari, Nicky Le Feuvre, Fatou Sow, 2010, Le sexe de la mondialisation. Genre, classe, race et nouvelle division du travail, Les Presses de Science Po, p.122-135

[16] Francoise Bloch, Monique Buisson, 1994, La circulation du don entre générations ou comment reçoit-on?? Communications, 59 et Françoise Bloch, 2010, Prendre soin d’un enfant, un travail comme un autre?? Paedagogica Historica, Routledge, vol.46, nr 6 – http://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/00309230.2010.526350

[17] Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans, collectif créé en 2006

http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=131

[18] Liliane Lurçat, 2002, La manipulation des enfants : nos enfants face à la violence des images, Éditions du Rocher

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3ème texte

Rojava Zapatia La Commune

https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1167

Reportage sur Kobanê avec l’Action Anarchiste Révolutionnaire (DAF)
(Meydan Gazetesi, Paris-luttes.info, le 26 octobre 2014.)

On ne peut pas nier la réalité : les politiques opportunistes du capitalisme mondial et de l’Etat turc se trouvent derrière les tentatives d’attaque de Kobanê depuis 2 ans. Nous nous sommes entretenus sur la Révolution au Rojava et de la résistance de Kobanê, avec Abdülmelik Yalçin et Merve Demir, membres de l’Action Anarchiste Révolutionnaire (DAF), solidaire avec les populations de la région, et présents à Suruç (ville des réfugiés au bord de la frontière turco-syrienne) depuis le premier jour de la résistance, afin de lutter contre ceux qui veulent faire de l’ombre à la révolution populaire.

Vous avez réalisé pas mal d’actions pendant la résistance de Kobanê. Vous avez publié des affiches et des tracts. A part cela, vous avez joué un rôle actif en réalisant des chaînes de boucliers humains, à Suruç et dans les villages près de la frontière de Kobanê. Quel était votre objectif en allant à la frontière ? Pouvez-vous nous raconter ce que vous y avez vécu ?

MD : Parallèlement à la Révolution au Rojava, la République turque a essayé de construire un mur pour casser les effets de cette révolution sur la population kurde de Turquie. Pendant qu’en Syrie se déroulait des guerres d’opportunisme du capitalisme mondiale et des pays avoisinants, au Rojava, le peuple Kurde faisait un pas de plus vers la révolution populaire. Ce pas a servi à l’ouverture d’un vrai front pour la liberté des peuples. Regardant ce qui se passait particulièrement à Kobanê, et dans tout le Rojava, en tant qu’anarchistes révolutionnaires, il nous était impossible de ne pas nous faire partie prenante de ce processus. Être solidaire avec les peuples qui résistaient à Kobanê, est un point assez important, dans une conjoncture où les frontières des pays disparaissent. Nous étions au 15ème mois de la Révolution du Rojava. Pendant ces 15 mois, nous avions été très actifs, organisant un grand nombre d’actions unitaires, et réalisé de nombreuses affiches et tracts. Lors des dernières attaques contre la révolution de Kobanê, parallèlement à nos travaux d’affiches et tracts, nous avons organisé beaucoup d’actions de rue dans divers [NdT : à Istambul]. Mais il nous était nécessaire d’être présents à la frontière de Kobanê, pour saluer la lutte pour la liberté du peuple Kurde, et contre les attaques des gangs de l’EI – qui sont de purs produits de violence. Nous sommes partis d’Istanbul, le soir du 24 septembre vers la frontière de Kobanê. Rejoindre nos camarades qui nous ont précédés. Nous avons commencé à former un bouclier humain, dans le village de Boydê, situé à l’Ouest de Kobanê. Comme nous, des centaines de volontaires venus de divers endroits de l’Anatolie, de la Mésapotamie, formaient ce bouclier humain, tout le long de la frontière de 25km, dans des villages comme Boydê, Bethê, Etmankê, Dewsan. L’un des objectifs de ces boucliers humains, était d’empêcher les aides d’armement, de renforts en hommes, et de logistique de l’Etat turc dont le soutien à l’État Islamique était connu de tous. Avec ces veilles qui durent encore aujourd’hui, la vie dans les villages de la frontière s’est transformée en une vie communautaire, malgré les conditions de guerre. Un autre objectif de nos vigies était également d’intervenir pour le passage et le soutien du peuple de Kobanê qui a été obligé de fuir les attaques qui ciblaient le ciblait, mais qui se faisait bloquer et devait attendre aux passages frontaliers durant des semaines, subissant de temps à autre les attaques des gendarmes. Les premiers jours de notre veille, avec ceux qui venaient d’Istanbul, nous avons coupé les grillages de la frontière et nous sommes passés à Kobanê.

Pouvez-vous nous raconter ce que vous avez vécu après votre arrivée à Kobanê ?

AY. Dès notre passage à la frontière, nous avons été accueillis avec un grand enthousiasme. Dans les villages à la frontière de Kobanê, toute la population était dehors, de 7 à 77 ans. Les combattants de l’YPG (unités combattantes de l’armée populaire) et YPJ (unités combattantes féminines) ont tiré en l’air, debout sur les toits, dans des rues, pour saluer le fait que nous anéantissions les frontières. Nous avons fait une marche dans les rues de Kobanê. Puis nous avons discuté avec le peuple de Kobanê et les combattants YPG/YPJ qui défendent la révolution. C’est très important de traverser, de cette façon, les frontières mises par les États entre les peuples. Cette action a été réalisée en pleine guerre.

Il y a eu beaucoup d’informations sur les attaques faites par la gendarmerie et la police sur les populations à la frontière et sur les veilles de bouclier humain. Par ces intimidations, quel est l’objectif de la République Turque ?

A.Y. : Oui, l’État turc a en continue, une politique d’attaque contre les paysans de la frontière et les habitants de Kobanê qui essayent de traverser. Parfois les attaques sont multipliées, et parfois elles durent des jours. Chaque attaque a un prétexte et il est évident que chacune d’elle a un objectif bien particulier. Nous avons observé que quasiment à chaque attaque de gendarmes, il y avait des transferts de véhicules par la frontière. Nous ne savons pas le contenu de ces véhicules qui fournissent l’EI. Mais nous pouvions le deviner en faisant le parallèle avec l’intensité des attaques, s’il s’agissait de renforts humains, d’armes ou encore parfois de vivres pour subvenir aux besoins quotidiens de l’EI. Ces transferts se faisaient parfois par des véhicules qui portaient des immatriculations officielles, et d’autres fois par des gangs de « contrebandiers » soutenus par l’État. De plus, ces gangs soutenus par l’État, extorquent les biens des habitants de Kobanê qui attendent à la frontière. Et la gendarmerie, à la frontière, donne un droit de passage moyennant une commission d’environ 30%. Les politiques de l’État envers les populations de la région fonctionnaient déjà de cette façon, depuis de longues années. Mais prétextant les conditions de guerre ces politiques sont devenus encore plus visibles. Cette visibilité et les attaques ont pour but d’intimider les volontaires des boucliers humains et les peuples frontaliers.

Même si l’État turc le niait, l’existence et le fonctionnement du soutien à l’EI étaient relativement connus. Mais vous dites que lors de ce processus sa participation a prit des proportions visibles à l’œil nu. C’est-à-dire l’existence d’un environnement où l’État ne cache plus son soutien. Comment fonctionne le soutien de la République Turque à l’EI ?

M.D. : La République turque a nié son soutien à l’EI, avec insistance. Mais ironiquement, à chaque intervention de négation, un nouveau transfert était organisé à la frontière. La plupart de ces convois étaient d’une grande visibilité. Par exemple, des véhicules différents, laissaient à la frontière, et à plusieurs reprises, des « paquets de secours ». Nous avons été témoins de passage de dizaines de « voitures de service » à vitres fumées passer la frontière à la Porte de Mürsitpinar (ville turque frontalière syrienne). Personne ne se demande ce qu’il y a dans ces voitures car nous savons tous que tous les besoins de l’EI sont satisfaits par ce moyen.

Pourriez-vous nous parler de l’importance actuellement historique de l’appropriation de la Résistance de Kobanê et de la Révolution au Rojava, surtout dans ce processus, pour les anarchistes révolutionnaires ?

A.Y. : Il ne faut pas penser la Révolution au Rojava et la Résistance à Kobanê séparément de la lutte pour la liberté que le peuple Kurde mène depuis des dizaines d’années. La lutte pour la liberté du Peuple Kurde, a été lancée comme un problème dont la source viendrait du peuple et non de l’Etat, et pendant des années, elle a été qualifiée sur les terres où nous vivons de « Problème Kurde ». Nous tenons à le répéter à nouveau, ceci est la lutte du peuple Kurde pour la liberté. Il y a un seul problème ici, et c’est le problème de l’Etat. Le peuple Kurde mène un combat d’existence contre la politique ségrégationniste et destructive exercée depuis des siècles par les pouvoirs politiques successifs dans cette région. Avec le slogan « PKK est le peuple, le Peuple est ici », le sujet politique prend forme chez chaque personne une par une, et l’identité de la force organisée est claire. Depuis qu’avec cette perception, nous avons concrétisé la lutte, dans différentes zones, de l’individu à la société, la relation que nous avons bâtie avec le peuple Kurde et l’organisation du peuple Kurde est une relation de solidarité mutuelle. Cette relation solidaire, est une relation que nous avons fondée en regardant par le prisme de la lutte pour la liberté des peuples. Dans les luttes pour la liberté, le mouvement anarchiste a été toujours un déclencheur. Dans une période où le socialisme ne pouvait pas sortir du continent européen, alors qu’une théorie comme « Le droit des peuples à disposer d’eux mêmes » n’existait pas encore le mouvement anarchiste s’est habillé des luttes pour la liberté des peuples dans différents endroits du monde. Pour comprendre cela, il faut regarder l’effet de l’anarchisme sur les luttes populaires dans un éventail large, de l’Indonésie au Mexique. De la révolution au Rojava, au combat des Zapatistes du Chiapas, les luttes des peuples pour la liberté ne correspondent pas aux descriptions des luttes nationales classiques. Parce qu’il est évident que concept de « nation » est lié à l’État. C’est pourquoi les luttes entreprises par les peuples pour s’organiser sans État doivent être étudiées en dehors de la notion « nationale ». Cependant, nous ne faisons pas la démarche de considérer la Résistance de Kobanê par des rapprochements avec d’autres processus historiques. Certains groupes font des renvois à d’autres processus historiques et leurs trouvent des ressemblances avec la Résistance de Kobanê. Mais il faut bien comprendre que la Résistance de Kobanê, c’est la Résistance de Kobanê ; et la Révolution au Rojava, c’est la Révolution au Rojava. Si on tient absolument à faire des parallèles avec la Révolution du Rojava, mais en regardant par le prisme d’une révolution populaire, dans ce cas, il faut aller regarder du côté de la révolution populaire de la péninsule ibérique.

Même si la Résistance à Kobanê se fait près de la frontière de l’État turc, de nombreuses actions et manifestations de solidarité on été faites au quatre coins du monde. Comment interprétez-vous les effets de la Résistance de Kobanê, ou, en vérité, la Révolution au Rojava, avant tout sur l’Anatolie, et bien sûr au Moyen Orient et dans le reste du monde ? Quels sont vos prédictions sur ces effets ?

M.D. : Les appels au « serhildan » (terme turc spécifique désignant les nombreux mouvements populaires d’insurrection kurde contre l’État turc depuis les années 90’ sur le slogan « Edi Bese » : Assez !) ont d’abord trouvé réponse dans les villes d’Anatolie, à commencer par les villes du Kurdistan. Dès le premier soir, les populations ont salué la Révolution au Rojava et la Résistance de Kobanê qui combat l’EI assassin et son soutien à l’État turc. L’État a commencé par attaquer les « serhildan » avec les forces des milices paramilitaires (nota : groupuscules d’extrême droite fomentés par l’État turc). Lors de ce processus de « serhildan » l’État qui terrorise les rues du Kurdistan, à travers les contra-hizbul, a assassiné 43 de nos frères. Ces assassinats sont le signe de la peur de l’État turc de la Révolution au Rojava, et du fait que cette révolution survienne dans ses terres. Une autre peur du capitalisme mondial et de l’État turc qui attaque, dépité par la crainte, est bien-sûr : le Moyen-Orient. Malgré tant de pillages, de violences, une révolution populaire a pu exister dans le Moyen-Orient. Et cela met sans dessus dessous les plans du capitalisme mondial. Un grand chamboulement, car malgré les conditions de guerre, malgré toutes les carences, une révolution populaire a pu fleurir à Rojava. Cette révolution est la réponse apportée à tous les doutes sur la possibilité d’une révolution dans cette région et partout dans le monde, et a consolidé la foi en la révolution chez les peuples de la région et dans le monde. De toutes façons, le but de toutes les révolutions populaires dans l’histoire est de donner naissance à une révolution sociale qui se mondialise. Dans cette perspective nous avons fait un appel de solidarité à l’anarchisme mondial, pour la Résistance de Kobanê et la Révolution au Rojava. Suite à notre appel, les anarchistes de partout dans le monde ont réalisé des actions, en Irlande, en Allemagne, Bruxelles, Amsterdam, Paris, New York… Nous saluons par cette occasion toutes les organisations anarchistes qui ont entendu notre appel et qui ont organisé des actions, qui sont descendues dans la rue, ainsi que celles qui nous ont rejoint à la frontière pour faire les boucliers humains.

Depuis le premier jour des attaques de l’EI, Les médias, surtout celles soutenues par l’État turc, ont fait couler beaucoup d’encre, en annonçant que Kobanê était sur le point de tomber. Mais depuis un peu plus d’un mois, elles semblent avoir enfin compris que Kobanê n’est pas tombée et ne tombera pas. En tant que journal Meydan, nous saluons votre solidarité avec Kobanê. Voulez-vous ajouter quelque chose ?

M.D. : Nous, anarchistes révolutionnaires, avons vu encore une fois la foi inébranlable en la révolution sur des terres qui vivent dans des conditions de guerre, nous l’avons vécu, nous le vivons. Ce qui se passe au Rojava est une révolution populaire ! Cette révolution, où les frontières disparaissent, les États deviennent inefficaces, les plans du capitalisme mondial sont détruits, se socialisera sur notre géographie. Nous appelons tous les opprimés qui sont dans les quatre coins de notre géographie, à regarder par la fenêtre des opprimés, avec cette conscientisation, à agrandir la lutte organisée pour la révolution sociale. C’est la seule solution pour faire vivre dans des géographies plus larges la révolution sociale dont les fondations se sont bâties au Rojava. Vive la Résistance de Kobanê ! Vive la Révolution au Rojava !

Meydan, gazette mensuelle anarchiste, meydangazetesi.org

VERS L’AUTOGESTION AU ROJAVA ?
Deux semaines au Rojava.
(Zaher Baher, traduction : alternative libertaire. juillet 2014)

Le texte ci-dessous est un des rares témoignages sur l’expérience d’auto-organisation populaire du Kurdistan syrien. C’est la raison pour laquelle il était nécessaire de le rendre accessible aux francophones, en dépit de ses lacunes et de certaines confusions. L’auteur n’ayant pu répondre à nos questions, nous avons recoupé certaines informations avec d’autres sources (merci au journaliste Maxime Azadi, d’Actukurde.fr). Nous avons fait le choix d’utiliser la version kurde des noms de lieu, tout en indiquant, dans certains cas, leur nom en arabe et en français. L’intégralité du texte est reproduite, à l’exception d’un passage de géopolitique trop long et trop peu pertinent à notre sens. L’ensemble des analyses n’appartiennent qu’à leur auteur, et n’engagent pas Alternative libertaire. Les notes sont de l’équipe de traduction.

En mai 2014, j’ai parcouru pendant quelques semaines le Kurdistan syrien — « le Rojava » — au nord-est du pays, avec un ami. Durant ce séjour, nous avons eu toute latitude pour rencontrer qui nous voulions : femmes, hommes, jeunes, partis politiques. Dans cette région, il y a plus de 20 partis, qu’ils soient étiquetés « kurdes », « chrétiens », ou autres. Quelques-uns participent à l’« auto-administration démocratique » (Democratic Self Administration, DSA) ou « autogestion démocratique » (Democratic Self Management) de la région de la Cizîrê.

La Cizîrê est l’un des trois cantons du Rojava. Nous avons également rencontré des partis politiques kurdes et chrétiens qui ne participent pas à l’auto-administration. En outre, nous avons rencontré des responsables de l’auto-administration, membres de divers comités, groupes et communes, ainsi que des hommes d’affaires, des commerçants, des ouvriers, ou de simples badauds sur le marché et dans la rue.

Le contexte

Le Kurdistan est un territoire peuplé d’environ 40 millions d’habitantes et d’habitants, partagé, à la fin de la Première Guerre mondiale, entre l’Irak, la Syrie, l’Iran et la Turquie. Au cours de l’histoire, le peuple kurde a subi des massacres et même un génocide de la part des régimes qui se sont succédé, principalement en Irak et en Turquie. Depuis lors, il a été continuellement opprimé par les gouvernement centraux. En Irak, sous la dictature de Saddam Hussein, les Kurdes ont subi des massacres à l’arme chimique au cours de l’opération Anfal. En Turquie, il n’y a pas si longtemps encore, les Kurdes n’avaient pas le droit de parler leur propre langue, et ils n’étaient reconnus que comme « Turcs des montagnes » – allusion au relief montagneux du Kurdistan de Turquie. En Syrie, la situation des Kurdes était un peu meilleure qu’en Turquie. L’Iran, lui, les reconnaît comme un peuple distinct des Perses et leur a octroyé des droits, mais pas d’autonomie politique.

