Le monde est complètement Trump

Posté par elianguesard le 3 novembre 2020

sisyphe

Dans la série (noire) « Le monde est complètement Trump » c’est à dire cinglé, voici trois textes bien marquants du moment

Fukushima, la pandémie nucléaire se répand

Ce n’est pas du Covid, donc l’information est passée quasiment inaperçue : le Japon déchargera en mer plus d’un million de tonnes d’eau radioactive provenant de la centrale nucléaire de Fukushima.

Le catastrophique accident de Fukushima fut amorcé par le tsunami qui, le 11 mars 2011, investit la côte nord-orientale du Japon, submergeant la centrale et provoquant la fusion des noyaux de trois réacteurs nucléaires. La centrale avait été construite sur la côte à seulement 4 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec des digues brise-lames de 5 mètres de haut, dans une zone sujette à des tsunamis avec des vagues de 10-15 mètres de haut. De plus il y avait eu de graves manquements dans le contrôle des installations de la part de Tepco, la société privée de gestion de la centrale : au moment du tsunami, les dispositifs de sécurité n’étaient pas entrés en fonction. Pour refroidir le combustible fondu, de l’eau a été pompée pendant des années à travers les réacteurs.

Cette eau, devenue radioactive, a été stockée à l’intérieur de la centrale dans plus de mille grands réservoirs, en en accumulant 1,23 millions de tonnes. Tepco est en train de construire d’autres réservoirs, mais au milieu de l’année 2022 ceux-là aussi seront pleins. Devant continuer à pomper de l’eau dans les réacteurs fondus, Tepco, en accord avec le gouvernement, a décidé de décharger en mer celle qui a été accumulée jusqu’à présent, après l’avoir filtrée pour la rendre moins radioactive (mais on ne sait pas dans quelle mesure) avec un processus qui durera 30 ans.

Il y a en outre les boues radioactives accumulées dans les filtres du site de décontamination, stockées dans des milliers de containers, et d’énormes quantités de sol et autres matériaux radioactifs.

Comme l’a admis Tepco même, particulièrement grave est la fusion advenue dans le réacteur 3 chargé avec du Mox, un mélange d’oxydes d’uranium et plutonium, beaucoup plus instable et radioactif. Le Mox, pour ce réacteur et d’autres aussi dans le pays a été produit en France (site Orano de Beaumont-Hague en Normandie, NDT), en utilisant des déchets nucléaires envoyés par le Japon.

Greenpeace a dénoncé les dangers dérivant du transport de ce combustible au plutonium sur des dizaines de milliers de kilomètres (voir note en fin de texte, NDT). Elle a dénoncé en outre le fait que le Mox favorise la prolifération des armes nucléaires, parce qu’on peut en extraire plus facilement du plutonium et, dans le cycle d’exploitation de l’uranium, il n’existe pas de ligne de démarcation nette entre usage civil et usage militaire du matériau fissible.

Jusqu’à présent dans le monde se sont accumulées (selon des estimations de 2015) environ 240 tonnes de plutonium à usage militaire direct et 2.400 tonnes à usage civil, avec lesquelles on peut cependant produire des armes nucléaires, plus environ 1.400 tonnes d’uranium hautement enrichi à usage militaire.

Quelques centaines de kilogrammes de plutonium suffiraient pour provoquer le cancer des poumons aux 7,7 milliards d’habitants de la planète, et le plutonium reste létal pendant une période correspondant à presque  dix-mille générations humaines.

Ainsi a-t-on accumulé un potentiel destructeur en mesure, pour la première fois dans l’histoire, de faire disparaître l’espèce humaine de la surface de la Terre.

Les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ; les plus de 2.000 explosions nucléaires expérimentales dans l’atmosphère, en mer et sous terre ; la fabrication de têtes nucléaires  avec une puissance équivalente à plus d’un million de bombes d’Hiroshima ; les nombreux accidents avec des armes nucléaires et ceux dans les sites nucléaires civils et militaires, tout cela a provoqué une contamination radioactive qui a touché des centaines de millions de personnes.

Une partie des environ 10 millions annuels de morts du cancer dans le monde -documentés par l’OMS- est attribuable aux effets à long terme des radiations. En dix mois, toujours selon les données de l’Organisation mondiale de la santé, le Covid-19 a provoqué dans le monde environ 1,2 millions de morts. Danger à ne pas sous-évaluer, mais qui ne justifie pas le fait que les mass media, notamment télévisées, n’aient pas informé que plus d’un million de tonnes d’eau radioactive sera déchargée en mer depuis la centrale nucléaire de Fukushima, avec comme résultat le fait que, entrant dans la chaîne alimentaire, elle fera ultérieurement augmenter les morts du cancer.

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Fukushima, dilaga la pandemia nucleare

Édition de mardi 3 novembre 2020 d’il manifesto

https://ilmanifesto.it/fukushima-dilaga-la-pandemia-nucleare/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Photo en vedette : Une partie des plus de mille réservoirs d’eau radioactive, dans la centrale nucléaire de Fukushima

 

Note pour la version française.

“Le Mox pour les réacteurs japonais est produit en France, en utilisant des déchets nucléaires envoyés du Japon. Du site de retraitement Orano (ex-Areva) de Beaumont-Hague, en Normandie, le combustible au plutonium est transporté sur un millier de kilomètres par autocars au site Melox de Marcoule (Gard), où sont fabriquées les barres de combustible. Celles-ci sont de nouveau transportées au site de Beaumont-Hague pour organiser l’expédition. Les conteneurs sont ensuite transportés au port de Cherbourg et embarqués sur des navires qui, ayant à bord des hommes armés sur le pied de guerre, appareillent vers le Japon.

Greenpeace dénonce les dangers dérivant du transport de ce combustible au plutonium sur terre et par mer sur des dizaines de milliers de kilomètres, car personne ne peut prévoir ce qui se passerait en cas d’accident. Elle dénonce en outre le fait que le Mox favorise la prolifération des armes nucléaires, puisqu’on peut en extraire plus facilement du plutonium. Quasiment aucun gouvernement ne prête attention à l’alarme lancée par Greenpeace. Le gouvernement irlandais avait essayé en vain, en s’adressant en 2003 à la Cour d’arbitrage de La Haye, de faire fermer le site de retraitement de Sellafield en Angleterre : le site, dont se sert aussi le Japon, est source d’une dangereuse pollution radioactive de la Mer d’Irlande et de l’Atlantique Nord.

On n’a pas prêté non plus une grande attention à l’alerte, lancée en 2017 en France, par l’Autorité sur la sécurité nucléaire (ASN) concernant le site Areva (aujourd’hui Orano) de Beaumont-Hague. Selon l’ASN, la protection du site contre le risque d’explosion s’avère insuffisante. Le site concentre la plus haute quantité de plutonium et autre matériau radioactif en Europe. Un accident provoquerait des conséquences catastrophiques pour toute la région européenne”.

Extrait de :

Guerre nucléaire. Le jour d’avant. Qui nous conduit à la catastrophe et comment,

Manlio Dinucci (Zambon Editore), traduction M-A Patrizio, postface de B. Genet (Comité Comprendre et agir contre la guerre) à paraître aux Éditions Delga (Paris).

 

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

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sciencA

https://reporterre.net/Le-monde-d-apres-s-appelle-Revolte

Le monde d’après s’appelle Révolte

16 novembre 2020 / Hervé Kempf (Reporterre)

Qu’ils sont loin, les rêves du « monde d’après ». Aujourd’hui, tout est redevenu comme avant, en pire. Ecologie et justice sont oubliées, alors que le pouvoir réprime de plus en plus durement la jeunesse, tout en bouchant son avenir. Sous le couvercle du confinement, la colère bouillonne.

Qu’il est loin, ce premier confinement. Il nous avait pris par surprise, c’était une situation jamais vue, cette mise en suspens d’une partie du monde pendant quelques semaines. La crainte du virus était là, le boulot était pénible pour les travailleurs les plus précaires et ceux assurant les fonctions vitales de la société. L’anxiété du chômage surgissait pour d’autres. Mais il y a eu aussi pour beaucoup, la découverte du silence, du renouveau de la nature, un moment de respiration dans le grand chambardement du monde. Une certaine euphorie se faisait jour, dans l’espoir que de cette crise pourrait surgir un monde meilleur. On a rêvé du « monde d’après » : transports, agriculture, santé, économie — on allait tout reprendre dans le bon sens, tandis qu’associations, syndicats, personnalités multipliaient les appels et les listes d’idées pour « le jour d’après ».

Six mois plus tard, nous sommes « après » : en pleine deuxième vague de la pandémie, en confinement, sous la férule d’un gouvernement à la fois peu compétent et autoritaire, et observant en silence les nouveaux maîtres du monde se gaver, tel Jeff Bezos, le patron d’Amazon encore enrichi en centaines de milliards, ou le patron de Pfizer qui, dès l’annonce d’un potentiel vaccin, a vendu 60 % de ses actions pour profiter de son cours qui venait de bondir.

Force est de constater que rien ne bouge. Le vide des politiques sur la biodiversité et le climat est sidéral, alors que ce sont les domaines clés si l’on veut éviter que se répètent sans cesse de nouvelles pandémies et que l’on endure du fait du réchauffement des situations intolérables. Toute l’attention politique est focalisée sur la gestion à court terme de la pandémie, attendant un miracle d’un vaccin à venir — dont l’idée qu’il pourrait être mis à disposition comme un bien commun est abandonnée — et trépignant dans l’espoir de faire repartir la croissance. La question de l’écologie globale ? Celle des inégalités ? « On verra plus tard. » Et en attendant, on continue à détruire la biodiversité en multipliant les projets inutiles, et sans rien entreprendre ni pour limiter l’élevage industriel ni pour limiter la déforestation tropicale, les deux sources des zoonoses.

Le mépris de la jeunesse

Quant au climat, un sujet crucial permet de comprendre combien il pèse peu en France : celui de la rénovation énergétique. Nous lançons aujourd’hui une grande enquête à propos de cette politique aux bénéfices collectifs évidents : sa mise en œuvre permettrait d’économiser des milliards d’euros sur nos importations de pétrole ou de gaz tout en réduisant les émissions de CO2. Elle créerait des emplois pour des dizaines de milliers d’artisans, elle contribuerait à réduire la pauvreté. Mais alors que l’urgence est reconnue depuis des années (Grenelle 2007), on est toujours encalminés. Ses financements sont confus et dispersés, les artisans ne sont pas formés, les procédures administratives compliquées, le lobby nucléaire pèse pour freiner. Alors que la rénovation énergétique est un axe essentiel d’une vraie politique climatique, elle continue à patauger depuis plus de dix ans.

L’explication de cette paralysie — qu’il s’agisse de biodiversité ou de climat —, est la résistance obstinée de pouvoirs oligarchiques à tout changement réel. Ils préservent leurs intérêts et promeuvent leur vision du monde : croissance, productivisme, numérique — point !

Le plus grave est que leur inconséquence égoïste prépare un avenir noir aux jeunes générations, qui subiront de plein fouet les catastrophes écologiques si nous n’agissons pas urgemment. Cette inconséquence, d’ailleurs, témoigne d’un mépris pour la jeunesse, d’un monde de vieux riches qui veulent préserver leur confort moisi. Elle se traduit par une attitude incroyablement brutale à l’égard des enfants et des adolescents : on oblige les enfants à porter dès six ans des masques qui les étouffent, on matraque et gaze des lycéens qui demandent qu’un protocole sanitaire sérieux soit appliqué, on garde à vue des enfants de dix ans pour « apologie du terrorisme », on lance une enquête sur la Fédération des centres sociaux parce que les propos des jeunes n’ont pas eu l’heur de plaire à une secrétaire d’État. Et l’on prépare une loi de « sécurité globale » (discutée jour pour jour deux ans après la naissance du mouvement des Gilets jaunes) pour pouvoir réprimer encore plus brutalement et à l’abri des regards celles et ceux qui oseraient protester.

Ce pouvoir est ivre d’autoritarisme et dangereux. En mai, on expliquait ici que le monde d’après serait un champ de bataille. Le champ est encore vide, parce que le confinement pèse comme un couvercle de plomb sur l’énervement, l’anxiété, la colère qui bouillonnent contre l’impéritie des gouvernants, contre le désastre écologique et contre l’injustice insupportable. Contre l’asphyxie et l’avenir sinistre que préparent les dominants. Quand ce couvercle se lèvera enfin, il y a fort à parier que la colère se transformera en révolte. Elle sera légitime.

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https://www.partage-le.com/2020/11/16/hold-up-comme-dhabitude-complotisme-et-anticomplisme-passent-a-cote-de-lessentiel-par-nicolas-casaux/

Hold Up : Comme d’habitude, complotisme et anticomplotisme passent à côté de l’essentiel

Quelques remarques griffonnées à la va-vite au sujet de ce documentaire qui aura au moins eu le mérite de provoquer des discussions — avec l’aide de Simone Weil, et aussi de Jaime Semprun (L’Abîme se repeuple, 1996) :

« La domestication par la peur ne manque pas de réalités effrayantes à mettre en images ; ni d’images effrayantes dont fabriquer la réalité. Ainsi s’installe, jour après jour, d’épidémies mystérieuses en régressions meurtrières, un monde imprévisible où la vérité est sans valeur, inutile à quoi que ce soit. Dégoûtés de toute croyance, et finalement de leur incrédulité même, les hommes harcelés par la peur et qui ne s’éprouvent plus que comme les objets de processus opaques se jettent, pour satisfaire leur besoin de croire à l’existence d’une explication cohérente à ce monde incompréhensible, sur les interprétations les plus bizarres et les plus détraquées : révisionnismes en tout genre, fictions paranoïaques et révélations apocalyptiques. […] Le soupçon de manipulation générale est alors un ultime refuge, une façon commode de ne pas faire face à l’irrationalité totale de la décadence, en lui prêtant une rationalité secrète. »

Le complot, ça marche ; c’est apparemment un nouveau filon capitaliste. C’est rassurant de se dire qu’on tient l’explication, qu’on comprend, qu’on sait, que tout ce qui se passe relève d’un plan, qu’on n’est pas juste perdus, égarés dans les flots tempétueux, incontrôlés, incontrôlables, dépourvus de sens, d’une civilisation qui, depuis longtemps déjà, n’est plus qu’un insondable maelstrom. Même chose, donc, en ce qui concerne l’anticomplotisme.

Le documentaire Hold Up de Pierre Barnerias pose autant problème dans le fond que dans la forme — la musique dramatique, par exemple, permet à peu de frais de passer des banalités ou des fabulations pour d’incroyables révélations. On pourrait passer un certain temps à lister les erreurs factuelles et les mensonges qu’il colporte. Divers médias grand public ont déjà commencé à le faire (liens ci-après). Rappelons-en deux :

  1. Le documentaire suggère qu’étant donné que Bill Gates et les Rockefeller prévoyaient l’avènement d’une pandémie depuis plusieurs années, alors ils sont sans doute coupables de l’avoir provoquée. Mais d’innombrables scientifiques et aussi des écrivains et toutes sortes de gens nous avertissent à ce sujet depuis déjà des années ! Pas seulement Bill Gates et les Rockefeller, loin de là. Les pandémies accompagnent depuis déjà des siècles le développement de la civilisation. Ainsi que le souligne un article récemment publié sur le site de la célèbre chaîne états-unienne History : « Plus les humains devinrent civilisés, construisant des villes, établissant des routes commerciales entre elles, et menant des guerres les uns contre les autres, plus des pandémies devinrent probables. » Dans un récent article intitulé « Ce qu’il faut savoir sur les principales épidémies et pandémies », René Noto, président d’honneur de la SFMC (Société Française de Médecine de Catastrophe), explique : « L’histoire des civilisations connues par les fouilles archéologiques montre à l’évidence l’existence de maladies infectieuses et cette histoire est jalonnée par ces risques infectieux sans pour autant que l’on puisse avoir des informations précises sur le contexte épidémique de l’époque. » Il y en a déjà eu de nombreuses au cours de l’histoire de la civilisation, il y en aura d’autres. Rien d’étonnant. D’autant plus que la civilisation de notre temps est mondialisée, dotée de transports à grande vitesse, bien plus populeuse que celles du passé, etc.
  2. Il affirme que les zoonoses sont rares, ce qui est évidemment faux. « Les estimations varient, mais sur les mille quatre cents organismes pathogènes connus affectant l’être humain, entre huit cents et neuf cents sont des “zoonoses”, c’est-à-dire des infections issues d’hôtes non humains. » (James C. Scott, Homo Domesticus). Choléra, variole, oreillons, rougeole, grippe, varicelle et peut-être aussi paludisme, sont, entre autres, des zoonoses.

Outre des erreurs factuelles et des mensonges purs et durs, le documentaire affirme des choses discutables, sinon douteuses, par exemple en évoquant divers complots et/ou phénomènes de corruption dans plusieurs secteurs industriels (le secteur pharmaceutique, notamment). Le problème étant qu’il ne s’agit pas tant de corruption ou de complots que du fonctionnement normal et logique du système capitaliste — impératif du profit et règne de l’intérêt financier. Lequel s’apparente, de bien des manières, à « une élite qui comploterait contre les citoyens et notamment contre les pauvres », quoi qu’en pense France Culture (d’où ces magnats de la Silicon Valley plaçant leurs enfants dans des écoles sans technologie tandis qu’ils encouragent l’État à fournir des tablettes à tous les autres enfants, à rendre l’école toujours plus numérique, virtuelle). Cette incompréhension du fonctionnement élémentaire du capitalisme amène les anticomplotistes à nier la réalité — des intérêts divergents, voire opposés, entre classes sociales — autant que les complotistes à la méconnaître.

L’absence d’une démocratie véritable et l’existence de classes, d’une structure sociale hiérarchique, implique depuis des siècles l’existence de maîtres et d’esclaves, et ainsi « l’état perpétuel de guerre dans lequel tout maître est vis-à-vis de ses esclaves » (Pierre Samuel du Pont de Nemours en 1771, qui en savait quelque chose, dont le fils créera par la suite la société DuPont, aujourd’hui l’un des plus grands groupes industriels de chimie du monde).

Complotistes et anticomplotistes ont également en commun — outre de prétendre détenir la Vérité scientifique — de ne jamais souligner une des seules choses dont nous sommes à peu près sûrs, à savoir, comme le formulait Simone Weil (Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale), que :

« L’obstacle qui apparaît le premier est constitué par la complexité et l’étendue de ce monde auquel nous avons affaire, complexité et étendue qui dépassent infiniment la portée de notre esprit. Les difficultés de la vie réelle ne constituent pas des problèmes à notre mesure ; […] [l]es termes d’oppresseurs et d’opprimés, la notion de classes, tout cela est bien près de perdre toute signification, tant sont évidentes l’impuissance et l’angoisse de tous les hommes devant la machine sociale, devenue une machine à briser les cœurs, à écraser les esprits, une machine à fabriquer de l’inconscience, de la sottise, de la corruption, de la veulerie, et surtout du vertige. La cause de ce douloureux état de choses est bien claire. Nous vivons dans un monde où rien n’est à la mesure de l’homme ; il y a une disproportion monstrueuse entre le corps de l’homme, l’esprit de l’homme et les choses qui constituent actuellement les éléments de la vie humaine ; tout est déséquilibre. »

Ainsi, l’étendue de la division du travail et de la spécialisation qui sont au fondement de la civilisation industrielle font de « la science […] un monopole, non pas à cause d’une mauvaise organisation de l’instruction publique, mais par sa nature même ; les profanes n’ont accès qu’aux résultats, non aux méthodes, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent que croire et non assimiler. »

Par exemple :

« Les mathématiques constituent à elles seules un ensemble trop vaste et trop complexe pour pouvoir être embrassé par un esprit ; à plus forte raison le tout formé par les mathématiques et les sciences de la nature ; à plus forte raison le tout formé par la science et ses applications ; et d’autre part tout est trop étroitement lié pour que la pensée puisse véritablement saisir des notions partielles. Or tout ce que l’individu devient impuissant à dominer, la collectivité s’en empare. »

Dans une telle configuration sociale, la démocratie est inexistante et impossible, les antagonismes de classe sont inéluctables, le pouvoir est entre les mains de l’inertie de la machine technocapitaliste, qui ne peut être ni contrôlée ni réformée. Les dominants ne peuvent que faire la guerre aux pauvres. Et le système la guerre au monde entier. Il est absurde d’espérer contrôler (qui plus est, démocratiquement) ce qui n’est plus depuis longtemps déjà à la mesure de l’être humain — des mégalopoles gigantesques, des États-nations pires encore, de vastes et même internationales divisions et spécialisations du travail nécessaires aux techniques/technologies les plus élémentaires sur lesquelles repose toute la société industrielle, l’existence technologique moderne.

Dans l’ensemble, ce documentaire, qui mélange des réactions et remarques légitimes (hostilité envers certaines nouvelles technologies déployées de manière parfaitement antidémocratique, à l’image de tout le reste) à des affirmations ou croyances ridicules (« on a trouvé le coupable de la covid19 »), envoie son audience sur une fausse piste, à la recherche d’un complot ourdi par quelques terribles méchants (Gates, Rockeffeller, Schwab). Il n’examine en rien ni ne remet en question la technologie et ses implications, le capitalisme et ses implications, la civilisation et ses implications, l’armature du système sociotechnique mondialisé. Suite à son visionnage, est-on mieux armés pour affronter le désastre en cours ? Pas vraiment. Au contraire, on risque de se perdre dans diverses impasses à chercher pourquoi certains sont méchants, comment changer de dirigeants pour en avoir de bons qui respectent les démocraties présentes, etc., toujours les mêmes espérances absurdes et réformistes. Le complotisme, en effet, loin de mettre en lumière les problèmes que posent les structures sociales existantes, l’organisation générale de nos sociétés, les principes fondamentaux qui les régissent, se contente de blâmer — parfois à plus ou moins juste titre, parfois non — diverses conjurations de personnes jugées malfaisantes.

Il est aussi regrettable que les anticomplotistes s’empressent de conchier tous ceux qu’ils qualifient de « complotistes », de les traiter de tous les noms, de les dénigrer avec parfois un mépris de classe abject (je ne sais plus quel article mass-médiatique renvoie à un thread Twitter d’une personne affirmant que les complotistes sont des gens « moyens » (ne possédant pas de diplôme supérieur d’éducation, etc.) frustrés et idiots).

***

Je ne sais pas d’où sort le SARS-COV‑2, je ne sais pas si l’hydroxychloroquine fonctionne ou non pour le guérir, je ne sais pas si le port du masque est dans l’ensemble une bonne chose ou non, je ne sais pas s’il est utile ou non, et je m’en fous un peu. Ce « monde incompréhensible », avec ses « processus opaques », son « irrationalité totale », dont « les difficultés […] ne constituent pas des problèmes à notre mesure », ce « chaos planétaire qui, littéralement, défie la description » (Jaime Semprun), est inhumain, ne peut être qu’inhumain. Il est absurde autant qu’inutile d’essayer de le réformer, de le contrôler.

Pour l’essentiel, il est à détruire — au plus vite, afin d’endiguer sa destruction du monde naturel et son écrasement de l’humanité, afin d’éviter qu’il ne finisse par nous détruire.

« Toute cette évolution, par l’invraisemblable dépendance qu’elle organise, est venue renforcer la cohésion de la mégamachine, ce qui la rend encore plus irréformable que naguère et fait plus que jamais apparaître l’option révolutionnaire comme la seule raisonnable. » (La Lampe hors de l’horloge).

Il se pourrait que le seul moyen de retrouver la mesure — des sociétés à taille humaine, des technologies contrôlables par de telles sociétés, « des formes d’organisation techniques et sociales plus simples, plus à la portée de la maîtrise et compréhension de chacun » (Bertrand Louart) — soit de précipiter l’effondrement de la machine, malgré tout ce que cela implique.