Après la 1re guerre du Golfe (1991) s’est constitué en Irak un Gouvernement régional du Kurdistan (GRK). Après la 2e guerre du Golfe (2003), l’invasion et l’occupation de l’Irak, le GRK a profité de la situation pour se renforcer et se doter d’une administration, d’un budget et d’une armée – les peshmergas – autonomes. A Bagdad, le gouvernement central n’a pu qu’entériner cette autonomisation et, dans une certaine mesure, l’a même soutenue. Ceci a encouragé les autres parties du Kurdistan, particulièrement en Turquie et en Syrie. Au cours de cette même année 2003, des Kurdes de Syrie ont fondé le Parti de l’union démocratique (PYD, pour Partiya Yekîtiya Demokrat), qui est venu s’ajouter aux partis et organisations kurdes déjà existants dans la région. La plupart remontaient aux années 1960 mais s’étaient révélées peu efficients en comparaison du rapide développement du PYD.

Le Printemps arabe

Le Printemps arabe a secoué la Syrie au début de 2011 et, au bout de quelque temps, s’est propagé dans les régions de la Cizîrê, de Kobanê et d’Efrîn. La protestation populaire y a été profonde et constante. Elle a contribué au retrait de l’armée des cantons kurdes, à l’exception de certains territoires de la Cizîrê dont nous parlerons plus loin.

Pendant ce temps, se constituait – avec l’appui du PKK et du PYD – le Mouvement de la société démocratique (Tev-Dem, pour Tevgera Civaka Demokratîk), qui a rapidement acquis une solide assise populaire. Après le départ de l’armée et de l’administration syrienne, la situation est devenue chaotique – nous verrons pourquoi – et le Tev-Dem s’est trouvé dans l’obligation de mettre en application son programme avant que les choses n’empirent.

Le programme du Tev-Dem était très fédérateur, et couvrait tous les sujets de société. Beaucoup de gens du peuple, venus de différents milieux – kurde, arabe, musulman, chrétien, assyrien et yézidi – s’y sont impliqués. Son premier travail a été de mettre sur pieds toute une série de groupes, de comités et de communes, dans les rues, les quartiers, les villages, les cantons, les petites et les grandes villes. Leur rôle a été de s’occuper de toutes les questions sociales : les problèmes des femmes, l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, l’entraide, les centres pour les familles endeuillées, le commerce et les affaires, les relations avec les pays étrangers. Des groupes ont même été chargés d’arbitrer les contentieux, pour éviter aux plaignants qui le souhaitaient d’avoir à engager des procédures judiciaires.

Généralement, ces groupes se réunissent chaque semaine pour faire le point sur la situation sociale. Ils ont leur propre représentant dans le conseil du village ou de la ville, nommé « maison du peuple ». Le Tev-Dem, à mon sens, est un mouvement des plus efficaces, et assume toutes les tâches qu’il s’est fixé. Je pense que les raisons de son succès sont les suivantes :
La volonté, la détermination et l’énergie de gens convaincus qu’ils peuvent changer les choses ;
La participation volontaire d’une majorité de la population, à tous les niveaux, pour assurer la réussite de cette expérience ;
La mise en place d’une de forces défensives reposant sur trois composantes : les Unités de protection populaire (YPG, pour Yekîneyên Parastina Gel), les Unités de protection féminines (YPJ, pour Yekîneyên Parastina Jin) et l’Asayesh (une force mixte présente dans les villes et sur les points de contrôle). En plus de ces trois composantes, il existe une unité spéciale féminine non mixte, pour traiter les questions de violences sexuelles et domestiques.

De ce que j’ai vu, le Kurdistan syrien a suivi – à raison, à mon avis – une voie différente de celle des autres pays touchés par le « Printemps arabe ». Les différences sont flagrantes.
1. Les pays du « Printemps arabe » ont été bouleversés par de grands événements, et plusieurs ont chassé leurs dictateurs. Mais le « Printemps arabe », dans le cas de l’Egypte, a engendré un gouvernement islamiste, puis une nouvelle dictature militaire. D’autres pays n’ont guère fait mieux. Cela montre la puissance du peuple qui peut, à un moment donné, être le héros de l’histoire, mais n’est pas forcément en mesure d’inscrire son succès dans la durée. C’est l’une des principales différences entre le « Printemps arabe » et le « Printemps kurde » du Rojava, qui pourrait bien durer – et qui dure, en tout cas, jusqu’à présent.
2. Au Kurdistan syrien, les gens étaient prêts et savaient ce qu’ils voulaient. Que la révolution devait se faire de bas en haut, et non l’inverse. Que ce devait être une révolution sociale, culturelle et éducative autant que politique. Qu’elle devait se faire contre l’Etat, le pouvoir et l’autorité. Que le dernier mot dans les prises de décision devait revenir aux communautés de base. Ce sont les quatre principes du Tev-Dem. On ne peut que saluer ceux et celles qui ont lancé ces grandes idées et les ont mis en pratique, qu’il s’agisse d’Abdullah Öcalan, de ses camarades ou de quiconque. En conséquence, les Kurdes de Syrie ont créé leurs propres institutions pour mener la révolution. Dans les autres pays du « Printemps arabe », les gens n’étaient pas préparés. Ils voulaient certes renverser le gouvernement, mais pas le système. La majorité pensait que la seule révolution possible se faisait au sommet. La création de groupes de base n’a pas été entreprise, hormis par une minorité d’anarchistes et de libertaires.

L’auto-administration démocratique

Après de longs débats et un dur travail, le Tev-Dem a abouti à la conclusion qu’il était nécessaire d’instituer une auto-administration (DSA) dans chaque canton du Rojava (Cizîrê, Kobanê et Efrîn). A la mi-janvier 2014, l’Assemblée du peuple de Cizîrê a élu sa propre DSA, pour mettre en oeuvre les décisions des maisons du peuple du Tev-Dem, et prendre en main une partie des tâches administratives locales — éducation, santé, commerce, défense, justice, etc. La DSA est composée de 22 hommes et femmes ayant chacun deux adjoints (un homme et une femme). Au total, près de la moitié sont des femmes. Des gens de toutes origines, nationalités et confessions peuvent y participer. Cela permet une atmosphère de confiance, détendue et fraternelle.

En peu de temps, cette auto-administration a fourni beaucoup de travail, et a rédigé une Constitution — nommée Contrat social —, une loi sur les transports, une lois sur les partis, et un programme pour le Tev-Dem.

La première page du Contrat social stipule que « les territoires de démocratie autogestionnaire n’admettent pas les concepts d’État-nation, d’armée nationale ou de religion d’État, de gestion centralisée et de pouvoir central, mais sont ouvertes à des formes compatibles avec les traditions démocratiques pluralistes, ouvertes à tous les groupes sociaux et toutes les identités culturelles, à la démocratie athénienne, et à l’expression des nationalités à travers leurs organisations. »

Le Contrat social compte de nombreux articles dont quelques uns sont extrêmement importants pour la société, par exemple :
• La séparation de l’État et des religions ;
• L’interdiction du mariage en dessous de l’âge de 18 ans ;
• La protection des droits des femmes et des enfants ;
• La prohibition de l’excision ;
• La prohibition de la polygamie ;
• La révolution doit se faire à la base de la société et être durable ;
• La liberté, l’égalité, l’équité et la non-discrimination ;
• L’égalité hommes-femmes ;
• La reconnaissance de toutes les langues usitées : l’arabe, le kurde et le syriaque sont langues officielles dans la Cizîrê ;
• La garantie d’une vie décente aux détenus, afin de faire de la prison un lieu de réhabilitation ;
• La reconnaissance du droit d’asile : aucun réfugié ne doit être contraint de partir.

La situation économique de la Cizîrê

La Cizîrê compte plus d’un million d’habitants, kurdes à 80%, mais aussi arabes, chrétiens, tchétchènes, yézidis, turkmènes, assyriens et arméniens. Il y a de nombreux villages arabes et yézidis, ainsi que 43 villages chrétiens.

Dans les années 1960, le régime syrien a appliqué dans les zones kurdes une politique dite « de la ceinture verte », que le parti Baas a poursuivi quand il est arrivé au pouvoir. Elle consistait en une marginalisation des Kurdes sur les plans politique, économique, social et éducatif. L’objectif de la « ceinture verte » était d’implanter une population arabe dans les zones kurdes, en lui distribuant des terres confisquées aux Kurdes. Bref, sous Assad, les Kurdes étaient des citoyens de troisième rang, après les Arabes et les chrétiens.

Une autre politique a été de cantonner la Cizîrê à la production de blé et de pétrole : pas d’usines, d’entreprises ni d’industrie. La Cizîrê produit 70% du blé syrien et est riche en pétrole, gaz et phosphates. La majorité de la population y est employée dans l’agriculture et le petit commerce, et il faut y ajouter les employés de l’éducation, de la santé, des services publics, les militaires et les petits entrepreneurs. Après 2008, la situation s’est dégradée quand le régime Assad a promulgué un décret spécial interdisant la construction de grands bâtiments, en raison de la situation de guerre larvée dans cette région périphérique et frontalière.

Actuellement, la situation est mauvaise, du fait des sanctions imposées par la Turquie et par le Gouvernement régional du Kurdistan (on verra pourquoi plus loin). Le quotidien dans la Cizîrê est frugal, le niveau de vie est bas, mais ce n’est pas non plus la pauvreté. Les gens, en général, sont heureux de ce qu’ils ont accompli. On trouve dans le Rojava les biens de première nécessité indispensables à toute société, ce qui est important, au moins pour le moment, pour éviter la famine, se tenir debout et résister aux sanctions de la Turquie et du GRK. Il y a du blé en quantité suffisante pour produire du pain et des pâtisseries. Le pain, du coup, est quasi gratuit.

Le pétrole est lui aussi très bon marché — on l’a « au prix de l’eau », comme on dit là-bas. On utilise le pétrole pour tout : à la maison, pour les véhicules, pour certains équipements industriels. Le Tev-Dem a rouvert certains puits de pétrole et dépôts de raffinage. A l’heure actuelle, la région produit plus de pétrole que ce dont elle a besoin : elle peut donc en exporter mais aussi stocker les surplus. L’électricité est un problème, parce qu’elle est en bonne partie produite dans la région voisine, contrôlée par l’État Islamique (Daech). Par conséquent, les gens n’ont accès à l’électricité que six heures par jours — mais, au moins, elle est gratuite. Le Tev-Dem a amélioré la situation en vendant du diesel à bas prix aux propriétaires de groupes électrogènes, à la condition qu’ils vendent de l’électricité au voisinage à un prix plafonné.

Pour ce qui est de la téléphonie mobile, les appareils captent, selon la zone, soit le réseau du GRK, soit celui de la Turquie. Les lignes terrestres sont sous le contrôle du Tev-Dem et de la DSA, et semblent bien fonctionner. Là encore, c’est gratuit.

En ville, les boutiques et les marchés sont ouverts tôt le matin, jusqu’à 23 heures. On trouve beaucoup de marchandises de contrebande importées des pays voisins. D’autres produits viennent du reste de la Syrie, mais ils coûtent cher, en raison des taxes prélevées par les forces syriennes ou par les différents groupes armés qui contrôlent les circuits d’approvisionnement.

La situation politique dans la Cizîrê

Comme on l’a dit, la majorité des troupes du d’Assad se sont retirées de la région, ne conservant leurs positions que dans certaines localités. Elles tiennent la moitié de la ville principale, Hesîçe, face aux YPG-YPJ. Dans la deuxième ville de la région, Qamislo, 6.000 à 7.000 soldats réguliers occupent toujours l’aéroport et une portion du centre-ville autour de la Poste – évitée du coup par la plupart des habitants.

Les deux parties se toisent et évitent de se frotter l’une à l’autre. Je qualifierais cette situation de « ni paix ni guerre ». Il y a certes déjà eu des affrontements, à Hesîçe comme à Qamislo, avec des morts de chaque côté, mais jusqu’ici, le chef des tribus arabes a oeuvré à maintenir la coexistence.

Le repli de l’armée syrienne profite en fait aux deux parties. D’un côté, Assad s’épargne un affrontement inévitable avec les Kurdes, et s’exonère d’avoir à défendre la région contre d’autres forces insurgées, puisque les YPG s’en chargent. Ses troupes ont ainsi pu se porter sur d’autres fronts, prioritaires pour le régime. Les YPG-YPJ protègeront de toute façon mieux le Rojava – y compris vis-à-vis de la Turquie – que l’armée syrienne.

D’un autre côté, les Kurdes ont tiré de cette situation des avantages substantiels :
• Ils ont cessé de combattre le régime Assad, ce qui a garanti la paix et la liberté pour la population, la sécurité de leurs terres et de leurs biens, et a épargné bien des vies.
• Le gouvernement continue de verser les salaires des fonctionnaires, bien que la quasi totalité travaillent à présent sous le contrôle de la DSA. Cela améliore évidemment la situation économique.
• La population y a gagné en autonomie dans sa vie et dans ses choix, dans le cadre du Tev-Dem et de la DSA. Plus cette situation se prolonge, et plus elle a de chances de s’enraciner.
• Les YPG-YPJ ont eu l’occasion par elles-mêmes, d’engager le combat avec les groupes terroristes, en particulier Daech, quand elles l’ont jugé nécessaire.

Dans la Cizîrê, il existe plus de 20 partis au sein des populations kurdes et chrétiennes. La majorité sont opposés au PYD, au Tev-Dem et à la DSA pour des raisons qui leur appartiennent – j’y reviendrai. Ils ont cependant la liberté de mener leurs activités sans aucune restriction. La seule chose qui leur soit interdite, c’est de posséder leur propre milice armée.

Les femmes et leur rôle

Les femmes sont largement acceptées et occupent une place importante, à tous les niveaux du Tev-Dem, du PYD et de la DSA. En vertu du système dit des « codirigeants » et des « coorganisateurs » (joint leaders and joint organizers), chaque direction de bureau, d’administration ou d’unité combattante doit inclure des femmes. En outre, les femmes ont leurs propres forces armées. Au sein des institutions, l’égalité hommes-femmes est complète.

Les femmes sont une force majeure, et sont très impliquées dans toutes les commissions des maisons du peuple, dans les comités, les groupes et les communes. Les femmes du Rojava ne forment pas seulement la moitié de la société : elles sont la moitié la plus efficace et la plus importante car si elles arrêtaient de travailler dans ces comités ou s’en retiraient, la société kurde pourrait bien s’effondrer. Beaucoup de femmes actives dans la politique ou dans la défense ont longtemps combattu avec le PKK dans les montagnes. Elles sont aguerries, résolues, dynamiques, responsables et courageuses. Dans le Rojava, les femmes sont sacrées, et Abdullah Öcalan et les autres dirigeants du PKK-PYD ont pris très au sérieux leur rôle dans la reconstruction de la société, sous tous ses aspects. Dans la philosophie d’Öcalan, on ne verra le meilleur de la nature humaine que si la société redevient matriarcale, d’une façon moderne bien sûr. Malgré cette situation, et bien que toutes les femmes soient libres, les relations amoureuses et sexuelles sont rares pour les combattantes. Les militantes et les militants que nous avons rencontrés estiment que tout cela — amour, sexualité, relations — n’est pas d’époque car leur investissement dans la révolution passe avant tout. Quand j’ai demandé ce qui advenait lorsque deux combattant.e.s ou deux responsables politiques tombaient amoureux, on m’a répondu que nul ne pouvait l’empêcher, mais qu’il valait mieux qu’elles soient mutées des postes plus appropriés.

Cela ébahira bien des Européens. Comment peut-on vivre sans amour, ni sexe, ni relations amoureuses ? Pour moi, c’est tout à fait compréhensible. Je pense que c’est leur choix et, si les gens sont libres de choisir, alors il doit être respecté. Néanmoins, si on laisse de côté les unités combattantes, le Tev-Dem et les autres partis, j’ai fait une curieuse observation : je n’ai pas vu une seule femme travaillant dans un magasin, une station-service, un marché, un café ou un restaurant. Pourtant, les femmes et les questions féminines sont bien plus avancées ici qu’au Kurdistan irakien, qui a pourtant disposé de vingt-deux ans pour établir ses propres lois, avec une marge de manœuvre bien supérieure. Ceci dit, on ne peut pas non plus dire qu’il y ait un mouvement de femmes spécifique ou indépendant au Kurdistan syrien.

Les communes

Les communes sont les cellules les plus actives des maisons du peuple. Il y en a partout, qui se réunissent une fois par semaine pour discuter des affaires courantes. Chaque commune est basée dans un quartier, un village ou une ville, et a son propre représentant à la maison du peuple.

Ci-dessous, la définition de la commune, tirée du Manifeste du Tev-Dem, traduit de l’arabe :
Les communes sont les plus petites cellules et les plus actives. En pratique, elles constituent une société prenant en compte la liberté des femmes, l’écologie, et où est instituée la démocratie directe. Les communes œuvrent à développer et à promouvoir des commissions. Sans rien attendre de l’État, celles-ci cherchent par elles-mêmes des solutions aux questions sociales, politiques, éducatives, de sécurité et d’autodéfense. Les communes instituent leur propre pouvoir en construisant des organismes tels que les communes agricoles dans les villages, mais aussi des communes, coopératives et associations dans les quartiers.
Il faut former des communes dans la rue, les villages et les villes, avec la participation de toutes et tous les habitants. Les communes se réunissent chaque semaine, et prennent leurs décisions au grand jour, avec leurs membres de plus de 16 ans.

Nous sommes allés à une réunion d’une des communes basée dans le quartier de Cornish, à Qamislo. Il y avait là 16 à 17 personnes, pour la plupart des jeunes femmes. Nous avons pu discuter de façon approfondie de leurs activités et de leurs tâches. Elles nous ont dit qu’il y avait 10 communes dans le quartier, composées chacune de 16 personnes. « Nous agissons un peu comme des travailleurs sociaux, nous ont-elles dit, avec tout ce que ça comporte : rencontrer les gens, assister aux réunions hebdomadaires, démêler les problèmes, veiller à la sécurité et à la tranquillité publique, collecter les ordures, protéger l’environnement et assister à la grande réunion pour débriefer ce qui s’est passé durant la semaine. »

Elles m’ont confirmé que personne, pas même les partis politiques, ne s’ingère dans les décisions prises collectivement, et en ont cité quelques-unes : « Nous souhaitions utiliser une vaste parcelle, dans une zone résidentielle, pour créer un petit parc. Nous avons demandé une aide financière à la mairie. Elle n’avait que 100 dollars à nous donner. Nous avons pris l’argent, et collecté 100 dollars supplémentaires auprès des habitants. » Elles nous ont fait visiter ce parc en nous expliquant : « Beaucoup de gens ont travaillé bénévolement pour terminer le travail, sans dépenser davantage d’argent. »

Elles nous ont donné un autre exemple : « Le maire voulait lancer un projet dans le quartier. Nous lui avons répondu que rien ne se ferait sans qu’on ait, au préalable, recueilli l’assentiment des habitants. Nous avons tenu une réunion, qui a rejeté le projet. Tout le monde n’ayant pas pu venir à la réunion, nous sommes allés maison par maison pour recueillir les opinions. Le rejet du projet a été confirmé à l’unanimité. »

Quand, à leur tour, elles ont voulu savoir s’il existait des structures similaires à Londres, je leur ai répondu qu’il y avait certes plusieurs groupements, mais malheureusement aucun qui ressemble au leur — uni, progressiste et engagé. Bref, je leur ai avoué qu’elles étaient bien plus avancées que nous. Surprise, déception et même frustration de leur part : comment leur région pouvait-elle être à un stade plus avancé qu’un pays qui a connu la révolution industrielle il y a des siècles !

L’opposition kurde et chrétienne

Comme je l’ai dit, il y a plus de 20 partis politiques kurdes dans le Rojava. Quelques-uns se sont ralliés à l’auto-administration, mais 16 autres non. Tandis que certains se retiraient de la scène, 12 autres s’unissaient au sein d’une coalition nommée Assemblée patriotique du Kurdistan en Syrie, plus ou moins pro-Barzani, c’est-à-dire dans l’orbite du Parti démocrate kurde (PDK) et du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) en Irak.

Dans les années 1990, le sang a coulé entre le PKK et le PDK. De violents affrontements ont opposé les deux partis au Kurdistan irakien, faisant des milliers de morts. La plaie est encore à vif. Il faut avoir à l’esprit que le gouvernement turc soutenait le PDK dans sa lutte contre le PKK, aux confins de l’Irak et de la Turquie.

Le clan Barzani fait surtout grief à Abdullah Öcalan de se poser comme le leader national de tous les Kurdes.

L’auto-administration démocratique (DSA) mise en place au Kurdistan syrien sous l’égide du PYD et du PKK ne pouvait donc que déplaire à la Turquie et au GRK, son allié.

Tout ceci pour expliquer pourquoi le GRK s’oppose au Tev-Dem et à la DSA au Kurdistan syrien. Le PDK se préoccupe beaucoup de ce qui se passe dans le Rojava et, quoiqu’il advienne, cherche à tirer les marrons du feu. Il fournit donc une aide financière et des armes à certains partis locaux, dans l’idée de déstabiliser la région.

Notre rencontre avec les partis d’opposition a duré plus de deux heures, et la majorité d’entre eux étaient là. Nous leur avons demandé quels étaient leurs rapports avec le PYD, la DSA et le Tev-Dem. Sont-ils libres ? Ont-ils eu des militants persécutés ou arrêtés par les YPG-YPJ ? Disposent-ils de la liberté de s’organiser, de manifester ? Et d’autres questions de la sorte. A chaque fois, leur réponse a été : pas d’arrestation, pas de restriction à la liberté de manifester. Mais pas question pour eux de participer à la DSA.

Ils ont trois contentieux avec le PYD et la DSA.

Selon eux le PYD et le Tev-Dem ont trahi le peuple kurde, parce qu’ils ont laissé la moitié de Hesîçe (Hassaké) et une partie de Qamislo (Kameshli) aux mains du régime de Damas, même si ses forces y sont limitées. Pour eux, cela revient à une compromission avec Bachar el-Assad.

Nous avons suggéré que cette politique “ni paix ni guerre” visait à stabiliser une situation qui a bénéficié à tout le monde dans la région, y compris aux partis d’opposition. Nous leur avons également dit, et ils devaient le savoir mieux que nous, que le PYD pourrait aisément chasser les soldats d’Assad de ces deux villes, au prix de quelques morts, mais la question est : qu’est-ce qui se passe après ?! Assad ne veut pas renoncer à Hesîçe et, par conséquent, la guerre recommencerait avec son cortège de crimes, de persécutions, de bombardements, de villes et de villages détruits. Cela faciliterait par ailleurs une attaque de Daech ou d’Al Nosra. Cela provoquerait peut-être un affrontement général entre les troupes d’Assad, l’ASL et les organisations terroristes au sein du Rojava, détruisant tout ce qui a été accompli jusqu’ici. Ils n’ont pas répondu à cet argument.

L’opposition ne veut pas participer à la DSA, ni à la prochaine élection, qui aura lieu dans quelques mois si tout va bien. Primo, ils continuent d’accuser le PYD de collaborer avec le régime Assad, sans en apporter la preuve. Secundo, ils estiment que les élections ne seront pas libres puisque le PYD n’est pas un parti démocratique, mais bureaucratique. Pourtant, nous savons qu’il y a à peu près autant de militants du PYD que d’autres partis au sein de la DSA. Nous leur avons dit que s’ils croient dans le processus électoral, ils devraient y participer, pour une DSA plus démocratique et moins bureaucratique. Ils ont accusé le PYD de s’être retiré de la Conférence nationale kurde, impulsée par le GRK en août 2013 à Erbil.

Interrogés par la suite, les militants du PYD et du Tev-Dem ont protesté qu’ils avaient la preuve écrite qu’ils s’étaient engagés dans ce pacte, contrairement à l’opposition.

L’opposition veut mettre sur pieds ses propres milices, mais n’y est pas autorisée par le PYD. Interrogés, le PYD et le Tev-Dem ont confirmé : l’opposition peut avoir ses propres combattants, à la conditon qu’ils soient sous le commandement des YPG-YPJ. Pour eux, la situation est sensible et très tendue. Ils redoutent des heurts armés entre factions, et veulent pas laisser cela advenir. Le PYD dit qu’il ne veut pas reproduire les erreurs commises au Kurdistan irakien où, durant toute la seconde moitié du XXe siècle, des organisations kurdes rivales se sont livrées des combats sanglants.

A la fin, ils nous ont demandé de retourner voir les partis d’opposition pour leur proposer, au nom du PYD et du Tev-Dem, tout ce qu’ils voulaient à l’exception de la liberté de créer leurs propres milices. Quelques jours plus tard, à Qamislo, nous avons rencontré, pendant près de trois heures, les leaders de trois partis kurdes : la branche syrienne du PDK (Partiya Demokrat a Kurdistanê li Sûriyê), le Parti du Kurdistan pour la démocratie et l’égalité en Syrie (Partiya Wekhevî ya Demokrat a Kurdî li Sûriyê) et le Parti de la démocratie patriotique kurde en Syrie. Ils ont plus ou moins répété leurs griefs contre la DSA et le Tev-Dem. Nous avons longtemps essayé de les convaincre que s’ils voulaient résoudre la question kurde, il fallait il soient indépendant du GRK et du PDK, et travaillent dans le seul intérêt de la population du Rojava. La plupart du temps, ils sont restés silencieux, sans répondre à nos arguments.

Quelques jours après, nous avons également rencontré les représentants de deux partis chrétiens et l’organisation de jeunesse chrétienne de Qamislo, qui se participaient pas à la DSA ni au Tev-Dem, mais reconnaissaient qu’ils n’avaient rien contre et approuvaient leur politique. Ils reconnaissaient aussi le mérite des YPG-YPJ qui ont protégé la région contre l’armée syrienne et les groupes terroristes.

Malgré tout, les jeunes militants de Qamislo n’étaient pas contents de la DSA et du Tev-Dem. Ils se plaignaient du manque d’électricité et de possibilité pour la jeunesse de s’impliquer. Ils cherchent donc une alternative à la DSA et au Tev-Dem car si la situation perdure, disent-ils, il n’y aura d’autre choix que l’émigration vers l’Europe. Un responsable d’un parti présent à la réunion leur a répondu : « Que dis-tu, fils ? Nous sommes en pleine guerre. Ne voyez-vous pas combien de femmes, d’hommes, de personnes âgées et d’enfants sont tués tous les jours ?!! C’est un sujet grave. Dans cette situation, être au pouvoir n’a pas une grande importance ; nous pouvons utiliser d’autres moyens. Ce qui est important en ce moment c’est : être chez soi sans crainte d’être tué, pouvoir laisser nos enfants jouer dans la rue sans qu’ils soient enlevés ou tués. Nous sommes libres de nos activités, comme d’habitude, personne ne nous en empêche, nous ne sommes ni agressés ni insultés. Nous avons la paix, la liberté et la justice sociale… » Les membres des autres partis approuvèrent. Avant de quitter la région, nous avons parlé avec des commerçants, des hommes d’affaires et des gens sur le marché. Tout le monde avait une opinion plutôt positive sur la DSA et le Tev-Dem. Ils étaient satisfaits de la paix, de la sécurité et de la liberté et pouvaient gérer leurs activités sans subir l’ingérence d’un parti ou d’un groupe.

La tranchée de la honte

En 2013, avec l’aide du gouvernement irakien, le Gouvernement régional kurde (GRK) a creusé une tranchée de deux mètres de profondeur et de deux mètres de large, sur environ 35 kilomètres de long, le long de la frontière avec le Kurdistan syrien. Les 12 premiers kilomètres ont été réalisés par le GRK, les 18 derniers par Bagdad. Sur la portion restante, le fleuve Tigre constitue un obstacle naturel. Le KRG et le gouvernement irakien prétendent que la tranchée était une mesure de protection nécessaire à la paix et à la sécurité en Irak, y compris au Kurdistan. Ici, les gens se posent beaucoup de questions sur cette « protection ». Contre qui ? Contre quoi ? Daech ? Mais Daech ne peut pénétrer dans cette partie de la Syrie, gardée par les YPG-YPJ.

La majorité des Kurdes voient en réalité deux raisons à cette tranchée. D’une part, empêcher des réfugiés syriens, mais aussi le PKK et le PYD, d’entrer au Kurdistan irakien ; d’autre part, accroître l’efficacité des sanctions économiques prises contre le Kurdistan syrien pour l’obliger à accepter les conditions du GRK. Toutefois, je pense que les Kurdes de Syrie préfèreront subir la famine plutôt que de passer sous les fourches caudines du GRK. C’est pourquoi, dans tout le Kurdistan, a surnommé cette tranchée la « Tranchée de la honte ». Les sanctions économiques ont fortement perturbé la vie dans la Cizîrê, où l’on manque de tout : médicaments, argent, médecins, infirmières, enseignants, techniciens et ingénieurs de l’industrie, notamment dans le secteur pétrolier. La Cizîrê, qui a des milliers de tonnes de blé à exporter, est contrainte de vendre son grain 200 à 250 dollars la tonne au gouvernement irakien, alors que celui-ci paie 600 à 700 dollars la tonne quand il l’achète ailleurs.

Dans le Rojava, cette attitude du GRK de Massoud Barzani — qui se qualifie lui-même de grand leader kurde — provoque l’incompréhension. Le 9 mai 2014, une grande manifestation pacifique contre la « Tranchée de la honte » a réuni plusieurs milliers de personnes à Qamislo, à l’appel du Tev-Dem. On a pu y entendre plusieurs forts discours de différentes organisations, maisons du peuple, groupes et comités. Aucun de ces discours n’a créé de tensions. Les gens se rassemblaient principalement autour de l’idée qu’il fallait rétablir la fraternité, la coopération, et une bonne entente de chaque côté de la frontière, que tous les partis devaient se réconcilier et prononcer des paroles de paix et de liberté. La manifestation s’est achevée en fête de rue avec danses, chansons et hymnes.

Attentes et craintes

Où va le mouvement populaire du Rojava ? C’est difficile à dire, mais cela ne doit pas nous empêcher d’analyser et de réfléchir à son avenir. La victoire ou la défaite complète d’une expérience telle que la région n’en a pas connu depuis longtemps dépend de facteurs internes et externes.

Quoi qu’il arrive, nous devrons y faire face ; ce qui compte, c’est de résister, d’être volontaire et ambitieux, de ne pas capituler, de ne pas se décourager et de croire au changement. Rejeter le système actuel, saisir chaque occasion, cela est plus important, je pense, qu’une victoire temporaire. C’est la clef pour atteindre le but final. [...]

L’affaiblissement du Tev-Dem

Comme nous l’avons vu, le Tev-Dem est l’âme du mouvement populaire, avec ses groupes, ses comités, ses maisons du peuple. Sans le Tev-Dem, pas d’Auto-administration démocratique (DSA). De façon générale, de l’existence du Tev-Dem dépend l’avenir du Rojava, et du modèle qu’il peut représenter pour l’ensemble de la région. Il est difficile d’évaluer l’équilibre des forces entre le Tev-Dem et la DSA. J’ai eu le sentiment que quand le pouvoir de la DSA croissait, celui du Tev-Dem diminuait. L’inverse peut être vrai aussi.

J’ai soulevé cette question avec les camarades du Tev-Dem. Ils n’étaient pas d’accord. Ils estiment que plus la DSA sera forte, plus le Tev-Dem sera fort. En effet, ils voient la DSA comme un simple organe exécutif, mettant en œuvre les décisions prises par le Tev-Dem et ses organes. J’ai du mal à fixer mon opinion à ce sujet, l’avenir tranchera.

Le PYD et les structures des partis

Ce sont le PYD et le PKK qui sont derrière le Tev-Dem, et ces deux partis présentent toutes les caractéristiques des grands partis dans cette région du monde : hiérarchie dirigeants-dirigés, tous les ordres descendant du sommet vers la base. Les militants sont peu consultés sur les orientations mais sont très disciplinés, ont des règles des ordres à appliquer, et des relations confidentielles avec différents partis, au pouvoir ou non dans différentes régions du monde. Et pourtant, le Tev-Dem est tout l’inverse. Beaucoup de ses militants ne sont membres ni du PKK ni du PYD. Ils croient à la révolution par en bas, n’attendent rien de l’État et des autorités, et participent aux réunions où les décisions sont prises souverainement, dans l’intérêt supérieur des habitants. Ensuite, ils demandent à la DSA de mettre en application leurs décisions. Et il y a encore beaucoup d’autres différences entre le PYD-PKK et le Tev-Dem.

La question est : comment se fait le compromis ? Est-ce le Tev-Dem qui suit le PYD-PKK, où bien est-ce eux qui suivent le Tev-Dem ? Qui contrôle qui ?

Je n’ai pas la réponse, je cherche encore, mais je pense qu’on sera bientôt fixés.

Une crainte : la sacralisation de l’idéologie et des idéologues L’idéologie est un point de vue. Tout voir par le prisme de l’idéologie peut conduire à un désastre, car cela peut donner des réponses toutes faites, et des solutions déconnectées de la réalité. La plupart du temps, les idéologues cherchent le juste mot dans de vieux livres qui ne sont plus pertinents pour comprendre la situation actuelle. Les idéologues peuvent être dangereux quand ils veulent imposer leurs idées tirées de ces vieux livres. Ils peuvent être bornés, rigides, inflexibles. Ils ne respectent pas les points de vue différents. Ils ont beaucoup de points communs avec les religieux, et certains marxistes ou communistes. Pour résumer, ils croient que l’idéologie, ou la pensée, crée l’insurrection ou les révolutions. Pour des non-idéologues comme quoi, c’est le contraire qui est vrai. Il est regrettable que j’aie trouvé de nombreux idéologues au sein du PYD et du Tev-Dem, surtout quand nous en sommes venus à parler des idées d’Abdullah Öcalan. Il y a des gens qui ramènent Öcalan à tout propos dans les discussions. Ils ont une confiance totale en lui et, dans une certaine mesure, ils le sacralisent. Que ce soit de la foi ou de la crainte envers le leader, c’est effrayant, et cela ne présage rien de bon. Pour moi, rien ne doit être sacré et tout doit pouvoir être critiqué, et rejeté si besoin.

Le pire, c’est à la Maison des enfants et dans les centres de jeunesse, où les enfants apprennent les idées nouvelles, la révolution et beaucoup de choses positives qu’ils devront savoir pour être utiles à la société. Cependant, en plus, ces enfants apprennent l’idéologie et la pensée d’Öcalan, et à quel point il est le leader du peuple kurde. A mon sens, les enfants ne devraient pas être endoctrinés. On ne devrait pas leur enseigner la religion, la nationalité, la race ou la couleur. Ils devraient avoir leur liberté de conscience et qu’on les laisse tranquille jusqu’à ce qu’à l’âge adulte ils fassent leurs propres choix.

Le rôle des communes

J’ai déjà expliqué ce qu’étaient les communes. Leur mission doit évoluer. Elles ne peuvent pas rester cantonnées au traitement des problèmes locaux. Elles doivent accroître leur rôle, leurs prérogatives et leurs pouvoirs. Certes, il est vrai que le Rojava est dépourvu d’usines, d’entreprises et d’une véritable infrastructure industrielle. Mais dans la Cizîrê, qui produit surtout du blé, l’agriculture occupe beaucoup de monde dans les petites villes et les villages. Et la région est riche en pétrole, gaz et phosphates, bien que la plupart des gisements soient hors d’usage du fait de la guerre ou du manque d’entretien avant même le soulèvement.

Les communes pourraient donc investir ces domaines, les placer sous contrôle collectif et distribuer leurs produits aux gens en fonction de leurs besoins. Ce qu’il resterait après la distribution pourrait être soit vendu, soit échangé contre du matériel, soit stocké. Si les communes ne s’élèvent pas à ces tâches et se limitent à ce qu’elles font actuellement, évidemment, leur tâche restera inachevée.