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QUELQUES ARTICLES QUI LISTENT DIVERS MENSONGES DU DOCUMENTAIRE (je hais les médias de masse ; de plein de manières, ils font partie des entités les plus nuisibles du moment, les plus responsables du désastre, de sa continuation, leurs critiques du documentaire sont toujours teintées d’un anticomplotisme qui correspond à une défense du statu quo, et/ou à une négation de problèmes bien réels, et souvent aussi d’un insupportable mépris des imbéciles qui font le peuple d’en bas qui ne comprend rien à la Réalité Vraie, à la Science et à la Civilisation ; cela étant, ils relèvent pertinemment certains mensonges flagrants du documentaire Hold Up ; pour autant, je ne considère pas que toutes leurs remarques sont exactes, certaines sont sans doute discutables) :

https://factuel.afp.com/non-la-famille-rothschild-na-pas-brevete-des-tests-de-depistage-du-covid-19-en-2015

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/covid-19–4‑fake-news-majeures-presentes-dans-le-documentaire-complotiste-hold-up_149107

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/12/covid-19-les-contre-verites-de-hold-up-le-documentaire-a-succes-qui-pretend-devoiler-la-face-cachee-de-l-epidemie_6059526_4355770.html

https://www.liberation.fr/france/2020/11/12/dix-contre-verites-vehiculees-par-hold-up_1805434

https://www.leparisien.fr/societe/covid-19-labos-masques-et-domination-du-monde-on-decrypte-hold-up-le-docu-qui-agite-les-complotistes-12–11-2020–8408046.php

Nicolas Casaux

 

 

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La honte du français actua

Posté par elianguesard le 24 octobre 2020

AuNomdupeupleF

Il y a la haine de l’occident parce qu’il y a la honte de l’occident

Il y a la haine du français parce qu’il y a la honte du français

https://www.mondialisation.ca/la-france-a-trouve-son-nouveau-dreyfus-il-sappelle-mohammed/5650494

La France a trouvé son nouveau Dreyfus, il s’appelle ‘Mohammed’

Le tapage et la surenchère médiatiques habituels suscités par l’assassinat du professeur Paty par un jeune tchétchène est révélateur de plusieurs choses qu’il faut rappeler :

1. l’esprit colonial – et donc raciste (n’ayons pas peur des mots) – d’une majorité des intervenants, tant au niveau politico-médiatique qu’au niveau de la population, est aussi affligeant qu’instructif ;

2. la dérive vers une fascisation de l’appareil d’Etat français se confirme par la prise de décisions toujours plus liberticides, répondant en cela à la demande d’une part de la population toutes tendances confondues ;

3. en-dehors de ce qui est publié sur lui, d’où sort ce jeune Tchétchène ? Qui est-ilvraiment ? ‘Décapiter’ un individu n’est pas simple, comment y parvenir sans entraînement ? Est-il un électron libre ou finira-t-on par apprendre qu’il était en lien avec quelque réseau comme celui des armes utilisées par A. Coulibaly lors de la fusillade à l’Hyper Cacher qui lui ont été délivrées par Cl. Hermant, ex-membre de la sécurité du FN, et ‘indic’ des douanes et de la gendarmerie ? Et, comme d’autres avant lui, que savait-il de gênant pour qu’il soit tué et non blessé – comme cela est pratiqué dans d’autres pays – afin de pouvoir mener une enquête avec le principal intéressé ?

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/02/au-proces-des-attentats-de-janvier-2015-l-indic-les-armes-et-le-chainon-manquant_6054462_3224.html)

Loin de plumes anonymes, petit relevé – très incomplet – de ce florilège nauséabond de la part de personnes en vue :

« Ils décapitent nos professeurs, nous on va enseigner l’arabe », écrit R. Ménard, maire de Béziers, ancien responsable de ‘Reporters Sans Frontières’, qui organise dans sa commune des campagnes publicitaires ignobles avec l’argent du contribuable, et dont le racisme cache mal de piètres notions de géographie : en Tchétchénie on ne parle pas arabe !

« Les femmes musulmanes qui portent le voile portent en réalité une arme sur la tête, il faut donc leur retirer le port d’arme ! », déclare l’aspirant ‘Reichführer’ Eric Ciotti, sur la chaîne Cnews où E. Zemmour condamné à plusieurs reprises pour propos racistes gardait son rond de serviette et où l’infatué G.W. Goldnadel appelle à la ‘vengeance’ sans aucune réaction de la part de la chaîne… ni du CSA ;

« Quand mon pays est attaqué, je suis là ! », annonce l’inénarrable M. Valls sur BFMtv… mais de quel pays parle-t-il, ce camé-léon qui tend la sébile pour se trouver une planque tant en Espagne qu’en France et bouffe à tous les râteliers !?

« Il faut immédiatement reproduire massivement toutes les caricatures de Charlie, les placarder sur tous nos murs pour faire taire les assassins. Ils peuvent tuer une personne, ils ne nous tueront pas tous », assène P. Bruckner, sioniste bien à l’abri du pays dans lequel il pérore, mais que tous ceux qui sont la cible des guerres de nos Etats – comme en Palestine – ne peuvent hélas reprendre en chœur, dès lors qu’eux, on les tue TOUS avec notre technologie mortifère et nos ventes d’armes aux pires régimes !

« Suite au drame des Yvelines, et pour maintenir la paix civile en France, Macron doit consulter les Français par référendum sur la politique migratoire qu’ils veulent », ose Fr. Asselineau qui réagit comme le troupeau en profitant de la sidération de la population. Politique de bas étage, comme les autres, finalement !

– « Moi, je pense qu’il y a un problème avec la communauté tchétchène en France », lâchera J-L. Mélenchon avant de rétropédaler, sauf que la sentence est lâchée, trahissant de la sorte le même fond de pensée que les autres.

« ’Aux armes citoyens… ils viennent jusque dans vos bras égorger vos fils et vos compagnes’… non, ce n’est plus virtuel, hélas ! Samuel Paty décapité. Colère. Réveillons-nous ! C’est presque trop tard. Stop à l’angélisme !! 100% des 267 victimes en France sont dues aux islamistes !! », tweete M. Habib, député, dont la déclaration est une incitation à la violence punissable par la loi… Mais, parlerait-il de ce qui se fait tous les jours en Palestine occupée et qu’il soutient au nom de son appartenance à la criminelle idéologie sioniste ?

– Je passe sur les ‘idiots utiles’ (Barbier, Pécresse, Bertrand, Lévy, Cazeveuve, Le Pen, Fillon, Val, Castex et autres hyènes attirées par l’odeur du sang pour nous livrer leur mantra fourre-tout d’‘islamo-gauchisme’ aussi vide de sens que ce qui leur reste d’un cerveau putréfié par le sionisme) pour reprendre le clou de l’affaire, signé par l’inculte Ministre de l’Intérieur : « Je vais proposer la dissolution du CCIF et de BarakaCity, des associations ennemies de la République. Il faut arrêter d’être naïfs et voir la vérité en face : il n’y a aucun accommodement possible avec l’islamisme radical. Tout compromis est une compromission ». Sauf que ce faisant, ce responsable politique semble passer outre les procédures démocratiques qui nécessitent au minimum un débat avant toute prise de décision dans ce qui prend l’allure d’une grave dérive autoritaire, s’ajoutant à toutes celles prises dans le cadre de la crise sanitaire.

Laissé en roue libre par ses supérieurs, il lui a fallu ajouter le lendemain sur un plateau : « Moi ça m’a toujours choqué de rentrer dans un hypermarché et de voir un rayon de telle cuisine communautaire »… Pas difficile de deviner de quelle cuisine il parle. Question subsidiaire : comment fait-il quand il a envie d’une pizza, d’un riz cantonnais, d’un couscous ou d’une paella ?…

Les amalgames sont à leur comble. Et comme figurait sur un panonceau : ‘Moquez les juifs, vous serez accusé d’antisémitisme ; moquez les femmes, vous serez accusé de sexisme ; moquez les musulmans, vous serez protégé par la Liberté  d’expression !’

Si les gouvernements successifs de la France avaient réellement le souci de protéger leurs concitoyens de l’islamisme, ils ne vendraient pas des armes aux régimes pourris que l’on sait, ni n’armeraient et ne financeraient les groupes djihadistes divers selon les terrains d’opérations.

Et je m’associe avec Mona Cholet quand elle souligne via Twitter : « Tous ces gens qui n’existent médiatiquement ou politiquement que grâce à la haine, au sang et au meurtre, qui s’y épanouissent, et qui voudraient nous faire croire qu’ils sont la solution face au terrorisme, alors qu’ils accélèrent seulement notre course vers l’enfer. »

Mais, relevons le défi de ce minable Ministre, et regardons donc la ‘vérité en face’, analysons le fond de ce qui est annoncé comme combat, ramené selon l’habituelle rengaine à la sacro-sainte ‘liberté d’expression’ reprise en chœur par les bien-pensants de tous bords en hymne à un professeur dont on peut se demander s’il n’y a pas d’autre approche possible pour aborder un tel sujet avec des enfants. Le pays est tombé si bas que cette ‘liberté d’expression’ en est réduite à des caricatures d’une publication d’un goût plus que douteux. La ‘liberté d’expression’ à la française y est résumée à de piètres dessins, qui eussent été classés ‘pornos’ s’il c’était agit de photos, représentant – désolé pour la vulgarité – des trous de culs, des couilles, des bites, des vagins, et j’en passe… qui n’ont pour autre objectif que de choquer, d’insulter, d’humilier certains compatriotes. Voilà ce que sont devenues les ‘Lumières’ dont la France se gargarise tant, et qu’elle voudrait désormais imposer comme étendard. Il y a vraiment de quoi être fiers !

Et quand on lit que ce genre de torchon devrait être placardé partout et proposé aux collégiens âgés pour certains de 12 ans ‘dès la rentrée’, on peut se poser de sérieuses questions sur ce qui anime l’esprit de tous ceux qui pensent ainsi – y compris au Ministère de l’Education nationale – sauf à rappeler le nombre incroyable d’abus sexuels sur mineurs (dont certains protagonistes sont régulièrement invités dans les médias) et aussi que le Ministre en cause fait l’objet de deux enquêtes pour viols – accusé dans la foulée de ‘trafic d’influence’ et de ‘conflit d’intérêts’. Et qu’on ne peut oublier les frasques des Mitterand, Chirac, Sarkozy, Hollande et plus récemment, de celle qui est devenue la 1è Dame de France après avoir initié une relation avec un mineur devenu Président de l’Etat. Sans passer sous silence le projet de loi que certains élus ressortent régulièrement pour abaisser la majorité sexuelle des jeunes… afin de pouvoir sans doute s’adonner à leurs fantasmes sans risque de poursuites ! D’un coup, on perçoit mieux l’image de cette France que d’aucuns veulent imposer à ceux qui à juste titre y résistent, et ne veulent pas que leurs enfants y adhèrent.

Suite aux attentats de 2015, dans la ‘Charte de la Laïcité à l’Ecole’ publiée avec tout le decorum que l’État y a mis, est stipulé en son point 3 : « La laïcité permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d’autrui et dans les limites de l’ordre public ». Force est de constater qu’on en est loin.  https://www.education.gouv.fr/bo/13/Hebdo33/MENE1322761C.htm

En réalité, les projets de ce cercle politico-médiatique pervers sont de plus en plus clairs : distraire tous les frustrés – et ils semblent être nombreux sous la ceinture  – de la Nation qui ainsi peuvent se lâcher dans une parole désormais ‘décomplexée’. En vérité, la France ne défend pas la ‘liberté d’expression’ d’ailleurs régulièrement censurée quand elle ne convient pas au gotha, elle promeut le droit à la pornographie dès le plus jeune âge, nuance !

Pendant ce temps, le gouvernement peut poursuivre ses plans sordides de privatisations généralisées jetant de plus en plus de citoyens dans la précarité. La stratégie est toujours la même : distraire la plèbe qui survit dans des conditions de plus en plus dures de par les choix politiques désastreux de ces gouvernements soumis aux financiers, en lui jetant à la tête un bouc émissaire lui servant d’exutoire. En son temps, ce fut Dreyfus. Aujourd’hui, ce sont les ‘Mohammed’ !

Pour tenter d’élever le débat sur ce tragique évènement, lisez plutôt :  https://blogs.mediapart.fr/jamel-dean/blog/181020/qui-tue-samuel-paty

Daniel Vanhove

23.10.20

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voir autres articles

https://acta.zone/loccident-et-les-djihadistes/

https://reporterre.net/Islamo-gauchisme-et-capitalo-fascisme

https://www.legrandsoir.info/l-amour-fou-de-la-france-et-du-djihad-sanglant-boomerang.html

https://www.legrandsoir.info/samuel-paty-et-l-arabie-saoudite.html

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parmi ceux du type exemplaire de l’homme Massimo Bonfatti

Posté par elianguesard le 5 octobre 2020

https://aipri.blogspot.com/2020/09/hommage-massimo-bonfatti-mondo-in.html

Hommage à Massimo Bonfatti. (Mondo in cammino)

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Notre noble et chaleureux ami Massimo Bonfatti, fondateur et président de l’association anti-nucléaire «Mondo in Cammino»https://www.mondoincammino.org/,

s’est éteint. Son cœur affaibli, par le césium respiré ici sous retombées et là-bas sous re-suspensions nous lança-t-il un jour, l’a abandonné ce 1 septembre 2020 alors qu’il se trouvait en Sardaigne pour une courte vacance avec sa famille avant de repartir en Biélorussie aux alentours de Chernobyl, « For children, for the future. Per un mondo nuke free e di pace».  Fondée sous ses auspices en 1998 avec le nom de «Progetto Humus»  pour porter une aide agro-alimentaire qui garantisse une nourriture saine aux villageois laissés pour compte des territoires « ex soviétiques » contaminés suite à la catastrophe de Tchernobyl,  son association solidaire a peu à peu étendu son camp d’action à la didactique de la radioprotection, au social, à l’instruction, à la santé et au respect des droits de l’homme.

Massimo Bonfatti est né en l’année atomique 1953 où 723 kt de radiotoxiques réduits en poussières fines respirables furent éparpillés dans l’atmosphère par 18 bombes atomiques. Originaire de l’Emilie, il résidait depuis longtemps à Carmagnola dans le Piémont où il avait fonction d’infirmier en chef à l’hôpital San Lorenzo jusqu’à sa toute récente retraite. Engagé dans le volontariat dès son plus jeune âge, adulte il s’est concentré sur les conséquences des retombées radioactives de Tchernobyl jusqu’à devenir une voix de la société civile en la matière et faire de son site une référence documentaire unique en Italie. En 15 ans d’incessante activité, conscient du défi pour sa propre santé mais fort de son indéfectible conviction humaniste et de sa connaissance du russe et de l’ukrainien, il a effectué de très nombreuses missions d’assistance dans les zones passablement contaminées d’Ukraine et de Biélorussie constatant chaque fois de visu la douloureuse ampleur de ce désastre sanitaire sans fin laissé en héritage par les retombées radiotoxiques de 1986 que l’on s’empresse depuis de nier à tout prix. Il a en outre mis en oeuvre des projets intercommunautaires dans un Caucase déchiré par les conflits interethniques ce qui lui a récemment valu avec son équipe de paix d’injustifiables menaces de mort au Donbass.
Personnalité internationale de la société civile engagée tant sur le plan atomique que des droits de l’homme, Massimo Bonfatti avait tissé une amitié  personnelle avec Yuri Bandazhevsky, Vera Politkovskaya, Akhmed Gisaev (militant tchétchène des droits de l’homme victime de la torture), Shakhman Akbulatov (directeur du Mémorial Grozny, exilé en France), Arkadi Babchenko (écrivain), Dmitri Florin (journaliste russe exhilé en Finlande), Ella Keseva (association des victimes de Beslan), Svetlana Gannuskina (présidente de l’association de Grosny « Sauvons notre génération » assassinée en 2009).
         Massimo Bonfatti n’est plus. Mais sur la voie qu’il a contribué à tracer d’autres cheminent déjà et d’autres chemineront encore remplis de sa débordante humanité.

 

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Vous reprendrez bien un verre d’uranium appauvri

Posté par elianguesard le 3 octobre 2020

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2020/09/10/radioactivite-larmee-francaise-a-merde-le-4-septembre-2020-thierry-lamireau/

RADIOACTIVITÉ: L’ARMÉE FRANÇAISE A « MERDÉ »

LE 4 SEPTEMBRE 2020

 

 

poisonedpower

 

 

http://lesoufflecestmavie.unblog.fr/2020/08/15/explosions-a-beyrouth-analyse-dun-rien-plouc-provincial-francais-lamireau-thierry/

EXPLOSIONS Á BEYROUTH: ANALYSE D’UN RIEN PLOUC PROVINCIAL FRANÇAIS (LAMIREAU Thierry)

 

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Le néocolonialisme d’ENGIE au Brésil

Posté par elianguesard le 19 septembre 2020

Le néocolonialisme d’ENGIE au Brésil rienanticolo2018pp

https://mrmondialisation.org/engie-…

Engie pourra bientôt détruire les dernières forêts d’Araucarias au Brésil

C’est un cri d’alerte lancé par l’association brésilienne OJC (l’Observatoire de Justice et Préservation) https://www.justicaeco.com.br/en/ que Mr Mondialisation relaie pour éviter un écocide : la destruction de la dernière Forêt d’Araucarias au Brésil. Une forêt menacée par Engie qui, après avoir remporté un douteux appel d’offre, envisage d’y installer plus de 1 000 km de lignes de transmission d’énergie supportées par de gigantesques tours. Si le projet devait aboutir, la faune et la flore de la région seraient dévastées.

Des chercheurs qui évaluent les procédés d’installation d’Engie affirment que depuis 20 ans de travail, ils n’ont jamais fait face à un processus d’appel d’offre si fallacieux, remporté de façon si rapide. L’appel d’offre remporté en temps record éveille des soupçons.

La multinationale franco-belge Engie est prête à commettre un crime environnemental odieux au Brésil. L’entreprise compte installer une énorme ligne de transmission d’énergie, produisant des effets catastrophiques dans un milieu de nature rare au Brésil. Le terrain affecté comprend des zones préservées et classées, présentant une grande diversité de faune, de flore et de sites archéologiques.

La construction envisagée par Engie passerait par plus de 500 kilomètres, dans 27 municipalités du Sud du Brésil, atteignant plus de deux mille propriétés. L’impact prévu peut compromettre 655 hectares de milieu naturel, qui comprennent des Sites Préservés, des Unités de Conservation et Zones Classées – de Préservation Permanente, « A.P.P. » Contrairement à d’autres biomes brésiliens comme la forêt amazonienne, où il y a encore une grande superficie préservée, ce méga projet affecterait les dernières forêts d’Araucarias et les derniers champs naturels du Brésil. La région d’extraordinaire valeur, du point de vue de la biodiversité, du paysage et du tourisme, fut appelée « le paradis sur Terre « , par le botaniste et naturaliste français Auguste de Saint Hilaire.

Au total, 1069 tours de transmission d’énergie électrique pourront être installées par Engie, ce qui provoquera la destruction de la rare végétation naturelle, la mort des animaux, la dégradation du sol et la perte des richesses archéologiques. L’implantation des tours sera un risque énorme pour les petits producteurs ruraux, qui perdront leurs terres, seront soumis à des risques de santé et risques dus aux incendies. La forêt d’Araucarias et les champs naturels sont deux écosystèmes associés au biome “forêt atlantique”, de riche diversité, et qui est très menacé. Il ne reste qu’un pour cent de ces zones en bon état de préservation. Il est également important de rappeler que ces tours de transmission d’énergie auraient des dimensions inédites au Brésil, quelques unes pouvant atteindre 78 mètres de hauteur. Le coût du projet est estimé à 400 millions de dollars et compte sur le financement d’une banque publique brésilienne, la B.N.D.S. – Banque Nationale de Développement Économique et Social.

Des Araucarias centenaires ont été abattus par Engie, en pleine période de reproduction, en mai dernier, près de Curitiba, la capitale de l’État du Paraná. Cette espèce d’arbre, ainsi que la forêt où elle vit, sont protégées par la loi depuis 1976, car elles sont menacées. D’après la loi, « il est strictement interdit de couper les Araucarias adultes, pendant la saison de chute des semences, c’est à dire durant les mois d’avril, mai et juin ». Engie n’a pas respecté la loi. L’entreprise a réussi à avoir une Autorisation d’Installation, Implantation du projet – » A.I. ».

Des préjudices écologiques incalculables

L’installation des tours géantes détruira le paysage et l’environnement de plusieurs localités, spécialement de la Zone de Protection Environnementale ( » A.P.A. ») de l’Escarpement Dévonien. Une superficie où se trouvent les champs naturels, la forêt d’Araucarias et de grands murs rocheux. Le nom « Escarpement Dévonien » est dû aux roches formées à la période dévonienne, il y a 400 millions d’années, qui composent le paysage,. Un patrimoine géologique de valeur inestimable.

La région de l’Escarpement Dévonien comprend 392 mille hectares de trésors archéologiques, de faune et de flore uniques. C’est une région encore préservée, utilisée de manière limitée, qui permet une gestion durable de l’environnement. C’est aussi là où se trouve le magnifique parc de l’état de Vila Velha, qui abrite des formations rocheuses d’une beauté inouïe et qui accueille 70 000 visiteurs par an. L’installation des tours de l’entreprise Engie compromettra la beauté locale et aura un impact extrêmement néfaste sur l’identité et le tourisme de la région.

L’installation des tours compromettra la vie d’approximativement 30 communautés traditionnelles indigènes et afro-descendantes qui ont toujours habité la région.

Les chercheurs ont pu vérifier que le processus d’appel d’offre a été fait de manière très superficielle et ne tient pas compte des aspects généraux, tels que le nombre de familles qui y habitent, leur situation socio-économique et les voies d’accès. Le diagnostic réalisé par Engie ne présente pas les conditions nécessaires pour évaluer l’impact que ces tours auront sur le mode de vie des communautés. De plus, l’appel d’offre ne tient pas compte d’approximativement 400 kilomètres de route d’accès aux tours et leur impact sur la région et ses habitants. L’installation

Les autorisations environnementales pour l’installation des tours ont été délivrées en octobre 2019 et en février 2020, par l’actuel Secrétaire au Tourisme au Développement Durable de l’Etat M. Marcio Nunes, qui a été dénoncé par des procès pour menace au patrimoine naturel. Des chercheurs qui réévaluent le projet Engie ont affirmé n’avoir jamais vu, depuis 20 ans de travail, un processus d’appel d’offre aussi trompeur et obtenu de manière si rapide.

La procédure de concession de licences à la multinationale Engie est marquée par des authentiques traits de colonialisme en plein 21ème siècle, par le manque de transparence, par des actes antidémocratiques qui ont précédé les licences et les autorisations et la connivence totale du gouvernement local.

L’Observatoire de Justice et Préservation a demandé une étude à une équipe de neuf chercheurs, professeurs et spécialistes d’impact environnemental au Brésil, l’analyse a révélé les risques du projet. L’Observatoire de Justice et Préservation agit pour la protection de la biodiversité du Sud du Brésil, contre le manque de transparence et les pratiques de corruption qui fragilisent la nature.

L’analyse a été coordonnée par des scientifiques de l’Université Fédérale du Paraná, qui ont évalué les Études d’Impact Environnemental de l’installation des lignes de transmission. L’équipe scientifique a conclu que les études présentent divers problèmes concernant le respect de la législation en vigueur.

Les Termes de Référence, les documents qui informent les lignes directrices suivies pour élaborer l’Étude d’Impact sur l’Environnement, ne font pas partie de la procédure d’autorisation environnementale. Ces Termes ce sont des documents publics et doivent être accessibles à tous.

En outre, l’étude présentée par Engie aux autorités compétentes ne présente pas non plus une cartographie des sources des rivières ni des aires inondables. L’écosystème de ces régions est extrêmement fragile et dynamique, l’étude d’Engie n’évalue pas la dynamique des zones humides, qui disposent de faune et flore spécifiques.

Les scientifiques, chercheurs et experts qui ont travaillé pour l’Observatoire de Justice et Préservation ont mis en évidence que les diagnostics environnementaux dans l’Étude de l’Impact sur l’Environnement présentée par Engie sont superficiels et n’établissent pas de relations entre les divers éléments du milieu entre eux ni avec l’entreprise.

Archéologie menacée

Dans la région où doivent être installées les lignes de transmission d’Engie, on a identifié 46 Sites Archéologiques, 32 Occurrences Archéologiques Isolées et 4 Sites Historiques d’Intérêt Archéologique. En plus du travail accompli par les experts de l’Université Fédérale du Paraná, un groupe de chercheurs de l’Université de l’État de Ponta Grossa a réalisé des travaux de chantier de prospection spéléologique dans le site du projet. Le groupe a identifié récemment 10 nouvelles cavernes souterraines qui possèdent une faune et une flore spécifiques. D’autres cavernes doivent être identifiées, la région présente un immense potentiel archéologique.

Le groupe de chercheurs de l’Université de Ponta Grossa alerte sur le fait que les lignes de transmission représentent un haut risque sur les cavités naturelles existantes et que l’entrepreneur n’a pas considéré cet aspect pourtant très important du patrimoine naturel mondial dans son Étude d’Impact sur l’Environnement. Au total, 31 nouvelles cavités naturelles souterraines ont été identifiées, dans la zone d’influence directe des Lignes de Transmission. Les cavernes ont des trésors archéologiques extraordinaires, elles doivent être étudiées et préservées. Engie devrait suivre les recommandations de préservation et respecter les communautés locales

Les Études d’Impact sur l’Environnement réalisés par Engie affirmaient que les fonds pour l’implantation du projet viendraient de l’investissement de l’entreprise elle-même. Pourtant, la multinationale négociait en même temps le financement du projet avec la Banque Nationale de Développement Économique et Social – B.N.D.S. Le contrat 202006311 a été établi le 30/03/2020 ayant la valeur de R$ 1.480.641.000,00 – presque un milliard et demi de Reals (231779906,08 Euros).

La Banque BNDES est signataire des Normes de Performance en Matière de Durabilité Environnementale et Sociale de l’I.F.C. – International Finance Corporation, de la Banque Mondiale, qui a établi les lignes directrices de risque et d’impact environnemental et social au responsable de l’implantation et de l’opération du projet – ce qui doit être fait pendant la période de l’investissement fait par I.F.C. Les actions d’Engie devraient donc respecter les recommandations de la Banque Mondiale, ce qui n’est pas fait. Le groupe Engie

Engie est une multinationale française présente au Brésil depuis 20 ans. L’opération de l’entreprise au Brésil représente la deuxième plus grande recette de la multinationale. Engie s’appelait antérieurement Tractebel Énergie et a construit l’Usine Hydroélectrique de Jirau sur la rivière Madeira, dans l’Etat de Rondônia, dans le Nord du Brésil. En 2010, Engie a été candidate à avoir le « Public Eye Award », un anti-prix attribué à l’entreprise ou à l’organisation la plus irresponsable dans les domaines des droits humains et de l’environnement dans le monde. En effet, Engie a été accusée par des organisations environnementales de ne pas respecter les normes de protection environnementale et ignorer les droits humains des populations indigènes, menacées par la construction de l’usine hydroélectrique.

En 2002, Engie a retiré US$ 1 milliard d’une usine australienne avant l’installation de la taxe carbone en Australie. L’entreprise française a transféré ce montant en dividendes d’Australie et l’a transféré de nouveau aux entreprises de contrôle au Royaume Uni. Le schéma a reçu le nom de » Projet Saumon » en référence à la capacité de ce poisson de revenir sur son lieu de naissance, exactement comme ces intérêts étaient prêts à le faire.

Des détails complexes de ces transactions figuraient dans les « Paradise Papers » en 2017, une fuite de plus de 13,4 millions de documents confidentiels au journal allemand « Suddeutsche Zeitung », investigués par l’équipe de « Four Corners » de l’A.B.C. en partenariat avec le Consortium International de Journalistes d’Investigation.

En 2015, l’agence de nouvelles Reuters a diffusé l’ouverture d’une investigation pour vérifier la possible violation des lois anticorruption des Etats-Unis et du Brésil, par l’entreprise publique Eletrobrás et la construction de l’Usine Hydroélectrique de Jirau, dont Engie était responsable.

Aidez-nous à arrêter l’écocide d’Engie / Help us stop Engie´s eco

https://www.youtube.com/watch?v=sKn…

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De l’inégalité

Posté par elianguesard le 7 septembre 2020

soleil

https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/de-linegalite-des-vies-lecon-inaugurale-de-didier-fassin

Pourquoi la vie n’a-t-elle pas la même valeur partout et pour tous? Comment rendre sa dignité à une vie? Que représentent les inégalités sociales de santé? s’interroge Didier Fassin, qui analyse comment les maladies sont « un puissant déterminant et un impitoyable révélateur des inégalités des vies ».

Quand a-t-on découvert que la durée de vie moyenne, dépendait des circonstances sociales et que la disparité entre pauvres et riches coïncidait avec l’accroissement des inégalités devant la vie ? demande Didier Fassin dans sa leçon inaugurale.

La question fondamentale de l’inégalité des vies

 

 

En s’appuyant sur des expériences et des conditions de vie diverses, comme celles des femmes, des Noirs aux Etats-Unis, des migrants, Didier Fassin analyse sur trois continents, en France, au Sénégal, en Afrique du Sud, en Équateur ou encore aux États-Unis, la valeur biologique, éthique et politique accordée à la vie dans les sociétés contemporaines.

 

 

« Je me rendais compte que l’outil médical était insuffisant parce que la médecine donne un accès pauvre à la relation humaine et ne permet pas de réfléchir politiquement aux inégalités constatées sur le terrain, racontait-il en 2010. »

« L’inégalité d’espérance de vie est avant tout la conséquence du cumul des inégalités dans la société. L’exemple le plus probant en est certainement les Etats-Unis, dont les dépenses de santé par habitant sont de loin les plus élevées de la planète. Plus du double de celle de la France. Mais dont l’espérance de vie des habitants les placent seulement au 34e rang mondial, derrière Cuba et le Chili ».

 

 

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L’hommage de Djamila Boupacha à Gisèle Halimi

Posté par elianguesard le 1 août 2020

https://www.elwatan.com/edition/actualite/lhommage-de-djamila-boupacha-a-gisele-halimi-ce-netait-pas-seulement-mon-avocate-cetait-ma-soeur-30-07-2020

L’hommage de Djamila Boupacha à Gisèle Halimi : «Ce n’était pas seulement mon avocate, c’était ma sœur !»

C’est une femme chaleureuse, avec ses coups de cœur et ses priorités, portées sur sa famille. Efficace et charismatique, Djamila Boupacha, qui vient tout juste de sortir de l’hôpital, pour cause de Covid-19, a été profondément touchée par la disparition de sa sœur, Gisèle, à laquelle elle voue respect et reconnaissance. Oubliant son confinement auquel elle est astreinte, elle ne pouvait pas ne pas, en ces moments douloureux, intervenir, pour dire l’affection qu’elle porte à sa vieille amie disparue.

«C’est un grand pan de ma vie qui s’en est allé. Gisèle a été non seulement mon avocate, mais une grande sœur, sur qui je pouvais compter. Elle m’a assistée dans les moments les plus difficiles, surtout dans les prisons de France où je n’avais personne sur qui compter. Gisèle a risqué sa vie pour me défendre et défendre l’Algérie.Aujourd’hui, je perds cette grande sœur, qui restera à jamais dans mon cœur. Je présente à ses enfants Jean-Yves et Serge Halimi, ainsi qu’à leur frère Emmanuel Faux, que j’ai connus bébés, ainsi qu’à toute la famille de Gisèle mes condoléances les plus attristées. A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.»

L’injustice, Gisèle l’a découverte toute enfant, à 10 ans, quand elle a su ce que veut dire souffrir pour ses jeunes camarades tunisiens, marqués par la faim et la misère. «Ce sont des séquences affreuses que j’ai gardées dans ma mémoire pour l’éternité», répétait-elle souvent. De ces blessures et des vicissitudes de la vie, elle ne perdra ni ses convictions tranchées de justice et d’égalité, enracinées dans le terreau familial, ni cette forme de candeur dont elle ne se départira jamais, entretenue, dans son exercice ardu d’avocate et surtout de militante politique.

Pour avoir vécu la politique, (elle a été députée) de si près, et en avoir souffert, Gisèle avait choisi le terrain, plutôt que les ors de la République. Aux airs grandiloquents, elle avait préféré les gens défavorisés, ceux laissés sur les bas-côtés et les opprimés.

Avec ses joutes oratoires et ses élans de cœur, Gisèle a su bousculer les conformismes. Bien sûr, elle en a agacé plus d’un avec ses certitudes et cette bonne conscience, qui n’a jamais été effleurée par le doute.

C’est pourquoi on ne saurait mettre en cause ni sa sincérité, ni son indignation, ni son courage qui sont «tout autant loués qu’enviés, par les hommes, parmi ses confrères des barreaux», confesse son ami le grand poète Aragon.

 

-Qu’est-ce qui explique votre longue absence ?

Comme vous le savez, je suis de nature discrète. Seulement, ces derniers temps, je n’ai pas échappé à la contamination. J’ai été victime de ce maudit virus, ce qui m’a valu plusieurs jours d’hospitalisation. El hamdoullah, j’en suis sortie et je suis astreinte actuellement à un confinement strict. Ce qui explique ma réaction tardive à la disparition de Gisèle.

-C’était votre avocate et votre amie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je l’ai connue lorsque elle a pris en charge mes dossiers. Mais elle ne pouvait pas assister à mes procès, car on m’isolait toujours la veille de ma comparution. Elle déléguait ses adjoints. Ainsi en était-il de Me Guarigue. Lorsque les ultras ont su que c’était lui mon défenseur, ils l’ont assassiné à Alger. Alors que j’étais détenue à la prison Barberousse, il y avait un autre avocat, Me Matarac, qui devait plaider ma cause. Les irréductibles de l’OAS l’ont cueilli à l’hôtel Aletti, l’ont mise dans un petit avion pour la France. C’est ainsi que je me suis retrouvée seule au tribunal militaire de Cavaignac. Après cela, Gisèle, hors d’elle, a fait tout un boucan en France, avec Jean-Paul Sartre et Simone Veil, notamment. Ils sont allés voir le président de la Commission de sauvegarde pour lui parler de la torture et des multiples exactions commises. Il y avait des tracts qui dénonçaient les dépassements commis en dehors de la loi. C’est ainsi que le jour de mon procès, un télégramme circulait parmi les magistrats, qui ont in fine reporté le procès, invoquant un complément d’informations.
Une autre fois, Gisèle m’a informée de ses inquiétudes à propos de documents qui avaient disparu de mon dossier. Je prenais toujours la précaution d’en faire des doubles.

-Parlez-nous de votre incarcération. N’y avait-il pas des dépassements ? Et comment ?

Normalement, il n’y avait que le juge d’instruction habilité à nous interroger. Or, il y avait des gardes mobiles à l’intérieur de la prison, dans le bureau du directeur, qui se permettaient d’interroger les incarcérés. Ce qui n’était pas normal ! Gisèle m’avait dit : «De la sorte, ils veulent te faire sortir hors de prison pour t’exécuter selon le procédé corvée de bois.» A Paris, Gisèle s’est attelée à constituer un comité pour ma défense et a demandé à ce que je sois transférée en France. Ici, le garde des Sceaux a dit : «Si vous le voulez, vous devez payer les frais du voyage.» Le comité s’est mobilisé avec beaucoup de personnes pour collecter l’argent. Au bout de quelques jours, il manquait une certaine somme. C’est le maire de Fort de France, le célèbre poète martiniquais Aimé Césaire qui a complété la somme restante pour que je puisse voyager en France. C’est comme ça que j’ai été transférée, dans un petit avion militaire, jusqu’au Bourget, et de là, on m’a mise à la prison de Fresnes pendant quelque temps. Ensuite, j’ai été transférée à Pau avec d’autres sœurs, Djamla Bouazza, Allah yerhemha, Djamila Bouhired, Zhor Zerrari, Nadia Seghir, Zhor Bitat, Bahia Kheloui, Jacqueline Guerroudj, Danielle Mine, Yemma Zoulikha…

-Comment avez-vous vécu la libération, la fin du calvaire ?

Quand je suis sortie de prison, je ne savais pas où aller. Je suis partie chez Gisèle, qui habitait au 11 rue de Belsunce dans le 11e arrondissement, près de Barbès. Des Algériennes progressistes, les Maureuil, m’avaient invitée chez elles et m’ont même demandé de m’inscrire à l’Ecole internationale de Genève. Je ne pouvais y aller, car le combat n’était pas terminé et l’OAS sévissait toujours
De là, on est partis avec Gisèle chez nos frères du FLN à Paris, précisément à la Frimade, leur lieu de rencontre. Les frères n’ont pas voulu me laisser partir, m’intimant l’ordre de rester avec eux, tout en me rassurant de récupérer mes affaires chez Gisèle, jusqu’à l’indépendance.

-Pouvez-vous nous tracer les grands traits de Gisèle et qu’est-ce qui la différenciait des autres ?

A mon égard, Gisèle était très attentionnée. Elle venait souvent me voir. Même avec le directeur de la prison de Fresnes, elle s’est débrouillée pour que ma famille et mes proches puissent venir me voir. Sans compter les facilitations pour les colis. Ainsi,
Mouloud Feraoun m’avait envoyé des cadeaux.

J’ai reçu les visites de Germaine Tillion, la célèbre anthropologue des Aurès, Amar Ouzeggane, dirigeant communiste. Pour revenir à Gisèle, tout le monde sait qu’elle était une défenseuse acharnée, qui a défendu la cause jusqu’au bout. D’ailleurs, j’ai assisté, personnellement, lorsque Gisèle a réuni des militantes pour débattre du cas de la fille violée, qui était l’étincelle qui allait susciter un brasier. Et la criminalisation de cet acte abject c’était la première victoire de notre téméraire avocate. Et il y a eu le droit à l’avortement qu’elle a arraché après des batailles épiques.

Ce qui n’a pas été mis en évidence dans son parcours à cause d’une presse partiale et pro-sioniste, c’est son combat ininterrompu pour la cause palestinienne qu’elle a épousé au départ. Elle en a été une farouche défenseuse, convaincue de la justesse de cette cause. D’ailleurs, elle a défendu le célèbre prisonnier palestinien El Barghouti. Quand elle allait lui rendre visite en Palestine, elle était conspuée et traitée de tous les noms d’oiseaux, et parfois prise à partie par des hordes hystériques. Elle était juive, mais antisioniste…

 

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Voir aussi https://www.mondialisation.ca/gisele-halimi-un-sacerdoce-de-bonnes-causes/5647935

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Les temps difficiles, choisir son camp

Posté par elianguesard le 20 juillet 2020

 

Si Macron nous emmerde; https://www.frustrationmagazine.fr/avec-ce-remaniement-macron-a-un-message-pour-vous-je-vous-emmerde/

Police, Armée souviens-toi; https://rebellyon.info/16-juillet-1942-la-police-francaise-livre
Ceux qui résistent et ceux qui trahissent; ceux qui trahissent.

Malgré votre surarmement de répression https://paris-luttes.info/petite-revue-des-armes-de-la-14187

 

Comme il est écrit dans le livre de Karl Polanyi « La grande transformation »; il avait bien étudié la situation depuis l’Ère industrielle en prenant l’exemple de l’Angleterre depuis au moins les « Enclosures ». En gros, à la fin des années 1930, le bluff de la société de Marché arrivait à son terme, il écrivit cette phrase dans son livre que je me souviendrai toujours: « La situation était mûre pour la solution fasciste ».

Il faut lire encore l’anticolonialisme;

https://www.contretemps.eu/pensee-revolutionnaire-fanon-mahdi-amel/

La pensée révolutionnaire de Frantz Fanon – Hassan Hamdan (Mahdi Amel)

Révolution africaine, N° 71 ‐ 6 juin 1964 et N°72 – 13 juin 1964

Dans sa division du monde en deux catégories fondamentales, les hommes et les sous‐hommes, l’histoire de l’humanité porte la marque de l’Occident. Son mouvement est celui même de cette dualité, qui est apparue comme son ultime forme, surtout dans les dernières décades du XIXe siècle. Sous quelque vocable qu’on les désigne : arriérés, barbares, indigènes ou sous-développés, ces sous-hommes restent, à travers même leur évolution, les sous-produits de l’humanité, et leur détermination en tant que tels constitue le fondement même de l’histoire de l’Occident comme histoire dominante de l’humanité. Les hommes faisaient l’histoire, les sous-hommes la subissaient. C’était le règne de l’Occident. L’univers était sa demeure. Tout se passait harmonieusement dans le cadre de cette structure dualiste – mais simple – du monde.

Or, les sous-hommes commencent à se réveiller de leur sommeil séculaire, et, en revendiquant leur appartenance à l’humanité, ils s’efforcent de s’intégrer à l’histoire, semant par là les premiers germes d’un trouble profond qui menace le développement harmonieux de l’ordre occidental. Mais ils se réveillent sur une misère dans laquelle ils se trouvent installés et dont ils saisissent la raison qui, pour eux, réside dans cette même structure dualiste du monde qui oppose la misère révoltante des uns à l’opulence scandaleuse des autres par un mouvement antagoniste dont le fondement n’est autre que l’histoire dominante et colonialiste de l’Occident.

Isolée de son sens, cette misère était inefficace. Elle ne constituait aucune menace, aucun danger. Elle était absurde dans sa nudité, assumée comme un destin. Mais c’est à partir du moment où elle a trouvé son sens dans la conscience des sous-hommes qui la vivaient, qu’elle est devenue une force menaçante s’opposant à l’histoire dominante qui l’a engendrée. En la refusant, ces sous-hommes entendent forger leur propre histoire. Mais ce refus, qui ne peut que prendre nécessairement la forme de la violence, l’Occident colonialiste le perçoit comme une menace contre sa propre domination de l’histoire, comme une arme qui l’ébranle dans son être. Pour maintenir sa domination, il entend maintenir cette division qu’il a installée au coeur du monde, au coeur de l’homme. Entre lui et les autres que nous sommes, un combat, apparemment inégal, se déroule et donne aux temps modernes leur sens historique.

C’est sur cette réalité inhumaine de l’humanité actuelle que se fixe le regard pénétrant de Fanon dont la pensée, de par son jaillissement chaud et brûlant, est l’expression profonde, à la fois poétique et rationnelle, de cette réalité. Poétique, parce que, subissant comme tant d’autres l’univers écrasant de l’oppression coloniale, elle se forgea dans la lutte au coeur même du combat épique libérateur. Elle ne put être qu’un cri, celui de la colère, mais aussi de l’espoir. Rationnelle, parce qu’elle sut dégager du mouvement tumultueux et ambigu des actes quotidiens les lignes fondamentales de l’histoire. Mettant en perspective l’événement, elle nous mit en devenir la révolution et nous révéla de ce fait le sens de l’avenir révolutionnaire et son orientation. En liant le passé au présent dans son seul et même acte intelligible, elle nous dévoila le possible dans la nécessité même de sa réalisation. Chant, mais pour mieux comprendre et faire comprendre, parole mais en vue de l’acte, poésie, mais qui s’adresse à la raison et raison qui s’adresse au coeur, telle est la pensée de Fanon. Pour l’entendre, il faut la saisir dans son unité. Y séparer l’image du concept, ou le rythme de l’idée, ou le cri de son sens, c’est non seulement la trahir, mais c’est surtout la trahir pour la désamorcer, pour étouffer en elle le souffle révolutionnaire, bref, pour la rendre silencieuse.

 

Un dialogue permanent

De telles tentatives ont été faites par ceux-là mêmes qui ressentent son dire comme une morsure et qui se voient directement visés par ses condamnations menaçantes. Mais de telles tentatives sont vaines. Car la pensée de Fanon, dans son articulation et le déploiement des possibilités de développement qui lui sont inhérentes, s’identifie pratiquement, en tant qu’expression, à l’histoire des peuples dits sous-développés. On ne saurait mystifier une pensée avec laquelle des millions d’hommes entretiennent, dans leur pratique sociale, un dialogue quotidien qui l’enrichit et la rend perpétuellement vivante et actuelle. Cela est d’autant plus vrai que ceux qui établissent ce dialogue pratique avec la pensée fanonienne appartiennent, surtout, à cette terre d’Algérie qui constitue l’espace à l’intérieur duquel se meut et se développe cette pensée.

Ainsi, s’il se veut constructeur et authentique, le regard qui vise cette dernière doit être interrogation. Mais toute question est une mise en question. La pensée humaine est ainsi faite que, pour se consolider dans son unité, respecter sa continuité et rester fidèle à elle-même, elle doit se mettre à l’épreuve et risquer l’éclatement dans l’acte même par lequel elle se constitue et se structure. C’est l’aventure de toute pensée qui se veut universelle : si elle s’interroge, elle en sort plus grande et plus solide et se fonde dans et par la critique de son fondement. Pour embrasser la réalité dont elle est issue, la pensée doit se soumettre à son mouvement, et saisir, non le fait, mais son devenir, non l’acte isolé, mais son sens historique.

C’est à la lumière de cette forme de compréhension que nous voudrions continuer un dialogue qui, malheureusement, ne peut être que théorique, mais qui espère trouver dans la pratique un prolongement efficace, un dialogue avec certains aspects de la pensée fanonienne, non avec sa totalité, ce qui dépasse à la fois le cadre de cette étude et les limites de nos possibilités. Mais, par fidélité scrupuleuse à cette pensée, nous tâcherons de dégager les aspects qui en constituent d’une manière d’ailleurs apparente, non la périphérie secondaire et accessoire, mais le noyau originaire et l’intention fondamentale. Pour ce faire, la méthode qui paraît la plus adéquate à notre recherche, c’est de suivre le mouvement même de l’effort d’investigation de la pensée fanonienne, tout en le liant, comme à un arrière-fond indispensable dont il tire le sens, au mouvement même de cette réalité sur laquelle il portait.

 

Le commencement d’une autre histoire

Dès son premier jet, la pensée de Fanon s’installe au coeur du problème colonial qu’elle nous définit en termes nouveaux qui peuvent scandaliser certains esprits raffinés. Dès les premières lignes des « Damnés de la terre », une vérité, celle de notre histoire, est énoncée, dans un langage saccadé et brutal qui est à la mesure de la violence réelle de la vérité qu’il exprime :

« La décolonisation est toujours un phénomène violent…(elle) est tout simplement le remplacement d’une « espèce » d’hommes par une autre « espèce » d’hommes. Sans transition, il y a substitution totale, complète, absolue… cette sorte de table rase définit au départ la décolonisation. Son importance inhabituelle est qu’elle constitue, dès le premier jour, la revendication minimum du colonisé…(elle est) un programme de désordre absolu. » (p. 29).

Par ce langage, effectivement inhabituel, la raison colonisée exprime son univers. Violence pure dans sa présence, l’univers colonial trahit son secret dans la pure immédiateté de son existence, tout en lui est apparence, ou, plus précisément, tout son être devient apparence. Car il est, dans sa rationalité même, ainsi fait que, pour réaliser sa dialectique, il doit nécessairement paralyser dans son devenir, la dialectique même de son devenir. Et quand son évolution interne tire à sa fin, tout en lui se dévoile. C’est l’arrêt de l’histoire. C’est le commencement d’une autre histoire.

Il n’est donc pas étrange que le premier moment de la pensée fanonienne soit un moment descriptif. Une description presque phénoménologique sartrienne, qui tire sa légitimité, non de cette méthode philosophique, mais plutôt de ce moment privilégié de l’histoire de l’univers colonial où se nie cette histoire et où le monde s’arrache à son fond pour ne faire qu’un avec sa figure faisant par là même disparaître toute dimension temporelle. En effet, l’univers colonial est, nous dit Fanon, un univers manichéiste. D’un côté tout le mal et de l’autre tout le bien. D’un côté le colon, et de l’autre, le colonisé. D’un côté toute la force du monde, et toute son humiliation de l’autre. Une structure insolente dans sa simplicité : les deux moments de cette structure de l’univers colonial s’opposent absolument dans une pure extériorité. Ou plutôt l’intériorité du rapport colonial est faite par pure extériorité.