En conclusion

Il y a beaucoup de choses à dire sur l’expérience du Rojava, et une foule de points de vue, de droite comme de gauche, des indépendantistes, des trotskistes, des marxistes, des communistes, des socialistes, des anarchistes et des libertaires. Pour ma part, en tant qu’anarchiste, je ne vois pas tout en blanc ou tout en noir, je n’ai pas de solution toute faite, et je ne la cherche jamais dans de vieux livres. Je pense que la réalité et les événements créent les idées et la pensée, pas l’inverse. Je les observe avec l’esprit ouvert, et je m’efforce de les relier entre eux.

Quelques mots importants, cependant, au sujet des insurrections et des révolutions. La révolution ne se limite pas à l’expression d’une colère, elle ne se fait pas sur ordonnance ou sur commande, elle ne survient pas en vingt-quatre heures, n’est pas un coup d’État militaire, bolchevique ou une conjuration politicienne. Elle ne se limite pas au démantèlement de l’infrastructure économique et à l’abolition des classes sociales. Tout cela, c’est le point de vue des gauchistes, des marxistes, des communistes et de leurs partis. Ils voient la révolution ainsi parce qu’ils sont dogmatiques et mécanistes. Pour eux, la révolution et l’abolition des classes signifie le socialisme et la fin de l’histoire.

A mon avis, même si la révolution réussit, le désir d’autorité peut survivre au sein de la famille, dans les entreprises, les usines, les écoles, les universités et d’autres lieux et institutions. A cela peut s’ajouter la persistance des différences hommes-femmes et l’autorité des premiers, même sous le socialisme. En outre, il restera nécessairement un résidu de culture égoïste et cupide, hérité du capitalisme. Tout cela ne peut s’évaporer ou disparaître en peu de temps. Cela peut être une menace pour la révolution. L’évolution de l’infrastructure économique et la victoire sur la société de classe ne garantissent pas la pérennité de la révolution. Je pense qu’une révolution culturelle, éducative et intellectuelle est nécessaire. Les gens n’aiment pas le système actuel et pensent pouvoir le changer. La tendance à la rébellion, le refus d’être exploité, l’esprit de révolte sont des choses très importantes pour maintenir la flamme de la révolution.

A partir de là, que dire de l’expérience du Rojava ?

Cette expérience dure depuis deux ans et marquera des générations. Les Kurdes de Syrie ont l’esprit rebelle, ils vivent en harmonie, dans une atmosphère de liberté, et s’accoutument à une culture nouvelle : une culture du vivre-ensemble dans la paix et la liberté, une culture de tolérance, de partage, de confiance en soi et de fierté, une culture de dévouement et de solidarité. En même temps, il est vrai que la vie est dure, qu’il y a pénurie de biens de première nécessité, et que le niveau de vie est bas, mais les gens sont accueillants, conviviaux, souriants, attentifs et simples. L’écart entre les riches et les pauvres est faible. Tout cela aide les gens à surmonter les difficultés.

Ensuite, les événements et l’environnement actuels ont changé beaucoup de choses. Ils ne supporteront pas une nouvelle dictature ; ils se battront pour leurs acquis ; ils ne tolèreront pas qu’on décide à leur place. Pour toutes ces raisons, ils résisteront au découragement, se dresseront de nouveau, lutteront pour leurs droits et résisteront au retour de l’ordre ancien.

Certains disent que tant que cette expérience aura Abdullah Öcalan, le PKK et le PYD derrière elle, elle court le risque de prendre fin et d’être remplacée par une dictature. C’est possible en effet. Mais même ainsi, je ne pense pas qu’en Syrie ou au Rojava, les gens puissent, plus longtemps, tolérer une dictature ou un gouvernement de type bolchevique. Nous ne sommes plus à l’époque où le gouvernement de Damas pouvait massacrer 30.000 personnes à Alep en quelques jours. Le monde a changé.

Il me reste à dire que tout ce qui s’est passé dans le Kurdistan syrien n’est pas seulement l’idée d’Öcalan, comme beaucoup le croient. En fait, cette idée est très ancienne, et Öcalan l’a développée en prison, en lisant des centaines de livres, en analysant les expériences et les échecs des mouvements nationalistes et communistes dans la région et dans le reste du monde. La base de tout, c’est qu’il est convaincu que l’État, quelle que soit son nom et sa forme, reste l’État, et ne peut disparaître s’il est remplacé par un autre État. Pour cela, il mérite d’être entendu.

Zaher Baher

ANNEXES
Glossaire

EI : Etat islamique – Daesh en arabe. Ses origines remontent à 2006, quand des combattants créent l’Etat islamique en Irak (EII), qui se réclame d’Al-Qaida. Défait en 2007-2008 par les forces américaines et loyales à Bagdad, l’EII se reconstitue puis participe aux combats en Syrie à partir de 2011. Il rompt avec Al-Qaida et, en 2013, devient l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Il proclame le califat en juin 2014.

PKK : Parti des travailleurs du Kurdistan, fondé en 1978 par Abdullah Öcalan. Organisation politique et militaire des Kurdes de Turquie, d’origine marxiste-léniniste, en guerre contre Ankara depuis 1984. Un cessez-le-feu a été signé en 2013 et des négociations sont en cours avec le gouvernement turc.

PYD : Parti de l’union démocratique, branche syrienne du PKK, créé en 2003 par les Kurdes de Syrie.

YPG et YPJ : Unités de protection du peuple, organisation combattante du PYD. Les YPJ ne sont composées que de femmes.

PDK : Parti démocratique du Kurdistan (Irak), fondé en 1946 par Moustafa Barzani. Dirigé par son fils Massoud, ce parti est proche de l’opposition syrienne et soutenu par la Turquie. Peshmergas : Combattants kurdes irakiens, branche militaire du PDK de Barzani.

ASL : Armée syrienne libre. Rebelles syriens contre le régime de Bachar Al-Assad

Burkan Al Firat : État-major conjoint YPG/YPJ/ASL.

YBS : Les Unités de la Résistance du Sinjar, estimées à plus de 2000 combattant yézidis, ont été formées depuis août dernier par le PYD et le PKK.

voir aussi http://rojavasolidarite.noblogs.org/

http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=669

http://www.alternativelibertaire.org/?Dossier-Kurdistan-Un-nouveau

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Reçu des veines ouvertes ; Et « si c’est une femme »

Posté par elianguesard le 24 décembre 2014

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Prenant en compte le poète affirmant que « la femme est l’avenir de l’homme » et que l’actualité et le passé montrent que la femme est l’ancestrale bouc-émissaire de l’homme. Alors le féminicide actuel et sa progression indiquent que l’homme n’a pas d’avenir ou plus exactement ; le féminicide actuel indique la fin de l’humanité « si rien ne bouge ».
On peut aussi dire voire affirmer avec la phrase du géographe de la Commune de Paris Elisée Reclus « L’homme est la nature prenant conscience d’elle même » que la résolution de notre monde passera par la prise de conscience du féminicide en avant poste ; la femme est effectivement la nature prenant conscience d’elle même et l’avenir de l’homme qui n’a plus de couilles dépend de la révolte des femmes.
Cette situation est aussi la conséquence de la colonisation des peuples autochtones dont les révoltes « homme » ont été brisées de longue date (http://www.legrandsoir.info/l-indien-dans-nos-tetes.html). La colonisation du monde par l’occident et de ses dogmes ; le libéralisme, le christianisme, le scientisme, le capitalisme ou productivisme puisque des pays, des hommes prétendument communistes ou socialistes en ont croqué aussi, doit disparaître comme un mauvais rêve avec les dogmes des autres colonisations dîtes religions.

Quelques textes sélectionnés
1er texte

1er Octobre 2014

Des assassinats de Ciudad Juárez au phénomène des féminicides : de nouvelles formes de violences contre les femmes ?
ciudad

Le texte que Jules Falquet nous propose ici est issu d’un travail sur les recompositions de la violence, et sur la centralité des violences masculines contre les femmes, dans le développement contemporain du mode de production néolibéral — lui-même compris comme la résultante de l’évolution conjointe de rapports sociaux capitalistes, colonio-racistes et hétéro-patriarcaux.

Féministe et activiste « à ses heures libres », Jules Falquet[1] a vécu dans le Chiapas, à Mexico et au Salvador. Elle travaille sur les mouvements sociaux, les résistances à la mondialisation néolibérale, les recompositions de la violence masculine contre les femmes et l’imbrication des rapports sociaux de sexe, « race » et classe.

Préambule

Le choix de revenir sur les assassinats, assortis de viols et de tortures, de centaines de femmes à Ciudad Juárez depuis les années 1990, n’a rien à voir avec une quelconque volonté de victimisation de « pauvres » femmes ou de diabolisation d’hommes particulièrement « machistes » d’un « lointain » pays du sud. Au contraire, la nécessité d’analyser la situation du Mexique s’explique par l’importance de ce pays pour l’avancée du néolibéralisme à l’échelle planétaire, du fait de son rôle-clé dans la construction de l’hégémonie des Etats-Unis —dont il constitue historiquement un réservoir de main-d’œuvre, de matières premières et d’énergie déterminant, à plus forte raison depuis l’entrée en vigueur en 1994 du Traité de libre commerce Etats-Unis-Canada-Mexique[2].

Cette analyse de la violence meurtrière exercée par un ensemble « d’hommes en armes » contre un ensemble de « femmes de service » prolonge également mes travaux précédents[3], en les ancrant dans un contexte historique, géographique et politique spécifique —le Mexique comme « bon élève » du néolibéralisme. On verra que cette violence va bien au-delà de la profonde misogynie que nous connaissons depuis longtemps sous diverses latitudes pour s’inscrire dans des logiques de guerre particulièrement complexes et relativement nouvelles. En effet, elle nous permettra de mettre en évidence une véritable « guerre de basse intensité contre les femmes[4] », qui constituerait la nouveauté de la vieille guerre capitaliste, celle qu’évoquait Rosa Luxembourg (1915), dès la première vague de la mondialisation quand elle soulignait l’alternative à laquelle l’humanité faisait alors face : le socialisme ou la barbarie. Comprendre les logiques de l’actuelle barbarie néolibérale, cent ans plus tard, constitue le début d’un cheminement vers d’autres possibles.

De quoi parle-t-on quand on parle de féminicide ? Il s’agit en réalité d’un ensemble de violences masculines meurtrières contre les femmes, de diverse nature : je rappellerai donc d’abord un certain nombre d’éléments de contexte et de définition, en me centrant sur la ville de Ciudad Juárez et les travaux de différentes activistes et chercheuses féministes. On verra ensuite que le(s) féminicide(s)[5] constituent à la fois une « nouvelle » forme de violence spécifique au néolibéralisme tel qu’il se développe actuellement au Mexique et qui lui est fort utile, et qu’il(s) trouve(nt) leur origine dans l’histoire longue de contrôle politico-militaire particulière à ce pays. Dans un troisième et dernier temps, après avoir souligné certaines ressemblances avec d’autres cas de dictature et d’après-guerre dans le reste du continent, je proposerai plusieurs pistes pour approfondir la réflexion.

Le développement des assassinats de femmes à Ciudad Juárez

Le sexennat de Zedillo (1994-2000) est marqué par le développement, à Ciudad Juárez, de disparitions et de meurtres de femmes, progressivement baptisés « féminicides ». En effet, dans cette ville frontalière, emblématique de la migration vers le Nord, de l’industrialisation et de l’urbanisation spontanée[6], on signale à partir de 1993 une série d’assassinats particulièrement marquants : on retrouve des cadavres de jeunes femmes, parfois à peine sorties de l’adolescence, portant les marques de terribles violences sexuelles, viol et torture. Certains corps sont mutilés, démembrés, ou encore jetés nus, parfois en groupes, dans le désert, au milieu de terrains vagues ou de décharges, projetant une image macabre de barbarie délibérée (González Rodríguez, 2002 ; Washington Valdés, 2005).

Au fil des mois puis des années, disparitions et assassinats se multiplient. Les familles qui cherchent leurs disparues ou viennent reconnaître des corps se heurtent à la négligence, voire au mépris et à l’agressivité de la police. Les dossiers, les pièces à conviction et même les restes des corps sont mélangés ou perdus. Les personnes venues signaler une disparition sont insultées, menacées, parfois elles-mêmes mises en cause. Face à l’attitude des autorités, des groupes de femmes, de mères notamment, mais aussi les familles plus largement et les ami-e-s, se forment pour demander justice[7], organisant marches et campagnes pour attirer l’attention sur le phénomène et exiger des réponses, rapidement relayées par le mouvement féministe et les organisations nationales de droits de la personne. On assiste à quelques arrestations “spectaculaires” de suspects qui ont surtout des caractéristiques de victimes expiatoires idéales – deux conducteurs de bus, un « Égyptien » venu des États-Unis ou encore le frère d’une victime enquêtant d’un peu trop près dans les commissariats. Mais rapidement, les conducteurs de bus confondus montrent à la presse leurs corps couverts de brûlures de cigarettes, leur avocate dénonce être menacée de mort et fait l’objet d’attentats (Washington Valdés, 2005). Surtout, malgré ces arrestations, les assassinats continuent. Pour beaucoup de femmes, la peur s’installe. En effet, sommées de réagir, les plus hautes autorités elles-mêmes blâment les victimes, les accusant d’être des fugueuses, des prostituées, et minimisant les faits. Ainsi, le gouverneur de l’État de Chihuahua à l’époque, Francisco Barrio (1992-1998), affirme que les victimes « sortaient danser avec de nombreux hommes ». Il insinue même à propos d’une fillette de dix ans assassinée, que sa dentition, marquée par les caries, dénotait la « désintégration et la dés-attention familiale » et soutient que les chiffres des assassinats de femmes et de jeunes filles sont « normaux »[8].

Devant la brutalité des crimes et le mystère qui entoure leurs auteurs, les interprétations les plus diverses se font jour (Ravela et Domínguez, 2003). Certain-e-s avancent que disparitions et assassinats pourraient servir à réaliser des « snuff movies »[9] ou à des trafics d’organes. De nombreuses voix soulignent que la violence est permise par la vulnérabilité des femmes pauvres, notamment ces ouvrières des maquilas qui après avoir terminé leur tour de nuit à l’usine, reviennent à quatre heures du matin dans leurs lointains quartiers. Les transports et l’éclairage publics y sont inexistants et les (éventuels) bus des usines les laissent bien loin de leur baraque de tôle, seules dans l’obscurité. D’autres rappellent froidement que les quartiers des bars du centre-ville sont pleins d’hommes peu recommandables et que la vie nocturne est synonyme de multiples dangers : celles qui y travaillent savent qu’elles le font à leurs risques et périls. De manière plus globale, les caractéristiques de Ciudad Juárez sont souvent évoquées pour mettre en avant l’existence d’une sorte de violence urbaine anomique sur fond de crise économique et sociale. La cause de tout serait à chercher dans l’urbanisation chaotique, la délinquance commune et les effets collatéraux du narcotrafic, dont l’implantation commence à se faire évidente depuis la fin des années 1980 et se renforce constamment au cours des années 1990 autour du cartel de Juárez des frères Carrillo Fuentes[10] en particulier. La négligence et la corruption, caractéristiques généralement attribuées à la police, ici portées à leur comble, laissent imaginer différentes formes de concussion. En effet, le modus operandi d’une partie des crimes (qui implique des lieux discrets de séquestration et de meurtre, puis la conservation des corps pendant des durées indéterminées, et plus tard encore leur transport sur des distances importantes), semble indiquer l’existence de bandes bien organisées et disposant de nombreuses complicités.

Au total, au cours du mandat de Francisco Barrio (1992-1998), en plus d’autres meurtres de femmes, ce sont pas moins de 90 femmes qui sont assassinées selon le même schéma de viol puis strangulation ou rupture de la nuque –pour la plupart des ouvrières entre 15 et 19 ans[11]. De fait, les chiffres sont difficiles à obtenir et sujets à caution, puisque ni la police locale, ni les autorités du Chihuahua ni les autorités fédérales ne se montrent capables de fournir des données consolidées et unifiées[12]. Les informations recueillies par les associations, malgré les faibles moyens dont elles disposent et les menaces qu’elles reçoivent, et par les chercheur-e-s, paraissent de loin les plus fiables. Selon sa propre base de données, Julia Estela Monárrez Fragoso, spécialiste des féminicides du Colegio de la frontera norte, comptabilise 382 femmes et fillettes assassinées entre 1993 et 2004 (2006 a). L’anthropologue québecquoise Marie-France Labrecque (2012) recense pour sa part 941 féminicides entre 1993 et 2010[13]. Mais quels assassinats doivent être comptabilisés comme des féminicides, et d’ailleurs, que sont exactement les féminicides ?

Premières définitions et diversité des féminicides

Marcela Lagarde, anthropologue et féministe mexicaine fort reconnue, qui se rend à Ciudad Juárez dès 1996 (Devineau, 2012), sera avec les éditrices de la Triple Jornada[14] l’une des premières à proposer une définition et un cadre d’analyse clairement féministe pour comprendre le phénomène. Elle s’appuie pour ce faire sur le travail de Jill Radford et Diana Russel, dont le travail de 1992 Femicide : the politics of woman killing, constitue la première anthologie sur le meurtre de femmes en raison de leur sexe. Différentes auteures y analysent, dans des pays et des époques très diverses, les liens structurels entre haine misogyne des femmes, violences et meurtres. Lagarde reprend et traduit le terme anglais de femicide proposé par Russel et Radford. Cependant, estimant qu’en espagnol le terme femicidio évoquerait une sorte de symétrique féminin de l’homicide, elle lui préfère le terme de « féminicide » (feminicidio). Lagarde en fait de surcroît un concept spécifique[15] caractérisé par deux dimensions : il s’agit d’un crime de genre, misogyne, de haine contre les femmes qui jouit d’une grande tolérance sociale ; et l’Etat joue un grand rôle dans son impunité, qui constituerait l’une de ses caractéristiques majeures (Devineau, 2012). Bien que l’usage ne soit pas réellement stabilisé, ni en espagnol[16] ni en français[17], je reprendrai ici le terme de féminicide, moins par adhésion stricte à la théorisation de Lagarde – nous allons voir que l’analyse que l’on peut faire du phénomène est complexe—, que parce qu’il me paraît effectivement permettre d’éviter l’écueil de la symétrisation homicide/fémicide.