Les deux termes de cette fausse unité s’excluent d’une manière absolue. Sans médiation, toute dialectique historique est impossible. Cette rupture radicale qui s’est opérée à l’intérieur de la réalité coloniale rend alors impossible toute possibilité d’un devenir colonial. Ce blocage absolu de tout devenir historique, à la fois individuel et collectif, est tragiquement ressenti par le colonisé à tous les niveaux de sa vie quotidienne. Face au colon dans les champs, face au patron dans les usines, face à ses juges dans les tribunaux, face au gendarme ou au légionnaire horrible et méprisant à chaque pas dans la rue, le colonisé se heurte, dans les plus petits détails de sa vie, à cet univers clos et étouffant, comme à un immense mur infranchissable. Il vit son devenir, dans sa chair et ses entrailles, comme une pure impossibilité de devenir. Il est figé dans un monde immobile dont l’espace est plénitude, vécue comme un écrasement. Se trouvant dans l’impuissance totale de se mouvoir librement, le colonisé rêve d’action, de saut, d’agression. Ne pouvant se libérer réellement, il se libère sur le plan de l’imaginaire. Mais cette libération imaginaire ne fait qu’aiguiser son oppression réelle que trouve dans un premier moment un défoulement dévié dans la révolte contre le frère. Cette libération aliénée se détermine donc comme une destruction imaginaire, voire magique, de l’ordre colonial, et qui en fait exprime une véritable autodestruction collective.

 

Le rôle de la violence

Ainsi donc, le dépassement sur le plan de l’imaginaire de la contradiction de l’univers colonial (colon colonisé), loin de résoudre cette contradiction, ne fait que l’aiguiser et la rendre encore plus insoutenable. C’est là un moment décisif de l’histoire de la décolonisation, ou, ce qui revient au même de l’histoire de la destruction du colonialisme. Cette violence imaginaire qui se retournait contre le colonisé était une violence aliénée et aliénante. En effet dans l’absence de toute intentionnalité et de tout sens, la violence se réduit à un pur acte absurde en même temps inefficace. Sans le sens qui l’intègre à l’histoire, elle devient effectivement un culte et une mystique.

Mais la pensée de Fanon est absolument étrangère à cette conception fausse et même fasciste de la violence. C’est là un des aspects fondamentaux de la pensée fanonienne qui a été mystifié à dessein, surtout par certains critiques occidentaux, dont Claude Julien, si je ne me trompe. Certes, la violence joue, chez Fanon, un rôle primordial dans la construction de sa propre histoire par le peuple colonisé. Car, dans l’univers colonial, c’est le colon qui fait l’histoire. Mais celle-ci n’est en vérité que le prolongement naturel, logique et nécessaire de l’histoire de la métropole. En d’autres termes, c’est le développement interne de l’histoire de l’Occident capitaliste qui, dans son stade colonialiste, détermine nécessairement l’espace même du développement historique des pays colonisés.

Alors que le colonisé réalisait l’histoire imaginairement en la subissant réellement, le colon, ce représentant suprême de l’Occident capitaliste, faisait la véritable histoire qui n’était, dans son essence même, que la négation radicale de l’histoire du colonisé. Mais cette même contradiction de l’Univers colonial, que nous retrouvons ici situé au niveau de l’histoire, va trouver son dépassement réel et non plus imaginaire dans la violence du colonisé, réellement destructrice de l’ordre colonial, parce que consciemment orientée et dirigée, parce qu’elle a un sens ou plutôt parce qu’elle devient le sens de l’histoire colonisée. C’est par elle seule que s’opère la résolution pratique de la contradiction coloniale.

C’est le colon qui impose au colonisé l’arme du combat, son niveau et sa nature. Ces deux violences se développent sur le même plan et dans une seule unité antagoniste qui, pour se résoudre, implique l’anéantissement radical de la violence colonialiste.

« Pour le colonisé, la vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colon (et inversement). Telle est la correspondance terme à terme des deux raisonnements » (p.69).

C’est donc seulement par la violence que le colonisé détruit le système colonial et commence par là même le premier acte de la constitution de sa propre histoire. Jusque là nous n’avons considéré la violence que du point de vue de l’histoire. Or il faut la considérer maintenant du point de vue de la vie quotidienne et voir les changements qu’elle opère dans la personnalité même de l’individu colonisé.

 

Naissance de la différenciation

Nous avons vu que l’homme colonisé, cet esclave des temps modernes, selon l’expression de Fanon, se présente avant tout comme un homme radicalement aliéné, même dans ses rêves, même dans son imagination, et à plus forte raison dans sa vie quotidienne, familiale ou tribale. Car il subissait la vie, il ne la faisait pas. Or, avec le règne de la violence, destructrice parce que libératrice, tout se transforme. Le colonisé ne rêve plus d’action ou d’agression, il a réalisé son rêve. Il agit, et dans la pratique quotidienne de sa violence, il se libère de ses obsessions, produits de l’univers colonial qu’il détruit par son acte constructeur.

« Le colonisé, nous dit Fanon, découvre le réel et le transforme dans le mouvement de sa praxis, dans l’exercice de sa violence, dans son projet de libération » (p.45).

Ainsi, la violence se détermine comme la conscience au niveau de l’acte. Elle est conscience devenue acte, et cet acte quotidien, libérateur, prend effectivement aux yeux du colonisé, et pour la première fois dans son histoire, une signification universelle. Car, dans sa violence constitutive d’un univers nouveau, le colonisé vit le quotidien à l’échelle de l’histoire. Il y a disparition de la quotidienneté et fusion du quotidien et de l’historique dans un seul et même acte.

Au niveau de l’individu, la violence est démystification et désaliénation. D’autre part, au niveau du peuple, la violence libératrice constitue la praxis révolutionnaire du peuple colonisé. Elle est essentiellement totalisante et unificatrice. Elle fait du peuple une seule totalité, sans fissures, et dissout le tribalisme, le régionalisme, sécrétés et entretenus par l’univers colonial. Elle unifie le peuple en unifiant le sens de son combat, la direction de sa lutte. Elle est donc totalisante, mais non différenciative, car elle vise à dissoudre les différenciations engendrées par le colonialisme.

Mais cet aspect non différenciatif de la violence constitue uniquement un premier moment de son développement. Tant que l’objectif, qui est la destruction de l’ordre colonial, était clair et précis, la violence était simple et indifférenciée. Mais à partir du moment où l’on aborde la deuxième phase de constitution historique qui est celle de l’édification d’une société libre dans son devenir, la violence change alors de forme, de direction et de sens, et devient, dans le prolongement même de son mouvement libérateur, essentiellement différenciatrice. Elle ne perd aucunement son dynamisme unificateur et totalisant, mais au contraire ce dynamisme s’approfondit, devient plus complexe, moins immédiat et moins direct. Elle devient un mouvement d’unification par différenciation. Elle différencie le peuple pour mieux l’unifier, et distingue en lui entre, d’une part, les masses révolutionnaires constituées par la paysannerie et le prolétariat et une partie des intellectuels, et, d’autre part, la bourgeoisie nationale qui refuse de s’engager dans le sens nouveau du devenir historique.

 

La lutte de la paysannerie

D’ailleurs la violence amorce déjà ce mouvement de différenciation pendant même la première phase de la lutte de libération. Dès sa genèse sociale, ce mouvement de différenciation s’y trouve amorcé. Et Fanon nous fait une analyse admirable de ce processus d’approfondissement du sens et de la nature de la violence dans la deuxième et troisième parties des « Damnés de la terre », intitulées respectivement « Grandeur et faiblesses de la spontanéité », « Mésaventures de la conscience nationale ». Fanon y souligne un trait spécifique de l’histoire des pays dits sous-développés, à savoir : le rôle éminemment révolutionnaire que joue la paysannerie dans la constitution de l’histoire de ces pays.

Ce même trait a d’ailleurs été souligné, à propos de la révolution cubaine, par Ernesto « Che » Guevara, dans sa « Guerre des guérilleros ». Justifiant cette spécificité du devenir des pays colonisés, Fanon constate que :

« L’histoire des révolutions bourgeoises et l’histoire des révolutions prolétariennes ont montré que les masses paysannes constituent souvent un frein à la révolution. Les masses paysannes dans les pays industrialisés sont généralement les éléments les moins conscients, les moins organisés et aussi les plus anarchistes. Elles présentent tout un ensemble de traits… définissant un comportement objectivement réactionnaire » (p.85). Alors que les masses paysannes « constituent les seules forces spontanément révolutionnaires, du pays colonisé » (p.93).

Mais pourquoi l’histoire privilégie-t-elle la paysannerie colonisée ? Parce que, nous dit Fanon :

« Tout est simple (pour la paysannerie)… : les masses rurales n’ont jamais cessé de poser le problème de leur libération en termes de violence, de terre à reprendre aux étrangers, de lutte nationale, d’insurrection armée » (p.96).

Donc, pour la paysannerie, seule la lutte armée peut résoudre le problème. Elle est parfaitement consciente, à l’opposé de la bourgeoisie nationale, que le changement ne se fera pas par une réforme lente et progressive de la structure coloniale. Pour se libérer, il faut briser cette structure, la détruire. Cela, elle l’affirme contre la bourgeoisie nationale qui, nous dit Fanon, de par sa nature même, est tournée vers les solutions de compromis avec le colonialisme, avant comme après l’indépendance.

Tout est simple pour la paysannerie. Mais pour la bourgeoisie nationale ? Ecoutons Fanon : « L’insurrection désoriente les partis politiques. Leur doctrine, en effet, a toujours affirmé l’inefficacité de toute épreuve de force et leur existence même est une constante condamnation de toute insurrection » (p.96). Ce refus, par la bourgeoisie nationale, de la violence populaire comme seul moyen possible de la réalisation de soi-même, est d’ailleurs légitime si l’on se place dans l’optique de cette bourgeoisie. Car, ce qui détermine le comportement social de cette dernière, c’est, nous dit Fanon (p.47), qu’elle « craint en réalité d’être balayée par ce formidable flux révolutionnaire ». Elle est, au fond, prudente et sournoise. Elle prévoit l’avenir que le présent annonce déjà. Elle prend ses distances et retrouve, en reculant, la bourgeoisie colonialiste à laquelle elle va tendre la main. Nous y reviendrons. Ou plutôt Fanon y reviendra par la suite.

Ainsi, dans l’exercice de sa violence, même libératrice, le peuple se différencie. Mais, en premier moment, spontanément. Et c’est parce que les partis nationalistes, noyau de l’organisation populaire dans les villes, n’inscrivent pas dans leur programme la nécessité de la lutte armée, que la spontanéité des masses se trouve privilégiée par l’histoire.

C’est à ce niveau de la spontanéité, comme premier moment du développement de la conscience révolutionnaire, sa forme immédiate et non réfléchie, qu’il faut situer le jugement de Fanon concernant le statut social et le rôle historique du prolétariat et du lumpen-prolétariat colonisés. Prise à l’intérieur du mouvement de formation historique de la conscience révolutionnaire, la pensée fanonienne ne présente, sur ce point, aucune contradiction avec le devenir de cette réalité sociale. Car elle correspond, sur ce point précis, à l’immédiateté du mouvement historique de celle-ci, dont elle est la formulation conceptuelle, et non à la totalité de son mouvement, à son devenir en marche. Ainsi, dans un premier moment, Fanon nie, dans le prolétariat du pays colonisé, toute possibilité révolutionnaire. Car, relativement à la paysannerie, le prolétariat des villes est privilégié. Il est, dit Fanon,

« celui qui, éventuellement, aurait tout à perdre… Il est le noyau du peuple colonisé le plus choyé par le régime colonial… Il représente en effet la fraction du peuple colonisé nécessaire et irremplaçable pour la bonne marche de la machine coloniale : conducteurs de tramways et de taxis, mineurs, dockers, interprètes, infirmiers, etc. Ce sont ces éléments qui constituent… la fraction ”bourgeoise” du peuple colonisé » (p.84).

Ce jugement constitue, apparemment, une condamnation historique du prolétariat des pays colonisés. Car, nous dit Fanon, p.46 : « Dans les pays coloniaux, seule la paysannerie est révolutionnaire » et c’est la spontanéité (p.93) qui caractérise essentiellement cette réalité révolutionnaire de la paysannerie. L’affirmation du caractère fondamentalement paysan de la révolution n’est légitime qu’en vertu de cette spontanéité qui définit, en un premier moment, le niveau sur lequel se meut le devenir révolutionnaire des pays colonisés. Mais celui-ci comme totalité ne peut se réaliser effectivement que s’il englobe, dans son développement, les villes en même temps que les campagnes, la paysannerie et le prolétariat. Dans son mouvement il tend nécessairement à ce dernier comme au terme de son accomplissement. D’ailleurs Fanon en était pleinement conscient et l’affirme explicitement :

« Les dirigeants de l’insurrection prennent conscience… de la nécessité d’étendre cette insurrection aux villes. Cette prise de conscience… consacre la dialectique qui préside au développement d’une lutte armée de libération nationale » (p.96).

Ainsi, dans la démarche caractéristique de son devenir, la révolution dans les pays colonisés, pour aboutir à son terme, implique nécessairement le dépassement de son caractère purement paysan et son élévation à un niveau supérieur, rendu plus complexe par l’unification du sens historique du combat de la paysannerie et du prolétariat. Il est instructif de constater ici la rencontre de deux pensées, celle de Fanon et celle de « Che » Guevara, qui réfléchissant le mouvement historique de deux réalités révolutionnaires semblables, en dégagent une même vérité, à savoir : dans les pays colonisés, la révolution part des campagnes pour rejoindre ensuite les villes, de la paysannerie qui intègre après le prolétariat et non inversement, comme c’est le cas dans les pays capitalistes et même dans les pays socialistes européens.

C’est le lumpen-prolétariat, concentré dans les bidonvilles, et non le prolétariat, nous dit Fanon, qui va porter la révolution au coeur des villes. Car « le lumpen-prolétariat, cette cohorte d’affamés détribalisés, déclanisés, constitue l’une des forces les plus spontanément et les plus radicalement révolutionnaires d’un pays colonisé » (p. 97). Mais il constitue aussi la base la plus solide de la pire réaction. Car rien ne lie solidement à l’histoire cette masse de déclassés qui n’a aucune attache avec le circuit de production ou avec la structure sociale. C’est Fanon lui-même qui nous dit que :

« le colonialisme va trouver (…) dans le lumpen-prolétariat une masse de manoeuvre considérable… Cette réserve humaine disponible, si elle n’est pas immédiatement organisée par l’insurrection, se retrouvera comme mercenaires aux côtés des troupes colonialistes. En Algérie, c’est le lumpen-prolétariat qui a fourni les harkis et les messalistes » (p. 102).

Or, cette dernière phrase est en contradiction apparente avec la phrase précédente. Comment peut-on affirmer que le lumpen-prolétariat est, à la fois la force « la plus spontanément et la plus radicalement révolutionnaire d’un peuple colonisé », et la force la plus réactionnaire, la plus inconsciente et la plus ignorante de ce peuple ? La contradiction est ici beaucoup plus réelle que logique. Elle est inhérente à cette réalité sociale, non à la pensée de Fanon. D’ailleurs, elle n’apparaît comme réelle que dans la mesure où on la sépare de son devenir qui opérera son dépassement, sa résolution. Car, on ne peut considérer le lumpen-prolétariat aussi bien que la paysannerie comme les seules forces authentiquement révolutionnaires dans un pays colonisé que si l’on détermine préalablement la réalité révolutionnaire d’une classe sociale essentiellement par son caractère spontané. Or, la spontanéité correspond avant tout à l’immédiateté du mouvement de l’histoire, non à sa totalité. Le lumpen-prolétariat en même temps que la paysannerie ne sont pas révolutionnaires parce qu’ils le sont spontanément, mais parce qu’ils le deviennent historiquement.

Le devenir prime l’être et en constitue le fondement. En privilégier un moment en le portant à l’absolu, c’est le réduire à un pur statisme plat et perdre de vue la dynamique interne de sa dialectique qui, parce que réelle, résorbe ses contradictions, à l’intérieur même du mouvement historique de la formation de la conscience révolutionnaire. Il y a donc une genèse et un développement de la conscience révolutionnaire qui ne saurait aucunement se réduire à son moment de spontanéité. Vue sous cet éclairage, la pensée de Fanon se situe au coeur même du devenir historique du pays colonisé, en l’occurrence l’Algérie, dont elle pénètre admirablement la structure. Ainsi donc, si le prolétariat des pays sous-développés ne se présente effectivement pas, au niveau de l’immédiateté de l’histoire, comme spontanément révolutionnaire, cela ne permet nullement de conclure à sa réalité non-révolutionnaire. Le prolétariat sous-développé devient révolutionnaire, et ne peut pas ne pas le devenir, car son devenir même est celui de la révolution. Ce problème se pose à la fois en termes de réalité et de conscience. C’est le prolétariat des villes, malgré son statut social relativement privilégié et qui détermine apparemment son comportement révolutionnaire, et non seulement le lumpen-prolétariat, c’est ce prolétariat qui a fait les manifestations de décembre 1960 et d’octobre 1961. C’est lui et la paysannerie qui, en fondant les comités d’autogestion, ont ouvert la voie au socialisme. La révolution ne se fait jamais spontanément. À la réalité révolutionnaire, dont la structure temporelle intègre le possible comme une de ses dimensions, s’unit la conscience révolutionnaire qui, elle, dans sa formation historique, rend nécessaire la réalisation même de ce possible. Le devenir historique, même et surtout de la révolution, ne saurait être un processus dont s’exclut la conscience, car celle-ci en est le sens sans lequel toute histoire est aventure où se nie la raison. Réalité dont la structure se révèle par le projet révolutionnaire qui la transperce, et conscience qui, en tant qu’acte à la fois pratique et théorique, s’identifie justement à ce projet ; tels sont les deux termes du mouvement dialectique de l’histoire dont la médiation est la violence. C’est à ce niveau qu’il faut saisir le noyau même de la pensée fanonienne. La violence, en tant que négation absolue, se déterminait au début du mouvement révolutionnaire, comme idéologie en acte, comme pure conscience pratique, uniquement parce qu’elle était violence spontanée, unité indifférenciée de tout le peuple colonisé. Mais avec le développement de la lutte libératrice, l’approfondissement de la violence en tant que praxis révolutionnaire est devenue une nécessité impérieuse. C’était là un signe du dépassement du stade de la spontanéité. En tant qu’acte constitutif de l’histoire, la violence exigeait désormais un sens qu’elle ne pouvait se donner qu’en se situant à l’intérieur d’une perspective idéologique nette et précise. Alors qu’elle se contentait d’être, au premier moment de sa genèse, pure conscience pratique, elle tend, maintenant, pour devenir réellement opératoire, à trouver dans la conscience théorique un fondement indispensable. C’est ainsi que « ce volontarisme spectaculaire qui entendait mener d’un seul coup le peuple colonisé à la souveraineté absolue… se révèle être à l’expérience une très grande faiblesse… Tant qu’il se prenait au mirage de l’immédiateté de ses muscles, le colonisé ne réalisait pas de véritables progrès dans la voie de la connaissance. Sa conscience restait rudimentaire » (p. 103). Une conscience dépolitisée et purement pratique, ou, plutôt, empirique, n’est aucunement révolutionnaire. « …Cette grande passion des premières heures se disloque si elle entend se nourrir de sa propre substance… la haine ne saurait constituer un programme » (p. 104). Donc, la force de la violence, son rôle primordial dans la constitution de l’histoire, résident essentiellement dans son sens idéologique. Ceux qui croient trouver chez Fanon une mystique de la violence n’ont rien compris à son oeuvre. Ou plutôt ils ont trop bien compris. Car, en privilégiant à dessein la spontanéité des masses et en sous-estimant la nécessité historique d’une idéologie révolutionnaire, ils mystifient la pensée de Fanon afin de détruire en elle le ferment puissamment révolutionnaire. C’est en vue de ce but politique qu’a été opérée cette grande et savante mystification de la pensée fanonienne.

 

Pourquoi la bourgeoisie nationale ?

Dans son combat quotidien, avant et surtout après l’indépendance, le peuple colonisé se différencie. Son unité s’approfondit, se développe sur de nouvelles bases solides. Parallèlement, sa violence, qui est sa praxis révolutionnaire, se différencie, se hiérarchise, se relativise. Elle change de sens et de direction. Elle s’enrichit en enrichissant sa conscience. Elle se développe sur de multiples niveaux et revêt de multiples formes. Alors qu’elle était avant l’indépendance essentiellement une lutte nationale, elle devient après l’indépendance une véritable lutte de classes. Nous avons vu que, dans l’exercice de sa violence, le peuple découvre la réalité sociale et en dévoile la structure. Il théorise sa conscience en donnant un sens à son activité quotidienne. Et c’est justement la pratique sociale qui lui indique son nouvel ennemi de classe : la bourgeoisie nationale. Mais pourquoi la bourgeoisie nationale ? La réponse est esquissée dans le chapitre 3 des « Damnés de la terre », intitulé : « Mésaventures de la conscience nationale ». Fanon y dégage un des aspects fondamentaux de la spécificité du devenir des pays sous-développés, à savoir : la différence radicale du rôle historique de la bourgeoisie capitaliste et de la bourgeoisie sous-développée. Sa position sur ce problème est une condamnation absolument catégorique de cette bourgeoisie nationale, qui en tant que classe, ne contribue à la constitution de l’histoire des pays sous-développés que pour freiner le développement de cette histoire et en paralyser le mouvement. La légitimité de cette condamnation réside dans une analyse pénétrante de la genèse et de la structure de cette classe embryonnaire et nuisible. Ce qui caractérise essentiellement la bourgeoisie nationale, c’est, nous dit Fanon « son incapacité à rationaliser la praxis populaire, c’est-à-dire en extraire la raison » (p.113). En effet, la bourgeoisie nationale apparaît historiquement comme un sous-produit du régime colonial dont elle dépend génétiquement. Engendrée involontairement par le développement propre de la bourgeoisie colonialiste, mais entretenue par la suite volontairement par celle-ci, la bourgeoisie nationale se trouve, dès sa genèse, préalablement déterminée, dans sa structure et son comportement, par cette bourgeoisie-mère de la collaboration de laquelle elle tend nécessairement. L’espace interne de son développement apparaît comme une excroissance de celui du développement du capitalisme métropolitain et non comme une partie constitutive de l’histoire du peuple colonisé. C’est pour cette raison qu’elle s’opposait farouchement à la lutte armée comme méthode de résolution du problème national. Tant que ce problème se posait en termes de réformes à l’intérieur du cadre colonial, la bourgeoisie sous-développée s’affirmait naturellement comme la classe dirigeante du mouvement national. Mais à partir du moment où le problème se posait en termes révolutionnaires de rupture radicale et violente avec le cadre colonial, l’initiative historique s’est déplacée vers les masses paysannes et prolétariennes, et la bourgeoisie nationale s’est trouvée exclue du mouvement de l’histoire qui se fait et se fonde par la praxis populaire. Ainsi, le sens du devenir se dessine sans ambiguïté et s’engage nécessairement dans une perspective anti-bourgeoise. Incapable de rompre le cordon ombilical qui la lie à la bourgeoisie colonialiste, incapable de comprendre le sens de l’histoire qui se libère et se constitue, la bourgeoisie nationale, par son comportement mou et indécis, assume la responsabilité de sa propre condamnation par l’histoire. Sa genèse autant que sa structure la vouent nécessairement à disparaître en tant que classe. A l’opposé de la bourgeoisie occidentale, elle ne joue et ne peut jouer aucun rôle dans l’histoire des pays sous-développés. Car, nous dit Fanon, la bourgeoisie dans ces pays est essentiellement une bourgeoisie occidentale avant l’indépendance. Pendant la lutte et après l’indépendance, la bourgeoisie se réduit à une caste, sans assises économiques solides, de commerçants et d’intellectuels, ou plutôt de faux intellectuels qui se définissent essentiellement par une volonté permanente d’identification à la bourgeoisie occidentale. C’est le mimétisme bête et vide qui détermine leur manière d’être, leur comportement social. On ne peut parler d’une véritable classe à propos de cette fameuse bourgeoisie nationale, car tout lui fait défaut pour devenir réellement une classe jouant un rôle historique. Ce qui lui manque, c’est surtout le capital, ce qui constitue la base même de toute bourgeoisie véritable. Faute de capital productif, la bourgeoisie nationale s’oriente vers des activités de type intermédiaire. Elle est donc essentiellement de structure parasitaire. Ne jouant aucun rôle dans le processus de production du capital, mais seulement dans le processus de circulation du capital, elle aspire, nous dit Fanon, à

« prendre la place de l’ancien peuplement européen : médecins, avocats, commerçants… transitaires, etc. (et se complaît) sans complexe en toute dignité dans le rôle d’agent d’affaires de la bourgeoisie occidentale » (p.116).

Son idéal est à la mesure de sa structure économicosociale. Elle ne saurait donc prétendre, comme la bourgeoisie-mère, à aucune mission historique. Exclue de l’histoire, sa vocation historique, nous dit Fanon,

« c’est de se nier en tant que bourgeoisie, de se nier en tant qu’instrument du capital, et de se faire totalement esclave du capital révolutionnaire que constitue le peuple… elle doit se faire un devoir impérieux de se mettre à l’école du peuple, et de mettre à la disposition du peuple le capital intellectuel et technique qu’elle a arraché lors de son passage dans les universités coloniales. Or, la bourgeoisie nationale, poursuit Fanon, se désintéresse souvent de cette voie héroïque… pour s’enfoncer, l’âme en paix, dans la voie horrible, parce qu’anti-nationale, d’une bourgeoisie classique, d’une bourgeoisie, platement, bêtement, cyniquement bourgeoise » (p. 114).

Le pouvoir étatique de la bourgeoisie occidentale se justifie historiquement par le fait que c’est elle qui, certes par son exploitation violente du prolétariat, réalisa l’accumulation primitive du capital, nécessaire à tout démarrage économique et donna au développement des forces productives un véritable coup de fouet. Or, du fait même de sa genèse et de sa structure, la bourgeoisie nationale se trouve dans l’impossibilité de réaliser une telle tâche économique. En effet, étant de nature essentiellement commerciale, et tournée avant tout vers l’exportation, son capital s’intègre beaucoup plus à la logique interne du capital occidental dont il dépend qu’à celle du capital national dont il se trouve isolé. Ainsi, il augmente démesurément ses profits, non par investissement industriel, mais d’une manière artificielle par des opérations spéculatives qui ne correspondent aucunement à une véritable augmentation de la production. Le profit du capital de la bourgeoisie nationale provient non d’un circuit productif réel, mais d’un circuit improductif parasitaire parce que purement commercial. Mais comme le commerce de la bourgeoisie nationale se détermine essentiellement comme un commerce d’import-export qui n’influe que négativement sur l’ensemble du mouvement de l’économie nationale, le profit qu’elle en tire apparaît donc comme une infime parcelle d’une plus-value qu’elle partage d’une manière très inégale avec le capital colonial. Sa vie est une perpétuelle survie qu’elle doit uniquement à la générosité bien calculée et malveillante de la bourgeoisie-mère occidentale. Atteinte, dès sa naissance, de rachitisme congénital, ‐ Fanon dit « de sénilité précoce » ‐ à quoi bon lui imposer une vie qui n’est possible que par de fortes injections de capital qu’au lieu d’investir productivement, elle dépense dans un luxe exhibitionniste, afin de s’identifier dans l’apparence et dans l’imaginaire à la bourgeoisie occidentale ?

« Dans les pays sous-développés, nous dit Fanon, la phase bourgeoise est impossible… La bourgeoisie ne doit pas trouver de conditions à son existence et à son épanouissement. Autrement dit, l’effort des masses encadrées dans un parti et des intellectuels hautement conscients et armés de principes révolutionnaires doit barrer la route à cette bourgeoisie inutile et novice… Il faut s’opposer résolument à elle parce qu’à la lettre elle ne sert à rien… Il est d’autant plus facile de neutraliser cette classe bourgeoise qu’elle est numériquement, intellectuellement, économiquement, faible… lui barrer la route, c’est le seul moyen d’avancer » (pp. 130, 131, 132 ).

Entendons-nous bien sur les paroles de Fanon. Il ne s’agit aucunement de brûler les étapes ou de faire violence à l’histoire. Cette manière de comprendre identifie le devenir des pays sous-développés à celui des pays capitalistes, et perd de vue l’originalité du mouvement historique d’une réalité apparemment ambiguë. Si le devenir de l’Occident passe nécessairement par le capitalisme comme forme historique de son développement, cela n’implique point, bien au contraire, le passage nécessaire du devenir des pays sous-développés par cette même forme de développement. Comprendre, ce n’est pas identifier, et pour saisir le mouvement interne de l’histoire de ces pays, la meilleure méthode n’est pas de l’aborder de l’extérieur avec des schèmes préétablis qui ne sauraient trouver en lui une résonance adéquate, précisément parce qu’ils sont issus précisément de la réalité historique de l’Occident. Sans une mise en question méthodique de ces schèmes spatio-temporels, on ne découvre dans le réel historique qu’on prétend analyser que les formes vides de notre pensée et non la structure originale de ce réel qui nous échappe. Par la critique de ces schèmes d’explication historique, on ne prétend pas en nier l’universalité, mais au contraire en enrichir le contenu par leur confrontation, sans préjugés, avec un devenir qui se fait, une histoire qui se structure. Les redécouvrir dans la réalité qu’on étudie, et non les appliquer de l’extérieur à cette réalité, c’est là la seule méthode d’analyse historique féconde. C’est ainsi que dans les pays sous-développés, à l’inverse des pays capitalistes et des pays socialistes européens, la révolution part de la paysannerie pour gagner ensuite le prolétariat ; de même que c’est la socialisation de l’agriculture qui détermine nécessairement la socialisation de l’industrie et par là-même de toute la production sociale. Alors que dans les pays de l’Occident, c’est la classe bourgeoise qui réalise l’accumulation du capital par une capitalisation de toute l’économie, dans les pays sous-développés, la bourgeoisie nationale étant génétiquement et structurellement en-deçà de cette tâche, ce sont la paysannerie et le prolétariat qui réalisent l’accumulation du capital, condition principale du dépassement du sous-développement, mais par la voie de la socialisation de la production et non de sa capitalisation. Ainsi donc, le jugement de Fanon sur la bourgeoisie nationale des pays sous-développés ne se situe pas sur le plan moral d’une haine subjective de cette classe, mais sur le plan de l’analyse rationnelle du devenir historique de ces pays. L’attitude de Fanon n’est pas l’attitude romantique ou lyrique d’un poète, mais l’attitude scientifique d’un historien et d’un sociologue. Il n’y a pas chez lui une mystique de la violence, mais une violence nettement consciente de ses objectifs et qui se détermine comme un mouvement révolutionnaire perpétuel qui approfondit la lutte et la différencie en passant du niveau strictement national à un niveau économico-social de lutte de classe. À la conscience nationale, que Fanon caractérise comme « comme forme sans contenu, fragile et grossière » (p. 113), se substitue la conscience politique et sociale. Le nationalisme n’est pas une doctrine politique, n’est pas un programme.

« Il faut rapidement passer de la conscience nationale à la conscience politique et sociale. La nation n’existe nulle part si ce n’est dans un programme élaboré par une direction révolutionnaire et repris lucidement et avec enthousiasme par les masses » (p. 150).

Avec le dépassement de la conscience nationale, le combat révolutionnaire s’approfondit, se différencie et se situe au niveau supérieur de la conscience politique, économique et sociale. Et c’est sur ce niveau que Fanon pose le problème de la culture nationale.

 

Le problème de la culture nationale

C’est un problème difficile et complexe, qui mérite d’être traité à part. Nous ne pourrons pas l’aborder d’une manière sérieuse dans le cadre de cette étude déjà longue en elle-même. Nous nous contenterons donc de l’esquisser très rapidement et d’en tracer schématiquement la perspective telle qu’elle a été définie par Fanon.

Pour le situer dans son contexte et montrer comment il s’insère dans l’oeuvre centrale de Fanon qui est « Les Damnés de la terre », il faut remarquer d’abord que cette oeuvre ne constitue pas un ensemble de problèmes traités indépendamment les uns des autres et qui trouvent leur unité dans leur groupement artificiel et externe dans un seul livre. Au contraire, la pensée fanonienne présente dans cette oeuvre une unité de structure qui se développe progressivement dans un seul et même mouvement de réflexion. La diversité des problèmes qu’elle aborde, loin de briser son unité, ne fait que la consolider dans la mesure où les problèmes apparaissent comme les multiples figures d’une seule et même réalité historique. Ainsi donc le problème de la culture s’inscrit nécessairement dans le cadre de cette même épopée de la conquête de l’identité entreprise par le peuple colonisé sur tous les plans de son existence. C’est en termes existentiels qu’il se pose réellement. Car la culture se définit avant tout comme le mode d’être fondamental au monde, comme la forme concrète de la présence de l’homme au monde. L’univers humain, même dans ses aspects matériels, techniques, économiques, est essentiellement un univers culturel. Ou plutôt il baigne dans la culture, même dans son mode d’être matériel. Vu sous cet angle, le problème de la culture apparaît comme le problème fondamental de l’existence de l’homme, et sa résolution, dans la réalité, se détermine comme le terme ou l’aboutissement du mouvement de libération des peuples colonisés. Or, vouloir ouvrir un débat sur les perspectives dans lesquelles doit s’engager la constitution d’une culture nationale est une prétention bien ridicule. Car le débat est ouvert depuis que l’homme colonisé a cessé d’être en tant que tel en libérant par la violence sa pensée et son être. En faisant nôtre la pensée de Fanon, nous nous efforcerons uniquement de poser le problème, sans prétendre aucunement le résoudre, ce qui est une tâche historique du peuple dans sa totalité.

C’est un double problème qui se pose à la constitution d’une culture nationale. C’est en premier lieu l’effort douloureux d’arrachement de soi à l’aliénation radicale dans laquelle l’univers colonial a installé, voire arrêté, la culture nationale. Mais cette tentative de récupération de soi dans le présent implique inévitablement le second aspect du problème, celui de la récupération d’un passé culturel qu’on veut vivant. Ce sont en réalité deux aspects d’un seul et même problème.

Une réconciliation authentique avec soi-même en s’efforçant de retrouver cette unité historique de la culture nationale, ou, ce qui revient au même, du mode d’être culturel de la nation, qui doit prolonger son passé dans un présent qui commence à peine à se guérir de sa névrose et de son traumatisme. Or, la nature du rapport que doit établir la culture nationale avec son passé se trouve

nécessairement déterminée par la nature de son rapport à la culture européenne qui est inhérente à sa structure et qui définit, provisoirement, la modalité de sa présence. La situation actuelle du devenir de cette culture nationale est effectivement tragique. Car, tant qu’elle se réfère, pour se constituer, à la culture européenne qui l’attire intérieurement et qui se trouve ainsi posée comme un critère d’universalité, la culture nationale ne saurait être authentique, et le fondement même de sa validité lui serait étranger et résiderait ailleurs qu’en elle-même. En d’autres termes, si, précisément en tant qu’expression totale et existentielle, la culture nationale continue, comme par le passé, à se définir, dans son devenir, essentiellement par rapport à la culture européenne, elle ne se libérera pas de l’univers de son aliénation et se développera ainsi toujours sur le plan qui lui est imposé par cette culture qu’elle veut nier et que, paradoxalement, elle s’attache dans l’effort même de sa négation ; bref, elle subira son devenir comme destin et non comme liberté, consciemment engagée dans un mouvement authentique de création. Mais le drame de cette culture, c’est que, pour se développer librement dans un univers d’authenticité propre à elle, elle ne peut pas ne pas se défendre, par un effort négateur, contre ce pouvoir intense de fascination qu’exerce sur elle la culture européenne. Mais bien qu’il se situe sur un plan d’aliénation, ce premier moment de la genèse de la culture nationale, vu à l’intérieur de la perspective de formation historique de celle-ci, constitue, en quelque sorte, le dernier moment de la préhistoire de cette culture, et la condition nécessaire à son entrée dans l’histoire, c’est-à-dire dans le règne de l’authenticité. C’est donc dans ce rapport de négation défensive de la culture européenne, que la culture nationale se tourne vers son passé. Or, la revendication d’une culture nationale anti-coloniale procède du souci légitime de retrouver à travers même la discontinuité de l’histoire nationale et malgré les bouleversements qu’elle a subis, l’unité radicale de la nation. Mais ce retour légitime au passé culturel s’il vise le passé en lui-même, sans l’ouvrir au présent et à l’avenir de la nation, il risque de nous faire oublier les problèmes actuels qui se posent au peuple. La récupération du passé risque d’être ainsi une récupération de soi dans le passé, et de devenir une opération d’idéalisation et de poétisation du passé culturel qui s’effectue au détriment même de la culture nationale.

« Ce créateur, nous dit Fanon, qui décide de décrire la vérité nationale, se tourne paradoxalement vers le passé, vers l’inactuel. Ce qu’il vise dans son intentionnalité profonde, ce sont les déductions de la pensée, le dehors, les cadavres, le savoir définitivement stabilisé. Or, l’intellectuel colonisé qui veut faire œuvre authentique, doit savoir que la vérité nationale, c’est d’abord la réalité nationale. Il lui faut pousser jusqu’au lieu en ébullition où se préfigure le savoir » (p. 168).

Il ne faut donc pas regarder le passé comme un cadavre dont on évoque nostalgiquement le souvenir, mais au contraire, il faut le regarder de nos yeux d’aujourd’hui, l’éclairer et le comprendre en fonction de notre projet révolutionnaire actuel. Car il ne peut tirer sa vie que dans son rapport actif avec notre présent. L’unir à notre présent pour le prolonger dans notre avenir, c’est le seul moyen de le rendre vivant. C’est là le sens de cette phrase de Fanon :

« L’homme colonisé qui écrit pour son peuple, quand il utilise le passé, doit le faire dans l’intention d’ouvrir l’avenir, d’inviter à l’action, de fonder l’esprit » (p. 174).

Ainsi, le passé ne saurait avoir une structure temporelle indépendante et propre à lui. Il puise la vie, qu’il peut éventuellement avoir, uniquement dans son ouverture au présent et à l’avenir de notre réalité actuelle. Pour qu’il cesse d’être un cadavre historique, il faut lui conférer un nouveau devenir qui est celui de notre réalité.

*

En guise de conclusion, nous pouvons dire que la culture nationale a à se frayer un chemin entre et contre deux aliénations : un passé qui se fige, et une Europe qui fascine. Contre cette double menace, la voix de Fanon s’élève pour définir le sens même du combat culturel (p.169) : « Nous avons tout pris de l’autre côté. Or l’autre côté ne nous donne rien sans, par mille détours, nous courber dans sa direction… nous attirer, nous séduire, nous emprisonner. Prendre, c’est également, sur de multiples plans, être pris… Il ne suffit pas de rejoindre le peuple dans ce passé où il n’est plus, mais dans ce mouvement basculé qu’il vient d’ébaucher et à partir duquel subitement tout va être mis en question. C’est dans ce lieu de déséquilibre… » que se situe et se prolonge le combat culturel.

 

Illustration : Hamed Abdalla (1917-1985), Al-Thawra (Révolution), 1968 (technique mixte sur toile), 130 x 97 cm.

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Fin de partie pour Areva-Orano aux USA

Posté par elianguesard le 22 juin 2020

Fin de partie pour Areva-Orano aux USA rienhttp://bellaciao.org/fr/spip.php?article163649

http://coordination-antinucleaire-s…

Mox : Fin de partie pour Areva-Orano aux USA contraint de vendre aux enchères son matériel nucléaire

Par Rédaction le lundi 22 juin 2020

Le projet délirant d’Areva-Orano d’usine états-unienne de combustible MOX c’est fini. Le glas sonne pour le rêve américain de Anne Lauvergeon et de ses successeurs : lancé en 1999 avec des fonds gigantesques de 8 milliards de dollars – déjà dépensés dans la construction de l’usine – le projet initié dans le cadre d’un accord entre les Etats-Unis et la Russie de démantèlement et récupération de 34 tonnes de plutonium militaire avait été arrêté fin 2018. A présent, pour se renflouer, les actionnaires liquident par une vente aux enchères « 450.000 pièces » nucléaires neuves et encore emballées pour la plupart. Du jamais vu qui en dit long sur la piteuse situation de l’atomisme dans le monde. Un nouveau fiasco pour le nucléaire tricolore qui risque de coûter cher aux contribuables français.

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Le projet d’usine américaine de MOX, recyclant le plutonium militaire issu du démantèlement d’une partie des arsenaux atomiques états-uniens et russe, est définitivement mort. Le rêve américain d’Areva-Orano s’envole en fumée une nouvelle fois. Encore des investissements à fond perdu, des milliards de dollars dépensés en pure perte. Au total : 8 milliards de dollars avec son partenaire américain Shaw (racheté par CB&I en 2012). Le nucléariste en est à faire les fonds de tiroirs et à vendre aux enchères des dizaines de milliers d’équipements neufs.

Tout avait bien commencé pourtant en apparence pour Areva. Depuis des années, la dame Lauvergeon puis ses successeurs nommés par les gouvernements français successifs, reniflaient la bonne affaire. Un peu comme avec « Uramin ». Refourguer leur technologie de recyclage de l’uranium et du plutonium usés produits par les réacteurs nucléaires dit civils pour des fins militaires. Certes en France ça ne recycle que 1% des déchets mortels mais comme personne au monde ne veux piloter un tel danger (les Belges et les Anglais ont abandonné très vite cette technologie mortelle) il y aurait p’tête ben un créneau. On va donc s’insinuer dans le « contrat de référence global » conclu en 1999 (1) visant à décrocher la certification et l’obtention d’autorisations d’exploitation. Un truc qui a permis à Areva de prendre pied sur le territoire des Etats-Unis.

Et le délire s’amplifie quand en 2000, les Etats-Unis et la Russie signent un accord pour démanteler, en partie, leur arsenal militaire atomique. Pour 34 tonnes de plutonium chacun. On va donc faire le mouvement inverse : des produits de fission d’origine militaire pour les réacteurs dit civils sur le modèle de l’unité Melox d’Areva dans le Gard. On mélangera le plutonium des têtes nucléaires à de l’uranium pour produire des produits de fission atomique (combustible) utilisable dans les réacteurs civils de production électrique. Et comme aux USA il y a quelques centrales nucléaires, l’avenir s’annonce radieux comme d’habitude. A l’époque ça fanfaronnait ferme : « Grâce à notre technologie, nous allons pouvoir aider les Etats-Unis » pérorait Michael McMurphy, le président d’Areva Inc.

Caroline chérie : esclavagisme, armement, intégrisme, radioactivité et peine de mort par injection

Le dévolu est jeté sur des terres en Caroline du Sud, 55 000 m2, proches d’une rivière car il faut beaucoup d’eau. Non pas une rivière mais un fleuve, le Savannah, l’un des principaux cours d’eau du sud-est des États-Unis d’Amérique dont le bassin versant comprend le sud de la chaîne des Appalaches et qui parcours près de 1000km. Avantage : le fleuve s’élargit en un estuaire et se jette dans l’océan Atlantique. Pratique pour diluer les contaminations. Bon évidemment lorsque le Savannah traverse la ville le fleuve reflue parfois sous l’effet de la marée, mais qu’à cela ne tienne. Le MOX n’avait-il pas été testée dans la centrale nucléaire de Catawba à quelques encâblures de là en Caroline du Sud ?

C’est qu’ici, depuis plus de soixante-dix ans, dès les années 50, les États-Unis y ont manipulé la matière première de leurs armes nucléaires sur le « Savannah River Site » juste en face de la ville d’Augusta. Une bourgade, réputée pour ses champs de coton (esclaves), de tabac et son industrie d’armements (la seule ville de la confédération sudiste qui en possédait lors de la guerre civile de sécession). La Caroline du Sud c’est 4 625 300 habitants et la voisine Caroline du Nord 10 488 000 habitants. Et puis : pas plus de risque que cela car le territoire, longtemps peuplé par de nombreuses tribus amérindiennes dont les Cherokees et les Catobas a été apuré sainement. Le protestantisme baptiste y est implanté fortement, le conservatisme social règne, la peine de mort par injection létale a droit de cité.

Augusta, la ville locale, accueille donc chaque année le « Tournoi des Maîtres du Grand Chelem de golf » sur l’un des parcours les plus exigeants de la planète. Ca change tout. La ville comptait en l’an 2000 plus de 195 000 habitants et son air géographique quelques 520 300 habitants. Un petit côté français aussi car la ville est jumelée à Biarritz depuis 1992.

Bien sûr il y a déjà une sacré dose de radioactivité dans le coin. Dont le tritium, cet isotope radioactif de l’hydrogène particulièrement difficile à confiner car il percole au travers de la plupart des aciers et bétons et tend à contaminer la nappe phréatique et le cours d’eau Savannah. Mais on ne va pas faire les difficiles avec des préoccupations environnementales et sanitaires. Et puis en mélangeant le tout il sera bien difficile aux mauvaises têtes de mener l’enquête et d’identifier quoi que ce soit. En plus c’est joli par ici : un bois de feuillus et de pins y a été planté et les arbres sont irrigués avec l’eau tritiée, histoire de limiter si possible la contamination par le tritium d’un affluent du Savannah River. Certes les arbres évapotranspirent vers l’atmosphère une partie du tritium radioactif et une autre partie est intégrée dans l’écosystème forestier mais c’est le but du jeu. Tout de même le niveau de radioactivité est tel que les rongeurs piégés dans ce boisement contiennent jusqu’à 34,86 Bq/mL. Soit environ 1740 fois plus de radioactivité que les rongeurs d’un site-témoin proche (0,02 Bq/mL). Ca donne une idée de ce que ça crache dans le secteur.

La flambée des prix semble la rare expertise du nucléariste français avec les poursuites judiciaires pour corruption

Au moment de la signature du projet en 2008, le budget avait été évalué au doigt mouillé à hauteur de 2,7 milliards de dollars. Mais en 2014, comme la nucléocratie française en a l’habitude avec tous ses projets délirants, Areva estimait que déjà 4 milliards de dollars avaient été dépensés. Un peu comme l’EPR d’Olkiluoto en Finlande. Et la même somme serait encore nécessaire avec une mise en service reculée à 2020. A ce jour en vérité plus de 7 milliards de dollars auraient été dépensés alors que le chantier n’est réalisé qu’à environ 70 %. Et, à l’époque, selon un porte-parole d’Areva-Orano la mise en service serait repoussée « dans le courant de la prochaine décennie ». Si tout va bien évidemment. Mais onze ans plus tard, le projet n’a toujours pas vu le jour et selon un rapport de l’US Army remis au gouvernement américain, sa facture était passée à… 17,4 milliards de dollars et son ouverture repoussée à 2048 !

Depuis le début de la construction en 2007 et jusqu’en 2015, pourtant, le projet est menacé d’une baisse de crédits car jugé trop élevé, décision ultime de poursuite ou d’arrêt revenant au Congrès. L’envolée des coûts en cinq ans n’a fait que susciter un redoublement des critiques aux Etats-Unis notamment lorsqu’il s’est agit de voter chaque année les crédits à ce projet. D’autant que « Duke Energy », le seul propriétaire de centrales nucléaires local prêt à utiliser le mox, a fait savoir dès 2009 et après une série de tests défaillants qu’il ne choisirait pas cette solution.