De son côté, dans un souci de clarification, Monárrez Fragoso, suggère de distinguer différents types de féminicides (2006 b). Elle propose en particulier la catégorie de « féminicides sexuels systémiques » pour les assassinats de Juárez qui ont le plus fortement marqué l’opinion : des femmes jeunes, brunes de peau, ouvrières des zones franches ou étudiantes, retrouvées violées et atrocement torturées dans des mises en scènes sordides. Or selon Labrecque, ces cas ne représenteraient que 20% de l’ensemble des assassinats de femmes recensés, soit 179 femmes et fillettes entre 1993 et 2010. Ce que Monárrez Fragoso qualifie de « féminicides intimes » c’est-à-dire commis par un homme connu de la victime, représenteraient 20% des autres meurtres, 3% correspondraient à des assassinats « pour occupations stigmatisées » (prostitution, métier transgressif) et enfin 58% seraient des assassinats « communs », liés aux simples vols et à la violence générale (Labrecque, 2012 ; Lacombe, 2014).

Des analyses variées, de la brutalité masculine aux effets pervers du néolibéralisme

Labrecque suggère, pour analyser ensemble ces différents types de féminicides[18], de recourir à une perspective féministe globale en termes de système patriarcal, ce dernier faisant le lien entre l’exploitation du travail des femmes, l’impunité fomentée par l’Etat, la tolérance à la misogynie inscrite dans la culture dominante et le pouvoir masculin dans la sphère intime (2012). Si, malgré les critiques qui sont parfois adressées au concept de patriarcat[19], l’analyse de Labrecque s’avère solide, ce n’est pas toujours le cas d’autres explications qui se veulent féministes mais relèvent plutôt d’une lecture superficielle du genre et s’avèrent en réalité victimisantes et naturalistes. Ainsi, certains réflexions qui insistent sur la vulnérabilité des femmes ne font finalement que ratifier ad nauseam l’idée que les femmes sont (toutes, nécessairement) vulnérables et que les hommes sont (tous, sans qu’on sache pourquoi) des prédateurs sexuels et des assassins potentiels. De même, une partie des explications, largement reprises par le « sens commun », qui soulignent que la présence accrue des femmes dans l’espace public et/ou sur le marché du travail ébranlerait les normes de genre ou menacerait la suprématie des hommes, posent problème. En effet, si certaines analyses suggèrent d’observer les effets de la concurrence matérielle concrète entre femmes et hommes sur le marché du travail (Labrècque, 2012 ; Falquet, 2010 a, 2012 a), d’autres se placent, dans une perspective de genre très « micro », sur un terrain psychologisant. Or, en mettant en avant la « frustration » masculine ou une supposée « crise de la masculinité », on a vite fait de glisser la pente douteuse du masculinisme le plus réactionnaire[20], où les victimes deviennent coupables d’avoir (bien involontairement du reste) bousculé la hiérarchie éternelle des sexes.

Plus stimulantes, dans l’impressionnante quantité de travaux sur les féminicides produits depuis une vingtaine d’années, sont les réflexions qui, dans une perspective structurelle et féministe, replacent les féminicides (et tout particulièrement ceux que Monárrez Fragoso qualifie de « féminicides sexuels systémiques ») dans le cadre du développement de la mondialisation néolibérale. L’une des premières à écrire dans ce sens est l’anthropologue argentine Rita Laura Segato (2005). Pour elle, la barbarie faussement incontrôlée exercée sur le corps de certaines femmes, à travers les féminicides, doit être rapprochée du développement de nouvelles logiques économiques, politiques et territoriales qui voient s’affronter différentes bandes narcotrafiquantes qui disputent le pouvoir à l’État. Plus précisément, en s’appuyant sur des travaux antérieurs qu’elle a menés en prison (au Brésil) avec des détenus condamnés pour viol, d’où il ressortait que le principal motif du viol pour eux était de « prouver des choses » aux autres hommes (2003), Segato affirme que les féminicides sont un langage entre hommes de groupes mafieux rivaux, qui s’adressent mutuellement des messages par le moyen de corps torturés de femmes. Pour elle, il s’agit d’un nouveau langage de terreur, de pouvoir et de contrôle sur le territoire, qui prend racine dans les zones frontières emblématiques de la mondialisation. Cette analyse brillante tend cependant à reproduire un grand tropisme de l’anthropologie, qui fait des femmes des objets et des signifiants échangés entre hommes, et non des sujets.

La philosophe, artiste et activiste Sayak Valencia a travaillé pour sa part sur le développement de ce qu’elle nomme le « capitalisme gore » (2010). Elle-même originaire de Tijuana, elle décrit la frontière nord du Mexique comme le « côté obscur » de l’économie globale (mexicaine). Pour elle, la violence, qui caractérise ce capitalisme gore, possède un triple rôle : outil de marché particulièrement efficace, moyen de survie alternatif et pièce-clé de l’auto-affirmation masculine. Valencia applique les analyses de Michel Foucault et d’Achille Mbembe, respectivement sur la biopolitique et la nécropolitique[21], au cas de la frontière mexicaine, pour décrire trois grandes dynamiques. La première est la transformation de l’État-nation en État-marché puis, dans le cas du Mexique, en narco-État où les grandes entreprises qui contrôlent classiquement l’État ont été remplacées par les cartels de la drogue, devenus de véritables entreprises transnationales. La deuxième est un hyperconsumérisme qui se substitue au projet humaniste et à l’éthique, produisant une nouvelle subjectivité portée par ce que Valencia – empruntant à la littérature médiévale espagnole pour caractériser des êtres mi-hommes-mi-monstres –, baptise les sujets endriagos, qui utilisent la violence comme moyen de survie, d’auto-affirmation et outil de travail. Enfin, elle reprend le concept de nécropolitique, en le situant dans le contexte spécifique de la frontière nord du Mexique. Ici, ce sont les corps eux-mêmes qui sont devenus marchandises, dont la protection, la conservation, la liberté, l’intégrité ou la mort constituent autant de sous-produits. Pire : le corps, devenu marchandise ultime, acquiert une valeur supplémentaire s’il est menacé. Et dans la globalisation actuelle, dont les frontières constituent le meilleur exemple, les sujets endriagos disputent à l’État, non plus le pouvoir classique, mais le contrôle de la population, du territoire et de la sécurité.

Si l’essai de Valencia est audacieux et stimulant, son étayage empirique reste mince. Comment se forment les sujets endriagos et qui sont-ils sociologiquement : pourquoi les hommes, pourquoi « tous » les hommes ou pourquoi certains hommes jeunes et pauvres, ou bien âgés et riches, et pas d’autres ? Pourquoi pas les femmes, qui elles aussi, ont besoin d’argent, d’auto-affirmation et rêvent peut-être de rouler armées jusqu’aux dents dans des véhicules tout terrain accompagnées de jeunes éphèbes à leur service ? Il semble que Valencia cède à l’apitoiement créé par la répétition récurrente des discours masculinistes sur la « crise de la masculinité » et finisse par ne considérer les femmes (même si quelques-unes peuvent devenir elles aussi des sujets endriagos) que comme un simple décor des (més)aventures de ces sujets endriagos. Elle n’offre guère d’éléments historiques ou sociologiques qui permettraient de mieux comprendre comment sont produits concrètement ces sujets si problématiques.

L’ancrage historique et politique des assassinats de Ciudad Juárez

Pour trouver des éléments plus précis, c’est vers l’ouvrage de la journaliste états-unienne Diana Washington Valdés (2005), correspondante d’El Paso Times, qu’il faut se tourner[22]. Au vu de l’ensemble des cas qu’elle a elle-même répertoriés, elle établit plusieurs « profils » de meurtres, qui pourraient avoir des coupables différents. Certains crimes pourraient ainsi être le fait d’au moins deux assassins en série toujours en liberté. D’autres, de narcotrafiquants de bas niveau. D’autres encore porteraient les marques de deux bandes extrêmement violentes pour lesquelles les assassinats constitueraient une sorte d’initiation rituelle. Washington Valdés pointe également la responsabilité d’un groupe d’hommes (entrepreneurs, politiciens et/ou narcotraficants) assez puissants pour assassiner impunément, avant de compléter la liste par une série d’imitateurs de toutes sortes, qui profiteraient de la situation pour dissimuler leur forfait dans la masse. Derrière cette diversité de cas, Washington Valdés souligne cependant deux éléments communs. Elle affirme d’abord que le gouvernement connaît les assassins, et ensuite, que l’inaction des autorités cache de troublantes questions politiques.

Dans son chapitre intitulé « Le cartel de la police », Washington Valdés rappelle l’implication de certains policiers fédéraux dans une série de viols à Mexico à la fin des années 1980. Ces officiers faisaient partie de l’escorte du sous-procureur général de la République de l’époque, Javier Coello Trejo [23]. Washington Valdés souligne que différent-e-s expert-e-s estiment que les viols en groupe représentent une sorte de rite de création de fraternité pour certains policiers collaborant avec le crime organisé. Plus précisément, les cartels opérant dans l’État de Chihuahua auraient tissé des liens avec un certain nombre d’ex-policiers ayant appartenu à la Brigada blanca (un groupe paramilitaire formé sur ordre de la présidence dans les années 1970 pour lutter contre la Ligue communiste du 23 septembre [24])– qui auraient mis leur expérience de tortionnaires au service des narcotraficants [25]. Ainsi, en les liant à la réapparition des fantômes de la guerre sale des années 1970, Washington Valdés évite une analyse trop localiste et statique des féminicides pour les replacer dans une perspective nationale et les faire rentrer par la grande porte dans l’histoire politique (et militaire) du pays.

Washington Valdés fait également apparaître des liens troublants entre les féminicides et la vie politique mexicaine des années 1990. En effet, elle souligne l’inaction remarquée, pendant toute la période, de deux hommes particulièrement haut placés : le procureur général de la justice de l’Etat de Chihuahuha, Francisco Molina Ruiz [26], et son gouverneur, Francisco Barrio (dont les propos cités plus haut montrent la claire volonté de minimiser les faits). Or Francisco Barrio est l’un des hommes en vue du PAN [27]. En effet, il est le premier à avoir brisé le monopole électoral du PRI [28] en remportant la mairie de Ciudad Juárez en 1983 [29]. En 1986, ayant échoué à emporter le poste de gouverneur de l’État, il est au centre d’un très fort mouvement de dénonciation de la fraude électorale qui ébranle un peu plus le système PRIiste. Après six ans de retrait de la vie politique, il est finalement élu gouverneur en 1992[30]. Le tandem Barrio (gouverneur) et Molina (procureur) est complété par la nomination par Molina, de Jorge Lopez Molinar, comme sous-procureur de la région nord de l’État, où le narcotrafiquant Amado Carrillo Fuentes, surnommé le “Seigneur du ciel[31]”, est précisément en train d’enraciner son cartel avec l’aide de son frère Vicente (Devineau, 2013).

Avocat issu de l’ultra-droitière université autonome de Guadalajara, et associé à l’organisation Desarrollo Humano Integral (DHIAC), elle-même liée à l’organisation clandestine el Yunque [32], Jorge López Molinar a déclaré à propos des féminicides, que « beaucoup de femmes travaillent dans les maquiladoras, et comme elles ne gagnent pas assez pour vivre, du lundi au vendredi elles exercent leur travail et les week-ends, elles se consacrent à la prostitution. De plus, comme elles sont originaires de différentes régions, si quelque chose leur arrive, personne ne les réclame » [33] et que la meilleure chose serait que les femmes « s’auto-appliquent un couvre-feu » [34]. Il a d’ailleurs été fortement et nommément critiqué par Amnesty International pour son inaction face aux féminicides [35]. Enfin, tout en étant sous-procureur, Jorge Lopez Molinar a été au centre d’un scandale retentissant, car il continuait à exercer comme avocat, ce que la loi de l’Etat de Chihuahua interdit formellement. Il fut alors soutenu contre vents et marées par le procureur, Molina Ruiz, sans que le gouverneur Francisco Barrio Terrazas y trouve rien à redire. Il est donc pour le moins surprenant qu’en 2001, après sa victoire aux élections, le président PANiste de « l’alternance », Vicente Fox, ait fait appel à Barrio comme « tsar anti-corruption », et que ce dernier ait immédiatement engagé Molina comme son chef de sécurité à Mexico [36].

Ainsi, le travail de Washingtón Valdés offre des éléments particulièrement intéressants pour relire la construction et l’ascension du PAN dans le nord du pays, dans la décennie 1990. S’il est de notoriété quasi publique qu’à travers la famille de l’ancien président Salinas (1988-1994) notamment, le sommet du PRI paraît impliqué jusqu’au cou dans le narcotrafic, il n’est pas anodin de constater que des liens semblent également s’être tissés entre certains secteurs du PAN et des groupes narcotrafiquants. Au cours des dernières années, le Mexique a vu se développer en parallèle la rivalité entre le PRI et le PAN d’une part, et les cartels réputés leur être proches d’autre part. Remarquons ici en tout cas que les liens entre certains PANistes et certains narcotrafiquants semblent en partie tissés autour de l’impunité des féminicides sexuels systémiques – dont on ne sait toujours pas officiellement s’ils sont commis par des groupes narcos, des revenants de la guerre sale, de puissants hommes politiques ou affairistes en mal de sensations fortes ou un sinistre mélange de tous ceux-là à la fois.

Les féminicides au-delà de Juarez : perspectives continentales et histoires de dictatures et d’après-guerre

Le volumineux recueil Terrorizing women. Feminicide in the America de Fregoso et Bejarano (2010) [37] se place « à l’intersection des dynamiques de genre, des cruautés du racisme et des injustices économiques dans les contextes locaux et globaux » (p. 5), situant ainsi clairement l’analyse du féminicide dans le cadre de l’économie néolibérale. Terrorizing women propose à la fois des analyses acérées sur le cas mexicain et d’intéressantes comparaisons internationales. Concernant le Mexique, un article de Deborah Weissman montre que l’impunité des féminicides de Juárez n’est pas seulement de la responsabilité de l’État mexicain, mais aussi de l’État étatsunien souvent oublié, et plus encore, d’acteurs capitalistes transnationaux. Weissman souligne en effet le rôle des propriétaires des usines d’assemblage et d’autres secteurs économiques, qui s’organisent depuis de longues décennies, par le renforcement de la frontière, pour abaisser le coût de la main d’œuvre mexicaine – surtout féminine. Lui répond un article remarquable d’Alicia Schmidt Camacho, qui montre comment de nouveaux acteurs politiques et économiques ont dénationalisé l’espace de la frontière et créé une véritable non-citoyenneté pour les femmes. Elle affirme que les féminicides de Juárez « sont le double fantôme d’un projet visant à produire une population sans droits féminisée, directement appropriable pour le travail et le service à la fois sur les marchés légaux et illégaux du travail. La production de ce groupe subalterne a entraîné la sexualisation des corps des femmes mexicaines pauvres comme un moyen de vendre le lugubre et fragile partenariat entre les deux pays. Les usines d’assemblage et l’industrie touristique, qui font si visiblement commerce des capacités physiques des femmes mexicaines, ne sont que les plus évidents des sites qui érotisent l’hyper-exploitation des femmes mexicaines. » (p. 285).

L’ouvrage de Fregoso et Bejarano permet aussi de comparer le phénomène du féminicide dans différents pays du continent, marqués ou non par des dictatures ou des guerres contre-insurrectionnelles – le cas du Guatemala étant particulièrement intéressant. En effet, certains éléments du conflit guatémaltèque des années 1980 rappellent le Mexique des années 1990 : formation d’unité répressives spéciales avec l’appui états-unien (en particuliers les terribles Kaïbiles), création de milices contre-insurrectionnelles au sein même des communautés indiennes, utilisation massive par l’armée du viol contre les femmes indiennes, notamment pour obliger des communautés entières à quitter leur territoire, impunité des anciens groupes répressifs. L’ouvrage permet ainsi de rapprocher la violence du temps de guerre, de la violence d’un temps de paix assez particulier – la paix d’une post-guerre sans réparation sociale, où la vie ne vaut pas grand chose, où beaucoup d’armes circulent encore entre les mains d’hommes habitués à les manier et où la crise économique fait rage. Il souligne aussi les effets sociaux délétères de l’impunité des anciens criminels de guerre et le cocktail explosif que cette impunité produit avec l’augmentation de la misère.

Retour sur les féminicides sexuels systémiques : trois pistes pour approfondir l’analyse
Sur la base de tous ces éléments, je propose pour ma part trois grandes pistes d’interprétation qui synthétisent les réflexions antérieures et suggèrent de nouvelles perspectives, en particulier concernant Ciudad Juárez, mais aussi pour comprendre la dynamique meurtrière et les diverses violences contre les femmes qui se sont multipliées dans l’ensemble du pays et même du continent, tout au long des années 2000 et avec l’approfondissement des logiques néolibérales.

D’abord, je rejoins pleinement les analyses de Weissman et de Schmidt Camacho, qui lisent les violences et les assassinats de femmes dans une perspective d’abaissement du coût de la main d’œuvre. En effet, se focaliser sur la dimension sexuelle des féminicides sexuels systémiques et sur le sexe des personnes assassinées – que ce soit dans un louable souci féministe ou par naturalisme plus ou moins inconscient –, fait oublier que les mortes et les disparues avaient également des positions de classe et de « race ». Plus précisément, la plupart des féminicides sexuels systémiques concernent des prolétaires « brunes », souvent des migrantes rurales et travailleuses pauvres – ouvrières, travailleuses du sexe, épouses, ou encore tout cela à la fois.