Les recommandations budgétaires 2014 du ministère de l’Energie, après une série d’études sur le Mox, proposent aussi de réduire drastiquement les dépenses consacrées à la construction de cette foutue usine en Caroline du Sud. Réduction de l’enveloppe de 420 millions de dollars (300 millions d’euros) pour 2014 puis de 220 millions pour 2015. Les négociations entre le consortium franco-américain et Washington deviennent dures et des plus serrées. Mais habitués à influencer les décisions du pouvoir politique français et à se faire recapitaliser sur fonds publics quand ils en ont envie, les nucléocrates français ne voient rien venir ou croient que, par ce que sortie de l’école militaire Polytechnique et de l’Ecole des Mines, ils vont continuer à faire la pluie et le beau temps. D’ailleurs ils continuent d’envisager un coût d’exploitation à 7 milliards de dollars pour quinze ans. Mais la conjoncture est dégradée dans le nucléaire états-unien et pèse sur le développement d’Areva outre-Atlantique.

Finalement le projet, porté par Orano (ex-Areva) est abandonné fin 2018 sur décision du gouvernement américain.

Mais le délire des fanatiques de la destruction atomique, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, ne désenfle pas : à la place, sur le site de Savannah River, pourrait être implanté une production de nouveaux composants à base de plutonium (« plutonium pits ) pour des armes nucléaires. L’administration états-unienne envisageant en substitution au projet Mox-Areva la dilution chimique du plutonium (impossible à réaliser) et son stockage sur un site nucléaire dans une autre région, le Nouveau-Mexique.

Un dossier qui pourrait embarrasser Anne Lauvergeon mais aussi Edouard Philippe, chez Areva à l’époque des faits. On évoque un pacte de corruption(3)

Lâché par son unique client, Areva s’est donc retrouvé en 2009 sans débouché aux USA pour ses produits de fission atomique à base de plutonium Mox. Mais contre toute attente le groupe de production d’électricité TVA (Teneessy Valley Authority), proche de la famille d’Al Gore le futur vice-président des USA de Clinton (4), fait part de son intention, début 2010, de se fournir en Mox dans un document interne à la société. Plus qu’étonnant voire suspect.

Et le pot au rose se dévoile. Un montage financier qui pourrait passer par le rachat, en février 2010, par le groupe nucléaire français Areva d’une start-up américaine. Son nom : « Ausra », elle s’occupe d’énergie solaire. Al Gore en est actionnaire via des acquisitions de parts du capital (à hauteur de 123,3 millions de dollars au total) à travers deux fonds d’investissements qu’il préside ou conseille (Kleiner Perkins/ex- KPCB et Generation Investment Management).

Areva est pourtant depuis quelques temps en grande difficulté financière et n’a pas, aux dires mêmes de ses cadres et analystes financiers, les moyens d’acquérir quoi que ce soit, une quasi faillite que l’Etat français va d’ailleurs éponger (5). Etonnament, deux mois plus tôt, en décembre 2009 Olivier Fric (le mari d’Anne Lauvergeon, qui n’a pas de lien officiel avec Areva) propose à un haut dirigeant du groupe de monter avec Areva un fonds dont il serait co-actionnaire pour réaliser des acquisitions dans les énergies renouvelables ? Pourquoi Olivier Fric, suite à la vente/achat par Areva d’Ausra, devient lui-même actionnaire d’Ausra en 2011 par le biais d’Agave Partners Holdings, une société constituée avec un homme d’affaires américain ?

Par ailleurs la start-up était à l’époque elle-même dans une situation financière difficile et sa technologie (l’énergie solaire thermique à concentration) est quelque peu désuète datant, pour les premières centrales solaires de ce type, des années 1980. De plus, l’opération a été manifestement surpayée : 243 millions de dollars. C’est ce que révèle le propre rapport annuel 2010 d’Areva et la différence entre la valeur réelle des actifs et le prix de vente se monte à près de165 millions de dollars ! Pour quelles raisons Areva a-t-il accepté de lâcher autant d’argent ?

Le FBI soupçonne un pacte de corruption et travaille discrètement sur cette affaire (6) qui pourrait impliquer d’autres dignitaires milliardaires du Parti démocrate (7). La justice américaine a prévenu les autorités françaises qu’elle pourrait lancer un procès pour corruption contre l’ex-fleuron tricolore de l’atome. En France, la brigade financière en charge des multiples sulfureuses affaires d’Areva a invité le Parquet national financier (PNF) à ouvrir une instruction pour “corruption d’agent public étranger et trafic d’influence”. Le groupe nucléaire pourrait se voir réclamer 24 milliards d’euros d’amende par la justice américaine dans cette potentielle affaire de corruption aux Etats-Unis. L’équivalent d’un tiers des recettes de l’impôt sur le revenu de la France.

Ausra, rebaptisé Areva Solar, n’a jamais généré que des pertes et a été définitivement liquidé en 2015. Visiblement beaucoup d’argent a été investit en pure perte par les grands nucléaristes tricolores. Et en cas de procès pour corruption aux Etats-Unis, le montant de l’amende veut qu’elle couvre la totalité du préjudice financier. Bien au-delà des fameux 243 millions de dollars de l’acquisition d’Ausra. Ainsi le procureur pourrait bien exiger le remboursement de l’ensemble des dépenses que le « fédéral » a engagées : 7,7 milliards de dollars de l’usine de mox qui n’a jamais fonctionné, 19,9 milliards engloutis dans la gestion du plutonium qui n’a pas été transformé soit au total près de 28 milliards de dollars équivalent de 24,1 milliards d’euros. Orano n’ayant pas un centime en poche, c’est l’Etat – et donc les contribuables- qui passeront à la caisse.

Edouard Philippe qui était le directeur des affaires publiques d’Areva (lobying auprès des élu-es) d’octobre 2007 à octobre 2010 sous la présidence de la Pdg Anne Lauvergeon a forcément vu passer l’étrange acquisition de la start-up californienne. D’autant qu’Edouard Philippe a travaillé, durant les trois années précédentes, de 2004 à 2007, pour le cabinet d’avocats américain Debevoise & Plimpton (8) l’un des principaux conseils du ministère américain de l’Energie (Department of Energy/DOE) durant l’administration Obama auprès de qui Areva déposait ses demandes de prêt ou de subvention non remboursable au titre du programme de financement des énergies renouvelables. Etonnament et fabuleux destin d’un pt’it gars français : Edouard Philippe, collaborateur du cabinet d’avocats américain Debevoise & Plimptona, a rejoint ensuite Areva. Il assure ne rien savoir du dossier (9).

Vends équipements nucléaires sous emballages, jamais servi

Le nucléariste français, qui fournit aussi des équipements tels les « boîtes à gants » (enceintes étanches de manipulation des matières radioactives mortelles) dont 90% ont été livrés affirme que l’abandon du projet n’aura pas de conséquence financière sur Orano-Areva. D’autant que, à l’inverse du projet EPR de Finlande, « l’administration américaine a résilié le contrat pour convenance sans imputer de faute (à Areva) ». On se rassure comme on peu quitte à travestir un petit peu la réalité. C’est si rare que Areva ne soit pas pointé du doigt pour une erreur, une faute, un défaut de fabrication, un tripatouillage de dossier. Reste le dépassement de coûts évidemment. Et les personnels jetés au chômage.

Quelque 600 personnes (un tiers des effectifs) avec parmi eux 200 salariés d’Areva ont commencé à quitter la co-entreprise détenue à 30 % par le nucléariste français et par l’américain CB & I à 70 %. Les deux associés en mort violente tentent à présent de récupérer une partie des titanesques fonds déjà dépensés. Et comme les machines et le matériel sont encore dans leur emballage d’origine on se plait à rêver.

Une société américaine de vente aux enchères (AW Properties) est mandatée pour liquider le stock de générateurs de vapeur, les milliers de mètres de câbles en cuivre, les compresseurs, les variateurs de fréquence, les unités de climatisation. 450.000 pièces au total qui devaient équiper la flamboyante première usine de combustible MOX aux Etats-Unis. Que de la haute qualité. Et le vendeur de faire la retape : « Il s’agit d’une rare opportunité d’acquérir du matériel neuf de qualité nucléaire ». Un premier lot de 60.000 pièces est proposé lors de deux séances en juillet prochain. Terroristes et Etats totalitaires n’ont plus qu’à se présenter. L’ardoise sera présentée aux contribuables français.

Jean Revest

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photos : DR

(1) « Cet accord constitue une nouvelle étape du contrat de référence global signé, en 1999, entre le DOE, AREVA et le groupe Shaw » explique dans un communiqué le pseudo- géant français du nucléaire. Il porte principalement sur la construction de l’usine et de l’ensemble des bâtiments annexes, le démarrage des unités de production, et la poursuite du processus de certification et d’obtention des autorisations d’exploitation auprès de l’Autorité de sûreté américaine (Nuclear Regulatory Commission / NRC) ».

(3) https://www.capital.fr/entreprises-…

(4) la presse américaine présentera la TVA comme la “candy store” (la boutique à bonbons) de la famille du candidat démocrate

(5) la société arrache 900 millions d’euros, 600 millions versés par le fonds souverain du Koweït (KIA) et 300 millions par l’Etat. Depuis l’Etat a encore versé près de 9 milliards à Areva et à EDF qui a repris une partie de ses activités

(6) “Quand, au début de l’année, j’ai découvert l’ampleur de cette affaire, j’ai transmis au directeur du FBI l’ensemble des éléments sur lesquels j’avais pu mettre la main”, a dévoilé au magazine Capital Marc Eichinger, un enquêteur privé spécialisé dans la lutte contre la grande criminalité internationale et la corruption est très au fait du dossier : c’est lui qui a rédigé le rapport remis en avril 2010 à la direction de la sécurité d’Areva pour dénoncer la potentielle escroquerie liée au rachat d’Uramin trois ans plus tôt.

(7) Trois autres grands noms du Parti démocrate sont cités dans le dossier : John Kerry (futur secrétaire d’Etat de Barack Obama durant son second mandat). L’ex-candidat à la présidentielle de 2004 est sénateur et président du Comité des affaires étrangères. Fin janvier 2009, au cours d’une audience sénatoriale publique et en présence d’Al Gore, il dresse un long panégyrique d’Ausra, affirmant que cette société représente l’avenir. Coïncidence, John Kerry est aussi actionnaire du fonds qui a investi dans Ausra ! Le deuxième est l’homme d’affaires américain démocrate John Doerr qui codirige « Kleiner Perkins ». Il est l’un des principaux leveurs de fonds du parti démocrates, très proche des Clinton et de l’administration Obama. La Maison-Blanche le nomme d’ailleurs, en février 2009, au « Council on Jobs and Competitiveness », organisme qui conseille le président. « Les nombreux avantages financiers qu’obtiendra John Doerr pendant la présidence Obama généreront autant de scandales (c’est notamment l’affaire Solyndra en 2011), obligeant le ministre de l’Energie, Steven Chu, à abandonner ses fonctions » (capital septembre 2018). Le troisième est le sénateur Harry Reid, chef de la majorité démocrate au Sénat entre 2006 et 2014. Dans son Etat, le Nevada, il a proposé la mise à disposition de terrains pour construire des usines solaires telle qu’Ausra. C’est aussi un soutien d’Areva dont il a ardemment plaidé la cause, en 2010, auprès de Barack Obama. Afin que le gouvernement accorde au groupe français un prêt remboursable de 2 milliards de dollars pour financer un projet d’usine d’enrichissement d’uranium dans l’Idaho (Baptisé “Eagle Rock”, ce projet sera finalement abandonné en 2012). D’ailleurs l’administration Obama va être très généreuse avec Ausra qui, en février 2010 au moment de son acquisition par Areva, reçoit une subvention fédérale non remboursable de 13,9 millions de dollars pour un projet d’usine solaire en Californie dont le coût est évalué à 40 millions.

(8) Un cabinet proche du parti démocrate qui a ses entrées à Washington. Hillary Clinton fut l’une des partenaires et David Rivkin, l’un de ses principaux dirigeants du cabinet est l’un des principaux leveurs de fonds du président Obama.

(9) https://www.capital.fr/economie-pol…

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autre info sur le nucléaire ça boum :

https://savoie-antinucleaire.fr/2020/06/22/lex-agent-secret-qui-en-savait-beaucoup-trop-1-anne-lauvergeon-erreur-atomique/

et

https://apocalypsenobetterworldyes….

Pétition au Président de la République et au Parlement français

puce-8130d Tandis que le monde entier se mobilise contre la pandémie du coronavirus,
puce-8130d Que des millions de citoyens de tous pays réclament, à l’appel du secrétaire général de l’ONU, l’arrêt de toutes les guerres,
puce-8130d Que le changement climatique menace l’équilibre de la planète et la survie de l’humanité,
puce-8130d Que les besoins les plus élémentaires de millions d’êtres humains ne sont pas satisfaits,

La France, 3e marchand d’armes du monde après les Etats-Unis et la Russie, continue à fabriquer, vendre et livrer ses armes à des pays en guerre.

La France et huit autres Etats dotés d’armes atomiques consacrent des sommes faramineuses à préparer une guerre nucléaire qui peut, à tout instant, anéantir l’humanité.

La France a dépensé des centaines de milliards pour fabriquer des bombes et des missiles atomiques, et dépense 14,5 millions d’Euros par jour – 37 milliards d’ici 2025 – pour en fabriquer de nouveaux.

La France, « patrie des droits de l’Homme », estime nécessaire de pouvoir faire un milliard de morts avec ses 300 bombes H.

La France, défenseur du droit international, bafoue depuis 1992 l’article 6 du TNP (Traité de Non-Prolifération nucléaire) qui l’oblige à négocier avec les autres Etats concernés l’élimination de toutes les armes nucléaires.

La France, le 31 mars 2020 en pleine pandémie, simule dans le ciel de Bretagne une frappe atomique, avec un missile 20 fois plus puissant que la bombe qui anéantit Hiroshima le 6 août 1945. Dans cette opération « Poker », un avion « Phénix » qui, quelques jours plus tôt, transportait des malades du coronavirus, a pris part au massacre programmé de millions de personnes.

Nous ne voulons plus de cette France à deux visages, fraternelle d’un côté, criminelle de l’autre.

Nous voulons que sa politique étrangère et sa politique de défense respectent sa devise républicaine, ses valeurs, sa constitution.

D’après un sondage de l’IFOP, 85 % des Français veulent que leur pays participe à l’abolition des armes nucléaires et radioactives. Ils veulent aussi être consultés et entendus sur cette question vitale.

C’est pourquoi nous demandons

puce-8130d Au Président de la République :

o d’interrompre les exportations d’armes de la France o de suspendre jusqu’à nouvel ordre le fonctionnement des usines d’armement o de suspendre les manœuvres militaires liées à l’arme atomique o d’inviter tous les Etats concernés à négocier l’élimination complète et contrôlée des armes nucléaires et radioactives.

puce-8130d Aux députés et sénateurs :

o de cosigner la Proposition de Loi signée par 43 parlementaires, visant à organiser un référendum sur la participation de la France à l’abolition des armes nucléaires et radioactives.

o de lancer un grand débat national sur l’abolition des armes d’extermination (nucléaires, biologiques, chimiques et émergentes) et sur le désarmement dit « conventionnel », comme moyens de bâtir après la crise du coronavirus un nouveau monde, un monde de paix, libre, juste, fraternel.

Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) 31, Rue du Cormier – 17100 – SAINTES Tél : 33 (0)6 73 50 76 61 contact Fah acdn.net www.acdn.net

***** PRECISIONS

Oui, c’est vrai : la France a bien simulé une frappe nucléaire de 300 Kt sur la Bretagne dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2020 (récit du journaliste Jean-Marc Tanguy, spécialiste des questions militaires, sur son blog) : En pleine épidémie, la France montre que sa force de frappe est intacte (article du Télégramme de Brest du 1er avril 2020). Ce n’est pas un poisson d’avril.

Word – 17.6 ko

Oui, c’est vrai, la France estime indispensable pour sa sécurité de conserver et entretenir quelque 300 bombes H d’une puissance nominale de 100 à 300 Kt, capables de faire chacune, à l’aune d’Hiroshima, entre 1,7 et cinq millions de morts. C’est ce qu’elle appelle sa « stricte suffisance ».

Oui, c’est vrai, la France vend des armes à des pays en guerre, contribuant au massacre de civils et d’enfants yéménites, bafouant le traité sur le commerce des armes qu’elle a signé en 2014. Ventes d’armes : le député Sébastien Nadot dénonce un mensonge d’État (6’ 45’’)

Oui, c’est vrai, il existe une Proposition de Loi visant à organiser un référendum pour abolir les armes nucléaires et radioactives (Le Monde, 14 février 2020). Pour être déposée, elle doit recueillir les signatures de 185 parlementaires et en a reçu 43 pour le moment. N’hésitez pas à solliciter vos députés et sénateurs.

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Loïc dans l’univers du procès

Posté par elianguesard le 18 juin 2020

Qui est LoïC https://laneigesurhambourg.noblogs….

Loic a été arrêté le 17 août 2018 alors qu’il tentait de rendre visite à ses parents. Sous le coup d’un mandat d’arrêt européen émis en mai par l’Allemagne dans le cadre des poursuites contre les opposants au G20, il avait choisi de ne pas se soumettre. D’abord enfermé à la prison de Nancy-Maxéville, il a été transféré le 6 octobre 2018 dans une maison d’arrêt à Hambourg en Allemagne, pays dont il ne parlait pas la langue (il l’apprend depuis) et situé à 750 km de ses proches.

Bien que présumé innocent, il restera encore de longs mois en détention provisoire jusqu’à la fin de son procès qui s’est ouvert le 18 décembre 2018 et devait durer six mois mais a déjà été rallongé de quatre mois supplémentaires. Lui et 4 autres jeunes hommes âgés de 17 à 22 ans au moment des journées émeutières de juillet 2017, risquent plusieurs années de prison ferme pour leur participation supposée à une manifestation durant laquelle des voitures et des vitrines ont été « dégradées ».

Au printemps 2019, Loïc est le dernier prisonnier international détenu pour des suites du G20 de Hambourg.

Vous trouverez dans cet article un résumé des enjeux du procès.https://laneigesurhambourg.noblogs….

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https://laneigesurhambourg.noblogs….

Ce mercredi 17 juin 2020, pour la première fois depuis l’ouverture du procès de l’Elbchaussee à Hambourg, notre ami Loïc a pu s’exprimer au tribunal. Sa déclaration a duré environ une heure. L’événement était d’autant plus attendu qu’il marquait également la réouverture de ce procès au public après 18 mois de huis clos. L’heure n’était pourtant pas, hier, aux grands rassemblements. Crise sanitaire oblige, seules 15 personnes ont en effet été autorisées à s’asseoir sur les bancs de la salle d’audience. Les autres sont restées à l’extérieur et c’est avec des masques de protection que la déclaration a été lue et entendue. En voici la retranscription complète.

Mesdames et messieurs les jurés,

Enfin, nous arrivons vers la fin de ce procès qui a débuté en décembre 2018. Je ne savais pas qu’un procès pouvait durer aussi longtemps.

J’ai été arrêté quelques jours après l’anniversaire de mes 22 ans, en août 2018, les policiers ont défoncé la porte de la maison de mes parents en criant, ma petite sœur a dû se mettre à genoux les mains sur la tête. En entendant la porte se faire fracasser, j’ai eu dans mon esprit des images de violence policière lors d’interpellations, de comment les policiers se lâchent et frappent les personnes. J’ai pris peur et je suis passé par le toit en finissant dans le jardin des voisins et j’ai rejoint l’autre côté du lotissement. Mais la police avait bouclé l’ensemble du quartier, et une personne qui marche en chaussettes sur la route est très vite suspectée. Un policier en civil se met à courir après moi en me criant : « Viens ici petit merdeux ». Ayant ressenti dans sa voix une certaine animosité, je juge préférable de ne pas répondre à son invitation qui, si c’était moi qui lui avais dit « merdeux », relèverait de l’outrage.

Je me retrouve alors dans le jardin puis le garage d’un voisin, pris au piège. Étant contre le mur, contraint d’attendre que le policier arrive, ce dernier me saute dessus et me tord le poignet droit alors que je me laisse faire. Je lui fais la remarque de sa violence inutile et il me réplique : « Estime toi heureux que je ne t’ai pas tiré dessus ». Vu sous cet angle, je m’estime effectivement heureux d’être encore en vie. Il est vrai que de nombreuses interpellations policières ont comme fâcheuse tendance de se transformer en peine de mort. Mais ce triste sort est d’avantage réservé aux personnes racisées habitants dans les quartiers populaires. En France, il ne passe pas un mois sans décès lors d’interpellation. La porte du garage finit par s’ouvrir, des policiers, gendarmes, bacqueux et civils cagoulés apparaissent, arme automatique à la main. Peut-être trente membres des « forces de l’ordre ».

Le voisin, à qui appartient le garage, sort de sa maison et découvrant la scène me dit spontanément : « Ça va Loïc ? Tu veux un verre d’eau ? ». Cette remarque a fait un blanc dans le sérieux et la lourdeur de l’interpellation, j’ai fait de mon mieux pour étouffer un rire et j’ai refusé le verre d’eau car mes mains étaient attachées. De retour à la maison de mes parents afin de mettre mes chaussures, je n’arrive pas à faire mes lacets et demande aux gendarmes d’enlever mes menottes : « Nan, c’est possible d’y arriver avec », répond l’un. J’ai toujours aimé les défis alors j’essaye, mais vu que mes mains sont attachées dans le dos – et même avec beaucoup de volonté – c’est tout bonnement impossible. Les gendarmes rigolent et se moquent de moi. Ma petite sœur se tient juste à côté avec une sérénité mélangée d’émotions comme je n’en avais jamais vu sur son visage, son regard est puissant. Elle lance spontanément avec force aux gendarmes : « Mais enlevez-lui les menottes pour qu’il mette ses chaussures ! » Sa voix contient une puissance divine, la moquerie s’est transformée en gène. J’ai vu les regards des gendarmes se perdre vers le sol et l’un s’est empressé d’enlever les menottes. Ma petite sœur aurait dit : « Mais enlevez-lui les menottes et laissez-le libre ! », les gendarmes seraient peut-être partis et j’aurais pu faire un câlin à ma petite sœur. Parce que viendront ensuite 1 an et 4 mois d’emprisonnement, 1 an et 4 mois où même au parloir, les gardiens empêchent les câlins.

Lorsque j’arrive à la prison en France, un gardien de 2 mètres de haut me dit : « Si tu brûles ma voiture, je te découpe en deux ». Entre le policier qui est prêt à me tirer dessus et ce gardien qui veut me découper, je crois que je préfère encore me faire tirer dessus que de finir en deux morceaux. Mais ce qui est inquiétant, outre la menace de mort, c’est que ce gardien pense que j’ai brûlé une voiture. Je réalise à ce moment-là combien le procès à venir est une supercherie monstrueuse. En accusant quelqu’un de toutes les violences qui peuvent se passer dans une manifestation, vous générez un flou dans l’esprit simpliste des gardiens et policiers. Par l’accusation disproportionnée, vous suscitez un traitement disproportionné.

Ce gardien enchaîne avec une vitesse douteuse : « Ça ne sert à rien ce que tu as fait, regarde maintenant où tu es, ils sont où tes amis ? Maintenant tu es ici… » Je lui fais remarquer que lui aussi est ici mais il enchaîne : « … Tu es seul, tu as échoué dans ta vie. Tu n’as rien changé et tu ne sers à rien, etc. » Je n’ai même pas l’opportunité d’en placer une, ou d’avoir un échange, il me coupe la parole. Il ne transpire pourtant pas ce qu’il dit, j’ai l’impression qu’il a la mission de me démoraliser. Je me fais ensuite fouiller à nu lors de l’entrée à la prison, puis également lors de ma sortie de prison vers le tribunal pour juger sur la légalité du mandat d’arrêt. Je suis transféré par les Eris. Les Eris sont des mastodontes, cagoulés et armés de mitrailleuses, ils sont huit dans deux 4×4 blindés aux vitres teintées. Arrivé à la cour d’appel de Nancy, dans une pièce d’attente avant l’audience, un Eris, après m’avoir enchaîné mains et pieds, tente de gagner sur le terrain des idées : « Tu sais que tu coûtes cher ? », dit-il. Je lui réponds : « Vous savez qu’il y a 40 millions d’euros qui sont déversés chaque année en Meuse pour faire accepter le projet d’enfouissement des déchets nucléaire à Bure ? » Lui : « Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? ». Moi : « Oh rien, je voulais simplement préciser ce qui coûte cher. » Fin du dialogue.

Pendant l’audience, je m’avance devant la juge avec deux agents Eris cagoulés, l’un à ma droite, et l’autre à ma gauche. La situation est totalement surréaliste, je suis menotté. Ma famille et des amies sont là pour me soutenir. Mon grand frère pasteur me lance alors un petit bout de papier avec quelques mots d’encouragement, je le rattrape malgré les menottes mais je me fais plaquer au sol par un agent Eris. Les juges se retirent immédiatement et mon frère est évacué de la salle. Alors que je suis toujours au sol, je tente de garder de toutes mes forces le papier dans le creux de ma main. L’agent exerce alors une pression sur mon cou et je hurle de douleur en lâchant prise. L’audience reprend. L’acte d’accusation est traduit d’une manière qui laisse sous-entendre que c’est moi personnellement qui ait brûlé dix-neuf voitures et blessé une personne dans un bâtiment.

Dans cette prison française, je me suis retrouvé bloqué au « quartier arrivant » pendant un mois en attente d’être transféré en Allemagne. Ce qui m’a traumatisé, c’est le passage d’un gardien toutes les deux heures, même en pleine nuit, qui vérifie si je suis toujours en vie en faisant glisser le cache de la porte avec beaucoup de bruit avant d’allumer la lumière. Je n’ai jamais pu dormir plus de deux heures d’affilées. J’ai eu l’occasion de rencontrer un ramasseur de ferraille d’origine roumaine. Son crime était de ne pas avoir déclaré combien d’argent il avait gagné en ramassant ce qu’il trouvait sur les trottoirs. Il avait pris quatre mois ferme pour un manque de 400 euros d’impôts à l’État. Il y a des évasions fiscales, des paradis fiscaux, des blanchiments d’argents, des « panama papers », des « luxleaks », des milliards et des milliards d’euros qui disparaissent entre les mains des riches. Mais je n’ai pas vu de riches ou de banquiers en prison, tout le monde n’a pas les moyens de s’échapper dans une malle de contrebasse. Les 500 personnes les plus riches de France ont multiplié par 3 leur fortune depuis la crise financière de 2008, pour atteindre 650 milliards d’euros.

L’égalité, c’est avoir la possibilité de jouir de la même capacité matérielle, or, une femme de ménage ne peut pas habiter une villa de l’Elbschaussee. Et la gentrification à Hambourg, qui continue actuellement, ne devrait pas arranger les choses. Les inégalités se creusent. Le jeune italien Fabio, un ancien prisonnier du G20 de Hambourg, avait déclaré au tribunal (en 2017) que les 85 personnes les plus riches du monde possédaient la même richesse que 50% de la population la plus pauvre. La situation s’est aggravée depuis. Un appel des gilets jaunes précisait en janvier 2019 qu’il s’agit désormais de 26 milliardaires qui possèdent autant que la moitié de l’humanité. L’éducation qu’offre l’institution judiciaire sur ce point est qu’il est immoral de ne pas payer ses impôts lorsque l’on est pauvre mais que c’est chose acceptable lorsque la classe aisée se le permet. C’est ce que l’on appelle une justice de classe. Et je n’ai rien appris dans vos institutions qui embellisse l’âme humaine, tout la déprave.

Voici une citation de Michel Foucault :

L’illégalisme des biens a été séparé de celui des droits. Partage qui recouvre une opposition de classes, puisque, d’un côté, l’illégalisme qui sera le plus accessible aux classes populaires sera celui des biens — transfert violent des propriétés ; que d’un autre la bourgeoisie se réservera, elle, l’illégalisme des droits : la possibilité de tourner ses propres règlements et ses propres lois ; de faire assurer tout un immense secteur de la circulation économique par un jeu qui se déploie dans les marges de la législation — marges prévues par ses silences, ou libérées par une tolérance de fait. Et cette grande redistribution des illégalismes se traduira même par une spécialisation des circuits judiciaires : pour les illégalismes de biens — pour le vol —, les tribunaux ordinaires et châtiments ; pour les illégalismes de droits — fraudes, évasions fiscales, opérations commerciales irrégulières —, des juridictions spéciales avec transactions, accommodements, amendes atténuées, etc. La bourgeoisie s’est réservée le domaine fécond de l’illégalisme des droits.

Michel Foucault – Surveiller et Punir, S. 172, édition française

Lorsque j’ai été transféré à Hambourg dans une voiture de police allemande, le conducteur a mis quelques musiques puis a monté le son lorsque c’était L’Internationale, les agents de la « Soko SchwarzBlock » voulait certainement voir ma réaction. Je n’ai pu m’empêcher de leur dire que je préfère La Makhnovtchina. J’ai trouvé intéressant de pouvoir parler de permaculture avec une policière même si, entre deux légumes, elle tentait de me poser des questions pour savoir si j’étais allé au G20 et ce que j’avais pu y faire. Je crois que j’ai finalement réussi à éveiller en elle un intérêt plus grand pour les légumes. Arrivé à Hambourg, j’ai été transféré par un autre camion et d’autres policiers vers le centre de détention UHA. Nous avons fait plusieurs escales dans la soirée où venait s’ajouter dans ma petite cellule d’autres interpellés pour diverses raisons. Il n’y a pas de ceinture de sécurité donc on se cogne parfois au mur. Nous nous sommes retrouvés un peu serrés à quatre et deux hommes étaient complètement saouls. L’un d’eux a tapé sur le mur pour demander à pouvoir aller aux toilettes à plusieurs reprises, même lorsqu’il y a eu un arrêt pour rajouter un interpellé dans la deuxième cellule, en vain. Il n’a finalement pas pu se retenir et a fait pipi par terre. Je suis donc resté en équilibre sur le banc avec mes deux pieds levés, un autre a tenté la même tactique. Celui qui a pissé et le dernier qui était aussi bourré ne semblaient pas prendre conscience de la situation et laissaient leurs chaussures sur le sol. La flaque de pisse, en suivant les mouvements du camion, a fini par se balader sur l’ensemble de la surface en s’échappant parfois sous la porte où se trouvait juste derrière mes cartons d’affaires qui venait de la prison de France. Une partie d’un carton a absorbé un peu d’urine, mais c’est un gardien qui les a transportés sans le remarquer. D’une certaine manière, on peut dire que justice est faite. Car il n’est pas bon d’empêcher quelqu’un d’uriner.

Après quelques jours d’observation dans une cellule où la lumière restait toujours allumée, j’ai retrouvé ce rituel du gardien qui regarde à l’intérieur toutes les deux heures. L’avantage est qu’il n’y avait pas ici de cache à faire glisser car la porte contenait un petit hublot. Dans une cellule vide où rien ne se passe, je voyais toutes les deux heures le visage d’un gardien pendant quelques secondes. Si je me mettais un instant à la place de ce gardien qui doit regarder chaque détenu, je crois que je fondrais en larme de voir autant de détresse. Je pense que la plupart des gardiens apprennent à ne plus avoir d’émotions. Ce sont presque des automates ou des robots. Et je crois aussi que la plupart ne rêve pas de faire ce métier, mais que le choix de devenir gardien se fait souvent car il n’y avait aucune autre alternative visible. Je dis alternative visible parce qu’il y a pleins de débouchés dans des collectifs paysans ou de maraîchages. Semer des graines ou semer le désespoir dans les cœurs de celles et ceux qu’on enferme. Tant que cette planète n’est pas complètement bousillée, je pense que nous avons le choix. Je suis resté les quatre premiers mois dans le petit bâtiment A qui est parallèle au palais de justice où nous nous trouvons à présent. Je parle également de ce bâtiment dans mon témoignage de sortie de prison à travers le texte : Briser le mur de la prison qui sépare de la zone du dehors dont je vais reprendre quelques passages :

Ce bâtiment, c’est celui des arrivants. Là, on doit rester 23h sur 24 en cellule, 7 jours sur 7. C’est un endroit sombre où des détenus craquent, crient et tapent sur les murs. J’y suis resté quatre mois. Pendant le premier, je n’avais que les habits que je portais sur moi en arrivant. Impossible de récupérer mes affaires pourtant arrivées en même temps.

Dans ce bâtiment, c’est deux douches collectives par semaine, à 6h45 du matin. J’y lavais alors mon caleçon puis je me rhabillais sans car il fallait d’abord le faire sécher sur le radiateur de ma cellule. Dans ce bâtiment, c’est des gardiens qui vous gueulent dessus et vous poussent si vous dépassez la ligne invisible entre votre cellule et le couloir lors de la distribution du repas. L’unique instant de respiration dans une cellule de moins de deux mètres de large sur quatre mètres de long : c’est une heure de promenade par jour.

Dans ce bâtiment, il y avait essentiellement des étrangers dont le crime est d’être contrôlé sans papiers, des petits dealers ou des accusés de vols. J’ai vu des regards haineux de gardiens se porter longuement sur des détenus racisés. La plupart des étrangers que j’ai croisés en promenade dans ce bâtiment A définissent les gardiens comme des nazis. Cela m’a fait bizarre d’entendre ça aujourd’hui, sachant que, dans cette même prison, il y a moins d’un siècle, des nazis ont tué plusieurs centaines de personnes. Après un mois d’attente, j’ai enfin pu avoir mes affaires de rechange. Avec désormais une bonne dizaine de caleçons, en sachant que les autres détenus n’en ont qu’un seul, j’ai commencé à faire des distributions durant l’heure de promenade. Ma famille m’a envoyé une cinquantaine de caleçons. Cela m’a donné beaucoup d’énergie de pouvoir aider d’autres personnes en prison en les distribuant, il y avait cette phrase écrite au stylo sur un mur d’une cellule « When you help someone, you help yourself ». C’est dans ce bâtiment A que j’ai été mis en isolement pour la première fois car un gardien m’a surpris en train de donner du pain aux pigeons sur le rebord de ma fenêtre. Je n’ai rien compris à ce qu’il m’a dit en entrant dans ma cellule et c’est seulement en sortant de la pièce d’isolement après 1 heure que j’ai pu avoir un petit morceau de papier en guise d’explication sur lequel il est écrit en français : « Ne pas nourrir les oiseaux. »

Après quatre mois dans ce bâtiment A, j’ai pu aller dans un autre bâtiment où il y avait plus d’heures de cellules ouvertes en journée. Un détenu a acheté le jeu de société Risk, mais comme il n’était possible que de jouer à 6 joueurs maximum et que nous étions 12 à l’étage, j’ai commencé à construire des cartes d’extension sur des boîtes de Kellog’s que les autres détenus pouvaient acheter chez le commerçant et à faire des figurines avec de la farine, du sel et de l’eau. Pour pouvoir les colorier, j’avais acheté un kit de crayon de couleur que je réduisais en poudre en prenant soin de retirer les morceaux de bois avant de rajouter de l’eau afin d’obtenir une peinture liquide. Il est possible d’imaginer beaucoup de jeux de société avec de la farine, de l’eau et un peu de sel. Un autre détenu a même commencé à calquer les territoires que j’avais imaginé afin de faire le plateau de jeu en 3D. Je pense que j’ai dû faire au moins 50 parties de Risk en prison. Une partie pouvait s’étaler sur plusieurs semaines comme nous étions jusqu’à dix joueurs. Pour vous donner une idée il y a 42 territoires sur le jeu de base, le plus grand des plateaux de jeu que j’ai créé faisait 189 territoires. J’étais souvent la première personne qui se faisait éliminer de la partie car j’essayais constamment de combattre le plus fort et de motiver les autres à équilibrer la partie en l’attaquant. J’ai remarqué qu’en prison il y a souvent un prisonnier qui se prend un peu pour le chef et comme tout le monde le craint, personne n’ose le combattre dans le jeu afin de ne pas créer de tension, c’est donc toujours lui qui gagne. J’ai aussi écrit une cinquantaine de page de règle alternatives du Risk afin de le rendre plus collaboratif et moins compétitif. Malheureusement, en sortant de prison, j’ai seulement pu récupérer les plateaux de jeu, les cartes et figurines sont restées dans ma cellule et n’ont pas été prises avec mes affaires.

Ce que je n’oublierai jamais, c’est chaque matin à 6h45 le gardien qui ouvre ma porte et me dit : « Morgen ». Au début, je répondais et je trouvais ça intéressant que l’on prenne la peine de me dire bonjour le matin, c’est vous accorder un peu de considération, d’humanité. Mais voilà, un matin, de mauvaise humeur, je n’avais pas envie de répondre, le gardien s’est alors mis à insister « MORGEN ! MORGEN ! », j’ai mis ma tête sous mon oreiller et il est parti. Pourtant je n’avais rien dit, je n’avais pas répondu à la salutation. Le lendemain, quand un autre gardien m’a dit « Morgen », j’ai fait un test en levant simplement mon pied, il est également parti. J’ai alors saisi avec effroi que chaque matin, « morgen » n’incarnait pas une salutation matinale, mais une question : « Êtes-vous toujours en vie ? ». Et que n’importe quel geste ou réponse signifie pour le gardien : « Tout va bien, je ne me suis pas encore suicidé ». Ce mot continue encore aujourd’hui à me glacer le sang.

Il y a d’autres textes que j’ai écrit expliquant plus en détails mes péripéties carcérales. Par exemple, comment je me suis retrouvé en isolement à deux autres reprises sur des accusations mensongères d’avoir crié par ma fenêtre lors de deux manifestations de soutien. Quand c’est arrivé pour la deuxième fois, les autres détenus ont chacun signé une pétition écrite à la main affirmant que je n’avais pas crié par ma fenêtre. Lorsque j’ai appris cela, j’en ai eu des frissons. J’ai pu connaître des moments très forts en prison. Souvent, nous nous laissons aller à l’ironie dans notre existence et nos échanges avec les autres. En prison, il y a des échanges et des personnes que j’ai pu rencontrées avec une intensité que je n’oublierai jamais. Un autre texte « Escalade de l’arbitraire, procédure disciplinaire et libération d’un oiseau » explique aussi comment j’ai découvert un bébé oiseau mort dans une cellule d’attente lors des pauses du procès. Je l’avais ramené au tribunal car je savais que personne ne me croirait si je le racontais sans preuve. C’est un de ces petits cachots qui se trouve à côté de chaque salle d’audience. Il régnait dans celui-ci une odeur de cadavre fermenté. J’y raconte également comment une gardienne m’a laissé attraper un pigeon tout maigre dans un couloir d’accès au tribunal réservé aux prisonniers. J’ai pu le laisser s’envoler par la fenêtre de la salle d’audience.

Je continue encore aujourd’hui à rêver deux ou trois fois par semaine que je me fais arrêter par la police dans différentes situations ou lieux. Une fois par mois je rêve qu’un policier me tire dessus pendant l’interpellation. J’ai du mal à prendre des initiatives parce qu’en prison on ne vous laisse rien faire de votre propre volonté, vous devez constamment vous soumettre à une volonté extérieure. Je remarque que je me laisse désormais plus facilement emporter par les autres et que c’est difficile de m’affirmer ou simplement être moi-même. Je ne sais même plus qui je suis. Je n’ai plus d’identité et tous les gens que je rencontre me connaisse à travers le procès : « Ah, c’est lui qui est en procès ». Ce procès devient ma nouvelle identité. Et même lorsque l’on me pose une question sur ce que je fais à Hambourg, j’en viens forcément à devoir parler du procès parce qu’autrement je ne serais pas ici mais près de mes proches en France. Je ne vois pas de sens dans cette ville et elle me semble bien triste. J’ai toujours détesté les villes. Je crois qu’il faut les démanteler en offrant gratuitement et sans taxe des lopins de terre à qui le souhaite. Les villes ne sont pas des lieux sains, il n’y a aucune autonomie en nourritures ou énergies. Elles vont s’effondrer un jour ou l’autre. Ma famille et mes ami.e.s me manquent. Parce qu’un des principes de l’incarcération est de vous séparer de vos proches et de votre lieu de vie, j’ai l’impression que malgré ma sortie de prison en décembre, je suis encore enfermé. Je suis allé seulement une fois voir ma famille en France, trouvant un moment entre les journées d’audiences et de travail. Et depuis le coronavirus, c’est impossible de traverser la frontière. Une amie qui s’appelle Monique Tatala était très gravement malade en février, et lorsque j’ai enfin pu débloquer un week-end pour aller la voir à l’hôpital, j’ai appris qu’elle était décédée quelques jours avant mon départ.

Je suis né à Nancy, ville du nord-est de la France, située à 80 km du village de Bure où se trouve un projet d’enfouissement à 500 mètres sous terre des déchets nucléaires les plus radioactifs. Avant de commencer des études de droit pour exercer le métier d’avocat en droit à l’environnement, j’ai réalisé de grands voyages solitaires à vélo où j’ai commencé à lire l’ensemble des livres de prédilections de Christopher McCandless, ce jeune dont la vie a inspiré le film Into The Wild. J’ai pu découvrir Tolstoï, Jack London et Henri David Thoreau, mon auteur préféré. Ce dernier a vécu deux ans seul dans les bois en refusant de payer son impôt à l’État américain pratiquant l’esclavage des noirs. Il a mené une vie autonome construisant une petite cabane en forêt bien que certains témoignages racontent que sa mère continuait à lui faire son linge et que des tartes posées sur le rebord des fenêtres du village de Concord disparaissaient. Il s’est également opposé à la guerre menée contre le Mexique qui a finalement été une guerre colonisatrice des USA où le Mexique a perdu énormément de territoires. Sans cette guerre, le Texas par exemple, ne ferait pas partie des États-Unis. Le mur qui sépare le Mexique et les USA est un mur à abattre.

Voici une citation de son journal (Henri David Thoreau), écrite après son séjour d’une nuit en prison en juillet 1846, 174 ans avant le G20 de Hambourg :

Dans ma brève expérience de la vie humaine, j’ai découvert que les obstacles qui se dressaient sur mon chemin n’étaient pas des hommes vivants, mais des institutions mortes. Les hommes sont aussi innocents que le matin pour celui qui se lève tôt, pour le pèlerin confiant ou pour les voyageurs matinaux qu’il a croisé sur son chemin vers la poésie. Alors que les institutions comme l’Église, l’État, l’école, la propriété, sont des spectres sinistres et fantomatiques en raison du respect aveugle qu’on leur témoigne. Quand je me suis abandonné au rêve poétique d’un paradis terrestre, je n’ai pas envisagé d’être dérangé par un Indien Chippewa, mais j’ai pensé qu’il serait vraisemblablement englouti par une monstrueuse institution. Le seul bandit de grand chemin que j’aie jamais rencontré était l’État en personne. Quand j’ai refusé de payer la taxe qu’il réclamait pour cette protection dont je ne voulais pas, il m’a lui-même volé. Quand j’ai affirmé la liberté qu’il proclame, il m’a emprisonné. J’aime l’humanité, je hais les institutions de ses aïeux. Ni des voleurs, ni des bandits de grand chemin mais des gendarmes et des juges ; non pas des pêcheurs mais des prêtres ; non pas des ignorants mais des pédants et des pédagogues ; non pas des ennemis étrangers mais des armées en ordre de marche ; non pas des pirates mais des navires de guerre. Non pas une malveillance gratuite mais une bienveillance organisée. Par exemple, le geôlier ou gendarme simplement considéré en tant qu’homme et voisin – avec pour ce dernier 70 années à vivre – peut s’avérer être un homme droit et digne, doté d’un cerveau capable de réfléchir ; mais en tant qu’officier et instrument de l’État, il n’a pas plus d’entendement ou de cœur que la clef de sa prison ou que son gourdin.

Le plus attristant, c’est que les hommes adoptent volontairement le caractère et la fonction d’une nature brutale. Il existe assurément bien assez de moyens qui permettent à un homme de se procurer du pain sans que cela le rende nuisible en tant que voisin et compagnon. Il y a bien assez de pierres sur le chemin du voyageur sans qu’un homme ne vienne y ajouter son propre corps. Pour prendre un seul exemple : il n’y a sans aucun doute jamais eu de pire crime commis depuis le commencement des temps que l’actuelle guerre mexicaine [au terme de laquelle le Mexique s’est vu contraint de céder aux États-Unis le Texas, la Californie, l’Utah, le Nevada, le Colorado, Wyoming, le Nouveau Mexique et l’Arizona]. Tel est le commandement implacable : bouge et tu seras délogé ; sois le maître de tes actes ou tu deviendras l’instrument de l’esclave le plus insignifiant sans même t’en rendre compte. N’importe qui peut gouverner celui qui ne se gouverne pas lui-même. Tous les hommes sont plus ou moins ensevelis dans la tombe des coutumes, et pour certains, seuls les quelques cheveux au sommet de leur crâne émergent du sol. Ceux qui sont physiquement morts valent mieux, car au moins, il y a de la vie dans leur décomposition. Ceux qui ont un domaine à défendre qu’ils ont usurpé par acte de propriété, des esclaves à garder à leur service, ceux qui aimeraient retenir leur dernière inspiration pour la conserver perpétuellement, ceux-là exigent l’aide des institutions, de ce testament stéréotypé et pétrifié du passé. Mais ceux qui sont, en eux-mêmes, quelque chose à défendre, qui ne sont pas asservis, qui sont en accord avec leur temps, ne veulent pas de ce genre de sujétion.

La première chose qui m’a attristé en lisant son journal est de savoir qu’il n’existe quasiment plus d’espace sauvage aujourd’hui. J’en suis arrivé à la conclusion qu’il deviendrait même criminel de mener une vie de contemplation comme il l’a fait, car actuellement notre civilisation industrielle détruit chaque jour 200 espèces animales et végétales. Ce serait être contemplateur du désastre. Le 7 juillet 2020, cela fera 219 000 espèces végétales et animales exterminées par notre civilisation industrielle et capitaliste depuis le G20 de Hambourg. Les manifestations n’ont fait à ma connaissance disparaître aucune espèce, pas même une seule entreprise de marque de luxe. Je n’ai pas envie de lister ici l’ampleur de la catastrophe, de l’effondrement en cours, je pense que chacun en a entendu parler et peut se renseigner en faisant quelques recherches. Dans les débats qui ont pu agiter ce tribunal, j’ai entendu dire qu’il pouvait être compréhensible de lutter avec violence sous le nazisme mais que cela n’est pas convenable dans une démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui. Le problème, c’est que nous ne sommes pas en démocratie, mais dans un régime représentatif.

Emmanuel-Joseph Sieyès, juste après la révolution française, dans son discours du 7 septembre 1789, a déclaré :

La France ne doit pas être une démocratie, mais un régime représentatif. Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi, n’est pas douteux parmi nous. D’abord, la très grande pluralité de nos concitoyens n’a ni assez d’instruction, ni assez de loisir, pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; ils doivent donc se borner à se nommer des représentants. […] Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants.

Cette personne qui a participé activement à l’élaboration du système politique après la révolution française a l’honnêteté intellectuelle de reconnaître qu’un régime représentatif n’est pas une démocratie. Aujourd’hui, la classe dirigeante, afin de ne pas perdre ses intérêts et risquer de disparaître sous un nouveau mécontentement populaire, nous berce dès l’école et rabâche à la télévision que nous sommes dans une « démocratie avancée ». Cette formulation prétentieuse veut nous faire croire que nous serions allés au-delà même de la démocratie alors qu’en réalité nous n’avons jamais atteint cette étape mais sommes encore aujourd’hui sous un régime représentatif.