Cependant, je propose d’aller au bout de la suggestion de Schmidt Camacho, qui rapproche travail légal et illégal, ou encore dit d’une autre manière, activités liées au tourisme et activités industrielles à Ciudad Juárez. Pour ce faire, le concept d’« amalgame conjugal » de l’anthropologue italienne Paola Tabet (2004) me semble particulièrement utile. L’amalgame conjugal désigne un ensemble de tâches qui peuvent, selon les circonstances historiques et culturelles, être réalisées par des épouses et appropriées en bloc par des époux dans le cadre du mariage, ou vendues séparément par des femmes et achetées sur le marché, généralement par des hommes. Concrètement, selon Tabet, l’amalgame conjugal se compose du travail domestique, du travail émotionnel, du travail sexuel et du travail procréatif. Dans la perspective de l’appropriation individuelle et collective des femmes théorisée par la française Colette Guillaumin (1992) et reprise par les québequoises Juteau et Laurin (1988), j’ai montré qu’une des tendances de la mondialisation néolibérale consistait à glisser d’une appropriation privée des femmes par les hommes, à une appropriation collective (Falquet, à paraître). Cette tendance implique de séparer (dés-amalgamer) les tâches de l’amalgame conjugal et de les faire sortir du cadre du mariage ou de la famille, pour les offrir sur le marché du travail salarié classique, dans le cadre d’activités que j’ai appelées de « femmes de services » [38] (2008) —notamment le travail domestique et le travail sexuel. La monétarisation de ces activités, même si elle implique que leur obtention revient plus cher à beaucoup d’hommes que lorsqu’ils les obtenaient « gratuitement » dans le mariage (grâce aux logiques de l’appropriation individuelle), permet en effet à d’autres personnes, pour la plupart des hommes, de réaliser de belles plus-values dans le cadre de l’exploitation (néolibérale).

Les féminicides visent principalement des femmes qui pour différentes raisons, se trouvent partiellement à l’extérieur de l’institution familiale-matrimoniale et des logiques de l’amalgame conjugal et qui constituent des figures emblématiques de la mondialisation néolibérale. Les féminicides sexuels systémiques touchent tout particulièrment le type de personnes qui réalisent à la fois le plus gros du travail nécessaire à la reproduction sociale anthroponomique (à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur de l’institution familiale) , mais aussi une bonne partie de la production (agro-)industrielle classique, qui sont aussi précisément celles dont le mode de vie est le plus transformé par la nouvelle organisation du travail et sur le travail de qui les plus grosses plus-values sont réalisées. Autrement dit : les assassinats ciblent un segment de la main d’œuvre central pour la réorganisation néolibérale de la production, et l’impunité qui entoure ces meurtres redouble ce ciblage. Comment comprendre ce ciblage, que nous dit-il ?

La deuxième piste est liée à la première. Je propose d’aller plus loin que l’hypothèse de Segato selon laquelle les féminicides de Juárez seraient avant tout un mode de communication entre hommes, et au-delà de celle de Valencia qui suggère que cette violence n’est qu’un moyen d’expression, un mode de vie et parfois et une source de revenus pour des sujets andriagos fondamentalement masculins. Je soutiens que la violence féminicide gagne à être comprise comme s’adressant avant tout aux personnes assassinées, c’est-à-dire aux femmes-travailleuses elles-mêmes. Elle s’adresse également, dans une sorte de deuxième cercle, aux autres personnes qui partagent les principales caractéristiques des cibles attaquées : l’ensemble des femmes, puisque le « message » de mort se double de violences sexuelles, qui dans les termes de la culture dominante concernent tout particulièrement les femmes. Mais la menace concerne aussi, dans ce deuxième cercle élargi, l’ensemble des pauvres et l’ensemble des migrant-e-s brun-e-s. Le message de pouvoir absolu, de mépris total et d’impunité, produit potentiellement une série d’effets sur ses destinataires direct-e-s. D’abord, de la démoralisation voire de la terreur, qui peut les empêcher de réfléchir et d’agir, individuellement et collectivement. L’effet de sidération, démoralisation généralisée et fatalisme qui semble prévaloir au Mexique depuis le début de a guerre contre le narco-trafic de l’ex-président Calderón (2007-2012) l’illustre bien. Ensuite, en les obligeant à lutter sur un autre terrain (retrouver des corps, faire châtier les assassins), la violence féminicide ralentit les luttes que ces personnes pourraient mener en tant que femmes, travailleur-e-s pauvres ou migrant-e-s (monter un syndicat pour réclamer des hausses de salaire, remettre en cause les mécanismes sociaux de la maternité qui rendent les femmes si dépendantes d’un compagnon ou d’un salaire par exemple). La question qui se pose alors est simple : quels sont les secteurs sociaux, politiques et économiques qui ont intérêt à empêcher/détourner/retarder les luttes des femmes, des pauvres, des migrant-e-s, notamment leurs luttes contre la dépendance économique et l’exploitation ?

La troisième piste concerne les effets sociaux globaux des assassinats de Juárez. Le message politico-médiatique qui les entoure mérite qu’on s’y attarde. Le discours politique s’est clairement organisé autour du blâme posé sur les victimes et de la défense de l’impunité —les pouvoirs publics ont parfois même attaqué verbalement les personnes qui dénonçaient les féminicides et se sont souvent abstenues d’agir quand celles-ci ont été menacées, voire assassinées à leur tour. De son côté, le discours médiatique a redoublé et amplifié le message de la mise en scène horripilante, terrifiante et clairement sexiste des cadavres par les assassins. Au fil des mois et des années, l’ensemble de l’opinion publique mexicaine a été matraquée, saturée d’images atroces incluant le démembrement et la mutilation des corps disloqués, méconnaissables et produits comme méprisables, de jeunes travailleuses pauvres. On notera parallèlement, d’une part que le Mexique est l’un des pays où la concentration de la propriété des médias est la plus élevée au monde, les deux gigantesques empires médiatiques [39] étant réputés particulièrement proches du pouvoir, et d’autre part que l’exercice du journalisme indépendant y est particulièrement dangereux. Par exemple, selon le Comité pour la protection des journalistes, entre décembre 2006 (arrivée au pouvoir du président Calderón) et 2010, vingt-deux journalistes et trois employé-e-s de presse ont été assassiné-e-s et sept autres ont disparu [40].

On peut souligner trois effets de ce discours politique et médiatique dominant. D’abord, dans la perspective ouverte par le Combahee River Collective suite à une vague d’assassinats de femmes, presque toutes Noires, à Boston dans les années 1970 (Falquet, 2006), mais aussi dans la ligne des analyses de Judith Walkovitz concernant le traitement du cas anglais de Jack l’éventreur (1982), ou encore dans la perspective contenue dans le titre même de l’ouvrage de Fregoso et Bejarano (2012) : ce discours contribue à “terroriser les femmes” et à “normaliser” leur comportement. Le message est que les femmes devraient se placer sous protection masculine-familiale, restreindre leur mobilité et leurs comportements, non seulement en tant que possibles objets de « désir » sexuel masculin mais aussi en matière d’activité professionnelle. Ensuite, en se focalisant, parfois complaisamment, sur la dimension sexuelle des violences, sur le sexe et la “moralité” des victimes, le discours dominant détourne l’attention des rapports sociaux de classe et de “race” également en jeu dans les meurtres. Enfin, le discours (et les pratiques) de terreur et d’impunité participent d’un processus de désensibilisation sociale qui touche l’ensemble de la population. On sait qu’après un premier seuil de révolte, puis de dégoût, l’horreur tend à anesthésier les consciences et à ôter aux personnes toute envie de rébellion et même d’organisation. Le rapprochement avec les contextes de (post)guerres et de (post)dictatures d’autres pays du continent, où les meurtres de femmes semblent s’être développés depuis les années 2000, rapprochement suggéré par l’ouvrage de Fregoso et Bejarano et les travaux de plus en plus nombreux dans les autres pays de la région, sont riches d’enseignements. En effet, on peut alors s’appuyer sur certains travaux en psychologie sociale de la guerre. Le chercheur jésuite assassiné au Salvador, Martín Baró (1990), avait montré que l’usage public de la violence extrême et son éclatante impunité constituaient de puissants instruments des stratégies de “guerre de basse intensité” enseignées à l’Ecole des Amériques et appliquées dans la région tout au long des années 1970 et 1980. Si l’on veut bien se situer dans cette perspective, les meurtres de femmes se trouvent à nouveau replacés dans une histoire politique et militaire plus vaste que la seule ville de Juárez des années 1990, et potentiellement inscrits dans des stratégies bien plus larges de contrôle social par la terreur.

Bien entendu, il n’existe pas de “cerveau” qui, derrière les féminicides sexuels systémiques de Juárez et plus largement, derrière la violence généralisée déchaînée contre les femmes, aurait planifié une stratégie globale de terreur contre certains segments de la main-d’œuvre mise au travail dans des régions du monde emblématiques (frontières entre le Sud et le Nord et zones potentiellement riches, pays avec de fortes luttes sociales et de ce fait en situation de guerre ou de post-guerre) et des activités particulièrement rentables à l’ère néolibérale. Cependant, concernant le Mexique spécifiquement, il est indéniable que le phénomène des assassinats de Juárez, les discours dominants et les pratiques de pouvoirs publics qui les ont accompagnés, ont clairement contribué à créer un climat de terreur pour certains secteurs sociaux, et à produire dans l’ensemble de la société mexicaine une certaine désensibilisation à la violence meurtrière, à asseoir sa “normalité” et à construire l’idée de l’impunité de ces violences. Cette violence est le fruit d’une histoire politique, économique et militaire tout à fait traçable, avec des acteurs clairement identifiables et des alliances internationales précises avec des pays du Nord comme les Etats-Unis, la France ou Israël (impliquant l’instruction militaire, la vente d’armes et de savoir-faire), et non d’une quelconque barbarie machiste incontrôlée issue de la jeunesse masculine pauvre des pays du Sud. Il ne s’agit pas non plus d’une vulnérabilité naturelle des femmes, même appauvries et racisées.

Ceci n’invalide cependant en rien les analyses féministes de la violence masculine contre les femmes, conjugale ou familiale notamment. Au contraire, les réflexions que je propose ici, au-delà même du Mexique, visent à approfondir les travaux féministes sur la violence en leur ajoutant un ancrage solide dans l’histoire, la géographie et l’économie —afin d’éviter tout naturalisme et toute généralisation abusive (en termes de sexe, mais aussi de « race » et de classe) sur les responsables directs et indirects des violences et les personnes affectées, tant en termes individuels que collectifs.

Enfin, ces éléments d’analyse de la violence masculine et systémique meurtrière contre les femmes, s’inscrivent dans des réflexions plus larges sur la mondialisation. J’ai travaillé par ailleurs sur les aspects « consensuels » de la mondialisation néolibérale, notamment sur la manipulation de discours « pro-femmes » et « de genre » par les institutions internationales et certains Etats, essentiellement membres de l’OCDE (2008). Or, si je continue à affirmer que les femmes comme force de travail (au sens large, incluant la reproduction sociale anthroponomique et la procréation) et le durcissement des rapports sociaux de sexe constituent des éléments centraux du néolibéralisme, j’estime nécessaire d’y ajouter une analyse plus systématique de la contrainte et de la violence, qui s’exerce également selon des lignes de genre si brutales et si claires que parfois, elles aveuglent. Il est grand temps de les ré-introduire dans les réflexions, afin de les combattre et de pouvoir envisager des voies de sortie des logiques mortifères du néolibéralisme.

Jules Falquet

source: http://www.contretemps.eu/interventions/assassinats-ciudad-ju%C3%A1rez-ph%C3%A9nom%C3%A8ne-f%C3%A9minicides-nouvelles-formes-violences-contre-femm

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[1] Maîtresse de conférences HDR en sociologie à l’Université Paris Diderot (CEDREF-LCSP). Auteure de De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation. Paris : La Dispute. 214 p (également paru en espagnol), préfacière (“Au-delà des larmes des hommes”) du livre de Pinar Selek, 2014, Devenir homme en rampant. Service militaire en Turquie : construction de la classe de sexe dominante, Paris : L’Harmattan, elle a publié et/ou traduit de nombreux articles et numéros de revue : http://julesfalquet.wordpress.com/

[2] Cet article est extrait d’un travail à paraître qui présente l’histoire politique et économique du Mexique jusqu’aux années 2000, et doit être suivi d’un autre chapitre sur la situation mexicaine depuis 2000, qui inclut bien entendu les transformations liées (1) au basculement du pays des mains du PRI à celles du PAN en 2000 et le développement du narcotrafic (2) au mandat de Calderón et sa très sanglante “guerre au narcotrafic” à partir de 2007 (3) au retour des “dinosaures” du PRI avec la victoire de Peña Nieto en 2012, les transformations de la situation dans le Michoacán notamment, avec l’apparition des Caballeros templarios puis des auto-défenses. Il convient également de discuter des nouvelles stratégies de guerre “de basse intensité” tout au long de la période, et du rôle des programmes actuels contre la pauvreté, dont les femmes sont les principales “cibles”.

[3] Je m’appuie ici sur plusieurs travaux précédents : Falquet 2012 a et b, 2011, 2010 a et b, 2008 et 1997.

[4] Falquet, Jules, 1997. « Guerre de basse intensité contre les femmes ? La violence domestique comme torture, réflexions sur la violence comme système à partir du cas salvadorien », Nouvelles Questions Féministes, 18, 3-4, pp. 129-160. En ligne : http://www.reseau-terra.eu/article541.html

[5] On verra qu’il existe une grande variété d’analyses et différentes conceptualisations du phénomène, au singulier ou au pluriel.

[6] Un tiers de l’emploi dans les maquiladoras au Mexique est concentré à Ciudad Juárez, dont la population a triplé en trente ans (passant de 0,4 à 1,3 millions d’habitant-e-s entre 1970 et 2000).

[7] Une abondante littérature existe sur les nombreux groupes de lutte contre les féminicides qui se sont créés, à Ciudad Juárez et dans le reste du pays, malgré les très fortes menaces, voire les assassinats que subissent les militantes. On pourra consulter les sites de deux des principales organisations :

Casa Amiga (Mexico) http://www.casa-amiga.org/

Nuestras Hijas de Regreso a Casa (Mexico) http://www.mujeresdejuarez.org

[8] http://www.cimacnoticias.com.mx/node/29369

[9] Film, généralement pornographique, qui met en scène la torture et le meurtre d’une ou plusieurs personnes

[10] Historiquement, l’un des premiers cartels du Mexique est celui de Guadalajara. A sa scission en 1989, le futur “chapo” Guzmán fonde le cartel de Sinaloa, tandis que la famille Arellano Felix fonde le cartel de Tijuana. Après le déclin de Tijuana comme couloir de passage de la drogue, Ciudad Juárez devient un enjeu de première importance. A partir de 1993, la ville passe sous le contrôle des sinaloans, autour des frères Carrillo Fuentes, qui forment le cartel de Juárez. Amado Carillo Fuentes, arrêté en 1989 mais relâché faute de preuve, surnommé « le seigneur du ciel » pour sa flotille de 25 avions et devenu l’un des hommes les plus riches du monde, bénéficiait d’un réseau de complicités considérables dans la police et l’armée.

[11] Selon l’ONG mexicaine Elige, membre de la campagne « Ni una muerta más ».

[12] Si les recherches se sont multipliées à partir des années 2000, un véritable suivi officiel et unifié fait toujours défaut.

[13] La violence s’étant poursuivie de plus belle à partir du sexennat de Calderón (2006-2012).

[14] Il s’agit du supplément féministe du quotidien la Jornada.

[15] Elle propose ensuite de créer une typification juridique spécifique du délit. Pour la suite de son action, qui se déroule sous le mandat de Fox, on verra le chapitre suivant.

[16] Au Costa Rica, Montserrat Sagot et Ana Carcedo (2002), qui travaillent depuis longtemps sur les violences contre les femmes, ont préféré pour leur part le concept de femicidio, pour « coller » au choix initial de Russel et Radford, quitte à proposer ensuite des catégories spécifiques : femmes assassinées par leur compagnon/ dans le contexte familial/dans le contexte d’une agression sexuelle/avec des signes de torture, viol, marques sur le corps ou mutilations/retrouvées nues dans un cadre anonyme. Toute une partie des chercheuses et activistes centraméricaines ont elles aussi fait ce choix. Sagot et Carcedo ont également travaillé le concept des « scènes » du féminicide (de couple, familiale…), soulignant l’apparition de nouvelles scènes à la fin des années 2000 : traite et trafic d’êtres humains, assassinat de femmes migrantes, exploitation sexuelle commerciale (Sagot & Carcedo, 2002 ; Devineau, 2012).

[17] En avril 2014, la commission générale de terminologie et de néologie (Délégation générale à la langue française et aux langues de France – ministère de la Culture) réalisait des auditions de spécialistes concernant les violences faites aux femmes, et en particulier la traduction des termes (espagnol et anglais) : feminicidio/feminicide et crimen de genero/gendercide.

[18] On assiste aussi progressivement à une extension de la catégorie de féminicide, qui en vient d’une part à qualifier n’importe quel assassinat de femme, et d’autre part à désigner des phénomènes aussi divers que les avortements sélectifs de fœtus XX, le mauvais accès aux soins de santé entraînant la mort, et diverses formes de violence.

[19] Il relèverait en particulier d’une perspective anhistorique et universalisante. Or précisément, Labrecque consacre son ouvrage à historiciser, contextualiser et déculturaliser les féminicides.

[20] Sur le mouvement et masculiniste et son idéologie : Blais & Dupuis Déry (2008), Collectif stop masculinisme (2013).

[21] Pour le dire très rapidement, le concept de nécropolitique inverse la proposition foucaldienne de la biopolitique : le pouvoir et la souveraineté s’exprimeraient désormais par le fait de décider, non plus qui vit et comment, mais qui meurt et de quelle façon —par une soumission croissante de la vie à la mort.

[22] On consultera également son blog : http://dianawashingtonvaldez.blogspot.fr/

[23] Deux d’entre eux faisaient même partie de sa famille.

[24] Fondée en 1973 à Guadalajara, la Ligue Communiste du 23 septembre a choisi ce nom en mémoire du premier groupe d’inspiration “foquiste” mexicain qui en 1965, dans l’Etat de Chihuahua, tente de prendre d’assaut une caserne. La LC 23 sera la plus importante organisation de guérilla urbaine des années 70. En effet, en lien avec une forte montée de la conflictivité sociale, après le massacre des étudiant-e-s du 2 octobre 1968 à Tlatelolco, puis celui de la manifestation du 10 juin 1971, commencent dix années d’un conflit sourd mais meurtrier. Face à la brutalité assassine du gouvernement de Díaz Ordaz (1964-1970), qui recourt à la formation de groupes de choc comme supplétifs de la police (stratégie aujourd’hui reconnue comme étant celle d’une « guerre sale »), plus d’une vingtaine d’organisations armées urbaines aux tailles et aux positions politiques très variées apparaissent, principalement à Mexico, Guadalajara et dans les villes du nord : Monterrey, Chihuahua et Culiacán.

[25] Quant aux liens entre cartels et groupes délinquants locaux d’une part, et entre cartels et police d’autre part, selon le travail très détaillé de Julie Devineau, en plus du trafic de drogue, le cartel de Juárez “protégeait aussi les autres groupes de Ciudad Juárez en marge de la légalité, au premier rang desquels les petites bandes criminelles opérant dans la ville. Toujours selon Molina Ruiz, “ces bandes fonctionnaient comme une association de syndicats qui travaillaient à l’ombre de Carrillo, lequel leur permettait de travailler et leur offrait protection […]”33. En ce sens, Amado Carrillo, en tant que pourvoyeur de sécurité privée, a vraisemblablement été le précurseur de la dynamique mafieuse à l’oeuvre dans les organisations mexicaines de narcotrafic.” (Devineau, 2013). Il meurt semble-t-il en 1997 des suites d’une opération de chirurgie plastique, ouvrant une guerre de succession sanglante jusque dans les bars et restaurants du centre-ville. Le cartel de Juárez “engage” alors une bande délinquante locale, les Aztecas, formée depuis les années 80 dans une prison au Texas. Toujours selon Devineau, c’est au sein même de la police et du système judiciaire, qu’apparaît “La línea”, un groupe qui devient le “bras armé” du cartel à partir de 2002-2003, et dont le chef (Juan Pablo Ledesma) devient n°2 du cartel (Devineau, 2013).

[26] Francisco Molina Ruiz est nommé en janvier 2007 par Calderón, responsable de la Contraloría Interna de la Procuraduría General de la República.

[27] Parti d’action nationale, classé à droite (nationaliste).

[28] Parti révolutionnaire institutionnalisé, au centre de la vie politique mexicaine depuis la révolution.

[29] Il vient d’entrer cette même année au PAN.

[30] Depuis 2009, Francisco Barrio a été nommé ambassadeur au Canada, et a participé aux “primaires” internes du PAN pour être candidat présidentiel en 2012.

[31] Ainsi nommé pour son contrôle des routes aériennes et son équipement en avionnettes.

[32] El Yunque est une organisation secrète d’extrême-droite fondée en 1955 à Puebla pour défendre la religion catholique contre « le communisme, la franc-maçonnerie et le peuple juif ».

[33] Elizalde, Triunfo ; Muñoz, Alma, 1998. Apatía y sexismo de autoridades en Chihuahua : CNDH ; La Jornada, 25 mai 1998, http://www.jornada.unam.mx/1998/05/25/sexismo.html

[34] Propos rapportés dans le journal Espartaco No. 21, otoño-invierno de 2003 : http://www.icl-fi.org/espanol/oldsite/juarez.htm

[35] La Red Noticia, Edición No. 27 / Año 4, 7 octobre 2009. http://www.larednoticias.com/noticias.cfm?n=3374

[36] http://www.mujeresdejuarez.org/el-gobierno-sabe-quienes-son-los-asesinos…

[37] On pourra consulter le compte-rendu que j’ai proposé de l’ouvrage, sur lequel je m’appuie ici (Falquet, 2011).

[38] Même si elles peuvent parfaitement être réalisées par des membres de la classe des hommes, qui sont alors généralement “féminisés” (en lien avec leur position de “race” et de classe et leur situation migratoire notamment).

[39] Groupes Televisa et TV Azteca.

[40] Comittee to Protect Journalists CPJ (basé à New York), The sound of silence, Rapport du 8 septembre 2010, New York. http://www.cpj.org/americas/mexico/ et par ailleurs http://www.interet-general.info/spip.php?article14493. La nouvelle loi sur les médias (2014), qui restreint considérablement la diffusion des informations sur la guerre interne que vit le Mexique, mérite une analyse à part.

- 2ème texte :

Féminicides et Impunité: Une crise humanitaire en Amérique Centrale, et un problème mondial croissant
15 décembre 2014

« La République du Salvador présente le plus haut taux de féminicides dans le monde, avec 2250 meurtres de femmes entre 2010 et 2013. Le Guatemala se retrouve en troisième position et le Honduras est le septième à présenter le taux le plus élevé. Au Guatemala, seulement 2% des cas de femmes assassinées ont été examinés en 2013 alors qu’au Honduras, moins de 2% des cas ont fait l’objet d’une enquête. Concernant les cas qui d’une manière ou d’une autre sont rendus au tribunal au Guatemala, 90% des prévenus ne sont pas condamnés. Il en est presque de même en République du Salvador. Entre janvier et octobre 2014, plus de 300 corps de jeunes femmes âgées entre 12 et 18 ans ont été trouvés dans des fosses communes anonymes.

Le féminicide se définit comme l’assassinat violent et délibéré d’une femme. Bien qu’il s’agisse d’un crime, de nombreux gouvernements nationaux ne considèrent pas spécifiquement ces meurtres comme un crime dans leur code pénal. De ce fait, il est difficile de poursuivre le féminicide à travers le système judiciaire de nombreux états. Les histoires de milliers de femmes et de filles assassinées et ensuite jetées comme des déchets dans les ruelles, autour de la ville et dans des bennes à ordures continuent à faire les gros titres de la presse. Les victimes de féminicide montrent souvent des signes de torture, de viol, ou encore de mutilations génitales et au niveau de la poitrine, ainsi que des parties du corps démembrées.

L’épidémie aiguë de féminicide en République du Salvador, au Honduras et au Guatemala est liée aux antécédents historiques de violence et d’abus en Amérique centrale, où les escadrons de la mort et les guerres civiles ont laissé en héritage une certaine violence, intimidation et impunité persistante. Mais cela relève également de l’histoire dominante des normes patriarcales présentes depuis des siècles dans presque toutes les sociétés à l’échelle mondiale. Ces normes supposent que les femmes sont la propriété des hommes, et sont vouées à être traitées et éliminées selon les caprices des hommes. En Amérique latine, ces normes patriarcales sont souvent qualifiées de machisme.

Il est difficile de mettre efficacement en œuvre des propositions ou des lois visant à éliminer la violence, l’exploitation et l’abus des filles, adolescentes et femmes. En République du Salvador, une loi sur le féminicide est entrée en vigueur en 2012. Les années de luttes et de mobilisations menées par des femmes ont ainsi conduit à une loi historique pour lutter contre la violence à l’égard des femmes. Cette loi fut adoptée par l’ancien président Mauricio Funes. Selon la loi de la République du Salvador, le féminicide est passible d’une peine de prison de 20 à 50 ans, et les juges doivent établir la preuve que la mort d’une femme ait pour motif la haine ou le mépris basé sur le genre. Mais beaucoup de juges ne prennent pas au sérieux le féminicide et ne veulent pas faire face à ce crime et appliquer la loi correctement.

Les campagnes de sensibilisation du public qui montrent l’évolution graduelle des violences verbales, émotionnelles et physiques auxquelles sont confrontées les femmes avant même que le féminicide ne se produise sont plus que nécessaires. De plus, il est essentiel d’implanter des actions pour exiger le respect des droits fondamentaux des femmes et la fin de l’impunité.

La Campagne Mondiale lancée par La Via Campesina pour mettre fin à toutes formes de violence envers les femmes vise à accroître la sensibilisation du public aux causes premières et à tous les types d’expressions de violence contre les femmes, et exige la fin de l’impunité.

Nous demandons à toutes nos organisations membres de prendre des mesures et d’écrire des pétitions, d’envoyer des lettres, d’organiser des manifestations pour faire pression sur les ministères de la Justice des gouvernements de nos pays en vue de mettre fin à l’impunité, d’envoyer les meurtriers en prison et de faire justice pour ces milliers de femmes.

Assez de violence contre les femmes ! Pas une mort de plus !
Nous luttons contre l’impunité et pour la vie des femmes »

source :http://viacampesina.org/fr/index.php/les-grands-ths-mainmenu-27/femmes-mainmenu-39/1025-feminicides-et-impunite-une-crise-humanitaire-en-amerique-centrale-et-un-probleme-mondial-croissant

- 3ème texte :

Agynies

1er Janvier 2012

Avant-propos – http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/concepts-feminicides.html

Les femmes et les fillettes ne sont pas considérées comme des sujets politiques par les ONG ?
Tous mes respects à celles qui sont censurées à cause de leur lutte contre les féminicides indiens, ces sexicides féminins qui ne trouvent pas leur équivalent en gent masculine… sans rien à voir avec une « inégalité de genres », de même que, par ailleurs, l’extrême sexisme du féminicide excisionnel ne touche uniquement que la gent féminine http://ritabanerjisblog.wordpress.com/2012/07/03/ask-women-under-siege-what-hides-the-dirty-secrets-of-indias-mass-femicide/

http://fr.globalvoicesonline.org/2012/07/25/116663/

Pétition contre le féminicide de masse indien http://www.gopetition.com/petitions/stop-female-genocide-in-india/sign.html
« Chaque heure, 12 indiennes meurent brûlées » – Intervention en 3 parties, suite à la parution dans 2009 – Etude The Lancet « 163 000 jeunes femmes meurent brûlées vives » https://genderbytes.wordpress.com/2011/10/02/video-murder-by-fire-100000-women-a-year/ts
Mais aussi, les féminicides de prétendu honneur des plus déshonorants, « Guerre des dots » fiancées
Et, il n’y a pas que cela comme « féminicides » aux pays où l’on écrase pas la fourmi et ne bouscule pas la vache.

Récemment débusqué au Royaume Uni le phénomène asiatique bien connu des démographes, y est relancé par des médecins en clinique qui falsifient sans ciller les documents. Auraient-ils la même réaction pour des mâles, certainement pas. Ne savent-il pas que l’élimination d’une population est un crime ? Non, semblerait-il, et tout simplement car le féminicide n’est pas reconnu et que les féminicides ne sont nulle part interdits.

http://www.telegraph.co.uk/health/healthnews/9102232/Abortion-investigation-doctor-caught-falsifying-sex-selection-paperwork.html

Rien ne doit être facilité – cela ne doit pas être permis car c’est toujours au détriment du même sexe féminin même si c’est une tolérance à la coutume venue d’Inde, ou au contraire parce que c’est une coutume féminicide venue d’Inde

http://www.avortementivg.com/content/avortement-selectif/le-sexe-d-un-futur-bebe-determine-des-la-4eme-semaine-de-grossesse-

Féminicide majeur du gynécide / gynocide – Des précisions sur l’ »eugynisme » de l’ »agynie »
(m/muse du néologisme « agynie » : http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2010/07/02/phallophores-et-gynecide/)
150 000 000 de féminicides des « femmes manquantes » (Amartya Sen) du XXème siècle. Et au XXIème, en y ajoutant 228 féminicides excisionnels à l’heure, combien seront-elles ?
L’interdiction des féminicides doit englober, bien évidemment, l’interdiction du choix du sexe de l’enfant : Systématiquement et sans exception, toujours au détriment des embryons pris pour féminins. Féminicide du gynocide indoeuropéen et tous les autres féminicides, tabou depuis toujours d’en parler, de l’exposer… ? Alors que ce n’est pas le mot ou le phénomène qui devraient être cachés, mais bien leur perpétration. Féminicides, feminicide, femicide, mot tout autant que maux politiquement incorrects ? Violences contre les femmes et politiquement correct – Idées – France Culture

http://www.franceculture.fr/emission-la-chronique-de-brice-couturier-violences-contre-les-femmes-et-politiquement-correct-2012-0

ASIE - Une affaire qui ne peut être classée ! http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/04/agynie-des-mineures-feminicides.html

EUROPE – Le phénomène ralentit de ci, réapparait et grossit de là, vient lécher les Balkans. http://europe-liberte-securite-justice.org/2011/10/06/le-conseil-de-l%E2%80%99europe-alerte-sur-les-%C2%AB-feminicides-%C2%BB-et-se-prononce-contre-la-selection-prenatale/

AFRIQUE – « je suis très heureux et vous remercie de m’avoir accepté au sein de votre forum. D’autant heureux qu’après mes 2 séjours post-génocide au RWANDA en août/septembre 1994 et en janvier/février 1995, lorsque j’avais proposé au CFFB Conseil des Femmes Francophones de Belgique que le « GYNOCIDE » c’est-à-dire l’intention d’éliminer les femmes TUTSIES soit envisagé et analysé comme une catégorie singulière dans le génocide rwandais de 1994 dès lors que même si l’intention de les éliminer relevait du simple fait d’être TUTSI, les témoignages d’horreurs recueillis indiquaient que le « raffinement » mis en oeuvre pour faire souffrir ou humilier les femmes TUTSIES avant de les exécuter (tôt ou tard) était clairement lié à leur spécificité d’être de sexe féminin… je fus écouté poliment mais dans la détresse et l’immensité de l’urgence des tâches à entreprendre dans le pays dévasté… ma proposition avait pu paraître comme « un luxe » d’attentions ou de précautions. C’est vous dire combien le concept de « FEMINICIDE » pour lequel vous vous battez déjà depuis un certain temps renvoie à celui de GYNOCIDE tel que je l’entrevoyais en 1994/1995 et constitue pour moi un lieu indiqué pour faire reconnaître les vilenies faites aux femmes parce qu’elles sont femmes et non parce qu’elles auraient enfreint un quelconque interdit ou une quelconque règle positive du vivre ensemble. Merci de votre bienveillant accueil. Bon week-end. JMK » 28 septembre, 22:37 http://www.facebook.com/groups/FEMINICIDES/permalink/358283097590277/?comment_id=359062500845670&offset=0&total_comments=8

CHINE – http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/international/news/20120330p2g00m0in065000c.html

La politique de natalité de l’enfant unique a entraîné, tout particulièrement, d’éviter la naissance des filles éliminées massivement par foeticide et néonaticide féminicides. De là des femmes manquantes, et une recrudescence de la traite et trafic des êtres humaines à des fins d’exploitation sexuelle (prostitution et mariages forcés) du fait de leur raréfaction (ratio hommes femmes déséquilibré) –

« Une fille mariée c’est comme de l’eau jetée », « un garçon stupide vaut mieux qu’une fille astucieuse » « ..consiste à ôter la vie directement ou indirectement à l’enfant….Dans les régions de peuplement Han, le phénomène d’infanticide a été aggravé par les politiques natalistes plus restrictives…. Cependant la Chine n’est pas le seul pays à blâmer… le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, le Bangladesh et Taïwan… les travaux des démographes indiquent que l’infanticide aura des répercussions graves sur la démographie. Il y a treize ans Amartya Sen inventait l’expression de « femme manquantes » pour désigner ces filles tuées à la naissance ou avant même d’avoir vu le jour. D’après les travaux de Stefan Klasen, ces « femmes manquantes seraient 100 millions en Asie, dont 41 millions en Chine » cf. Bouanane I. Les conséquences démographiques de l’infanticide en Chine, 2007.

Chine – rapport hommes-femmes
Isabelle Attané, En espérant un fils…, p. 239 – Les cahiers de l’Ined, n°165, 2010

Territoires africains à majorité musulmane
En période anté islamique, « Jahilia » (les ténèbres) env. 1400 ans, les bébés de sexe féminin de mauvais présage, et sa naissance perçue comme un fardeau ; cette pratique …sera interdite par des versets des sourates Nahl (les abeilles) et Takwir (l’obscurcissement). « Et lorsqu’on annonce à l’un d’eux une fille, son visage s’assombrit et une rage profonde [l'envahit]. Il se cache des gens, à cause du malheur qu’on lui a annoncé. Doit-il la garder malgré la honte ou l’enfouira-t-il dans la terre? Combien est mauvais leur jugement!» (Sourate 16/versets 58-59). «Et qu’on demandera (au jour du jugement dernier) à la fillette enterrée vivante, pour quel péché elle a été tuée?» (sourate 81/versets 8 et 9). Etude de cas américaine 2000 – http://www.gendercide.org/case_infanticide.html
Page CHIFFRES des estimations féminicides, dont petites filles abusées et déféminisées, féminicides de pédocriminalité prostitutionnelle et incestueuse… http://susaufeminicides.blogspot.com/p/estimations.html

INDE – http://econpapers.repec.org/paper/wbkwbrwps/5096.htm

http://blog.idrc.ca/medhora/fr/new_posts/missing-women-ii/

Bande annonce d’un documentaire http://susaufeminicides.blogspot.com/2012/01/feminicide-deugynisme-200-000-000.html

A la suite d’Amartya Sen en 1994, Rita Banerji, mobilise et milite pour les »missing women » / « female genocide* ». On peut peut aussi soutenir son combat car à ce rythme où va l’Inde ? Et à ce rythme-là, où va le monde ?
Signons et diffusons sa pétition.