J’ai décidé d’agir plutôt que d’abandonner mon pouvoir à un représentant.

« Vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus »,

écrivait Élisée Reclus dans son texte Ne votez pas, agissez. Les parlements sont infestés par les lobbys, les intérêts des grosses entreprises et de la finance.

J’ai donc commencé par rejoindre la mouvance Anonymous on me bornant à écrire des textes et faire des vidéos à travers une opération contre les grands projets inutiles et imposés. Il s’agissait de cibler les sites internet des grosses industries ou de l’État français impliqués dans la réalisation de différents projets comme le barrage de Sivens, la poubelle nucléaire à Bure ou l’aéroport de Notre Dame des Landes, par exemple. Dans le même temps, je me suis rendu à la manifestation d’octobre 2014 à Sivens où Rémi Fraisse fut tué par une grenade policière à une centaine de mètres de moi. C’était une de mes premières manifestations et j’ai été traumatisé par la violence policière, les 400 grenades explosives lancées aveuglément dans la nuit, le mensonge d’État qui masqua les circonstances de sa mort, la propagande médiatique de criminalisation, et l’indifférence de la justice qui a prononcé un non-lieu malgré les demandes de la famille de Rémi d’obtenir une condamnation symbolique. Le lendemain matin j’ai directement appelé ma petite sœur au téléphone, et j’ai pleuré, réalisant que j’aurais pu y passer également avec toutes ces grenades qui explosaient autour de moi. J’ai aussi depuis des problèmes d’auditions qui se sont aggravés et des acouphènes aigus continuel dans mon oreille. Mais le plus grave pour moi c’est qu’aujourd’hui je peux dire devant vous qu’un jeune homme de mon âge est mort presque à côté de moi dans une manifestation, que je peux le dire avec sang-froid. Quelque chose s’est éteint en moi pendant l’incarcération, j’ai perdu une partie de mes émotions en prison.

Afin que vous saisissiez un peu mieux, je tiens à dire quelques éléments concernant cette journée de mobilisation qui s’est tenue en pleine nature dans la vallée du Tescou (sud-ouest de la France). La préfecture avait promis de ne pas déployer de gendarmes afin de ne pas générer de tensions en retirant même, au cas où, les engins de chantiers. Le barrage de Sivens fut porté par la CACG, un organisme public-privé, ce qui lui permettait de réaliser une déclaration d’utilité publique et ainsi de mettre la main sur l’argent du contribuable : près de 4 millions d’euros de fonds publics pour construire ce barrage afin de soutenir une agriculture intensive. Mais le comble, c’est que le barrage de Fourrogue, construit juste avant ce projet de barrage de Sivens, a été déclaré illégal et inadapté par le tribunal administratif après sa construction. C’est-à-dire qu’il ne pouvait même pas remplir la mission pour laquelle il a été construit, à savoir l’irrigation des cultures. Cela démontre que l’intérêt derrière ces projets est essentiellement le détournement d’argent public. Les porteurs de ce projet veulent construire une cinquantaine de barrage dans la région et ils réfléchissent actuellement à refaire un projet de barrage non loin de l’endroit où Rémi, jeune homme de 21 ans, a été tué par la police. Une rivière doit pouvoir s’écouler librement jusqu’à l’océan. Est-il plus sain de s’adapter à la nature ou d’adapter la nature au capitalisme ?

J’aimerai que l’on m’explique où est le progrès lorsque des grands groupes comme Bayer/Monsanto brevettent le vivant et réalisent des mutations sur les plantes de telle sorte qu’il soit impossible de réutiliser les graines chaque année sans devoir les racheter. Il est démontré aujourd’hui que dans les anciennes variétés de graines un code génétique se transmet de génération en génération à travers les semences, la plante s’adapte à son milieu, elle a une intelligence, elle s’améliore et se renforce d’année en année. Bayer et Monsanto sont responsables de la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes par maladie ou suicide, notamment en interdisant l’utilisation de certaines semences et en imposant des graines génétiquement modifiées. En Inde par exemple, des paysans s’endettent à devoir les racheter chaque année, mais vous ne verrez jamais les dirigeants de ces entreprises faire 1 an et 4 mois de prison ferme pour ces raisons.

Pour revenir à la mouvance Anonymous, j’ai découvert sur internet l’existence du projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, à quelques pas de chez moi. Je n’en avais pas entendu parler à l’école, aux JT ou dans les journaux. J’ai donc fait des recherches et découvert que depuis plus de 20 ans, des personnes luttent et se mobilisent contre ce projet. Il y a même eu une pétition signée à la main par plus de 50 000 personnes demandant l’organisation d’un référendum local pour savoir si la population était d’accord avec ce projet. Cette pétition a été ignorée. Il serait en effet dommage pour les autorités locales de perdre les 80 millions d’euros distribués chaque année afin « d’accompagner économiquement » le projet d’enfouissement. Jusque dans les écoles, l’argent nucléaire coule à flot et des balades scolaires sont organisées dans les tunnels souterrains où déjà deux ouvriers sont décédés dans un effondrement des galeries.

Lorsqu’il a été rappelé à l’Agence Nationale pour la Gestion des déchets Radioactifs (Andra) qu’il y aura à terme un écroulement des tunnels, la réponse donnée par un responsable fut : « C’est prévu, Cigéo va s’écrouler, mais nous préférons parler de convergences des roches. » Je crois plutôt qu’une convergence des luttes empêchera la folie de ce projet. De la même manière que l’écrivain italien Erri de Luca l’a affirmé à propos du projet de ligne TGV Lyon-Turin en Italie, je crois que le projet d’enfouissement de déchets nucléaires doit être freiné, entravé et donc saboté pour la légitime défense de la santé, du sol, de l’air et de l’eau.

L’Allemagne a théoriquement arrêté le nucléaire après Fukushima mais les déchets nucléaires restent un problème. En France, alors que nous ne savons également pas quoi faire des déchets, nous allons renouveler le parc des centrales et lancer une nouvelle génération de réacteurs (EPR), essentiellement pour pouvoir les vendre à l’étranger.

Au regard de la gestion laborieuse que la filiale nucléaire a réalisé en Somalie, puis en balançant les fûts de déchets nucléaires dans l’océan et dans divers sites d’enfouissement aux multiples accidents (au Nouveau Mexique comme en Allemagne), il semble évident qu’il ne faut pas laisser la gestion des déchets nucléaires à ces individus irresponsables.

« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés », a dit Albert Einstein.

Il est important de reconnaître avec honnêteté que nous ne savons pas quoi faire et nous n’avons jamais su quoi faire des déchets nucléaires. Dès lors, l’arrêt immédiat de la production de ses déchets est une évidence. Cette question de la gestion devrait être prise en compte par la société toute entière, en finançant des recherches indépendantes. Où trouver l’argent ? Il y a, chaque année, 80 millions d’euros déversés dans les départements de la Meuse et de la Haute-Marne afin d’acheter le consentement de celles et ceux qui demain seront irradiés. Dans la langue de l’époque, on n’appelle plus cela « corrompre » mais « travailler à l’acceptabilité sociale d’un projet ». Redirigeons cette somme dans la recherche d’alternatives. Pour les déchets existants, tentons de trouver des solutions par la science, plutôt que par l’achat des consciences. Il y a les PDG du nucléaire, nucléocrates et autres personnes qui se sont fait des millions, voir des milliards de bénéfices sur le dos de notre vie, il faudra également qu’ils rendent l’argent, pour la survie de l’humanité.

Je tiens à rappeler que l’Allemagne sera probablement plus impactée par ce projet d’enfouissement, car Bure se situe dans le Nord-Est de la France sous les vents dominants de l’ouest.

C’est cet engagement sur le terrain informatique contre Bure et le Barrage de Sivens qui m’a conduit à une première condamnation en justice après la visite de sept agents de la DGSI au domicile de mes parents. Les 48 heures de garde-à-vue qui ont suivi était une horreur. Refusant de collaborer, les agents sont aller jusqu’à menacer de mettre en garde-à-vue mon meilleur ami car il apparaissait sur le rush d’un montage vidéo. Ils ont réussi à me faire craquer en faisant pression sur cet ami proche qui ne partage pas mes opinions politiques. Je tiens à insister sur cette bassesse monstrueuse de l’élite de la police Française. J’étais jeune, je ne pensais pas alors qu’il était possible d’aller jusque-là. Faire pression sur des proches, je pensais que c’était seulement dans les films ou sous des dictatures. J’ai écopé de quatre mois de prison avec sursis ainsi que d’une interdiction de passer des concours dans certains métiers du domaine public pendant cinq ans. Étant en première année d’étude de droit à ce moment-là, j’ai décidé de faire appel afin de demander que cette interdiction de métier soit enlevée pour que je puisse continuer mes études et tenter de devenir avocats en droit à l’environnement. Malheureusement, la cour d’appel a confirmé l’interdiction qui est en plus redevenue active pour 5 ans à ce moment-là. C’est à ce moment-là que j’ai dû oublier ce projet professionnel et que je me suis tourné vers la permaculture. Terrain dans lequel l’État ne m’a pas encore mis d’entrave.

En France, les policiers allemands sont perçus comme les rois de la désescalade, j’ai cependant vu, à Hambourg, des milliers de manifestants escalader un mur afin d’échapper à la police qui matraquaient les crânes. C’était le premier jour des manifestations contre le G20 de Hambourg, le positionnement des canons à eau qui étaient dès le début presque au contact du cortège et les charges policières de tous les côtés ne laissaient même pas l’opportunité de s’échapper. Il y a eu plusieurs dizaines de blessées très graves à la tête. Pourquoi donc les palais de justices restent-ils silencieux vis à vis de la violence policière ? Où sont les photos des policiers matraquant les crânes dans les médias et leurs colonnes d’appel à délation post-G20 ?

J’accuse le pouvoir judiciaire de participer à un groupement fermé de personnes pratiquant la violence sur la base d’un partage des tâches entre les policiers qui passent à l’acte et les tribunaux qui cautionnent et encouragent les délits par leurs laxismes. Les palais de justice en général, appartenant à ce groupe, sont complices de toutes les violences policières du G20 car aucun ne s’est distancié à l’égard de ces violences. Il n’y a eu aucune condamnation de policiers depuis le G20 et ce, malgré les nombreuses vidéos et documentations citoyennes. Mais c’est également un problème structurel de l’institution policière : la police ne fait pas remonter les enquêtes contre elle-même.

Bertolt Brecht disait : « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent.  »

Faut-il accueillir le G20 ou l’empêcher en protestant ?

Nous retrouvons dans ce sommet les cinq plus gros marchands d’armes au monde qui sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne, tous également membres permanents du conseil de sécurité des Nations Unies. « Quand on est pour la paix, on ne vend pas des armes », ce sont les mots d’un sans-papier Guinéen prononcé dans la cour de promenade du bâtiment A. Il m’a beaucoup parlé de la Guinée et de l’Afrique en général, continent très riche en ressources mais pauvre à cause du pillage exercé par le système capitaliste. Si les Thomas Sankara ou Patrice Lumumba ne finissaient pas chaque fois assassinés par des armes construites dans les pays du Nord, l’Afrique aurait aujourd’hui un autre visage.

Pendant le G20 de Hambourg, la France et l’Allemagne vendaient des armes à la Turquie. Des armes qui ont probablement étaient utilisées lors de l’offensive turque contre les kurdes aux Rojava dans le nord de la Syrie. Des journalistes turcs sont encore emprisonnés pour avoir dévoilé que Erdogan avait livré des armes à Daesh. Si une personne donne une pierre a un manifestant, elle peut être accusée de complicité d’un acte d’une extrême violence et risque de finir en prison. Mais vendre des armes est un acte légal. Le problème vient peut-être du fait que c’est un don et qu’il serait à vos yeux plus juste de devenir marchand de pierres. Ou bien cela n’a rien à voir avec l’intérêt financier et il s’agirait d’une question morale : il est bon de vendre des armes car elles servent à faire la guerre pour la paix, incohérence déjà décrite par George Orwell dans son œuvre 1984. Des anarchistes ont récemment été torturé en Russie. Torture que l’on retrouve en Turquie ou en Arabie Saoudite. Avez-vous simplement idée de l’extrême violence qu’incarne votre sommet, cette réunion des vingt États les plus riches de la planète ?

Il y a quelque chose de particulièrement grave dans cette affaire, cinq personnes doivent répondre de l’ensemble des dégâts d’une manifestation. 99 % des faits reprochés ne visent pas personnellement les accusés. L’accusation s’étend à plus d’un million d’euros de dégâts. Le procureur tente de construire et d’imposer une vision très large de la complicité, au point qu’il désire même l’étendre au-delà de la présupposée présence des accusés. Concrètement, imaginez-vous dans une manifestation : quelqu’un brûle une voiture à 50 mètres de vous, vous êtes considéré comme responsable des dégâts. Mais ce n’est rien ! Imaginez-vous maintenant quittant une manifestation, dix minutes plus tard, un cocktail molotov est lancé : bien que vous n’êtes plus présent, vous êtes aussi considéré comme responsable.

Il y a beaucoup de problème dans ce procès, dans la prison, dans la police, dans le capitalisme, dans l’État et son monde. Ces différents thèmes ont, entre autres, comme pourritures communes : la soif de gestion, la globalisation, la classification. La personnalité de l’individu, son identité, sa créativité, son unicité, doivent rentrer dans une case, un groupe.

Voici une autre citation de Thoreau :

Le caractère unique d’un homme se manifeste dans chaque trait de son visage et dans chacune de ses actions. Confondre un homme avec un autre et toujours les considérer globalement est une marque de stupidité. Les esprits obtus ne distinguent que des races, des nations ou des clans, quand l’homme sage distingue des individus.

Journal de Thoreau – juillet 1848

Je ne vais pas pouvoir expliquer ce que je n’ai pas fait et si vous me demandez ce que j’en pense, cela pourrait tenir dans cette autre citation d’Élisée Reclus :

Quels que soient mes jugements sur tel ou tel acte ou tel ou tel individu, je ne mêlerai jamais ma voix aux cris de haine d’hommes qui mettent armées, police, magistrature, prêtres et lois en branle pour le maintien de leurs privilèges.

Il vous reste encore un peu de temps avant la fin de ce procès afin de limiter l’acte d’accusation seulement à ce que j’ai pu faire, tant que cela ne sera pas le cas, je refuse de m’exprimer à propos de l’accusation me concernant sur la manifestation de l’Elbchaussee. À savoir : si j’étais bel et bien présent, si vous m’avez confondu avec d’autres personnes ou si je n’étais tout simplement pas là, preuve à l’appui.

En France, j’ai été accusé d’avoir découpé un grillage autour d’un projet d’enfouissement de déchets nucléaire, j’ai revendiqué devant le tribunal ce geste afin de l’expliquer. La retranscription de ce procès est disponible dans une brochure intitulée « Sachez que je n’attends rien de votre institution » , également traduite en allemand. D’autres procès contre des anarchistes, comme celui d’Alexandre Marius Jacob, contiennent également une revendication et explication des actes réalisés devant le tribunal. Il s’agit d’une stratégie de rupture. Je comprends l’attitude de ne pas vouloir s’exprimer et de garder le silence et je veux rester solidaire envers les personnes qui choisissent de ne pas s’exprimer lors des procès. Cependant, je déteste les narrations mensongères des procureurs ou de la police. Et c’est dans les tribunaux que leurs versions s’établissent et sont reprisent par les juges puis les médias. Si je m’exprime aujourd’hui, c’est pour vous relater une réalité que j’ai vécu dans les rues de Hambourg.

Dans l’après-midi du 7 juillet 2017, la police allemande a fait une autre démonstration de sa désescalade, dans un ballet incessant de policiers qui chargeaient en passant à répétition tout autour du Rote Flora. J’ai vu à plusieurs reprises la police matraquer sans raison des personnes sur les trottoirs ainsi que des personnes assisses aux terrasses des bars, buvant un verre. Peut-être que dans un esprit policier, le fait d’être simplement présent autour du Rote Flora est une culpabilité suffisante. Dans le petit parc juste derrière, quatre policiers ont couru vers une personne qui était dans un coin près d’un buisson, elle s’est fait tabasser à l’abri des regards et des caméras. J’ai vu un journaliste se faire frapper par la police. Et alors qu’une énième personne se faisait sévèrement matraquer devant le Rote Flora, je me suis avancé spontanément avec d’autres personnes, criant d’indignation. Un policier m’a gazé au visage. J’ai alors posé mon sac à dos par terre et lancé 2 bouteilles de bières qui se trouvaient devant moi vers la police. Il y a des violences policières qui sont à l’origine de ce geste, je ne veux pas m’en excuser. D’autant plus que je n’ai pas réussi à atteindre la police et les bouteilles ont atterri à côté (comme on peut le voir sur une vidéo). Certes, à vos yeux, que le projectile touche ou non un policier, cela reste illégal, tout comme votre loi interdit de matraquer à hauteur de tête ou de mettre du gaz lacrymogène au visage. A-t-on pour autant déjà fait un procès à l’encontre d’un policier qui a donné des coups de matraque dans le vent, à côté d’une tête, sans la toucher ? Non. Il n’y a même pas eu un seul procès contre un policier qui a matraqué un crâne au G20. Dès lors, faut-il venir casqué en manifestation ?

Un peu plus tard, sur une vidéo policière, on me voit courir vers une dame d’un certain âge qui pousse son vélo. Elle s’était arrêtée au milieu de la route alors qu’un canon à eau avançait vers elle. Je l’ai aidé à rejoindre le trottoir et une fois atteint, nous nous sommes pris un jet du canon à eau clairement dirigé contre nous deux. Vous faites toujours preuve d’une imagination débordante et d’une sensibilité extrême lorsque vous écrivez dans vos actes d’accusation que tel projectile a été lancé vers la police en rajoutant « acceptant que cela aurait pu blesser gravement les policiers ». Car avant d’imaginer cela, il faudrait peut-être déjà démontrer que le projectile atteint en effet un policier. Une fois que c’est chose faite, il faut reconnaître qu’il est difficile de blesser gravement un policier quand il porte des protections contrairement aux manifestants qui n’en portent aucune. En attendant, le puissant jet d’eau nous a clairement atteint et personne ne reproche au policier qui a tiré d’avoir accepté que cela aurait pu blesser gravement cette dame âgée. Après avoir vérifié que cette dernière se portait bien, j’ai ramassé deux pierres et je les ai jetées en direction du canon à eau. Les policiers étaient en position derrière le canon à eau.

Ne me retrouvant pas dans vos définitions de bon ou de mauvais manifestant, sachez que je reste solidaire à l’égard de n’importe quelle personne se retrouvant face à la justice suite aux manifestations : que ce soit celles du G20 ou des gilets jaunes, de Minneapolis ou des quartiers populaire, du Chili ou de Hong-Kong. Car encore une fois, quels que soient mes jugements sur tel ou tel acte ou tel ou tel individu, je ne mêlerai jamais ma voix à celles et ceux qui mettent armées, polices, magistratures, prêtres et lois en branle pour le maintien de leurs privilèges.

Il y a eu de nombreuses tentatives afin de bloquer le G20 avec des sittings non-violent. J’ai également pris part à cette stratégie et une personne qui se trouvait à côté de moi s’est retrouvée avec un œil au beurre noir pendant qu’un autre policier m’a donné des coups de pieds alors que nous étions assis. J’ai remarqué qu’il était moins dangereux d’utiliser cette tactique si il y a la présence de caméras qui filment la scène. La police semble très sensible à son image et se retient de montrer sous les projecteurs sa violence mais elle n’hésite pas, une fois qu’un peu d’ombre se présente, à déployer son obscurité.

La résistance passive non-violente est efficace tant que votre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace.

Nelson Mandela

Une étude avait démontré qu’une personne sera plus disposée à être agressive si elle porte un uniforme. C’est pourquoi je n’en veux pas particulièrement aux individus, mais à la situation que génère le métier de policier. Il est probable que bientôt, tout comme à Minneapolis, il devienne nécessaire pour de plus en plus de monde de démanteler la police.

En dernier point, la presse allemande met souvent en avant l’impact économique des manifestations. Je crois que pour l’ensemble du G20 de Hambourg, j’avais entendu qu’il s’agissait de 10 millions d’euros de dégâts. Je vais vous démontrer qu’une personne qui mange sainement et fait quelques dégâts en manifestation coûte moins cher à la société qu’un habitué du McDo. Un article du journal « Libération » de l’année 2019 a estimé que le coût de la malbouffe pour la santé en France est de 55 milliards d’euros par an. Il faudrait qu’il y ait chaque année 5 500 fois des manifestations avec 10 millions d’euros de dégâts pour égaler l’impact économique de la malbouffe. Sachant que les mobilisations se sont étalées sur quatre journées, il n’est pas possible d’en réaliser plus de 92 dans l’année. À moins que l’on s’autorise à imaginer plusieurs manifestations en même temps. Il faudrait donc que se déroule de manière simultanée 59 manifestations comme celles du G20 de Hambourg en se répétant continuellement pendant un an afin que les dégâts économiques égalent ceux de la malbouffe en France. Je n’ai pas trouvé de chiffre concernant l’Allemagne mais je pense que c’est sensiblement identique. En arrondissant, on peut dire que la malbouffe coûte 100 milliards d’euros par an en Allemagne et en France. Donc 300 milliards d’euros depuis le G20 de Hambourg. N’est-il pas plus sage de faire des procès contre les géants de l’agroalimentaire qui empoisonnent notre nourriture et nos vies ?

Voici quelques paroles de Ravachol :

En créant les articles du Code, les législateurs ont oublié qu’ils n’attaquaient pas les causes mais simplement les effets, et qu’alors ils ne détruisaient aucunement le crime ; en vérité, les causes existant, toujours les effets en découleront. Oui, je le répète : c’est la société qui fait les criminels, et vous jurés, au lieu de les frapper, vous devriez employer votre intelligence et vos forces à transformer la société. Du coup, vous supprimeriez tous les crimes ; et votre œuvre, en s’attaquant aux causes, serait plus grande et plus féconde que n’est votre justice qui s’amoindrit à punir les effets.

J’ai entendu que le tribunal se souciait de savoir si la peine était suffisante pour l’éducation des accusés. J’ai été surpris de découvrir cette forme d’éducation. Vous estimez que punir par l’enfermement permet de contraindre à ne plus recommencer. Il existe, en Norvège, des prisons ouvertes où le taux de récidive est de 20 %. L’endroit où je suis resté enfermé 1 an et 4 mois a un taux de 70 % de récidive. Dans cette prison norvégienne les gardiens chantent parfois une chanson aux nouveaux arrivants, il y a de l’écoute, de l’amour et de la considération. Quand je suis arrivé dans votre prison, je suis resté un mois avec le même caleçon enfermé 23h/24 en croisant les regards sévères de gardiens qui vous méprisent. Mais au risque de ne pas avoir été clair, parce que l’on pourrait croire que je me satisfais d’une prison norvégienne. Tout comme Ravachol disant « c’est la société qui fait les criminels » et le criminologue Alexandre Lassange affirmant « la société a les criminels qu’elle mérite ». Je pense que c’est en transformant la société que nous pouvons supprimer tous les crimes. Et je crois qu’il y a dans ce procès 0% de chance de récidive, car la cause a disparu : il n’y aura plus jamais de G20 à Hambourg.

Ma prochaine déclaration contiendra un texte imaginant un G20 sans police, ce que je considère comme étant des alternatives à votre sommet ainsi qu’une critique de la civilisation industrielle et des énergies renouvelables du capitalisme vert. Je déposerai également à votre tribunal une BD patate que j’ai réalisée en prison expliquant comment tous les États du monde pourrait se débarrasser de leurs bombes atomiques.

Loïc, Hambourg, le 17 juin 2020.

La semaine prochaine, le procureur fera ses réquisitions. Loïc devrait normalement être autorisé à s’exprimer une seconde fois le 9 juillet. Le jugement est attendu avant la mi-juillet.

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