Depuis mars 2007, où la commission enfants d’Amnesty international a émis le rapport, « Les filles manquantes Une élimination sélective » ressources/dossiers_pdf/dossier%20n%B013.pdfhttp://ai405.free.fr/ressources/dossiers_pdf/dossier%20n%B013.pdf

et « Recensement de l’Inde 2011 : la discrimination des petites filles s’intensifie … brève publiée le 17 août 2011″ http://clara-magazine.fr/spip.php?breve38

Qui n’est pas prévenu des 150 000 000 d’êtres humains détruits sélectivement au XXème siècle ? Pourtant, l’affaire continue et reprend même vigueur en Europe. http://www.geopopulation.com/20120117/demographie-mondiale-plus-de-160-millions-de-femmes-sont-portees-manquantes/

Estimation annuelle – seulement pour l’Inde
- Foeticide 1 000 000
- Infanticide 25 000 uniquement dans l’Etat du Kerala
- Mortalité – 1/6 meurt avant 15 jours. La mortalité plus forte de 40 % pour les filles de – 5 ans (du fait des négligences et maltraitances)
- Assassinats des dots 25 000
- Décès pendant la grossesse, à l’accouchement 136 000 (1 par mn)
chiffres tirés de http://intersections.anu.edu.au/issue22/banerji.html

Première des préventions : Interdiction du féminicide du choix du sexe d’enfant, discriminatoire toujours en défaveur d’un seul sexe : Les interruptions de grossesse eugyniques ne peuvent pas devenir courantes, ne doivent pas être même tolérées un seul instant. Pas plus que les autres exactions féminicides.

Autres articles de mention et références aux féminicides eugyniques- http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/agynie.html

http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/04/agynie-des-mineures-feminicides.html

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Christine Gamita
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et aussi
Féminicides planétaires
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- 4ème texte :

Ces assassinats massifs de femmes amérindiennes que le Canada refuse de voir

15 décembre 2014

C’est un drame quasi ignoré, un angle-mort de la société canadienne. Celui des femmes autochtones, qui meurent ou disparaissent, victimes de la vulnérabilité sociale de leur communauté, de la frustration des hommes et de l’héritage colonial. En 30 ans, elles sont 1181 à avoir disparu. Cette histoire, Emmanuelle Walter, une journaliste française installée au Québec, a décidé de la raconter en retraçant le parcours de deux adolescentes disparues en 2008. Dans son livre Sœurs volées, elle décrit la souffrance, la misère et la vulnérabilité des Amérindiennes, et pointe du doigt les tentatives de « destruction » de la communauté autochtone menées pendant plus de 150 ans.

Basta ! : Pourquoi parlez-vous d’un féminicide des Amérindiennes ?

Emmanuelle Walter : Au Canada, 1181 femmes amérindiennes ont disparu entre 1980 et 2012. On a retrouvé les corps de 90% d’entre elles. Proportionnellement, rapporté à la communauté autochtone (4% de la population canadienne), c’est l’équivalent de 8 000 Québécoises, 34 000 Canadiennes ou 55 000 Françaises [1]. Ces femmes ont été massivement assassinées parce qu’elles sont des femmes. Et le gouvernement ne reconnaît pas l’ampleur du drame. Ce sont les deux conditions qui doivent être réunies pour pouvoir parler de féminicide, comme l’ont établi des chercheuses à partir des disparitions de Ciudad Juarez, au Mexique, où le néologisme a été inventé. Une autre manière de percevoir cette réalité est d’écouter le témoignage de Connie Greyeyes, une femme autochtone, que je rapporte dans mon livre. Elle connait directement 11 femmes qui ont été assassinées ou qui ont disparu. Bien sûr, chacun d’entre nous n’en connait pas autant… Mais surtout, cela donne une idée de l’impact sur la communauté autochtone : chaque famille connait quelqu’un à qui cela est arrivé.

Pour documenter cette tragédie, vous racontez l’histoire de jeunes québecoises amérindiennes, Maisy Odjick et Shannon Alexander, disparues en 2008. Comment en êtes-vous arrivée à vous intéresser à ce sujet, et à ces deux adolescentes ?
En arrivant au Québec, il y a quatre ans, j’ai découvert un article qui expliquait que le Comité des Nations unies pour l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes, souhaitait enquêter sur les assassinats et les disparitions des femmes autochtones, au Canada. Je suis tombée des nues. Je n’imaginais pas cela possible dans ce pays, en avance socialement par rapport aux États-Unis, égalitaire, féministe… Il y avait comme un angle mort, et j’ai essayé d’en savoir plus. J’ai décidé de raconter l’histoire de Maisy et Shannon, deux amies disparues en septembre 2008. J’ai principalement rencontré la famille de Maisy, dont la mère (sur la photo ci-dessous) a tout de suite accepté ma proposition. L’avantage de cette famille, c’est qu’elle appartient à la classe moyenne, a deux salaires qui tombent tous les mois. Les Blancs peuvent facilement s’identifier à elle. Mais malgré cette aisance sociale, elle est frappée par la vulnérabilité sociale autochtone, dont la famille de Shanon est encore plus victime.

Les jeunes femmes autochtones sont parfois victimes de réseaux de prostitution, que certains qualifient de « traite »…

Ce fut un des plus grands chocs de l’enquête. Des jeunes filles quittent les réserves où elles vivent pour aller rejoindre les grandes villes. Isolées, hyper-fragiles, elles sont prises en main par les proxénètes à leur arrivée. Ces derniers les attendent parfois à l’aéroport de Montréal, quand elles débarquent. D’après les enquêtes qui ont été menées, les hommes autochtones participent à ces réseaux en informant les proxénètes de l’arrivée des adolescentes ou des jeunes femmes. Elles sont droguées, ou se droguent parce qu’on les a sans doute amenées à se droguer. C’est un cercle vicieux. La nature même du trafic n’a pas encore été totalement mis à jour, mais ce qui est frappant, c’est la surreprésentation de ces femmes autochtones dans ces populations fragiles. Des recherches expliquent que 90% des prostituées juvéniles, mineures, sont autochtones. Or, elles ne sont que 4% dans la population canadienne.

Pourquoi une telle vulnérabilité sociale des jeunes femmes amérindiennes ?
Les jeunes femmes autochtones sont des boucs-émissaires de la frustration sociale des hommes. Elles sont surreprésentées parmi les femmes fragiles du Canada, sans-abri, toxicomanes, prostituées. Elles sont victimes à la fois de violences intracommunautaires et familiales, qui sont probablement majoritaires, mais aussi de la violence extérieure, des prédateurs, de la rue. Mais elles ne sont pas toutes dans cette situation là : on peut très bien mourir ou disparaître sans être toxico, sans abri, ou prostituée. Maisy et Shannon n’étaient rien de tout ça, mais elles étaient quand même fragiles. Elles vivaient dans la réserve de Kitigan Zibi, un endroit pauvre et violent, comme la grande majorité des femmes autochtones. Cette vulnérabilité sociale s’explique principalement par la colonisation. Ces peuples ont été détruits territorialement, linguistiquement, culturellement et psychiquement. Les hommes meurent aussi beaucoup plus que les non-autochtones, mais pas parce qu’ils sont des hommes (plutôt à cause d’histoires de règlements de compte). C’est la grande différence avec les femmes.

Parmi cette histoire passée qui permet d’expliquer le présent, il y a celle, stupéfiante, des pensionnats. Après de nombreuses années de silence, cet épisode de l’histoire canadienne est en train d’être dévoilée. De quoi s’agit-il ?

J’ai plongé dans cette histoire en me rendant à des rencontres organisées par la Commission Vérité et réconciliation. Depuis plusieurs années, cette commission est chargée de récolter des témoignages, à travers le pays, sur les pensionnats des congrégations catholiques, majoritairement, et protestantes, qui accueillaient les enfants autochtones afin d’ « ôter l’indien en eux ». C’est l’expression qui était utilisée. J’y ai passé deux jours : je ne m’en remettrai jamais. Des intervenants santé sont là parce que les gens s’effondrent, pas seulement ceux qui parlent. Des boîtes à mouchoirs circulent. Dans ces pensionnats, sous couvert d’éducation, les enfants autochtones étaient empêchés de parler leur langue. On leur passait la langue au savon dès qu’ils prononçaient un mot non-français. On les battait, tous les jours. Certains ont subi des violences sexuelles quotidiennes, notamment de la part des religieux. Ces enfants étaient affamés et on menait des expériences médicales nutritionnelles sur eux. Tout petits, ils se suicidaient, fuguaient, mourraient en s’échappant, parce qu’ils se retrouvaient dans le froid. Quand ils rentraient parfois dans leur famille, l’été, ils ne pouvaient même plus communiquer avec leurs parents car ils ne parlaient plus leur langue. Au total, plus de 150 000 enfants autochtones sont passés par les pensionnats, pendant 150 ans.

Quelles sont les répercussions, aujourd’hui ?

Les pensionnats sont un poison dont les communautés ne sont pas remises. Beaucoup de personnes autochtones sont incapables de s’aimer, de s’occuper de soi et des autres. Cette incapacité se perpétue de génération en génération. C’est ce qu’on appelle le syndrome du pensionnat, documenté et établi scientifiquement. Or, cette histoire n’est pas enseignée : à l’école, mes enfants apprennent la spiritualité amérindienne au 17ème siècle, le commerce entre les peuples, etc. Mais la destruction imposée par les Blancs aux Amérindiens n’est pas au programme. La population n’est pas informée et il y a même un fossé d’incompréhension avec la communauté autochtone, qui s’enfonce et n’arrive pas à s’en sortir. Comment a-t-on pu vivre 400 ans avec ces gens et n’être toujours pas capables de les comprendre et les aider ? Certains militants de gauche, présents dans toutes les luttes, vont bloquer sur cette question. Ils défendent les droits des Palestiniens, mais pas ceux des Autochtones.

Le gouvernement canadien actuel, lui aussi, refuse de considérer cette tragédie…

Le Premier ministre, Stephen Harper, ferme les yeux. Cet été, suite à la mort d’une jeune autochtone, Tina Fontaine, il a déclaré : « Nous ne devrions pas considérer ceci comme un phénomène sociologique, mais comme un crime. » Il n’a pas envie d’y voir autre chose, ce qui résume parfaitement la pensée conservatrice ! Il ne veut surtout par remettre en cause la légitimité de la présence blanche en Amérique du Nord. Mais les autorités canadiennes tentent tout de même d’agir. De gros budgets sont dédiés à ces communautés. Le problème, c’est que ces programmes d’aide ne fonctionnent pas.

Quelles mesures politiques fortes pourraient être prises pour s’attaquer à ce féminicide ?

Il faut réétudier complètement les relations avec le monde autochtone. En finir avec ce post-colonialisme qui perdure sans fin. Il est aussi nécessaire de comprendre pourquoi les programmes existants ne fonctionnent pas. Pour moi, ils sont des pansements sur une jambe de bois. Le problème ne vient pas des femmes autochtones, mais de la condition autochtone. La misère des communautés fait que les femmes autochtones sont devenues des proies. Le manque de travail, l’absence de foyer d’accueil pour les femmes battues, expliquent ce féminicide. Comment se fait-il que dans ce pays où il y a un consensus social fort, une intégration facile des immigrés, une volonté d’égalité, on n’arrive pas du tout à faire que les Autochtones prospèrent ? C’est une question très délicate car les Autochtones eux-mêmes ne veulent pas être considérés comme « canadiens ». Ils souhaitent être des nations indépendantes qui s’autogèrent. Pourtant, il faudrait discuter avec l’élite autochtone et ses organisations. Mais cela exige un doigté, une réflexion très profonde, qui n’est pas du tout l’apanage du gouvernement actuel.

Propos recueillis par Simon Gouin

Le site du livre Sœurs volées.http://www.soeurs-volees.com/
(Sœurs volées, Enquête sur un féminicide au Canada, Emmanuelle Walter, Lux)

Notes
[1] Pour donner une échelle de grandeur, c’est comme s’il y avait eu en France, en 32 ans, dix fois plus d’homicides de femmes.
source: http://www.bastamag.net/Au-Canada-la-misere-des

Vos commentaires

2. Le 18 décembre à 14:43, par Pierre-Olivier Combelles
J’ai vécu de longues années en contact avec les Amérindiens de la Côte-Nord du Québec et particulièrement avec ceux de La Romaine (Ulamen Shipit) qui mont accueilli et accompagné dans mes recherches sur la côte et à l’intérieur des terres. J’ai toujours vu que les femmes étaient très bien traitées chez elles et se faisaient aussi respecter. Les problèmes sont venus du contact avec l’extérieur par les changements du mode de vie d’abord au village (la sédentarisation a commencé dans les années 1950) puis et surtout avec les voyages des élus montagnais dans les capitales (Québec, Montréal) où ces « favorisés » du système découvraient le monde de l’argent, de l’industrie, de la drogue, de la prostitution, etc., inconnus chez eux. Et aussi le racisme et la discrimination, car il y a un vieux mépris du Canadien francais blanc à l’égard de l’Indien, comme il y avait (et il y a peut-être encore) un mépris de l’Anglais, de l’Anglo-saxon WASP pour le Canadien francais… Il s’agit là de la population en général, et pas dans sa totalité évidemment. Ce sentiment repose sur une ignorance presque totale de la part du Blanc des personnes, de la culture et de l’histoire des Amérindiens. Ce sont deux mondes qui se côtoient mais qui sont étrangers l’un à l’autre. Un Montagnais est vu aujourd’hui à Montréal comme un immigré, alors que ses ancêtres vivaient en Amérique des milliers d’années avant l’arrivée des Européens. Mais à présent il y a l’attitude du gouvernement et des politiques qui, ici comme ailleurs, est une attitude de mépris total à l’égard de l’Indien, comme de l’homme et du « grand peuple » en général, et de la Nature elle-même. On le constate à travers les monstrueux projets et activités extractivistes au Canada, sur ses territoires et à l’étranger. Il s’agit aujourd’hui de tout commercialiser. L’argent n’a pas de patrie et ne respecte rien. Il n’y a rien de plus contraire à la pensée traditionnelle des Amérindiens et des « Peuples-Racines » comme les nomme si bien Jean Malaurie…
Au Pérou, les Indiens des Andes, agriculteurs et éleveurs, appellent ceux des tribus amazoniennes, chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, les « Ñaupa machu », c’est -à-dire les ancêtres vénérables. Ils leur rendaient hommage dans des fêtes comme celles du Retour des Pléiades (Qoyllur Rit’i), sur les glaciers des sommets dominant l’Amazonie. Il est temps que les hommes, TOUS LES HOMMES, reviennent à la pensée de leurs ancêtres vénérables que sont les Peuples-Racines, avant de disparaître totalement dans une Nature dévastée…
P.-O. Combelles
Naturaliste, ancien membre du Laboratoire d’Ethnobiologie-Biogéographie du Muséum National d’Histoire Naturelle.

- Dernier message :
invitation au café politique du 15 janvier 2015 à Strasbourg
Nicole Roelens
Au café politique le 15 janvier 2015 à 18h30, Au Café Michel,
20 avenue de la Marseillaise à Strasbourg

Il n’y aura pas d’issue aux désastres écologiques et humains qui frappent la planète sans une décolonisation mondiale de l’humanité femelle.

Si l’humanité aujourd’hui veut sauvegarder l’habitabilité de la planète et l’intégrité de ce qui fait l’essence des êtres humains, il faut que les rapports entre ses deux moitiés sexuées changent fondamentalement. En effet, les rapports d’emprise, d’oppression, d’exploitation et de prédation, que les humains entretiennent avec l’écosphère et entre eux, sont déjà inscrits dans l’unilatéralisation violente des rapports d’interdépendance entre les sexes, c’est-à-dire dans une colonisation du peuple des femmes qui se manifeste par :

- l’annexion de leur corps,

- Le pillage des richesses matérielles et spirituelles ce qu’elles produisent,

- Leur infériorisation systématique et le mépris de ce qu’elles ont à dire,

- Leur réduction à l’état d’objet de convoitise interchangeable

- Leur réclusion dans la sphère domestique quand elles enfantent

- Leur utilisation comme bouc émissaire d’usage courant dans la sphère privée et comme exutoires des spirales de violences collectives

- L’apartheid spirituel qui perdure dans les religions instituées

Cette colonisation de l’humanité femelle est le socle d’une société violente, injuste et oppressive. Le travail d’analyse de ce système réalisé par Nicole Roelens dans les quatre premiers tomes de son Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle lui permet, aujourd’hui, de proposer la mise en œuvre d’une révolution éco-féministe, perspicace, pacifique et autogérée que les femmes doivent prendre en mains, avec le soutien des hommes qui sont prêts à renoncer à leur hégémonie factice pour construire avec elles les conditions de la vie bonne.

Nicole Roelens
58, route de Munster
68380 Breitenbach
Tél. : 03.89.77.53.11 Mail : nicole.roelens(at)wanadoo.fr

http://www.harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=8871

ViaCampesinaAgrotoxiq

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Totem Terre et Tuf

Posté par elianguesard le 1 juin 2014

contre total tartuffe

Totemterretuf

La ruche Poubid est la ruche sauvage post-pétrole née d’un bidon et d’une poubelle qui ne servent plus à rien à l’ère après croissance. Sa matière est composée de terre argile limon et broyats végétaux (ici lin ou chanvre ou mélèze)pour faciliter la perspiration. l’intérieur est enduit de suie. la construction sera libre sur barettes, la forme épouse les conditions naturelles millénaires : l’essaim dans l’arbre.
RuchePoubid1

RuchePoubid2

tonneaux de Diogène et Danaïdes
2014BeeNoTav
2014.04.22essaimAp

 

ancoliroseblanbleu

ancolidoublerose

 

 

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